Je vais essayer de maintenir un rythme régulier de publication, mais comme je n'ai plus aucun chapitre d'avance (j'ai littéralement écrit celui-ci une heure avant de le publier) et que mon agenda s'annonce chargé pour la fin de l'année, je vous demande d'être indulgent et de me pardonner si les chapitres sortent avec un peu de retard, ou si je loupe carrément une semaine. J'espère pouvoir reprendre un rythme métronomique dès janvier.
Encore navrée et bonne lecture.
Il faisait froid. Mako n'avait pas eu aussi froid depuis très longtemps. Pour Jamie, qui n'avait pas un gramme de graisse, ce devait être l'enfer. Mais c'était bon d'être à nouveau dehors, juste tous les deux. Comme au bon vieux temps. Pas de back-up, pas de chambre douillette et sécurisée chaque soir. Juste lui, Jamieson et la Hog contre le monde. Ils avaient pris de mauvaises habitudes à Gibraltar. La piqûre de rappel était froide et caustique. Froide, et pas seulement à cause du temps - qui semblait osciller entre blizzard glaçant et vent sec plus froid encore - mais aussi et surtout, parce que la réalité de leur nature leur était brutalement rappelée.
En dehors du Watchpoint, ils n'étaient qu'une seule et unique chose : les criminels les plus recherchés au monde. Il n'avait d'ailleurs fallu que trois jours aux forces de l'ordre pour les retrouver, le braquage d'une banque beaucoup plus long que prévu ayant servi de catalyseur. L'Égyptienne ne leur avait pas donné l'autorisation d'attaquer des cibles non liées au commerce d'armes, mais ils se l'étaient donnée. Seule concession faite, ils avaient veillé à ne tuer personne. Ce qui n'avait pas été une mince affaire avec le vigile, bien décidé à jouer les héros. Jamie avait essayé de le prévenir, en vain. L'homme ne marcherait plus jamais droit, mais il était en vie. Et il devrait en être reconnaissant. Jamie avait même plaisanté dessus alors qu'ils tentaient de semer les flics qui leur collaient au cul, suggérant qu'ils devraient lui envoyer une facture au nom d'Overwatch, car après tout, s'il n'était pas mort, c'était uniquement grâce à l'organisation. Il avait accordé un bref rire à son ami, puis, poussant la Hog dans ses derniers retranchements, il avait semé leurs poursuivants pendant que Jamie couvrait leur retraite à grand renfort de grenades. Les cantonniers auraient du travail pour les tenir occupés.
« Roadhog et Junkrat, fournisseurs officiels d'emploi de réfection et sécurité ». Le slogan, absurde, s'était imposé à lui et l'avait fait rire, et son rire avait rendu Jamie suffisamment perplexe pour qu'il en oublie de tirer partout pendant un moment. Ce qui avait sans doute été une bonne chose, car quoi de plus facile que de suivre une piste formée de cratères béants dans le sol ?
Ils s'étaient arrêtés pour la nuit dans un vieil entrepôt, à peine moins glacial que l'extérieur. L'endroit n'avait pas servi depuis longtemps, mais cela ne voulait pas dire qu'il n'était pas occupé. Une fois la Hog rentrée et les portes sécurisées à grand renfort de mines, ils avaient passé une bonne heure à déloger la colonie de rats et la famille de ratons-laveurs ayant élu domicile respectivement dans un vieux stock de parasols pourrissants et dans une antédiluvienne camionnette qui ne roulerait plus jamais.
Jamie avait poursuivi les fouilleurs de poubelles masqués en hurlant et sautant comme un dément, ce qui avait sans doute davantage terrifié les animaux que le fait qu'il en ait attrapé un et lui ait cassé la nuque avant de l'écorcher. Le raton-laveur grillé sur un feu de mousse de rembourrage automobile était loin d'être la chose la plus répugnante qu'il ait avalé, et ce malgré son dégoût naturel pour la viande, quelle qu'elle soit, que le choix absurde d'options végétariennes à Gibraltar n'avait en rien amélioré.
Jamieson avait quant à lui englouti sa part avec voracité, puis avait généreusement pris le premier tour de garde, sortant de ses poches quelques outils avant de se mettre à bidouiller son pneumastic. Mako s'était donc installé tant bien que mal dans un coin, roulé dans sa fidèle couverture râpée, à la recherche d'un peu de repos malgré le froid pénétrant. Au bout d'un temps bien trop long, à défaut de s'endormir vraiment, il se mit à somnoler. Comme du temps de l'Outback. C'était rassurant. Un malaise familier. Habituel. La réalité entrecoupée de rêves vaguement délirants. Mako semblait s'effacer un peu au profit de Roadhog. C'était bon. Réconfortant. Roadhog ne se posait pas autant de questions que Mako.
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C'était lui qui avait senti le premier le danger. Jamie était trop concentré sur son pneu. Ce qui l'avait alerté, ce n'était pas le bruit, mais plutôt son absence. La disparition graduelle de tous les bruits normaux d'une cité la nuit. Plus de sirènes de police dans le lointain. Plus de moteurs de voitures passant sur la voie express à une centaine de mètres de leur planque. Plus de couinements ou de grattements de la part des locataires habituels fraîchement délogés. Plus rien. Une espèce de silence épais et immobile qui lui donnait la chair de poule.
« Jamie ! » gronda-t-il tout bas.
Le jeune Junker leva le nez, perplexe, puis le silence le frappa lui aussi, et fermant d'un geste sec le capot de sa bombe roulante, il attrapa le lance-grenades posé tout à côté.
Instinctivement, ils se mirent dos à dos, ramassés, prêts au combat, guettant les ombres. Une corde jaillit soudain de l'obscurité du plafond, bientôt suivie par ce qui, à en juger pas son attirail, ne pouvait être qu'un commando d'élite. Il visa et fit feu. Tant pis pour la règle de non-meurtre des innocents. De toute manière, c'étaient des troupes entraînées. Ils savaient ce qu'ils risquaient. Ils avaient signé pour ce qui allait leur arriver.
L'homme émit un son étrange et tomba, plus suspendu que par son harnais, cadavre pendouillant à cinquante centimètres du sol. D'autres cordes apparurent, avec d'autres commandos et ce ne fut plus qu'un déluge de plomb et d'explosion.
Il fallait qu'ils bougent ou ils étaient morts. Jamieson devait être arrivé à la même conclusion, car il entama une manœuvre de recul en direction de la Hog.
D'une habitude née de la répétition, Mako se retrouva assis sur la selle usée jusqu'à la corde mais parfaitement entretenue, une main sur le guidon, l'autre le doigt crispé sur la gâchette de son déferrailleur, semant la désolation sur leurs adversaires.
La Hog rugit et il la fit bondir droit sur les portes minées du hangar que Jamie, d'un coup de télécommande, fit voler en éclats une seconde exactement avant qu'ils ne soient trop près pour ne pas être avalés par la conflagration - qui envoya les portes d'acier rouillé voler sur les voitures de flics qui encerclaient l'entrée.
Un bruit humide et un hurlement suspect lui apprirent que la porte n'avait pas rencontré que de l'acier, mais il ne s'y attarda pas et, jetant un regard à gauche, puis à droite, il estima en un instant leur meilleur chance de sortie. Gauche : un dédale de ruelles étroites et pleines de contours. Impossible d'accélérer.
Droite : à cinquante mètres, une route à trois voies, et dans même pas un kilomètre, une entrée d'autoroute. Facile, rapide, mais terriblement exposé. A gauche donc. En espérant que personne n'ait pensé à mettre des patrouilles dans les bas-quartiers et qu'ils aient tout misé sur l'autoroute et la voie de sortie royale que cette dernière semblait promettre.
Il vira, secouant sèchement Jamieson pour qu'il arrête de tirer derrière eux et leur dégage le chemin.
Une mine vola et, une seconde plus tard, la voiture de police contre laquelle elle s'était collée suivit le trajet inverse.
Il fonça, passant à l'aveuglette le mur de feu, ignorant la pluie de balles qui les accompagnait.
Le premier virage fut trop sec, et le side-car manqua de s'incruster dans le mur d'un hangar voisin.
Il vérifia que Jamie était toujours là et accéléra, continuant à maltraiter les amortisseurs de la Hog alors qu'ils zigzaguaient entre les entrepôts et les bâtiments décrépis dans des rues de plus en plus étroites. De temps à autre, un hélicoptère ou un drone les prenait dans le rayon de son projecteur, mais il s'arrangeait pour ne jamais y rester trop longtemps.
Les sirènes avaient déchiré les lambeaux du silence mis à mal par la fusillade, mais petit à petit, il avait mis de la distance entre eux et les sons stridents, jusqu'à ce qu'ils ne soient plus que des rumeurs lointaines. Ils s'étaient crus sortis d'affaire. Jamieson s'était mis à rire, avant de gémir, alors que l'adrénaline refluait et qu'il réalisait qu'il s'était pris une balle dans la cuisse.
Lui n'avait pas ri, mais il s'était autorisé à vider une cannette d'hogdrogen dans son masque, le gaz anesthésiant la douleur cuisante de la demi-douzaine de projectiles qui s'étaient fichés dans la graisse de son dos.
Ils allaient devoir se trouver une nouvelle planque et de quoi se rafistoler. Mais pas tout de suite.
Il freina dans un crissement de protestation des pneus, éclaboussant de neige sale l'avant de l'énorme véhicule blindé intégralement noir qui leur faisait face.
Une trappe sur le toit s'ouvrit et un multi-canon lourd en sorti, les menaçant.
Le temps sembla s'arrêter, puis une seconde trappe, une porte réalisa-t-il après un instant, s'ouvrit sur le côté du véhicule.
Les secondes s'étirèrent et comme rien ne sortait, il échangea un regard avec Jamieson qui, comme une grande araignée prudente, se déplia du side-car et s'avança en boitant encore plus que d'habitude, tournant au large du blindé pour pouvoir voir ce qui les y attendait - et tirer dessus si nécessaire.
Le temps s'étira encore un peu plus, puis, prudemment, comme un dingo qui renifle une carcasse, Jamie s'approcha de la porte, passant le lance-grenades, puis la tête par la porte.
Encore quelques secondes et il lui fit signe d'approcher. Prudemment, il fit avancer la Hog au pas.
Le canon suivit le mouvement, mais sans faire mine de vouloir ouvrir le feu.
Dans l'ombre, à l'intérieur du blindé, luisant sous le faible éclat des réverbères voisins, un masque morbide et blanc luisait.
« Toi. » siffla Mako.
« Moi. » acquiesça l'apparition.
Les secondes coulèrent comme la neige qui avait recommencé à tomber sur la ville, trop chaude pour qu'elle tienne.
Les lointaines sirènes se firent plus proches.
«T'veux quoi ? » cracha Jamie, que le silence rendait toujours anxieux.
L'apparition tourna la tête un instant, poussant un soupir pensif.
« Vous embaucher. »
« On est p... » commença le grenadier.
« Combien ? » le coupa-t-il.
« Plus que ce que vos petits raids pourraient jamais vous rapporter. En plus de quelques avantages en nature. »
L'attention de Jamieson était piquée. La sienne aussi, mais pas pour les mêmes raisons.
« Matériel de grade militaire. Laboratoire industriel de chimie... » poursuivit le spectre.
Jamieson approuva vigoureusement, mais ne se départit pas totalement de sa méfiance.
« En échange de quoi ? »
« Disons que vos... talents pourront nous être utiles. Très utiles. »
« O.K. »
Cette réponse suffisait peut-être à Jamie, mais pas à lui. Ils avaient beaucoup de talents. Et certains qu'il n'était pas certain de vouloir qu'une organisation exploite. Surtout pas une organisation criminelle. Overwatch les exploitait, mais l'honneur de ses membres leur interdisait de les traiter comme de la chair à canon. L'ombre devant lui n'aurait pas tant de scrupules.
Jamieson fit la moue.
« Faut que j'en discute avec mon partenaire. »
Le fantôme fit un geste dédaigneux du menton et Jamie boitilla jusqu'à lui.
« T'en penses quoi, Roadie ? »
Il gronda sa réticence.
«Ça a l'air pas mal comme job, nah ? »
Il grogna un avertissement.
« J'sais. J'sais, Roadie. Mais t'imagine... (Il baissa la voix, si bas que Mako dut lire sur ses lèvres). Double paie... et heu... t'sais... on pourrait faire ce qui est juste pour une fois dans nos vies... »
Agents doubles. Très mauvaise idée. Très, très mauvaise idée.
Il hocha imperceptiblement la tête de gauche à droite.
«Ils arrivent. » nota l'ombre qui patientait toujours dans le blindé.
Jamieson lui jeta un étrange regard, puis se retourna.
« C'est O.K. ! »
Mako gronda son mécontentement.
« Parfait. Suivez-nous. » acquiesça gravement l'ombre tout en se fondant dans l'obscurité du blindé.
La porte se referma et la tourelle pivota, pointant vers l'avant tandis que le mastodonte manœuvrait pour faire demi-tour. Il recula un peu la Hog pour leur laisser de l'espace puis s'élança dans leur sillage alors que, d'une rue adjacente, surgissaient en rugissant trois voitures de polices.
Le canon pivota sur son affût pour les aligner, puis revint dans sa position de base lorsque Jamieson fit pleuvoir l'enfer sur eux avec un rire maniaque.
Une nouvelle course-poursuite s'engagea, mais avec le blindé pour leur ouvrir le passage, c'était toute autre chose. Ils avançaient à toute vitesse, des carcasses parfois fumantes, parfois broyées de véhicules, civils et de police, faisant comme une haie d'honneur de part et d'autre de leur sanglante route.
Bientôt, il n'y eut plus que des hélicoptères pour les suivre, puis, après que le canon en eut abattu deux, plus rien. Et ils continuèrent longtemps, dans le froid et la neige, à suivre le blindé noir.
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Avec un juron dépité, Zarya retira ses lunettes tactiques. Le convoi formé du blindé meurtrier et des Junkers n'était déjà plus qu'un vague nuage à l'horizon. Elle avait failli les avoir. Elle avait remonté leur piste, seulement pour être arrêtée par un cordon de police et un poli « Madame, vous ne pouvez pas passer, ceci est une opération de police ». Elle avait assisté à la fusillade initiale depuis le toit miteux d'un immeuble voisin et, pariant sur son instinct de soldat, elle était parvenue à anticiper l'itinéraire de fuite des Junkers.
Elle n'avait dû sa survie qu'à un chat errant qui, en traversant presque sous les roues à lévitation de sa moto - louée pour l'occasion -, l'avait forcée à piler et lui avait fait perdre quelques secondes. Secondes perdues qui l'avaient fait arriver juste après l'énorme blindé, et pas juste avant. Dix secondes plus tard, comme un bouchon de champagne, les Junkers jaillissaient d'une autre ruelle.
Elle pouvait les affronter seule. Elle pouvait potentiellement aussi affronter le blindé. Avec de la chance, une bonne stratégie, et l'effet de surprise, c'était faisable. Mais lorsqu'elle vit la forme blanche du masque de l'assassin de Talon apparaître, elle sut qu'elle avait perdu la bataille avant même qu'elle ne commence. Elle s'était retirée et, contournant au large, s'était trouvé un point d'observation discret pour suivre l'échange, qui avait tourné court lorsque la flicaille lancée à leur poursuite les retrouva. Quel qu'ait été le deal, il avait été accepté, puisque les Junkers suivirent le blindés. Elle les laissa partir, suivant de loin la flottille de plus en plus réduite de flics qui les poursuivait.
Lorsque le dernier hélicoptère décrocha, elle resta seule sur la route qui s'enfonçait en direction des Rocheuses, déserte à cette heure de la nuit. Heureusement, la Hog était un monstre antique carburant encore aux énergies fossiles, et dans l'air glacial et enfin immobile de la nuit, il lui était facile de les suivre à l'odeur. Ce qui l'arrangeait. Elle ne tenait pas à être à portée de vue du blindé, et donc à portée de tir de sa redoutable tourelle. Son bouclier pourrait encaisser, mais pas longtemps.
