J'ai serré la main d'Edward Cullen. Et j'ai demandé où était sa sœur:
« Alice est chez Jasper et Rosalie »
Les enfants Hale.
Mouais.
Elle sortait avec le petit Hale. J'ai froncé les sourcils:
« Tu n'y es pas, toi? »
Edward a eu l'air un peu surpris mais m'a répondu très poliment:
« Non Monsieur, j'aide Bella à faire son devoir de mathématiques »
« A ce sujet, vous serez bien mieux dans le living pour travailler »
Edward a rassemblé les livres et les cahiers sans broncher, mais Bella a un peu soufflé.
Ils sont descendus et j'ai demandé à ma fille de venir au garage, je voulais lui dire quelque chose à propos du lave linge.
Evidement le lave linge était en pleine forme, et j'ai fait les gros yeux. Bella a rentré la tête dans les épaules:
« Bella, je peux savoir pourquoi Edward Cullen était dans ta chambre? Sur ton lit? »
« Mais papounet, on travaillait les maths! »
« Pourquoi pas dans le salon? Et je t'ai dis hier que je n'aimais pas te voir seule avec des garçons! »
« Ben on était mieux dans ma chambre, où il y a toutes mes affaires. Et oui hier tu m'as dis que ça te dérangeait que je sois avec plusieurs garçons, du coup aujourd'hui il n'y en a qu'un! »
Un c'était pire. Mais ça, je venais de le découvrir.
Bella a repris du poil de la bête:
« Tu sais, il ne faut pas être vieux jeu, et il faut me faire confiance. C'est-ce que maman a toujours fait et je n'ai jamais fait de bêtises! »
« J'ai confiance en toi Bella, mais beaucoup moins dans les garçons »
« Papa! Je ne fréquente pas des brutes, et au pire je sais me défendre! »
Je l'ai regardée. Elle devait mesurer 1 m 60 et peser 50 kilos à tout casser et elle croyait pouvoir se défendre face à un gaillard comme Cullen, qui mesurait dans les 1 m 90?
Bref.
Ils se sont installés à la table de la salle à manger et je suis allé à la cuisine. J'ai décidé de préparer à manger. Des pâtes à la tomate, c'était encore dans mes cordes.
J'ai tapé bien fort les casseroles et chantonné, sifflé.
Tout pour qu'ils ne perdent pas de vue que j'étais tout près et que je veillais au grain.
De temps en temps je faisais silence et tendais l'oreille;
Mais le pire c'était quand le silence seul me parvenait de la salle à manger. Les entendre parler, et parfois rire, ça allait. Mais le silence…
Alors je n'y ai plus tenu et j'ai éteint le gaz sous le coulis de tomates, mis les pâtes dans la passoire, les ai vaguement secouées, balancé un couvercle sur la casserole et je me suis rendu dans la pièce d'à côté.
Ils étaient assis l'un à côté de l'autre, un peu trop près à mon goût mais Bella écrivait avec application sur son cahier et le petit Cullen observait attentivement ce qu'elle notait.
Mouais. Admettons.
Je me suis installé à mon ordinateur et je leur ai dit de faire comme si je n'étais pas là.
Ils ne m'ont pas répondu.
J'ai directement ouvert Candy Crush Saga et j'ai passé le niveau 48 en après seulement deux échecs. Le niveau 49 était facile et je l'ai réussi tout de suite.
Par contre, dès que j'ai vu le niveau 50 j'ai su qu'il allait être coriace…
Surtout que je levais régulièrement les yeux pour surveiller les deux loustics, mais tout était normal.
Finalement Edward Cullen s'est levé et m'a salué, toujours aussi poliment. Trop pour que ça n'attire pas ma suspicion, en fait.
Puis il a serré ma fille dans ses bras et il est parti. Enfin.
Je me suis approché de Bella:
« Bon alors ça progresse? »
Elle s'est tourné vers moi, surprise:
« Quoi donc? »
« Ben tu sais bien, Cullen et toi, enfin les maths quoi »
Elle avait pâli au début de ma phrase puis s'est visiblement détendu sur les derniers mots:
« Oh, les maths! Oui oui, j'ai bien compris les cosinus, il explique bien! »
J'espérais que c'était la seule chose qu'il fasse bien…
Nous avons mangé et elle a sautillé de joie sur sa chaise pendant le repas.
Quand je suis allé me coucher, à 22 heures (j'avais du sommeil en retard) je lui ai demandé d'arrêter de bavarder sur skype, parce que je l'entendais même depuis mon lit.
Elle a un peu baissé le ton de sa voix et j'ai réussi à m'endormir.
Le reste de la semaine s'est déroulé à peu de choses près de la même façon.
Les journées de travail passaient calmement et quand je rentrais soit Bella était au snack avec ses amis soit, plus rarement, elle était là, avec Alice et Edward Cullen et Jasper et Rosalie Hale.
Dans le salon, à travailler (un peu) et rire (beaucoup).
Ma maison n'avait plus était aussi bruyante depuis son départ.
Ca me faisait du bien.
Tous les matins, Bella sortait, en pyjama, le téléphone à la main et un sourire plein d'attente sur le visage, dans l'espoir de photographier encore la biche, ou un autre animal venu de la forêt.
C'était en fait assez émouvant.
J'étais content. Heureux.
Plusieurs fois j'ai pensé que ma fille risquait de vouloir retourner chez sa mère à la fin de l'année scolaire et mon cœur se brisait à cette pensée.
L'idée que ma salle de bains ne soit plus encombrée de produits de fille et accessible à toute heure me rendait neurasthénique.
Je cherchais une solution pour qu'elle ait envie de rester.
C'était comme si une partie de ma vie qui était toujours restée dans l'ombre était enfin exposée en pleine lumière et il était hors de question qu'elle rejoigne la pénombre.
Le samedi matin on s'est rendus à Port Angeles, chez mon opérateur téléphonique.
Bella a pris les choses en mains et a négocié avec le vendeur.
Comme elle l'avait prévu j'avais le nombre de points maximum et j'ai eu le modèle androïde le plus récent pour une bouchée de pain.
Bella m'a promis de tout m'expliquer et de tout me paramétrer. Je lui ai caressé les cheveux puis j'ai demandé au vendeur un modèle moins cher, plus simple d'utilisation.
Bella m'a alors attrapé par la manche:
« Je sais que ça peut te paraitre difficile au premier abord mais je te jure que quand tu en auras pris l'habitude tu vas adorer l'écran tactile! Et tu pourras jouer à Candy Crush Saga dessus! »
J'ai caressé sa joue. Ma fille. Si gentille et attentionnée envers moi.
« Fais moi confiance chérie, tu vas vite comprendre! »
Le vendeur m'a montré un téléphone tactile plus modeste que j'ai payé, tandis qu'on emballait le dernier cri.
J'ai pris celui-ci et l'ai tendu à ma fille.
« Tiens ma belle. Tu en auras plus l'utilité que moi! »
Elle a ouvert de grands yeux surpris et a mit quelques secondes avant de réaliser. Puis elle a poussé un cri de joie et s'est jetée dans mes bras.
« Oh papa merci! Merci! Je n'arrive pas à y croire! Mais ce sont tes points et »
« Je te le donne, ça me fait plaisir. Tu me paramètreras l'autre, d'accord? »
« Bien entendu! Merciii! »
Nous avons fait quelques pas dans la galerie commerciale et nous avons pris un café au snack le plus proche. Bella, ravie, a paramétré les deux téléphones en un temps record.
Elle m'a expliqué comment me servir du mien.
Elle m'avait téléchargé le jeu Candy Crush Saga et j'ai du me retenir pour ne pas y jouer tout de suite.
A la place, nous en avons profité pour faire les courses de la semaine. Du poisson, du riz complet, des légumes, et ,heureusement, quelques pizzas surgelées.
Puis nous nous sommes rendus à La Push. Bella avait passé tout le trajet le nez sur son portable et le mien, dans ma poche, avait vibré à plusieurs reprises. Je commençais à me demander si avoir accepté l'option internet était une bonne idée…
Tout le monde était déjà arrivé chez Sue quand je me suis garé devant la maison de bois rouge.
Bella a sauté à terre et a couru rejoindre Seth et Jacob.
J'ai pris deux sachets contenants les produits frais et surgelés et Sue a accepté de les héberger dans son frigo.
Le repas s'est bien passé, même si les adolescents ont pris leurs assiettes et sont allés manger dans la chambre de Seth. Bella était à nouveau seule avec deux garçons. Mais je commençais à m'y faire. Et puis, ces deux- là je les connaissais bien!
Sue avait fait du poulet frit avec des petits pois et des pommes de terre sautées. C'était délicieux.
J'étais bien chez elle, avec tout le monde.
Avant le retour de Bella j'aimais être seul. Du moins la solitude ne me pesait pas.
Mais depuis que ma fille vivait avec moi je me rendais compte que j'appréciais de plus en plus les contacts humains.
Peut-être que je cessais d'être un ours bourru et solitaire.
J'ai regardé Sue. C'était vraiment agréable de la voir se mouvoir, cuisiner, sourire, parler, remettre ses cheveux derrière ses oreilles.
Leah est arrivée à la fin du repas et les voir interagir m'a encore plus interpellé.
Elles se chamaillaient un peu, comme une mère et sa fille encore jeune, mais leur amour mutuel et leur complicité sautaient aux yeux. J'espérais que les autres nous verraient très bientôt ainsi, Bella et moi.
Puis, vers 16 heures, Bella est sortie de la chambre de Seth et m'a tanné pour partir. Visiblement elle attendait avec impatience de voir Alice Cullen.
Nous sommes partis très rapidement, mais j'ai serré Sue dans mes bras avant de la quitter et j'ai eu l'impression que notre au revoir était plus une promesse qu'autre chose.
J'ai conduit jusqu'à la villa Cullen, ne pouvant m'empêcher d'être un peu impressionné, et agacé de l'être.
Bella a bondit à peine la voiture immobilisée et la porte d'entrée s'est immédiatement ouverte.
Sur Edward Cullen.
Bella, chargée de deux gros sacs laissant penser qu'elles venait passer un mois au lieu d'une nuit, a sautillé jusqu'aux marches qu'elle a grimpé avec un peu trop d'enthousiasme et elle a raté la dernière marche. Heureusement Edward Cullen l'a rattrapée. Esmée Cullen est apparue à son tour, tout sourire.
« Bella! Shérif! Entrez donc, le café est prét! »
Je me suis retrouvé dans le magnifique salon des Cullen, entre Monsieur et Madame Cullen.
Leur maison était à couper le souffle.
Bella avait disparu à l'étage, ainsi qu'Edward.
Le café était délicieux, et il était accompagné d'un cake aux raisins fait maison, par le Docteur Cullen.
« Vous cuisinez un peu, Charlie? »
M'a demandé le médecin:
J'ai failli en avaler de travers:
« Euh…Non »
« C'est dommage, c'est une activité relaxante et gratifiante, qui apporte beaucoup de calme et de confiance en soi. Avec des métiers tels que les notres c'est vraiment agréable! »
Mme Cullen m'a souri:
« Mais pourquoi ne pas venir un jour cuisiner avec Carlisle? Le plus difficile est de s'y mettre! »
Son mari m'a souri:
« Mais bien entendu, quelle bonne idée ma chérie! On peut organiser ça quand vous voulez Charlie, surtout qu'à présent nous allons être amenés à nous voir souvent! »
J'ai hoché la tête sans trop m'avancer, tandis qu'ils mes souriaient comme s'ils savaient quelques chose que j'ignorais.
Ces gens étaient ils donc parfaits?
Bella a alors descendu les escaliers, toute excitée. Alice était sur ses talons.
« PAPA! Tu ne devineras JAMAIS! »
« Que se passe-t-il ma chérie? » (oui moi aussi je pouvais donner du « ma chérie » avec un sourire affable sur le visage, non mais!)
Avec un sourire de vainqueur ma fille m'a alors mis son portable tout neuf sous le nez.
J'ai tout de suite reconnu une page Facebook (j'avais fait des progrès fulgurants!)
Elle s'intitulait « Communauté gay du comté de Clallam WA »
La page disait avoir changé de photo de couverture. Et notre photo, à Billy et à moi, apparaissait en dessous.
Mon esprit refusait de toutes ses forces de comprendre.
J'ai interrogé ma fille du regard:
« J'ai proposé votre photo à la page et ils l'ont choisie! C'est un immense honneur tu sais! »
Elle a alors montré la photo à M. et Mme Cullen. Cette dernière s'est exclamée:
« Mais quelle superbe photo! »
J'ai fixé ma fille:
« Mais je ne suis pas gay, et Billy non plus! »
Elle a levé les yeux au ciel:
« Mais on s'en moque! L'essentiel c'est que la photo ait été choisie, non? »
La réponse était effectivement non, mais je n'ai pas eu le temps de répondre: Alice et Bella avaient déjà disparu en haut des escaliers.
Complètement désarçonné, j'ai regardé M. et Mme Cullen:
« Mais je ne suis pas gay… »
« Mais non, mais non »
A dit Esmée, en me tapotant la main.
Son mari a ajouté:
« Bien sûr que non! »
Mais leurs expressions démentaient leurs propos.
J'ai réalisé que mon célibat forcené et prolongé ne jouait pas en ma faveur.
J'ai terminé mon café qui n'avait plus de goût pendant que les Cullen continuaient à m'entretenir cuisine.
Puis je me suis dirigé vers ma voiture, rassemblant difficilement mes idées. J'ai grimpé dans l'habitacle, et mon portable a sonné.
J'avais reçu un texto et j'ai réussi à l'ouvrir, les leçons de Bella avaient porté leurs fruits. C'était Sue:
« Tu as oublié tes produits frais chez moi »
J'ai respiré un grand coup. Et j'ai roulé jusqu'à La Push.
Au fur et à mesure du trajet je me suis un peu détendu.
Après tout, ce n'était qu'une photo. Cependant je comptais bien parler avec ma fille.
Je me suis garé devant chez Sue.
Auparavant c'était chez Harry. Mais à présent c'était chez Sue.
La vie devait continuer.
Elle est sortie m'accueillir sur le perron et son sourire m'a envoyé un coup au cœur.
J'ai vite compris qu'elle était seule, la maison était totalement silencieuse.
Nous nous sommes regardés.
Elle a souri et j'ai fermé les yeux.
L'instant d'après ses lèvres se sont posées sur les miennes.
Ndla: Un grand merci à toutes pour votre soutien! Mon opération s'est bien passée et je me remets bien, cependant je n'ai pas pu écrire autant que je l'espérais jusqu'à présent car la position assise était très douloureuse. Mais cela va bien mieux et j'espère pouvoir reprendre un rythme d'écriture plus soutenu!
Merci encore!
