Nan mais oui, vraiment, je vous réponds bientôt, promis V.V
MERCI à admamu, William, Mimi, Eurus, Luckias, cousingaelle, Sasa et Mariloo pour vos reviews !
Merci à Nalou pour sa bêta !
Et bonne lecture :)
Chapitre 6
.
Ce fut un appel de Greg qui apprit à John que, non, tout ne pouvait pas continuer à aller aussi bien. Sept mois étaient passés depuis le meurtre du loup. C'était la première fois en de trop nombreuses semaines que son portable témoignait de l'existence de l'inspecteur de police. Il n'avait fait que le croiser quand ce dernier était venu jusqu'à Baker Street parler avec Sherlock d'une affaire ou d'une autre.
John était resté à l'écart de tout ce qui pouvait avoir lien avec sa propre situation. Il ne voulait pas savoir si des hommes de Lestrade continuaient d'assurer sa protection. Il ne voulait pas savoir s'ils avaient repéré des hommes-loups qui continuaient de le suivre.
À vrai dire, quand il entendait quelqu'un frapper à la porte et que Sherlock était présent, il laissait son colocataire ouvrir. Un code tacite s'était spontanément mis en place entre eux la première fois qu'un loup était venu voir le détective. Sherlock avait fait un signe discret dans son dos à John qui l'observait alors qu'il ouvrait la porte, et celui-ci, déjà angoissé à l'idée qu'un visiteur non-annoncé se présente à l'appartement, avait immédiatement compris qu'il valait mieux s'exiler dans sa chambre. Il avait ensuite su que c'était une femme qui avait demandé à Sherlock que ce dernier enquête sur son petit-ami qui, selon elle, s'était mis à agir bizarrement. Ou quelque chose du genre, il n'en savait pas plus puisque Sherlock n'avait pas estimé que l'affaire était assez intéressante pour lui, après avoir déduit trop facilement que le petit-ami en question faisait partie de l'armée et dirigeait des drones. Le demi-loup, selon ses termes, n'avait pas envie de s'intéresser aux déboires de cette psychologie à la culpabilité tordue qui incombe à l'homme qui ne tue pas en face, mais qui tue quand même.
Lorsqu'un visiteur se présentait et que Sherlock ouvrait sans lui faire signe, mais que John entendait la voix de Greg à la porte, il s'enfuyait quand même vers sa chambre. Il lui semblait impossible de maintenir un minimum de conversation distante avec l'inspecteur. Trop dangereux d'être amical avec lui.
Il s'était donc définitivement enfermé dans sa forteresse de glace. Seule Estelle était capable de faire fondre un trou de la taille d'une porte dans sa protection, par le seul rayonnement de ses sourires. Parfois, il lui semblait que Sherlock contemplait l'entrée de ce trou de l'extérieur, circonspect plus qu'indifférent.
Alors quand le nom de Greg s'afficha sur l'écran de son portable pour le prévenir de l'appel entrant, John fronça les sourcils. Il décrocha avec réticence, fixa le téléphone encore deux secondes entières avant de le porter à son oreille avec un « Oui ? » tendu, plein de cette appréhension qui venait d'enfler dans sa poitrine, gardant sa voix plutôt basse pour ne pas réveiller Estelle qui faisait la sieste dans sa chambre.
« Bonjour John. Ça va ? demanda la voix crispée de l'inspecteur, avant d'ajouter sans prendre la peine de verser dans la pluie et le beau temps : Est-ce que t'es chez toi ? Ou à la clinique ?
– Chez moi. Pourquoi ?
– Je peux passer ? Je veux dire : si je passe, tu vas pas m'éviter comme d'habitude en t'enfermant dans ta chambre ?
– Qu'est-ce qui se passe, Greg ?
John sentait le regard plissé de Sherlock sur lui. Le détective était assis sur le fauteuil face au sien, vérifiant un certain nombre d'informations sur internet pour l'affaire sur laquelle il aidait le Yard actuellement. Le médecin le laissait utiliser son ordinateur portable depuis qu'il avait trouvé son colocataire avec l'engin sur les genoux, quelques semaines plus tôt, ayant visiblement craqué son mot-de-passe en toute simplicité et justifiant naturellement son acte par un « Le mien était dans ma chambre, j'avais vraiment besoin de savoir comment différencier la gentiana diversica de la gentiana durangensis de toute urgence. »
Il savait que le détective était en train d'observer la moindre de ses réactions physiques, d'analyser la moindre de ses paroles, le ton sur lequel elles étaient prononcées, pour essayer de déduire l'objet de l'appel.
– Hum, chercha l'inspecteur. Il y a... Il y a un nouveau décès... Un nouveau meurtre. Deux en fait. Rien à voir entre eux... Enfin, si : toi comme potentiel dénominateur commun. On n'est même pas encore sûrs que l'un ou l'autre ait un lien avec toute cette histoire, mais…
– Est-ce que c'est ma… le coupa John sans pouvoir finir sa phrase, sentant le monde s'écrouler sous ses pieds.
– Non, non, c'est pas ta sœur... enfin pas vraiment... C'est... sa compagne.
John ne répondit rien. Il ne savait pas quoi dire. Il ne savait pas s'il devait se sentir soulagé ou atterré. Comme pour ne pas lui laisser le choix, une nausée violente le saisit. Il posa une main sur sa bouche, les yeux fermés, pour tenter de calmer la sensation désagréable. Le sentiment ressenti serait donc l'horreur, une intense horreur teintée d'amertume.
– John ? Est-ce que je peux passer ?
Le médecin acquiesça, le regard vide, puis se souvenant que son interlocuteur ne pouvait pas le voir, répondit :
– Oui... Oui. Viens. Ce sera… commença-t-il, cherchant le mot adéquat – Mieux ? Plus facile, peut-être ? Viens, dit-il finalement.
John raccrocha. Il maintint son regard fixe sur son portable. Son esprit refusait catégoriquement de comprendre ce que l'inspecteur venait de lui dire.
– Ta belle-sœur ?
Il sursauta, avisant le détective qui s'était brusquement penché par-dessus la table basse, l'ordinateur posé à côté de lui, son visage à trente centimètres du sien. Les yeux plissés, il semblait avoir activé ce que John avait appris à reconnaître comme son mode Détective, à l'affût du moindre indice à analyser. Dans ces cas-là, peu importait la personne sur qui se posait son regard : aucune émotion autre que cette volonté de tout comprendre n'était visible dans ses yeux. Quelque part, John se sentit agréablement surpris de ne percevoir ni fraîcheur ni distance dans les pupilles bleus. Il ne se sentait plus John Watson, le tueur d'homme-loup, mais John qui avait une affaire à proposer au détective.
– Clara, la concubine, la femme ou la petite-copine de ton frère, selon leur statut matrimonial ? insista le détective, puisque John n'avait pas répondu. J'opterais plutôt pour sa concubine, vu leurs fréquentes altercations.
– Je… commença John, se sentant dépassé par les événements. Sa concubine, oui. Mais Harry n'est pas…
– Je le savais, coupa le demi-loup. Je savais que ça allait arriver.
S'il avait été en capacité de lever son bras pour autre chose que mener une fois encore sa main devant ses lèvres, luttant contre la nausée, le médecin aurait frappé le loup d'avoir annoncé ça d'un air si extatique et auto-satisfait de sa propre prédiction.
Le détective se leva soudainement, puis s'immobilisa avec la même brutalité, le menton entre deux doigts. Il finit par se rendre à grands pas jusqu'aux pièces privées qu'il partageait avec Estelle et dans lesquelles John n'avait jamais mis les pieds. Ce dernier n'avait pas bougé d'un pouce quand Sherlock revint avec une pile de papiers dans les bras. Des photos, des feuilles manuscrites, d'autres imprimées. Des coups, bientôt, furent frappés à la porte et Sherlock se hâta pour ouvrir. Il fit entrer un Greg passablement surpris par son empressement à le faire asseoir dans le troisième fauteuil moins confortable, contigu aux deux leurs.
– Je vous avais prévenu, Lestrade.
À travers son brouillard, John fut saisi – et agréablement étonné – par le ton accusateur du détective.
– Oui. Oui, Sherlock, je sais. J'ai réussi à faire placer des hommes autour de sa sœur, c'est pour ça qu'ils ne se sont pas attaqués à elle. Par contre, je ne pouvais pas étendre la protection au connaissance d'Harry Forkstank.
John se sentit perdu. Quelque part, il fut rassuré de voir que Sherlock ne semblait pas tout suivre non plus :
– Une sœur ? demandait le détective, manifestement frustré de devoir demander. De quoi parlez-vous ?
Le médecin prit la parole avant l'inspecteur, d'une voix absente.
– Ma sœur, Harry. Diminutif de Harriet. Je n'ai pas de frère.
– Une sœur ! Tu aurais dû me le dire quand on a reparlé de mes déductions ! Je savais que tout n'était pas parfait, marmonna le détective entre ses dents. Est-ce qu'il y a autre chose que j'ai mal déduit ?
– Hein ?
– Quand on s'est rencontrés. Est-ce qu'il y a autre chose que j'aurais mal déduit ?
– Euh… réfléchit John en songeant qu'il n'était pas en état de parler de ça en cet instant. Je... Non, tout était absolument juste.
Le médecin prit une seconde pour se remémorer la scène. Il avait l'impression que cette rencontre était arrivée la veille, tant elle l'avait marqué.
– Afghanistan, reprit-il seulement. Je suis rentré d'Afghanistan, pas d'Irak, il y a sept mois. Mais c'était une de tes propositions. Je te l'ai déjà dit quand on en a reparlé. Et… je ne t'ai pas corrigé pour Harry parce que c'était un détail et que le reste était trop formidable pour que je m'arrête là-dessus.
Le détective hocha la tête avec un sourire réjoui et John avait la très nette impression que ce dernier ajoutait cette entrée à un fichier comportant son nom, rangé quelque part dans son monumental cerveau. Il ne put empêcher ses lèvres de s'étirer faiblement en observant la concentration du loup.
Greg, pour sa part, se demanda sérieusement s'il venait d'être projeté dans une dimension parallèle. Le souvenir de l'agression de Sherlock envers le médecin imprudent lui revint à l'esprit. Il avait été jusqu'à menacer le loup de son arme pour qu'il lâche l'humain... Comme il en avait informé Mycroft, il les avait vus interagir suffisamment de fois, ou avait deviné qu'ils étaient en présence l'un de l'autre avant ses propres visites ici, pour affirmer qu'ils entretenaient une entente à peu près civile. Rien, cependant, n'aurait pu lui faire envisager que la situation pouvait avoir évolué si positivement que Sherlock était capable de faire sourire John dans une telle situation.
Le médecin, cependant, fut vite rattrapé par cette dernière et le chagrin revint habiter son visage. Il se tourna vers le flic :
– Greg, tu disais ?
– Euh... oui. Sa compagne, Clara Forkstank, a été retrouvée assassinée par étouffement ce matin dans une rue, par un couple de touristes…
– Retrouvée par des humains ? ne put s'empêcher de demander John avec une appréhension asphyxiante alors que l'information concernant la mort de sa belle-sœur le faisait frissonner.
– … Oui, répondit Greg, et il leva une main rassurante, sentant la panique qui commençait à se saisir du médecin. Mais ce meurtre-là n'est pas signé de la même manière que celui de ta collègue. Je veux dire... L'auteur pourrait être n'importe qui. Pas spécifiquement un loup. On espère juste que les médias ne feront pas le lien entre elle et toi. Ta sœur a pris le nom de Forkstank, il y a des chances qu'elle n'attire pas l'attention des fouille-merdes…
– Comment va Harry ? Tu... Tu as pu avoir de ses nouvelles ?
– Je n'ai pas eu de vraies précisions là-dessus... À vrai dire, elle n'était apparemment pas en état de parler avec les agents qui se sont présentés à leur domicile…
– Son alcoolisme, certainement, commenta spontanément Sherlock, les faisant sursauter tous les deux.
John se tourna vers le regard attentif du détective consultant, entrouvrit la bouche, la ferma, reporta son attention sur Greg, s'apprêta à dire quelque chose. Puis revint vers Sherlock.
– Ok, j'ai besoin de savoir. Comment tu sais aussi pour son alcoolisme ?
Le loup rayonnait d'auto-satisfaction.
– C'était un coup de chance, à vrai dire. Il y a eu la fois tu m'as demandé si…
Il s'interrompit en envoyant un regard bref à Greg, puis revint à John et continua comme s'il n'avait pas coupé son flot de paroles :
– Tu m'as demandé si j'avais eu une conduite addictive à certaines substances considérées comme des drogues dures. Étant donné l'absence de proximité qui caractérisait notre relation à l'époque, je me suis douté que ce n'était pas de la simple curiosité. Tu avais su lire dans mon attitude les signes de l'ancien addict, d'une part, ce qui n'est pas une capacité que possèdent tous les médecins, notamment les médecins militaires qui ne sont pas censé avoir côtoyé énormément de patients en addictologie ; et j'ai vu d'autre part que le fait que ce soit le cas te touchait au-delà de la simple information en soi. Ce qu'une personne qui n'a jamais eu à gérer une addiction chez un proche ne ressentirait pas en apprenant que son colocataire visiblement clean a eu un problème avec la drogue par le passé. Ce n'était pas de l'appréhension ou de la peur comme certains l'auraient ressenti. J'ai déduit depuis un moment que tu n'as plus de parents depuis longtemps, ou alors que tu n'as plus le moindre contact avec eux, d'une façon qui indiquerait en tout cas que ce n'est pas pour eux que tu t'inquiètes quand tu parles d'addiction. Une famille extra-nucléaire réduite par ailleurs, ou inexistante, en tout cas, tes échanges avec eux le sont. Un frère ou une sœur, donc. J'ai établi le genre d'addiction à laquelle une personne de ton milieu social avait le plus de risque de s'adonner, et c'est l'alcool qui a remporté ce titre.
– Je vois. Un coup de chance, vraiment.
John ne savait pas s'il se sentait terrassé par la situation globale dans laquelle il se trouvait, choqué par l'annonce d'un nouveau meurtre, si proche de sa sœur en plus, surpris de voir combien Sherlock Holmes était accessible quand il se sentait au centre de l'attention, ou impressionné par le pouvoir du détective. C'était quand ce dernier faisait étalage d'un si grand talent que John comprenait mieux pourquoi Greg s'embarrassait de son caractère parfois agaçant pour les enquêtes sur lesquelles il piétinait.
L'inspecteur, lui, s'était assis au fond de son fauteuil. Il avait du mal à faire le point sur ce qui se déroulait sous ses yeux. Comment pouvait-il se retrouver dans une situation à la fois si légère et si pesante ? Il ne s'était vraiment pas attendu pas à ce que la présence de Sherlock soit une aide pour John, bien au contraire. Pourtant, à sa façon toute particulière, hors du commun et imprédictible, Sherlock arrivait en l'espace de quelques secondes à alléger la charge qui pesait sur les épaules de John. Sans même s'en rendre compte. C'était fascinant.
– Greg. Tu m'as parlé d'un deuxième meurtre, au téléphone.
Retour violent à la réalité, encore une fois, et ça avait quelque chose d'épuisant. Sherlock Holmes rendait absolument tout épuisant. Un regard plissé de ce dernier lui apprit qu'il n'avait pas su deviner cette partie-là de l'appel précédent.
– Oui. Il a été retrouvé cet après-midi, multiples coups de couteau dans l'abdomen. Impossible à associer avec certitude à un loup non plus – voilà qui devrait te plaire Sherlock, ceux-là ont l'air plus intelligents. Aucun motif imaginable, vu la personnalité de l'homme, selon la famille et les collègues qu'on a pu contacter depuis la découverte du corps. Je suis désolé John, c'est un de tes patients. C'est comme ça qu'on a fait le rapprochement.
Pour le coup, aucune déduction de Sherlock n'aurait pu détourner l'esprit de John de cette annonce. Dans l'absolu, elle était presque pire que celle de Clara – s'il était possible de dresser un tel classement. Clara était la compagne de Harry. Harry était sa sœur. Harry était aussi sous protection – grâce à Sherlock, bon sang. Donc Clara avait été la victime. Injuste, cruel, atroce. Mais pas illogique. Moins... Moins « gratuit », peut-être, quelque part.
Un de ses patients, par contre…
– Qui ? demanda John d'une voix tremblante, tout en sachant que la réponse n'aurait aucune importance.
Il n'entendit d'ailleurs pas le nom que lui révéla Lestrade. Ses pensées étaient un tourbillon douloureux de réflexions qui s'enchaînaient sur le fil de son esprit, comme des perles plus effrayantes les unes que les autres.
Un de mes patients a été tué. Parce qu'il me connaissait. Parce qu'il a eu besoin de soins et s'est retrouvé dans mon cabinet. S'il a été tué, ça signifie que n'importe qui pourrait l'être. Simplement parce qu'ils ont été mes patients. Je vois des centaines de personnes par mois. N'importe lequel d'entre eux. Il faut que je les protège. Il faut… Je ne peux plus travailler. Je ne peux pas mettre les gens en danger simplement parce qu'ils me rencontrent sur mon lieu de travail. Mes collègues…
Un goût affreusement amer lui emplit la bouche.
Une amie. Une personne de ma famille. Une autre relative à mon travail. Ils m'ont eu. C'est un message. Je ne peux rien faire, je ne peux rien entreprendre sans mettre quelqu'un en danger. Ma vie est une menace pour les autres. Je ne peux plus rien faire. Ils m'ont coincé.
John sentit une main légère sur son coude l'espace d'une seconde et sursauta. Il se demanda s'il avait imaginé ce contact quand il entendit Sherlock parler à Greg comme si de rien n'était, sans lui adresser le moindre regard.
– Rien ne nous dit que ces assassinats sont liés à John, pour l'instant.
– Eh bien... Nous avons mis un certain nombre d'hommes dessus…Ils ne connaissent pas notre hypothèse, bien sûr. Ils pensent simplement que les meurtres n'ont pas de motifs, qu'ils ont été commis par un déséquilibré…
– Bien sûr qu'ils ont été commis par des déséquilibrés. J'ai rarement entendu parler d'une personne saine d'esprit qui tuerait qui que ce soit de sang froid, l'interrompit sèchement Sherlock. Et le fait que ce soit des loups remontés contre John n'est absolument pas une circonstance atténuante.
La chaleur qui s'empara de la poitrine de John le surprit. Restait-il si persuadé que son colocataire continuait instinctivement de le haïr pour son acte commis des mois auparavant ?
– Tu... Tu ressens plus l'envie instinctive de me tuer, alors ?
– Ce n'est pas ton assassinat potentiel que je condamne, mais celui de personnes véritablement innocentes, John, répondit spontanément le détective consultant sans même lui accorder un regard.
Un coup de poing dans son sternum et l'impossibilité de remplir à nouveau ses poumons après un impact d'une telle violence : voilà ce que ressentit John. La chaleur disparut instantanément, remplacé par un constat.
Sherlock comprendrait que quelqu'un me massacre.
Greg se racla la gorge, gêné. Sherlock sembla réfléchir à ce qu'il venait de dire en fronçant les sourcils. Il reprit avec une certaine irritation sans le regarder une seconde dans les yeux :
– Ce que je voulais dire... Je... Non. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Non, je ne ressens plus le besoin de te tuer, John. Je ne peux pas dire que penser à ce que tu as fait il y a sept mois me laisse indifférent. J'ai du sang de loup dans les veines et il semblerait que peu importe combien je considère mon corps comme une simple enveloppe pour mon esprit, l'ascendance de cette enveloppe impacte mes pensées et empêche une totale rationalisation de cet incident. Néanmoins, pour de nombreuses raisons, dont le temps écoulé depuis l'incident n'est pas des moindres, je peux me tenir dans la même pièce que toi et tolérer ta présence.
John ne sut pas ce qu'il ressentait en écoutant le monologue du loup. L'annonce des deux meurtres le laissait en colère. Terriblement en colère. Voilà, c'était ça le sentiment principal. Quoi que pense Sherlock à son propos, il s'en foutait, à vrai dire. Le loup pouvait bien toujours désirer enquêter sur sa mort, ça n'avait pas la moindre importance. Là, ce qui comptait, c'était qu'encore une fois il était la cause indirecte de la mort de deux personnes, dont l'une était chère à quelqu'un de sa famille.
Il se leva brusquement, sans savoir ce qu'il allait faire. Il pensait à Harry. Comment allait-elle survivre à la perte de Clara ? Comment allait-elle vivre l'annonce de la mort de son épouse ? Elle qui avait déjà ses énormes problèmes d'alcool... Ça n'allait rien arranger. Quel frère aggravait l'alcoolisme de sa propre sœur ? Quel frère ne prenait aucune nouvelle pendant des mois ? Comment avaient-ils pu faire ça ? Comment avaient-ils pu tuer encore deux innocents ? Pourquoi s'acharnaient-ils comme ça sur lui ?
Il savait très bien pourquoi.
Pourquoi avait-il fallu qu'il se trouve dans cette rue, sept mois plus tôt, alors ? Pourquoi n'avait-il pas pu apprendre le lendemain dans le journal qu'une fillette avait été égorgée par un loup en pleine ville, s'attrister et s'étonner vaguement sur cette information, comme le faisait n'importe qui en apprenant un fait divers, et oublier l'incident au moment même où il aurait fermé le journal ? Pourquoi avait-il joué au héros ? Pourquoi n'avait-il pas pu rester figé comme tous les autres témoins de la scène ?
Et pourquoi, pourquoi n'y avait-il absolument rien qu'il puisse faire aujourd'hui pour arranger ça ?
Une douleur soudaine jaillit dans sa main, l'engourdissant jusqu'au coude. Deux glapissements lui indiquèrent que Greg et Sherlock n'étaient pas loin. Il lui sembla qu'il réintégrait son corps et il comprit qu'il venait de mettre un coup de poing dans le mur près de la porte d'entrée. Qu'il y avait mis toutes ses forces. Il ne savait pas vraiment comment il s'était retrouvé là, ni quand il avait pris la décision d'armer son poing pour l'asséner contre le plâtre. Il déplia ses doigts douloureux, observa le dos de sa main écorchée, vit la rougeur fleurir sur sa peau. Il sentit la douleur s'infiltrer entre ses métacarpes, caractéristique, et peut-être aussi au niveau de ses carpes quand il fléchissait le poignet. Tu la ressens parce que tu es vivant. Toi.
Une main saisit la sienne d'autorité, y appliqua de légères pressions, enregistrant chacune de ses réactions, de ses mimiques involontaires et de ses grognements douloureux.
– Pas cassée, annonça la voix du loup.
John était étonné de sentir les doigts chauds sur sa peau. Peut-être était-ce la froideur qu'il lui témoignait, ou sa constitution particulièrement pâle et mince, mais il avait été convaincu que les mains froides devait être froides. Le médecin sentit une nouvelle pression qu'on ne pouvait pas vraiment qualifier de douce sur son bras, l'incitant à lever la tête, cette fois. L'ex-soldat obtempéra avec mauvaise grâce, ancra ses yeux pleins de ressentiment à ceux trop bleus de Sherlock qui ne l'avait pas lâché.
– Tu m'expliques l'intérêt de ce geste ?
John eut un rire mauvais.
– Je croyais que le corps n'était qu'une enveloppe et que seul l'esprit comptait.
– Ce concept concerne les personnes possédant un esprit suffisamment développé pour ne pas avoir besoin de leur corps comme soutien à leur pensée. Ce qui n'est pas ton cas. Et si l'enveloppe est déchirée, l'esprit n'est pas correctement contenu. Je peux savoir comment tu comptais travailler si tu avais rendu ta main dominante inutilisable ?
John arracha son bras de l'étreinte du détective. Et s'en voulut immédiatement de son geste quand il sentit ses doigts le lancer douloureusement.
– Comme si je pouvais retourner à la clinique, cracha-t-il avant de laissa échapper un nouveau ricanement désagréable. Le rôle d'un médecin, c'est de soigner ses patients. Pas de les faire assassiner.
S'il ne venait pas de se faire horriblement mal, il aurait certainement mis un nouveau coup de poing dans le mur, de frustration, d'impuissance, de colère. De rage. Il se contenta de contracter la mâchoire.
Sherlock se détourna au bout de quelques secondes, effectua quelques pas vers Greg, tournant le dos au médecin qui n'avait pas bougé, toujours face à la porte, son regard dur baissé sur le sol, pliant et dépliant ses doigts alors que la douleur refluait doucement.
– Lestrade, je veux voir les deux corps avant qu'ils ne soient déplacés.
– Euh... Celui de Forkstank a déjà été enlevé, l'avertit l'inspecteur avant de s'interrompre le temps que Sherlock siffle entre ses dents, désapprobateur. De toute façon, c'est à Eastbourne que le meurtre a eu lieu. C'est là que la sœur de John et elle sont domiciliées. Je vois pas comment tu t'y serais rendu avant que la scène soit contaminée.
– En étant prévenu à temps, peut-être ?
– Y avait aucun moyen de savoir si ce meurtre était lié à John, je te rappelle. C'était même pas sur Londres… Il a fallu quelques heures pour remonter jusqu'à lui, et heureusement qu'on a des loups en contact avec nous dans la police à Eastbourne qui ont soupçonné quelque chose. D'ailleurs on n'est même pas encore tout à fait sûrs que ça ait un lien avec John… Ça pourrait toujours être un crime homophobe ou…
– Oh, Greg, je t'en prie, ne sois pas ridicule. C'est sa belle-soeur. Et les crimes homophobes sont rarement des meurtres « propres ». Plus souvent des coups pour apprendre aux fautifs ce qui est tolérable et ce qui ne l'est pas, selon les abrutis qui les perpètrent.
Greg fut surpris par le tutoiement soudain. Peut-être que John avait vraiment un impact positif sur lui… Dire que le loup n'avait jamais réussi à le tutoyer en plusieurs années.
– Et l'autre ? pressa le détective.
– Il n'a pas été déplacé. Donovan, Anderson et son équipe y sont encore.
– Bien entendu. Autant dire que s'il y avait des indices, ils auront été piétinés par cet abruti d'Anderson.
Le détective était déjà en train d'enfiler son manteau. Il ouvrit la porte, claqua impatiemment la langue, son regard plissé posé sur Greg. Celui-ci se dépêcha d'attraper sa veste et tous deux sortirent et prirent l'escalier, laissant John derrière eux.
Ce dernier n'avait pas bougé et Sherlock l'avait bousculé sans ménagement pour passer la porte, Lestrade lui adressant un regard compatissant et gêné. Le médecin regardait toujours droit devant lui, sans rien voir. Mes amis. Ma famille. Mon travail. Ils ont tout sali. La ritournelle se déroulait inlassablement dans sa tête, et il entendit d'une oreille distraite une voiture démarrer et s'éloigner dans la rue. Greg et Sherlock, sans aucun doute.
Il sursauta donc violemment en voyant la porte se rouvrir à la volée. Les yeux bleus plissés de Sherlock le détaillaient avec impatience.
– Il va falloir songer à te bouger si tu veux qu'on y aille.
– Quoi ? demanda John, ahuri. Je pensais que tu étais parti avec Lestrade.
– Je ne mets pas les pieds dans une voiture de police, sauf si c'est moi qui porte les menottes. Tu ne vas pas rester ici alors qu'il y a une enquête dehors, deux même, si ?
John s'entendit marmonner :
– Je ne vois pas pourquoi je voudrais ven…
– Carrière militaire brutalement interrompue il y a sept mois, ancien médecin sur un champ de bataille, ennuyé à mourir par ton travail en clinique, rageant de te sentir impuissant dans une affaire qui te dépasse, en colère de ne pouvoir montrer à tes potentiels agresseurs que tu ne crains pas de les affronter… Et tu es venu sur la scène du crime de Sarah Sawyer alors que rien ne paraissait moins prévisible. Moi, je ne vois pas pourquoi tu voudrais rester ici.
John le scruta quelques secondes.
– … Je dois aller chercher mon arme ?
– Dans ta veste qui est sur le canapé, indiqua le détective en même temps qu'il lui lançait son propre long manteau noir qu'il venait de retirer. Même si je ne vois pas pourquoi tu en aurais besoin aujourd'hui. Je descends arrêter un taxi. »
John attrapa par réflexe le vêtement. Sherlock avait déjà disparu à l'extérieur. Le médecin observa le soleil rayonnant de ce mois de juillet par la fenêtre, suspendit le manteau du détective à la patère en même temps que le sien, après y avoir récupéré son arme.
Il eut une pensée pour Estelle avant de fermer la porte, puis songea que ce n'était pas la première fois qu'elle se retrouvait seule. Sherlock et elle avaient eu une vie avant que lui-même habite avec eux, après tout.
.
.
Le feu tricolore mettait trop longtemps à passer. Greg songeait sérieusement à allumer son gyrophare pour pouvoir le griller, tapotant nerveusement du bout des doigts sur son volant, quand il finit par devenir vert. Alors qu'il tournait enfin à droite sur Marylebone Road, son portable se mit à sonner. Une seule conclusion : le monde était contre lui. Il enclencha le bluetooth pour accepter l'appel sur les installations de la voiture et la voix qui emplit l'habitacle lui fit serrer les dents.
« Bonjour, Inspecteur Lestrade.
Il n'avait pas eu de nouvelles de l'autre Holmes depuis les deux messages que ce dernier lui avait envoyés plusieurs semaines auparavant. Il répondit donc prudemment :
– Mycroft. J'imagine que vous êtes déjà au courant pour la belle-sœur de John et pour son patient ?
Mycroft ne prit même pas la peine de répondre à sa question.
– Nous avons déjà pris les précautions nécessaires pour nous assurer qu'aucun humain impliqué dans le processus de découverte des corps ne soupçonne le moindre lien avec John. Avez-vous fait de même de votre côté ?
– J'ai écarté l'essentiel de mes hommes et j'amène Sherlock et John sur place.
– Sherlock dans une voiture de police ? Et John ?
Greg ne répondit pas immédiatement, concentré sur le trafic, à deux doigts de percuter un cycliste surgissant de Harewood Avenue en grillant son feu rouge.
– Abruti, cracha-t-il en songeant qu'il n'avait pas envie de faire la course au vélo contrevenant, et que c'était une bonne chose qu'il soit autrement occupé. Pardon. Pas vous. Non, Sherlock n'est pas dans ma voiture et c'est lui qui a décidé que John devait venir. Je n'ai pas exactement eu mon mot à dire dans cette histoire, les conditions de Sherlock ne sont jamais négociables. Ils me rejoignent là où Philip Trush a été trouvé.
– Très bien.
– Sherlock et John semblent... mieux s'entendre qu'avant, informa automatiquement Greg.
Le silence lui répondit d'abord. Puis :
– Ah ?
Greg tourna dans Edgware Road pour remonter vers West Kilburn et le corps qui les attendait, entouré de son équipe.
– Oui. Ils se sont parlé sans se bouffer, je veux dire. À peu près. C'est la première fois que je revois John depuis quasi deux mois et il m'avait dit que Sherlock passait un peu plus de temps dans les pièces communes de leur appartement, mais pas qu'ils s'adressaient la parole. Sherlock n'a pas été exactement toujours courtois, mais... je ne suis pas sûr de l'avoir déjà vu aussi agréable avec quelqu'un.
– … Très bien, merci.
Greg vérifia que les deux piétons qui s'apprêtaient visiblement à traverser avaient changé d'avis en voyant la voiture de police arriver sensiblement au-dessus de la vitesse autorisée. Puis il prit conscience du silence qui s'étirait depuis quelques secondes, à présent. Le léger grésillement du haut-parleur lui indiquait que Mycroft n'avait pas raccroché, mais le loup ne disait rien.
L'inspecteur se souvint subitement de leur dernière conversation de vive voix. Il refusa de s'en sentir coupable. Oui, il avait réagi de manière excessive. Oui, il avait pu dire des choses qu'il aurait dû garder pour lui. Il avait ressassé plusieurs fois l'échange vif qu'il avait eu avec Mycroft, à vrai dire. Chaque fois, il avait envie de se cogner la tête contre un mur en revoyant le visage hermétiquement fermé du loup, quand Greg lui avait demandé avec beaucoup de sarcasme s'il s'était attendu à un repas sympathique et un rendez-vous. Chaque fois, aussi, il terminait son train de pensée à ce propos sur l'idée qu'il n'avait pas à s'excuser d'être humain. Il avait eu de véritables griefs contre Mycroft. La situation l'avait rendu injuste, il le savait, mais il ne pouvait pas faire comme s'il était une foutue machine en permanence. Il savait à peu près contrôler sa colère, mais quand des sentiments moins avouables comme le doute, la tristesse et l'amertume vis-à-vis de la vie de ses congénères et de son propre métier l'attaquaient, il devenait particulièrement intolérant.
Le silence qui continuait de s'étendre, cependant, était sous-tendu par cette dernière conversation et Greg ne doutait pas une seconde que Mycroft y pensait comme lui. Alors, bêtement, il eut envie de s'excuser.
– Mycroft, je… commença-t-il d'une voix incertaine et contrite, se haïssant à l'avance de céder sur ses principes.
Le loup ne le laissa pas chercher ses mots, cependant :
– Est-ce que vous êtes occupé, ce soir, à partir de dix-neuf heures, Inspecteur ?
Le flic fut totalement pris de court pas la question. Il prit le temps de réfléchir, malgré tout.
– Si vous me demandez ça pour transformer ma soirée en une réunion sur l'affaire qui vient de nous tomber dessus, je suis déjà occupé, dit-il avec précaution, tentant de ne pas rendre son ton mordant mais sans tomber dans le taquin – ce qui serait pire que tout, si jamais il avait mal interprété la question. Si vous avez autre chose à me proposer, je peux me libérer.
– Je pensais à autre chose.
La prochaine fois, je vous demanderai si vous souhaitez aller « boire quelques bière ou quelque chose du genre. »
– Je peux vous demander pour quoi ? interrogea Greg avec curiosité et une sensation de grattouillage dans le ventre qui lui parut presque indécente dans sa situation, alors qu'il s'apprêtait à voir un corps sans vie.
– … Je peux ne pas vous le dire ? répondit Mycroft.
Et, vraiment, Greg avait l'impression que c'était une question réelle. Une question à laquelle il pouvait répondre Je veux savoir. La curiosité s'intensifia. Le grattouillage aussi, et l'envie de s'offrir la surprise en même temps. De rentrer dans le jeu du loup, pour une fois.
– Je ferai ce que je peux, mais je peux pas vous garantir que je sortirai à dix-neuf heures, Mycroft, prévint-il malgré tout. L'affaire de Philip Trush et Clara Forkstank...
– Ne relève plus de vos services, si vous me permettez de vous le rappeler.
– … nécessite que je rédige de la paperasse et que je briefe mon équipe pour que mes hommes ne crient au scandale de laisser votre frère gérer ça. Même s'ils ne sont pas censés être mis au courant de la raison pour laquelle ils ont été écartés, ils ne sont pas stupides et associent l'intervention exclusive de Sherlock aux meurtres gravitant autour de John.
– … Vos hommes ne sont pas enchantés de voir des affaires de ce type leur être retirées, j'imagine ?
Greg grimaça. Il approchait de la rue où Trush avait été retrouvé et commença à chercher une place de stationnement.
– Ils sont surtout frustrés qu'un loup soit mis sur l'affaire. Ils voient ça comme de la provocation et ils ont peur que l'enquête soit bâclée par Sherlock pour éviter d'inculper un autre loup…
Il s'interrompit plus brusquement que sur une fin habituelle de phrase, les sourcils soudains froncés. Peut-être était-ce parce qu'il s'adressait à un représentant de l'espèce des hommes-loups, ou bien simplement le fait de le prononcer à voix haute… quelle qu'en soit la raison, en même temps qu'il énonçait cette phrase, Greg se rendit compte de combien celle-ci était insultante pour Sherlock, son frère et les loups en général.
– Je... Euh, j'espère que je n'ai pas besoin de préciser que ce n'est pas ce que je pense, moi, dit-il précipitamment et, face au nouveau silence qui accueillit cette précision minable, il finit par ajouter : Bref. Je ne sais pas à quelle heure je quitterai le Yard ce soir. Je vous tiens au courant.
– Bien. À tout à l'heure, Gregory. »
Greg entendit le déclic signifiant que l'appel venait d'être coupé. Il soupira en entamant un créneau un peu présomptueux pour la taille de son véhicule qu'il parvint malgré tout à ranger pile-poil. En claquant la porte de sa voiture de fonction, il se demanda s'il avait hâte d'être au soir où s'il appréhendait franchement.
Peu importait, à vrai dire, pour l'instant. Il avait un cadavre à observer ainsi qu'un détective irascible et un médecin à qui on ne laissait pas le temps de se remettre d'un deuil pour lui en infliger un autre à gérer pour l'après-midi... Longues heures à venir en perspective.
.
À suivre
Pensez aux reviews. Je trouve ça triste d'en venir à les quémander tous les cinq chapitres, mais le ratio nombre de lecteurs/nombre de retours est franchement dépitant.
Oui, on est bien d'accord, les auteurs ont besoin d'avoir un petit retour sur ego, dans ce monde de publication gratuite et de lecture libre. Sinon ils arrêtent de publier. C'est aussi simple que ça. Je ne vais pas faire un énième appel du pied en mode bisounours, j'ai pas la patience aujourd'hui. Je ne vais pas parler des autres auteurs qui s'arrêtent les uns après les autres, tout simplement parce que cette fois, je vais parler de moi : je n'ai pas écrit une fanfiction depuis plusieurs mois. Depuis la publication du premier chapitre du Diamant et la perle, en fait, soit depuis juin. Tout ce qui est publié depuis a été écrit avant. Et je n'ai actuellement aucune motivation pour m'y remettre. Pourtant des idées, c'est pas ce qui manque. Pour écrire d'autres choses, oui, j'ai la motivation et l'envie, j'ai commencé des projets qui n'ont rien à voir avec la fanfiction et qui me nourrissent plus, en ce moment. À vrai dire, j'en viens même à me poser la question du point auquel écrire et publier gratuitement et si largement que le permet internet n'est pas une des raisons majeures de la précarisation de la situation des écrivains qui essaient de vivre de leur plume, puisqu'on prostitue nos textes là où d'autres essaient de vendre les leurs, avec tout autant de légitimité. Essayez au moins d'être une bonne raison pour que les auteurs qui publient en libre continuent de le faire.
Je sais que je fais partie des privilégiées de ce site pour ce qui est des reviews reçues, j'en ai parfaitement conscience, mais la démotivation est là pour moi, alors imaginez pour les auteures qui ont moins de retours. Alors si l'idée de faire plaisir à un auteur n'est pas suffisante pour vous motiver à laisser quelques mots, agissez au moins par individualisme : moins vous vous bougerez pour dire que vous existez, moins vous aurez d'auteurs motivés à écrire et publier dans un vent relatif.
Merci infiniment aux personnes qui ne se dérobent jamais pour laisser une review, merci à ceux qui prennent le temps de le faire de temps en temps. Aux autres, je n'ai pas grand chose à dire à part que vous êtes en train de regarder mourir votre loisir sans rien faire pour l'éviter.
