Hello toustes ! :D
Maladie et boulot combinés ont eu raison de ma volonté à procéder à une ultime correction et publier, hier (la faute aux sales morveux pleins de miasmes qui bouffent mes stylos. Je les maudis tous sur 15 générations). Mais me voilà !
MERCI pour votre écoute à mes appels. J'espère que ce sursaut est une véritable volonté à faire vivre le fandom dans la durée et pas juste une réponse ponctuel à mon paragraphe désespéré. Whitewolf (hu hu, je ris devant ton pseudo sur cette histoire ;) ), admamu, Claire, Reapersis, William Hester, Lectrice, Sasa, Mimi, Lunard, Llama, Isop, Eurus, Kalane, Luckias, toundra, Louise, Nymphaliora, Ysmira, Maos, Ariane, Zo et Cousingaelle, vous êtes nombreuxses et je vous en remercie ! Et j'ai commencé à vous répondre, mais j'ai un mois de retard, j'échelonne sur plusieurs soirées ;)
Merci, comme toujours, à Nalou pour sa bêta d'enfer :)
J'ai beaucoup retouché ce chapitre après correction, les fautes qui restent sont donc totalement les miennes.
Et bonne lecture !
Chapitre 7
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John fut surpris lorsque le détective lui proposa d'observer le corps avant de faire lui-même ses déductions. Sherlock cherchait-il à se moquer de lui ? Comment aurait-il pu, lui, simple médecin de l'armée réformé, apporter quoi que ce soit que le détective n'aurait su déduire ? Il s'exécuta malgré tout. Trush, étendu mort devant lui, avait été un de ses patients et il pouvait au moins fournir des informations sur sa santé avant le meurtre et ses traitements. Sherlock, de ses yeux plissés et indéchiffrables, se contenta de le fixer tout en acquiesçant imperceptiblement à ses remarques. Avant d'exiger que le corps soit mené à la morgue et préparé sur le champ. John observa alors, dubitatif, Lestrade ne faire rien d'autre que soupirer puis faire un signe à un de ses agents pour qu'il prenne les dispositions nécessaires à cette requête.
Sherlock se hâta hors du taxi lorsque celui-ci les déposa devant l'hôpital Saint Bartholomew. John paya la course en grimaçant à cause de sa main douloureuse puis s'engouffra dans l'imposant bâtiment à sa suite. Il adressa à l'homme qui tenait l'accueil le signe de tête que le loup négligea d'exécuter, trop occupé à se diriger sans la moindre hésitation hésitation vers des escaliers, derrière une porte en verre fumé.
La morgue était un espace éclairé et beaucoup moins glauque que ce à quoi John s'attendait. Il en avait déjà vu quelques unes, évidemment, mais ça remontait à ses années d'études. Dans celle-ci, les portes des unités de conservation s'alignaient le long d'un mur au violet pastel caressant.
Le corps de leur victime attendait sur la table métallique, au milieu de la pièce. John fronça les sourcils quand il ne put s'empêcher de se demander si Sherlock avait étudié le corps de Sarah dans ce même lieu. Certaines questions méritaient de rester sans réponse, certaines pensées enfouies dans la poubelle mentale de toutes celles auxquelles on préférerait ne jamais être confronté. Dommage qu'aucun éboueur psychologique ne venait jamais l'en débarrasser pour de bon.
« Bonjour, Sherlock.
John se retint de sursauter lorsqu'une voix féminine et enjouée salua son colocataire.
La femme qui avait prononcé ces mots lançait au loup un sourire qui ressemblait à un mélange de timidité et de courage, comme celui d'un élève qui souhaite en fait des caisses sans trop l'oser pour se faire apprécier de son professeur effrayant. John ne put s'empêcher de lever intérieurement un sourcil en la voyant détourner hâtivement le regard parce que celui de Sherlock s'était posé sur elle. Du haut de la trentaine que le médecin attribuait à la jeune femme, ce béguin pour le détective, si évident qu'il crevait les yeux de ceux qui ne voulaient pas le voir, lui semblait… puérile ? Surtout au regard de l'indifférence nette par laquelle Sherlock répondait, en cet instant en tout cas.
« Bonjour, lança-t-elle ensuite à John. Molly Hooper, médecin légiste.
– John Watson, répondit ce dernier en serrant la main qu'elle lui tendait dans un autre sourire timide et mal assuré.
– Je sais. Bien sûr. »
Bien sûr. Elle était du genre à lire les journaux qui parlaient de lui comme d'un célibataire endurci.
John fronça les sourcils lorsqu'il réalisa les aprioris qu'il avait sur cette femme sans qui ne sache d'où ils lui venaient. Il ne parvenait pas à s'en expliquer la raison, à part peut-être l'air midinette qu'il lui voyait et qui n'allait décidément pas avec la profession qui était apparemment la sienne.
Assez rapidement pourtant, John révisa son préjugé de la jeune femme. Cette dernière se pencha sur le corps aux côtés de Sherlock, avec un professionnalisme et une compétence qui lui permirent à plusieurs reprises de reprendre légèrement le detective sur ses observations ou d'y apporter un complément intéressant. Mieux que ça, réalisa John qui, lui, se tenait en retrait et les observait travailler de concert sur les plaies, dans une coordination presque magique. Molly ne corrigeait pas Sherlock en lui donnant les réponses. Elle ne faisait que l'orienter dans la bonne direction. Le détective ne semblait même pas s'apercevoir qu'une partie de ses propres observations n'étaient finalement que celles que Molly parvenait à lui suggérer avec finesse. John se demanda une seconde si c'était malintentionné : après tout, si elle était capable de faire cela, peut-être pouvait-elle le mener à l'erreur. Et puis non, vit-il assez rapidement. Parce que Sherlock se rendrait compte d'une information fausse. Parce que les connaissances médicales de John permettaient de confirmer ce qui était énoncé, même s'il n'aurait certainement pas su le voir lui-même. Et, surtout, le regard d'adoration que Molly lançait régulièrement à Sherlock attestait qu'elle ne faisait cela que pour l'affection exaspérante qu'elle lui portait.
Par cette collaboration d'efforts, il fut établi que le patient de John avait été agressé par plusieurs personnes, au moins trois, d'après les forces différentes mises dans les coups. Sur la scène de crime, Lestrade, ses hommes et Sherlock avaient pu attester que ses biens et ses papiers n'avaient pas été volés : son argent et sa montre coûteuse étaient toujours sur lui. Il n'y avait pas de trace de lutte, il avait donc dû être assommé ou étourdi assez rapidement, certainement avant de recevoir les coups de couteau. Anderson avait établi que ceux-ci avaient été assénés au hasard, vu leur nombre, donc par des amateurs. Sherlock lui avait alors suggéré de retenir sa respiration suffisamment longtemps pour que le manque d'oxygénation affecte ses aires cérébrales du langage et l'empêche de prononcer des phrases intelligibles, ce qui donnerait l'impression au monde extérieur que son QI avait progressé d'au moins cinquante points.
Grâce à l'autopsie en cours, le détective leur certifia que les coups avaient été répartis de façon à donner l'impression que des débutants s'étaient attelés à la tâche de tuer un homme, mais que la plupart d'entre eux étaient en soi potentiellement mortels. Carotide, cœur, poumons, moelle épinière, artère fémorale... Plus deux ou trois autres, plus aléatoires, moins profonds parce que donnés rapidement dans le seul but de détourner l'attention de l'hypothèse de tueurs entraînés et professionnels.
Molly sourit quand Sherlock déclara qu'il avait terminé. John, abandonné sur place par le détective dans un tourbillon de manteau, la remercia de son aide. Et de sa finesse, ce qu'elle sembla ne pas comprendre immédiatement.
« Vous savez, précisa-t-il en jetant un coup d'œil vers la porte par laquelle Sherlock avait disparu. Quand vous le laissez trouver les réponses que vous avez déjà trouvées. C'est une bonne façon de se comporter avec lui. Pour qu'il ne soit pas trop… comme il peut être des fois, avec le reste des gens.
Ce n'était pas ce que John faisait, évidemment. Parce qu'il était rarement en position de le faire, pour commencer... Et parce que laisser passer ce genre de situation n'était franchement pas intéressant. La mine boudeuse de Sherlock Holmes quand on lui faisait remarquer qu'il avait été plus lent qu'un autre être vivant était suffisamment amusante pour qu'on la provoque et la savoure.
Elle ouvrit la bouche, surprise, puis lui offrit un nouveau sourire timide. Reconnaissant aussi.
– Je… commença-t-elle avant de se raviser apparemment. Merci. Bonne journée, John. Ne tardez pas trop, il va vous oublier ici, sinon. »
Évidemment, ce serait tout à fait son genre. Cette fois, quand John serra la main de Molly Hooper, il songea qu'il était possible qu'il l'apprécie.
« Qui dit bande dit une certaine organisation et exclusion d'un quelconque psychotique en plein délire meurtrier et aléatoire — ce qui n'arrive de toute façon que dans les fictions télévisuelles et les suppositions aléatoires et jamais corrigées publiquement de quelques chaînes d'informations volontairement alarmistes. Argent toujours en place signifie : soit interruption par une tierce personne avant d'avoir eu le temps de lui voler quoi que ce soit, auquel cas la police aurait été prévenue rapidement après le décès, ce qu'on sait ne pas être le cas ; soit meurtre en tant que fin en soi et non que moyen. Donc pas hasardeux. Ce que confirme l'étourdissement avant de le tuer. Et les tueurs savaient se servir de leurs couteaux. Ils n'ont rien laissé au hasard. Il a dû décéder en quelques secondes, quelques minutes tout au plus.
– On... n'a toujours pas la certitude que ce soit lié à John.
Même Greg ne semblait pas croire en ce qu'il venait d'avancer. Sherlock, John et lui étaient revenus à Baker Street, le demi-loup ayant catégoriquement refusé d'aller débattre au Yard. Tous trois étaient assis dans les fauteuils qu'ils avaient occupés plus tôt dans l'après-midi.
– Oh si. Justement. Ce meurtre est un acte terroriste. Une revendication. Un assassinat gratuit — Donovan et son équipe de bras cassés avaient au moins raison sur un point : rien dans le passé ni le présent de cet homme ne le relie à une activité trouble. Mais quelle organisation terroriste dissimule ses actes sous un meurtre présentant tant d'amateurisme feint ? Comment parler de terrorisme si personne ne revendique cet acte – et tout laisse penser que cette bande professionnelle et organisée ne revendiquera rien ? Eh bien, ce qui nous permet de le dire c'est que cette menace est dirigée vers quelqu'un en particulier. Une personne qui saura se reconnaître et deviner pourquoi on cherche à l'intimider… émit Sherlock en tournant son regard vers un John insondable au regard baissé vers le sol, avant de reprendre : Mais également dirigée vers la personne qui sera capable de déchiffrer cette menace malgré son déguisement. C'est-à-dire moi.
Le médecin redressa vivement la tête et fixa le détective quelques secondes. Ce dernier ne le regardait plus, perdu dans ses propres pensées, murmurant pour lui-même de façon inintelligible.
– … Toi ? s'entendit croasser John.
– Oui, répondit le demi-loup avc l'air de se faire violence pour sortir de ses considérations internes. Moi. On commence à m'associer à ce petit jeu. Ce qui n'est pas pour me déplaire, je te rassure tout de suite, avant que tu ne repartes dans une spirale d'auto-flagellation.
John nota avec colère qu'en effet, un sourire calculateur se dessinait sur les lèvres du loup. Il décida qu'il s'abstiendrait de se sentir coupable si le détective était effectivement associé à lui dans cette histoire et qu'il lui arrivait quoi que ce soit.
– J'imagine qu'au moins ça te met de mon côté le temps de l'enquête, dit-il avec amertume.
John touchait sa main toujours douloureuse du bout des doigts. Pourrait-il utiliser sa canne dans les jours à venir ? Il fronça les sourcils quand il s'aperçut qu'il n'avait pas pensé à la prendre pour courir après Sherlock voir le corps de Trush.
Le détective avait eu le temps de lever un sourcil condescendant dans sa direction, pendant ces observations silencieuses, et de répondre sur un ton arrogant qui n'arrangea pas particulièrement l'humeur de John :
– Parce que tu as été assez stupide pour croire que je pouvais être dans l'autre camp à un moment, peut-être ?
– Euh... Quand tu as été sur le point de m'écorcher vif il y a deux mois ? proposa le médecin en abandonnant l'observation pensive de sa main droite pour ancrer un regard incrédule dans celui, dubitatif, de Sherlock. Quand tu m'as glissé tout à l'heure que tu ne condamnerais pas qu'on m'assassine, en raison du meurtre que j'ai involontairement perpétré, à l'origine de toute cette merde ? Quand j'ai eu droit pendant un certain temps et jusqu'à il n'y a encore pas si longtemps que ça à tes regards haineux ou au moins distants et glacés ? Oui, étrangement, j'ai pu envisager plusieurs fois que tu n'étais pas dans mon camp, Sherlock. Je ne dois pas avoir ton intellect pour voir ce qui est évident pour toi au delà de ce qui l'est pour le commun des mortels.
– Évidemment, cracha le détective, l'air soudain de très mauvaise humeur. Tu m'as donc naturellement associé à ceux qui ont tué des personnes innocentes par ta faute, qui ont massacré ces humains qui n'avaient rien demandé à personne, juste parce que tu as fauté il y a sept mois. Logique.
– Par ma faute ? Parce que j'ai fauté ? répéta John avec l'impression qu'il allait s'étrangler d'indignation. Tu vois, j'aurais au moins cru que tu pensais que sauver un enfant n'était pas une faute, même si tes conneries de gènes ou je sais pas quoi qui fait de toi un loup t'incitent à m'en vouloir. Faut croire que je t'ai surestimé.
Le médecin s'était levé avec colère. Celle que Sherlock lui inspirait en cet instant, celle que l'autre être... lupin ou humain — ou quelque soit le putain de mot qu'il était obligé d'utiliser pour parler de lui dans cette situation de merde où des crétins décidaient qu'ils faisaient partie d'espèces différentes et tuaient et agressaient pour cette raison — celle que cet être, donc, lui avait déjà fait ressentir dans la journée et dans le passé. La rage aussi de toute cette situation trop injuste qu'il prenait en plein face encore et encore, alors que le semblant de soutien qu'il avait senti de la part de Sherlock avait en réalité la consistance d'un voile sur lequel il suffisait à John de souffler un mot de travers pour qu'il s'envole. Il n'avait pas à supporter ça.
Alors il coupa le loup avant que celui-ci ait eu le temps de laisser sortir un son d'entre ses lèvres entrouvertes.
– Nan, tu sais quoi Sherlock ? Laisse tomber. Joue à ce « petit jeu » qui semble tant te plaire, résous ces crimes puisque c'est tout ce qui semble t'exciter dans la vie, et oublie que j'y suis lié, d'accord ? Oublie qu'on habite sous le même toit. Beaucoup de choses me fatiguent depuis sept mois que je suis rentré sur Londres et essayer de savoir si tu me hais pour un meurtre que j'ai commis par erreur m'épuise autant que le reste, voire plus. Moi, c'est dans ce petit jeu-là que j'ai plus d'énergie à perdre. Alors au moins je te facilite la tâche de savoir si tu peux ou non tolérer ma présence dans la même pièce que toi : je ne compte plus m'imposer dans ton espace vital. »
Le médecin claqua la porte de sa chambre.
« Vous avez remarqué ? demanda le loup à l'intention de Greg, sans manifester plus d'émotions à la tirade blessée de John. Il n'a encore pas eu besoin de sa canne. Quoi ? interrogea-t-il en captant le regard accusateur du policier.
– Tu crois pas qu'il a assez à supporter sans en plus que tu l'accables de choses que tu ne penses pas ?
Sherlock plissa le regard en se laissant aller contre le dossier de son fauteuil.
– Et qu'est-ce que vous savez de ce que je pense ou pas, exactement ?
Ah, le vouvoiement était de retour. L'aura bénéfique de John sur le loup devait être à ondes courtes et à durée limitée.
– Je te connais, Sherlock. Suffisamment en tout cas pour savoir que tu considères qu'il a bien agi il y a s...
– Ah, le bien et le mal, l'interrompit le loup en observant le plafond. Étranges notions si malléables.
– Qu'il a bien agi il y a sept mois, donc, loup ou pas.
– S'il n'existait pas, il n'y aurait pas eu ces morts, répondit Sherlock de cette voix butée, presque puérile, qu'il utilisait quand il se savait de mauvaise foi.
– Il n'a pas tué ces personnes, que je sache. Les seuls fautifs sont les meurtriers. Et tu le sais très bien.
– … Il a pensé que je n'étais pas dans son camp, se plaignit le cadet Holmes, le ton soudain bien moins puéril et beaucoup plus cassant. Il m'a mis dans le même sac qu'eux.
– En même temps, tu as tout fait pour lui faire croire que tu étais tout juste capable de te contrôler. Tu t'es comporté comme l'un d'entre eux.
– Comme un de ces meurtriers ? Vraiment, Lestrade ?
Sherlock était condescendant au possible. Il semblait sur le point de le mettre à la porte, songea Greg en secouant la tête pour le corriger :
– Comme l'un de ces loups qui lui en veulent, c'est-à-dire l'écrasante majorité, Sherlock. Parce que tu parlais des hommes-loups en général, quand tu disais qu'il te mettait dans le même sac qu'eux, je le sais.
Yeux bleus étrécis. Sherlock n'aimait pas qu'on voie clair en lui quand il en avait décidé autrement. Ça aussi, Greg le connaissait assez pour le savoir.
– Je ne vois pas pourquoi je ne voudrais pas qu'on m'associe à eux. Je suis l'un d'entre eux après tout.
– Ah bon ? Et pourtant tu continues à vivre à l'écart du reste de ta famille en habitant avec ta mère humaine ? Et tu évites toutes les réunions organisées pour faire se rencontrer les loups de la capitale et incidemment, vous faire vous marier puis reproduire entre vous au maximum ? Oui, Sherlock, ne me regarde pas comme ça, j'en sais beaucoup sur vos habitudes. Et je sais aussi que les loups vivent en meutes autant que possible et méprisent tant le fait de se rapprocher intimement avec des humains — c'est une des choses qui ont coûté sa vie à Sarah Sawyer, au-delà du fait qu'elle appréciait John, mais il n'a pas besoin de le savoir — que d'habiter avec eux quand ils peuvent l'éviter. Et pourtant, tu vis ici, en retrait. Avec un tueur de loup.
Sherlock, qui avait évité le regard de Greg tout au long de ce déballage, se concentra de nouveau sur l'inspecteur à la dernière phrase.
– Vous savez comme moi que Mycroft est à l'origine de ce dernier point, pour que je le prévienne si John faisait quoi que ce soit de stupide et pour décourager les hommes-loups potentiellement agressifs de l'attaquer à son domicile. Je ne comptais pas partager notre appartement avec qui que ce soit, jusqu'à ce que Mycroft décide de me couper les vivres. Et qu'il fasse filtrer toutes les annonces d'immobilier qui arrivaient jusqu'à John, quand il cherchait un appartement après l'incident du loup, pour que la seule qui lui apparaisse dans ses moyens et décente soit celle-ci. Je n'ai pas demandé à ce qu'il habite ici.
– Mycroft voulait que tu t'assures de sa sécurité dans un premier temps, de ce que j'ai compris. Pas pendant sept mois. Et pourtant, après l'avoir savamment évité pendant cinq mois à tel point qu'il ne savait même pas qui habitait avec ta mère, tu as fini par te laisser apprivoiser et réinstaller ton matériel de chimie dans le salon.
– C'était plus pratique que d'aller à Saint Bart's à chaque fois. Les gens là-haut n'arrêtaient pas de toucher à mes affaires.
– J'ai cru comprendre que tu laissais des bouts d'humains traîner et que tu ne lavais rien quand tu avais fini tes expériences. J'ai pensé plusieurs fois que Molly allait faire une crise de nerfs.
– Je fais ce que je veux avec mon matériel. Si je ne voulais pas le laver, c'était mon problème.
– Pas quand l'odeur de décomposition importune tout le monde et oblige les autres à nettoyer ton merdier. Ça marche peut-être ici avec John, mais les êtres humains normaux ne tolèrent pas ce genre de chose.
Sherlock renifla en croisant les bras et en détournant la tête.
– Je ne vois pas en quoi John diffère des autres êtres humains.
L'inspecteur, lui, soupira.
– Et je pense que c'est une erreur, Sherlock.
– Je ne vois pas pourquoi ce serait important, de toute façon.
Greg hésita longtemps avant de se décider à prononcer ces mots :
– Parce que tu es aussi différent des autres loups.
Puis, avant de se lever pour retourner vaquer à ses fonctions — il savait qu'une journée éreintante l'attendait, suite à ce nouveau meurtre, plus celui d'Eastbourne d'où il devait faire acheminer le corps de Clara Forkstank et surtout avant une soirée à la potentialité légèrement angoissante —, il ajouta :
– Essaie de ne pas l'accabler davantage. Il porte déjà le poids et la culpabilité d'une histoire qui n'a pas grand chose à voir avec lui. Ne confirme pas tout haut ce qu'il pense déjà tout bas. »
Sherlock ne répondit pas, le regard toujours obstinément détourné, les bras croisés sur sa poitrine alors qu'il se laissait glisser dans son fauteuil jusqu'à n'avoir plus que l'arrière du crâne contre le dossier, le cou à quatre-vingt-dix degrés, le dos sur le siège.
Ce ne sont pas mes histoires. Ils sont adultes. Qu'ils règlent ça entre eux.
Greg n'avait vraiment pas l'habitude de s'immiscer dans la vie de deux personnes et le faire avec Sherlock lui semblait aussi périlleux qu'avec John... Il n'irait pas plus loin que ce qu'il s'était permis aujourd'hui.
Quand il sortit de l'appartement après une salutation à laquelle le détective ne répondit pas, il se sentait lessivé. Est-ce qu'il aurait vraiment le courage de faire ce que Mycroft avait prévu pour le soir, quoi que ça puisse être ? Il n'en était pas là. Déjà, survivre à la fin de sa journée. Ensuite seulement il appréhenderait les vrais problèmes.
Il était vingt heures passées quand Greg échappa au Yard. À partir de dix-huit heures trente, il avait envoyé un message à Mycroft toutes les vingt minutes pour prévenir et re-prévenir de son retard. Le loup, à chaque fois, avait répondu en toute simplicité qu'il n'y avait pas de problème. C'était parfait : l'inspecteur n'avait pas exactement envie de subir une soirée prise de tête. Voir Mycroft s'ajuster sans rien dire était simplement divin.
Greg enfilait sa veste à la va-vite quand il vit la voiture noire garée le long du trottoir. Il ouvrit la porte arrière sans même y penser et se glissa sur le siège en cuir.
« Je suis absolument désolé, Mycroft, dit-il à l'attention de l'homme déjà assis sur la banquette arrière alors que la voiture se mettait en route. J'ai pas pu sortir avant. J'espère que ça ne bouscule pas ce que vous aviez prévu…
– Nous ne sommes pas encore en retard, lui répondit l'aîné des Holmes avec un sourire qui, pour une fois, ne sembla pas composé.
Greg acquiesça, plus soulagé par cette information qu'il ne l'avait prévu.
Le silence qui s'installa alors n'était pas tendu à proprement parler, mais l'inspecteur songea qu'il aurait dû être comblé par autre chose que le seul ronronnement du moteur. Il n'avait pas eu de premier rendez-vous depuis des lustres. Il n'en avait surtout jamais eu avec quelqu'un comme Mycroft Holmes. Il lui semblait que discuter de choses et d'autres se faisait, normalement, pour entamer une relation plus poussée. Étrangement, le fait que Mycroft regarde par la fenêtre avec nonchalance plutôt que dans sa direction, ainsi que le malaise que Greg éprouvait à l'idée d'entamer un bavardage superficiel avec lui concoururent à ce qu'il ne se sente pas trop mal dans cette ambiance un peu floue. Le flic porta lui-même son attention vers l'extérieur, à travers la vitre fumée à sa gauche. Ils avaient remonté Victoria Street et se trouvaient bloqués par la circulation dans Buckingam Gate. L'inspecteur jeta un coup d'œil à sa montre. S'ils avaient un horaire à respecter, il était plutôt vraisemblable d'opter pour vingt heures trente. Sauf s'ils arrivaient dans moins de cinq minutes, ils n'y seraient jamais à temps.
– La prochaine fois, on prendra ma voiture, on pourra gagner quelques minutes avec sirène et gyrophares, tenta-t-il avec un sourire incertain.
Mycroft détourna le regard de la fenêtre pour le vriller de l'intensité de ses yeux foncés.
– Je ne vous imaginais pas susceptible d'abuser de vos pouvoirs en tant que représentants des forces de l'ordre, Inspecteur.
– C'est une critique ? demanda Greg avec un sourire insolent et un lever de sourcil éloquent vers le loup qui, assurément, faisait à peu près ce que bon lui semblait des lois et de la notion nébuleuse de les respecter.
– Une découverte intéressante, nuança Mycroft, son sourire jusque-là poli se faisant plus acéré.
– Mh. Un moyen de pression de plus, j'imagine.
L'expression de Mycroft se fit surprise, un instant. L'inspecteur s'insultait déjà copieusement dans sa tête d'avoir commis cette blague nullissime quand le loup baissa les yeux sur ses mains croisées devant lui sur le pommeau de son parapluie qu'il avait coincé entre ses genoux.
– J'ai bien peur que vous possédiez plus de moyens de pression sur moi que l'inverse, Gregory.
– J'imagine que c'est vrai, dans un sens, avança le flic après être resté interdit quelques secondes. Je suis votre lien principal avec Sherlock et avec votre mère. Avec John, aussi…
Mycroft plissa les yeux vers lui comme s'il avait voulu ajouter quelque chose. Il opta finalement pour :
– En effet.
– Mais vous pouvez aussi me faire sauter de l'enquête qui concerne John — ou du moins de la petite partie que je suis encore habilité à gérer. Et je suis certain que vous pouvez définitivement me griller pour le reste de ma carrière, rien qu'avec une phrase prononcée à la bonne personne. Ce qui est assez flippant, d'ailleurs. Alors que vous trouveriez toujours quelqu'un d'autre sur qui faire pression pour avoir des nouvelles de votre frère.
Pas pour la première fois quand il se retrouvait à parler à Mycroft, Greg se rendit compte après coup de la tournure qu'il avait donnée à sa phrase. Il se dépêcha de secouer la tête :
– Pas que vous fassiez pression sur moi pour que je vous informe, hein. Ça c'est ce que j'aurais dit au début de notre... euh... collaboration. C'est juste façon de parler.
Un sourire légèrement narquois étira les lèvres du loup.
– J'avais compris. Ou du moins ai-je espéré que la pression n'est en effet pas ce qui vous fait flancher. Sinon j'aurais éprouvé quelques scrupules à poursuivre cette soirée avec vous.
Greg hésita, puis lui envoya un sourire pâle :
– Je mentirais si je disais que je n'ai aucune appréhension.
– Puis-je vous demander pourquoi ? demandèrent deux yeux bleus plissés.
– Parce que je suis stupide ? tenta Greg avec une voix joueuse, avant de reprendre avec plus de sérieux, en détournant les yeux pour les poser sur l'appui-tête devant lui : Parce qu'on passe notre temps à nous écharper quand on se parle, d'habitude. Parce qu'on doit travailler ensemble en bonne intelligence, et que ce qui pourrait... ce qui pourrait se passer risque de compliquer tout ça, que ce soit parce que ça marche ou parce que ça ne marche pas. Parce que si ça ne marche pas, l'étendue de votre pouvoir me... refroidit un peu.
Il eut l'impression que les orbes de Mycroft intensément posée sur son profil brûlaient son visage.
– Vous posez-vous toujours autant de questions, Inspecteur ?
Greg eut envie de rire. Il aurait pu faire répondre qu'il était, comme venait de le faire remarquer Mycroft, inspecteur. C'était son métier de se poser des questions et de tenter d'y répondre.
Dans cette situation, cependant, Greg se contenta d'un mince sourire :
– J'ai rarement l'occasion de me demander si l'homme qui m'invite je-ne-sais-pas-où pour la soirée pourrait décider de me trucider s'il n'était pas satisfait. Et je ne sors jamais avec quelqu'un avec qui je travaille, de manière générale. Donc non. Ce qui ne m'empêche pas de m'en poser d'autres.
Des questions comme : Est-ce que j'ai vraiment envie d'une relation stable avec qui que ce soit ? Est-ce que j'ai envie de penser à la personne qui, peut-être, apprendra que j'ai été blessé ou tué en fonction, au moment où je mènerai un assaut ou un autre ? Est-ce que j'ai envie de laisser une place si importante à quelqu'un dans ma vie ? De lui donner un tel pouvoir sur moi ? Des interrogations qui émergeaient rarement lors d'un premier rendez-vous, cependant.
– Je n'ai encore jamais fait tuer une de mes conquêtes — ou échec de conquête — de par le passé, si cela peut vous rassurer. Que la rupture éventuelle ait été orchestrée par ladite conquête ou par moi-même et quelles qu'en aient été les raisons.
– Oh, joie, vous n'êtes pas un psychopathe, rit Greg.
Il secoua la tête, dépité par lui-même, parce qu'il s'apercevait qu'une partie des doutes qu'il avait émis pouvaient être relativement mal pris par son vis-à-vis, une fois encore. Il s'adressa une nouvelle insulte silencieuse avant de lancer d'une voix plus légère :
– Excusez-moi, Mycroft. Je suis stupide — je vous l'ai déjà dit. Oubliez les doutes dont je viens de vous parler. En vrai, je ne vous prends pas pour un type capable de me descendre si j'avais le mauvais goût de ne pas vous plaire.
– Peut-être pourriez-vous commencer par voir cette soirée comme un simple remerciement de votre aide d'une part et du repas que vous m'avez offert il y a quelques semaines d'autre part.
– Oui, c'est une bonne idée.
Greg lui envoya un sourire sincère et beaucoup plus détendu, auquel Mycroft répondit, en gardant pour sa part un visage plus neutre et son maintien droit et élégant. Parce que les habitudes ne se balaient pas d'un coup de confidences, bien sûr, songea le flic.
Le silence, cette fois, parut beaucoup plus agréable.
Et comme la circulation avait fini par décider qu'elle en avait assez de les ralentir, la voiture reprit le rythme attendu d'une quatre cents chevaux-moteur en centre ville d'une capitale. Pour se stationner, une quinzaine de minutes plus tard, devant le Royal Albert Hall.
Oh, bordel, je ne suis pas sapé pour une soirée chic, réalisa soudain Greg. Il portait son costume de travail, gris et simple. Pas de veston, ni de chaussures brillantes et il n'était pas certain que sa cravate soit parfaitement assortie avec sa chemise. Au moins avait-il eu la brillante idée d'en mettre une ce matin.
Le loup avait l'air parfaitement conscient de ce qu'il pensait, au grand dam du flic. Il n'en dit rien, cependant, et mena la marche jusqu'au pied de l'imposant bâtiment circulaire. Des lampes orangées mettaient en valeur l'anneau de fresques type Antiquité Grecque qui courait le long de la façade. Style neo-rennaissance italianisant, lui apprit Mycroft quand il vit le regard de Greg se perdre sur les fenêtres arquées, le porche plus droit et ses colonnades. Voilà qui n'apprenait pas grand-chose à l'inspecteur. Ce dernier garda cependant l'information en mémoire en suivant le loup qui pressait le pas vers l'intérieur. Il aurait quelques recherches à faire sur wikipedia, demain.
Ils étaient officiellement en retard, à en voir tous les autres spectateurs déjà assis, à près de vingt-et-une heures. Mais ce qu'ils venaient voir ce soir, quoi que ça puisse être, était au moins aussi en retard qu'eux. Mycroft remonta l'allée de l'immense salle de spectacle, bien plus majestueuse que toutes celles dans lesquelles Greg était déjà entré. Il pensait « majestueuse » comme il aurait pu dire outrageusement luxueuse. Circulaire, elle aussi, fauteuils de velours rouge, alignés au sol dans ce qui aurait représenté la fosse dans n'importe quelle salle de concert basique (mais il devait y avoir un nom spécifique pour ce type de salle, non ? Parterre, ou quelque chose du genre...), et en gradins concentriques. Les occupants des sièges empêchaient de s'en rendre compte, mais Greg estima que le carmin des fauteuils devait particulièrement bien se marier avec le rouge plus foncé et mat des murs. Il était certain que cette salle aux dimensions incongrues devait donner par son ambiance feutrée et foncée une impression d'intimité et de chaleur, quand elle était vide. Soit, les architectes avaient bien fait leur travail. Il prit distraitement note des différentes issues de secours et du moyen le plus rapide de sortir, foule paniquée et embouteillée comprise, en cas de problème majeur type incendie – ou attentats, cette notion s'étant rendue incroyablement plus concrète dans les anticipations de la Police, depuis quelques années.
Mycroft remontait l'allée de gauche de la fosse-parterre, vers la scène, adressant de temps à autres des hochements de tête et des sourires polis et distants à certains spectateurs. Greg suivit, laissant entre eux deux bons mètres. La très désagréable impression de faire tache à côté du loup l'envahit. Quelques semaines plus tôt, la sensation de décalage qu'il avait ressentie au restaurant l'avait frappé et il avait songé que Mycroft n'était pas à sa place dans cet endroit, mais il ne l'avait alors pas vu comme une attaque personnelle. Ce soir cependant, alors que le loup impeccable dans son costume immaculé saluait des connaissances du même acabit, Greg avait la sinistre certitude que les regards qui s'attardaient forcément sur lui le jaugeaient pour l'imposteur qu'il était.
Mycroft s'arrêta devant la rangée qui portait le numéro trois.
– Désolé, en m'y prenant à quatorze heures, ce sont les meilleures places que j'aie pu obtenir, l'informa-t-il en désignant du menton deux sièges vers le milieu de la rangée.
– J'aurais cru que votre nom avait plus de pouvoir que ça, parvint à le taquiner Greg avec une expression de déception feinte, sortant de ses pensées désagréables.
Ils se faufilèrent jusqu'à leurs places attitrées. Sauf qu'elles étaient occupées par un couple d'octogénaires revêches. Greg trouvait qu'ils respiraient le mépris caractérisant les personnes ayant vécu toute leur vie dans le luxe et l'opulence. Il se pouvait qu'il soit biaisé, d'accord.
Greg était déjà prêt à aller s'asseoir aux places laissées libres quelques sièges plus loin — il n'avait juste pas la force de se battre ce soir et franchement, à trois sièges près ça ne changeait rien — mais Mycroft arborait déjà son air de requin à peine dissimulé par un sourire aiguisé.
– Il me semble que vous êtes à notre place.
L'homme incriminé s'apprêtait visiblement à rétorquer, mais il changea d'avis en croisant le regard du loup. Alors il se leva tout en râlant à propos des jeunes gens irrespectueux qui arrivaient en retard et pensaient que tout leur était dû. Mycroft ne broncha pas et attendit que Greg, presque amusé d'être placé dans la catégorie des jeune gens mais surtout fatigué, prenne place pour s'asseoir à son tour.
Le flic n'était pas bagarreur. Il n'aimait pas les esclandres, ne faisait rien pour les inciter et respectait les anciens, contrairement à ce que ceux-ci avaient l'air de vouloir penser. Cependant, quand encore cinq minutes après qu'ils s'étaient installés il continua d'entendre le couple juste sur sa gauche déblatérer des inepties sur toute génération qui n'était pas la leur, son agacement d'une journée à gérer Sherlock et une affaire à enfouir dans les arcanes administratives protégées de son service eurent raison de sa tolérance à l'hypocrisie. La sienne comme celle des autres, d'ailleurs.
– Vous savez, dit-il en toute simplicité, je me fous, personnellement, d'être ici ou là. Ça me dérange pas de vous laisser ma place pour prendre la vôtre, si vous êtes incapables de supporter l'affront d'avoir repris vos sièges.
Le fait qu'il s'adresse directement à eux eut l'air de les brusquer un peu. La femme, sous ses cheveux blancs-bleutés-figés lança un petit coup d'œil autour d'elle pour voir quelques têtes se détourner et songea probablement que les apparences jouaient contre son mari et elle.
– Nous... Non, non, ça ira, » dit-elle d'un ton pincé qui se voulait condescendant et que Greg prit comme une victoire personnelle pour tous les prolos débarqués dans un monde qui n'était pas le leur, à travers les âges et les contrées.
Et enfin, il put porter son attention sur ce qui l'entourait. Ce fut alors qu'il vit le piano, le beau piano à queue noir laqué, trônant seul au centre de la scène tout aussi sombre et presque plongée dans l'obscurité, auréolé d'une douce lumière bleutée. Il lança un bref regard à Mycroft qui, lui, garda les yeux fixé sur l'isntrument droit devant lui, jambes croisées et dos droit. L'élégance incarnée jusqu'au bout des mocassins, ce qui tira à Greg son premier sourire sans la moindre once d'appréhension. Juste un peu de tendresse dans l'étirement doux de ses lèvres, comme celui qu'affichait distraitement Mycroft.
Il n'eut que quelques secondes pour le voir ainsi cependant, puisqu'une femme fine entra en scène, vêtue d'une sobre robe blanche.
Des applaudissements distingués s'élevèrent des gradins. Les lumières éclairant les sièges s'se fanèrent jusqu'à disparaître et le silence s'installa progressivement — ce type de silence composé de plusieurs milliers de personnes qui retiennent leur souffle, leurs gestes et leurs sens pour disparaître dans rien d'autre que le bruissement de la robe de la pianiste lorsqu'elle s'assit au piano. Elle aussi écouta le silence plein d'une tension formidable avant d'amener les doigts à son clavier.
Tandis qu'elle égrenait enfin les premières notes en une mélodie qu'il connaissait bien, Greg songea que Mycroft avait décidé de mettre la barre haut, très haut pour cette première soirée. Puis il ferma les yeux et se laissa envahir par le chapelet de notes qui, toutes ensemble, composaient l'introduction de l'opus neuf numéro 1 de Chopin, autrement connu, avec quelques autres pièces, sous le nom de Nocturnes.
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À suivre
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Je vous souhaite à tous une excellente semaine et vous dit à vendredi !
Nauss
