Chapitre 25

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Essoufflé, Sherlock arriva face l'immense tour du London Marriott Hotel Marble Arch. Une alarme incendie résonnait et de nombreuses personnes étaient amassées devant l'hôtel, regard levé, cherchant apparemment des yeux où pouvaient bien se trouver les flammes qui avaient déclenché l'évacuation. Des membres du personnel leur demandaient de rester tranquilles et tentaient de rassurer ceux qui s'inquiétaient pour les possessions laissées dans leurs chambres. Eux-mêmes n'avait pas l'air de savoir très bien ce qui se passait. Stupidement, parce qu'ils regardaient mais étaient incapable de voir, personne ne mentionnait l'éclairage artificiel beaucoup trop fort qui semblait avoir été mis en place sur le toit. Là-haut se situait les réponses aux questions les plus importantes de l'univers : où était John Watson, comment allait-il et était-il oui ou non toujours en vie ?

L'un des membres du personnel de l'hôtel tenta de s'interposer devant Sherlock quand ce dernier ne ralentit pas pour grimper quatre à quatre les marches qui montaient vers l'entrée. Le détective ne prit même pas la peine de savoir s'il l'avait fait tomber en le repoussant et s'engouffra dans l'hôtel où le vacarme de l'alarme lui vrilla les tympans. Il se jeta sur l'ascenseur et appuya à toute vitesse sur le bouton d'appel. Aucun son ne lui répondit. Les ascenseurs étaient bloqués, constata-t-il, fulminant.

Alors il se précipita sur la porte des escaliers et se prépara à courir sur quinze étages.

Il était hors d'haleine quand il chercha frénétiquement, au quinzième, le réduit d'où partaient nécessairement les dernières marches qui menaient au toit. Ce fut en ouvrant la porte à la volée et en sentant le vent violent qui le repoussa d'un pas vers arrière que lui vint soudain la pensée qu'il aurait dû appeler Mycroft pour lui dire où John était. Quel crétin. Être affecté n'était pas un avantage.

La gorge serrée par la peur à l'idée de ce qu'il allait découvrir, il s'avança hors de l'habitacle, fit un tour d'horizon du regard et s'arrêta net alors que son ventre se retournait.

L'étendue du toit semblait s'étendre à n'en pas finir, presque sans obstacle en dehors de quelques tuyaux d'aération, du bloc de maintenance de l'ascenseur et de l'abri duquel Sherlock venait de sortir. Pourtant, l'à-pic qui dérobait le monde à ses yeux au-delà du rebord lui donna la nausée. Moriarty était bien là, au milieu du toit, à une dizaine de mètres de lui. Et John aussi, formant le troisième point du triangle virtuel qui les séparait. L'humain avait sursauté lorsque la porte s'était ouverte et Sherlock le voyait tourner lourdement la tête vers lui.

Le coeur de Sherlock s'était alors assurément arrêté. Il n'arrivait pas à enregistrer ce qu'il voyait à la place du visage doux de John, alors que le corps prostré contre la tuyauterie d'aération était indubitablement lui, les bras tirés dans le dos, vraisemblablement attachés aux tubes de métal derrière lui.

Puis, dans les projecteurs éblouissants qu'il avait vus depuis le bas de l'immeuble et qui servaient à mettre en scène ce qui ressemblait à s'y méprendre à un tableau d'exécution, il comprit que John portait un casque avec une sorte de visière qui lui bouchait totalement la vue. Il ne grognait pas, il n'avait pas l'air blessé, simplement harnaché dans ce casque qui l'aveuglait et attaché sur un toit.

Le détective s'en sentit un instant rassuré au-delà des mots, ressentant l'idée chaude couler en lui – John est en vie, il n'est pas mutilé, il est conscient. Puis il se rappela que Moriarty ne faisait rien au hasard. Le casque avait une raison d'être. John était privé de sa vue alors qu'ils se trouvaient en cet instant à cinquante mètres au-dessus du sol, avec seulement un mince muret d'une trentaine de centimètres de haut pour marquer la limite entre le béton et le vide.

« Sherlock ? ânonna John entre deux respirations superficielles et rapides.

Le demi-loup avait automatiquement avancé de quelques pas dans sa direction. Il s'arrêta subitement quand il en prit conscience, ses yeux sautant sur Moriarty. Le criminel semblait rayonner d'autosatisfaction. Fouetté par le vent fort qui les giflait à cette hauteur, il se tenait, royal dans sa nonchalance rendue élégante par le costume anthracite ajusté qui l'habillait.

– Est-ce que ça te plaît, Sherlock ? Oh, mais ne me jette pas ce regard plein de haine. Je n'y suis pour presque rien. C'est lui qui est venu à moi. C'est lui qui m'a dit vouloir m'aider. Une histoire de dispute avec toi qui devenait insupportable… De relation qui ne lui convenait plus, mais tu lui faisais peur, apparemment, alors il voulait s'assurer que tu ne l'embêterais pas. Quel meilleur moyen que de venir chercher ma protection… ? Il a été un peu moins conciliant quand il a fallu révéler une stratégie pour te faire venir ici. Mais il a fini par le faire.

Sherlock fronça les sourcils. Tout ça n'avait aucun sens… Ils s'étaient disputés, oui, mais… pas d'une façon qui mènerait John à faire ça. John ne ferait jamais ça. John existait pour contredire Sherlock et lui tenir tête quand le détective dépassait les bornes, et le détective en question avait une confiance aveugle en son médecin pour continuer à garder ce rôle. Et il avait raison, n'est-ce pas ? Il devait avoir raison. Il fallait qu'il n'ait pas été si invivable que même quelqu'un comme John en aurait retourné sa veste de la pire des façons.

Il fut coupé dans ses réflexions quand le bruit d'un drone perça à travers les bourrasques, précédant l'engin qui passa à quelques dizaines de centimètres au-dessus de lui avant de remonter pour exécuter des tours cinq ou six mètres plus haut, comme un rapace.

L'éclat de rire de Moriarty sonna comme un grelot d'une froideur incommodante, rappelant l'attention de Sherlock sur lui.

– Et tu vois, le pire c'est qu'il a pu penser que je le croirais rien qu'un instant. Comme s'il était capable de faire du mal à un être humanoïde. Comme s'il était capable de prendre les devants pour monter un plan alors qu'il est toujours à la traîne... Je l'ai bien imaginé chercher ma protection, c'était cohérent avec un esprit faible comme le sien mais... C'est un chien. Toujours fidèle à la main qui le caresse, même quand celle-ci se met à le battre. Tu es son maître et il était certain qu'il ne se retournerait jamais contre toi, quelle que soit ton attitude envers lui – c'est comme ça qu'on les aime toi et moi, après tout, non ? Alors j'ai cherché et j'ai trouvé le mouchard que ton frère lui faisait porter quand il me l'a envoyé en pâture.

Sherlock se sentit frissonner, cette fois, et la froidure du vent et de la nuit n'avait rien à voir avec cela.

John, qu'est-ce que tu as essayé de faire?

Un pistolet se matérialisa dans les mains de Moriarty, soudain, et il se mit à viser tranquillement différentes parties du corps de John, comme s'il hésitait. L'humain qui gardait son visage entravé tourné dans la direction générale de Sherlock n'en était pas conscient et la nausée prit violemment le demi-loup à la gorge.

– Bref, je te présente mon réel équipier, Sherlock – quoique tu le connaisses déjà – et j'espère que tu es prêt à assister à mon petit jeu.

La porte du toit claqua, à quelques pas dans son dos et Sherlock se retourna en sursaut. Un loup, celui qui avait conduit le taxi quand Moriarty l'avait emmené au pied de ce même hôtel quelques semaines plus tôt, ferma la porte avec une clé qu'il rangea dans une poche et avança de quelques pas dans sa direction.

– Et tu sais ce qui sera amusant dans ce jeu, Sherlock ? C'est que j'en ai inventé les règles, bien sûr, mais que c'est toi qui vas décider des handicaps de ton lévrier. Comme tu peux le voir, il n'a pour l'instant ni la possibilité d'utiliser ses bras, ni celle de jouir de la vue. Mais je ne suis pas chien, je te laisse le choix entre les deux : préfères-tu lui détacher les poignets ou lui enlever ses œillères ? Est-ce qu'il vaut mieux selon toi qu'il ait l'usage de sa vue ou de ses mouvements, en situation de combat ?

Sherlock plissa les paupières vers le corps tendu de John qui, indubitablement entendait parfaitement leur échange à travers le vent. Le demi-loup essayait de donner du sens aux paroles de Moriarty. Sauf qu'il avait déjà parfaitement compris ce qu'il lui disait et c'était insupportable.

– Un rappel, cher ami, ce n'est qu'un humain, s'offrit amicalement de lui dire le criminel avec une quantité non négligeable de mépris dans le dernier mot. Ils tiennent à peine debout quand ils ne voient pas, sont incapables de sentir correctement leur environnement et ils sont tout aussi maladroits et inutiles mains détachées que mains attachées. Le choix ne devrait pas être compliqué, si tu veux le voir survivre quelques secondes de plus face à un loup dans toute sa splendeur… ou lui offrir de voir arriver sa mort.

– Ton joueur n'a aucun handicap, je présume, parvint à crier Sherlock parce qu'il avait besoin de temps pour prendre la mesure du choix laissé par Moriarty et des implications de sa décision.

– Je ne suis même pas certain qu'on puisse parler de handicap pour ton humain. Ce n'est qu'une... accentuation d'une incapacité globale propre à son espèce. Les loups sont parfaits. Mais, si tu le souhaites, Sebastian pourra se battre sous notre forme parfaite plutôt qu'à main nue. Disons que ce sera sa propre accentuation d'un état par défaut.

Ça n'avait rien d'un handicap, grinça intérieurement Sherlock alors que l'individu qui avait fermé la porte se transformait obligeamment en un gros loup gris et avançait pour se positionner aux côtés de Moriarty, crocs découverts dans la direction de John à neuf mètres de là. C'était pire qu'un combat inégal, un loup qui attaquait sous sa forme lupine... Selon les principes culturels qui régissaient les comportements sociaux de leur espèce en Europe occidentale, c'était offrir à sa victime aussi peu de considération qu'à la proie la moins respectable. Une chasse au lapin pure et simple.

Sherlock devait faire quelque chose. Il devait empêcher l'acte de barbarie qui était sur le point de se dérouler sous ses yeux.

Une détonation déchira le vent, faisant sursauter tout le monde sauf Moriarty. Un coup de semonce qui était passé beaucoup trop proche de John, lequel était à présent totalement figé dans une attitude crispée.

– Je n'ai pas toute la nuit devant moi. Vas-y, Sherlock. Va lui rendre les mouvements de ses bras, ou va lui rendre sa vue.

– Il reste attaché aux tuyaux, si je lui enlève le casque ?

Moriarty sembla considérer la question. Le drone revint dans le champ de vision de Sherlock, puis disparut à nouveau.

– Mmh... non. Si tu lui enlèves le casque, il aura toujours les poignets attachés ensemble mais il sera libre de se déplacer où bon lui semblera. S'il garde les bras attachés, il récupère sa capacité de mouvements et sa capacité à se déplacer. Je ne suis pas un monstre, tout de même. Mais ne joue pas avec le feu, Sherlock. Je suis armé. N'essaie pas de jouer au plus fin avec moi en trichant.

Lorsqu'il exécuta les premiers pas vers John, raide, Sherlock fut pris par la panique soudaine que Moriarty ne lui ait fait croire à ce petit marché que pour mieux tuer John d'un tir mortel au moment où ils s'y attendaient le moins. Il se sentit accélérer le pas face à cette idée angoissante et se plaça délibérément entre son amant et Moriarty. Et alors, il réfléchit, sentant peser sur sa nuque le regard du criminel, à sept ou huit mètres de là.


« Dépêche-toi, je n'ai pas tout mon temps, chanta la voix de Moriarty.

John se tendit un peu plus. Ses épaules et son cou étaient douloureux à force d'être crispés et depuis le temps qu'il était immobile, il mourait de froid dans le vent à cette hauteur qu'il n'osait pas imaginer.

Non, hurla-t-il à sa conscience. Non, il refusait d'admettre l'endroit où il se trouvait. Il avait relégué loin, très loin dans sa mémoire la montée aveugle en ascenseur. Sa chair de poule rendait dure à oublier la morsure des bourrasques qui le traversaient, mais c'était plus facile de se dire que le lieu dans lequel il avait été mené était simplement très venteux. Pas haut. Juste venteux.

À vrai dire, depuis qu'il avait été amené ici sans qu'il puisse donner même une approximation du temps qui s'était écoulé, il avait l'impression d'avoir acquis la capacité d'entendre tout ce qu'il était possible d'entendre à travers le vent. Comme ce bruit d'un petit moteur qui semblait s'approcher et s'éloigner régulièrement, sans qu'il parvienne ni à le situer, ni à estimer ce que c'était. Il aurait voulu voir.

Sherlock avait la possibilité de lui rendre la vue. Ou pas. John se sentit grincer des dents.

Pas pour la première fois en un an, il eut l'impression qu'on lui retirait un peu plus des mains le contrôle de sa vie pour le remettre à Sherlock qui n'en voulait pas. Comme quand John avait été placé chez lui après avoir tué son premier loup et que le détective lui avait presque sauté à la gorge à leur première rencontre en face à face parce qu'il haïssait ce colocataire qu'on lui avait imposé… Comme quand le demi-loup s'était senti envahi par la responsabilité d'apprécier un homme en sursis permanent et qu'ils s'étaient étripés, enfermés ensemble dans cet appartement et agités par une peur viscérale qui se transformait en tensions insoutenables.

Le sursis arrivait visiblement à échéance et Sherlock devait à nouveau choisir pour lui.

John serra fort les paupières, ce qui ne changea absolument rien mais lui permit de contenir le dégoût et le sentiment d'injustice qu'il ressentait à ce que Moriarty impose ce choix immonde au demi-loup. Il voulait plus que tout retrouver sa vue, il avait l'impression qu'il n'avait plus aucun repère, aucune notion de temps, d'espace… Et pourtant, sans ses bras, il ne pourrait rien faire d'autre que courir maladroitement pour essayer de distancier le loup qu'on lui offrait apparemment comme concurrent. Il finirait forcément par trébucher, ou se faire rattraper, tout simplement et alors… Il frissonna. Quoi qu'il advienne, John ne pourrait pas survivre. Sherlock ne pouvait rien pour lui, comme toujours.

John leva son visage harnaché quand il sentit que Sherlock était proche de lui. Grâce aux bourrasques qui ne lui arrivaient plus de la même façon, à son odeur ou bien à son aura de loup, peut-être…

– Sherlock, murmura-t-il, parfaitement conscient que le vent emportait la rumeur de sa voix.

Est-ce que tu m'en veux ? Si je meure, il faudra que tu te dises que tout est de ma faute. C'est le cas. C'est moi qui me suis foutu dans ce pétrin. Depuis le tout début, c'est moi. C'est toi qui trinques et qui es censé en prendre la responsabilité, mais en vérité…

Il sentit un pan du manteau de Sherlock frôler sa joue gauche quand le demi-loup le contourna pour passer dans son dos. John s'obligea à se redresser sur ses genoux. Il devait au moins paraître fort. Il devait…

– Si tu m'abandonnes ce soir, je ne te le pardonnerai jamais. Jamais.

La voix de Sherlock qui parvint à son oreille était chargée d'une émotion beaucoup trop vive, beaucoup trop paradoxale, entre espoir et fatalisme, lutte et abandon, rancœur et confiance, tristesse et rage. John s'y abreuva, tout comme il eut l'impression d'être empli par la chaleur qui émanait du loup quand celui-ci s'agenouilla derrière lui et que ses mains se posèrent sur ses épaules. John frissonna, dans l'expectative. Est-ce que les doigts monteraient jusqu'aux lanières nombreuses et serrées que John sentait sous sa mâchoire, derrière son crâne et au-dessus ? Ou glisseraient-ils jusqu'au bas de son dos où ses poignets étaient attachés si serrés qu'il ne sentait plus ses mains et étroitement liés à la tuyauterie contre laquelle il était avachi une seconde plus tôt ?

Les longs doigts de Sherlock serrèrent fermement, Courage, et quelques secondes plus tard, John sentit qu'il pouvait bouger les bras. Il ne le fit pas immédiatement, cependant, même s'il fit pivoter ses poignets dans son dos pour essayer d'y faire revenir les sensations. Parce que Sherlock était toujours dans son dos, Sherlock n'avait pas encore bougé, ne s'était pas encore écarté, et John voulait prolonger ce moment. Il sursauta quand le loup attrapa sa main gauche, la serra à l'en faire mal… puis y fourra un objet autour duquel il referma les doigts gourds de John. Ce dernier connaissait parfaitement la prise en main de l'artefact et ce fut d'instinct qu'il comprit que Sherlock, ce putain de génie de Sherlock, venait de glisser son arme dans sa main.

Pour la première fois depuis son éveil, John se sentit respirer d'une façon presque efficace. De l'oxygène arrivait véritablement jusqu'à son cerveau.

– Il y a du vide à cinq mètres derrière toi, à dix mètres devant, et tu as vingt mètres à droite et à gauche.

Sherlock l'aida alors à se remettre sur ses pieds. John était transi de froid. Il n'avait qu'une envie, se rencogner dans la chaleur et la sécurité de son demi-loup qui, juste derrière lui, continuait de lui glisser trop d'indications pour qu'il puisse toutes les retenir.

Mais la voix de Moriarty claqua par-dessus ce qu'il aurait pu avoir à dire de plus :

– Bon, pas que je trouve absolument répugnantes ces mignonneries entre un hybride et un humain, mais le but n'est pas exactement que vous vous disiez au revoir. Sherlock, chéri, soit tu as eu le temps de détacher ses poignets et on peut commencer à s'amuser, soit il est toujours entravé et dans ce cas, tant pis pour vous, on commence quand même à s'amuser.

John n'eut pas le temps de se préparer à l'idée que Sherlock allait le laisser avant que celui-ci ne s'écarte effectivement, d'une façon suffisamment subite pour que l'humain imagine tout à fait l'arme de Moriarty braquée sur eux – sur lui.

Il faisait noir. Le vent le fouettait. Il n'avait aucun repère, aucune idée de sa simple capacité à faire un pas en avant – il avait cru qu'il allait trébucher au moment-même où la présence de Sherlock s'était éclipsée, ne lui donnant plus de repère vertical. Même avec l'arme au bout de son bras gauche qu'il gardait cachée dans son dos, il ne s'était jamais senti aussi exposé de sa vie.

Ce fut la protestation étouffée de Sherlock qui l'alerta et lui fit tendre l'oreille. Il avait entendu le bruit d'une masse qui tombait au sol dans un cliquetis quand Moriarty avait concédé à son sbire le « handicap » de se transformer en loup. Ce fut le même cliquetis sur le béton qu'il parvint à entendre à travers le vent. Un cliquetis qui se répétait et s'approchait à une vitesse terrifiante.

John n'eut que le temps de se jeter sur le côté, à l'aveugle, dans ce qui lui semblait être globalement la direction de la porte par laquelle on l'avait fait passer il y a des heures. Il entendit, en même temps qu'il se réceptionnait lourdement sur son épaule, le bruit du loup massif qui atterrissait sur le toit là où il s'était trouvé une seconde plus tôt.

John se mit sur ses pieds immédiatement sans se redresser totalement, avec sa main droite tendue vers l'avant dans une posture dictée par ses yeux toujours aveugles. Exécutant quelques pas en arrière pour s'éloigner de l'endroit où il devinait le loup, il ne faisait plus rien pour dissimuler l'arme qu'il tenait de l'autre main. John n'eut pas le loisir de réfléchir à la façon de l'utiliser avant d'entendre à nouveau le bruit caractéristique du loup qui reprenait sa course. Il se jeta encore sur sa gauche. Son bras droit heurta un obstacle sur le béton, impossible de savoir quoi, il ne se posa même pas vraiment la question alors qu'il grognait sa douleur. Ses doigts gauches avaient frottés contre le sol et il sentait l'éraflure profonde qui faillit lui faire lâcher l'arme.

– Oh, s'éleva la voix de Moriarty quelque part sur la gauche de John, faisant sursauter ce dernier parce qu'il ne situait plus rien ni personne. Tu as choisi de pimenter le jeu en lui donnant un joujou, Sherlock ? Je devrais te punir pour ça, mais ce sera drôle, je pense, de le voir viser à l'aveugle. Tu vas peut-être recevoir une balle perdue, qui sait !

John, entendant à peine ce qu'il disait, n'eut de toute façon même pas le temps de se remettre sur ses pieds, cette fois, avant d'entendre le loup prendre son élan, le bruit de moteur revenant vers lui au même moment et lui vrillant les tympans.

Il ne réussit pas à s'écarter assez rapidement, cette fois. Une langue de douleur traversa son avant-bras droit, Sherlock glapit, au loin, le son du petit moteur disparut à nouveau dans le vent violent, le rire extatique de Moriarty lui parvint, de même que la respiration lourde du loup. Puis le grognement un peu groggy de l'animal qui l'avait accroché, quand John lui asséna un violent coup de pied dans la gueule.

John se sentit momentanément chanceux d'avoir réussi à le toucher. Il y avait mis tout sa force et s'était peut-être légèrement fait mal au genou mais il décida qu'il compterait ses plaies plus tard s'il en avait l'occasion. À la place, il profita de la surprise de son assaillant pour arracher son bras de sa manche sur laquelle la gueule s'était heureusement fermée en se contentant d'érafler profondément son bras. Il abandonna son manteau aux crocs de l'animal, puis s'éloigna comme il le put avant de se relever, avant de faire face à l'endroit où le loup était censé se trouver. Cette fois, il leva et arma le pistolet qu'il tenait toujours fermement.

Parce qu'il le devait. Parce qu'il avait passé son existence des derniers mois à naviguer à vue – à l'aveugle, même. Il avait passé son temps à attendre qu'un loup lui tombe dessus pour lui faire la peau. Il avait subi, subi, subi tous ces loups qui lui avaient tourné autour, amis comme ennemis, sans qu'il sache toujours parfaitement où s'était située cette limite.

Aujourd'hui il ne voyait pas plus, mais il prenait conscience qu'il s'y était habitué, quelque part. Aujourd'hui, il avait Sherlock qui lui avait rendu l'usage de ses bras, Sherlock qui était de son côté, indubitablement, qui respirait en même temps que lui, John le sentait, qui grognait avec lui la douleur qu'il ressentait. Aujourd'hui, Sherlock lui avait remis le droit de défendre sa propre vie et l'avait armé pour ça. De sa confiance autant que de métal. Il n'avait pas le droit de le décevoir.

Aujourd'hui, John Watson reprenait officiellement le contrôle de sa survie.

Il entendit à nouveau le cliquetis caractéristique du loup qui galopait vers lui et John était certain qu'il tenait son arme dans la direction exacte du corps massif qu'il ne pouvait voir. Il lui restait peu de temps pour tirer. Il allait le faire.

Au moment où il s'apprêtait à appuyer sur la gâchette, cependant, son cerveau suppléa ce loup qu'il ne voyait pas par l'image d'un tout autre loup au galop, crocs découverts. Un loup noir aux yeux bleus prêt à lui sauter dessus.

Trop tard pour tirer, trop dur de tirer, John esquiva à nouveau le saut de la bête en s'écrasant face contre terre. Il avait sauté chaque fois sur la gauche pour s'assurer de parcourir le toit en une forme concentrique qui lui évitait logiquement de s'approcher du bord. Cette fois, il choisit la droite pour que le loup ne puisse pas anticiper sa stratégie. Impossible de dire si c'était utile, mais il ferait tout pour éviter la mort. Sherlock le lui avait ordonné.

Il s'éloigna à nouveau, se débattant à quatre pattes avant de réussir à se mettre sur ses pieds, tâtonnant pour éviter un quelconque obstacle sur sa route.

À nouveau, il mit en joue le loup qui s'élançait vers lui. À nouveau, l'image de Sherlock se superposa. Ça n'avait rien de rationnel, mais derrière cette image fleurissait une autre idée paralysante. John n'avait aucune idée d'où était qui, mis à part le loup qui l'attaquait. Sherlock pouvait très bien se trouver entre eux, ce n'était pas exclu, après tout ; ou bien derrière le loup, et alors il pourrait prendre une balle perdue comme Moriarty l'espérait tant.

Un immense désespoir coula sur lui quand il se jeta à nouveau sur le côté, sans oser tirer, juste au moment où le loup sautait.

Le rire de Moriarty jaillit sur sa gauche et John songea pour la première fois de sa vie d'une façon absolument claire et tranchante qu'il avait envie de tuer quelqu'un de ses propres mains. Pas des visages indistincts dans une guerre, pas des inconnus contre lesquels il n'avait fait que se défendre cette année, mais l'envie de trucider cet homme précisément parce qu'il savait qui il était.

John se leva une nouvelle fois, leva l'arme vers le galop du loup qui semblait ne jamais devoir se fatiguer, ne jamais devoir se lasser. Il râla, s'énerva de ne toujours pas savoir où était Sherlock et s'apprêtait déjà à sauter sur le côté, encore et encore, jusqu'à ce qu'un saut le fasse passer par-dessus le bord du toit, jusqu'à ce qu'il ne soit pas assez vif et que les crocs du loup ne fassent pas qu'effleurer son bras, jusqu'à trébucher et sentir le poids du loup atterrir sur lui, cette fois.

Juste au moment où il sut qu'il ne tirerait pas plus cette fois que les précédentes, il entendit un hurlement :

– John !

Sherlock, et ça venait de sa droite, pas le moins du monde proche du loup. Alors peut-être était-ce un peu tard, mais John releva son arme et pria pour qu'elle ne s'enraye pas quand il tira.

Le coup lui parut assourdissant, se superposant à un glapissement pitoyable, et il prit presque au même moment la masse du loup lancée sur lui à pleine vitesse. Il perdit l'équilibre et sa chute en arrière amena violemment son crâne contre le sol. Dans l'obscurité totale, des lumières dansèrent soudain devant ses yeux. Il n'était plus en état de se défendre. La masse du loup, écrasante, ne profita pas de cet accès de faiblesse pour l'attaquer, pourtant. À travers le brouillard de son esprit, il sentit un liquide chaud couler en flots pulsatiles sur sa main droite qu'il avait refermée sans réfléchir sur ce qu'il estimait être le cou de l'animal. Ce dernier fut secoué de spasmes, puis, bientôt, devint inerte.

John, dans un effort surhumain, parvint à se dégager de la carcasse qui continuait de se vider et s'en éloigna sur les fesses et les mains le plus rapidement possible. Il avait eu le temps de sentir la transformation de la bête en l'humain sous ses doigts et ça l'écœurait terriblement. Sa propre respiration était erratique et son cœur battait comme s'il avait voulu à toute force sortir de sa cage thoracique. Il ressentit soudain avec une acuité féroce la douleur dans son bras, là où les crocs du loup l'avaient touché, dans son crâne qui n'était pas remis de son choc précédent ; partout dans son corps, de ces chutes répétées pour éviter de se faire lacérer par des crocs. Il sentit aussi la fermeté de l'arme dans sa main gauche qui ne s'était pas desserrée.

Il s'en sentit profondément heureux quand une voix, à quelques pas de lui, explosa soudain en un mélange perturbant de rage et de jubilation :

– Oh, bordel, incroyable ! hurlait Moriarty, plus hystérique que jamais. Ton toutou est bon Sherlock ! Il a… Il l'a eu ! Mais ce n'est pas fini. Oh que non !

John voulut s'éloigner de cette explosion d'excitation et de colère qui lui donnaient la chair de poule mais une main se referma sur son col et le força à se remettre sur ses jambes alors qu'il n'était pas vraiment certain de pouvoir tenir debout en cet instant.

Il sentait Moriarty juste devant lui, la main droite de John s'accrochant à l'épaule de ce qui devait être une veste de costume, pour le repousser autant que pour se soutenir. Il sentait aussi le canon de l'arme de Moriarty qui appuyait méchamment sous sa mâchoire. Pendant ce temps-là, le criminel avançait tranquillement, l'obligeant à reculer à l'aveugle.

– Tu vas voir, Sherlock, tu vas voir la faiblesse humaine. Oh non, ne t'avise pas de dire quoi que ce soit. C'est lui et moi qui tenons une arme à cette heure-ci. Toi, tu n'as pas voix au chapitre.

John reculait encore, poussé par Moriarty tout contre lui. Il avait amené son propre pistolet qu'il avait armé dès que la main du loup s'était refermée sur lui vers le point d'où sortait la voix chantante du loup. Le criminel abject était obligatoirement au bout de son canon. Il n'y avait pas d'autre possibilité… N'est-ce pas ?

– Regarde, Sherlock. Regarde ! Il a peur. Il se dit qu'il y a peut-être un subterfuge. Il ne voit rien et il est trop faible pour sentir à qui il a affaire. Stupide humain. Il n'ose pas tirer, parce qu'agir pour éviter la mort de quelqu'un, de lui-même, c'est une chose, mais agir pour la provoquer, ça n'a rien à voir… Il a peur de tuer, pauvre chose. Et c'est à ça que tu t'es attaché… disait Moriarty, alternant entre l'excitation, le mépris, le dépit. Oh, non, Sherlock, n'approche pas. Tu vois bien où nous sommes… Mais ne t'en fais pas, j'ai beau avoir le canon de son flingue sur ma gorge, ce serait trop facile et pas assez noble pour lui de me tuer comme ça. C'est un agneau, il ne tirera certainement p…

La détonation fit sursauter John. Et Moriarty, sentit-il alors que le corps qui l'avait obligé à reculer s'était tu, soudain, et qu'il s'immobilisait contre lui.

– John ! hurla Sherlock en même temps que tout arrivait. Ne bouge PAS ! lui ordonna le demi-loup d'une voix paniquée.

La masse de Moriarty pesait de tout son poids contre John qui avait du mal à la soutenir. Alors il le lâcha en même temps que son arme qu'il venait d'utiliser pour tuer le criminel. Le corps qui tombait à côté de lui sembla aspiré dans son dos. Cela le déséquilibra. Il sentait un muret qui lui arrivait à mi-mollets, il n'allait pas tomber vers l'avant où le sol se trouvait, s'il devait perdre l'équilibre. Dans son dos avait chuté le poids mort de Moriarty… Juste dans son dos, derrière le muret qui l'empêchait de faire le pas en arrière dont il aurait eu besoin pour se stabiliser, mais au-dessus duquel il sentait son propre corps passer, comme au ralenti, il y avait le vid…

Une main l'attrapa violemment par le col et le tira sans aucune douceur vers l'avant. John eut l'impression de parcourir deux mètres incontrôlés avant de tomber sur les genoux, la douleur irradiant dans ses tibias et ses cuisses… Parce que c'était sur le sol du toit qu'il était tombé, c'était le sol qu'il sentait sous lui, et il eut l'impression de s'y accrocher avec un sanglot de bonheur. Tout comme il se raccrocha des deux mains au manteau de l'homme contre lequel tout le haut de son corps était serré en cet instant, tombé en même temps que lui.

– John, sanglota Sherlock en le serrant à l'étouffer.

– Enlève-moi ce truc, ânonna John en attrapant le casque de ses doigts tremblants et gourds de froid, tirant dessus comme s'il avait pu l'enlever sans défaire le millier de lanières qui le tenaient en place.

– Tu croyais vraiment que tu pouvais te mesurer seul à lui ? lui reprocha soudain lourdement la voix de Sherlock, impérieuse à travers les sanglots d'effroi.

– Enlève-moi ce casque, Sherlock, répéta John de sa voix la plus ferme possible alors que tout son corps tremblait de froid et de peur et de soulagement et de choc.

– Tu as cru que tu pouvais faire ça ?

– Enlève ce putain de casque !

– Qu'est-ce qui t'est passé par la tête ?! Tout seul !

– Toi aussi tu es venu tout seul et moi, je ne l'étais pas ! cria alors John en serrant ce qu'il imaginait être ses épaules pour que Sherlock arrête de l'accabler. Ce n'était pas que mon plan ! Enlève-moi ce putain de casque. Maintenant !

Sherlock se tut. John sentit ses doigts, tremblants, qui se posaient sur la lanière sous sa mâchoire, qui luttaient contre leur propre maladresse et contre les bandes de tissus pour les défaire. Le demi-loup mit près de trois minutes à ouvrir sangles, nœuds et fermetures diverses et variées. Soudain, John put voir à nouveau et la lumière crue des projecteurs attira des larmes dans ses yeux. Il eut l'impression que son crâne perdait dix kilos et que sa tête ne pesait plus rien.

Il papillonna furieusement des paupières, sentit le vent, avisa les boucles de Sherlock agitées par tous les courants d'air en contre-jour par rapport à la nuit trop éclairée. Il vit, au-delà de leur toit illuminé, Londres qui s'étendait sous eux. Imagina la rue en contrebas, à des mètres sous eux, et il ferma les yeux en enfonçant son visage dans le torse et le manteau juste devant lui.

– Emmène-moi ailleurs, réclama-t-il d'une voix tellement tremblante qu'il ne la reconnut pas comme la sienne. Fais-moi descendre de cet endroit.

Sherlock l'abandonna quelques secondes et John retint son envie de lui hurler de revenir. Il s'accrocha au sol, à la place, et vomit. Le détective revint rapidement, avec à la main une clé qu'il venait de prélever sur un corps gisant dans son sang, à cinq mètres de là. Le corps de Moriarty, lui, n'était plus en vue. Ils le retrouveraient cinquante mètres plus bas, écrasé contre le trottoir. John le savait.

Il grelottait et claquait des dents quand Sherlock le mit sur ses pieds avec douceur et le soutint de son bras passé autour de sa taille vers la porte puis à travers la volée de marches. John s'écroula dans l'ascenseur. L'alarme s'était tue. Sherlock retira son manteau pour le lui passer autour des épaules et le serra contre sa poitrine.

– Mycroft ? demanda-t-il après quelques secondes et John sut qu'il avait retenu la question depuis que lui-même avait hurlé pour qu'il lui retire le casque.

– Évidemment, dit le médecin. La situation devenait insupportable, il fallait approcher Moriarty avant qu'on finisse par s'entre-tuer. Je devais lui dire que je pouvais l'aider à t'atteindre.

– Tu pensais qu'il allait te croire ? cracha Sherlock.

– Bien sûr que non. C'était le but. Je ne savais pas exactement ce qui allait se passer, mais je savais que ça impliquerait qu'il sorte de sa cachette.

– Il aurait pu te tuer.

– Ça n'aurait pas dû se passer comme ça. Et puis… Avec ton frère, on a évoqué la possibilité que ça ne se passe pas comme prévu et on s'est dit qu'il ne me tuerait pas comme ça. Pas si tu n'étais pas là pour le voir. Pas sans le mettre en scène. C'est son point faible, il met toujours tout en scène. Et une mise en scène, ça donnait la potentialité de pouvoir le neutraliser.

John frissonna à nouveau.

– Pourquoi Mycroft n'a pas empêché ça ?

– Parce que c'est avec son accord que j'ai été voir Moriarty.

– Pourquoi il n'a pas empêché ce qui vient de se passer en haut de cet immeuble !? précisa Sherlock. Pourquoi il t'a utilisé comme ça et pourquoi il n'a ensuite rien fait pour t'aider ?

– Je ne sais pas, Sherlock. J'ai été neutralisé à un moment où on ne s'y attendait pas et j'imagine que Mycroft n'a rien pu faire contre ça. On ne savait pas exactement ce qui allait se passer au moment de le retrouver.

– Comment tu as su comment le retrouver ?

– On en parlera plus tard, tu veux bien ? Juste… plus tard.

Sherlock n'insista pas. John apprécia à sa juste valeur l'effort que cela devait lui demander.

– C'était de la folie, souffla tout de même le demi-loup après quelques secondes.

– C'était nécessaire, trancha John.

– Tu aurais pu te faire tuer. Tu as été à un cheveux de mourir tellement de fois, ce soir, et je ne pouvais rien faire !

C'était de l'horreur qui perçait dans la voix subitement aiguë de Sherlock, cette fois. Celle qu'il avait ressentie sur le toit quand il assistait, impuissant, à la mise à mort de John. L'humain passa ses bras autour de la taille du demi-loup et le serra, fort, contre lui.

– Moi, je pouvais faire quelque chose, souffla-t-il alors. Je pouvais me défendre. Je pouvais les tuer. Parce que tu m'as mis une arme entre les mains et parce que tu m'as fait confiance pour y arriver, même sans voir.

– Je n'ai pas pensé une seconde que tu allais t'en sortir, John.

Sherlock l'avait saisi par les épaules et écarté de lui et John vit les larmes qui coulaient sur son visage choqué, accompagnant les sanglots dans sa voix.

– Je n'y croyais pas ! répéta-t-il comme s'il s'en voulait terriblement de ce désaveu.

John ne dit rien. Il se contenta de serrer son compagnon contre lui en lui caressant le dos, même quand les portes d'ascenseur s'ouvrirent au rez-de-chaussée, même quand elles se refermèrent sans qu'ils n'en sortent, parce qu'ils n'étaient pas prêts à en sortir. John ne lui dit pas que, pour la première fois depuis des mois, il se sentait à nouveau maître de sa vie, à nouveau capable de se battre pour vivre et que, si, bien sûr que si, c'était grâce à Sherlock.

À la place, il laissa échapper un petit rire tremblant et hystérique.

– C'est fini… Sherlock, appela-t-il en attrapant en coupe le visage ravagé du loup, sans pouvoir s'empêcher de rire de la même façon et de l'embrasser : C'est fini, putain. »

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À suivre