Épilogue

« Bien sûr que nous venons, quelle question ! pestait Sherlock avec autant de mauvaise humeur que d'entrain.

– ''Quelle question'' ?! Tu as refusé de bouger pour les trois dernières enquêtes que je t'ai proposées ! Comment je suis censé savoir que celle-ci t'intéresserait ?

– C'est au moins un huit, Lestrade. Au moins. C'est inespéré. Tu ne te rends même pas compte de la mine d'or potentielle que tu tiens entre tes doigts !

À la limite de son champ de vision, John vit le policier lever les yeux au ciel.

– On parle d'un triple ''suicide'' par pendaison dans une agence immobilière, Sherlock, pas d'un scénario pour un film à succès !

– Je pense que les esprits médiocres décideurs des histoires à donner en pâture aux ruminants qui nous servent de congénères y verraient un excellent scénario pour un film à succès, médita quelques secondes le détective, avant de revenir au présent et de laisser claquer sa voix : Bien, suffisamment perdu de temps, il faut qu'on arrive sur place avant que ton équipe de bras cassés ait eu le temps de faire ce qu'ils appellent du « travail » et m'esquinte ma scène de crime.

Toujours à la lisière du champ de vision de John, Greg, les mains dans les poches de sa veste de printemps, secoua la tête en soufflant. Le médecin vit aussi Sherlock qui enfilait son éternel manteau noir, en remontait le col – John sourit – et se précipitait hors de l'appartement.

Le soupir de Greg fut plus franc, cette fois.

– Il est toujours aussi reposant, à ce que je vois, commenta le flic.

– Un ange, acquiesça distraitement le médecin.

– Depuis quand il me tutoie ?

– Je sais pas, mais je trouve ça mignon qu'il te donne du « Lestrade-tu ». Je crois qu'il a commencé après le Morriatt.

John n'élabora pas plus. C'était sa façon d'évoquer l'événement qui avait failli le tuer. Il avait fallu qu'il l'utilise plusieurs fois pour réaliser qu'il avait involontairement contracté les mots Moriarty et Marriott, du nom de l'hôtel, en un seul.

– En même temps que tu as commencé à le sauter, quoi, plaisanta le flic.

Pour la première fois depuis que Greg était arrivé pour parler de sa nouvelle affaire, John leva les yeux de son écran pour lui adresser un lever de sourcil mi-amusé, mi-surpris.

– Pas littéralement « en même temps », que je sache, répondit-il avec un sourire en coin. Je savais pas qu'on parlait de nos Holmes de compagnie en ces termes, ajouta-t-il, goguenard et plutôt ravi à cette idée, à vrai dire.

– On le faisait des quelques femmes qu'on trouvait intéressantes et qu'on voyait passer au bar, quand on est allés mater des matchs avant d'être avec nos Holmes. Je vois pas pourquoi les choses seraient différentes pour eux.

– Ça me va, ricana le médecin. Il y a Écosse-Italie, ce soir. On va parler comme des hommes des cavernes de nos mecs devant une bière ? Ça fait longtemps.

– Ça marche pour moi, approuva le flic, l'air presque surpris par cette proposition spontanée.

John vit à nouveau du coin de l'œil qu'il avait l'air d'hésiter à parler. Finalement, Greg se jeta à l'eau :

– Ça fait du bien de te retrouver, John, dit-il finalement.

Le médecin hocha la tête. Message compris. Il pensait la même chose, à vrai dire : avoir quelqu'un qu'il appréciait assez pour sortir dans un bar et boire des pintes avait été sympa à son retour à Londres, même si ç'avait été le flic qu'il avait rencontré après son lupicide. La menace plus concrète des loups et l'isolation qu'il s'était imposée lui avait arraché ces parenthèses de stabilité relative à un moment où les lois du monde qu'il connaissait se trouvaient bouleversée. Il anticipait avec beaucoup de plaisir l'idée de sortir ce soir et de discuter pendant les pub de choses et d'autres.

– Tu ne viens pas ? demanda finalement le policier en montrant la porte du menton, après quelques secondes de silence pendant lesquelles John avait corrigé une faute d'accord qu'il venait de repérer sur son écran. Sherlock est sûrement déjà sur place.

– Si, si, attends, donne-moi une seconde. Voilà, sourit le médecin en cliquant fièrement sur le bouton ''Publier'' de son blog. C'est bon. »

Il observa rapidement le titre qui s'affichait, alors que paraissait son nouvel article, le premier depuis celui qui était censé servir d'appel à Moriarty. Sous ces grandes lettres indiquant « Deux mois après... », le début du texte était visible et les pixels laissaient lire : « Bon, je pense qu'il n'y a pas besoin de raconter exactement ce qui s'est passé, Morriatt, drone, loup sous forme animale, ce genre de choses. Vous avez sans doute tout lu dans la presse et pour une fois, je n'ai rien à ajouter à ce qui a été dit. MAIS j'ai de nouvelles enquêtes ! Il m'a fallu quelques semaines pour recommencer à poster parce... »

Le reste du texte sortait de l'écran, mais John l'avait lu et peaufiné à l'excès, ce premier récit depuis qu'il avait cloué derrière lui la menace des loups et retrouvé une vie normale aux côtés de Sherlock – aussi normale que puisse être une telle vie, du moins. Il connaissait donc parfaitement la suite de l'article dans laquelle il expliquait notamment le fait que sa reprise à mi-temps dans une clinique privée lui avait demandé un certain ajustement avant de trouver à nouveau le temps d'écrire les aventures dans lesquelles Sherlock n'avait pas attendu longtemps avant de le traîner à nouveau.

Pour le plus grand bonheur de John qui avait autant apprécié sa présence indéfectible dans les jours qui avaient suivi le Morriatt que sa brusquerie habituelle. Comme si John n'était absolument pas devenu la petite chose fragile, soudain, que certains avaient voulu imaginer en conséquence à cet événement. Il avait eu besoin de quelques jours pour se remettre, oui. De même que Sherlock avait mis autant de temps pour retrouver sa brillance et son éclat. Mais ils s'étaient bien vite remis. Ensemble. De ces derniers points, John ne parlait bien sûr pas dans sa nouvelle publication.

Satisfait du rendu de son article, il saisit sa veste et précéda le policier dans le couloir.

En bas, dans la rue, un grand morceau de détective trépignait en les attendant. John sourit. Parce que, contrairement à ce qu'avait prédit Greg, lui savait que si une chose était certaine, c'était que Sherlock ne partirait pas enquêter sans lui.

Il rejoignit l'homme et immisça sa main dans la sienne avant de déposer un bref baiser sur la moue impatiente de ses lèvres. Sherlock le laissa faire une demi-seconde avant de se tourner vivement vers la route pour interpeller un taxi. John fut enchanté de monter à sa suite en sachant que Lestrade démarrait sa propre voiture. Une nouvelle affaire les attendait, à dix minutes de là.

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FIN


Ca y est les amis.

Un merci infini pour votre lecture, votre suivi, vos encouragements, vos messages... Tout, quoi.

J'espère que cette histoire vous a plu, je suis très heureuse si c'est le cas, et j'ai toujours l'espoir insensé de répondre bientôt à vos reviews.

Je vous embrasse, aussi, et vous dis à je ne sais pas quand : je n'ai plus écrit de fanfiction depuis Le diamant et j'arrive à quelque chose qui ressemble à la fin d'un cycle en terme de lecture/écriture autour de Sherlock... En terme d'histoire de vie aussi. John et Sherlock (et les autres) ont été des compagnons de route indispensables pour moi pendant 3 ans, mais ils sont assez grands pour se débrouiller tout seuls maintenant, et moi aussi...
Alors peut-être ceci est-il un adieu à l'auteure de Johnlock que j'étais. (ou peut-être qu'il y aura un jour une saison 5 pour alimenter à nouveau la machine à charbon, mais...)

Valà ! C'était cool d'être à vos côtés en tout cas ! Merci pour ces moments de beau virtuel au milieu d'un réel qui n'était pas à la hauteur :)

Nauss