Yellow lecteurs ! Je vous annonce le deuxième chapitre de cette série capillo-tractée.

Avant votre lecture, laissez-moi vous faire part de l'origine de cette chose se voulant humoristique. J'avais posté, il y a quelques années, un défi où sont listés tout les éléments du premier chapitre, et en supprimant ma bio, je me suis dit que c'était quand même trop drôle pour passer à côté et TADA! le premier chapitre était né. Sauf qu'après, j'ai pas put m'arrêter, et ce monstre a vu le jour...


Chapitre 2 : Rencontres du Troisième Type

Tout ce charivari burlesque avait commencé par une chaude journée d'été. Ou par une froide nuit d'hiver. Honnêtement, vu son taux d'alcoolémie au moment des faits, il était tout simplement incapable de se souvenir de la saison à laquelle il avait été kidnappé. Donc, techniquement, c'était plus ou moins sa faute et celle du litre de Whisky-pur-feu qu'il s'était enfilé cette journée ou nuit-là. S'il avait été un peu plus attentif, il se serait rendu compte que l'étrange ombre au sourire beaucoup trop grand et au ricanement breveté par les jumeaux Weasley n'était pas un partenaire de cartes fiable.

On aurait pu s'attendre à ce qu'une auberge paumée recueillant toutes les épaves de l'Europe de l'Est magique soit un lieu où il aurait pu se fondre sans problèmes dans la masse et où il aurait pu se bourrer la gueule sans craindre qu'une énième catastrophe ne se retrouve parachutée sur son nez. Cruelle déception. Il n'avait même pas eut le temps de tomber dans un coma éthylique avant que les ennuis sous forme d'aventures épiques ne le trouvent. Il avait à peine pu poser ses fesses endolories sur un tabouret branlant avant qu'un poivrot ne tourne son regard vitreux vers sa pauvre personne et ne lui demande dans un souffle alcoolisé s'il était intéressé par un contrat bien juteux. Puisqu'apparemment, une grosse bestiole terrorisait la région et que les autochtones étaient correctement terrorisés pour payer le premier charlatan venu pour les débarrasser d'un animal exclusivement herbivore. Il avait à peine ouvert la bouche pour l'envoyer sur les roses qu'une vieillarde lui avait pondu une prophétie abracadabrante assurant que tous ceux ayant eut l'idée suicidaire de suivre l'inconnu au manteau recouvert de sang de gorgone allaient périr dans les profondeurs abyssales de l'Enfer. L'ivrogne roublard et son haleine s'étaient éloignés comme s'il avait été un lépreux, laissant la place à la vieille sorcière au sourire suspicieux. Elle lui avait soufflé à l'oreille une proposition généreuse pour peu qu'il accepte de ne pas jouer au héros et accessoirement de ne pas foutre son business impliquant ledit monstre herbivore en l'air.

À chaque fois que Harry Potter était entré dans un lieu rempli à craquer de personnes, il finissait immanquablement harcelé par toute une pléthore de gens louches lui proposant des boulots plus ou moins illégaux. Et quand son statut de Sauveur était fatalement découvert, il s'était retrouvé littéralement noyé par la foule n'ayant de cesse de vouloir un autographe et une poignée de main ou essayant de réduire drastiquement son espérance de vie. Ce qui expliquait en partie pourquoi il avait fui la civilisation avec le plus d'acharnement possible. Le fait que toute l'Angleterre Magique soit à sa recherche pour le mettre à la tête du gouvernement n'ayant absolument rien voir avec sa fuite. Du tout. Ce n'avait absolument pas été de la lâcheté pour éviter des responsabilités qu'il n'avait jamais voulu. C'avait été un mode de vie à part entière, mûrement réfléchi et dicté par la raison. Nullement un acte motivé par la panique de devoir gérer toute une communauté à seulement dix-huit ans alors qu'il avait été incapable de s'occuper de lui-même sans aide. Du tout. Son exil n'avait absolument pas été une fugue d'adolescent assommé par la pression et terrorisé par le peu de liberté qu'il avait concernant son propre futur. C'avait été une décision tout sauf impulsive qui lui avait fait quitter tout ce qu'il avait connu pour parcourir la planète et vivre comme il l'avait décidé. Il avait été mature et réfléchi. Il avait laissé le poste prestigieux à quelqu'un de plus compétent qui ne créerait pas de crise mondiale sans précédent par simple accident. Il avait rejeté à grand regret l'honneur qu'on lui avait fait au profit du bien commun. Il avait été un héros, tout simplement. Et s'il avait caché son identité, c'était pour éviter de perturber inutilement le reste du monde, absolument pas pour son propre confort et anonyma. C'avait été un geste purement d'utilité publique. Absolument.

Il avait erré au gré de ses envies et du hasard, les évènements épiques ne cessant de le suivre à la trace. Avant ses petites péripéties temporelles, Harry Potter s'était retrouvé mêlé malgré lui à une conspiration internationale qu'il avait exposée au public et démantelée sans le faire exprès ; il s'était retrouvé littéralement jeté d'un avion en plein ciel par des trafiquants de drogues en colère pour atterrir ensuite dans un nid de phénix menacés de braconnage ; il avait sauvé une multitude de villages de créatures féroces et incomprises, de mages noirs tout aussi féroces et incompris, et de malédictions jetées par des sorcières humiliées et revanchardes ; il s'était réveillé d'une cuite sur un bateau pirate fantôme cherchant encore et toujours leur trésor enterré sur une île magiquement cachée ; il avait été traqué par les vampires des impôts en ayant après son sang et son argent ; il avait été un médiateur talentueux faisant signer un traité de paix entre deux communautés s'entretuant depuis des siècles et était devenu par la suite un loup-garou à titre honoraire ; il avait participé aux Jeux olympiques sous polynectar, et s'était fait publiquement humilié par la même occasion, après qu'un athlète connu se soit fait kidnapper par sa petite-amie sous hormones de grossesse ; il avait botté le derrière d'un dieu orgueilleux et méprisant en étant complètement ignorant de son statut de divinité ; il avait pris part à une cérémonie qu'il avait fait capoter d'un éternuement et déchaîné des harpies qu'il avait dû pourchasser et capturer pour éviter que l'on mette un contrat de plus sur sa tête ; il avait eut une liaison avec le type chargé de le remettre aux mains de la Justice de différents pays pour différents crimes et délits, et l'avait transformé de chasseur de primes en parrain de la mafia new-yorkaise en un temps record. Partout où Harry Potter passait, le chaos régnait. C'était devenu une réalité aussi vérifiable que la loi de la gravité de Newton. Grâce à sa scolarité quelque peu mouvementée, il avait appris assez rapidement à s'en accommoder. À l'époque, son jeune lui bienheureux arrivait encore à passer quelques semaines, voir des mois, sans se prendre une catastrophe divine sur le coin du museau. Certes, il avait été harcelé par le Destin avec la régularité d'un métronome, mais en contrepartie il s'était fait épargner pendant une brève période d'accalmie. Ce qui n'était malheureusement plus le cas. À son plus grand regret.

Donc, toute cette horreur à profusion qu'était devenu son quotidien avait commencé dans une auberge miteuse dans un coin paumé d'Europe de l'Est où il avait eut le malheur d'accepter de jouer aux cartes avec une ombre très louche. Il se souvenait vaguement d'une vaseuse histoire de pari dont les termes étaient perdus dans les brumes de l'alcool. Il n'arrivait à se rappeler que de son sourire lui mangeant la moitié du visage et de son ricanement de sale gosse s'apprêtant à faire une farce de mauvais goût aux proportions titanesques. Pas vraiment suffisant pour qu'il se fasse une idée de l'identité du pitiponk l'ayant sournoisement piégé. Pour ce qu'il en savait, ce pouvait être un copain du dieu qu'il avait humilié venu laver son honneur bafoué, ou le frangin d'une fille avec qui il avait partagé du bon temps et considérant qu'un uppercut était démodé.

Honnêtement, même avec sa santé mentale dans la balance, il était tout simplement incapable de se souvenir de la scène avec un minimum précision. Il n'avait d'ailleurs pas la moindre idée de la façon dont cette partie de cartes s'était finie et de qui avait finalement été le vainqueur du jeu dont les règles refusaient de lui revenir. La seule chose qu'il savait, c'était qu'il s'était réveillé avec une gueule de bois comme il n'en avait jamais eut au beau milieu des décombres d'un immeuble londonien, et que les secouristes locaux qui l'avaient trouvé avaient cru à une commotion cérébrale sévère. Il avait découvert son tout nouveau statut de voyageur temporel beaucoup plus tard qu'il n'aimait se l'avouer. La rouste qu'il s'était prise quand les infirmières s'étaient rendues compte qu'il était juste rond comme une barrique pleine d'eau-de-vie... Ses oreilles en tintaient encore.

Après s'être fait jeter de l'hôpital comme un mal-propre, le naguère grand et respecté Harry Potter s'était retrouvé livré à lui-même dans la capitale ravagée par les obus. Il avait erré comme il l'avait toujours fait, attendant qu'une opportunité de se refaire une santé financière vienne se mettre sur sa route. Sauf qu'après plusieurs nuits à dormir sous les ponts, et à se faire réveiller par les assourdissantes sirènes par extension, le pauvre sorcier ne s'était pas une seule fois fait alpaguer par des escrocs véreux. Ce qui avait été une première. Le bienheureux qu'il avait été ne s'en était pas inquiété, bien au contraire. Dans sa niaiserie écœurante, il avait même eut l'imbécilité de croire que ses petites péripéties temporelles avaient déréglé son karma et qu'il avait été libéré de sa poisse qu'il croyait alors incommensurable. Grossière erreur lui ayant coûté une désastreuse rencontre avec un marchand d'organes local.

S'être fait à moitié éviscérer par le concurrent de Barjow & Beurk lui avait servit de leçon concernant l'implication de la Destinée dans sa pauvre existence, lui avait aussi permit de récupérer un fond de commerce fleurissant dont la réputation douteuse n'avait nullement été ternie par la soudaine et inexplicable disparition de son précédent propriétaire, et lui avait finalement donné accès le plus naturellement du monde à la communauté magique malfamée de Londres.

Le voyageur trans-temporel s'était ensuite construit une petite vie bien tranquille pendant de trop courtes semaines, la quiétude et la tranquillité entourant sa paisible existence lui faisant une nouvelle fois naïvement croire que la malchance avait tiré un trait définitif sur sa pauvre personne. Une autre grossière erreur lui ayant coûté une désastreuse rencontre avec un gobelin hargneux, véreux, revanchard, hostile et impolis. Et qu'il avait eut la merveilleuse idée d'humilier en public parce qu'il avait refusé de lui vendre une magnifique dague parfaitement ouvragée digne de figurer sur la Liste de la Protection du Patrimoine Magique Inter-Racial qu'il aurait eut le plaisir de créer pour cette beauté.

Donc, techniquement parlant, tout ce charivari burlesque avait plus ou moins commencé à cause de sa toute nouvelle cupidité d'entrepreneur indépendant et de sa grande gueule. Et parce qu'il avait commis l'erreur de dérober cette beauté, accessoirement.

Une histoire tout à fait passionnante qu'il racontait régulièrement après plusieurs verres d'eau-de-vie à qui voulait bien entendre ses divagations d'ivrogne. Elle commençait généralement par une introduction plus ou moins développée sur son abonnement à la Poisse Cosmique et continuait invariablement sur le mauvais caractère du gobelin réfractaire aux lois du Marché et à la Capitalisation. Puis, après cette petite mise au point, il se mettait à raconter comment exactement il s'était retrouvé en possession illégale de sa Beauté parfaite et pure. Le contenu variait selon la qualité de l'auditoire et reflétait rarement la réalité, arrangée à sa sauce pour faire de lui un libérateur d'artefacts prisonniers du joug des méchants banquiers et collecteurs d'impôts de Grande-Bretagne.

Une histoire qui était encore plus passionnante sans les accommodations du Sauveur. Plus causasse et mortifiante, aussi, mais ô combien plus savoureuse. Une histoire qui commençait comme une mauvaise blague, dans une taverne de l'Allée des Embrumes. Le sorcier, encore une fois bien éméché et non-guéri de son besoin insatiable de se remplir la panse de tous les alcool existants, avait tranquillement été en train de baver sur sa table d'une propreté douteuse quand un groupe de gobelins était entré dans le modeste établissement étant devenu une véritable plaque-tournante du commerce sous-terrain local. La Beauté avait tout de suite attiré immanquablement son regard émeraude sur elle, lui demandant dans un cri muet à fendre le coeur de venir la sauver des méchantes griffes gobelines. Toutes ses pensées focalisées sur une seule chose, récupérer cette Beauté, il avait pris la suicidaire décision de se mettre sur le chemin des preneurs d'otages sans scrupules et de demander le prix de ce magnifique témoignage du savoir-faire gobelin. Naturellement, il s'était fait envoyer sur les roses aussi poliment que pouvait le faire un représentant de cette race d'acariâtres petits bonshommes rabougris. Nullement décontenancé par le rejet de sa généreuse proposition, le Héros du futur était revenu à la charge avec en tête une toute nouvelle stratégie que son état d'ébriété fort avancé ne lui avait pas permit d'ignorer. A savoir, et comme bon gryffondor se respectant l'aurait fait dans une situation similaire, foncer dans le tas tête baissée et espérer que les répercussions ne soient pas aussi catastrophiques que celles annoncées. Il avait donc le plus naturellement du monde insulté de la pire façon possible l'entière communauté gobeline de la planète parce qu'il n'avait pas réussi à réfréner ses pulsions cleptomanes.

Il était sorti de la taverne en fanfare, les cris, les insultes et les sorts se déversant de la fenêtre du quatrième étage par laquelle il avait fait son départ remarqué. Devenu par la force des choses expert en fuite précipitée et cascades de haute voltige, le futur professeur avait réussi à toucher le pavé de l'Allée des Embrumes sans se fracturer une cheville, son précieux artefact volé serré amoureusement contre son cœur. L'irrévérencieux ancien élève n'avait put s'empêcher de faire un pied de nez au groupe de banquiers colériques d'un nonchalant geste de la main, et avait enfin prit la tangente, exerçant l'art le mieux pratiqué de sa fidèle patrie : la fuite à l'anglaise.

Malheureusement, comme tout être sensé peut logiquement s'y attendre, les répercussions de son acte d'une folie pathologique ne s'étaient pas faites attendre de la part de Gringotts. Le Consortium bancaire le plus important du monde connu avait mis un contrat extrêmement juteux sur sa tête de poivrot aux pulsions suicidaires. Ce qui n'aurait du être qu'une broutille inconséquente comme il lui été arrivé tout les six mois avait été brusquement transformée en chasse à l'homme impitoyable. Car, comme l'imbécile l'avait appris plus tard, Gringotts comptait dans ses rangs les plus fidèles employés s'avérant être les plus expérimentés Briseurs de Sorts de la planète. Une appellation polie pour ceux qui étaient nommés en langage plus populaire des mercenaires. Ce qui expliquait pourquoi il avait eut beaucoup plus de mal qu'auparavant à se débarrasser des types venus rapporter son cadavre à leurs cruels employeurs. Le Survivant avait été en quelque sorte un fugitif recherché à son époque, mais la différence entre les deux périodes résidait essentiellement dans ces deux notions : "mort si vous pouvez pas faire autrement, mais on préférerait le découper en morceaux nous-même" et "vous tuez notre icône nationale et vous pouvez déjà préparer vos obsèques". En vérité, et cela il l'avait encore appris trop tard, il n'avait jamais vraiment été traqué par des mercenaires surentraînés avant son arrivée dans le passé. Ses jours heureux avaient été terminés à l'instant même où ces rapaces de banquiers avaient mis sa tête à prix, sa vie paisible telle qu'il l'avait connue ayant tristement pris fin de la plus cruelle des façons.

Tout ça pour un vulgaire morceau de métal. Un vulgaire morceau d'acier valant des milliers de galions et étant le réceptacle d'une magie à l'usage interdit aux sorciers. Un nombre ahurissant de gens pouvait tuer pour ce ridicule couteau à moitié rouillé et à la lame émoussée. Du moins, Harry pouvait témoigner qu'un nombre ahurissant d'êtres magiques avait essayé de le tuer pour récupérer sa Beauté, l'imprudent voleur à la discrétion sans pareille ayant eut quelques petits problèmes pour cacher son identité, sa cicatrice beaucoup trop visible n'ayant rien arrangé à sa situation.

L'ancien commerçant à la marchandise d'une légalité douteuse avait du malheureusement se séparer de sa boutique, préférant dans un éclair de lucidité fuir la capitale pleine de cupides mercenaires en voulant à sa peau et/ou à sa Beauté après une première désastreuse tentative de meurtre ou de vol. Le pauvre type ayant essayé le sort de mort sur lui alors qu'il avait le dos tourné avait à peine réussi à le faire saigner du nez. Pour réponse à cet acte d'une lâcheté sans pareille, le Sauveur lui avait jeté l'un de ses articles de magie noire au visage, regardant avec un air de contentement le malheureux se tordre de douleur sur son plancher, ses mains plaquées sur son faciès se desséchant à vue d'œil. Personne ne pouvait avoir l'audace d'essayer d'écourter sa seule et unique existence de malchanceux chronique sans finir par goûter à sa propre médecine. Harry Potter avait fini par devenir avec les années un adulte n'appréciant que très moyennement les inépuisables et constantes attaques contre sa personne, et avait appris aussi bien à les gérer qu'à les retourner contre les infortunés l'ayant pris pour cible. Il avait l'effronterie d'appeler cela " Le Retour Vengeur au Stupide Envoyeur".

Après avoir fait de déchirants adieux à sa boutique les ayant abrité, lui et ses conneries d'ivrognes, et avoir empacté toutes ses possessions irremplaçables dans l'inestimable sac de perles gracieusement prêté par sa compréhensive amie, le Survivant avait déserté la capitale devenue trop dangereuse pour lui et s'était remis à errer dans les campagnes et trous perdus comme il avait eut l'habitude de le faire avant sa tragique rencontre avec une ombre au sourire suspicieux et ses petites péripéties temporelles qui en avaient découlé. Étrangement, et comme à son arrivée dans le passé, aucun escroc véreux ne tenta de l'embrigader dans une croisade suspecte et aux promesses de profits mirobolants. Aucune opportunité n'était venue le faire trébucher ou fracasser son crâne, et il avait enfin eut la présence d'esprit de trouver cela louche. Enfin, après des semaines à vivre dans les années quarante sans catastrophe divine venue le percuter de toute son horreur, le grand Harry Potter commençait à se poser des questions sur le tout nouveau fonctionnement de sa Poisse Cosmique.

De trop longs mois plus tard, tranquillement perché sur une armoire normande en compagnie d'un oreiller duveteux et d'une couverture laineuse, il énoncerait à son auditoire composé de reptiles carnivores barbotant dans ce qui avait été une salle de bain l'idée selon laquelle sa tragique existence était régie par une divinité loufoque et droguée au LSD trouvant amusant de lui faire expérimenter une version personnelle de la loi de Murphy. Une élève s'avérant être un vampire victime elle-aussi du Destin et de ses caprices d'enfant gâté lui dirait plus tard que tout ce qui était susceptible de croiser son chemin allait fatalement finir par devenir un foutoir surréaliste et indescriptible en notions humaines. Et aucune de ses précédentes expériences n'avait pu le rassurer du contraire. Heureusement pour sa santé mentale, ce fut une révélation qu'il eut bien après sa première prise de conscience de son changement de statut de malchanceux chronique.

Le résultat de sa première introspection n'étant pas concluant et un mal de crâne menaçant une bonne nuit de sommeil s'étant pointé, Harry avait trouvé plus judicieux d'arrêter de se creuser la tête pour des inepties et avait choisi de plutôt profiter de la clarté du ciel pour se remémorer ses lointains cours d'astronomie. Compter les étoiles, au même titre que les moutons, avait tendance à favoriser le sommeil.

Alors qu'il avait paresseusement rêvassé dans un champ de blé, une étrange chose avait attiré son regard. Cette fois-ci, ce ne fut pas un objet d'art hautement convoité instillant en lui un besoin irrépressible de se l'approprier. Ce fut, bien malheureusement pour lui, une silhouette en flamme dévalant les cieux droit sur sa pauvre personne. Il avait à peine eu le temps d'écarquiller stupidement ses grands yeux verts avant de servir de coussin d'atterrissage pour l'objet volant non identifié. Même plusieurs mois après les faits, il n'arrivait toujours pas à comprendre comment il avait pu survivre à une collision ayant créé un petit cratère dans le pauvre champ ayant eut le malheur de l'abriter. Le responsable des rumeurs de présence extra-terrestre dans le Sussex avait beau lui avoir de nombreuses fois répété que les sorciers étaient beaucoup plus résistants que les moldus, et que son extra-ordinaire karma le protégeait des dangers physiques, cela resterait pour Harry Potter un mystère inexplicable.

Toujours avait-il été que le Survivant de catastrophes divines avait repris conscience au beau milieu d'un cratère fumant, quelques morceaux de sa robe finissant lentement de se consumer, et un individu particulièrement roussi tranquillement allongé sur son torse. Il avait fallu de très longues secondes au pourfendeur de mages noirs pour comprendre ce que ce type aux cheveux et aux sourcils cramés faisait sur lui. Le jeune homme aux yeux particulièrement bleus et au nez un peu trop pointu pour son confort personnel l'avait un instant regardé avant de dire le plus sérieusement du monde :

-Bonjour.

"Bonjour" n'était pas exactement ce qu'une personne normalement constituée prononçait après avoir chuté de la stratosphère et être entré en collision avec un pauvre type essayant de trouver le sommeil. À la limite, "bonjour" pouvait être exprimé avec une grimace contrite et une attitude timide et plus ou moins aguichante après avoir trébuché contre un trottoir et avoir fini dans les bras d'un passant malchanceux. Effectivement, un "bonjour" poli et affable pouvait désamorcer une situation hostile et inamicale sur le point de prendre une tournure dramatique. À vrai dire, "bonjour" pouvait être utilisé pour toute une myriade de circonstances sans paraître déplacé. Mais "bonjour" n'avait absolument pas été ce qu'avait attendu Harry Potter.

-"Bonjour" ? avait-il répété avec tellement d'incrédulité et d'incompréhension qu'il en était devenu comique et hautement ridicule.

-Bonjour, avait recommencé l'aberration sur pattes toujours allongé sur son corps tétanisé par le choc et l'apparition. Merci d'avoir eut la générosité de m'aider à atterrir sans me blesser. Il est toujours agréable de savoir que certaines personnes n'essayent pas de taire la voix du bonheur et du salut.

Le tout nouveau coussin n'avait fait que cligner plusieurs fois de ses yeux verts, incapable d'intégrer ce que ce type lui sortait.

-Même en étant le plus ouvert du monde, il m'est difficile de ne pas ressentir une pointe d'animosité envers la personne ayant décidé de nuire à mon existence. Je dois vous avouer avoir quelques difficultés à comprendre pourquoi certains individus sont si réfractaires au Pardon et à l'Acceptation, préfèrent choisir la vengeance et la rancœur comme Chemin de Vie, et n'apprécient pas qu'on essaye de les aider au mieux. Je dois dire que sa réaction était un tout petit peu exagérée. D'accord, j'ai fait un commentaire qu'il a pris comme un affront, alors que j'essayais sincèrement de l'aider, mais m'incendier et me propulser dans les airs reste un acte que je trouve immature et disproportionné. Vous ne trouvez pas ?

-Euh... avait fait le puissant et réputé sorcier complètement à la masse. Si ? lui avait-il sorti d'une petite voix incertaine. Et ça t'arrive souvent de tomber du ciel, comme ça ? avait-il osé lui demander dans un élan de masochisme gryffondorien.

L'adolescent perché avait eut l'outrecuidance de hausser nonchalamment ses frêles épaules.

-"Souvent" n'est pas le mot que j'emploierais. Mais on ne peut pas dire que ce soit la première fois que ce genre d'ennui m'arrive. La Sagesse est durement condamnée par ceux qui ne sont pas prêts à l'accepter, lui avait-il expliqué gravement.

-Hun-hun, avait répondu l'adulte paumé.

De sa propre expérience avec les gens un peu à l'ouest, comme cette chère Luna, il était beaucoup plus reposant pour les méninges d'abonder dans le sens de son interlocuteur grâce à de petites onomatopées pouvant être interprétées selon le bon vouloir dudit interlocuteur.

-Il est rare de rencontrer quelqu'un de votre ouverture d'esprit, avait-il plaisamment lâché avec un grand sourire de benêt. Etes-vous, vous aussi, un pratiquant du Bouddhisme ?

Pour le voyageur du futur, le Bouddhisme représentait grossièrement de vieux chauves habillés en orange prêchant la paix dans le monde à coups de non-violence et avec des méthodes de protestations pacifiques impliquant l'immolation. Il avait vaguement conscience qu'il s'agissait plus d'un mode de vie que d'une religion, mais n'ayant à cette période jamais mis les pieds en Himalaya ou rencontré de personnes pratiquant ce culte, il avait été quelque peu néophyte sur le sujet.

-Heuuu... avait-il répondu avec toute la grandiloquence dont il avait pu faire preuve.

-Je peux vous initier si vous... avait-il commencé de lui proposer de rejoindre le rang des illuminés avant de se faire brutalement interrompre par une force invisible le délogeant de son torse et le propulsant à nouveau vers les cieux dans un cri fort peu masculin.

Le Survivant était resté allongé dans son cratère quelque peu fumant de longues secondes après le départ précipité de l'objet volant non-identifié, ses yeux verts ne cessant de cligner, et son cerveau cherchant inlassablement la logique de la brève rencontre et de la conversation surréaliste qui en avait découlé. Les contemporains du XXI siècle auraient résumé ce moment par un très calme "What. The. Fuck ?". Ron Weasley, quant à lui, aurait opté pour un plus Britannique "Bloody hell". Et Hermione Granger, génie de son état, aurait soupiré devant la bêtise humaine avant de replonger dans un épais grimoire traitant d'une obscure magie ou d'un tout aussi obscur texte de loi.

Ses deux fidèles amis, entre deux querelles amoureuses, l'avaient plus ou moins aidé à s'escamoter de Grande-Bretagne. Ron, pour qui le mot "responsabilité" avait la même sonorité que "araignée", avait gémit d'horreur de concert avec lui quand les résultats électoraux étaient parvenus à leurs oreilles. C'était le rouquin qui lui avait proposé différentes stratégies pour le sortir du nouveau bourbier dans lequel les médias l'avaient fourré, pendant que l'Elu ressemblait à un poulet sans tête courant dans tous les sens en poussant des petits cris paniqués. La fuite leur avait paru être une bonne idée à court terme. Aucun des deux n'ayant prévu que sitôt quitté le sol britannique, il se ferait poursuivre par les autorités françaises pour une vague histoire de dépucelage pré-marital s'étant rapidement transformé en duel illégal aux dommages collatéraux ayant pris des proportions dramatiques.

La sage Hermione, quant à elle, avait vivement désapprouvé leur plan, mais n'ayant pas de solutions de rechange plaisant davantage au Survivant, elle avait de mauvaise grâce aidé son fuyard d'ami, ronchonnant tout du long et prodiguant conseils et sermons tel un prêcheur baptiste. Elle lui avait confié son inestimable sac en perles à la contenance infinie ayant une très forte ressemblance avec celui de Mary Poppins et lui avait fait promettre de revenir le plus rapidement possible et de ne surtout pas faire de vagues inutiles. Des circonstances tragiques nullement imputables à sa personne avaient fait qu'il n'avait pas pu tenir sa parole. Il avait tout de même reçu de sa part quelques inoubliables Beuglantes bien senties quand ses périples rocambolesques étaient parvenus aux chastes oreilles de son amie.

Pour ce qui était du courrier international, Harry Potter estimait avoir eut sa dose de parchemins écarlate et de figures de style lui donnant l'impression d'avoir eut les globes oculaires plongés dans du vitriol. Hermione Granger n'avait pas été la seule à le harceler de missives incendiaires. La grand-mère de son filleul, Andromeda Tonks, avait d'ailleurs habilement concurrencé sa raisonnable amie dans le rôle de l'expéditeur assidu. Chacune de ses lettres arrivant adroitement à le faire culpabiliser plus que de raison, insistant sur la peine qu'avait provoqué son abandon, sur le besoin qu'avait le pauvre Teddy d'avoir une figure parentale masculine, sur le modèle d'adulte responsable qu'il lui avait montré...

Bien évidemment, le petit Teddy lui manquait. Il avait tout simplement adoré ce gosse aux cheveux bizarres. Il lui avait même envoyé par colis recommandé tout les jouets et objets douteux amusants qu'il avait pu trouver, donnant de ses nouvelles abracadabrantes au passage. De ce qu'il en avait su, le môme avait été bien parti pour devenir un digne héritier des Maraudeurs, surtout après qu'il lui ait offert la Carte à sa première rentrée scolaire. Il avait même reçu de la part de la Directrice McGonagall un courrier bien senti sur sa part de responsabilité dans le cauchemar ambulant qu'était devenu son merveilleux filleul. Heureusement pour lui que sa collaboration avec Georges n'avait jamais été découverte ou d'autres chasseurs de primes beaucoup plus motivés que les précédents lui auraient collé au train. Et cette fois-ci, il aurait été accompagné dans sa fuite d'un chef d'entreprise richissime et au sens de l'humour tout simplement décapant, comme son complice et partenaire lui avait fait comprendre. Et objectivement parlant, l'ajout du dernier des jumeaux Weasley aurait rendu son quotidien déjà bien frappé complètement surréaliste, et peut-être aussi aliénant que le périple journalier qu'allait être son professorat.

Le métaphoriquement grand et recherché Harry Potter était resté allongé dans son cratère quelque peu fumant de longues secondes après le départ précipité de l'objet volant non-identifié, ses yeux verts ne cessant de cligner, et son cerveau cherchant inlassablement la logique de la brève rencontre et de la conversation surréaliste qui en avait découlé. Son esprit encore embrumé avait divagué sur les expressions locales dignes de la situation absurde qui venait de lui atterrir dessus, sur ses meilleurs amis du futur, les correspondances houleuses qu'il n'avait jamais manqué de recevoir aux moments les plus gênants possibles, son adorable Maraudeur de filleul, et enfin sur Georges Weasley et son potentiel catastrophique. Repenser à son entrepreneur d'ami lui avait assez brutalement remis les idées en place en lui rappelant qu'il avait une véritable armée de tueurs psychopathes et cupides à ses trousses, et que se la couler douce dans un cratère visible à des mètres à la ronde n'était la plus judicieuse des options à sa disposition. Il s'était relevé avec précipitation et, prit de vertiges, s'était de nouveau retrouvé au sol avec en prime un peu de terre en bouche. Tout occupé qu'il avait été à recracher ce qui avait obstrué ses voies respiratoires et pollué ses papilles gustatives, il n'avait pas fait attention à son tout nouveau problème, se présentant comme il l'apprendrait plus tard sous la forme du futur professeur de duel de Poudlard, à savoir Charlus Ignotus Potter.

L'un de ses futurs harceleurs attitré avait doucement toussoté pour attirer son attention et, enfin, le Survivant avait relevé ses yeux émeraude vers le visiteur impromptu jusque-là inoffensif. Le mot clef de cette phrase résidant dans le "jusque-là". Les Fondateurs savaient à quel point son existence allait rendre la sienne tout simplement invivable. Ce qui était d'autant plus paradoxal en sachant que sans son ancêtre, il ne serait tout simplement pas né.

Charlus Potter était un jeune homme de vingt-deux ans au charme masculin incontestable. Il le dépassait d'une demi-tête, possédait une chevelure sombre indisciplinée lui donnant un air de mauvais garçon horriblement semblable à James Potter, son maintien irréprochable lui octroyait une grâce indéniable, sa mâchoire carrée était accentuée par son nez de multiples fois cassé et sa peau d'albâtre d'aristocrate ne faisait que souligner ses yeux d'une chaleureuse couleur chocolat. Il s'agissait d'un jeune homme avec qui il aurait pu prendre grand plaisir à partager sa couche si un étrange malaise ne s'était pas sournoisement emparé de lui, ce qui anéantissait de façon certaine sa libido d'habitude débridée.

Harry Potter n'était pas particulièrement vif quand il était question d'énigmes, ayant préféré laisser cet exercice fatiguant à sa brillante amie, mais n'importe qui d'autre ce serait rendu compte des similitudes physiques entre son bienfaiteur momentané et son propre reflet dans le miroir. Le pourfendeur de mage noir préférait encore se voiler la face en invoquant le choc de sa rencontre du troisième type pour expliquer son aveuglement béat, niant totalement le fait qu'il soit tout simplement plus obtus qu'il ne le pensait et avançant l'argument que Charlus aurait dû se présenter avec autre chose que son prénom.

Bref, le futur professeur de duel lui avait pacifiquement donné son aide désintéressée en le sortant de sa fosse et en lui offrant bénévolement le gîte et le couvert dans la maison familiale en échange de ce que le pauvre homme avait pressenti être une bonne histoire. Ignorant du nom de son sauveur altruiste, et son ventre vide grommelant à la pensée d'un repas copieux et d'un lit douillet, Harry Potter avait bien entendu accepté avec tout l'enthousiasme dont son corps malmené par la chute impromptue d'un corps céleste avait pu faire preuve. Le gentilhomme anglais avait civilement pris son bras, n'émettant aucun commentaire sur l'odeur de brûlé qui imprégnait toujours ses vêtements, et les avait transplanés dans un lieu plus sécurisé que la campagne bretonne.

La bâtisse familiale était honnêtement assez impressionnante, même pour un baroudeur ayant fait plusieurs fois le tour du globe tel que lui. Le fait qu'elle ait survécu à son passage était d'ailleurs un exploit en soi que peu de demeures avaient eut le luxe de connaître. C'était une propriété foncière ressemblant étrangement à celle des Malfoys, de grands jardins parfaitement entretenus bordant l'habitation somptueuse. Grands jardins n'ayant, eux, malheureusement pas eut le destin de la demeure et ayant fini dans des circonstances peu enviables pour des êtres végétaux.

L'état général du manoir après sa courte visite n'était étrangement pas la raison pour laquelle Charlus voulait continuellement le défier en duel, et accessoirement l'envoyer dire bonjour à son créateur par le moyen le plus conventionnel. Non, l'origine de cette petite obsession morbide était tout simplement un malheureux malentendu s'étant tragiquement terminé par la haine et le désir de destruction de son ancêtre envers sa pauvre personne. Et contrairement à ce que ce genre de situation pouvait laisser présager, il n'avait pas, encore une fois, cocufié l'héritier d'une riche maisonnée quelques jours avant ses noces fastueuses dans sa propre demeure. Une fois lui avait amplement suffi, et avait eut pour conséquence la première catastrophe d'une longue liste de cataclysmes, à savoir le gouvernement français lui courant aux trousses et finissant de le catégoriser en fugitif. Il avait d'ailleurs bien pris garde à ne flirter avec personne chez ces charmants aristocrates sortis brutalement de leur sommeil, ne voulant pas reproduire un schéma lui ayant coûté une réputation imméritée. Il avait été le plus poli du monde, racontant avec plaisir certaines de ses aventures les plus épiques à une tablée vêtue de robes de chambre d'époque et pendue à ses lèvres, profitant de l'aimable hospitalité de ses hôtes en essayant de ne rien faire qui aurait put causer un autre malencontreux désastre. Malheureusement, le Survivant avait à peine pu commencer son délicieux dessert avant que l'inévitable calamité ne lui tombe fatalement dessus. Calamité ayant pris la forme d'une simple phrase d'apparence innocente.

-Au fait, avait demandé le patriarche après une anecdote particulièrement drôle et entre deux bâillements, mon cher ami, vous ne nous avez toujours pas dit sous quel nom nous devons vous appeler.

Réveillés par Charlus en pleine nuit, et incapables d'aligner deux pensées cohérentes, les occupants du manoir n'avaient pas eut l'occasion de s'enquérir de l'identité de l'individu ramené par le jeune Potter. L'abonné à la loi de Murphy, quant à lui, avait su instinctivement qu'il s'approchait dangereusement d'un terrain glissant, mais n'ayant jamais connu les armoiries familiales, pourtant visibles partout dans la salle à manger luxueuse, et l'alcool finissant de baisser sa vigilance, il avait jugé raisonnable de leur faire savoir que son patronyme était le même que celui de ses hôtes.

Un silence pesant avait suivi sa révélation sans que le concerné ne comprenne quelle bêtise avait bien put sortir de sa bouche en même temps que son nom. Il avait un instant cru avoir atterri chez les ennemis héréditaires des Potter et s'était préparé à prendre la fuite sitôt le moindre geste suspect esquissé. Il ne s'était certainement pas attendu à des questions gênantes sur son géniteur et son arbre généalogique. Il avait inventé quelques mensonges crédibles et avait avoué à l'assistance une nouvelle fois pendue à ses lèvres avoir été privé de ses parents très jeune. Aliénor, une jeune demoiselle de dix-neuf ans qu'il se serait fait un plaisir de faire rougir en d'autres occasions, avait été obligée d'essuyer ses yeux embués de larmes à cette tragique annonce. William, son oncle au crâne dégarni et voisin de table au rire tonitruant, lui avait gentiment tapoté l'épaule et souri avec compassion devant l'incompréhension affichée sur son visage balafré. Mirabelle, son autre voisine, une femme d'âge mur au charme indéniable et mère d'Aliénor, avait glissé sa main dans la sienne et lui avait sourit à son tour avec bienveillance, ses yeux d'un bleu saphir s'embuant de la même façon que sa fille. N'ayant pas la moindre idée de ce qu'il s'était passé, le Survivant avait regardé les autres convives en quête d'éclaircissement devant cet étalage d'émotions sorti de nulle part et n'avait trouvé que des visages masqués par des mouchoirs brodés des initiales de leurs propriétaires. Il se souvenait s'être senti complètement largué devant tout ces regards émus, jusqu'à ce qu'il ait enfin remarqué la récurrence d'une lettre inscrite sur les morceaux de tissu. Une lettre se trouvant être, bien évidemment, un "P".

Harry Potter n'était pas particulièrement vif quand il était question d'énigmes, mais il savait faire fonctionner un minimum ses méninges et regrouper les informations évidentes présentes devant lui. L'abondance de chevelures ébène incoiffables avait d'ailleurs pris un nouveau sens face à la révélation. À vrai dire, n'importe qui d'autre aurait trouvé suspicieux d'être entouré d'inconnus ayant de sérieuses ressemblances physiques avec soi-même. Il continuait d'accuser sa rencontre avec un illuminé pacifique et l'alcool trop chargé de ses hôtes pour sa lenteur d'esprit, mais la vérité était qu'il n'avait jamais été particulièrement vif quand il était question d'énigmes.

Les Potter dans leur intégralité avaient accepté le voyageur du futur dans leurs rangs, n'ayant que faire de ses protestations et de ses vaseuses explications. Contre son gré, il avait été serré contre toutes les poitrines de la tablée, avait été passé de bras en bras comme une vulgaire poupée de chiffon sous les pleurs plus ou moins bien retenus de ses hôtes. Charlus s'était même déclaré son frère après lui avoir à moitié écrasé ce qu'il lui restait de côtes. Tout était fatalement parti en vrille quelques instants plus tard, quand le patriarche au nez rouge et aux yeux gonflés s'était mit en tête de rectifier la tapisserie familiale à son avantage et au détriment d'une pauvre personne. Une malheureuse décision dictée par un élan de compassion et d'amour familial ayant condamné les pauvres plantes du jardin et détruit une somptueuse baie vitrée composée de vitraux magnifiquement colorés.

Ce n'avait été que quand le chef de famille lui avait serré l'épaule d'une étrange façon paternaliste, lui confiant une sublime chevalière ouvragée au passage, ses yeux de la même teinte que Charlus embués de larmes, que Harry avait compris que quelque chose de tout à fait inédit venait de lui atterrir dessus. Le gémissement de frustration et de trahison émanant du futur professeur de duel n'avait fait que confirmer ses soupçons. Il avait coulé en regard plus approfondi vers l'antique tapisserie et ses pires craintes s'étaient vérifiées. Le nom Harold James Potter était celui de l'individu qui allait hériter du titre de Lord Potter, et celui du malheureux déshérité de ses droits par accident était Charlus Ignotus Potter.

"Enfer et Damnation" avait plus ou moins été ce qu'avait gémit l'allergique à toute allusion de responsabilité à cette affreuse réalisation. "Je vais me tailler des bottes de luxe avec ta peau" avait été à peu de chose près ce qu'avait beuglé l'ancien héritier de la fortune colossale des Potter.

Habitué à générer des envies de meurtres sur sa personne, le Survivant avait réagit avec l'aisance de l'habitude quand un couteau à beurre avait été furieusement projeté dans sa direction. Harry avait passé une partie atrocement majoritaire de son existence à éviter de se faire assassiner ou blesser par des personnes étant plus ou moins dans leurs droits. Il était donc tout à fait capable d'arrêter en plein vol un projectile tranchant essayant de se planter dans sa gorge, surtout si ledit projectile avait été lancé par un amateur en étant à sa première tentative de meurtre. Cependant, attraper à main nue un couteau à quelques centimètres de son visage n'était certainement pas un spectacle auquel s'était attendu Andréas Potter. Le vénérable Lord Potter, âgé de sa cinquante-septième année et membre respecté du Magenmagot, n'avait pourtant pas eut une vie de désoeuvré et d'indolent. Il avait participé à une guerre et n'était pas innocent en matière de combat, mais la réaction de pure stupéfaction présente sur son visage face aux réflexes de son tout nouveau fils avait été tout simplement démesurée. Son ébahissement avait d'ailleurs été amplifié par la suite du divertissement donné par Charlus dans ses piètres efforts de lui faire la peau.

Bien que terrassé par la fatigue de sa fuite et la collision d'un être venu d'ailleurs, Harry Potter avait encore eut suffisamment d'énergie pour éviter chacune des malédictions de son ancêtre ivre de fureur. Il s'était avéré que Charlus était beaucoup plus doué pour lancer des sorts que des couteaux. Le Survivant aurait pu choisir de répliquer contre son assaillant aussi doué que persistant, mais l'idée de faire du mal à son généreux bienfaiteur l'avait rebuté. Il s'était donc résigné à esquiver du mieux de ses compétences les trop nombreux assauts, espérant niaisement que l'aristocrate revienne à son tempérament original avant qu'il ne s'effondre d'épuisement. Les deux Potter avaient redécoré à coups de lacérations les antiques rideaux du manoir et failli rendre l'aile nord inutilisable. Dans un éclair de lucidité, Harry avait compris que la bâtisse centenaire n'allait pas résister à la conclusion de cette agression et avait décidé de faire preuve d'initiative en atteignant les jardins par la somptueuse baie vitrée en vitraux. Le bruit de verre brisé avait été quelque peu différent des habituelles fenêtres par lesquelles il faisait ses sorties théâtrales. Arrivé dans un endroit dépourvu de murs et de plafond, le futur professeur était passé à la vitesse supérieure. La cadence de ses maléfices avait augmenté en même temps que leur dangerosité et le Sauveur s'était retrouvé obligé de contre-attaquer pour garantir sa propre sécurité. Diminué par les évènements ayant précédé son arrivée chez les Potter, la future cible de bien des enquiquineurs n'avait put neutraliser son assaillant qu'une quarantaine de minutes plus tard, et à ce moment-là, Mirabelle avait déjà fait le deuil de ses hortensias.

Andréas, quant à lui, avait exprimé son ahurissement à un degré artistique, sa mâchoire ne résistant à la gravité que grâce à son éducation et ses yeux chocolat sortant presque de ses orbites lui donnant une étrange ressemblance avec un poisson sortit de son bocal pour agoniser hors de l'eau. À l'époque, l'Elu ne le savait pas encore, mais une Idée trottait dans le crâne encore chevelu du patriarche. Une Idée comme celle qui vous explosait à la tronche dans un éclair fuschia et aux odeurs de pâtisseries. Une Mauvaise Idée. Et, le problème majeur dans l'existence maudite de Harry Potter, était qu'il était tout simplement incapable de discerner une Mauvaise Idée quand on lui en montrait une. Certes, il était habitué aux propositions louches dans les pubs miteux de trous paumés et pouvait donc plus ou moins prédire que certaines allaient fatalement partir en vrille à un moment ou un autre. Mais la tragédie de son existence résidait dans le fait qu'il avait toujours été une bille en divination, et que par conséquent ses estimations nées de son expérience personnelle se révélaient toutes fausses sans exception. À moins que la personne lui offrant une opportunité lucrative ne soit exagérément louche, le Survivant était incapable de déceler une Mauvaise Idée. Alors, quand Andréas lui avait fait part de son Idée Magistralement Mauvaise, le Survivant n'avait pas remarqué toutes les potentielles catastrophes qui allaient fatalement en découler. Le Lord lui avait assuré que c'était la solution idéale pour échapper à ses petits problèmes avec les gobelins et leurs briseurs de sorts beaucoup trop qualifiés. Il avait même ajouté que la paye serait mirobolante et que le poste était d'un prestige enviable. Et Harry Potter avait eut la Mauvaise Idée d'accepter ce qui allait devenir son calvaire quotidien : devenir professeur à Poudlard.

Et c'était là que tout avait commencé à réellement merder.


J'espère que vous avez autant apprécié lire ce chapitre que moi l'écrire ^^

SEY