Yellow lecteurs ! Toujours un plaisir de vous avoir avec moi dans les nouvelles embrouilles de notre bien nommé Survivant.
Je viens de remarquer que j'ai sans doute oublier de préciser que cette fic contient majoritairement des Originals Characters et que le peu de perso canons sont tous (sans exception parce que sinon ç'aurait pas été drôle ^^) Out Of Character. C'est à dire, pour les non initiés, que les personnages appartenant de droit à JKR sont pris à contre-emploi, et n'ont plus grand chose de la version originale. Donc bon, comme toujours, mon humour est assez chelou, libre à vous d'apprécier ou de quitter la lecture si vous la trouvez un peu trop capillo-tractée.
Deuxième point, je viens de me rendre compte que j'avais oublié de répondre aux reviews. Shame on me. Je suis une tête-en-l'air irrécupérable... Je m'y attelle de ce pas, promis !
Sur ce, je vous laisse lire en paix, accompagné de votre précieux ventilateur en cette chaleur insoutenable.
Chapitre 3 : Les géniaux Potter et leurs idées magistralement mauvaises
Malgré l'état de ce qui avait été des vêtements confortables, Harry Potter estimait avoir eut de la chance de rencontrer Charlus. Certes, le sale gosse était capricieux et encore plus hargneux qu'une bande de pitiponks affamés, mais sa famille était tout simplement géniale. Le clan Potter était génial, même Charlus qu'il avait du saucissonner avec les mûriers de Mirabelle, seuls rescapés de l'ire vengeresse de son tout nouveau cadet. La famille Potter, ou du moins les habitants du manoir, était au nombre de cinq et chacun de ses membres était tout simplement génial.
Le patriarche, Lord Andréas Potter, était un homme politique aux idéaux progressistes pour les années quarante. Il possédait la chevelure indomptable des Potter, bien que celle-ci soit parsemée de mèches blanches. La ressemblance père-fils semblait être un trait génétique particulier dans cette famille géniale, puisque le quinquagénaire était la version plus âgée de Charlus de la même façon que Harry avait été le sosie de James. C'était un sorcier à l'influence aussi grande que sa fortune, qui était en un mot monumentale. Si Andréas avait une réputation de guerrier dénué de compassion au sein de la communauté magique, il se transformait en revanche en boursouffle dégoulinant d'amour sitôt les grilles de sa propriété passées. Harry avait appris son veuvage par l'intermédiaire de Mirabelle, déterminée à lui trouver une Lady Potter à sa convenance, et au plus grand regret du concerné. Il s'agissait aussi d'une personne ayant à cœur ses devoirs et ses responsabilités, tout le contraire de son descendant du XXI ème siècle.
Mirabelle Potter était la jeune sœur du maître des lieux. Elle aussi veuve, elle avait repris son nom de jeune fille à la mort prématurée de son époux, un certain Nathaniel Smith, et avait encouragé sa fille à apposer un patronyme supplémentaire à son nom. Comme ses deux frères, ses cheveux étaient d'un noir d'encre et n'étaient présentables que grâce à un chignon méticuleusement serré dégageant un visage d'une beauté encore saisissante. Comme sa fille, ses yeux étaient d'un bleu sombre tout simplement fascinant, rehaussant son charme comme des pierres précieuses logées dans un décolleté. Son passe-temps préféré semblait être d'organiser des rencontres amoureuses pour tous les Potter sans tenir compte de leur volonté ou de leurs actuelles relations amoureuses, pour le plus grand malheur de ces derniers. C'était une femme de volonté et du grand monde, ses somptueuses réceptions attirant les plus puissants et les flagorneurs aux dents longues la prenant pour une imbécile. Tout comme Andréas, la politique de Grande-Bretagne Magique n'avait aucun secret pour elle, machinatrice de l'ombre, semant des rumeurs pour déstabiliser les coriaces adversaires de son frère. C'était, comme le Survivant l'apprendrait plus tard, une sorcière dangereuse et intelligente qu'il ne fallait jamais se mettre à dos.
William était le plus jeune de la fratrie. Contrairement à son frère et sa sœur, il ne s'était jamais marié et grimaçait à chaque allusion maritale de Mirabelle. Les quelques cheveux qui lui restaient sur le crâne rebiquaient en tous sens, exprimant au mieux l'idée de chaos. Il possédait les mêmes yeux saisissants que sa sœur, mais leur charme semblait avoir été éteint de manière tout à fait définitive. Harry avait croisé un nombre conséquent de personnes au regard brisé au cours de ses errances et il pouvait reconnaître l'éclat intemporel du deuil dans celui de son tout nouvel oncle. Au contraire des deux autres, le pouvoir n'avait jamais eut aucun attrait à ses yeux. De ce que le héros en avait compris, il exerçait l'humble profession de Guérisseur à Ste Mangouste et terrorisait les jeunes débutants aussi bien que les patients de sa voix grave et de ses cris à faire trembler les murs. Andréas avait laissé échapper que son frère avait fait partie des aurors envoyés au front lors de la Première Guerre mondiale et qu'il en était revenu avec une toute nouvelle vocation. Il regardait Charlus et ses éclats de drama-queen avec déception et colère, consterné de découvrir que ses enseignements en matière de duel étaient détournés pour blesser quelqu'un.
Aliénor était le stéréotype classique d'une jeune fille de bonne famille. Tout comme son cousin, son port était altier et son teint d'albâtre. Sa chemise de nuit et sa robe de chambre étaient impeccables, aucune trace de plis ne venant gâcher l'effet de perfection qui émanait de sa personne. Ses cheveux bruns bouclaient même de façon ordonnée sur ses épaules gracieuses. Elle ressemblait à une poupée de porcelaine, son visage figé dans une unique expression, ses yeux bleus semblables à deux saphirs brillants de l'exacte même malice que Georges Weasley. Au début, expérience oblige, il avait trouvé ce détail inquiétant. Il s'était décoincé quand elle s'était dépourvu de son faux sourire affable et impersonnel pour revêtir un rictus d'espièglerie à la vue de son cher cousin immobilisé par un mûrier aux ronces acérées. La jeune femme avait accolé le nom Potter à son patronyme, trouvant que son nom paternel n'imposait pas assez le respect, et passait sa jeunesse à écumer les réceptions de la noblesse pour humilier de la façon la plus correcte les pauvres âmes en ayant après son patrimoine monétaire. C'était une jeune sorcière redoutable à la beauté saisissante, presque aussi létale que sa mère mais avec ce qu'il pressentait être un sens de l'humour particulièrement décapant.
Le célibat chez tous les membres de cette famille semblait être une sorte de motif inévitable, un choix de vie tout à fait assumé que seule Mirabelle semblait être prête à contester avec l'aide de complots de mauvais goût.
Alors que Charlus était en train de se dépêtrer des ronces en injuriant tout le monde végétal, Harry demanda à sa toute nouvelle famille si d'autres Potter étaient à ajouter à la liste. Il apprit qu'à part quelques lointains cousins disséminés dans les autres familles de Sang-Pur, personne d'autre ne possédait leur patronyme commun. Il essaya une nouvelle fois de leur faire comprendre que toute cette histoire de filiation miraculeuse était un simple malentendu. Les quatre sorciers n'en eurent rien faire et Charlus lança une nouvelle imprécation hargneuse de son buisson. Sa toute nouvelle tante lui expliqua que c'était justement à cause du peu de sorciers portant le prestigieux nom Potter qu'ils n'avaient pas envie de le laisser filer.
Bien évidemment, se faire accepter par sa propre famille touchait le cœur d'orphelin du Survivant. Mais cela faisait des années qu'il avait pansé cette blessure et n'éprouvait aucun besoin de tisser des liens familiaux avec quiconque, et surtout pas quarante ans avant sa naissance. Madame Weasley et Sirius avaient amplement contribué à lui faire comprendre la dure réalité qu'était la parentalité. Avec une mère-poule utra-protectrice et une excuse de modèle paternel encore coincé dans l'adolescence, il avait été forcé de revoir ses fantaisies sur le fait d'avoir des géniteurs présents dans sa vie.
Au moins les Dursley ne lui avaient jamais interdit quelque chose parce que c'était soi-disant dangereux. Il lui avaient même involontairement fournis une excuse en béton armé pour ses actions à la limite de la légalité. Avoir été élevé par des brutes à l'esprit obtus était un merveilleux prétexte à pratiquement toutes ses infractions du code pénal magique et moldu. Parce qu'il avait été un malheureux petit garçon à la psyché encore fragile et qu'il n'avait par conséquent plus toute sa tête. Ce n'avait pas été qu'à cause d'un morceau de Voldemort dans son crâne que le Choipeaux avait failli le répartir à Serpentard, ses qualités et petits défauts profondément enfouis sous une bonne couche d'innocence y avait aussi contribués. Le Survivant n'avait eut absolument aucun remord à user et abuser de sa tragique enfance pour embrouiller les pauvres sorciers ayant eut pour mission de le coller en prison. La plupart l'avaient aidé à échapper aux autorités concernées, certains étaient devenus des alliés précieux et l'un d'entre eux s'était reconverti en parrain de la pègre new-yorkaise. Carter était d'ailleurs une histoire à lui tout seul. L'une qu'il se plaisait à raconter à des compagnons de beuveries aussi éméchés que lui et incapables de s'interroger sur la véracité de son récit.
Les cris de Charlus tonnant toujours dans ce qu'il restait du majestueux jardin et le nom Harrold James Potter toujours inscrit sur cette foutue tapisserie, Andréas trouva judicieux de couper court à toute velléité de fuite en l'informant de sa Grandiose Idée. Sur le coup, comme précédemment expliqué, l'Elu trouva cette nouvelle opportunité lucrative hautement intéressante. Non seulement les chasseurs de primes allaient avoir quelques difficultés à traverser les barrières de l'antique château, mais en plus il allait faire partie d'une famille qu'il n'avait jamais connue sans avoir à en subir les aspects les plus déplaisants. Et, tant qu'à être adopté par une famille, autant que ce soit par les géniaux Potter, qui étaient tous plus géniaux les uns que les autres, même Charlus qui lui promettait d'avoir sa peau pour s'en tailler des mocassins.
La raison derrière l'antipathie subite de son tout nouveau frère était autrement plus compliquée qu'une simple histoire de succession usurpée. Certes, Harry venait brusquement de lui voler une fortune et un titre de Lord tout ce qu'il y avait de plus prestigieux, mais Charlus était un jeune homme loin d'être matérialiste et aurait put, dans d'autres circonstances, considérer ce nouveau membre familial avec une légère inimitié. Le problème résidait essentiellement dans une clause de contrat signé des décennies plus tôt par le précédent Lord Potter et son homonyme d'une autre famille respectable. Une clause stipulant que le prochain fils puîné des Potter épouserait une fille Black, et que malheureusement pour lui, la seule demoiselle libre de tout engagement et étant en âge de se marier se trouvait être sa camarade de promotion et détestée adversaire de duel, Dorea Black.
L'horrible réalisation de sa nouvelle condition de second fils lui était venue aussi rapidement à l'esprit principalement à cause des sempiternelles joutes verbales qu'ils s'envoyaient continuellement au visage et des éternelles querelles familiales anecdotiques qui faisaient office de transition. La célèbre débâcle de ce fameux traité de paix entre ces deux familles ennemies était un évènement qui revenait à un rythme régulier. Les âmes lyriques comparaient cette histoire burlesque à une théâtrale comédie aux trop nombreux rebondissements faisant passer le vaudeville pour une fable de mauvais goût. Et effectivement, de nombreux auteurs à la plume aventureuse avaient repris cette fameuse anecdote cauchemardesque sous diverses formes, allant d'articles de journaux corrosifs aux pièces de théâtre comique. Une honte partagée entre les Black et les Potter, ces derniers s'étant arrangés pour ne concevoir qu'un seul héritier pour éviter de tacher l'honneur familial avec cette sinistre farce prénuptiale. Ce qu'avait momentanément oublié Andréas quand il avait eut la grandiose idée de rajouter le Survivant sur sa tapisserie familiale.
Pour ce qui était de William, deuxième fils du précédent Lord Potter, il avait pu échapper aux épousailles maudites grâce à son statut de sang-mêlé et d'enfant de secondes noces. Les Black ne désirant eux aussi qu'éviter une nouvelle anecdote concernant l'ignoble contrat marital, et n'étant que très peu ravis de livrer l'une de leurs filles à un sorcier inférieur, avaient fait comme si le jeune homme n'avait tout simplement jamais existé. La famille s'avérant être le noyau de l'opposition du camp politique d'Andréas avait même presque approuvé l'envoi de troupes sur le front moldu pour espérer se débarrasser de l'auror en herbe. L'idée d'épouser une Black paraissant à l'époque au jeune homme bien pire que celle d'affronter une guerre.
Dire que Charlus haïssait de tout son être Dorea Black était un doux euphémisme faisant passer les Malfoys pour d'humbles honnêtes gens. Mirabelle avait d'ailleurs supposé, sous les cris d'horreur du principal concerné, que cette animosité flamboyante cachait de doux sentiments n'attendant qu'une opportunité pour se montrer. Il avait d'ailleurs déserté de longues semaines le domicile familial après cette fameuse extrapolation, à moitié certain que sa tante avait prévu de l'embusquer dans des noces arrangées. Cette femme, cette vipère de Black qu'il était incapable de voir en peinture, n'avait aucun sens de l'honneur, préférant opter pour des coup-bas à la moindre occasion, n'ayant aucun remord à humilier ceux qui ne faisaient pas le poids face à sa baguette sadique. Il la méprisait profondément et attendait avec impatience de recevoir un faire-part de décès à son nom. L'épouser était la pire chose pouvant lui arriver. Il était d'ailleurs certain que son épouvantard s'était transformé en une Dorea Black en robe de mariée. En ayant connaissance de ces paramètres, il devenait plus facile de comprendre la crise de nerfs intarissable ayant saisi le jeune Potter et son incapacité à faire preuve de retenu et de raison. Aussi, le grand et compatissant Harry Potter décida de lui pardonner les attaques envers sa personne, sa légère culpabilité envers l'inconfortable situation de son nouveau petit frère l'empêchant d'éprouver du ressentiment pour ce pauvre sorcier emprisonné par ses responsabilités.
Honnêtement, le Survivant comprenait Charlus. Si lui avait dû être obligé à cause d'un vulgaire papelard datant du siècle dernier d'épouser quelqu'un comme Draco Malfoy, il aurait volontiers explosé de rage à la figure du responsable. Et aurait prit la fuite, accessoirement. Il aurait bien conseillé cette solution au malheureux fiancé, mais à entendre le nombre de fois où le mot "honneur" était placé dans une phrase, il se doutait que sa proposition n'allait pas être bien reçue et ne ferait qu'augmenter son animosité à son égard. Et il estimait s'être fait suffisamment d'ennemis pour le reste de la semaine.
Et, effectivement, un mois et demi plus ou moins paisible s'écoula, sans autre problème que les incessantes attaques et provocations en duel de Charlus. Un mois et demi calme et paisible, où il put apprendre à connaître sa famille et à malgré lui s'attacher à ses membres hors norme. Un mois et demi parfait où les ennuis semblèrent lui avoir lâché la grappe. Un mois et demi de vacances qu'aucun gobelin ou tueur à gages ne vint troubler à l'aide de maléfices ou de fusils à pompes. Quarante-cinq miraculeux jours de simple bonheur comme il ne se souvenait pas en avoir connu.
Malheureusement, la précieuse accalmie prit fin quand Mirabelle décida de le traîner à un évènement mondain, histoire de présenter le fils prodigue au grand monde comme il le fallait. Et en profiter pour confirmer le statut de Charlus en tant que puîné et donc co-victime d'anciens accords maritaux. Naturellement, son jeune et nouveau frère avait senti le coup vicieux venir et s'était éclipsé plusieurs heures avant que Mirabelle ne puisse lui mettre la main dessus. Au contraire de Harry, qui avait du être palpé par les mains beaucoup trop baladeuses de la tailleuse personnelle de sa tante, cette dernière ayant insisté pour lui faire une garde-robe digne de l'Héritier des Potter. Le jeune trentenaire se retrouva donc avec une montagne de vêtements qu'il ne mettrait probablement jamais.
Harry Potter avait passé son enfance dans les vieux habits de son cousin, et son adolescence dans un uniforme scolaire dénué de la moindre originalité. Il n'avait simplement jamais vu l'utilité d'acheter des fringues servant un autre but que leur fonction première, à savoir protéger la pudeur de son propriétaire. Habitué dès son plus jeune âge à récupérer des affaires de seconde main la plupart du temps abîmés, il jetait ses effets personnels quand il était devenu évident qu'un sort ne pourrait pas réparer les dégâts. Ayant été coupé de son coffre après sa fuite de Grande-Bretagne, et étant par la même toujours fauché, il avait appris à dépenser son argent avec parcimonie. Il n'avait, pour ainsi dire, jamais acheté de vêtements faits sur-mesure, et encore moins de robes sorcières traditionnelles, autre que son uniforme de Poudlard. Alors, quand la tailleuse l'ensevelissa sous une montagne d'habits dignes de son statut, et lui confectionna dans un rythme effréné des tenues avec des tissus hors de prix, il fut quelque peu dépassé et ne put qu'à peine protester quand on le prit pour un mannequin inanimé.
La séance épuisante ne fut terminée que quand Mirabelle décida que son nouveau dressing était convenablement rempli. Malheureusement, le Survivant eut à peine le temps de soupirer de soulagement avant que la harpie ne décrète qu'il était l'heure de se préparer pour une réception particulièrement gratinée et qu'elle et sa fidèle amie reluqueuse allaient se faire un plaisir de l'aider à s'habiller correctement.
Quand elle lui rendit enfin le contrôle de son corps, il se rendit compte que le reflet que lui renvoyait le miroir était sensiblement différent de celui auquel il s'était habitué ces dernières années. Disparue, la barbe négligée de plusieurs jours. Sa tignasse indomptable ne tombait plus sauvagement autour de son visage et laissait voir sa célèbre cicatrice en forme d'éclair. Ses vieilles lunettes rondes avaient retrouvé leur lustre d'antan, débarrassées de leurs taches douteuses et des légères rayures qu'il n'avait jamais pris la peine d'enlever. Sa peau légèrement halée était pour une fois propre de toute substance improbable ou d'hématomes douloureux. Les yeux verts de Lily Evans brillaient comme ils l'avaient toujours fait, mais dépourvus de fatigue ou de stress. Ses mains, marquées par les années et les épreuves que la vie lui avait fait subir, étaient cachées par des gants noirs, fabriqués dans un cuir souple qu'il reconnaissait comme étant celui des canassons ailés mangeurs d'hommes et buveurs de whisky. Ses anciennes blessures à la gorge, infligées par les serres acérées des harpies qu'il avait libéré par accident lors de son bref séjour en Grèce, étaient elles aussi masqués par un foulard en soie comme il voyait les "Monsieur Darcy" en porter dans les téléfilms de tante Pétunia et tellement serré qu'il manquait de l'étouffer. Le poids familier de son unique boucle d'oreille lui donnant un air de pirate avait disparu, sa petite gemme écarlate taillée en forme de larme reléguée en fond d'un tiroir avec le reste de ses accessoires. Ses bras lui paraissaient nus, débarrassés de son holster de baguette et de ses différents bracelets autrement plus dangereux que la quincaillerie habituelle. Ses jambes musclées par ses courses-poursuites quotidiennes étaient elles aussi étrangement plus légères sans son arme à feu piqué à Carter et sa Beauté parfaite et pure attachés à ses cuisses et soustraits à la vue des opportunistes à l'aide de sortilèges. Ses bottes en cuir de dragon, ayant littéralement fait le tour du monde et survécu à l'insurmontable en sa compagnie pendant plus d'une décennie, avait été mises au placard dans un vague grognement dégoûté de la part de la tailleuse, et remplacées par des espèces de trucs à rubans rouges et à dorures insultant sa virilité et blessant déjà ses pieds délicats.
En ce qui concernait la robe en elle-même, le noir prédominant que renvoyait le miroir ne le dérangeait absolument pas, le noir était sa couleur par défaut. Ce qui lui faisait froncer les sourcils de mécontentement, en revanche, était la dentelle omniprésente lui donnant une forte ressemblance avec Ron le soir du Bal de Noël. Pour ce qui était du tissu, le sorcier ne se souvenait pas avoir déjà porté quelque chose d'aussi confortablement coûteux. Autant les chaussures étaient une torture, autant la robe était à se damner. Tellement, que la dentelle n'en devenait qu'un détail sans importance. La coupe faite sur-mesure mettait astucieusement en valeur ses épaules et sa carrure de sportif, s'évasant à partir des hanches pour s'arrêter aux chevilles dans un frou-frou de dentelle. La fermeture était à l'avant, se bouclant à l'aide de boutons en argent dégageant une austérité que démentait la dentelle. De légers motifs eux aussi argentés étaient cousus à même la robe, ornementant l'encolure et les manches. C'était un vêtement qu'aurait put porter sans problème Draco Malefoy ou n'importe quel autre Sang-Pur traditionaliste se respectant. Il n'en était pas moins ridicule. Ce fut pourquoi il découpa, comme l'avait fait son meilleur ami avant lui, l'horrible dentelle sous les cris d'orfraie des deux femmes.
Après la fin de la crise diplomatique, Mirabelle traîna finalement son neveu au milieu des hommes et femmes tenant le destin de la Grande Bretagne Magique entre leurs mains griffues. Le Survivant savait d'avance comment cette fameuse réception allait se terminer. C'était une règle mathématique aussi immuable qu'un bloc de béton : À chaque fois que Harry Potter entrait dans un lieu rempli à craquer de personnes, il finissait immanquablement harcelé par toute une pléthore de gens louches lui proposant des boulots plus ou moins illégaux. Le problème était qu'Andréas lui avait déjà trouvé un emploi, même s'il n'avait pas la moindre idée en quoi il consistait exactement. Le Sauveur s'attendait à ce que cette sortie soit tout aussi semblable que toutes les autres immersions dans un évènement social, et se finisse tout à aussi tragiquement, avec des gens respectables lui courant après et des dégâts matériaux invraisemblables.
Harry Potter entra au bras de sa cousine dans le Manoir d'un certain Asmodéus Flint, un quadragénaire au bouc grisonnant qui ne considérait pas la dentelle comme étant quelque chose de typiquement féminin et s'en était donc affublé à outrance. Garder un visage de marbre quand sa nouvelle famille le présenta au maître des lieux fut digne d'un exploit sportif. Mais vu les regards en coin que lui lança Aliénor pendant toute la conversation, et les soubresauts qui ne cessaient d'agiter ses abdominaux, son hilarité ne devait pas être aussi contenue qu'il le croyait. Il fut cependant récompensé de sa tentative d'impassibilité en se faisant emmener au buffet digne de la royauté, où sa cousine, toujours agrippée à lui, se mit à asséner des piques toutes plus acides les unes que les autres aux malheureux tentant de lui extorquer une dance ou un mot poli. La dextérité avec laquelle la jeune Potter arrivait à la fois à insulter tout le monde de la manière la plus classe possible et à manger des petits fours avec une élégance régalienne d'une seule main bluffait le Survivant.
Il n'arriva malheureusement pas à fermer sa grande bouche sarcastique quand son regard tomba sur un sorcier particulièrement ridicule remettant les tenues bariolées de Dumbledore au banc d'une légère faute de goût. La cible des Roméos du dimanche rit sous cape avec lui, lâchant un commentaire peu compatissant sur sa barbe agrémentée de rubans colorés et de clochettes dorées tintant à chaque mouvement.
Aliénor était tout simplement géniale. Si elle n'avait pas été de sa famille, il aurait vraiment essayé de la séduire, l'inconscient héros ayant toujours été attiré par les créatures dangereuses et potentiellement mortelles.
La jeune sorcière de dix-neuf ans ne quittait pas son bras, semblant s'y accrocher comme s'il allait disparaître sitôt qu'elle l'aurait lâché. Ce qui, honnêtement, risquait fort bien d'arriver. Ce n'était pas une fuite, loin de là, c'était un service d'utilité publique envers ces pauvres gens qui ignoraient tout de ses liens particuliers avec la Destinée ou sa fidèle Poisse Cosmique. Les yeux de Harry étaient d'ailleurs fixés sur une porte de service menant vraisemblablement aux cuisines quand son karma décida de faire des siennes. L'aimant à ennuis venait de repérer l'un de ses anciens clients en train de virevolter sur la piste de danse cirée, et qui était sans aucun doute au courant de la prime mise sur sa tête par ces rapaces vénaux de gobelins. En temps normal, il se serait escamoté par une porte dérobée le plus dicrètement possible, ou aurait put se débarrasser du sorcier sans le moindre problème. Malheureusement, sa confiance était quelque peu émiettée par l'absence de son attirail fortement ensorcelé capable d'arrêter un bazooka tiré à bout portant ou un char d'assaut qui n'avait pas vu qu'il cuvait son vin sur la voie publique. Commençant doucement mais sûrement à s'inquiéter pour sa vie si ce type donnait l'alerte aux mauvaises personnes, le Sauveur glissa un doigt ganté dans son écharpe de soie trop serrée, trouvant qu'il faisait beaucoup plus chaud qu'une minute auparavant. Bien évidemment, Aliénor se rendit compte que quelque chose clochait chez son cousin et commit l'erreur de vouloir l'aider en apostrophant bruyamment le séduisant sorcier amateur de magie orientale. Le pauvre persécuté n'eut même pas le temps de bâillonner sa cousine pensant bien faire avant que l'interpellé ne tourne gracieusement sa tête vers eux. Harry put distinguer sur le visage du Sang-Pur le moment où il comprit qui était en face de lui.
Le Survivant le sentait, le moment où tous ces gens bien comme il fallait allaient se mettre à courir dans tous les sens et à foutre le feu aux rideaux était finalement arrivé. Une catastrophe phénoménale venait de pointer le bout de son nez sous la forme d'Ambrosius Bulstrode.
Ce n'était pas que le Sang-Pur le haïssait de toute son âme, mais après être passé plusieurs fois à sa boutique et être devenu un client plus ou moins régulier, Harry avait commit l'erreur de lui faire du gringue. Parce que ce type était honnêtement à tomber par terre, avec son air de snob à l'humour grinçant et son rictus sarcastique mettant en valeur ses fossettes séduisantes. Mais voilà, le traditionaliste avait mal pris sa tentative de charme infructueuse et avait décidé de foutre le feu à une tapisserie de l'empire carolingien valant une véritable fortune. Naturellement, l'originaire du XXI ème siècle avait à son tour mal pris la destruction de sa marchandise hors de prix et avait répliqué avec un peu plus de virulence que nécessaire. L'escalade avait grimpé jusqu'à ce que les aurors les moins scrupuleux du Ministère se pointent et menacent d'utiliser leurs heures supplémentaires pour les coffrer. Depuis ce fâcheux malentendu et l'anéantissement d'une partie non-négligeable de ses produits, le Survivant et Bulstrode se méprisaient cordialement. Dire qu'il le haïssait était peut-être un peu exagéré, mais le sorcier n'allait certainement cracher sur une autre opportunité de se faire du fric à ses dépens.
-Monsieur Porter, commença sa source d'ennuis du moment d'une voix douceâtre accompagnée d'un sourire horripilant. Quelle... surprise de vous voir si bien portant, finit-il en se retenant de se marrer comme un bossu.
-Bulstrode, grogna l'ancien commerçant véreux. Toujours un plaisir de voir ta sale face de rat opportuniste, lança les hostilités le gryffondor, prêt à se carapater à la prochaine occasion ou à lui tordre le poignet s'il essayait de lui mettre une droite.
-J'ignorais que vous aviez déjà eut la chance de vous rencontrer, s'incrusta Aliénor dans l'échange, ses yeux bleus se plissant devant l'animosité qu'ils dégageaient.
-Je suis tout aussi surpris de le voir en votre charmante compagnie, fit Bulstrode en arquant un sourcil devant l'étrange combinaison que formait le duo. Me trouveriez-vous grossier si je vous demandais par quelle malchance vous vous êtes retrouvée au bras de ce cancrelat ?
Un sourire d'une fausseté particulièrement méprisante prit place sur les lèvres de la brune.
-Ce cancrelat ici présent, répondit-elle, est mon cousin, Harrold James Potter, que vous devez confondre, j'en suis certaine, avec un misérable des bas-fonds de Londres auquel vous êtes habitués.
Ledit cancrelat se retint de ricaner trop bruyamment, mais comme toujours, son visage devait parler pour lui puisqu'il se fit foudroyer du regard par un Bulstrode rouge de colère et rendu muet par la révélation impromptue.
-Laisse tomber, Bubu, faillit-il à sa tâche en gloussant sans la moindre retenue. Je suis devenu intouchable, laissa-t-il son orgueil parler pour lui.
-Je suis certain que Gringotts aurait un avis bien différent sur la question, le menaça-t-il ouvertement.
-Etes-vous vraiment en train d'insulter l'Héritier du clan Potter, Monsieur Bustrode ? fit Aliénor d'une voix faussement naïve. Quelle confiance vous avez ! continua-t-elle la comédie avec un sourire tout aussi innocent. Vous devez être un duelliste tout à fait exceptionnel pour lancer des accusations aussi librement ! lança-t-elle avec un rictus se muant progressivement en quelque chose de démoniaque.
Étrangement, de plus en plus de conversations autour d'eux se tarissaient au fur et à mesure qu'Aliénor déblatérait sur le soi-disant courage de Bulstrode. Il y avait même un léger attroupement absolument pas suspect qui se formait, et des paris qui se murmuraient. Et Harry n'aimait pas du tout ce qu'il pressentait. La dernière fois qu'il avait été impliqué dans un pari, il avait fini dans un remake de Retour vers le futur version Seconde Guerre mondiale.
Le pauvre voyageur temporel essaya d'empêcher sa cousine de créer une autre catastrophe cosmique majeure, sans succès. Il se retrouva bien malgré lui sur une estrade comme Lockhart en avait fait construire une en deuxième année, face à un Bulstrode mécontent et aussi peu motivé que lui le menaçant d'une baguette et d'un bracelet qu'il avait lui-même vendu. Pour un peu que son opposant sache se servir de l'objet correctement, ce qui n'était pas impossible, il était vraiment dans la mouise. Parce que l'ancien commerçant avait toujours trouvé le moyen de s'escamoter des demandes de duel dans les formes, et n'avait par conséquent pas la moindre idée des règles à suivre ou du comportement à adopter.
-Qu'est-ce qu'il se passe si je déclare forfait ? souffla-t-il à sa cousine en aparte.
Le garçon-qui-avait-vaincu ne fuyait pas devant l'adversité, il effectuait un repli stratégique avec un objectif à long terme beaucoup plus profitable pour tout le monde. Simple nuance.
-Ah ! Tu fais bien de me le rappeler, crut-il un moment qu'elle allait faire autre chose que l'enfoncer. Les conditions du duel, messieurs, sont que le perdant devra un an de sa vie au service du gagnant.
-De quoi ?! éructa le Survivant en tournant violemment sa tête dans la direction de la sorcière qui allait réussir là où Voldemort s'était cassé les dents.
-Voilà qui me convient tout à fait, ricana l'horrible sorcier en adoptant une posture au summum du ridicule et qui devait être une garde d'engagement.
-Non mais c'est quoi ces conneries ?! siffla-t-il sur Aliénor avec colère.
-Ne t'inquiète pas, lui murmura-t-elle en retour. J'ai un plan, osa-t-elle lui affirmer avec un clin d'œil malicieux.
-Et c'est sensé ne pas m'inquiéter ?! réussit-il à exploser de rage à voix basse.
-Tu apprendras, mon très cher cousin, lui expliqua-t-elle en essayant de ne pas trop jubiler, qu'il est dangereux de me sous-estimer.
-Espèce de sale petite peste, lui siffla-t-il à nouveau dessus. T'as intérêt à assurer ou je jure que tu le regretteras.
-Les Potter ne trichent pas, le sermona-t-elle d'un regard glacé. Tu n'as qu'à gagner.
-Mais c'est quoi ton plan, alors ? commença-t-il à véritablement perdre patience.
-Profiter du spectacle en boulottant des petits-fours.
-Non mais tu déconnes ?! explosa-t-il à nouveau dans un sifflement de rage.
-Naturellement, reniffla-t-elle de condescendance. Mon plan, cher cousin, est de profiter de ta victoire écrasante pour annihiler la figure de proue du parti politique opposé au notre et profiter de la cohue pour instiller le doute dans les esprits les plus innocents et corrompre les plus rusés.
-Sans déconner ? n'y crut vraiment pas le nouvel Héritier d'une putain de famille de politiciens. Tu mets ma vie en jeu pour un tour de passe-passe politique ?
Les lèvres d'Aliénor se courbèrent en un rictus de bête sauvage avant de prononcer avec grâce :
-Bienvenue chez les Potter, Harry.
Mais dans quelle famille de tordus était-il tombé ?, se demanda un instant la pièce rapportée avant de se rappeler que lui-même n'était pas un modèle de sanité mentale.
-Très bien, se résigna-t-il en soupirant. Qu'est-ce que je dois faire pour battre cet abruti, au juste ?
-Il ne suffit pas juste de le battre, il s'agit de l'humilier publiquement et de laisser briller ton exceptionnel talent de duelliste accompli, se laissa-t-elle emporter par sa fouge juvénile et romanesque.
-J'ai jamais foutu les pieds dans un putain de duel à la con, lui expliqua-t-il le problème.
Sa cousine aux tendances psychopathiques cligna plusieurs des paupières, son visage de poupée figé en un sourire affable, cette variante n'ayant apparemment pas été prise en compte pendant la conception du plan.
-Mais comment as-tu pu survivre aussi longtemps à tous ces briseurs de sorts surentraînés si tu n'as jamais fait aucun duel ?! siffla-t-elle férocement à son tour.
-Principalement en me carapatant dans la direction opposée, eut-il l'audace de lui répondre juste pour se repaître de son visage décomposé. Et il y a une très grande différence entre se débarrasser d'un type qui veut ta peau, d'un type qui essaye d'imiter un flamant rose constipé, reprit-il avec sérieux.
-Je n'imite pas un flamant rose constipé ! se courrouça Bulstrode, toujours ridicule dans sa posture de combat de volatile unijambiste.
Les deux Potter interrompirent leurs messes basses pour poser le même regard condescendant sur le duelliste opposé, qui attendait patiemment que les cousins se décident à prendre les choses sérieusement.
-Ce mec est en cas, marmonna Harry dans sa barbe inexistante avant de continuer son explication. Et ce n'est pas parce que je sais gérer des mages noirs dans des trous paumés ou des ruelles glauques que je sais comment fonctionne un duel. Moi, ce que je sais faire, c'est foncer dans le tas et défoncer les mégalomaniaques et les abrutis, pas échanger des politesses et des insultes sur une putain d'estrade en respectant des putains de règles qui n'existent pas dans un vrai combat.
-Il n'y pas de règles dans les duels sorciers, fit Aliénor en plissant ses charmants yeux bleus. À part aucun Impardonnable. Et ne pas descendre de l'estrade.
-Pas descendre de l'estrade, pas descendre de l'estrade, maugréa l'ancien griffondor. Facile à dire.
-Si c'était facile, répliqua sa cousine, ce ne serait pas un duel.
-Autre chose ?
-Pas de coups moldus.
-C'est-à-dire ?
-C'est-à-dire qu'il te faut uniquement utiliser ta baguette, pas tes poings.
-Est-ce que ça compte si je détourne ma baguette de son utilisation originelle pour la lui fourrer dans le nez ?
Devant le regard et le mutisme de sa cousine, il se força à s'expliquer :
-J'ai assommé un troll comme ça, une fois.
Même si bon, techniquement, c'était Ron qui lui avait asséné le coup de grâce avec un sortilège de lévitation.
-Contente-toi de lui mettre une raclée comme personne n'en a jamais connu, lui dit-elle en guise d'encouragement avant de rejoindre les rangs du public.
-Charmant, grinça le Survivant en voyant Aliénor sauter de la fameuse plate-forme pour le laisser seul face à son opposant toujours figé dans une posture ridicule. Donne-moi encore une minute, Bubu, et je suis à toi.
Aucun être sain d'esprit ne pouvait espérer combattre avec des machins pointus ornés de rubans en guise de chaussures. Il se débarrassa des engins de torture avec soulagement et les jeta plus ou moins accidentellement sur une vieille bonne femme se goinfrant de loukoums. L'écharpe en soie n'ayant cessé de l'étrangler connu le même destin tragique. Ensuite, sous les cris d'horreur de presque toute l'assistance, il se débarrassa de ses manches bouffantes ne pouvant qu'entraver ses mouvements et fendit la coûteuse robe des hanches aux chevilles, dévoilant à un public sidéré son vieux Jean troué, qui était beaucoup plus confortable que ce qui faisait dans les années quarante. Le voyageur du futur examina un instant ses gants en cuir souple avant de hausser les épaules et de les garder.
Le jeune Potter n'avait plus grand chose d'un traditionaliste Sang-Pur, maintenant relooké avec un pragmatisme confondant. La robe était devenue un manteau aux pans ouverts ressemblant à une longue cape. Les muscles de ses biceps et ses cicatrices étaient exposés à la vue de tous, lui redonnant l'allure sauvage que Bulstrode connaissait bien. Ses pieds nus étaient fermement plantés dans le sol, formant une garde non-conventionnelle mais efficace. Ses yeux verts étaient fixés sans ciller sur lui, épiant le moindre de ses mouvements comme un fauve en quête d'un repas. Débarrassé de son déguisement hors de prix, il eut véritablement conscience d'avoir affaire à Porter, l'étrange et dangereux propriétaire d'une boutique de l'Allée des Embrumes, l'homme fou qui avait eut l'audace de voler un trésor national à des gobelins, le poivrot notoire du bar le plus mal famé de la capitale, le pervers qui avait essayé de lui mettre le grappin dessus.
À la pensée de ladite expérience traumatisante, ses doigts se serrèrent autour de sa baguette et il lança le sort le plus vicieux de son répertoire. Le brun ne fit qu'éviter souplement le rayon coloré dans un sifflement impressionné.
-Un sort d'ébullition sanguine ? Carrément ? Tu fais pas dans la dentelle, dis-moi...
Excédé, Bulstrode lança sorts après sorts sans le moindre résultat probant, le cancrelat ne faisant qu'éviter ou dévier ses enchantements avec une facilité beaucoup trop humiliante pour qu'il puisse se calmer et réfléchir. Le nouveau Potter rajoutant de l'huile sur le feu en se marrant comme un demeuré et en commentant narquoisement chacun de ses gestes comme s'il donnait un cours magistral à des étudiants bouche bée.
-Ooooh ! Celui-là, je l'avais pas vu depuis longtemps. Ahhhh ! Un sortilège congolais ! Une incantation amérindienne, tellement rare et tellement inutile dans un combat. Est-ce que c'est une litanie d'exorcisme japonais ? Ooooh ! Une prière viking, voilà qui est intéressant ! Grec. Celte. Inuit ! Une véritable beauté. Encore une saloperie vaudoue. Latin. Re-latin. Maya. Encore Grec. De la véritable magie chinoise ! Je ne savais pas que les occidentaux connaissaient son existence ! Franchement là, tu m'épates, Bubu. Maîtriser un truc aussi costaud n'est pas donné à tout le monde. Re-Celte. Ah, celui-là est vraiment vicieux. Ouuuuh ! De la magie élémentaire ! Je sais que je te rends tout feu tout flamme, Bubu, mais c'est pas une raison pour tout cramer sur ton passage. Et ah ! Doloris ! Impardonnable ! Arbitre ! Arbitre, merde ! Oh, y'a faute là ! Que quelqu'un siffle la fin du match, bordel ! J'ai gagné, bande de ramollis du citron ! ARBITRE !
Ce fut plus ou moins ainsi que se déroula ce qu'il resterait dans les mémoires comme le plus barré des duels ayant jamais eut lieu. Et accessoirement le plus humiliant pour ce pauvre Ambrosius Bulstrode, qui allait devoir passer une année de sa vie au service du pire cancrelat de toute la création.
-Tuez-moi, par pitié, gémit-il au bord de l'estrade, rendu complètement mou par le verdict de l'auto-proclamé arbitre.
-Oh non, mon cher, fit Aliénor avec un sourire de gobelin. Nous avons pleins de projets pour vous, finit-elle dans un gloussement machiavélique de mauvais augure.
Le héros du monde sorcier sauta souplement et avec panache de la maudite estrade, se désintéressant du sort du malheureux perdant, pour aller se diriger en grandes enjambées victorieuses vers les belles plantes le regardant avec des étoiles dans les yeux, qui elles n'allaient pas se sentir insulter par son charme indéniable et mettre le feu aux rideaux. Un sourire éclatant plaqué sur son visage, le Sauveur entama une conversation hautement spirituelle avec ces demoiselles en pâmoison devant sa sublime personne. Son flirt indiscret avec les fleurs de l'aristocratie locale fut interrompu par un gosse au regard hargneux. Ses cheveux impeccablement coiffés étaient noirs et ses yeux colériques possédaient la même teinte que l'acier. Il se présenta dans un grognement distingué comme étant le fiancé de l'une des greluches agrippées à sa modeste personne. Ladite fiancée renifla de dédain et démentit les propos de son soupirant d'une façon un tantinet trop insultante. Harry eut peur que le gosse ne tente une stupidité dans le genre "duel au soleil" qui allait lui valoir encore plus de problèmes, mais la chance devait être pour une fois de son côté, puisqu'il ne fit que le foudroyer du regard et lui promettre gravement à l'aide d'un index rageur qu'il allait se venger. Sur le coup, l'adulte ne prit pas cette déclaration au sérieux, sa libido et l'adrénaline de la victoire réfléchissant à sa place. Ce ne fut que quand il demanda le doux nom de la demoiselle convoitée qu'il comprit dans quel merdier il s'était encore embourbé à son insu. La greluche scotchée amoureusement à ses basques s'appelait Walburga Black, comme la mère de son parrain, le portrait aux capacités vocales dépassant l'humainement supportable. Et, comme un malheur n'arrive naturellement jamais seul, le gosse hargneux ayant juré de faire de sa vie un enfer était Orion Black, le futur père de Sirius.
Honnêtement, à ce point précis de sa vie, Harry se demandait s'il n'était pas tout simplement maudit.
Alors que le malchanceux chronique essayait plus ou moins subtilement de se débarrasser des groupies pendues à ses basques, il fut sauvé par un vénérable sorcier, un gentleman comme il n'en existait plus à son époque, un certain Armando Dippet, Directeur de Poudlard de son état. Il s'agissait d'un homme assez intéressant ; extrêmement cultivé, socialement actif, mais professionnellement complètement incompétent. Bien des métiers auraient pu lui convenir sans le moindre problème, mais pas celui de professeur, et encore moins celui de Directeur. C'était la grande tragédie de sa vie : être l'un des esprits les plus éclairé de Grande-Bretagne, mais être incapable de transmettre son savoir à qui que ce soit, et en particulier à des enfants. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas les gosses, c'était plutôt que eux ne l'aimaient pas, et ne faisaient donc aucun effort pour apprendre. Son flagrant manque de résultat ne l'avait pourtant pas empêché de s'obstiner à faire rentrer quelque chose dans leurs crânes de piafs prépubères. C'était cette détermination à toute épreuve qui lui avait d'ailleurs valu le poste de Directeur de Poudlard.
Le vieil homme lui avoua, pendant l'une des conversations les plus stimulantes qu'il ait eut avec un être humain, que Lord Potter lui avait fait part de son projet d'embauche concernant son nouveau fils adoptif et qu'il n'avait, à l'origine, pas prévu d'honorer cette requête. Le Survivant resta muet un petit moment, Andréas ne l'ayant pas prévenu de quel genre d'emploi il allait écoper, et la surprise empêchant ses neurones de fonctionner correctement. Certes, il avait réussi à mener l'Armée de Dumbledore pendant sa cinquième année, et avait massacré Bulstrode sur l'estrade quelques minutes auparavant, mais il ne s'était jamais senti l'âme d'un pédagogue ou d'un maître dans un quelconque domaine. Il n'était, d'après ses critères, tout simplement pas qualifié pour devenir un professeur et enseigner à des marmots ingrats incapables de retenir le contenu d'un petit cours de rien du tout. Les gens comme Minerva McGonagall étaient exceptionnels par leur rareté, leur patience à toute épreuve, leur invulnérable ténacité et leur foi inébranlable en l'humanité.
Poudlard, apparemment, n'était pas une école bas de gamme recrutant ses professeurs avec des recommandations de politiciens peu respectueux des lois. Mais Armando Dippet lui avoua avoir été impressionné par ses connaissances étendues des sortilèges exotiques sortis de la baguette de son adversaire. Il appréciait chez ses collaborateurs l'éloquence et la modestie, et Harry ne comprenait pas comment son immaturité aux dépens de Bubu avait pu être perçue par le Directeur comme étant un "comportement exemplaire d'une humilité que chaque sorcier se devait de cultiver".
Le Survivant apprit que son prédécesseur s'était fait curieusement enrôler dans un conflit à l'autre bout du continent, et aucun candidat n'avait été à la mesure de l'excellence de la célèbre école de sorcellerie. Dippet avait même cru qu'il allait être obligé de supprimer ce cours étant pourtant extrêmement populaire chez les élèves, et qu'il trouvait lui-même qu'il favorisait l'ouverture sur le monde et aux autres cultures si différentes de la leur. Ce fut à cet instant que le voyageur temporel posa la première question qu'il aurait dû énoncer au début même de cet entretien, à savoir :
-Quelle matière exactement devrais-je enseigner, au juste, professeur Dippet?
-Mais la Xénomagie, bien sûr ! De quoi pensiez-vous donc que nous parlions ?
-La Xénomagie ? changea-t-il de sujet en espérant ne pas se trouver encore plus bête que précédemment.
Et puis, il venait de gagner un duel sans se fouler et le vieillard lui proposait un poste dans son établissement. Bien sûr qu'il allait tirer des conclusions hâtives et supposer qu'il voulait qu'il enseigne la Défense Contre Les Forces Du Mal ou le noble art du duel. C'était un raisonnement pour une fois logique.
-Oui, l'étude des différentes formes de magies étrangères et leur application pratique.
-Vous voulez que j'apprenne à vos élèves la Magie Noire ? n'y crut pas le Survivant.
-Pas seulement, ne vit pas le problème le vénérable sorcier. Je pensais aussi à l'art chamanique de la métamorphose physique en animal totem...
-La transformation en animagus. Ca ne devrait pas être un sujet abordé justement en cours de Métamorphose ?
-... les rites païens de nos ancêtres...
-Les sacrifices celtes ? Sérieusement ? Je suis même pas sûr que ce soit légal.
-... les textes runiques norois...
-Je ne suis pas certain que réciter des prières vikings qui transforment des gringalets en machine à tuer soit quelque chose à faire dans une école.
-...les diagrammes orientaux...
-Les machins Chinois sont compliqués et dangereux et personne ne devrait s'y frotter s'il n'arrive pas venir à bout d'un dragon tout seul.
-... l'étude des gemmes amplificatrices de pouvoir...
-Si vous me fournissez le matériel, je veux bien faire un effort.
-... les incantations de créatures d'un autre plan d'existence...
-Vous voulez que j'apprenne à des gosses irresponsables à invoquer des djinns sadiques, et des démons succubes, et des farfadets farceurs, et tout un tas de saloperies qui n'auront pour seul but que plonger votre école dans le chaos le plus complet ?
-... je pensais aussi à un atelier pratique sur la Voie du Sabre Japonais...
-Dans ce cas, vous faites signer aux parents une charte de dérresponsbilité en cas de blessure irrémédiable.
-... la Sanguimancie, bien entendu...
- Que ce soit clair, je ne suis pas responsable si l'un de vos étudiants assassine par accident l'un de ses camarades.
-... les arts de l'esprit...
-Tout le monde devrait apprendre l'Occlumencie, et je me réserve le droit de refuser d'enseigner la Légilimencie aux morveux adeptes des coups tordus.
-... la lecture des auras...
-Ca, c'est de la divination, et je n'y connais absolument rien.
-... l'étude des objets ensorcelés...
-Vous parlez des armoires qui vous éternue dessus quand vous les ouvrez ou des armes létales utilisées dans les combats les plus féroces ?
-... les malédictions mayas...
-Dont les heureux bénéficiaires errent encore dans les ruines de leurs temples.
-... la théorie et la pratique des protections architecturales funéraires...
-Les labyrinthes dans les pyramides égyptiennes ? Sans intérêt. Si vous voulez du gros oeuvre, Stonehenge est un meilleur exemple. La preuve, les moldus n'ont pas encore découverts à quoi tous ces cailloux servaient.
-... la lecture des cartographies maritimes et terrestres menant à des objets ayant une grande valeur historique et monétaire...
-Pourquoi donc voulez-vous que vos élèves sachent lire une carte au trésor ?
- ... l'étude et la pratique des magies élémentaires...
-Pour que tout le monde puisse foutre le feu à mes rideaux et inonder mon bureau...
-... et bien évidemment la magie sans baguette.
-Votre précédent professeur était capable d'enseigner tout ça à ses élèves en seulement sept ans ?
-Cinq ans, le contredit le vénérable professeur d'un index levé. Il s'agit d'une option que nos étudiants ont la liberté de choisir quand ils entrent en troisième année.
-Merveilleux, marmonna dans sa barbe le trentenaire. Juste, génial. Et c'est Andréas qui vous a dit que cette offre m'intéressait ?
-Il m'a surtout fait part de vos problèmes avec les gobelins, jeune homme.
-Certes, déglutit le malchanceux chronique. Un malheureux malentendu, se justifia-t-il dans un sourire nerveux.
-Vous n'êtes pas le premier fugitif à trouver sa vocation à Poudlard, mon jeune ami. Vous seriez surpris du nombre d'employés et d'étudiants qui entrent dans cette école sous un nom d'emprunt.
-Je pense que je vais garder le mien, fit le dénommé Porter. De toute façon, toute la communauté magique saura mon nom après cette soirée, maugréa-t-il devant les frasques de sa sadique de cousine.
-Dans ce cas, fit le vénérable sorcier en lui tendant une main ridée, bienvenue à Poudlard, professeur Potter, lui annonça-t-il dans un sourire authentique.
Soupirant intérieurement, Harry Potter serra la main de son Directeur, scellant par la même son destin de victime harcelée quotidiennement par tout les cas sociaux de Poudlard.
J'espère que vous avez apprécié ce chapitre, et que je vous retrouverais pour le prochain ^^
Bonne journée.
SEY
