Yellow lecteurs!
Je ne serais pas à proximité d'un ordi au cours du mois qui suit, donc ce chapitre est le dernier avant une longue, lonnngue période. Profitez-en bien, surtout que notre (anti-)héros national est enfin entré à Poudlard. ^^
Sur ce, bonne/mauvaise lecture !
Chapitre 6 : Frankenstein, Clochette et Roméo
La pression commençant à se faire sentir, Harry Potter joua un instant avec ses nombreux bracelets, espérant que leur contact réussirait à atténuer la future catastrophe qu'il sentait venir avec la vitesse et la violence d'un train à vapeur. Pas que triturer son attirail ait déjà changé quoique ce soir à sa situation de malchanceux chronique, mais parfois, un homme avait besoin de penser que des dieux miséricordieux pouvaient lui accorder un répit mérité.
Non, il n'était pas sur le point de donner son premier cours dans l'école prestigieuse et faire face à des marmots plus intéressés par le menu ou leurs amours naissants que par ce que leur puissant professeur pourrait leur enseigner. Il avait passé la dernière décennie à affronter des mages noirs et se faire poursuivre par des bestioles féroces et des anciennes conquêtes ; s'il n'arrivait pas à mater une bande de collégiens prépubères autant tirer une croix sur son espoir d'existence régie par la logique et les probabilités et dénuée de malédictions sadiques et de prophéties apocalyptiques. Le Survivant éprouvait à peine une légère appréhension concernant ce qu'il pourrait bien enseigner à ses élèves sans que le contenu de ses cours ne se retourne fatalement contre lui. Il était encore naïvement persuadé de pouvoir gérer quoi que cette école lui réservait. Le sorcier allait vite déchanter.
Il n'était pas non plus en train de passer un véritable entretien d'embauche ou de chercher un moyen de traverser les protections de Poudlard sans leur causer de dommages irrémédiables. Le professeur Dippet l'avait d'ailleurs accueilli avec beaucoup trop d'enthousiasme pour que ce soit honnête, une fois les précieuses grilles ouvertes aux membres du corps professoral. Le vieil homme lui avait fait visiter sa nouvelle résidence sans le lâcher du bras une seule seconde. Ce qui avait d'ailleurs été louche. Le Survivant s'était un instant demandé si son tout nouvel emploi n'était pas lui aussi victime d'une malédiction semblable à celle du poste de professeur de Défense de son époque. Vu la crainte que son employé s'enfuit à tire d'aile sitôt qu'il ait le dos tourné, Armando Dippet devait y croire. Ou alors il avait parlé avec les Potter, qu'il avait heureusement fuis une dizaine de jours plus tôt, et qui avaient du lui expliquer qu'il filait à l'Anglaise à la moindre contrariété.
Aucune protection centenaire du château ne s'était manifestée à son arrivée, comme il en avait été persuadé. Aucune armure ou fantôme ne s'était offusqué de sa présence maudite entre ces murs majestueux. Aucun troll ou licorne ne s'était infiltré pour lui faire la peau. Tant de normalité l'avait tout d'abord déconcerté et fait craindre de futures catastrophes cataclysmiques qui ne manqueraient pas de lui atterrir dessus ; puis, le sorcier avait fait preuve de naïveté touchante en pensant que Poudlard le protégerait de son épouvantable Poisse Cosmique.
Aucune des dix allumées ne lui collait présentement au train, son sous-fifre importé directement de l'Antiquité occupant efficacement le vampire séculaire dans cette charmante Forêt Interdite. La brute épaisse, comme il l'avait appris alors qu'elle se présentait à lui, était elle aussi un voyageur temporel paumé dans cette époque de tarés. La grande différence résidant dans leurs conditions respectives était bien évidemment que la guerrière Celte avait traversé les âges pour le harceler, alors que lui-même ne cherchait qu'à être débarrassé des ennuis cosmiques.
Le problème d'Harry Potter était tout simplement bénin comparé aux aventures épiques qu'il avait malgré lui surmontées. Le sorcier était sagement attablé face à une assiette dégageant un fumet divin, entouré de ses nouveaux collègues et compagnons d'infortune. Aucun poison n'avait été versé dans son repas, il s'en était assuré, et personne ne semblait se tenir les tripes en agonisant. En apparence, rien ne pouvait être annonciateur d'une péripétie rocambolesque. À l'exception d'un détail anodin, se trouvant être la personne assise en face de lui lorgnant dans sa direction sans la moindre prétention de discrétion et ressemblant en peu trop à une harpie pour son confort personnel.
-Et donc, fit le Survivant après s'être éclairci la gorge, vous venez des Etats-Unis, essaya-t-il de briser la glace.
C'était que, l'air de rien, être la cible d'un regard fixe le mettait légèrement mal à l'aise et l'empêchait de savourer comme il se devait son fabuleux repas.
-Oui, répondit l'être d'une politesse exemplaire en le fixant toujours du regard et en continuant d'ignorer superbement son assiette.
Ce qui était franchement difficile à accomplir. Les mets de Poudlard étaient tout simplement exquis, remettant grossièrement à sa place l'ambroisie tellement prisée des quelques dieux qu'il avait accidentellement rencontré. Aucune personne normalement constituée ne pouvait rester de marbre face à une assiette préparée par ces déités des fourneaux qu'étaient les elfes de maison. Aucune personne sauf, apparemment, l'autre professeur le fixant sans ciller par-dessus leurs deux assiettes.
-Et euh... Comment sont les écoles de magie là-bas ? continua-t-il le carnage.
Et, bizarrement, Harry sut qu'il venait une nouvelle fois de déclencher un cataclysme sans le faire exprès. Il le vit à la façon dont le visage concentré de la jeune femme se dérida et dans les étincelles présentes dans ses yeux dès qu'il avait posé cette maudite question. L'expression de sa nouvelle collègue était clairement annonciatrice d'un discours flamboyant de conviction et de plaidoirie touchante ne pouvant qu'amener à une Révolution des opprimés. La dernière fois que Harry Potter avait vu cette fameuse expression faciale, une nouvelle guerre des gobelins avait éclaté.
-Oh ho, souffla-t-il pendant que l'Américaine prenait une profonde inspiration avant de commencer sa harangue politique portant sur les conditions innommables d'enseignement dans son pays natal.
Et ce fut ainsi qu'il rencontra la sixième Plaie, celle aux cheveux verts.
Oui, verts. À partir d'un certain point, plus rien ne pouvait étonner le Survivant. Ou du moins, pas ce genre de détail capillaire.
Le Survivant apprit donc, entre deux insultes particulièrement bien troussée, qu'Ilvermony était la seule école digne de ce nom dans ce pays de décérébrés profonds incapables de comprendre son génie ; qu'apparemment, le fait qu'elle ait été fondée avec l'aide d'un moldu n'excluait pas le racisme devenu un sport nationnal ; et qu'il avait fallu une débâcle d'un ridicule honteux perpétrée par un tueur de masse pour que le Ministère américain arrête de massacrer des créatures magiques pouvant servir d'ingrédients. Le pauvre petit professeur s'enfonça plus profondément dans son fauteuil rembourré, oubliant tout du délicat fumet de son assiette, alors que la jeune femme commençait à taper du poing sur la table et se pencher dangereusement dans sa direction. La furie à l'accent marqué continua à postillonner sur les conditions intolérables de capture de ses ingrédients préférés, et de leurs prix honteusement gonflés, lâchant çà et là quelques petites piques bien senties sur les Vieux Croulants l'ayant apparemment virée d'Ilvermony pour une petite expérience de potion de rien du tout.
De ce que Harry comprenait à travers cette logorrhée verbale, la jeune professeur enseignait les potions et avait fait exploser une aile de bâtiment public à cause de l'une de ses géniales expériences. La question qu'il fallait maintenant se poser était : mais pourquoi diable avait-elle été embauchée par Dippet ? À entendre l'Américaine, les élèves qui n'étaient pas dignes de son extraordinaire enseignement méritaient de servir d'ingrédients de potion ou d'expérience inventive sur l'anatomie humaine. Personne de sain d'esprit n'accepterait pour professeur un danger public pour ses précieux élèves. Encore que Dippet l'avait tout de même embauché, lui, l'aimant à catastrophes en tout genre... La pensée fugitive que le vieux directeur recrutait les pires cas sociaux du globe comme employés lui traversa un instant l'esprit. Personne ne pouvait être assez cinglé pour vouloir créer de lui-même un chaos aux proportions tout simplement épiques, et certainement pas cet honorable vieillard très sympathique. Harry Potter se faisait forcément des idées et commençait à glisser doucement mais sûrement vers la paranoïa; voilà qui était une explication rassurante pour son pauvre petit esprit trop habitué au chaos.
Alors que le danger public, et future terreur nocturne des adolescents, commençait à se retrouver beaucoup trop près de son cher corps immaculé retranché dans les profondeurs du fauteuil, l'un de ses collègues se porta à sa rescousse.
-Allons ma chère, fit une voix beaucoup trop familière pour sa santé mentale. Je suis sûr que le jeune monsieur Potter n'avait aucune mauvaise intention avec ses quelques questions peut-être un peu trop personnelles, rajouta-t-il d'un ton conciliant.
Sachant déjà qui il allait trouver juste à coté de lui sur cette table professorale, le cou de l'ancien Garçon-qui-avait-survécu craqua sinistrement quand sa tête d'ahuri se tourna violemment vers son sauveur providentiel. La première chose qui lui sauta aux yeux fut l'horrible couleur criarde de la robe de son collègue. Une espèce mélange contre-nature entre le rose fluo et le vert anis agressant presque aussi méchamment les yeux que le sourire de Harriet Potter et jurant atrocement avec une barbe auburn. Le Héros n'eut même pas besoin de regarder son visage avec son nez aquilin et ses yeux bleus pétillants pour avoir la confirmation qu'il se tenait face au grand Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore, Commandeur du Grand Ordre de Merlin, Docteur en Sorcellerie, Enchanteur en Chef, Manitou Suprême de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers et l'effroyable fils de pute l'ayant manipulé toute son enfance "pour le plus grand bien" qu'il n'avait jamais pu envoyer dans le décor à l'aide d'un crochet bien senti.
Sa main vint toute seule se claquer contre son visage, ses lunettes menaçant une nouvelle fois de l'éborgner à cause de la violence du facepalm.
-Par la lingerie fine de Georges Washington, jura-t-il à mi-voix sur sa propre crétinerie pathologique.
Évidemment qu'il était tombé dans une époque où Dumbledore était encore vivant et qu'il l'avait pour voisin de table. Il n'aurait pas eut une Poisse digne des Légendes sinon...
La malheureuse mention du fondateur des Etats-Unis d'Amérique eut le privilège d'attirer l'attention de la furie aux cheveux verts, dont le regard fixe était à nouveau posé muettement sur lui.
Juste, génial. Il allait de catastrophe en catastrophe comme une fille de faible vertu changeait de cavalier dans un bal de campagne après cinq ou six verres de trop.
-Georges Washington ? releva son mal de crâne du moment.
La plupart des gens auraient sans doute relevé l'autre partie de cette phrase, celle qui faisait allusion aux jeux érotiques douteux du Père Fondateur. Mais "la plupart des gens" devenait une catégorie de personnes qu'il rencontrait de moins en moins au cours de ses périples et l'Américaine n'en faisait certainement pas partie.
-Est-ce une de vos connaissances ? fit un Horace Slughorn diablement rajeuni mais toujours enclin à étendre sa sphère d'influence.
Honnêtement, que pouvait répondre Harry à ça ? "C'est un moldu célèbre pour avoir bouté les Britanniques hors du sol américain" ? "Certes, il s'agit d'une personnalité connue, mais qui vivait au XVIIIe siècle" ? "J'ai juste utilisé une expression piquée à un chef mafieu qui se trouve être un ancien mercenaire ayant cherché à m'assassiner une demi-douzaine de fois et que j'ai retourné de toutes les façons possibles" ? "Juste, oubliez les deux dernière minutes et faîtes comme si j'étais un botruc malheureusement doué de parole" ?
Incapable de trouver une répartie qui n'aggraverait pas son cas déjà désespéré, le voyageur temporel imita pendant quinze bonnes secondes une carpe hors de l'eau, sa bouche s'ouvrant et se refermant à chaque fois que son cerveau émettait des idées aussitôt rejetées par le peu de bon sens qu'il lui restait. Et, toujours, le regard scrutateur de la définitive descendante d'une harpie était vissé sur sa pauvre personne.
-Intéressant, lâcha lentement le savant fou de cette école.
-Quelque chose ne va pas, jeune homme ? lui demanda un Dumbledore compatissant et un peu trop curieux pour son bien-être mental.
Coincé entre le besoin de répondre à cette épineuse question et son incapacité à trouver une réponse adéquate qui ne le mettrait dans des ennuis encore plus fantasmagoriques, le seul son qui sortit de la bouche du nouveau professeur fut un bruit de gorge inarticulé donnant l'impression aux convives qu'il était en pleine attaque cérébrale. Ou du moins, la version sorcière d'une rupture d'anévrisme.
-Peut-être s'agit-il d'un effet secondaire à la violation des lois de la relativité d'Einstein ? proposa avidement l'Américaine en se penchant dangereusement sur la table, ses yeux luisant d'un intérêt morbide.
Minute Frankenstein... Depuis quand les sorciers des années quarante avaient-ils connaissance des avancées scientifiques d'un célèbre moldu ? D'ailleurs, la théorie de la relativité n'avait-elle pas été publiée après la Seconde Guerre mondiale ? Il aurait peut-être dû faire plus attention aux discours soporifiques d'Hermione concernant la science moldue. Au moins il aurait pu dire si la malade pliée sur la table venait elle aussi du futur ou était atteinte de la même malédiction que Myriam.
-Ma chère, reprit le vénérable mage d'une voix cette fois-ci plus ferme et professorale. Vous incommodez notre nouveau collègue, la réprimanda-t-il d'un regard glacé.
Bizarrement, quelque chose en Harry Potter désigna Albus Dumbledore comme un indispensable allié contre les tarés en ayant après sa pauvre personne. Non qu'il ait oublié son envie de lui refaire le portrait façon Picasso à coups de poing vengeur, plutôt que les avantages à avoir le sorcier le plus puissant de sa génération en tant qu'ami paraissait beaucoup sage et profitable sur le long terme.
Ses idées d'alliance lui ayant donné une idée pas si mauvaise que ça, le Survivant prit enfin le temps de passer en revue ses nouveaux collègues attablés et continuant de manger comme si rien sortant de l'ordinaire venait de se produire. Outre Frankenstein, Dumbledore, Dippet et Slughorn se trouvaient une poignée de personnes semblant beaucoup plus normales que le reste de la tablée.
Une sorcière au rouge à lèvres d'un écarlate éclatant et à la coiffure blonde des starlettes des années quarante fumait tranquillement à l'aide d'un porte-cigarette en ivoire et s'amusait à faire des ronds de fumée assez compliqués, ignorant complètement ses collègues. Peu importait dans quelle discipline elle excellait, il paraissait évident qu'elle n'aiderait jamais personne de son plein gré et sans compensation en retour. Cependant, l'amulette qu'elle portait autour du cou indiquait aux initiés qu'elle n'était pas une débutante en matière de magie noire. Il était donc fort probable qu'il soit en présence du professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Le Survivant aurait bien parié sur la Magie Noire si le Directeur ne lui avait pas explicitement demandé d'enseigner cette matière à ses précieux élèves.
Un petit sorcier aux lunettes trop larges pour son visage était terré dans son assiette, essayant de se faire oublier et détournant le regard de la moindre agitation. Des étiquettes vierges dépassaient de la poche-mouchoir de sa veste en tweed poussiéreuse. À moins que l'Elu ne se trompe lourdement, il s'agissait du prédécesseur de Mrs Pince, la bibliothécaire.
Un vieillard somnolant dans sa soupe à la carotte ronflait délicatement sur son siège et ressemblait beaucoup trop à Binns pour que ce soit une coïncidence fortuite. Une sorcière d'un certain âge essayait de le réveiller en lui donnant de vigoureux coups de coude, puis abandonna son entreprise perdue d'avance en se replongeant dans ses parchemins recouverts d'arithmancie avancée.
Un jeune homme assez éxubérant avec une couronne de lierre sur le crâne parlait à son voisin de son désir de créer un groupe de théâtre avec ses élèves les plus motivés et d'utiliser un conte de Beedle le Barde comme matière première. Son homologue lui proposa d'utiliser un serpencendre et de le soumettre à un sortilège d'empiffrement pour lui faire tenir le rôle du Ver. Cette discussion rappela vaguement quelque chose au voyageur du futur. N'arrivant pas mettre le doigt sur cette anecdote particulière, il reprit son tour de table.
Le poste de Sortilège semblait appartenir à une sorcière quadragénaire ayant des problèmes pour gérer le stress de la rentrée approchante. Des mèches châtains s'échappaient de son chignon austère pendant qu'elle raturait et rectifiait un morceau de parchemin ressemblant à un programme scolaire pour les cinquième année. Ses lèvres mordillées ne cessaient de marmonner certains charmes entre deux bouchées de légumes verts et ses yeux cernés n'arrivaient pas à se concentrer sur un même point plus de cinq secondes.
Apparemment, Charlus n'avait pas suivi ses conseils de se faire recruter à Poudlard. Ce qui n'était pas plus mal pour le malchanceux chronique, qui sentait qu'il aurait déjà du mal à gérer Frankenstein et n'avait certainement pas besoin d'une autre personne voulant le transformer en descente de lit dans son environnement immédiat.
D'après les estimations du Survivant, il manquait à cette table professorale les sorciers allant enseigner l'étude des runes, la divination, le vol, l'astronomie, le duel et l'étude des moldus. Slughorn et Dumbledore étant respectivement les directeurs de Maison de Serpentard et Gryffondor et occupant les postes de professeurs de Potion et de Métamorphose. Frankenstein devait logiquement donner des cours sur les matières inoccupées. Le tout était de découvrir laquelle avant de finir tragiquement au fond du Lac Noir.
Maintenant qu'il y pensait, où était donc passé ce lac ? Dans ses pérégrinations autour du château, il n'avait remarqué aucune étendue d'eau. Bien sûr, il avait été trop occupé à se débarrasser d'un vampire maudit, de licornes meurtrières, de centaures bienveillants et d'une guerrière directement importée du passé pour remarquer ce léger détail. Léger détail qui le laissait d'ailleurs perplexe. Un quelconque membre du personnel aurait-il caché le Lac Noir pour une quelconque raison de sécurité ? Aurait-il aussi changé la topographie de la vallée pour mieux camoufler le château ? Il y avait beaucoup plus de montagnes autour de l'école que dans ses souvenirs, mais peut-être que c'était son cerveau qui déraillait à la place des tas de pierres qui changeaient arbitrairement de place.
Un doigt glacé lui touchant le visage suffit à tirer Harry Potter de ses pensées. Frankenstein semblait beaucoup trop intéressée par sa personne. Qu'avait-il bien pu faire ou dire pour attirer ainsi son attention ? Depuis qu'il avait passé le seuil du château, Dippet ne l'avait pas lâché d'une semelle. Il était invraisemblable qu'il ait déclenché pendant ces quelques heures une toute nouvelle catastrophe sans même le savoir.
-Miss James, commença à vraiment faire peur Dumbledore, veuillez laisser Monsieur Potter en paix ou je me verrais forcer de faire état de votre présence dans cette école au MACUSA.
La main glacée disparue aussi rapidement qu'elle était arrivée et sa propriétaire recula dans son fauteuil autant qu'elle le put, imitant sans le savoir sa pauvre victime incrédule. La sorcière était-elle activement recherchée par les services de police des Etats-Unis magique ? Pour quelle raison ? Et pourquoi donc Dippet avait-il jugé judicieux de l'engager ? Coulant un regard vers ce dernier, le Survivant se rendit compte que le vénérable vieillard assis en bout de table cachait astucieusement son visage derrière un grimoire tressautant en rythme de l'hilarité du Directeur.
D'accord. Voilà qui avait le mérite de tout expliquer. Le vieux manipulateur avait recruté tous les cas sociaux du globe en tant de professeurs pour pouvoir profiter du spectacle gratuitement. Le chaos qui allait en découler allait définitivement prendre une ampleur beaucoup plus tragique que son dernier emploi, où il avait quand même fini poursuivi par des gobelins revanchards et percuté par un O.V.N.I. bouddhiste. Il fallait juste qu'il se tire de ce bourbier fissa et il pourrait reprendre sa vie de malchanceux chronique en paix, seulement dérangé par dix "élues", une famille géniale, une armée de mercenaires surentraînés et un sombral sadique. Rester dans cette école était une Très Mauvaise Idée. Se carapater en vitesse était juste l'option la plus logique possible, même s'il y avait de fortes chances qu'il finisse par percuter dans sa fuite lesdits problèmes.
Avant même que le Survivant ait put se fier à son instinct et s'enfuir de cette école de timbrés, la lourde porte en chêne, s'avérant être l'unique sortie, s'ouvrit brutalement et vint violemment se claquer contre le mur de pierre. La grande majorité des convives sursauta face à ce bruit inattendu et se tourna vers l'individu troublant leur paisible repas. Le visage de Harry Potter prit immédiatement une teinte beaucoup plus pâle que quinze secondes plus tôt. Il n'y avait strictement aucune chance que cette créature soit entrée dans ce château pour une autre raison que sa pauvre personne. Les probabilités de tragique coïncidence étaient tellement infimes qu'elles ne méritaient même pas d'être mentionnées.
-Et merde... souffla-t-il à mi-voix en cherchant du regard une autre sortie et en tirant sur ses manches pour planquer son attirail et surtout le torque en bronze emprunté aux congénères de la nouvelle catastrophe sur pattes.
Et ce fut ainsi qu'il rencontra la septième Plaie, celle aux ailes de libellules à échelle humaine.
Une partie du granit s'effritait dans un coin de la pièce. Avec un peu de chance et un sort explosif, un sorcier adulte pouvait peut-être s'exfiltrer de la salle à manger sans autre dégât que du mobilier esquinté. Ce morceau de mur n'avait de toute façon pas l'air d'être un mur porteur pouvant faire s'effondrer le reste du bâtiment, donc rien de franchement déplaisant ne lui arriverait s'il faisait sauter la cloison de pierre, à part s'attirer l'ire éternelle des employés ensevelis sous plusieurs tonnes de granit.
-Veuillez m'excuser, je suis en retard, fit la chose d'une voix contrite et cordiale.
Clairement, quitte à choisir entre Charybe et Scylla, cet être paraissait beaucoup plus facile à vivre que Frankenstein. Surtout si la bestiole n'en avait pas après son précieux derrière, comme le reste de ses congénères.
-Miss Primprenelle Evergreen ? demanda Dippet à la nouvelle arrivante en se levant gracieusement de son fauteuil.
Même si techniquement, il aurait difficilement pu la confondre avec quelqu'un d'autre vu les trucs diaphanes qui sortaient de son dos et tressautaient nerveusement. Il devenait de plus en évident que ce pitiponk sournois de Directeur avait orchestré un tout nouveau cirque de monstres pour cette année scolaire. Et que Harry avait été catégorisé à tort comme aimant à ennuis de faible intensité par le collectionneur à l'humour douteux. Ce qui était, il allait sans dire, une grave erreur. Une erreur qu'une multitude de personnes aurait qualifiée de fatale si elles avaient encore été là pour en parler.
L'apparente nouvelle collègue leur offrit à tous un sourire métaphoriquement éblouissant, respirant la joie de vivre et infusant de l'optimisme aux paranoïaques chroniques, comme la plupart des fées. Du moins, celles qui n'essayaient pas de le buter pour leur avoir dérobé un artefact intéressant lui permettant de franchir les protections magiques imposées à un lieu ou un objet et de piller tombes et sanctuaires sans le moindre problème ni conscience.
Dire que Harry Potter avait été haï par le peule féerique était un euphémisme flagrant. Il lui avait fallu l'aide de Kréattur et toute la diplomatie qu'il avait put réunir pour éviter que les autres races d'elfes ne veuillent entrer en guerre ouverte contre sa pauvre personne aussi innocente qu'un agneau. Être face à une fée était donc aussi dangereux pour lui qu'être confontré à une armée d'hippogriffes furax. C'était que l'air de rien, ces bestioles pullulaient partout ! Il existait pratiquement dans chaque pays une forêt enchantée remplie de trucs bizarres qui voulaient sa peau parce qu'il avait juste récupéré une babiole de rien du tout sur un autel en libre-service. Les réactions des fées pour un détail aussi insignifiant que la disparition d'un morceau de bronze rouillé étaient tout simplement disproportionnées. Le mettre au centre d'une prophétie complètement absurde était complètement démesuré comparé au tout petit affront qu'il avait commis. Il y avait des choses qui ne se faisaient tout simplement pas, et sortir une prophétie sur le Grand Amour Maudit de sa Vie en faisait partie.
Une aberration comme quoi son Grand Amour et lui se tueraient l'un l'autre pour être réunis à l'Origine et convoler en justes noces vers le soleil couchant. Ce genre de truc qui lui faisait détester sa vie. Parce qu'évidemment, avec la poisse qu'il se coltinait, le Grand Amour allait être une espèce d'être de l'eau mixé à une tarentule baveuse qu'il allait devoir escorter dans les profondeurs abyssales de l'Enfer biblique pour remplir une autre prophétie complètement barrée. Ou alors son âme-soeur pré-commandée était une personne normale à qui rien d'exceptionnel et tordu n'était jamais arrivé et qui allait devoir gérer son propre bordel à cause d'une espèce de lien magique indéfaisable. Dans tous les cas, cette prédiction était mauvaise pour les concernés et le sorcier espérait de tout son cœur que les fées, par dépit, avaient juste piaillé un odieux mensonge sans conséquence.
Harry Potter était un aimant à prophéties en plus d'ennuis cosmiques. En un peu plus de trente-deux ans d'existence, le malchanceux chronique s'était vu être la victime de pas moins de onze prédictions, les trois dernières lui étant tombées dessus après son saut dans le temps accidentel. En plus de la fameuse prédiction le liant à Voldemort, et qui avait plus ou moins été le prélude de sa vie telle qu'il la connaissait, le Survivant avait accomplit trois autres charabias de voyants défoncés au LSD. Au compteur, il en avait donc remplit quatre et sept autres restaient encore à ce jour une puissante épée de Damoclès auquel il essayait la plupart du temps de ne pas penser.
La nouvelle arrivante prit timidement place à la table professorale, gardant ses mains sur ses genoux et n'osant pas se servir des délicieux mets préparés par les elfes. Honnêtement, voir une de ces créatures sans la moindre once d'agressivité à son égard était perturbant pour le Survivant. La fée se présenta comme étant le nouveau professeur de Divination et d'Astrologie et espérait que son métissage ne soit pas un frein à des relations cordiales entre eux. Puisqu'après tout, entre enseignants, il fallait se serrer les coudes et faire front commun contre ces fripouilles d'élèves. Sa petite introduction eut même le résultat de détourner l'attention de Frankenstein de sa personne et de lui faire revoir à plus tard ses plans concernant sa fuite disgracieuse de la majestueuse école.
Honnêtement, les fées rayonnaient beaucoup de bons sentiment pour la santé des pauvres humains facilement corrompus par les émanations de béatitude constante. Pour qu'une seule représentante de cette race de furies ailées arrive à lui faire presque tirer un trait sur sa discipline Olympique préférée s'avérant être l'Art de la fuite, ces bestioles étaient quand même sacrément douées dans la manipulation mentale de masse. La plupart de leurs cibles ne s'en rendaient compte que trop tard, quand leurs petites quenottes toutes blanches mâchouillaient déjà leurs chaires assaisonnées d'huile piquante. Pour ce qui était du cas de l'Elu, se faire psychiquement violé par Voldemort et Snape dans son adolescence avait laissé des marques dans son mental et lui permettait de remarquer assez rapidement la moindre intrusion dans sa tête cabossée. Il avait donc évité le tragique destin de finir rôti à la broche comme les derniers visiteurs que les habitants de Brocéliande avaient reçu. Ses connaissances en magies de l'esprit, et sa résistance à leur influence, avaient intrigué les petites créatures ailées et carnivores. Bien entendu, leur curiosité avait rapidement mué en haine viscérale après son petit emprunt sans conséquences de relique divine.
Le Survivant avait depuis cet incident pris des cours plus poussés sur les magies de l'esprit avec un chaman hermétique à sa Poisse Cosmique. Le vieil homme avait eut pitié de lui et du chantier qu'était son mental et avait décidé de réparer les dégâts causés par une vie pleine de rebondissements loufoques et surréalistes. Il était resté plusieurs mois à ses côtés, pour une fois épargné par les aventures épiques et les prophéties sadiques, et avait vécu les plus beaux et paisibles mois de son existence de maudit en compagnie de sa tribu. Il avait retiré de cette expérience une meilleure pratique de l'occlumentie et une capacité quasi-imperméable à l'influence d'un tiers.
Le cas de la nouvelle enseignante était différent des autres tentatives de contrôle mental qu'il avait éprouvé de première main. Elle semblait tellement stressée de ne pas se faire accepter par ses pairs qu'elle relâchait beaucoup trop son aura et inspirait le bonheur et la quiétude idiote à ses pauvres collègues inconscients du danger. Vu l'état des nerfs de la métisse, il y avait fort à parier que cette situation était purement involontaire. Il ne fallait cependant pas exclure la possibilité de perfidie derrière ce masque de bonne poire trop gourde pour ce monde cruel. Harry était bien placé pour savoir que toutes les fées étaient intérieurement comme les lutins de Cornouailles que Lockhart avait lâché pendant son premier cours. Elles n'étaient que des petites bestioles retorses ne pensant qu'à causer chaos et destruction dans un éclat de rire strident. Le fait qu'il ressemblait lui-même à cette description ne semblait pas le déranger plus que cela.
Frankenstein parut elle aussi hermétique au rayonnement de félicité constant et tourna à nouveau son regard fixe dans sa direction. Le toussotement fort peu discret du directeur de Maison de Gryffondor lui fit un court instant baisser la tête et la jeune sorcière se rendit enfin compte que son assiette contenait autre chose que de la nourriture bas de gamme. Ses sourcils verts froncés, l'enseignante leva sa fourchette pleine de purée turquoise devant ses yeux. Elle fixa l'ustensile un long moment, de ce même regard fixe qu'elle avait posé sur Harry, avant d'enfourner dans sa bouche le couvert, à titre d'après elle d'expérimentation scientifique. Sa bouche à peine refermée, la fourchette toujours coincée entre ses dents, un bruit indécent sortit de la gorge de l'Américaine. Une espèce de gémissement de plaisir grondant sourdement à travers ses lèvres closes. Le genre de gémissement qu'on entendait plus dans une chambre à coucher que dans une salle à manger. Ce qui expliqua les quelques toussotements gênés et rougissements embarrassés qui frappèrent les convives ; et bien entendu, le ricanement odieux de ce traître de Directeur qui prenait naturellement son pied dans une telle situation. Les bafouillements confus de Pimprenelle Evergreen rajoutèrent du ridicule aux circonstances, et même la prof de Défense se permit un léger gloussement entre deux bouffées de nicotine.
Frankenstein, quant à elle, était en train de fondre sur son fauteuil comme une tranche de fromage au soleil. La jeune Américaine n'avait plus grand chose de terrifiant sous cette apparence de mollusque bienheureux. Peut-être était-ce à cause de la combinaison "nourriture divine plus aura de bonheur ébahi" que la sorcière avait cette réaction disproportionnée. Toujours était-il que le danger qu'elle représentait avait été temporairement annihilé par de la simple purée de tubercules turquoise.
Harry Potter put enfin profiter de cette accalmie pour se familiariser avec ses nouveaux collègues, la crainte de se retrouver comme ingrédient de potion écartée. La femme sophistiquée ne lâchant pas son porte-cigarette était bien la professeur de Défense Contre les Forces du Mal, s'appelait Galatea Têtenjoy et enseignait à Poudlard depuis presque cinquante ans. Le sourire de requin qu'elle lui lança à ce dernier détail fit comprendre au baroudeur qu'elle avait du faire joujou avec des magies particulièrement capricieuses pour avoir conservé un corps paraissant encore dans sa trentaine. Nul doute que cette femme était dangereuse et à éviter autant que possible. Heureusement, pour une fois dans sa vie, un être possédant les moyens de lui pourrir méchamment l'existence semblait décider à lui foutre une paix royale. Rien que pour cela, il allait éviter de trop lui courir sur le haricot par accident et limiter les frictions de tout ordre.
Howard Fawley était le jeune homme fort peu à l'aise en dehors de sa bibliothèque. Il expliqua à son verre de jus de citrouille qu'il essayait de répertorier tout les grimoires présents dans son temple du savoir et de les ranger par catégories distinctes dans les rayonnages ; mais que cette entreprise ne serait vraisemblablement pas finie avant son inévitable trépas. À cette affirmation, le Sauveur eut la contestable idée de s'enquérir de l'état de santé du sorcier paraissant être à peine diplômé. Il lui répondit dans un bafouillement adorable qu'à part de légères migraines, sa santé n'avait rien de préoccupant et qu'il était prêt à fermer les yeux sur certains grimoires manquants à condition que son collègue ne mentionne pas son existence à l'infirmière du château. Apparemment, la médicomage chevronnée s'était mise en tête de le harceler quotidiennement à l'aide de cataplasme, onguent et autre potion au goût affreux. À cela, Harry ne pouvait que douloureusement compatir, lui-même subissant le harcèlement d'un vampire séculaire le prenant pour la solution miracle à tout ses problèmes. Le Survivant se dit qu'il avait trouvé en ce rat de bibliothèque un compagnon d'infortune beaucoup plus fiable que Myriam et l'aider à échapper à sa harpie personnelle de temps en temps ne pouvait faire que du bien à son karma.
Le vieux schnock ronflant dans sa soupe était bien évidemment le futur fantôme rendant les cours d'Histoire de la Magie aussi soporifiques qu'un compte-rendu détaillé des systèmes d'évacuation d'eau de Poudlard. Harry se fit la réflexion que si Cuthbert Binns devait, par un accident des plus tragique, mourir en dehors du château, ce serait une véritable bénédiction pour les générations futures. Enfin, des centaines d'élèves bercés par le ton monotone de l'ectoplasme pourraient apprendre autre chose que la façon la plus optimale de pioncer sur un pupitre sans se faire réveiller par les grattements de plume d'un voisin trop consciencieux.
La sorcière d'un certain âge qui avait précédemment essayé de réveiller le ronfleur s'appelait Anatolia Campbel et officiait effectivement au poste de professeur d'Arithmancie. Elle n'enseignait à Poudlard que parce qu'elle pouvait se concentrer sur ses travaux d'une importance capitale pour l'avenir de la Communauté Magique sans avoir à se préoccuper de subvenir à ses besoins primaires ; et parce que la main d'œuvre estudiantine était tellement corvéable que même les elfes de maison plaignaient ces pauvres diables. Peu d'élèves prenaient l'option Arithmancie. Seuls les plus motivés des Serdaigles acceptaient les ignobles conditions en échange du savoir de la tyrannique érudite.
Le crétin avec une couronne de fleurs perchée sur le crâne était le professeur de Botanique. Herbert Beery était un passionné de théâtre en plus de plantes vertes. Il avait l'intention de monter un spectacle amateur au cours de l'année et voulait recruter ses collègues pour son entreprise quelque peu hasardeuse. Quand Harry eut la bêtise d'avouer n'avoir jamais eut la curiosité de lire les fameux contes de Beedle le Barde, et à fortiori celle intitulée "La Fontaine de la bonne fortune", il eut droit à un résumé complet de ce recueil de métaphores pavant la vie d'un sorcier de ses premiers pas à sa tombe.
Le seul adulte partageant l'enthousiasme de Beery était Silvanus Brulopot, le professeur de Soins aux Créatures Magiques. Il avait d'ailleurs l'idée de lancer un sortilège à un serpencendre innocent et de le transformer en acteur involontaire. Le prédécesseur de Hagrid avait déjà perdu deux doigts et quelques orteils, et ne semblait pas vouloir changer ses habitudes ou faire preuve de prudence concernant ses interactions avec des dragons ou des licornes mangeuses d'hommes. L'homme lui faisait quelque peu penser au Gardien des Clefs, par son amour immodéré des bestioles dangereuses et son absence de moindre règle de sécurité concernant l'intégrité physique de ses étudiants. Pour peu que le professeur soit aussi irresponsable que Hagrid et présente à ses élèves des créatures comme les Scroutts à Pétard, il était compréhensible que les adolescents fuient cette matière comme la Dragoncelle et se ruent sur l'exotique "Xénomagie".
La quadragénaire stressée par la rentrée enseignait effectivement les Sortilèges. Outre son chignon sévère à moitié défait et sa robe traditionaliste, Ursula Smith était une femme d'un caractère bien trempé qui considérait que l'instruction était une matière sérieuse et certainement pas ludique. Elle fit d'ailleurs savoir à ses collègues discutant encore de théâtre amateur que l'avenir de leurs élèves reposaient sur leurs épaules et qu'elle ne permettrait pas qu'une distraction aussi inutile ruine les efforts des vrais professeurs. Suite à cela, un échange houleux et coloré prit place entre les Directeurs de Maison de Serdaigle et Poufsouffle, sous le regard rieur de cette vieille pie de Dippet.
En discutant avec cet arriviste de Slughorn, Harry apprit que Frankenstein allait s'occuper des cours de rattrapage des cancres et des feignants. Sur le coup, le Sauveur avait eut peur pour les pauvres enfants obligés de rester dans une pièce confinée à se faire torturer les méninges par un monstre ne jurant que par la supériorité de son cerveau. Puis, il se dit que pédagogiquement parlant, ce n'était pas une si mauvaise idée que cela. Il était certain que personne ne voudrait se retrouver en compagnie de Frankenstein ; de facto, aucun élève n'allait donner à ses professeurs des raisons pour l'envoyer au supplice. Une arme de dissuasion imparable. Dippet était décidément un planificateur d'embrouille de la classe supérieure.
Toujours en discutant avec son ancien professeur de potion, le Survivant fut informé que les chaises vacantes à leur table allaient être remplies au cours des jours suivants par des collègues retardataires. Slughorn était d'ailleurs surpris de l'avoir vu arriver si tôt, les annonces de son adoption remarquée par les Potter n'ayant pas manqué d'attirer son attention.
-Connaissant Mirabelle, lui avoua-t-il en essuyant ses moustaches d'un mouchoir brodé, j'aurais cru qu'elle ne vous aurait laissé partir du manoir qu'une heure avant l'arrivée des élèves.
Harry eut un petit rire nerveux. Mieux valait taire sa petite fugue aux aurores et le post-it laissé en lettre d'adieux.
-C'est que j'étais terriblement impatient de commencer à enseigner, mentit-il sans vergogne en découpant son entrecôte peut-être un peu trop énergiquement. Mais je dois vous avouer être assez curieux concernant nos chers collègues, changea-t-il de sujet avec un ton de conspirateur. Vous n'auriez pas quelques petits potins croustillants sur eux, par le plus grand des hasards ? La relation entre Monsieur Fawley et l'infirmière me parait d'ailleurs pleine de sous-entendu, j'aurais voulu avoir votre avis sur la question.
Et la machine était lancée. Harry Potter n'avait pas survécu à une année scolaire en sa compagnie sans avoir appris comment détourner l'attention malvenue de son professeur de sa trop célèbre personne.
Le presque-serpentard apprit donc de la commère de service que Miss Wilson était en pâmoison devant le timide bibliothécaire et ne trouvait comme moyen de faire parvenir ses tendres sentiments que par l'intermédiaire de ses soins quelques peu forcés. Il était donc courant de voir Fawley se faire poursuivre dans les couloirs par l'infirmière de l'école. Reconnaissant à nouveau la similitude entre son pauvre collègue et lui-même, le Survivant se promit en son for intérieur d'aider le malheureux à survivre à sa harceleuse attitrée et de lui offrir un bracelet protecteur de son cru. Il en avait d'ailleurs un particulièrement vicieux stocké dans son sac en perle qui allait faire merveilleusement l'affaire. Howard allait être aux anges et en sécurité pour un bon moment. Ou alors il avait encore plus la poisse que lui, et dans ce cas il allait prier et remercier toutes les divinités du monde connu pour ne pas être le bouc-émissaire cosmique de cette école.
Toujours d'après son voisin de table se goinfrant d'ananas, le professeur de vol était actuellement en plein tournoi inter-saison pour les Harpies de Holyhead. Ce qui, peu importait comment on pouvait l'interpréter, n'était pas annonciateur de bonne nouvelles. Le mot "harpie" ne pouvait pas être associé à quelque chose d'un tant soit peu positif. Le professeur d'Étude des Moldus était quant à lui en pleine immersion sur le terrain et ne rentrerait que pour la pré-rentrée officielle, soit la veille de l'arrivée des élèves. Pour ce qui était du poste de professeur de Duel, ce dernier avait récemment changé de titulaire, le précédent sorcier en poste s'étant fait publiquement humilié par leur nouveau collègue, celui-ci étant beaucoup jeune et inexpérimenté selon Slughorn. Le professeur d'Étude des Runes était apparemment une tête-en-l'air irrécupérable qui devait béatement errer dans la toundra sibérienne et ayant inconsciemment perdu toute notion du temps. D'après le Directeur de Serpentard, il était fréquent que leur collègue oublie la rentrée et ne débarque à Poudlard des semaines plus tard la bouche en cœur, l'estomac sur les talons et un nouveau compagnon de route dans ses bagages. L'intrus variait selon les endroits que le professeur visitait. Vu que leur collègue était parti faire du tourisme en Norvège, il y avait fort à parier qu'il ramènerait avec lui un Viking, ou un élève fraîchement émancipé de Durmstrang, le suivant comme un petit chien aux yeux débordant d'amour et de loyauté. Harry n'était pas certain que Slughorn faisait preuve de sarcasme dans ses dernières paroles. Dans ce cas, Poudlard allait se retrouver héberger deux coureurs de jupons notoires, et même lui pouvait prévoir que la cohabitation n'allait pas se faire en douceur.
Après plusieurs verres d'une substance superbement alcoolisée en guise de digestif, Harry se surprit à discuter civilement avec son ancien manipulateur de mentor. Albus lui expliquait la raison pour laquelle Miss Athéna James, alias Frankenstein, avait ressemblé à un chat devant une souris dodue. Apparemment, la jeune femme avait créé un instrument permettant de détecter des anomalies temporelles et l'objet n'avait cesser de vibrer dans sa direction. Si Harry avait été en possession de tous ses moyens à ce moment-là, il n'aurait sans doute pas recraché l'intégralité de son verre sur sa voisine d'en face, s'avérant être, comme le Destin savait si bien se foutre de sa gueule, Frankenstein.
-Avez-vous violé les lois de la relativité d'Einstein ? lui demanda l'Américaine ayant enfin capté son attention et ignorant superbement l'alcool goûtant de ses cheveux verts.
-De quoi ? ne put-il que baragouiner dans son état d'ébriété trop avancé.
-Mon cher ami, reformula poliment Dumbledore. Avez-vous déjà eu un accident avec un Retourneur de Temps ?
-Mais il m'arrive que ça, des accidents ! se plaignit-il assez bruyamment à ses voisins. Des accidents accidentels malheureux et tragiques, continua-t-il son discours d'ivrogne en se resservant un verre. Où c'est toujours moi qui trinque et qui finis poursuivi par tout un tas de gens louches ! rajouta-t-il. Même quand je fais que jouer aux cartes, divagua-t-il, il m'arrive des embrouilles avec une ombre au sourire trop grand qui s'amuse à faire joujou avec le Temps, grogna-t-il avec humeur en vidant son verre cul-sec.
-Voilà qui règle la question, fit le sage Albus Dumbledore à sa jeune collègue.
Cette dernière continua à fixer sa cible du regard.
-Je reste persuadée qu'il ne s'agit pas d'un bête accident de Retourneur de Temps, décréta-t-elle, butée.
-Miss James, la prévint-il, dois-je vous rappeler que vous êtes activement recherchée par le MACUSA et que la rumeur de votre arrivée pourrait malheureusement parvenir aux oreilles de certaines personnes?
-Je ne fais que lui poser des questions, marmona-t-elle dans son assiette, vaincue par l'odieux chantage du sorcier.
-Et je vous prierais d'articuler quand vous vous adressez à quelqu'un, la taquina-t-il d'un clin d'œil malicieux. Nous autres, pauvres vieillards, sommes un peu durs de la feuille.
Ne goûtant nullement à l'humour du sexagénaire, l'Américaine continua à triturer son dessert de sa fourchette. Le pauvre mille-feuille avait été méticuleusement éventré et autopsié avec une minutie frôlant la déraison.
-Mec, fit le poivrot notoire en louchant dans la direction relative du vénérable mage. Faut qu'on soit potes, décréta le brun.
-J'accepte votre amitié avec grand plaisir, Monsieur Potter, lui répondit Dumbledore avec une politesse un peu trop accentuée.
-'Pelle-moi Harry, fit le Survivant en renversant une partie de son verre sur la robe colorée du professeur de Métamorphose.
-Vous pouvez m'appeler Albus, lui répondit-il en essuyant sa précieuse robe d'un informulé.
Leur philosophique conversation fut interrompue par les cris sauvages des professeurs de Botanique et de Sortilèges. Les deux adultes étaient en train de rouler par terre et de se tirer les cheveux comme deux gamins se disputant à cause d'une nébuleuse équipe de Quidditch. Apparemment, leur débat sur "le bien-fondé d'intégrer des loisirs futiles dans le programme éducatif déjà bien chargé de leurs élèves" était passé à la vitesse supérieure. Le Sauveur n'avait jamais compris pourquoi les sorciers méprisaient les "coups moldus" alors qu'ils passaient leur temps à se bagarrer comme des gosses pré-pubères. Et bien sûr, bien planqué derrière son grimoire, Dippet gloussait comme une dinde complètement droguée devant ce spectacle d'une maturité confondante. Pourquoi Harry n'était-il pas parti, déjà ? Ah, oui. Parce que la fée d'un mètre soixante s'amusait à émettre des ondes relaxantes foutant en l'air le cerveau des gens.
De l'autre côté de la table, Galatea Têtenjoy et Silvanus Brulopot discutaient paisiblement politique et du conflit outre-manche. Bizarrement, Dumbledore, pourtant près d'eux, semblait tout faire pour éviter de se mêler à la conversation. Malgré ses capacités cérébrales diminuées au minimum, Harry arriva à se souvenir que Grindelwald, le méchant mage noir du coin, était la plus grande honte de son futur mentor. Si le sujet de la discussion risquait d'impliquer son ancien ami, il devenait logique que le puissant sorcier cherche à éviter de se mettre dans l'embarras ou de déterrer certains souvenirs déplaisants.
Le Survivant n'avait peut-être pas encore pardonné au vieil homme toutes ses manipulations "pour le plus grand bien", mais il se souvenait trop bien des dernières heures du sorcier. Il avait supplié que son martyr prenne fin, dans cette grotte pleine d'inferi immergés, demandant à ce que son supplice s'arrête alors même que l'adolescent qu'il avait été le forçait à boire cette maudite potion. Plongé dans son pire cauchemar, Dumbledore avait supplié qu'on le tue, ne supportant être le témoin impuissant de sévices inimaginables infligés à des personnes inconnues. Plus tard, après avoir lu l'horreur de Rita Skeeter, l'Elu avait cru que son mentor s'était adressé à Grindelwald pour épargner son frère et sa sœur. Il n'en avait jamais eut la confirmation, et voir cet homme vivant et respirant à côté de lui, tournant ostensiblement le dos à sa honte et ses pêchés, semblait supposer une hypothèse bien différente. Était-ce uniquement la honte qui avait empêché pendant des années le mage d'aller à la rencontre de sa némésis ?
-Ais-je une tache sur la figure, mon brave ami, pour que vous me fixiez de cette façon ? lui demanda poliment la source de ses pensées en sirotant une coupe de jus de citrouille.
-Euh... bafouilla le Survivant prit en flagrant délit de matage. C'est que je me demandais s'il y avait plus que de l'amitié entre toi et Grindelwald, lâcha-t-il sa bombe sans prendre le temps de réfléchir à ce qui sortait de sa bouche.
Le grand Albus Dumbleodre était quant à lui en train de noblement s'étrangler avec son jus de citrouille, ayant miraculeusement réussi à ne pas recracher le contenu de son verre sur quelqu'un. Une fois ayant récupéré la maîtrise de ses voies respiratoires, le vieil homme jeta de peu discrets coups d'oeil autour de lui pour vérifier que personne n'avait été témoin de l'énormité que venait de lâcher l'aimant à ennuis de première catégorie. Ce dernier, n'ayant pas encore conscientisé ce qui venait de s'échapper de sa bouche, resservait son compagnon de beuverie du moment avec de l'alcool local. Il ne comprit la portée de ses paroles que quand le vénérable mage se mit à lui siffler nerveusement de n'en parler à personne, jamais, sous aucun prétexte, sinon il s'arrangerait pour que personne ne retrouve son cadavre.
-Oups, laissa échapper le voyageur du futur comprenant enfin sa bourde.
-Oui, grinça le professeur entre ses dents serrées. "Oups".
Effectivement, insinuer que le tueur de masse allié aux Nazis possédait une place particulière dans le cœur du sorcier considéré comme étant la définition même du mot "respectable" et s'avérant être le seul à pouvoir égaler ledit mage noir n'était peut-être pas une bonne idée. Non seulement la réputation de Dumbledore serait finie, mais il pourrait même être considéré comme un traître et terminer en prison en guise de mesure préventive. En même temps, que Grindelwald fasse évader d'Azkaban son ancien amant avait quelque chose d'ironiquement romantique.
-Comment diable êtes-vous au courant ? lui demanda son ancien mentor sans desserrer les dents et en conservant un masque affable et souriant.
Voilà qui était une bonne question. La vérité allait assurément lui attirer des problèmes sous la forme d'une Frankenstein surexcitée voulant le découper en morceaux pour l'amour de la science. Ne restaient donc que les bons vieux bobards. Le tout était d'un trouver un qui ne le ferait pas terminer dans une tombe anonyme.
-À ton avis, bluffla-t-il dans un murmure conspirateur.
En tant que joueur de poker invétéré et malchanceux chronique, le bluff était l'immortel atout dans la manche du Survivant qui lui permettait de ne pas quitter la table trop lamentablement, et parfois même beaucoup plus riche que quelques heures auparavant. Certaines mauvaises langues osaient prétendre qu'il trichait, lui préférait voir cela comme de la technique. Après tout, tout le monde trichait autour de ces tables de jeu clandestines, le Sauveur était juste plus habile que les autres. Les armoires à glace qui finissaient la soirée par le poursuivre dans des ruelles glauques n'étaient que des envieux de son talent inné. Maintenant qu'il y pensait, peut-être que l'ombre au sourire louche qui était possiblement responsable de ses petites péripéties temporelles était de la même trempe que ces loubards testostéronnés ne supportant pas de perdre, et qu'il avait tenté l'une de ses "techniques" sur son partenaire de cartes beaucoup plus susceptible que ses prédécesseurs. Ce qui voudrait dire que ses ennuis dans le passé n'étaient à l'origine dus qu'à lui-même.
Cette probable hypothèse fut rapidement balayée de son esprit par Dumbledore, qui était en train de faire une crise d'hyperventilation aussi discrètement que possible. Le bleu de son visage jurait d'ailleurs atrocement avec les couleurs criardes de son horrible robe. Harry avait toujours connu le vieil homme avec un contrôle de lui-même tout simplement parfait, à un point tel qu'il s'était un jour demandé s'il éprouvait des émotions humaines. Il était difficile, à cet instant, de se dire que le sorcier en pleine crise de panique allait devenir le maître manipulateur qu'il avait fait trembler Voldemort. La conjecture qu'avait du faire le professeur de Métamorphose devait être beaucoup plus dangereuse que ce que le Survivant avait de prime abord espéré. Voilà qui devenait contrariant. Peut-être que faire un trou dans le mur en guise de sortie de secours n'était pas une si mauvaise idée que cela, en fin de compte...
Reprenant enfin une couleur et une respiration normales, le grand Albus Dumbledore tourna son attention vers sa pauvre personne imbibée d'alcool. Les efforts que le vénérable sorcier faisait pour conserver son sourire de façade n'avaient pour résultat qu'une grimace hideuse et des muscles faciaux se contractant sporadiquement. Il y avait quelque chose de tout à fait fascinant dans le spectacle de son ancien mentor incapable de gérer ses réactions physiques. Et un peu effrayant, aussi...
Après un énième coup d'œil aux alentours pour vérifier qu'aucune oreille indiscrète ne risquait d'entendre quelque chose de compromettant, le sexagénaire souffla à nouveau entre ses dents serrées :
-Il vous a envoyé.
Au ton de sa voix, il ne s'agissait pas d'une interrogation. Son coup de bluff n'avait, apparemment, pas fonctionné comme il aurait du. Voilà qui devenait franchement fâcheux. Il était trop tard pour rectifier son bobards, à présent. Il allait devoir être obligé de jongler avec des phrases à double-sens et dont l'interprétation était laissée à son auditeur. Alors même qu'il était rond comme une barrique pleine d'eau-de-vie. Que pouvait-il mal se passer ?
Pour se donner plus de temps de réflexion, et parce qu'il avait besoin d'une dose de courage liquide pour affronter l'épreuve interminable qu'était sa vie, Harry Potter vida son verre le plus lentement possible. Les idées encore plus embrumées que précédemment, et Dumbledore le fixant encore de son regard lui donnant l'impression de passer aux Rayons X, le Survivant cru qu'ouvrir la bouche et dire ce qui lui passait par l'esprit était une solution brillantissime.
-J'ai besoin de toi pour survivre dans cette école de timbrés, lui sortit-il entre deux hoquets.
-Veuillez m'excuser, commença le mage ressemblant de plus en plus à une cocotte-minute sur le point d'exploser. Je ne vois le rapport entre votre mission et votre état de santé, dit-il poliment malgré l'ombre funeste qui nappait son visage effrayant.
-Mais c'est que je pourrais pas accomplir ma "mission", comme tu dis, si je suis poursuivi par tout un tas d'allumés me prenant pour la réincarnation du Messie ou un cas pratique de vivisection, lui expliqua-t-il en hochant exagérément du chef.
-Je vois, grinça lentement le directeur de Gryffondor.
-Tu vois, répéta avec assurance l'éponge à alcool en continuant à s'intoxiquer.
-Vous comprendrez, j'en suis sûr, que je ne peux vous permettre de mener à bien cette entreprise, fit la voix glaciale du professeur de Métamorphose.
-Tout à fait, continua l'Elu à hocher la tête comme un débile, n'ayant strictement rien compris à la dernière phrase prononcée par son collègue.
-Et que vous remettre aux autorités serait considéré comme une action civique responsable, termina-t-il avec un rictus machiavélique.
-Tout à fait, répéta l'idiot imbibé d'alcool.
À ces paroles, Albus Dumbledore arqua un sourcil, surpris de l'aplomb du jeune homme face à une menace particulièrement ouverte. À aucun moment il ne lui vint à l'esprit qu'il avait affaire à un crétin incapable de se souvenir du sujet de la conversation. Son expérience des créatures dangereuses le desservait pour une fois : le sorcier était trop habitué à gérer des êtres à l'intelligence et la duplicité exacerbés, se retrouver à mener une discussion avec un poivrot sortait malheureusement de son champ de compétence.
-Vous ne ressemblez pas à ses habituels partisans, remarqua le sexagénaire.
L'Elu ricana, le nez plongé dans son verre.
-C'est parce que j'ai rien d'"habituel", grinça-t-il en guise d'explication. Je suis hors norme, marmona-t-il dans sa barbe de cinq jours. Pour le meilleur et surtout pour le pire, se plaignit-il avant de vider cul-sec son liquide orangeatre.
-Je vois, répéta le vieil homme. Et puis-je vous demander quelle est votre stratégie, que je puisse prévenir certains dommages collatéraux inutiles ?
-J'ai pas de stratégie, avoua l'alcoolique pensant que son vis-à-vis parlait de son mode de vie exceptionnel. J'y vais au feeling et je fonce dans le tas, décrivit-il l'horreur qu'était la suite ininterrompue d'évènements épiques se trouvant être sa maudite existence.
-Et vous pensez que cette méthode particulière peut véritablement porter ses fruits ? demanda, sceptique, le professeur.
Son collègue haussa les épaules.
-C'est la seule chose qui marche avec moi dans les parages, confessa-t-il à cette épaule compatissante. C'est que tu vois, divagua-t-il, j'attire la Poisse Cosmique. Alors il m'arrive que des embrouilles avec des types pas très nets qui m'embarquent dans des aventures épiques contre ma volonté.
-Je vois, crut comprendre Dumbledore. Vous n'avez donc pas accepté cette mission de votre plein gré.
-J'ai jamais eut le choix, dans ma vie pourrie, se plaignit à nouveau le Survivant. On avait déjà décidé pour moi ce que serait mon destin avant même ma naissance. Ca craint, conclut-il en avalant une gorgée de son nectar alcoolisé.
-Vous avez toute ma compassion, lui offrit son collègue.
-Merci, mec, fit l'outre de vin louchant dans sa direction, quelques petites larmes embuant ses yeux verts. T'as pas idée d'à quel point ça compte pour moi, c'que tu dis là.
-Je vous en prie, répondit le directeur de Gryffondor en lui offrant un mouchoir ayant dû appartenir à un costume d'Arlequin. Si ce n'est pas trop indiscret, pourrais-je savoir quel moyen de pression notre connaissance commune a utilisé contre vous ?
-De quoi ? ne comprit pas l'ivrogne après s'être bruyamment mouché.
Le vénérable mage se méprit sur la réponse de son collègue, et supposa que le trentenaire ne voulait tout simplement pas répondre à sa question indiscrète.
-Dans ce cas, enchaîna-t-il avec obstination, pouvez-vous au moins me dire pour quelle raison il vous a choisi. Loin de moi l'idée de vous insulter, mon cher ami, mais vous ne ressemblez absolument à l'idée que je me faisais d'un... négociateur, finit-il sa phrase, peu désireux d'employer la dénomination adéquate.
-Négocier ? Moi ? demanda confirmation le poivrot incapable de parlementer civilement avec quelqu'un sans qu'une catastrophe divine ne lui tombe sur le coin de la figure.
-Il vous a bien envoyé pour servir... d'entremetteur? grimaça le vieil homme sur ce dernier mot.
-Tout à fait, perdit l'autre le fil de la conversation en se jetant un énième verre par-dessus la cravate.
Nullement conscient de participer à une discussion de sourds, le grand Albus Dumbledore attaqua à nouveau :
-Dans ce cas, pourquoi vous, entre toutes les personnes qu'il aurait pu choisir ?
-Pourquoi moi, effectivement, philosopha l'Elu.
À cette réponse quelque peu inattendue, le sexagénaire arqua un sourcil, étonné d'entendre que l'homme se chargeant de cette mission de la plus haute importance était complètement ignorant des qualités lui ayant valu d'avoir été choisi.
-Vous avez dû lui faire une forte impression, jeune homme, mais malgré vous, apparemment, réfléchit le puissant sorcier.
-L'histoire de ma vie, renifla le célèbre Harry Potter.
-Vous n'auriez pas courtisé avec succès une personne considérée comme intouchable en sa présence, par le plus grand des hasards ? supposa Dumbledore.
-Ha ! eut son collègue un regain d'énergie. Je suis le dieu des coureurs de jupons ! s'exclama-t-il avec un peu trop de virulence. Nul être doué de conscience ne peut résister à mon charme sauvage magnétique ! se rengorgea-t-il en levant son verre comme pour saluer sa propre renommée.
-Je vois, prononça lentement le vieil homme nullement atteint par la passion de son voisin de table. Vous m'excuserez de ne pas partager votre enthousiasme, mon jeune ami. Se retrouver en Grand Prix de loterie n'est pas quelque chose dont je raffole, maugréa avec humeur le vénérable professeur.
-Mec, commença le Survivant. T'as pas l'air bien, remarqua-t-il malgré la brume de l'alcool. Comme t'as écouté mes malheurs, je veux bien écouter les tiens, lui offrit-il son inestimable soutien.
-C'est très aimable à vous, mon cher, mais je pense qu'il serait déraisonnable que je me confie à l'homme chargé de me faire retomber sous l'emprise néfaste d'un tueur de masse.
-Pas faux, fit le Sauveur. Mais comme personne d'autre n'a l'air d'avoir une épaule de disponible, t'as le choix entre courir le risque que ça te pète à la gueule de façon spectaculaire et aller un peu mieux après, ou garder tes pensées moroses pour toi et les laisser te bouffer les entrailles. C'toi qui vois, conclut-il en haussant nonchalamment les épaules.
-Pas faux, répéta son collègue sur le point de craquer.
-Tiens, lui offrit-il un verre du nectar alcoolisé qu'il s'envoyait depuis une demi-heure. Bois, ça te feras du bien.
-Je ne suis pas certain que se soit une judicieuse idée, essaya de refuser le vénérable professeur.
-Meuh t'inquiètes, fit l'éponge à alcool. Au pire t'auras juste un mal de crâne carabiné et tu te réveilleras dans un endroit bizarre avec des gens à poils.
-Justement.., réessaya sans succès le sexagénaire avant de boire de force le breuvage orangeatre.
Après quelques toussotements peu glorieux, Albus Dumbledore se surprit à penser, qu'effectivement, se prendre une bonne cuite ne pouvait faire de mal à personne. Ce qui expliqua pourquoi, après avoir perdu toute inhibition, il raconta sa magistrale erreur de jeunesse à l'oreille semi-attentive de son jeune collègue. Et, effectivement, parler de Gellert le soulageait d'un poids énorme dont il n'avait même pas eut conscience. Les quelques conseils du jeune Potter n'étaient d'ailleurs pas si mauvais que cela. Apparemment, le jeune homme avait eut lui aussi sa part d'anciennes conquêtes le harcelant quotidiennement de lettres beaucoup trop touchantes pour son cœur meurtri.
Dumbledore n'avait jamais exprimé à haute voix son mal-être, ses doutes et sa honte concernant les évènements l'été de ses dix-huit ans. Il ne s'était jamais même permit de ressentir autre chose que de la honte et des regrets. Discuter sous l'emprise de l'alcool avec le jeune professeur avait changé cela. Déshinibé, Albus s'épancha longuement sur l'épaule de Harry, admettant entre deux sanglots que le mage noir le plus craint de la planète était l'amour de sa vie et se lamentant d'être aussi faible face à ses lettres de passion. Le malchanceux chronique, ayant complètement oublié qu'il s'agissait de la relation amoureuse de son mentor avec la personnification du Mal, lui proposa son soutien pour le dépêtrer de ses sentiments coupables. Et le directeur de Gryffondor accepta avec joie son aide miraculeuse.
Frankenstein, quant à elle, les observait tranquillement, le menton dans le creux de sa main, heureuse d'avoir trouvé un moyen de pression pour faire chanter cet empêcheur de tourner en rond de Sous-Directeur. Les menaces d'extradition étaient finies. Elle allait pouvoir faire toutes les expériences qui lui passeraient par le crâne sans avoir à craindre le vieillard récalcitrant aux avancées scientifiques. Elle pourrait harceler l'anomalie temporelle de tout son soûl sans la moindre interférence. Elle pourrait utiliser les élèves les plus stupides de la façon qu'il lui plairait sans aucun problème d'ordre administratif. Elle allait régner en maître sur cette école, et plus personne ne pourrait contraindre son génie ou l'empêcher de l'exprimer.
La vie était belle, parfois, pensa Athéna James en sirotant gaiement son jus de citrouille.
J'espère que vous avez apprécié autant que j'ai pris plaisir à écrire et vous souhaite une extra-ordinaire journée ;)
SEY
