Yellow lecteurs, lectrices !
Me revoilà, après un bon mois d'absence avec mes conneries capillo-tractées et complètement barrés. J'espère qu'elles vous ont un peu manqué quand même ^^
Sur ce, agrippez-vous à votre pot de glace et resserrez vos ceintures, vous embarquez pour plus de 15.000 mots sans interruption. Bon courage, vous en aurez besoin.
Chapitre 7 : Le Survivant, ses compagnons d'infortune et les autres
Dérapant avec agilité d'un couloir perpendiculaire, le Sauveur du monde sorcier poursuivit sa course à travers le glorieux château, les fantômes présents sur son chemin ronchonnant de se faire traverser sans la moindre excuse ou repentance.
-POTTER ! fit la source actuelle de ses ennuis. RAMENEZ VOTRE CUL TERREUX TOUT DE SUITE OÙ JE VOUS DONNE À MANGER AUX LICORNES ! continua la voix puissante et menaçante de son poursuivant.
-JAMAIS ! eut-il l'audace de répliquer en jetant un casque d'armure derrière son épaule espérant que le projectile atteigne miraculeusement sa cible.
La course-poursuite prit brutalement fin quand le trentenaire percuta malencontreusement l'un des rares occupants du château. Les deux êtres tangibles effectuèrent un roulé-boulé effroyablement douloureux et se retrouvèrent emmêlés l'un à l'autre, gémissant misérablement sur le sol en granit, attendant que le traqueur les rattrape tranquillement.
-Potter, le salua le pauvre sorcier englué dans ses ennuis d'une voix acide.
-Monsieur le Directeur, fit de même le Survivant d'une intonation faussement naïve et enjouée. Une bien belle journée, n'est-ce pas ? s'enfonça-t-il.
-Puis-je savoir pourquoi vous courriez dans les couloirs ? lui demanda le vieil homme en essayant de se défaire des membres entremêlés de son subordonné.
-Beery s'est mis en tête de me faire participer à sa pièce de théâtre contre mon gré, expliqua l'employé peu respectueux des règles de sécurité.
-Et vous avez pensé à l'envoyer paître poliment, avant de mettre le château sans dessus-dessous ? demanda-t-il rhétoriquement et avec une bonne dose de sarcasme.
-Mais je fais que ça depuis des heures, répondit-il lentement, essayant de ne pas céder à la colère.
-Monsieur le Directeur, le salua le professeur de Botanique d'une voix tout aussi fausse et enjouée que celle de sa victime. Que nous vaut le plaisir de votre visite ?
-Les armures se sont plaintes de se faire arracher la tête par mes employés, grinça le Directeur d'une humeur massacrante.
-Complètement innocent ! fit le directeur de Poufsouffle en levant ses mains à hauteur de son visage pour illustrer ses propos.
-Vendu... grogna le Survivant en récupérant enfin la pleine maîtrise de son corps.
-Le professeur Potter ne semble pas réceptif à vos avances, professeur Beery, fit Dippet en dépoussiérant sa veste. Je vous prierais de cesser de l'importuner à moins de posséder des arguments de poids.
-Excusez-moi ? intervint, purement outrée, la victime des machinations du Directeur.
-Mais j'ai justement des arguments inattaquables ! fit l'aspirant metteur en scène. Il fera un superbe Messire Sanchance
-"Sans chance" ? releva le malchanceux chronique.
-Je pensais que vous vouliez faire participer les élèves ? souleva avec raison Dippet.
-Oui, mais Potter incarne juste tellement l'essence du personnage, commença lyriquement Beery.
-Potter ressemble à un moldu ? ne comprit pas la référence le vénérable mage.
-Non, fit l'enthousiaste du théâtre amateur. Il est tiré malgré lui dans une quête épique dont il ne veut pas et qu'il finit par accomplir tout de même ! Qui mieux que lui, Monsieur le Directeur, pourrait donner vie au chevalier Sanchance ?
Clairement, quelqu'un avait des oreilles qui avaient traîné pendant la conversation qu'il avait eut avec Dumbledore...
-Mais j'y connais que dalle, au théâtre ! intervint à nouveau le Survivant. Et puis avec moi dans vos pattes, c'est évident que votre représentation va capoter avant même d'avoir commencé, essaya-t-il de raisonner son aventureux collègue.
-Je suis prêt à prendre le risque ! fit ce dernier en levant victorieusement le poing.
-Et bien pas moi, grinça le harcelé. Je n'aime pas le théâtre, je trouve ça stupide, édicta-t-il sous l'inspiration choquée du professeur de Botanique.
-Retirez ça immédiatement ! glapit le directeur de Poufsouffle.
-Niet, fit Harry Potter en croisant les bras avec résolution, imitant son bon ami Sven, juste avant qu'il ne fasse des claquettes pour ces sournois d'Inuits.
Bon, d'accord, peut-être pas le meilleur exemple à prendre.
-Personne ne médit sur le sixième Art devant moi, s'enflamma le poufsouffle en tirant vigoureusement sa baguette et en la braquant droit sur le nez du vainqueur de mages noirs.
Nullement impressionné par la fougue du dramaturge en herbe, Harry Potter coula un regard blasé vers son Directeur.
-Si vous ne vous occupez pas de ce crétin, fit-il en pointant discourtoisement du doigt l'apprenti metteur en scène, c'est moi qui m'en charge et je vous préviens, ça va pas être délicat, finit-il son avertissement.
Le professeur de Botanique prit une charmante couleur cramoisie sous l'offense, ressemblant avec sa couronne de lierre perchée sur son crâne à une tomate bien mûre.
-Essayez un peu, pour voir ! défia-t-il puérilement son adversaire.
-Beery, fit le Survivant dans un soupir exaspéré. Comme vous l'avez mentionné, je suis quotidiennement trimballé dans des aventures rocambolesques et soumis à des prophéties sadiques. Mes errances homériques, mon cher Beery, ont fait de moi un être d'une dangerosité remarquable. Si vous essayez de me lancer un sort, je vous casse les dents. Et bon courage après pour articuler votre précieux texte, finit-il son monologue en retenant son irritation du mieux qu'il pouvait.
La menace de perdre sa capacité à débiter son œuvre de façon lyrique sembla marcher, puisque le professeur perdit sa charmante couleur tomate et baissa sensiblement sa baguette.
-Voilà qui est mieux, soupira l'Elu. Problème réglé, se tourna-t-il vers son employeur en un sourire tout aussi faux et enjoué que tout à l'heure.
Ledit employeur était dubitatif.
-À l'avenir, professeur Potter, veuillez laisser le mobilier de Poudlard en dehors de vos querelles. Ces armures valent le triple de votre personne, souligna-t-il en guise d'avertissement lugubre.
Puis, pour appuyer ses allégations, il offrit à son employé un regard glacial comme le Survivant n'en avait pas connu depuis longtemps. La dernière fois qu'il avait été un tant soit peu intimidé par un regard, il avait eut le claquet fermé par une procureure de l'état de Washington aussi intransigeante que la déesse de la Justice. Le fait qu'il n'ait pas vraiment dessaoulé quand les policiers locaux l'avaient amené devant elle n'avait clairement pas aidé. La femme de loi n'avait apparemment que peu de patience pour les poivrots qui s'amusaient à saccager des bars jusque-là respectables. C'était d'ailleurs suite à sa non-présentation aux Travaux d'Intérêt Généraux qu'il avait rencontré Carter.
Carter était une histoire à lui tout seul.
L'Américain exerçait à l'époque le modeste emploi de chasseur de primes et lui avait collé au train pendant plusieurs mois, armé d'un mandat d'arrêt international et d'un beretta à la précision extraordinaire. La dernière fois que le Sauveur avait eut de ses nouvelles, il avait appris qu'il régnait en maître sur les bas-fonds de New-York. Il fallait dire qu'avoir survécu en sa compagnie à des périples rocambolesques l'avait doté de capacités hors du commun.
Loin d'être sa première conquête masculine, le chasseur de primes avait été la personne étant restée le plus longtemps à ses côtés. Principalement parce qu'ils s'étaient transformés en versions humaines d'Achab et Moby Dick, ou de Tom et Jerry, ou de Coyote et Beep-beep, ou de tout autres personnages imaginaires coincés dans un cercle vicieux de course-pousuite éternelle. L'Américain l'avait traqué sur tous les continents, le rattrapant beaucoup plus souvent que l'Elu n'aimait le préciser. La principale raison pour laquelle il n'avait jamais terminé dans une prison fédérale ou à Guantanamo était son bagou monstrueux lui permettant d'attirer dans ses draps n'importe qui déterminé à lui botter le train. Les mauvaises langues auraient pu dire que la présence d'une baguette magique était un atout non-négligable pour maîtriser un moldu opiniâtre décidé à le trainer par la peau des fesses au premier tribunal venu; mais bon, en tant que conteur, Harry Potter avait toute maîtrise sur ses récits abracadabrants, et ne permettait à aucun esprit critique de commenter la véracité de son inestimable témoignage. Après tout, il y avait bien inscrit dans sa chaire "Je ne dois pas dire de mensonges.". Cette cicatrice lui sauvait beaucoup plus la mise que toutes les preuves qu'il aurait pu fournir. Les traces de torture avaient tendance à lui attirer une sympathie indestructible et donnaient un poids non-négligeable à sa parole de traumatisé. Le Survivant aimait se faire passer auprès de son auditoire alcoolisé comme un représentant de la Vérité tyrannisé par l'Oppression à cause de ses valeurs démocratiques et journalistiques. Bien entendu, le Sauveur n'avait jamais pondu un papier pour une gazette ou autre journal, et n'avait certainement pas rapporté les faits à travers le globe tels qu'il les avait vécus.
Carter, donc, était devenu un peu malgré eux son compagnon d'infortune le plus présent dans son existence de malchanceux chronique. Parce qu'à cause de lui coller continuellement au train, le pauvre Américain avait été entraîné dans ses ennuis cosmiques et catastrophes divines remettant en cause les lois inaltérables de la Physique. Voir l'homme le plus impassible de la Création se mettre à jurer des exclamations éberluées à chaque rebondissement invraisemblable avait eut quelque chose de purement charmant et indiscutablement adorable. La fois où un occamy s'était pris d'affection pour le pauvre moldu resterait gravé dans sa mémoire pendant encore de longues années. Ce serpent ailé géant et marchant sur deux pattes l'avait apparemment confondu avec sa mère et avait pris pour habitude de s'enrouler étroitement autour du cou du malheureux Carter, l'étouffant dans le processus. L'Américain avait beau avoir essayé de se débarrasser du bébé occamy par tous les moyens possibles, après quatre mois de tentatives ratées, il s'était résigné à devoir supporter et élever une créature mythique. Il avait bien entendu fallu jeter quelques sorts sur l'animal, pour éviter que les autres moldu ne paniquent et n'essayent, à nouveau, de leur tirer dessus, mais en définitive le reptile s'était avéré être un associé de poids dans la traque de criminels en fuite. L'Américain s'était même fait une réputation respectable de chasseur de mages noir auprès des autorités magiques. Il avait passé plusieurs semaines mémorables à traquer des sorciers recherchés par la Justice, Harry tranquillement enchaîné à lui et profitant du spectacle. Voir le visage du Seigneur des Ténèbres en titre se décomposer en comprenant qu'il venait de se faire laminer par un moldu était tout simplement purement jouissif. De même que voir les figures estomaquées des représentants de l'ordre local quand le chasseur de primes ramenait ses prises avec un occamy amoureux et une célébrité menottée qui pelotait sans honte son geôlier excédé. Harry avait toujours connu Carter sur le point de frapper le premier crétin qui oserait lui prendre la tête. Mais sans doute était-ce à cause de son irrésistible présence pouvant porter sur les nerfs du Dalaï Lama en personne.
Les deux hommes avaient fatalement fini dans le même lit. Personne ne pouvait courir après l'Elu pendant des mois sans avoir envie de lui passer la tête dans une scieuse à bois. Le charme et le bagou du Survivant avaient habilement réorienté sa frustration en quelque chose de beaucoup plus agréable. Certes, après chaque rencontre avec Carter, il finissait avec des bleus sur tout le corps et les lèvres en charpies, mais le Sauveur n'avait rien contre un peu de sauvagerie de temps en temps, et jamais le sorcier n'avait connu de partenaire sport de chambre aussi fougueux que l'Américain.
Harry Potter avait toujours trouvé mignon la détermination du moldu de le remettre à la Justice. S'il y avait bien quelque chose en quoi le sorcier excellait, c'était bien se dépatouiller avec brio et théâtralité d'une situation potentiellement problématique et assurément perdue d'avance. Carter n'avait juste aucune chance de le mettre définitivement derrière des barreaux. C'était un fait aussi gravé dans le marbre que son karma pourri. L'Américain s'était rendu compte de cette inaltérable vérité après plusieurs années d'aventures épiques en sa compagnie, et avait décidé d'abandonner la traque impossible au profit de la domination de la pègre New-yorkaise, un occamy apprivoisé dans ses bagages. Harry regrettait quelque peu de ne pas avoir été présent pendant la prise de pouvoir de son ami. Le spectacle avait dû être d'une grande beauté. Les pauvres mafieux avaient dû en faire dans leur froc face à l'Éclair de Zeus, qu'il avait dérobé à ladite divinité après l'avoir valeureusement massacré. Avoir côtoyé le Sauveur avait doté le moldu d'atouts intéressants et d'un attirail à faire froid dans le dos. Les membres de la pègre n'avaient pas eut l'ombre d'une chance face au chasseur de primes.
-Professeur Potter, reprirent Dippet et son regard glacial. Puis-je compter sur vous pour ne plus remettre le mobilier inestimable de cette école en danger ? fit le Directeur en accentuant son œillade menaçante.
-Je ferais de mon mieux, monsieur, lui assura son employé obéissant et légèrement intimidé par l'aura que dégageait son supérieur.
-Quant à vous, professeur Beery, annonça le vieil homme, je vous prierez d'attendre l'arrivée des élèves avant de commencer la distribution de votre spectacle, édicta-t-il sous les hourras muets du Survivant.
Un répit méritait toujours quelques hourras, histoire d'encourager ces charmantes bestioles à revenir dans son giron plus souvent. C'est qu'elles étaient tellement timides et si facilement effrayées, il fallait les chouchouter avec amour pour avoir leur heureuse compagnie.
Sur un dernier regard intimidant, le Directeur repartit à ses occupations habituelles, laissant tout seuls les deux professeurs. Beery foudroya un instant son collègue de ses petits yeux porcins avant de partir dans la direction opposée de celle de Dippet. Le metteur en scène contrarié émit un "Humpft!" un peu trop théâtral et marcha dans une envolée de cape un peu trop dramatique pour les goûts du Sauveur. Herbert Beery n'avait certainement pas oublié ses ambitions concernant le casting de son œuvre du sixième Art, mais au moins maintenant le jeune professeur n'aurait plus à subir ses élans enthousiastes et ses envolées lyriques abrutissantes. Cet évènement était, tout compte fait, de bon augure. Si tout ses petits soucis avec ses harceleurs pouvaient se résoudre aussi facilement, sa vie à Poudlard ne serait pas aussi catastrophique qu'il l'avait cru de prime abord. Peut-être même qu'il pourrait se la couler douce en attendant que les mercenaires à la solde des gobelins oublient son existence.
-Je voudrais prendre un prélèvement de liquide céphalo-rachidien, intervint la Réalité par la bouche de Frankenstein.
Harry niait avoir fait un bond de cinquante centimètres et glapit comme une donzelle inexpérimentée se faisant agripper l'arrière-train par son cavalier intrépide un soir de bal de promo. Il avait juste été un chouilla surpris de trouver la jeune Américaine derrière son dos parlant de lui ouvrir la boîte crânienne. Sa virilité ne venait pas de prendre un coup fatal. Du tout.
-Il est absolument hors de question que je te laisse me découper en morceaux reprit-il contenance.
-C'est pour le bien de la science, fit l'impassible sorcière aux yeux de chouette.
Dans la bouche de la criminelle recherchée, cet argument semblait imparable. Dans la tête de Harry Potter, cependant, il était tout sauf acceptable.
-Je regrette, mentit le Survivant, mais ça ne va être possible.
-Pourquoi ? eut-elle le culot de lui poser la question en le fixant du regard sans ciller.
-Parce que je ne possède qu'un seul corps et que j'y tiens, fit le Survivant à toutes les catastrophes, naturelles ou non.
-L'intervention ne laissera qu'une toute petite cicatrice au milieu du visage, osa lui sortir Frankenstein.
-Va vraiment falloir que tu revoies la façon de minimiser les choses. Parce que t'es franchement pas au point, grimaça-t-il. Le but de la manœuvre, lui expliqua-t-il en repérant du coin de l'œil une porte dérobée, est de faire preuve de tact tout en oubliant les détails les moins glorieux, termina-t-il son résumé en se tenant prêt à déguerpir sitôt l'attention de l'Américaine amoindrie.
-Je n'ai pas besoin de diplomatie pour obtenir ce que je veux, ruina tous ses efforts la jeune femme aux cheveux verts.
-Et c'est à mon avis pour cette raison que le MACUSA a mis ta tête à prix, pointa judicieusement l'ancienne cible de l'ire du gouvernement magique des Etats-Unis.
-Ils n'ont pas mis ma tête à prix, réfuta la scientifique en herbe dans un froncement de sourcil contrarié. Ils veulent juste me poser quelques questions, lui sortit-elle avec aplomb.
-Tu vois, quand tu veux ! se réjouit son professeur. Ca, c'est que l'on appelle minimiser une situation.
-Je veux tout de même récupérer un échantillon de moelle épinière, fit, butée, l'Américaine.
-Je pensais que c'était du liquide céphalo-rachidien ? releva avec raison le Sauveur.
-Ca aussi, continua-t-elle le massacre.
-Juste, non, mit son veto le Survivant en commençant à perdre patience. Personne ne prélève quoique ce soit de mon corps, pour quelque raison que ce soit, décréta-t-il fermement et en croisant les bras avec résolution dans une solide imitation de Sven.
Encore une fois, se dit-il avec un temps de retard, pas le meilleur exemple à prendre.
-J'aurais ces échantillons, dit Frankenstein avec une intensité morbide, avec ou sans l'autorisation de leur propriétaire, le menaça-t-elle ouvertement.
-Tu peux toujours essayer, princesse, sourit sinistrement le chasseur de mages noirs.
Frankenstein avait beau être glauque et paraître plus habile dans un laboratoire que sur un champ de bataille, le sorcier était confiant en sa capacité de lui botter le cul dans les règles de l'art. Clairement, péter les dents de quelqu'un le démangeait depuis tout à l'heure et ne pouvait que faire du bien à son moral déclinant. Et, juste au moment où le Survivant s'apprêtait à lancer les hostilités, le bruit sourd d'une explosion fit trembler les fondations du château. Cet évènement eut au moins le mérite de détourner l'attention de Frankenstein de sa modeste personne.
-HAAARRYYYY ! résonna dans les couloirs la voix beaucoup trop familière de Myriam.
-MAIIIITRE ! se rajouta à l'horreur celle de la brute épaisse directement importée du passé.
-Je pense qu'elles vous cherchent, intervint inutilement la furie aux cheveux verts.
-Sans blague, grinça le Sauveur, pince-sans-rire.
-Je ne fais de plaisanterie, le prit-elle au sérieux. Je trouve ces enfantillages inutileset nuisant à la bonne compréhension du monde, ne comprit-elle pas le principe du second degré.
Harry ne perdit pas son temps à essayer d'expliquer à l'hermétique sorcière le concept d'"humour" et profita de son attention relâchée pour fuir à l'Anglaise et espérer que ses deux nouvelles poursuivantes échouent à le retrouver dans les couloirs labyrinthiques. Honnêtement, quelle était la probabilité pour que des personnes n'ayant jamais mis les pieds à Poudlard arrivent plus facilement que lui à se repérer? Certes, son existence de malchanceux chronique n'était plus régie selon les lois de la probabilité, mais même lui ne pouvait être damné à ce point. Il y existait forcément une limite à ne pas dépasser. Il lui suffisait juste de la trouver et de s'y planquer.
Dérapant avec agilité d'un couloir perpendiculaire, le Sauveur du monde sorcier poursuivit sa course à travers le glorieux château, les voix des furies lui collant au train ne lui accordant pas même le moindre répit pour reprendre sa respiration devenue laborieuse. Le constat était limpide : le Survivant avait besoin de reprendre d'urgence ses séances de footing et de cardio. Son état physique était juste devenu critique en plus d'être honteusement pathétique. Ce qui était un comble en sachant qu'il avait passé les trois dernières semaines poursuivi sans relâche par les gobelins, leurs mercenaires surentraînés, le Potter dans son intégralité, des fanatiques de Quidditch, des péquenots, des licornes, des élues prophétisées, des membres du corps professoral, et tout autre catastrophe ambulante que son pauvre cerveau traumatisé avait oublié. Comme un organisme pouvait-il avoir à ce point perdu de son endurance en étant constamment pourchassé par les monstres de la Création? Il fallait croire que sa trop courte expérience de commerçant à l'Allée des Embrumes avait peut-être un peu rouillé son physique jusqu'il y a peu irréprochable.
Tranquillement en train d'agoniser contre une tapisserie mitée, il fallut de bonnes minutes à Harry Potter pour se rendre compte qu'un individu essayait d'interagir avec lui. Son inattention n'était que partiellement sa faute, les seuls efforts de la bestiole résidaient essentiellement en des gestes avortés et des inspirations brutalement coupées, le tout dans un rougissement que beaucoup auraient trouvé adorable, mais que lui jugeait nauséeux. La demi-fée n'avait apparemment pas acquit plus d'assurance que lors de leur précédente rencontre. Le problème de confiance en soi de la métisse semblait pathologique et tristement pitoyable. Comment un être possédant des dons en manipulation mentale de masse pouvait-il éprouvait de la crainte et de l'anxiété à interagir avec des créatures incapables de résister à ses prouesses magiques ? Tout simplement incompréhensible.
-Voulez quoi ? grogna le sorcier toujours à moitié affalé par terre entre deux essoufflements fort peu glorieux.
-Faire connaissance ? dit la créature dans un couinement beaucoup trop aigue pour ses oreilles sifflantes.
A ces mots, le Sauver ne put retenir un grognement de désespoir. Une autre Plaie venait de s'ajouter à la longue liste d'insupportables cataclysmes divins. Ô joie. Il ne manquerait plus qu'elle aussi le pourchasse pour obtenir des enseignements en Accomplissements Prophétiques pour que la loi de Murphy ne devienne officiellement son credo.
-Je sais que vous êtes quelqu'un de très occupé, reprit-elle en se tordant nerveusement les mains et en fuyant le contact visuel.
Il était surtout quelqu'un de très demandé, rectifia en son for intérieur le harcelé.
-Écoute ma grande, fit le Survivant ayant enfin récupéré une partie de ses capacités pulmonaires. Je suis pas sympa. Et quand je le suis c'est que je veux te mettre dans mon lit, nuança-t-il ses propos sous les glapissements choqués de la fée Clochette. Je passe mon temps à râler. Et je suis maudit. Genre, vraiment, précisa-t-il à son auditoire sceptique. Donc j'ai pas vraiment le matériel du "meilleur ami fiable et compatissant". Ca, je le réserve pour Albus, spécifia-t-il. Parce que sinon je serais responsable de la domination du globe par Grindelwald.
Sa dernière phrase eut le mérite de la faire stupidement des cligner des yeux et de donner un air de cruche à son visage de gamine de douze ans. C'était une expression faciale beaucoup trop connue du Survivant, l'une de celles qui lui donnait des frissons de mauvais augure. Harry Potter pouvait sentir la catastrophe divine sur le point de lui être catapulté dans la tronche. Mentalement, il se mit égrener les secondes comme les techniciens de la NASA avant le lancer en orbite d'une fusée spatiale. Une partie de lui-même fut satisfaite d'avoir si bien prédit le cataclysme céleste quand la métisse ouvrit la bouche au moment où le zéro venait de retentir dans son esprit. L'autre partie, cependant, semblait partagée entre hurler hystériquement en s'arrachant les cheveux ou gémir pitoyablement sur sa Poisse Cosmique.
La petite blondinette aux traits infantiles lui avait demandé s'il avait des conseils à lui donner en matière de, il citait, "Oracle prédisant que l'instabilité faisant rage dans le cœur des Hommes risquait conduire le Monde à une guerre éternelle". La seule bonne nouvelle que retirait l'Elu de ce nouveau merdier, était l'absence de sa présence dans cette nouvelle prophétie apocalyptique. Et puis "risquer" était tout de même beaucoup moins inquiétant qu'"aller", dans le sens "la Fatalité n'a que faire de vos opinions respectives et va faire comme si personne ne cherchait à interrompre ses lubies d'Entité sadique". Quand on parlait de prophéties, la syntaxe et la structure des phrases étaient primordiales et permettaient d'éviter de se faire trop facilement alpaguer dans une aventure épique contre sa volonté. Poudlard aurait dû enseigner en matière obligatoire "Comment se débarrasser des fanatiques qui veulent vous mêler à des prédictions qui ne vous regardent originellement en rien.", son existence aurait été beaucoup plus vivable si cette matière avait existé.
Bref, une nouvelle participante au jeu "Rendons la vie de ce pauvre Harry comparable à l'Enfer biblique" venait de se manifester. Pourquoi avait-il décidé que rester dans cette école de tarés était une bonne idée déjà? Ah. Oui. Parce qu'une armée de gens décidés à lui faire la peau ou à le rendre fou attendait patiemment aux grilles du château. Karma de merde. S'il tenait l'enfoiré de pitiponk sournois qui avait vendu la mèche sur sa présence à Poudlard, il allait se faire un plaisir de tester sur lui certains maléfices particulièrement originaux et exotiques.
Quand Harry Potter disait qu'une armée campait devant les protections du château, il n'exagérait absolument pas. Une bonne cinquantaine d'individus tous plus louches les uns que les autres essayaient inlassablement de pénétrer dans l'enceinte de l'école de magie pour toucher la prime que sa tête de cupide petit bonhomme représentait. Le Survivant n'avait pas connaissance de la somme exacte placée sur sa tête, mais vu la foule qui se pressait pour la primeur de le vendre aux gobelins, elle devait être assez conséquente. Voir même carrément indécente. D'un autre point de vue, c'était assez flatteur qu'autant de sorciers et autres humanoïdes cherchent à lui mettre dessus par tous les moyens possibles. Ca lui rappelait Carter. Et, de même qu'avec l'obsession de l'Américain de le livrer à la Justice, Harry Potter n'avait pas l'intention de coopérer avec ces mercenaires un peu trop sûrs d'eux.
De crainte que certaines de ces personnes n'arrivent à effectivement infiltrer sa demeure provisoire, le chasseur de mages noirs avait appliqué sur les murs de ses appartements et de sa salle de classe toute une panoplie de sortilèges de protections ayant fait frissonner la directrice de Serdaigle, siffler d'admiration Albus, murmurer avec frénésie cette commère de Slughorn, et amplifier l'intensité du regard de Frankenstein sur son inestimable corps. Il fallait dire que des symboles sinistres peints en rouge sur des portes en chêne attiraient inévitablement l'attention. Howard Fawley, le bibliothécaire reclus dans son temple de grimoires attendant impatiemment d'être classés, était même sorti de sa planque pour admirer sa redécoration murale. Les deux harcelés s'étaient abrités à l'intérieur de ses protections et avaient civilement prit le thé en discutant avec passion des perfides petits pièges que le Sauveur avait installé pour sa propre sécurité. Howard lui avait d'ailleurs offert quelques idées intéressantes pour renforcer ses boucliers et Harry avait eut en retour l'idée de lui donner un bracelet qui lui aurait valu un aller-simple à Azkaban à son époque. Le charmant bijou avait pour particularité, autre que d'abriter une gemme bleutée extrêmement convoitée, de créer une barrière impénétrable autour de son porteur. Le léger inconvénient, et la principale raison pour laquelle le Survivant ne portait pas cette merveille à moins d'y être véritablement obligé, était qu'une fois activée, la pierre émettait une aura qui incitait son détenteur à se nourrir de chair humaine. Le professeur de Xénomagie devait, avant de l'offrir à son pauvre collègue, s'assurer d'avir neutraliser les quelques malédictions résiduelles collées à l'amulette. Il était aussi indispensable qu'il fasse part à Howard d'user du bracelet avec parcimonie, histoire de ne pas se transformer en monstre cannibale. Encore que si ce cas de figure devait un jour se présenter, Harry pouvait toujours balancer le bibliothécaire sur les mercenaires et les voir essayer de gérer un Mister Hyde sorcier. Le spectacle risquait de valoir le coup d'œil.
En ce qui concernait Pimprenelle Evergreen, la sorcière aux origines elfiques, Harry Potter ne se sentait vraiment pas prêt à gérer cette nouvelle Plaie aux allures de contes de fées. Ses muscles le faisaient atrocement souffrir et son souffle ne paraissait pas s'améliorer plus que tout à l'heure. Ce qui était étrange et clairement suspicieux. Ce n'était qu'une petite course dans les couloirs du château, il n'aurait pas du, selon toute logique, se retrouver à végéter par terre et à être forcé d'écouter le discours bon enfant de sa nouvelle collègue. Nouvelle collègue qui était génétiquement douée en manipulation mentale.
Voilà qui donnait un tout nouvel éclairage sur sa situation.
-Oh, toi, commença à grogner le Sauveur proprement furieux. Tu vas morfler, prophétisa-t-il à la créature ayant pensé pouvoir le duper.
La bestiole ailée glapit pitoyablement devant son agressivité montant en flèche et du perdre un instant sa concentration, puisque le chasseur de mages noirs put à nouveau respirer sans difficulté et que ses jambes jusque-là douloureuses étaient maintenant prêtes à l'exercice physique.
-Tu voulais faire connaissance, Princesse, fit le Sauveur d'une voix glaciale et attifé d'un sourire vicieux. Maintenant tu sais que personne ne me prend pour une marionnette vaudoo sans en payer douloureusement le prix, ricana-t-il sadiquement pendant que Primprenelle reculait rapidement de plusieurs pas tremblants et en blanchissant à vue d'œil. Et que j'adore utiliser la magie noire sur les crétins qui se pensent plus futés que moi, rajouta-t-il juste avant que la gamine ne s'enfuit en hurlant à l'assassin de sa voix stridente.
Mouais. Pour une fée, la bestiole n'était pas très douée avec les intimidations. Peut-être que le Survivant y était allé un peu trop fort... Au moins de cette façon, elle n'essaierait plus de rentrer insidieusement dans son crâne.
Le Survivant ne put retenir un frissonnement de mauvais augure quand une main indubitablement féminine se posa sur son épaule droite, le retenant avec efficacité de s'enfuir à nouveau dans les couloirs.
-Harry, fit la voix douceâtre de Myriam derrière lui. Nous t'avons cherché partout, continua-t-elle en resserrant son emprise.
Se résignant enfin à la fatalité, le Sauveur soupira lourdement avant de saluer son ancienne colocataire. Il était d'ailleurs surprenant que le vampire puisse ne serait-ce que poser la main sur sa personne. Ses perles en bois de noisetier auraient normalement du empêcher ce contact définitivement indésirable de se produire. Ah, oui, se souvint l'Elu. Myriam était une sorcière avant d'être une buveuse de sang. Peut-être sa magie innée faussait-elle ses sortilèges de protections. Et dans ce cas, il était foutu.
-Maître, fit la brute épaisse importée de l'Antiquité, le vampire et moi sommes arrivés à une entente.
-Ah oui ? lâcha le sorcier trop désabusé pour fermer les yeux en attendant l'impact inévitable.
-Nous avons décidé qu'en tant qu'Elues de la Destinée sensées être libérées par tes bons soins, mon cher Harry, reprit l'autre malchanceuse chronique, il était plus avantageux pour nous de s'allier que de se combattre.
-Hourra, souffla le Survivant, vidé de toute énergie.
-Permet moi de te présenter, mon pauvre Héros des Temps Troublés, annonça le vampire en retournant sa victime pour qu'elle soit face à ses poursuivants, Alwenn Gwilfur. Selon nos bons amis les centaures, cette fringante jeune femme se trouve être la Cinquième, Celle-du-passé-oublié, la Guerrière des druides. Tempérance/Sagesse est sa Voie. Ma co-élue s'avère être aussi la fille d'un dieu et d'une mortelle en quête de périples et d'aventures épiques.
La sangsue fort peu compatissante éclata sadiquement de rire après son exposé, incapable de retenir son hilarité devant le peu chance qu'écopait le malheureux sorcier. Certes, cette fois-ci elle ne finit pas pliée de rire perchée sur une branche, mais la prestance qu'elle cherchait à cultiver en prit un coup.
-Je reste sceptique sur cette fameuse "voie", donna son avis la dénommée Alwenn en croisant ses bras musclés de contrariété.
-Parce que tu crois que "Rédemption" me va mieux, peut-être ? ajouta le vampire en arquant un gracieux sourcil. Il va falloir que je me restreigne, geignit-elle. Je vais devoir faire des efforts pour faire semblant de devenir une gentille personne, se désola-t-elle d'avance.
-À mon avis, intervint l'Agent de Chaos, t'aurais de meilleurs résultats si tu essayais effectivement de ressentir du remord quand tu t'abreuves de tes victimes jusqu'à leur mort, au lieu de feindre un repentir sincère.
Un "Humpft!" reniflé de suffisance fut la seule réponse à sa raisonnable proposition.
-Maître, fit son sous-fifre désobéissant. Quel conseil plein de sagesse auriez-vous à me donner ? dit la brute avec des yeux beaucoup trop humides et expressifs pour son bien-être mental.
Il était bien trop faible aux yeux de chien battu pour son propre confort. Sans doute une réminiscence de ce pauvre Dobby et de ses trop grands yeux le suppliant de tout son petit cœur.
-Euuuuh... répondit le talentueux professeur en panne d'inspiration.
Qu'est-ce qui pourrait bien retenir cette force de la nature suffisamment longtemps pour qu'il se terre dans ses appartements surprotégés afin de régler son bracelet défaillant ? Les armures ambulantes en guise de partenaire d'entraînement étaient hors limites, Dippet le lui avait bien fait comprendre. Que restait-il dans cette école pouvant distraire cette fanatique du combat et de la Victoire ayant traversé les âges pour lui rendre visite ? Maintenant qu'il y pensait, n'y avait-il pas dans ce château une certaine personne voulant prélever des organes à un être ayant violé les lois du Temps ? Avec un peu d'imagination, il était fort probable que le Survivant venait de résoudre deux épineux problèmes d'une seule machination. Il ne manquait plus qu'à réunir dans une même pièce Frankenstein et cette Alwenn Machin-chose, et le tour était joué ! Il serait débarrassé de deux harceleuses d'un coup.
-Chère Apprentie, commença avec emphase l'Elu des prophéties obsessionnelles. J'ai une mission à te confier. Lors de ta quête pavée d'embûches, tu recevras les conseils que tu recherches. Car c'est dans l'adversité que sont découvertes les gemmes de qualité humai...
-N'importe quoi, soupira le vampire séculaire en levant les yeux au ciel.
-Silence, siffla entre ses dents le baratineur de service. J'étais vachement inspiré en plus, grogna-t-il à cause de l'interruption inopinée. Bref, reprit-il à l'intention de la rouquine accrochée à ses lèvres, trouve la tarée aux cheveux verts et dis lui que tu as transgressé les lois de Relativité d'Einstein.
À condition que "les lois de relativité d'Einstein" soit effectivement ce que lui avait sorti la scientifique amateur.
-Et ensuite ? demanda la voyageuse temporelle.
-Je ne peux te révéler les épreuves qui paveront ta route, petit scarabée, se prit-il pour un Maître Yoda en carton.
-Ma chère co-élue, intervint la traîtresse. Je crains que notre Héros des Temps Troublés ne veuille, que très peu subtilement d'ailleurs, se débarrasser de nous.
-Qui ça ? Moi ? Mais pas du tout voyons ! D'où peut bien te venir une telle idée ? se scandalisa-t-il d'une voix outrée et haut perchée n'ayant rien d'authentique.
Le regard blasé que lui lança Myriam annonça au Sauveur qu'elle n'avait pas été bernée par un jeu aussi rudimentaire.
-Je comprends pourquoi tu attires la poisse avec une telle facilité, mon cher Harry. À chaque fois que tu ouvres la bouche, tu demandes à ce qu'une divinité bienfaisante te fracasse ton joli minois.
-Pas à ce point, quand même... minimisa-t-il sa capacité à mettre les gens les plus courtois en rogne en à peine quelques mots.
-Essaye de rester muet quelques heures et je peux t'assurer que le nombre d'ennuis que tu te prends dans la tronche à longueur de temps va drastiquement diminuer.
Même si le Survivant savait que Myriam lui servait son propre baratin, l'infime probabilité que le vampire puisse avoir raison donnait matière à réflexion. Si un simple sort de mutisme pouvait lui faciliter la vie, il ne cracherait certainement pas dessus. Bon, il était vrai qu'en tant que professeur, il était techniquement tenu de donner des cours à des cohortes d'élèves incapables de comprendre la différence entre une vélane et une harpie. Ne pas pouvoir parler allait donc être un petit problème. Ou alors il faisait comme Ombrage et demandait à ses ados de lire en silence un chapitre en particulier. Ce qui était loin d'être con. C'était même une brillante idée. Pourquoi s'embarrasser d'un programme scolaire quand on pouvait simplement demander aux gosses de lire un pavé indigeste ? Il pourrait même faire des interros surprises et punir les malheureux qui auraient rêvassé au lieu d'étudier. Faire cours allait être diablement divertissant.
-Maître, reprit la brute épaisse. Je ne vous décevrais pas, lui assura-t-elle en frappant sa poitrine de son poing fermé dans un semblant de salut militaire.
Puis, sur ces sages paroles, Alwenn Machin-chose tourna les talons et partit vigoureusement à la recherche de cette calamité ambulante qu'était Athéna James. À nouveau seul en tête-tête avec une créature de légende, le Survivant jeta un énième coup d'œil à cette tapisserie cachant un passage secret selon toute probabilité inconnu au vampire.
-Mon cher Harry, commença Myriam, il me faut une baguette.
-Bon courage, lâcha le sorcier en évaluant mentalement ses chances d'arriver dans ses appartements indemnes.
-Ce genre d'objet requiert habituellement une certaine somme d'argent, continua la presque immortelle.
-À ce qu'il paraît, fit l'Elu en approchant doucement sa main gauche de sa Beauté parfaite et pure toujours attachée à sa cuisse et judicieusement dissimulée.
Cette pièce unique et aiguisée avec amour allait au moins faire mettre un temps d'arrêt au vampire. Aucun être, mortel ou non, ne pouvait ressortir indemne d'une confrontation avec cette lame de confection gobelinne.
-Somme que tu possèdes en quantité suffisante, éclaira-t-elle son ancien colocataire dans un sourire de rapiat.
-Tu es en train d'essayer de me racketter ? demanda confirmation le chasseur de mages noirs surpuissant et résilient à toute tentative de meurtre sur sa personne. Tu es bien sûr au courant qu'il arrive des embrouilles bizarres aux gens qui essayent de me dérober ce qui m'appartient, vérifia le Sauveur.
-Mon cher Harry, soupira Myriam. Quand comprendras-tu enfin que ma malédiction me protège de certains effets secondaires de ta condition de damné ?
-Si tu essayes de me faire croire que tu es immunisé à mes catastrophes divines, permets-moi de te rappeler que tu as tout de même fini perchée dans un arbre à attendre que des licornes nous lâche les basques.
-Simple erreur de paramétrage, minimisa-t-elle l'évènement en balançant négligemment ses cheveux derrière son épaule.
-Mais bien sûr, n'y crut pas un instant le malchanceux chronique. Et pour quelle sinistre raison aurais-tu besoin d'une baguette ?
-Mais pour pouvoir suivre le cursus scolaire, bien sûr, lui lâcha-t-elle sa bombe en retenant efficacement un rictus sadique.
-Excuse-moi ? s'étrangla le professeur du prestigieux établissement.
Le sourire de pure malignité qui se grava sur son visage d'aristocrate fut suffisant pour que le Survivant comprenne que le vampire avait décidé de faire de sa vie, déjà bien compliquée, un véritable enfer. Tout ça parce que des centaures avaient mentionné une prédiction le mettant potentiellement en scène annonçant qu'il devrait baby-sitter dix Plaies en quête d'Aventures et régler tout leurs petits problèmes dans le processus. Franchement, les canassons auraient pu pour une fois la fermer. Il se serait bien passé de publicité gratuite.
-J'ai croisé un charmant gentleman en te cherchant, mon pauvre Harry. Il a accepté de nous inscrire, Alwenn et moi, en septième année, à la condition seule que nous n'assassinions personne pendant notre scolarité. Je pense que le vieux schnock a été ébloui par notre glorieuse entrée en scène, fit le vampire en inspectant sa manucure. Tu as dû entendre notre magnifique explosion, n'est-ce pas ? eut-il le culot de lui sourire innocemment.
-Ne me dis pas que t'as explosé les protections magiques, commença à craindre le professeur.
Non parce que, sa tolérance aux harceleurs avait tout de même des limites à ne pas dépasser. Si l'armée de mercenaires mettait les pieds dans le château, Harry Potter était d'ors et déjà foutu.
-Mais pour quelle rustre mal baisée me prends-tu donc, mon cher Harry, répondit-elle d'une voix un peu trop outrée.
L'Héritier Potter le sentit mal. Très mal. La chute de cette farce allait être retentissante.
-Lâche le morceau, Myriam, je suis pas d'humeur pour tes jeux sadiques.
-C'est toi qui vois, répondit-elle en haussant nonchalamment les épaules. Nous avons collaboré avec une charmante jeune fille rencontré près des grilles et qui se trouve coïncidentellement elle aussi à ta recherche. Mais n'aies crainte, l'explosion n'a servie que de diversion, les sortilèges de protections sont donc théoriquement indemnes.
-Oh Seigneur, gémit pitoyablement la proie des chasseurs de primes en ayant l'impression que le monde venait de lui tomber dramatiquement sur le crâne.
-Aux dernières nouvelles, notre ancienne alliée est en train de négocier sa scolarité auprès de ce vieillard de Directeur.
-Pourquoi ? demanda-t-il aux dieux cruels régissant sa maudite existence.
-Parce qu'apparemment, elle aura plus de chance de te kidnapper et de te vendre aux gobelins si elle suit tes cours plusieurs fois par semaine, lui répondit cordialement son ancienne colocataire.
-C'était une question purement rhétorique, grinça-t-il dans sa direction.
-Tu n'avais qu'à le préciser, eut-elle l'audace de lui rétorquer en examinant ses ongles incrustés de sang.
-Pourquoi est-ce que je prends la peine de discuter avec toi ? soupira avec défaitisme le malchanceux chronique.
-Ca aussi, c'est une question rhétorique ? en rajouta une couche le vampire en réussissant à ne pas glousser comme une dinde sous opiacés.
-Ta gueule, répondit durement le Survivant excédé. Et barre-toi, lui ordonna-t-il en pointant violemment l'autre bout du couloir de son index.
-J'ai toujours besoin d'une baguette en état de fonctionnement, lui rappela Myriam.
-Et bien, fais comme tu l'as toujours fait, grommela le Sauveur. Trouve un pauvre type, drogue le et pique lui tout son fric.
-Je suis plus ou moins coincée à l'intérieur de ce château.
-Et tu pouvais pas y penser avant, au lieu de t'allier avec une bande de mercenaires que tu pouvais dévaliser sans problème?
-Les gens en train de camper aux portes du domaine, mon cher Harry, sont beaucoup plus dangereux et armés que les pigeons auxquels je suis habituée.
-Et donc permettre à l'une de ces personnes d'entrer pour me transformer en trophée ne t'a pas déranger une seule seconde. Dois-je te rappeler, ma chère Myriam, que je suis ton ticket de sortie des embrouilles prophétiques, et que si je venais à me retrouver en descente de lit, tu pourrais dire adieu à ta liberté ardemment désirée ? finit-il sa tirade en s'octroyant le même sourire agaçant que la buveuse de sang.
Vu le silence suivant ses propos, le vampire n'avait pas pensé à cette éventualité.
-Et merde, souffla-t-elle devant sa propre bêtise.
-Je confirme, approuva le Survivant en hochant la tête. Tu te retrouves donc dans l'obligation de m'aider à me tirer de ce merdier.
-Mais comment une faible femme de ma condition, honteusement désarmée, pourrait-elle..., fut-elle brutalement coupée dans sa plaidoirie larmoyante.
-D'accord ! lui accorda le sorcier purement exaspéré par l'obstination de sa nouvelle compagne d'infortune. Tu auras ta foutue baguette.
-Mon cher ami, fit le vampire dans un sourire odieusement charmant, je te remercie de ta compréhension et de ton inestimable assistance.
-C'est ça, c'est ça... grommela le Survivant.
-Puis-je m'enquérir de la façon dont tu vas te procurer mon irremplaçable baguette ?
-Il y a toute une armée de sorciers qui campe autour du château. Ca devrait pas être très difficile d'en assommer un pendant qu'il s'isole pour aller au petit coin, répondit l'homme adulte sans scrupule.
-Un plan comme je les aime, sourit sa complice tout aussi criminelle que lui.
-Ca m'étonne même pas, rétorqua l'ancien commerçant de l'Allée des Embrumes. Par contre, tu te débrouilles comme tu veux, mais je ne veux pas croiser la briseuse de sort que tu as aidé à faire entrer.
-Parce que tu crois vraiment que ce débile de Dippet permettrait à cette psychopathe de frayer parmi ses précieux élèves ? ricana le vampire.
-De un, Dippet collectionne déjà les cas sociaux au sein de son équipe éducative, ça ne m'étonnerait pas qu'il recrute tous les monstres qu'il croise. De deux, s'il t'a accepté toi comme étudiante, tout le monde est susceptible de se faire admettre. De trois, c'est quoi cette histoire de sociopathe ? s'inquiéta pour de bon le pauvre type ayant sa tête à prix.
Pour que Myriam, le vampire qui assassinait tout ce qui attirait son attention, considère qu'un être soit digne d'être nommé "sociopathe", l'individu en question devait être sacrément marteau et assurément dangereux. S'en débarrasser le plus tôt possible devenait alors une priorité.
-Figure-toi que cette gamine était en train de "réduire la concurrence" quand la barbare et moi sommes entrées dans le camp. Et pour que nous deux trouvions le spectacle un peu trop brutal à notre goût, ça te donne une idée de la violence contenue dans ce petit bout de fille.
-Parce qu'elle a quel âge ? laissa-t-il sa curiosité morbide parler pour lui.
-Je dirais pas plus de quinze, fit l'autre maudite.
-Comment une gosse de quinze ans peut-elle se retrouver mercenaire ? se posa la question la cible de l'ire gobelinne.
Myriam haussa les épaules, admettant son ignorance sur la question.
-Peut-être que ses parents sont dans le business et qu'elle a repris l'affaire familiale ? proposa-t-elle tout de même. Ou alors tu as irrité sans le savoir une entité surpuissante qui veut ta peau et qui a envoyé son précieux serviteur te fracasser la figure.
-Nan, fit le visiteur de l'Olympe. Les laquais célestes sont comme des chihuahuas. Ils aboient beaucoup mais sont incapables de te mordre, lui expliqua-t-il. Mais par contre, rajouta-t-il dans un soupir exaspéré, qu'est-ce qu'ils foutent comme bordel.
-Laisse-moi deviner, fit le vampire habitué aux coups du sort et en soupirant à son tour. Les toutous divins t'ont balancé des tables basses et de la vaisselle de luxe au visage pendant leur tantrum d'ado prépubère.
-L'équivalent, avoua l'incarnation physique du Chaos en repensant au chambardement qu'il avait malgré lui provoqué dans la demeure des divinités grecques.
-C'est officiel, mon pauvre Harry, tu es définitivement plus maudit que mon inestimable personne, lui offrit son soutien la créature mythique. Et comment les autres dieux païens ont-ils réagi après le chaos laissé dans ton sillage ?
-À ton avis, grinça la cible préférée de la Fatalité. Ces planqués se sont ligués pour me rendre la vie invivable, et j'ai du être obligé de les bannir sur un autre plan d'existence pour avoir la paix.
-Et je suppose que les quelques rescapés sont régulièrement venus sonner à ta porte pour réclamer réparation ? ricana l'odieuse buveuse de sang.
-Plus ou moins, déforma-t-il la vérité à son profit.
Ce n'était pas comme si le Survivant allait avouer que des divinités vengeresses avaient usé de ses faiblesses de la chaire pour se glisser dans son lit et essayer de l'assassiner au moment où la passion embrouillait ses sens. Non seulement ces trop nombreux épisodes le faisaient passer pour un obsédé sexuel incapable de réfléchir avec autre chose que sa zone Sud, mais en plus cela signifiait que sa réputation fort peu glorieuse l'avait à chaque fois précédée quand l'un de ces imbéciles tentait de l'utiliser contre lui. Ce n'était clairement pas quelque chose qu'il avait hâte de divulguer, et surtout pas à l'une de ces sangsues de vampires.
-Aurais-je le courage de te demander quelle communauté magique a été épargnée de ta présence chaotique, mon cher Harry ? fit-elle avec l'emphase d'une actrice jouant une pièce dramatique. Mon pauvre coeur ne pourrait sans doute pas supporter la cruelle vérité, mais, expira-t-elle comme si consentait à offrir sa virginité à un maître-chanteur pervers, je ne pourrais continuer à vivre avec de brumeuses incertitudes pesant sur ma conscience, déclara-t-elle à un auditoire blasé en réussissant à faire ruisseler des larmes sur son visage maquillé.
-Quelle plaie, soupira lourdement et pour lui-même Harry Potter. Et pour répondre à ta question, continua-t-il en s'adressant à sa compagne d'infortune, je n'ai pas connaissance d'avoir déjà rencontré une communauté sans l'avoir offensé d'une manière ou d'une autre. Mais en général, nuança-t-il ses propos, j'arrive à rectifier le tir dans les jours qui suivent et à me poser un héros au code moral indéfectible en mettant fin à un conflit larvé.
-Comment ça ? dit Myriam en fronçant ses charmants sourcils.
-Par exemple, commença-t-il à raconter l'une de ses épopées rocambolesques, je suis devenu un membre honoraire de la meute de loup-garous d'Alaska juste après que Sven ait fracassé la mâchoire du chef Alpha parce qu'il le serrait d'un peu trop près.
-Oh, Seigneur, comprit immédiatement la pluricentenaire en se couvrant la bouche de ses mains aux doigts incrustés de sang.
-Tout à fait ce que j'ai expiré d'horreur en voyant le bonhomme de deux mètres dix atterrir sur son derrière en plein sur le feu de camp, approuva le Survivant.
-Et tu es encore un seul morceau, n'y crut pas Myriam.
-Uniquement parce que les Inuits qui étaient sensés nous servir de guides, et qui étaient attachés à un arbre en guise de mesure préventive, se sont trop bruyamment foutus de la gueule du loup-garou roussi. Sven, Dimitri et moi nous sommes escamotés aussi vite que possible dans la forêt alaskienne pendant que les montagnes body-buildées s'en prenaient aux rigolos de service. Bon, le problème, c'était qu'on était un peu perdus, sans nos guides, et à la merci de la nature sauvage. Du coup, on est rapidement tombés sur une escouade de lycanthropes partis à la recherche du Crush de l'Alpha. Sauf que pendant qu'on se faisait escorter au village des loup-garous, avec les "Niet!" de Sven en guise d'accompagnement musical, notre groupe s'est fait intercepter par ces serpentards d'Inuits, qui trouvaient que le russe était une monnaie d'échange valant son poids en diamant. À ce moment-là, Dimitri et moi, on a craqué et on a passé tout le chemin jusqu'au camp des Inuits à se pisser dessus de rire.
-Tu m'étonnes, ricana la peu compatissante sangsue. Ce pauvre type a vraiment dû regretter de t'avoir rencontré.
-S'il avait été au courant de ma Poisse Cosmique, sans doute. Bref, chez ces serpentards, les russes et moi avons appris que nos guides sensés s'être fait déchiqueter étaient toujours en vie et étaient responsables du statut d'article de transaction de Sven. Les esquimaux s'étaient mis en tête de négocier avec les brutes épaisses en vue de récupérer leurs terres ancestrales.
-Sauf que les Loups-garous ne négocient pas, laissa parler son expérience l'ennemi naturel de ces créatures.
-Sauf que les Loups-garous ne négocient pas, approuva le Survivant. Et qu'ils ont débarqué en masse aux frontières du village, prêts à massacrer tout le monde pour récupérer la fiancée du chef.
-Fiancé qui était bien sûr pleinement consentant, ricana à nouveau Myriam.
-Tu parles, renifla le Sauveur. Il avait que le mot "Niet!" à la bouche et passait son temps à hurler sur tout le monde, moi y compris.
-Peut-être parce que tu gloussais comme une dinde sans même daigner t'arrêter pour respirer, souligna la buveuse de sang.
-Sans doute, ne nia pas le Survivant. Bref, reprit-il son récit, tout le monde parlait du futur mariage de Sven, qui était catégoriquement contre, et était sur le point d'entrer activement en guerre. C'est alors que je me suis proposé de servir d'intermédiaire, étant un parti neutre dans le conflit.
-Mais bien sûr, renifla Myriam en levant ses yeux rouge rubis au ciel. Dis plutôt que tu voulais te carapater avant le début des hostilités.
-L'Histoire a retenu que le brave Harry Potter a été un diplomate brillant, l'ignora convenablement ledit sorcier. Il a éradiqué un conflit larvé durant depuis des siècles et rétabli Paix et Harmonie entre ces deux communautés conversant maintenant pacifiquement entre elles.
-Il a juste fallu que le brave Harry Potter vende son ami en mariage en échange de sa vie et sa liberté, remarqua sarcastiquement le vampire.
-Même pas, fit ledit héros moralement irréprochable en arborant un petit sourire supérieur. J'ai réussi un tour de force dont je ne suis pas peu fier, se lança-t-il des fleurs en examinant sa manucure de la même façon prétentieuse que Myriam. Il s'avère que l'Alpha s'est rendu compte de sa précipitation et a accepté de convenablement courtiser notre brave Sven. Crois-le si tu veux, ma chère amie, mais le lycanthrope est tombé sous le charme viril de cet ancien participant de combats clandestins. Plus Sven lui envoyait son poing dans la figure, plus le monstre de deux mètres était aux anges. Dimitri trouvait qu'ils allaient bien ensemble, avec l'un qui frappe tout ce qui lui tombe sous la main et l'autre qui adore recevoir des coups. Finalement, Sven est resté en Alaska avec son punching-ball de copain, se rendant fatalement compte que j'apporte la poisse et le chaos partout où j'ai le malheur de passer, et trouvant que la vie au grand air, idolâtré par un chef Alpha, n'était en fait pas si mal que ça. Ce qui ne m'a franchement étonné. La plupart de mes compagnons d'infortune finissent par m'abandonner en cours de route. Soit parce qu'ils se sont casé avec quelqu'un, soit parce qu'ils ont compris que trainer avec moi ne pouvait que leur attirer les foudres de la Fatalité, soit parce qu'ils en avaient franchement marre de subir les dommages collatéraux de mon comportement jugé irresponsable. Ce qui est honnêtement exagéré, osa assurer l'ancien commerçant véreux. Je suis aussi responsable qu'il est possible de l'être avec un destin régit par des prophéties loufoques.
-Et en ce qui concerne le sanglant conflit entre lycanthrope et Inuits ? demanda la sangsue en voulant connaître la fin de cette histoire tirant un peu trop sur sa longueur.
-Ah oui, se rendit compte l'Elu. C'était ça que je devais raconter, à l'origine. Alors, dit-il en réfléchissant aux évènements passés. Il faut d'abord savoir que les Inuits et les Loups-garous se détestaient à cause d'une vague histoire de territoire arrivée deux siècles plus tôt. En gros, résuma-t-il sommairement, un crétin a baisé un autre abruti qui a demandé à papa de casser la gueule au premier crétin.
-Et comment as-tu donc réglé ce léger différend ? le réorienta-t-elle sur le sujet initial.
-Très bonne question ! répondit le Héros comme un présentateur de jeu télévisé. Il m'a suffi de leur dire que les compagnies pétrolières et minières prévoyaient de sonder leur sol sacré pour voir s'il y avait du profit à exploiter pour que la Trêve soit conclue. Rien de tel qu'un ennemi commun pour faire oublier les anciennes velléités, se rengorgea le Survivant.
-Et il y avait vraiment des pauvres types qui prospectaient dans le coin ? demanda l'autre maudite en arquant un gracieux sourcil.
-Oui, nous, lui répondit-il avec un sourire d'une sournoiserie inégalée. Pourquoi penses-tu que je me trimballais dans le cercle Arctique ? Pour le paysage glacé ? lacha-t-il sarcastiquement. Sven, Dimitri et moi avions été recrutés par une compagnie moldue n'appréciant pas que les Territoires Incartables leur soient inaccessibles. J'étais donc le sorcier sensé bidouiller les protections magiques, Dimitri était le mec qui s'occupait du vrai travail scientifique, et Sven était la brute épaisse qui devait servir à calmer les occupants mécontents. Bon, il s'est avéré que c'est moi qui aie fini par me taper tout le boulot. Parce que Sven ne faisait tout simplement pas le poids face à une armée de fées déchaînées et que les outils de Dimitri n'arrivaient pas à percer des trous dans le sol. Mais l'expédition était quand même sympa. En grande partie parce que Sven me servait de paratonnerre karmique. C'était juste incroyable. À chaque fois qu'une tuile devait tomber sur quelqu'un, ou qu'une bestiole mythique voulait bouffer de la chair fraîche, c'était toujours lui que le Destin frappait. Pas moi, accentua-t-il sa voix, mais lui. Les meilleures vacances de ma vie, soupira-t-il béatement devant ces trop courtes semaines fabuleuses.
-Un paratonnerre karmique ? releva avec grand intérêt la pauvre victime de la Fatalité en se rapprochant de son ancien colocataire. Et tu l'as laissé filé ? n'y crut pas cette dernière.
-Figure toi qu'une armée de Loups-garous était aux ordres de sa dulcinée masochiste, répliqua-t-il sarcastiquement. Je ne pouvais tout simplement pas aller contre la volonté de Sven et le kidnapper comme ces serpentards d'Inuits. Je ne suis pas complètement débile.
-Tu aurais pu rester en Alaska et profiter de sa proximité, remarqua l'aristocrate.
-J'y ai pensé, répondit le Survivant, mais je n'avais pas trop envie que mes anciens employeurs sachent que j'étais à l'origine d'une rébellion qui allait les laisser sur la paille.
-Tu as déclenché un soulèvement des êtres magiques habitant les Territoires Incartables du Grand Nord, comprit avec horreur et admiration la créature mythique en laissant pour la première fois transparaître un accent français. Tu es fou, décréta-t-elle en esquissant un sourire complice.
-Je suis au contraire suffisamment sain d'esprit pour m'être tiré dès que les bestioles sanguinaires se sont mises à recruter des serpents marins géants pour aller botter les fesses des pauvres industriels moldus.
-Et Dimitri ? demanda le vampire. Il est resté prêter main forte aux révolutionnaires en herbe ?
-Il a préféré rester avec moi jusqu'à notre retour à la civilisation moldue, l'informa le sorcier. Il avait quelque peu changé d'avis sur le bien-fondé de notre expédition et était de toute façon déterminé à démissionner pour aller élever des chèvres dans un coin paumé après s'être saoulé jusqu'à oublier les dernières semaines de son existence.
-Réaction purement normale de la part d'un homme ordinaire, attesta l'autre maudite habituée aux gens ne pouvant supporter le cirque loufoque qu'était sa vie.
-Sauf que sur le chemin nous menant à Juneau et son aéroport international, nous sommes tombés sur une énième aventure épique, continua-t-il le massacre. Nos employeurs nous attendaient de pied ferme et voulaient savoir s'il y avait quoique ce soit d'exploitable dans les terres qui nous avions sondé. Dimitri a pété un câble et a attrapé le col du pauvre homme pour le secouer comme un prunier. Il lui a hurlé à la figure qu'il avait failli devenir fou, qu'il n'y avait que des monstres sadiques amateurs de chair humaine habitant ces paisibles contrées, et que même si les résultats de notre prospection avaient été concluants, il aurait été hors de question qu'il laisse une pauvre innocente âme pénétrer dans les Abîmes infernales de ce Pandémonium.
-Clairement, remarqua Myriam, ton Dimitri n'a jamais mis les pieds dans les Carpates. S'il pense que les Territoires Incartables du Grand Nord sont dangereux, qu'il essaye un peu ce vivier de créatures carnivores et rendez-vous de mages noirs en exil et en quête de pouvoir que sont les Carpates, ricana la peu compatissante l'ancienne résidente de ce lieu enchanteur.
À ses paroles pleines de bon sens, Harry ne put retenir un éclat de rire.
-Devine où ce pauvre moldu voulait élever ses chèvres, ajouta-t-il en se marrant ouvertement.
Myriam, sur la même longueur d'onde que le professeur, se joignit à son rire moqueur et fort peu empathique. Ayant retrouvé une partie de leur complicité passée, les deux maudits discutèrent de leurs périples distincts en se dirigeant tranquillement vers les appartements du Sauveur. Quand ils furent fatalement interrompus dans le compte-rendu rocambolesque des quelques journées qu'ils avaient passé séparés, aucun des deux comparses ne fut surpris. À peine furent-ils étonnés de se retrouver braquer par une adolescente de moins de quinze ans.
La jeune fille, dans d'autres circonstances, n'aurait pas paru bien menaçante. Mesurant à peine un mètre cinquante, ayant toujours les joues rebondies de l'enfance, aucune courbe féminine digne d'être mentionné, la gamine n'émanait pas un charisme imposant. Des boucles rebelles couleur chocolat s'échappaient de son fatras capillaire incapable d'être nommé "chignon" et venaient se coller fort peu professionnellement sur son front et les contours de son visage poupin. Ses avant-bras étaient parés de bracelets ressemblants aux canons des armures se promenant dans le château. Les lourds bijoux en or ressemblaient étrangement aux objets de confection gobeline que le Survivant avait eut l'occasion d'observer. Connaissant ces rapaces de banquiers, le Sauveur n'aurait pas été étonné que cette race de petits bonshommes rabougris dans leur amertume ait prêté quelques artefacts intéressants à leurs briseurs de sort les plus motivés. Une massive chaîne dorée reposait sur le devant de sa veste en cuir de dragon, à laquelle était insérée une pierre d'un vert de mauvais augure. Ses oreilles n'avaient pas été épargnées et étaient quant à elles ornées de trop nombreuses petites gemmes colorées pour que ce soit honnête. Un coutelas imposant était coincé à sa ceinture et ses bottes elles aussi en cuir de dragon avait été renforcées sur les pointes et les talons par du métal légèrement cabossé.
Et ce fut ainsi qu'il rencontra la huitième Plaie, celle aux bijoux aux pouvoirs divins.
-Harry, commença le vampire en levant lentement ses mains incrustées de sang en l'air. Il va vraiment me falloir une nouvelle baguette, l'informa-t-elle comme si son intégrité physique n'était pas en danger.
-Que penses-tu de celle-ci ? lui répondit son complice en l'imitant et en faisant un léger mouvement de menton vers leur assaillant.
-Tu ne t'attends certainement pas à ce que mon inestimable personne arbore un piteux morceau de sapin, rétorqua-t-elle avec un reniflement dégoûté. Ce qui sied à une dame de ma qualité, mon cher Harry, est une baguette en cerisier.
-Mais ce truc coûte un bras et n'est même pas fiable ! objecta l'ancien commerçant indigné.
-On s'en fout tant qu'il a la classe, répliqua l'aristocrate inconsciente des réalités pratiques.
-Il est strictement hors de question que je paye une baguette en bois de cerisier ! décréta le Survivant.
-Quelle pince tu fais, mon pauvre Harry, se désola l'actrice. Il n'est guère étonnant qu'aucune femme ne veuille de toi, avec ton comportement d'avare près de ses sous.
-Les personnes appréciant ma charmante et virile compagnie ne sont pas des aristos en disgrâce dilapidant l'argent honnêtement gagné des autres, répliqua acidement le Sauveur. Contrairement à certaines personnes, lâcha-t-il en lançant un regard appuyé à sa comparse.
-Quelle bassesse! fit le vampire proprement scandalisé.
-Fermez-la tous les deux ou il ne vous restera plus qu'un trou sanguillonant dans la poitrine à la place de vos cœurs, grogna avec humeur la gamine les tenant en joue.
Les deux rescapés de beaucoup de prises d'otages se jetèrent un coup d'œil éloquent avant de porter une attention ténue à l'adolescente énervée.
-Première règle quand on tient un individu en joue, commença son cours magistral le professeur de l'honnête établissement scolaire. On ne le menace pas avec des phrases sensées intimider mais qui ne font que ruiner ta crédibilité.
-Les menaces en général ne servent qu'à te rendre ridicule, approuva le vampire. Et si tu en fais usage, tu seras forcée de les mettre à exécution.
-Ce qui limite drastiquement ton champ de manœuvre, commenta Harry.
-Deuxième règle, reprit Myriam. Il faut s'assurer le plus tôt possible que l'individu soit désarmé.
-Ce qui n'est pas notre cas, l'informa le chasseur de mages noir ayant toujours les mains en l'air.
-Ce qui n'est pas notre cas, approuva la sorcière pourtant dépourvue de baguette.
-Expelliarmus ! fit donc logiquement la gamine sous les soupirs las des deux sorciers expérimentés.
Bien évidemment, aucune baguette ne vint atterrir dans la paume ouverte et gantée de la chasseuse de primes. Harry Potter n'était pas un débutant et s'était assuré que toutes ses possessions, baguette comprise, soient protégées le plus efficacement possible. Le sourcil surpris qui s'arqua sur son visage poupin valait bien le petit ricanement que s'octroyèrent les deux complices.
-Sortilège intéressant et utile en bien des occasions, commenta le professeur. Mais qui peut être facilement contré par divers moyens plus ou moins légaux.
-Et qui ne concerne, sauf volonté de son utilisateur, que les baguettes magiques, l'instruisit Myriam. Les objets tels que les dagues empoisonnées, ou les bracelets enchantés ne sont donc pas concernés.
-Ou encore les katanas métamorphosés en bracelets, fit Harry Potter en invoquant sa seconde arme blanche préférée.
La chasseuse de primes en herbe ne parut pas décontenancée par le sabre japonais pointé hostilement dans sa direction. Elle sembla même un chouilla contrariée. Ce qui n'amenait qu'à une conclusion logique :
-Y'a un truc qui cloche, murmura Myriam à son complice entre ses dents serrées.
-Ah, comprit le Survivant en se sentant vraiment stupide. C'est parce qu'elle pensait que j'allais sortir ma Beauté parfaite et pure pour l'attaquer.
-Qui se trouve être, je suppose, l'objet que tu as soustrait à l'emprise malsaine des gobelins ? présuma avec raison le vampire.
-Tout à fait, confirma le professeur.
-La gosse a donc tenté de te tendre un piège dans lequel nous nous sommes tous deux engouffrés, comme les crétins que nous sommes, et que ta pingrerie a contré par simple coïncidence, remplit-elle les trous laissés par son incapable de colocataire.
-Cela me semble être une hypothèse tout à fait possible, répondit la cible de l'ire gobeline.
-Nous n'avons donc logiquement pas affaire à une amatrice, résuma les faits le vampire.
-Logiquement, approuva l'Elu.
-Nous nous sommes donc fait avoir par une bleue, et sommes par conséquent dans la merde.
-Tout à fait, dit-il en hochant du chef comme un demeuré inconscient de la situation dans laquelle il était présentement embourbé.
-Plan d'urgence à la Machin ? proposa le vampire en se souvenant des villageois armés de fourches ayant voulu étriper sa victime bavant amoureusement sur ses genoux.
-Absolument hors de question que je lui balance ma Beauté parfaite et pure pour faire diversion ! fit le sorcier scandalisé par une telle proposition.
Il avait eut un mal de chien à ressortir du pub en un seul morceau avec la dague rouillée, sans parler de l'armée de mercenaires qui lui avait couru au train pendant tout l'été et de ses nuits blanches passées à la bibliothèque pour rendre sa Beauté indétectable et intangible pour tout autre personne que lui. Il n'était même pas concevable qu'il laisse cet artefact quitter son giron pour autre chose que le lustrer et l'aiguiser.
-Je ne t'entends pas nous offrir de brillantes idées alternatives, contra la sangsue.
-Et Hannibal ? suggéra le voyageur temporel avec un optimisme bon enfant.
Après tout, le canasson l'avait bien sauvé des griffes de Myriam et du centaure dans la Forêt Interdite. Peut-être qu'il réitérerait son exploit digne des principes de la cavalerie américaine, à savoir arriver toujours au dernier moment pour inverser le rapport de force et obtenir une victoire incontestable. Rêver éveillé ne pouvait pas faire tant de mal que cela, pensa le Survivant avec un regain d'espoir.
-Il est vrai que ce traître a toujours tendance à se pointer au moment où on l'attend le moins, mais je serais surprise qu'il puisse passer outre les protections de cette forteresse, intervint la réalité par la bouche de la buveuse de sang.
-Sait-on jamais, fit le Sauveur dans un haussement d'épaule désintéressé, son sabre toujours en main. Un tragique accident ou une bestiole mythique pourraient arriver et nous sauver la mise dans un nuage de fumée colorée, ne plaisanta pas la marionnette préférée du Destin.
-Le pire, marmonna l'autre jouet de la Fatalité, c'est que ça pourrait vraiment arriver. Je t'ai parlé de la fois où je m'étais planquée dans un cirque itinérant ? grinça-t-elle à son compagnon en se souvenant de fumigènes utilisés avec un peu trop d'enthousiasme.
-Attends un peu que je te présente Frankenstein et ses idées révolutionnaires en matière d'ingrédients de potion, lui répondit le Survivant à la poisse sans pareille.
-Toi aussi tu as un taré qui te poursuit à travers le gobe pour te découper en morceaux et les mettre dans des bocaux de formol? lui demanda le vampire traqué par un mage noir particulièrement puissant.
-C'est bon ? les interrogea la gamine aux bijoux gobelins. Vous avez terminé ? leur lança-t-elle avec sarcasme et énervement. On peut passer aux choses sérieuses maintenant ? laissa-t-elle transparaître son impatience.
-Ca dépend, répondit l'Elu en examinant ses possibilités de fuite.
-Il nous faudrait la définition exacte de "choses sérieuses" avant de pouvoir nous décider, l'informa poliment le vampire pluricentenaire ayant toujours les mains levées.
-Non mais je rêve, marmonna dans sa barbe la chasseuse de primes inconsciente de leur statut d'aimant à catastrophes divines.
Clairement, cette jeune fille n'avait pas vécu un dixième de leurs mésaventures loufoques et surréalistes transformant une personne dotée d'une santé mentale ordinaire en un Chapelier Fou interné dans un asile.
-Il est beaucoup plus reposant pour les nerfs de se convaincre que mon existence est le pur fruit de ton imagination débridée, laissa le sorcier parler son expérience.
-Troisième règle, reprit Myriam dans une parodie de cours. Il faut toujours s'assurer de savoir à quel genre de personne tu as affaire. Par exemple, commença-t-elle en esquissant un sourire particulièrement sournois, si j'étais une sorcière transformée en vampire possédant, par un concours de circonstances nullement imputable à ma personne, un don de double-vue me permettant de voir le futur, me laisser maître de mes mouvements serait une erreur fatale.
-Sauf que tu n'as pas bougé depuis dix bonnes minutes, remarqua le Sauveur en réprimant un ricanement narquois.
Le juron que lâcha la buveuse de sang ne réussit qu'à agrandir son sourire.
-Je suis loin d'être une débutante, commença à vraiment perdre son calme la mercenaire en couche-culotte. Les Albanais ont très bien détaillé tes capacités quand ils ont mis ta tête à prix.
-Bienvenue au club, lui souffla le sorcier avec un sourire de connivence. Qu'est-ce que tu as fait pour que l'Albanie dans son entièreté veuille ta peau, déjà ?
-J'ai peut-être, ou peut-être pas, causé accidentellement la mort d'une figure politique et symboliquement importante de cette nation de péquenots aux réactions excessives, nuança-t-elle les tragiques évènements.
-Elle a tué leur roi, répondit la gamine.
-Ah ouais, carrément, siffla d'admiration l'autre aimant à ennuis.
-C'était il y a trois ans, protesta la meurtrière peu repentante. Il y a prescription maintenant.
-Je pensais que c'était au bout de trois décennies qu'il y avait prescription, pointa le Héros assidûment poursuivi par la Justice internationale.
-En ce qui me concerne, les interrompit la gamine, ça pourrait être trois minutes que j'en aurais rien ciré tant que je suis payée.
-C'est un argument qui se tient, répondit l'actrice comme si ses actes n'étaient pas sujet à débat.
-Et on peut savoir pourquoi tu as jugé que te nourrir du monarque local était une bonne idée ? demanda le curieux Survivant.
En règle générale, le Sauveur préférait éviter les situations allant fatalement lui exploser à la figure comme un colis piégé. S'en prendre à un membre de la famille royale du coin sans raison était donc hautement impensable.
-Mais je savais pas qu'il était roi, siffla furieusement l'ancienne aristocrate. Il était en exil sous un nom d'emprunt. Comment pouvais-je honnêtement savoir que l'abruti bavant dans mes bras était un roi ?
-Je comprends, compatit le jeune professeur. Ce genre de malentendu m'est arrivé un nombre incalculable de fois. Je t'ai raconté mes petits problèmes avec la Triade chinoise qui voulait ma peau parce qu'un de leurs crétins avait sauté d'un toit en ma présence ?
-Je suis toujours soufflée par le nombre d'idiots me pensant responsable de la disparition de leurs connaissances attardées, juste parce que je me trouvais par hasard dans les environs.
-Nous sommes des persécutés, ma chère Myriam, déplora le Survivant. Nous devons leur pardonner leur bêtise et accepter notre sort avec abnégation.
-Amen, fit le plus sérieusement du monde le vampire sanguinaire.
-Vous vous foutez de ma gueule, comprit enfin la mercenaire en herbe.
-Quatrième règle, continua la plaisanterie l'Elu de nombreuses prophéties. Ne jamais se laisser distraire ou déstabiliser par ses otages.
-Parce que sinon ils peuvent faire n'importe quoi, compléta la régicide toujours incapable de baisser les mains.
-Comme invoquer leur karma pourri et faire pleuvoir des chatons sur leur assaillant, reprit le professeur habitué des retournements de situation farfelus et hauts en couleur.
-Le mien préfère envoyer des canards en plein visage, dit le vampire comme s'ils parlaient des caprices culinaires de leurs enfants respectifs.
-Je suppose que c'est une question de goût, fit le Survivant en haussant nonchalamment les épaules. En ce qui me concerne, j'ai une très nette attirance pour la foudre s'abattant tragiquement sur mon adversaire persuadé d'avoir l'ascendant.
-Oh oui ! se rejouit comme une enfant la pluricentenaire. J'adore ce genre d'interventions divines. Elles sont malheureusement beaucoup trop rares à mon goût, regretta la sangsue.
-C'est pour cela qu'il faut forcer le Destin une fois de temps en temps, laissa-t-il parler son expérience en réprimant une nouvelle fois un rictus anticipatoire. Non seulement ce salopard se marre autant que toi, mais en plus, il te laisse le champ libre pour agir à ta guise et éviter les débordements comme les crises de nerfs spontanées de tes compagnons d'infortune du moment.
-J'aurais trop peur de le contrarier et qu'il m'envoie une catastrophe beaucoup plus terrifiante que les habituelles en guise de preuve de mécontentement, dit l'autre maudite habituée des coups du sort.
-Observe dans ce cas, ma chère apprentie, commença avec emphase le professeur, comment je gère mes propres interventions divines.
-Vous vous rappelez que j'entends absolument tout ce que vous dites, n'est-ce pas ? se rappela la gamine à leur souvenir.
-A mon avis, renifla le vampire, c'est pas entendre notre discussion qui va te sauver la mise.
-Commençons par les présentations d'usage, fit le Survivant en faisant disparaître son arme.
-Je sais parfaitement qui vous êtes, grinça la mercenaire.
-Harrold James Potter, Héritier du Clan Potter et professeur de l'École de Sorcellerie de Poudlard, se présenta-t-il en s'inclinant dignement comme Mirabelle le lui avait montré avant qu'il ne fugue du manoir familial. Permettez-moi de vous introduire ma chère compagne, fit-il en désignant d'un geste gracieux du bras le vampire toujours immobilisé. Myriam Delambre, future élève de septième année, ancien membre de la Cour de Sorcellerie de France, Elue de bien des prophéties, Fléau des Carpates, vampire de la lignée de Vlad l'Empaleur et Apprentie de l'Agent du Chaos.
-La moitié de ces titres n'existent pas, pointa la chasseuse de primes d'humeur massacrante.
-Ah oui ? fit Myriam en parfaite ingénue.
-Ah oui ? l'imita Harry juste pour le plaisir d'enrager le petit bout de fille en face de lui.
-Donnez-moi cette dague, renonça la gamine à les raisonner.
-Jamais, lui répondit calmement le Survivant en touchant subtilement le bracelet qu'il avait reçu du chaman amérindien.
-Ma fille, l'avertit le vampire. Tu vas finir en barbecue si tu continues à pointer ta baguette miteuse dans sa direction.
-Mes bijoux me protègent de la magie élémentaire, répliqua la briseuse de sort confirmée. Je ne crains pas le feu du ciel.
-Voilà qui est contrariant, grimaça le Survivant. J'avais justement l'idée de la foudroyer.
-Je serais immensément déçue si ton génie fertile ne nous concocte pas de solution de secours, fit Myriam.
-L'inspiration ne se commande pas, répliqua le sorcier.
-Tues-la et qu'on en finisse, soupira le vampire sanguinaire. Je commence à m'ennuyer, leur expliqua-t-elle son conseil assez expéditif.
-Contrairement à certaines personnes, je préfère éviter d'avoir la mort de gamines ambitieuses sur la conscience, lui répondit le Sauveur.
-Tu verras, on s'y fait rapidement, lui assura-t-elle d'une voix confiante.
-Je vous signale, grinça ladite gamine ambitieuse, que je suis la personne qui possède l'avantage ici.
-Ma fille, lui sortit à nouveau le vampire sur un ton paternaliste. Tu n'as pas la moindre idée de qui tu es en train de menacer.
-Comme ce crétin l'a dit, répondit l'adolescente en jetant un coup d'œil fort peu aimable vers le Survivant, j'ai affaire à la grande Myriam Delambre et à un petit commerçant véreux de l'Allée des Embrumes du nom de Porter qui se prend pour un Lord.
-Tu tenais une boutique ? releva la buveuse de sang. Laisse-moi deviner, elle a tragiquement fini en cendre après que tu te sois enfilé une bouteille de Whisky-pur-feu et joué au cracheur de flammes.
-Même pas, fit le sorcier. Les gobelins avaient démarché une armée pour me faire la peau. J'ai dû plier bagages fissa et me mettre au vert. Et c'est là où un O.V.N.I. m'est tombé sur le crâne et que j'ai rencontré Charlus et sa géniale famille de tarés.
-Ca change des canards et des chatons, répondit l'autre malchanceuse en haussant nonchalamment les épaules malgré son sort d'immobilisation.
-Pas faux, convint le Survivant.
-Mais fermez-la ! ne tint plus la mercenaire commençant à ressembler à une cocotte-minute.
-La règle numéro quatre n'a pas l'air d'être au point, remarqua Myriam sur le ton de la conversation.
-C'est la plus difficile à maîtriser, l'excusa le professeur. Je pense que nous pouvons pardonner ce défaut et le mettre sur le compte de son manque d'expérience pratique.
-Je suis briseuse de sort depuis l'âge de sept ans, grinça méchamment la gamine.
-Ca fait plus de deux siècles que je me fais menacer par tout un tas de gens beaucoup plus dangereux et motivés que toi, ma fille, l'informa la criminelle en fuite.
-Honnêtement, fit l'Elu, je crois que ma carrière d'animal traqué a commencé quand mon cousin a inventé la "chasse au Harry".
-Tragique, lâcha sarcastiquement l'employée des gobelins.
-Nous avons donc beaucoup plus de pratique que les premiers péquenots venus, reprit Myriam.
-Nous sommes des As de la fuite à l'anglaise, ajouta le Survivant.
-Nous avons par conséquent un nombre non-négligeable d'atouts dans nos manches, lui expliqua le vampire.
-Comme une baguette magique, termina Harry Potter en dégainant son arme de son holster.
-Ca, mon cher Harry, l'informa civilement sa complice, c'est une arme à feu moldue, pas une baguette.
-Ca fait des trous dans les gens, le résultat est le même, lui répondit l'ancienne victime de Carter.
-Je pensais que tu voulais justement éviter de blesser la gosse, remarqua judicieusement Myriam en arquant un gracieux sourcil.
-Elle est briseuse de sort depuis l'âge de sept ans, elle a connu pire qu'une épaule transpercée.
-Vous avez conscience que m'informer de vos plans avant leur exécution est le summum de la bêtise ? demanda la mercenaire.
-Tu apprendras, ma fille, recommença le vampire, que nous sommes des exceptions aux lois régissant normalement ce monde.
-On a la poisse, résuma sommairement le Sauveur.
Vu la tête que la gamine tira, elle ne voyait pas le rapport entre la divulgation de stratégies et une malchance persistante.
-Donnez-moi cette dague, réorienta la conversation sur un terrain connu.
-Je suis la seule personne sur cette terre à pouvoir toucher ma Beauté parfaite et pure, et il est strictement hors de question que je la laisse à ces rapiats de gobelins, décréta le héros libérateur d'artefacts malheureux.
-Je n'ai donc pas d'autre option que de vous tuer, fit la mercenaire surentraînée en tirant de sa main gauche son coutelas à l'allure sinistre.
-Je déteste me faire couper en morceaux, geignit le célèbre vampire.
-Ai-je oublié de préciser que le sortilège placé sur mes possessions ne se lèvera pas avec ma mort ? lâcha-t-il nonchalamment avec un petit sourire supérieur. Ce qui signifie que me tuer fera disparaître pour toujours ma Beauté. Ce qui te vaudra un joli petit contrat placé sur ta tête par ces rapiats de gobelins.
-Les gobelins ne chercheront jamais à me faire du mal, affirma l'adolescente sans une once d'hésitation.
-Que tu crois, renifla le voyageur du futur ayant volé un dragon à ses cruels employeurs.
-Parce que, continua-t-elle comme si elle n'avait pas été grossièrement interrompue, j'ai été élevée par les gobelins.
La briseuse de sort réussit enfin à imposer le silence à ses otages pendant une bonne minute.
-Je crois avoir gravement sous-estimé la gamine, lâcha le Survivant d'une voix blanche.
-Pareil, avoua le vampire dans un souffle. On fait quoi ? demanda-t-elle à son complice toujours libre de ses mouvements.
-Habituellement, je t'aurais proposé qu'on se carapate dans la direction opposée, mais là je dois t'avouer que je suis curieux. La plupart des sorciers qui frayent avec les gobelins finissent en brochettes. Comment cette gosse a bien put survivre des années avec ces bestioles aux dents pointues en guise de parents ?
-Mes parents biologiques ont passé un marché avec mon père et m'ont échangé contre un sac d'or, leur répondit sans le moindre signe d'affront l'adolescente.
-Dur, grimaça le compatissant orphelin.
-Avoir été élevée à Gringotts est la meilleure chose qui me soit arrivé, répliqua-t-elle farouchement.
-Hun-hun, fit dubitativement le Survivant. À tous les coups, reprit-il à l'intention de sa complice, elle souffre du syndrome de Stockholm et prend son kidnappeur pour son sauveur.
-Mon père ne m'a pas kidnappée ! s'ulcéra la gamine tremblante de rage.
-Ca, continua le massacre Myriam, c'est ce qu'il t'a dit. M'est avis que tes vrais parents auraient une histoire tout à fait différente à te raconter.
-Mon père est mon véritable parent ! explosa-t-elle de fureur en lançant un sort extrêmement dangereux en direction du Survivant.
Survivant qui ne réussit à éviter de se retrouver dépourvu de bouche que grâce à ses réflexes façonnés dans la douleur. Le bracelet aux motifs floraux absorbant les sortilèges voulant porter atteinte à son intégrité physique n'était cependant pas pour rien dans l'échec du maléfice. Si le chasseur de mage noir était d'ailleurs un minimum honnête avec lui-même, il avouerait que ce morceau d'orfèvrerie typiquement féminin était seul responsable du fiasco du sortilège.
Son poignet gauche brillant de mille feux sous sa manche en cuir attira immanquablement l'attention des deux créatures féminines.
-Joli, siffla Myriam avec une pointe de convoitise.
-Surtout très pratique, fit de même la mercenaire.
-Et surtout très à moi, leur rappela le Survivant.
-Plus pour longtemps, murmura pour elle-même la briseuse de sort confirmée en se mettant professionnellement en garde.
Trouvant la menace digne d'être prise en compte, le Sauveur ne perdit pas un instant pour attaquer sa possible future élève et tira dans la ferme intention de trouer le bras de son adversaire. Malheureusement pour le sorcier, la gamine n'était effectivement pas une débutante et réussit à éviter le projectile moldu. Passant à son tour à l'offensive, elle lacéra l'air de sa main gauche, le Survivant échappant de justesse à une nouvelle balafre. Répliquant grâce à un coup de pied envoyé fort peu galamment dans la poitrine de son opposante, l'Elu profita de la brève accalmie pour ranger son Beretta et dégainer enfin sa fidèle baguette en bois de houx.
Le combat pouvait véritablement commencer.
-Je rêve ou une Mary-Sue vient d'assommer Lara Croft avec un morceau de statue ? demanda confirmation la créature de légendes.
Sauf qu'un évènement imprévu vint contrarier ses projets et ruiner un combat pour une fois serré.
-Elle vient surtout de détruire le précieux mobilier de Dippet qui va croire que c'est encore moi le responsable, déplora le malchanceux sorcier en rangeant sa baguette maintenant inutile.
Un individu particulièrement louche venait de faire irruption dans le couloir auparavant désert et d'utiliser une tête de gargouille pour fracasser par-derrière le crâne de la mercenaire. Alors que le corps évanouit de la gamine s'affalait lourdement sur le sol en granit, les deux maudits eurent une vue singulièrement héroïque de leur sauveuse providentielle sortant du contre-jour et venant royalement s'avancer à leur rencontre. Tout dans sa démarche imposait le respect et révélait une position de pouvoir dignement méritée. À sa main fine, collée à son flanc mais prête à réagir à la moindre sollicitation, était tenue une baguette d'un bois blanc et au grain très fin transpirant la grâce et la noblesse.
-Du bois de tremble, souffla une Myriam émerveillée et qui se serait jetée sur cette baguette si elle n'avait pas été honteusement immobilisée. Je la veux, édicta-t-elle à son comparse moins déterminé qu'elle à se faire un ennemi de cette créature ruisselant l'héroïsme par tous les pores de sa peau.
-Tu veux pas plutôt celle de la gamine qui est inconsciente? proposa le Sauveur peu motivé de se retrouver avec une nouvelle furie sur les bras.
-Du sapin ? articula-t-elle avec une moue dégoutée. Me prendrais-tu pour une mendiante ?s'exclama-t-elle, purement outrée d'une telle proposition indigne de sa personne.
-Arrête-moi si je me trompe, fit Harry, mais réclamer quelque chose que tu n'es pas en mesure de t'acheter par toi-même ressemble sacrément à de la mendicité.
-Traître, siffla-t-elle furieusement à son encontre.
Reportant son attention sur l'être étrange sortit des ombres, Harry Potter ne put s'empêcher de soupirer lourdement. Il était évident qu'il venait de tomber sur l'une des élues prophétiques sensées lui pourrir l'existence. Avec un physique aussi parfait, franchement, le doute n'était pas permit. De longs cheveux roux cascadaient artistiquement sur ses épaules, les rares rayons de soleil les touchant leur donnant un aspect de flamme incandescente. Deux fines tresses partaient de ses tempes pour se rejoindre et lui ceindre la tête en une imitation de couronne. Des yeux de vélane illuminaient son visage constellé de tache de son. Une rapière à la garde argentée et ouvragée pendait à son flanc. Une tunique blanche tachée de quelques traces de sang et de suie laissait apercevoir une poitrine généreuse et opaline sur laquelle reposait un pendentif minutieusement travaillé à l'effigie d'un félin. Ses longues et fines jambes étaient moulées dans un pantalon de cuir assez indécent. En quelques mots, elle ressemblait beaucoup trop à une elfe de Tolkien pour être autre chose que l'une de ses stalkeuses attitrées.
-Je suis Véronica "Ronnie" Weasley, se présenta la catastrophe parlante, et je viens du futur.
Et ce fut ainsi qu'il rencontra la neuvième Plaie, celle aux yeux violets.
-Autant pour moi, rectifia Myriam. Nous n'avons pas affaire à une Mary-Sue, mais à une authentique Sarah Connor.
-J'aime pas les héros, grommela le Survivant. Ils sont toujours trop purs et déterminés à finir leur quête épique en me trimballant comme un item magique dans leurs bagages.
-Tant qu'ils ne te considèrent pas comme un boss de niveau à traquer et éliminer, mon cher Harry, tu n'as, à mon avis, aucune raison légitime de te plaindre.
-Si tu assassinais moins de personnes pour ta propre distraction, tu aurais proportionnellement moins de crétins hurlant "Justice!" qui chercheraient à t'annihiler, lui assura le chasseur de mages noir à la retraite.
-J'ai été mandaté par la Résistance pour vous ramener avec moi au XXVIe siècle et vous faire vaincre le Seigneur des Ténèbres, lui annonça l'héroïne sous les couinements d'horreur du Survivant.
-Il y a erreur sur la personne, sortit le malheureux professeur en reculant de plusieurs pas.
-Il ne vient pas du XXVIe siècle, mais du XXIe, lui offrit son soutien l'autre malchanceuse s'avérant avoir des connaissances poussées du futur.
-Je ne suis qu'un pauvre petit professeur de Xénomagie, espéra-t-il sauver sa peau.
-Faux, répliqua la Mary-Sue du futur. Vous êtes Harry Potter, le Garçon-qui-a-survécu, l'Elu qui a vaincu Voldemort et apporté une ère de paix et prospérité au sein du Monde Magique.
-Euuuh..., fit ledit héros en abandonnant la mascarade perdue d'avance. J'ai quelques doutes concernant cette dernière partie. Tu es sûre que tu n'as pas confondu "paix et prospérité" avec "chaos et destruction" ? Parce qu'en général, c'est ce qu'on retient de moi après mon passage, l'informa-t-il dans l'espoir que l'intruse reparte d'où elle venait sans chercher à le recruter dans ses aventures rocambolesques.
-Aucun doute n'est permit, brisa-t-elle ses fantasmes sans la moindre pitié. Ma famille est considérée comme la plus proche descendance de votre lignée, se rengorgea-t-elle inutilement et en l'ignorant superbement.
-Comment ça ? voulut savoir le contemporain du XXIe siècle qui ne se rappelait pas avoir mis en cloque qui que ce soit.
Quoi que ses anciennes conquêtes puissent en dire, il était quelqu'un de précautionneux en ce qui concernait ce détail particulier. Comme avec ses précieux bracelets, il avait besoin de sentir le contact rassurant d'une protection pour se sentir véritablement à l'aise. Bien entendu, les préservatifs n'existaient pas dans les années quarante, mais le sac à contenance infinie avait été préalablement rempli des "nécessaires d'urgence" au cas où un pépin du type "voyage temporel inopiné" devait lui arriver, la pénurie de capotes n'était donc pas prête d'arriver.
-Je suis la descendante de Ronald Bilius Weasley et de Hermione Jean Granger, continua-t-elle à lui déballer son arbre généalogique.
Ron aurait été dans un sens flatté d'apprendre que l'un de ses enfants allait un jour conclure avec une vélane et réaliser sans le savoir son rêve d'adolescent. Dans un autre sens, il aurait fallu qu'il explique à son épouse pourquoi leur rejeton avait fini dans les filets de l'une de ces créatures s'amusant à mâchouiller son partenaire pendant l'accouplement.
-Et le gène vélane, ne put-il s'empêcher de demander, il vient d'où ?
-La grande Hermione Granger était une vélane, bien évidemment, en plissa-t-elle ses sourcils, ne comprenant pas pourquoi le plus proche ami de ses ancêtres prétendait ignorer ce détail d'importance capitale.
Hermione ? Vélane ? Alors que la condition de la femme au sein de la communauté magique était l'un de ses chevaux de bataille ? Si elle venait un jour à savoir comment la voyait les générations futures, elle risquait de péter une durite et de créer son propre gouvernement sur le modèle des Amazones.
Il lui disait, ou il lui disait pas, qu'il y avait un problème au niveau des identités de ses ascendants dans sa prestigieuse généalogie? Au mieux, la jeune femme était le rejeton de Bill et Fleur. Au pire, quelqu'un parmi ses ancêtres avait bidouillé son arbre généalogique pour des motifs fort peu glorieux. Mieux valait abonder dans son sens et voir ce qu'elle lui voulait exactement.
-D'accord, ne la contraria pas l'adulte responsable. Tu es la multiple arrière-petite-fille de mes plus vieux amis. Et c'est quoi le rapport avec moi ? essaya-t-il de comprendre la situation.
Si la voyageuse du futur disait vrai et qu'elle était effectivement le mélange génétique de ses deux premiers compagnons d'infortune, il y allait avoir un petit problème. Pour un peu que la gamine ait hérité de la pugnacité de sa brillante amie, le Potter était bien dans la mouise. Il ne restait plus qu'à espérer qu'elle ne soit pas l'horrible combinaison de toutes qualités de ses meilleurs amis, parce que sinon il était d'ors et déjà foutu d'avance. Un monstre alliant l'intelligence et la bravoure d'Hermione avec l'art de la stratégie et l'emportement de Ron ne pouvait qu'être mauvais pour sa tension. Il sentait venir la migraine d'ici...
-Grace à votre mariage avec Ginevra Molly Wealey..., commença la brave héroïne avant de se faire brutalement couper la parole.
-Quel mariage?! éructa le fier coureur de jupon ayant échappé de justesse à moult fiançailles. Avec qui ? Pourquoi ? Où ? Quand ? continua-t-il sa crise d'hystérie en se retenant d'attraper la voyageuse du futur par les épaules et de la secouer comme un prunier.
Se repassant rapidement l'histoire tumultueuse de sa vie dans sa tête de commotionné, Harry Potter n'arriva pas à trouver le passage où il avait effectivement accepté d'épouser qui que ce soit. Peut-être avait-il été drogué contre sa volonté ? Sans doute avec un philtre d'amour beaucoup plus subtil et performant que celui qu'avait malencontreusement ingéré son meilleur ami en sixième année.
-Le mariage avec la sœur de mon ancêtre, expliqua patiemment l'immigrée clandestine.
Ginny ? Mais ils étaient restés à peine deux mois ensemble ! Elle l'avait plaqué à grand renfort de maléfices après qu'elle l'ait surpris avec une charmante moldue totalement ignorante de son statut de célébrité. Elle lui avait même souhaité "Bon débarras" quand il avait décidé de se mettre au vert chez les Delacourt après que des crétins mononeuronaux aient voulu le mettre à la tête du gouvernement. Ce qui était franchement une très mauvaise idée.
-Encore une fois, dit le Survivant, je pense qu'il y a erreur sur la personne.
-Les archives sont formelles, prononça avec sécheresse la jeune femme avant de lui tendre un antique morceau de journal sorti négligemment de sa poitrine.
Harry avait toujours été fasciné par la façon dont les femmes utilisaient leurs protubérants attributs féminins pour ranger leurs portables ou leurs clés de voiture. Il y avait quelque chose d'indécemment érotique à les voir sortir de leur décolleté tout le contenu d'un sac à main. À moitié perdu dans ses fantasmes, le Sauveur prit le papier dans un état presque second. Il reçut l'équivalent d'une douche froide en lisant l'article entouré d'encre rose bonbon. Apparemment, le 6 Juin 2014, un certain Harry James Potter avait annoncé à la presse son mariage en toute intimité avec la mère de ses trois enfants, Ginevra Molly Weasley.
-C'est un cauchemar, expira d'horreur le pauvre homme en collant son nez au malheureux morceau de journal, pensant que la proximité suffirait à changer le sens de ce qu'il avait lu.
Mais quelle connerie avait bien put concocter Georges pendant son absence ? Ca sentait la blague de mauvais goût qui avait mal tournée à plein nez. Peut-être que le propriétaire de la boutique de farce et attrape avait remarqué sa disparition soudaine des journaux internationaux et avait essayé de le faire sortir de sa grotte par l'annonce d'un mariage bidon. Et ce qu'il tenait dans les mains n'était rien d'autre que l'unique vestige d'une sinistre farce du dernier jumeau maléfique que les archéologues du futur avaient prit au sérieux. Connaissant sa Poisse Cosmique, ça ne l'étonnerait même pas...
Maintenant, il ne restait plus qu'à faire comprendre à la furie fermement plantée devant lui qu'il s'agissait d'un malentendu. Ce qu'elle n'allait évidemment pas accepter juste parce qu'il le lui assurait.
-Quelle poisse, lâcha le professeur dans un grognement inaudible.
-Comme je le disais, reprit l'héroïne à la Tolkien en ignorant superbement l'adulte grincheux, grâce à votre mariage avec Ginevra Weasley, nous sommes apparentés. Je suis donc la mieux placée pour vous expliquer la situation désastreuse dans laquelle nous nous trouvons.
-Elle veut dire "la mieux placée pour te convaincre d'abandonner ta petite vie rangée pour rempiler courageusement dans une énième guerre de sorciers", intervint sa compassionnante amie.
-La réponse reste la même, grinça le Survivant. Il est hors de question que j'accepte une nouvelle fois d'être la figure de proue d'un mouvement politique ou héroïque.
Vu où ça l'avait la dernière fois, il préférait fuir ce genre de situation comme la peste. Lui, Ministre de la Magie... Rien que l'idée lui foutait des boutons d'anxiété et avait suffisamment fait peur aux Weasley pour qu'ils lui donnent leur bénédiction et l'envoient se terrer en France. Bon, il s'était avéré que le chaos l'avait suivi outre-manche et qu'il avait peut-être pris la vertu d'une sorcière de bonne famille sur le point de se marier. Cette histoire avec l'aristocratie française avait été le prélude de ses errances homériques et une anecdote hilarante qu'il se plaisait à raconter à un auditoire aussi alcoolisé que lui.
Tranquillement planqué sous un nom d'emprunt chez la famille de Fleur, le Survivant catapulté malgré lui chef de gouvernement avait voulu se débarrasser de la pression en profitant de la légendaire compagnie des Français. Son incursion dans la haute société sorcière avait d'ailleurs été remarquée pour autre chose que sa cicatrice. En bon élève de cette chère Hermione, Harry n'avait pas fait de discrimination envers ses partenaires, qu'ils soient moldus ou sorciers, et avait pour la première fois expérimenté avec un membre de la gente masculine. Il ne l'avait su que bien plus tard, mais l'une de ses partenaires de sport de chambre les plus énergiques s'était avérée être la fiancée du Lucius Malefoy du coin. Naturellement, ce dernier avait mal pris le libertisme des jeunes gens et avait demandé réparation sous la forme d'un duel. Persuadé qu'après avoir affronté Voldemort, nul ne pouvait tenir la comparaison et aurait l'intention de tuer d'un chaton sous morphine, Harry se prêta au jeu et se rendit aux aurores à l'endroit convenu. Jusque sur son lit de mort, le Survivant nierait avoir été responsable de l'état du fiancé à l'honneur bafoué lors de leur rencontre. Le Britannique assurerait à tous ceux qui lui demanderaient des comptes que c'était le français qui avait trébuché sur cette maudite racine et qui avait enragé sans le savoir une fée des bois aux pulsions vengeresses. Depuis, pour ce qu'en savait le Survivant, le fiancé était coincé dans un arbre et servait de compagnon à une dryade d'une virulence assez exceptionnelle. Par un effet domino prévisible, on l'avait tenu responsable de l'état du pauvre homme et les autorités sorcières avaient essayé de lui mettre la main dessus depuis ce tragique incident. Naturellement, la crème de l'aristocratie locale avait cherché à lui faire la peau pour avoir causé indirectement la perte d'une figure politique importante, et le malheureux Survivant avait du une nouvelle fois mettre les voiles en espérant laisser sa poisse derrière lui.
-Ne pensez pas avoir le choix, Harry Potter, le prévint la catastrophe ambulante. Je vais vous ramener avec moi à mon époque, que vous le vouliez ou non. L'échec de ma mission n'est pas envisageable. Mon peuple ne pourra être sauvé que si vous vainquiez Damilda Vanquish, et je ne tolérerais de personne le moindre obstacle.
-Urgh, s'exprima le Survivant devant la diatribe déterminée de la pire élue qui lui avait été donné de rencontrer.
Sentant le peu de volonté dont faisait preuve le Sauveur envers sa digne quête, Ronnie Weasley essaya d'utiliser son avantage génétique sur sa pauvre personne. Ses yeux violets s'illuminèrent d'eux-mêmes et Harry, en occlumens expérimenté, sentit la pression exercée sur sa volonté et sa libido sans que la piètre tentative ne le gène plus que cela. Le sorcier avait toujours été étrangement insensible au charme des vélanes. Même pendant son adolescence mouvementée, il était resté de marbre face à l'armée de vélanes paradant dans le stade lors de la finale de la coupe du monde de Quidditch et aux côtés de Fleur, la sublime championne de Beauxbatons.
La descendante de ces créatures intoxicantes parut un instant déconcertée par l'absence de réaction de l'homme adulte. Nul doute que l'héroïne n'était pas habituée à ce que quelqu'un résiste à ses avances et à ses pouvoirs dérivés de la légilimencie. Reprenant confiance en sa capacité à survivre à l'humainement insurmontable, Harry Potter se redressa, gonfla le torse, carra sa mâchoire et asséna à cette Mary-Sue elfique un "Non" ferme et résolu. Puis, profitant de la déconfiture momentanée de la jeune femme opiniâtre, le Survivant invoqua le pouvoir de ses bracelets et utilisa la magie élémentaire de l'air pour envoyer balader à l'autre bout du couloir sa stalkeuse attitrée. Dégainant fluidement sa baguette, il sortit sa complice vampirique de son immobilisme avant de se carapater dans la direction opposée. Avec un peu de chance, la fille Weasley n'avait pas fait ses études à Poudlard et en compagnie de la carte des Maraudeurs. Il était donc hautement possible qu'il parvienne à ses appartements surprotégés avant qu'elle ne le rattrape et ne l'embarque malgré lui dans une énième quête épique et capillo-tractée.
Dérapant avec agilité d'un couloir perpendiculaire, le Sauveur du monde sorcier poursuivit sa course à travers le glorieux château, ignorant superbement les cris rageurs de Myriam lui intimant de l'attendre et ceux de Ronnie Weasley le prévenant qu'elle aurait ce qu'elle était venue chercher et qu'elle n'arrêterait sa mission que quand elle serait six pieds sous terre.
Pourquoi avait-il décidé que se terrer à Poudlard était une idée géniale, déjà ? Ah. Oui. Parce qu'il avait cru faire preuve d'intelligence en écoutant les précieux conseils de Lord Andréas Potter. Peut-être que rester dans le manoir des Potter aurait put être une meilleure idée. Au moins les cas sociaux étaient limités à un nombre connu et ne s'amusaient pas à débarquer dans sa vie à l'improviste pour la transformer en pièce de Ionesco.
Arrivant enfin en vue de la porte peinturlurée de ses appartements tenant plus de la forteresse imprenable qu'à un deux pièces richement décoré, le Survivant eut la surprise de voir un individu camper fermement devant cette même porte. Un individu qu'il ne connaissait que trop bien, pour l'avoir coincé dans un buisson de mûres à cause de ses pulsions meurtrière envers son innocente personne.
-Il ne peut y avoir qu'un seul Potter dans cette école, Potter ! éructa Charlus Ignatus Potter, ancien Héritier de la prestigieuse famille de tarés et nouveau petit-frère turbulent du Survivant.
Apparemment, Charlus avait malheureusement suivi ses conseils et avait réussi à convaincre Dippet de l'embaucher en tant que professeur de Duel. Ce qui n'arrangeait clairement pas les affaires du pauvre trentenaire.
-Dégage, Charlus ! le prévint la proie poursuivie par deux furies déchaînées.
-Jamais ! se mit en garde le jeune homme un peu trop fougueux.
Bon. Est-ce que sa moralité était tombée assez bas pour qu'il puisse livrer un membre de sa nouvelle famille en pâture à la Mary-Sue ?
Évitant souplement un éclair mordoré fusant dans sa direction, le Sauveur ne prit pas la peine de ralentir sa course et arriva en trombe face à l'autre Potter qu'il assomma proprement à l'aide d'un crochet du gauche parfaitement exécuté. Préférant ne pas regarder derrière lui, il chargea sur son épaule le gamin pour qui il éprouvait bizarrement un certaine responsabilité et entra finalement dans son bastion imprenable. À peine eut-il fermé l'épaisse porte en chêne que le son d'un corps percutant à pleine vitesse le trop mince panneau de bois se fit entendre aux oreilles sensibles de l'Héritier Potter. Ce dernier ne put réprimer un frisson d'horreur à l'entente de ce bruit sinistre. Suivant un pressentiment funeste, le Survivant laissa tomber Charlus dans son canapé et se mit à apposer sur les murs de sa demeure tout un panel de malédictions maya, beaucoup plus dangereuses et surtout irrémédiables, qu'il n'avait jamais osé lancer auparavant. Les coups de bélier faisant peu de temps après trembler sa porte le convaincu d'avoir eut raison de suivre sa paranoïa latente.
Commençant enfin à relâcher la pression que les derniers instants de son existence lui avaient causé, Harry Potter s'octroya le luxe d'un verre. Tranquillement affalé dans son fauteuil de l'ère victorienne, un verre d'un alcool raffiné à la main, le regard nonchalamment posé sur la chose informe qu'était son frère, le Survivant put enfin se détendre et penser à l'horreur sans nom qu'allait devenir son quotidien de professeur de Poudlard et se maudire ne pas avoir su prévoir la mouise dans laquelle il était enlisé jusqu'au cou.
Comme toujours, j'espère que ce truc chelou vous a distrait et tiré quelques ricanements ou haussements de sourcils incontrôlés. ;)
A la prochaine, mes agneaux !
SEY
