Bien le bonjour, braves gens. Après une attente interminable (oui, je me fais des films toute seule, je sais) et un roulement de tambour de circonstance, laissez-moi vous présentez la suite des mésaventures de votre maudit préféré. On applaudit bien fort le malheureux protagoniste de cette histoire, qui aurait préféré bronzer aux maldives plutôt que se retrouver lui-aussi à faire la rentrée scolaire accompagné de cas sociaux de tous horizons.
Sur ce, je laisse savourer ce que j'ai sobrement sous-intitulé "La Rentrée, partie une sur au moins dix".
Chapitre 9 : Pré-rentrée et pré-ennuis
Harry Potter s'apprêtait à passer une journée horriblement mauvaise. Non seulement les moutards pré-pubères allaient débarquer dans la soirée, des étoiles pleins les yeux, de bêtises pleins la tête, et des gadgets de farce et attrape pleins les valises ; mais en plus, il se devait d'assister ce matin à une réunion avec ses collègues professeurs.
La rentrée, ça craignait.
Grognant d'une façon semblable à Charlus, le Sauveur du monde sorcier se retourna dans son lit et cacha son visage sous sa couette. Que risquait-il, honnêtement, s'il séchait sa première journée ? Un petit remontage de bretelles en règle ? Rien de très important et inquiétant. Alors que subir les vingt-quatre heures qu'il s'apprêtait à endurer allait être une forme de torture particulièrement intolérable. En faisant le compte des points positifs et négatifs, le glandage l'emportait haut la main et sous les hourras des supporters.
-Professeur Potter ? fit une voix indécise de l'autre côté de son lit.
-Mmh ? lui répondit la forme endormie et planquée sous sa couette.
-Vous allez arriver en retard à la réunion de pré-rentrée, l'informa la voix d'une politesse exemplaire.
-M'en fous, grogna le Survivant n'ayant toujours pas réalisé qu'il n'était pas seul dans sa chambre à coucher.
-Monsieur le Directeur tient à ce que tous les professeurs assistent à cette réunion, insista la voix douce.
Ce vicelard de vieux schnock pouvait bien aller au diable, et emmener au passage avec lui ses réunions aux aurores.
-Le soleil est levé depuis près d'une heure, Professeur Potter, l'informa la voix commençant à ne plus être sympathique.
-Veux pas y'aller, marmonna-t-il comme un enfant essayant d'amadouer ses parents pour ne pas aller à l'école.
Il fallait dire, tout de même, que chacune des rentrées de Harry Potter s'étaient faites dans le chaos le plus complet. En première année, bien évidemment, tout le monde avait été subjugué par son front et sa légende, et le garçon-qui-avait-survécu n'avait pas put faire un pas sans provoquer des murmures frénétiques et des regards d'adoration. En deuxième année, Dobby avait essayé de lui sauver la vie en condamnant la voie 9 3/4, et Ron et lui s'étaient retrouvés plantés dans le Saule Cogneur juste avant de croiser Snape et ses menaces de renvoi. En troisième année, les détraqueurs avait fait irruption dans le Poudlard Express, et encore une fois, le jeune Harry Potter avait manqué la Répartition. En quatrième année, l'annonce du Tournoi des Trois Sorciers avait créé une exaltation endiablée auprès des adolescents au mal de célébrité. En cinquième année, le crapaud rose avait débarqué à Poudlard, et avec elle ses délires dictatoriaux. En sixième année, il était redevenu l'Elu que tout le monde voulait prendre en photo, Snape était devenu professeur de Défense Contre les Forces du Mal, son professeur de Potion était un stalker élitiste, et il avait eut sa première prophécie sur les bras. Aucunes de ses rentrées ne s'étaient passées paisiblement, il y avait toujours eut un truc pour mettre le feu aux poudres et transformer un début d'année scolaire tranquille en feu de la Saint-Jean. Par conséquent, et maintenant que sa poisse était devenue une entité perchée continuellement sur son épaule dans un gloussement sadique, il était strictement impossible que cette rentrée ne soit pas la pire journée de son existence de maudit chronique. De ce fait, Harry Potter avait logiquement décidé de sécher.
Le courant d'air froid le frappant de toute sa dureté apprit au jeune professeur que sa couette venait de disparaître. Proprement ulcéré par l'inhumanité de ce traitement ignoble, le Survivant s'assit férocement dans son lit et se tourna vers le malheureux être ayant réveillé sa fureur. Clignant plusieurs fois ses yeux myopes, le Sauveur fut un instant déconcerté de ne trouver personne crier dessus. Tâtonnant sur sa table de chevet, il trouva sa paire de lunettes qu'il se dépêcha de chausser. Sa vision nettement plus claire, l'Elu chercha du regard sa victime avant qu'un toussotement poli ne lui fasse comprendre de regarder plus bas. À peine au niveau de son matelas, se trouvait une paire d'oreilles pointues et grisâtres. Encore plus bas, se trouvait un visage ridé et des yeux bleus immensément grands le fixant sans ciller.
-Un elfe de maison ? marmonna le Survivant ne comprenant pas ce que cet être faisait dans sa chambre.
-Mon nom est Dipsie, l'informa cordialement la créature vêtue d'une taie d'oreiller propre et aux couleurs de Poudlard.
Clignant à nouveau sporadiquement ses yeux, Harry Potter se demandait s'il avait bien entendu le nom d'un télétubies sortir de la bouche de l'elfe de maison.
-Dipsie ? demanda-t-il tout de même confirmation à la bestiole grisatre.
-À votre service, Professeur, fit la dénommée en se redressant et en claquant les talons dans une parodie de salut de militaire.
Décidément, cette journée commençait bien, soupira intérieurement le Survivant.
-Est-ce que tu vas tenter de m'estropier pour essayer de me sauver la vie ? demanda l'ancien ami de ce pauvre Dobby.
-Nos ordres sont de protéger les résidents du château contre toutes les menaces, dévoila-t-elle ses fonctions primaires à la grande satisfaction du harcelé. Si vous mutiler est l'unique moyen de nous assurer de votre survie, nous n'hésiterons pas, rajouta-t-elle sous le grimacement du Survivant.
Note à lui-même, n'appeler ces bouchers d'elfes qu'en cas de danger vital.
-D'accord, abdiqua-t-il devant l'absurdité qu'était devenue la Réalité. Et tu me veux quoi, exactement ? s'enquit-il de ses ordres en faisant craquer ses orteils.
-Nous devons nous assurer que tout le personnel enseignant se trouve à la réunion de pré-rentrée à l'heure convenue. Et vous, Professeur Potter, n'étiez pas réveillé alors que vous devez vous trouver dans la salle des professeurs dans une demi-heure.
Une demi-heure ? Mais il avait tout le temps du monde, alors. Cinq minutes étaient amplement suffisantes selon lui. Il enfilait ses habits, demandait au télétubbies de le téléporter, et l'affaire était bouclée. L'elfe aurait pu le réveiller beaucoup plus tard et le laisser pioncer tranquille vingt minutes de plus.
-Et si je viens pas, il se passe quoi? se laissa-t-il vivre dangereusement.
-Je vous y amène de force, lui répondit la petite créature ayant des airs de yoda.
L'air de rien, si la copie grise du maître Jedi décidait de lui pourrir la vie, le Survivant l'avait dans l'os, mais alors, profondément. Ne jamais, au grand jamais, s'attirer les foudres du petit personnel. Harry avait commis cette erreur une fois. Une seule et unique fois. Il s'en était mordu les doigts. Son séjour dans un hôtel cinq étoiles était devenu un enfer invivable après qu'il ait eut la mauvaise idée de critiquer la propreté de son linge à l'une de ses femmes de chambre.
Si les elfes de Poudlard avaient décidé de le prendre en grippe, Harry Potter était d'ors et déjà foutu. Non seulement l'accès aux cuisines allait lui être interdit, ce qui était une catastrophe en soir, mais en plus il allait devoir faire son ménage, sa lessive et sa cuisine tout seul. Et si ces petits saligauds étaient rancuniers, il allait se retrouver avec des Plaies littéralement parachutées sur lui juste pour lui pourrir l'existence. Non, vraiment, se mettre à dos les rouages invisibles de Poudlard était une horrible idée.
Soupirant devant la fatalité, Harry se leva de son lit beaucoup trop confortable et fit savoir à Dipsie qu'il serait effectivement présent à cette damnée réunion. L'elfe se plia en angle droit dans un salut digne de Dobby et disparu dans un "crac" sonore. Alors qu'il finissait de boutonner son pantalon, l'Elu remarqua un panier de viennoiseries odorantes laissé à son attention sur sa table basse. Remerciant silencieusement ces déités des fourneaux incroyablement serviables, le professeur se jeta sur ses friandises délicieuses. Il savoura ces pâtisseries avec des gémissements de contentement purement obscènes, les dévorant l'une après l'autre entre deux gorgées de café torréfié avec soin et compétence. Si toutes ses matinées commençaient de cette façon, son séjour dans cette école de cas sociaux n'allait pas être si terrible qu'il l'avait originellement prévu.
D'une humeur presque joyeuse, le Survivant rangea ses parchemins dans son cartable en cuir digne des années quarante, plaça le sac de perles sur son épaule, enfila sa cape capable de résister à un char d'assaut, et sortit de ses appartements, prêt à affronter sa première rentrée en tant que professeur. Jetant de rapides coups d'œil dans le couloir pour s'assurer de l'absence de harceleurs persistants, Harry Potter se dépêcha de sceller sa porte avant de trottiner dans les corridors du majestueux château. Connaissant sa Poisse Cosmique habituelle, il paraissait évident au professeur qu'un individu, parmi la multitude en ayant après lui, allait apparaître derrière une tenture et se mettre à le pourchasser avec une armée d'accromentules affamées. Pour éviter cette tragique destinée, le Sauveur rasait les murs et les tapisseries mitées, sa baguette en bois de houx à la main.
Étrangement, le Survivant ne croisa aucune âme qui vive pendant ses pérégrinations dans le château. Le fantôme de Poufsouffle ne correspondant pas au critère "qui vive", et étant d'une cordialité exemplaire, était à peine digne d'être mentionné. Le voyageur du futur arriva donc devant la porte de la salle des professeurs sans la moindre anicroche et avec un pressentiment de catastrophe majeure imminente. Hésitant quelques secondes à frapper ce panneau de bois innocent, le héros du monde sorcier rassembla ce qu'il restait de son courage et cogna poliment à cette porte maudite. Un courtois et masculin "Entrez!" retentit à l'intérieur et Harry Potter, après avoir pris une grande inspiration, s'engouffra dans la fosse aux lions.
Honnêtement, le Survivant ne savait pas trop à quoi s'attendre lors de cette réunion de pré-rentrée. Il avait imaginé ses collègues en train de se goinfrer de biscuits et de siroter du thé tranquillement installés dans leurs fauteuils en cancanant gentiment, aussi bien qu'il se les était représentés sévèrement assis autour d'une table ronde, des dossiers devant eux, et des paroles acides s'échangeant entre eux quand ils ne crachaient pas sur leurs cancres d'élèves. La réalité était toute autre, et le Sauveur aurait du franchement s'y attendre. Etre surpris d'un tel spectacle n'était pas digne de l'abonné à la Loi de Murphy qu'il était.
Frankenstein était aussi proche qu'elle le pouvait de ce pauvre Charlus, lui demandant de lui prêter un peu de son sang ou de la laisser le découper en morceaux pour le bien de la Science. Fawley était planqué derrière un volumineux fauteuil et lui faisait de peu discrets signes de la main, semblant vouloir qu'il le rejoigne d'urgence derrière ce meuble du siècle dernier. Beery s'essayait à l'opéra sous les cris outrés d'Ursula Smith, la Directrice de Maison de Serdaigle, et les grimaces de son complice Brulopot, le professeur de Soin aux Créatures Magiques, et de Primprenelle Evergreen, la fée à échelle humaine. Galatea Têtenjoy, comme à son habitude, regardait l'agitation ambiante avec un petit sourire sur les lèvres et un porte-cigarette entre les doigts, son gracieux fessier posé sur un canapé mauve de toute évidence métamorphosé par Dumbledore. Ce dernier était assis à l'autre bout du mobilier, occupé à renifler et à se tamponner les yeux à l'aide d'un mouchoir rose, essayant de faire croire à ses collègues qu'il n'était pas en pleine crise de larmes juste après avoir reçu du courrier de son ennemi juré. À leurs pieds, Binns était en train de finir sa nuit, bavant face contre terre sur le tapis persan et ronflant comme un narcoleptique accompli. Attablée à une grande table sensée accueillir les professeurs, Anatolia Campbel bossait sur ses travaux d'Arithmancie, une pile de parchemins tranquillement posée autour d'elle. Slughorn était quant à lui en pleine discussion avec une sorcière d'une taille impressionnante et à la charpente bien musclée ne pouvant qu'être la joueuse de Quidditch professionnelle exerçant à mi-temps le métier de professeur de vol. Un homme, que Harry aurait pu jurer être un moldu, habillé en costume sombre des années quarante sirotait tranquillement une tasse de thé en faisant part à Dippet de ses expériences en terrain moldu et des objets mécaniques qu'il avait ramené dans ses valises n'allant certainement pas manquer de passionner ses élèves. Une jeune femme vêtue de l'uniforme des médicomages de Ste Mangouste rasait un mur de la pièce en essayant de ne pas se faire voir par le pauvre bibliothécaire planqué derrière son fauteuil, une fiole dégageant une fumée suspecte serrée dans sa main aux ongles vernis.
Un être lambda débarquant dans cet espace clos aurait put être surpris par le manque de professionnalisme flagrant. Un malchanceux chronique, en revanche, aurait du s'y attendre avec pragmatisme. Il semblait au Survivant que sa capacité à être étonné était plus basse qu'il ne l'avait originellement pensé.
Après avoir accroché sa cape à un porte manteau et posé son cartable inutile près de l'entrée, Harry Potter fut accueilli sous une exclamation ravie de Slughorn, qui l'invita à rejoindre la conversation passionnante de Quidditch. Jetant un coup d'œil inquiet à ce pauvre Howard Fawley toujours derrière son fauteuil, le voyageur du futur accepta l'invitation en faisant à son tour un discret signe de la main à l'autre harcelé, lui enjoignant de venir à côté de lui. Un chasseur de mages noir à la retraite étant une protection plus efficace qu'un malheureux meuble, le bibliothécaire avait de meilleures chances d'échapper à l'infirmière s'il était collé à lui le temps de la réunion. Comprenant la stratégie de son compagnon de galère, Howard se dépêcha de venir s'incruster dans la conversation de Quidditch sous le regard curieux du professeur de vol. Alors que l'athlète reprenait son récit de la finale du tournoi inter-saison, Harry profita de sa proximité avec le bibliothécaire pour enfiler discrètement à son poignet un bracelet qu'il avait récupéré plusieurs années de cela dans une tombe maya. L'objet antique était trop nocif pour être porté trop souvent par le Survivant, mais ses résultats étaient incomparables. Avec cette amulette, Howard Fawley allait avoir une paix royale. S'il ne se transformait pas en un monstre assoiffé de sang et de destruction entre temps. Peut-être devait-il lui expliquer ce léger effet secondaire avant qu'il n'en devienne dangereusement dépendant. Et le plus tôt serait le mieux, ou alors une bestiole beaucoup plus létale que Myriam allait faire son apparition à Poudlard.
La conversation embraya rapidement vers un nouveau sujet d'une actualité plus récente que les exploits sportifs des Harpies de Holyhead, à savoir la rentrée, et l'absence attendue du dernier membre du corps professoral. Seul manquait le professeur d'Etude de Rune pour que l'assemblée soit complète, mais, apparemment, cet individu aimait se faire désirer et arrivait à chaque fois plusieurs semaines en retard. Personne ne l'attendait donc avant la fin du mois de Septembre et ceux à l'emploi du temps le moins chargé allaient se retrouver avec de l'intérim sur les bras, au grand déplaisir des concernés. Slughorn, en tant Directeur de Maison, était bien entendu à l'abri de cette corvée annuelle et prenait les paris sur le prochain malchanceux à écoper du plus gros des élèves. Naturellement, Harry sut à cet instant qu'il allait se retrouver à enseigner l'Etude des Runes en plus de sa matière déjà bien chargée. Sa Poisse Cosmique n'allait certainement pas lui éviter cette corvée et le professeur allergique à la ponctualité allait débarquer la bouche en cœur aux alentours de Noël ou de Pâques.
Alors qu'un soupir de fin du monde sortait de ses poumons, ce brave Howard prit pour la première fois part à la conversation et lui expliqua qu'il se chargeait d'enseigner cette matière ardue aux sixième et septième années et que les autres professeurs se partageaient plus ou moins équitablement les troisième, quatrième et cinquième années. Ce détail rassura grandement le Survivant, qui ne connaissait des runes que les interdictions gravées à même la pierre sur les tombeaux qu'il avait honteusement pillé. Il eut beau essayer de faire comprendre à Slughorn que sa compréhension de cette écriture était au mieux lacunaire, il était toujours mieux placé que ses collègues pour assurer une bonne partie de l'intérim. La joueuse de Quidditch lui dit qu'il n'aurait qu'à faire comme tout les autres et faire lire des chapitres à ses pauvres élèves. Cet enseignement ressemblait beaucoup trop à ce qu'il avait subi en cours avec le crapaud rose pour qu'il puisse infliger ce lavage de cerveau en règle à quique ce soit. Au pire, il leur ferait des cours magistraux sur les machins qui signifiaient "Toi qui pénètre en ce lieu, renonce à tout espoir." et "ceux qui disaient "Fuis si tu tiens à la vie." La grande différence résidait dans l'identité de l'écrivain et ses intentions envers le pauvre intrus. Et s'il devait assurer plus que quelques semaines de cours, il n'aurait qu'à sortir de son sac en perles les quelques babioles qu'il avait récupéré aux cours de ses errances épiques. Voilà quelque chose qui pourrait distraire un adolescent jamais sorti des murs froids de ce château humide et mal éclairé.
Soulagé de son plan de secours bancal si jamais il écopait ad vitam æternam d'une matière supplémentaire où il était un complet néophyte, le Survivant reprit plus sereinement le cours de la conversation. La discussion avait dérivé sur les briseurs de sort campant toujours devant la propriété et sur les plaintes des habitants de Pré-au-Lard, ulcérés des dégâts et des pillages que faisaient les mercenaires dans leur paisible bourg. Apparemment, les locaux accusaient les résidents de Poudlard d'être responsables de tout ce bazar et exigeaient de leur part de régler le problème le plus tôt possible.
Note à soi-même, pensa le Survivant, ne pas aller errer près de Pré-au-Lard tant que les chasseurs de primes sont toujours dans les parages. Risque de course-poursuite effrénée et de vente aux enchères de sa personne en vue.
Howard vint soudainement se presser contre lui et s'agripper à sa chemise moldue en couinant comme une souris prise entre les griffes d'un gros chat. Et, effectivement, quand le sorcier inspecta les environs, l'infirmière de l'école s'approchait dangereusement de leur position.
-Howard, essaya-t-il de calmer la future créature sanguinaire de Poudlard. Je peux vous vous assurer qu'avec cette amulette, vous n'avez strictement rien à craindre de- , se coupa-t-il brusquement à la vue de l'immense seringue présente dans la main de la médicomage.
Bon. D'accord. Il y avait honnêtement de quoi avoir les miquettes. Personne ne voudrait avoir une aiguille de trente centimètres plantée dans le corps par une stalkeuse aux pulsions sadiques.
-Miss Wilson, essaya-t-il de raisonner la psychopathe dangereusement armée, le petit bibliothécaire toujours agrippé contre sa poitrine. Monsieur Fawley ne désire pas obtenir de soins pour l'instant, lui dit-il en se donnant l'impression d'avoir pris la place de Dumbledore dans sa confrontation avec Frankenstein.
-Mais des cas de Dragoncelle ont été recensés au Pays de Galles, lui révéla-t-elle comme s'il était un arriéré incapable de comprendre le concept de microbes et de vaccins. Howard est de constitution trop fragile, il n'y survivrait pas, même avec mes meilleurs remèdes.
-Le Pays de Galles se situe à plus de quatre cent miles de l'Écosse, l'informa le baroudeur expérimenté d'une voix égale en refermant son bras gauche sur le pauvre sorcier tremblant et en préparant sa main droite à sortir sa baguette. Je ne pense que nous soyons en pleine crise sanitaire et que Monsieur Fawley ait un besoin urgent de se faire vacciner, ajouta-t-il en louchant sur l'instrument de torture.
-Pour l'instant, fit l'infirmière d'une voix menaçante et en avançant d'un pas vers sa pauvre victime planquée dans son giron.
-Miss Wilson, prononça le chasseur de mages noir d'un ton à geler les tropiques. Quand, et si, Monsieur Fawely aura besoin de vos services, il vous le fera savoir de façon claire, articula-t-il distinctement avec un sourire incroyablement faux.
-Oui, mais- , commença la jeune femme avant de se faire brutalement couper la parole.
-Selon ces termes précis, ajouta l'Elu de nombreuses prophéties, "Miss Wilson, je requiers vos services". Vous vous en souviendrez, Howard ? fit-il à l'intention de la créature couinante agrippée à ses vêtements.
Le petit bibliothécaire opina farouchement du chef, sa tête toujours planquée dans sa chemise, en signe d'assentiment.
-Voilà qui règle la question, conclut le Survivant en se demandant si le don du bracelet n'était peut-être pas en fin compte un peu exagéré.
-Voilà qui ne règle rien du tout ! répliqua avec énergie la médicomage. Howard a besoin de soins constants !
-Il aurait beau être au seuil de la mort, rétorqua à son tour le Sauveur, vous êtes tenue d'avoir son accord avant de lui prodiguer le moindre traitement.
L'exclamation choquée et scandalisée se peignant sur le visage de l'infirmière valait son pesant d'or. Il était dommage que le petit sorcier ait le visage planqué dans sa chemise, il aurait pu avoir un souvenir précieux pour son futur Patronus.
-Vous êtes un monstre d'inhumanité ! lui cracha-t-elle au visage.
Voilà qui était nouveau, pensa en son for intérieur le Survivant. En général, soit on le traitait de monstre, soit on l'insultait d'inhumain. La combinaison des deux ne revenait-elle pas à annuler l'affront? De ce qu'il savait des Mathématiques, par l'intermédiaire de cette chère Hermione, un moins et un moins devenaient un plus. Utiliser ce principe pour les insultes valait de toute façon mieux que de prendre la mouche et coller son poing dans la figure de la sorcière trop collante.
-Merci, lui répondit-il donc avec un grand sourire d'une fausseté brevetée par sa cousine Aliénor.
Bien évidemment, l'infirmière farouche fut décontenancée par cet étalage de courtoisie empoisonnée et ne trouva rien à répondre dans les secondes qui suivirent. Ce moment de pur silence fut suffisant pour qu'Albus, fidèle chevalier à la rescousse des nécessiteux, vienne s'incruster à son tour dans la conversation. Faisant rempart de son corps, il apostropha la sorcière sur la récente découverte de l'essence de Murlap dans le traitement de l'acné persistent. Monopolisant tout son temps de parole, il réussit à entraîner la médicomage à l'autre bout de la pièce tout en faisant un clin d'œil complice au Survivant.
C'était officiel, Albus était le meilleur allié qu'il pouvait trouver dans cette école de cinglés. Lui coller un pain dans la figure pour l'avoir manipulé pendant toute son enfance n'était plus à l'ordre du jour et ne serait reconsidéré comme une priorité que quand le Directeur de Gryffondor lui ferait une crasse digne de sa fureur vengeresse, comme le donner en pâture à ses harceleuses prophétiques. Jusqu'à ce jour hypothétique, Harry Potter accordait sa confiance pleine et entière à son ancien menteur de professeur.
Décrochant de sa chemise le petit bibliothécaire, qui était tellement soulagé d'avoir été momentanément débarrassé de sa harpie personnelle qu'il en était devenu plus mou que du caramel fondu, le Survivant apposa sur son visage un masque de crétin candide et lança une remarque idiote sur l'obsession du personnel hospitalier du monde sorcier. Ses collègues ne rirent que par politesse et enchaînèrent sur un nouveau sujet de discussion. Remarquant que le professeur de Métamorphose accaparait toujours l'infirmière, Harry entraîna le trop décontracté Howard vers le divan. S'asseyant à ses côtés au cas où Wilson essaierait de profiter de son absence pour lui mettre le grappin dessus, il accepta de bon cœur la cigarette que lui offrit Galatea, se trouvant être sa voisine de droite.
-Animé, vous ne trouvez pas ? lui dit-il d'un sourire moqueur en tirant gracieusement une bouffée de nicotine.
-Un peu trop pour huit heures du matin, répliqua dans un marmonnement le chasseur de mages noir à la retraite.
-Pour une pré-rentrée, c'est assez calme, lui confia la presque centenaire.
-Vous plaisantez ? essaya-t-il avec horreur de réfuter la réalité.
-J'ai bien peur que non, lui répondit le mage noir dans un léger ricanement fort peu compatissant.
Une vague de découragement s'abattit sur le Survivant et il s'affala sans force contre le dossier du canapé.
-Et à combien de réunion je devrais obligatoirement être présent, exactement? osa-t-il demander en s'attendant à ce qu'un rocher lui fende le crâne.
-Pas plus d'une par mois, tenta de le rassurer Galatea.
-Super, lâcha le professeur dans un soupir démoralisé.
Alors que sa collègue allait une nouvelle fois essayer de dédramatiser la situation, un cri haut perché les fit tout deux tourner leur tête vers l'origine du bruit. À leur plus grande surprise, quelqu'un avait décidé de fouiller dans son cartable en cuir laissé à l'abandon et s'était retrouvé avec une malédiction lui grignotant la main à petit feu. Trop experte pour ne pas s'apercevoir qu'un objet était soumis à un maléfice, Frankenstein observait de ses grands yeux de chouette le résultat de cette tentative d'indiscrétion.
-Classique, mais indubitablement efficace, lâcha Galatea d'une voix tranquille.
-J'ai mis un putain de panneau signalétique sur ce sac, grogna le professeur. "Attention, magie noire, pas toucher." Il faut vraiment rien avoir dans le citron pour toucher un objet étiquetté "Magie noire", déplora le voyageur du futur.
-Ou être maladivement curieux, ajouta le mage noir.
-Mais même en étant curieux, quand on voit "Attention, magie noire, pas toucher" on garde ses mains dans ses poches, maugréa le Survivant en croisant les bras avec humeur. Question de survie, conclut-il pendant que l'abruti courrait dans tous les sens avec sa main noircie devant lui.
-Les curieux et les imbéciles ne survivent justement pas, prononça calmement Galatea. Il s'agit de la caractéristique qu'ils ont en commun.
-N'empêche que dans cette histoire, c'est moi qui vais trinquer, pas l'abruti congénital, marmonna l'Elu en s'enfonçant plus profondément dans le canapé.
-Je suppose que le Directeur considérera sa main mutilée comme un blâme suffisant.
-C'est même pas permanent, ronchonna le Survivant. Dans deux heures il pourra à nouveau s'en servir comme si rien ne s'était passé.
-Je ne vous savais pas si miséricordieux, exprima-t-elle sa surprise.
-J'allais tout de même pas me trimballer dans une école pleine de morpions avec une malédiction indélébile posée sur mon sac, fit le professeur responsable en arquant un sourcil. Ne me dites pas que vous vous promenez dans les couloirs avec des maléfices aux résultats permanents, lâcha-t-il d'une voix blanche, un doute affreux traversant son esprit.
-Dans ce cas, fit-elle en tirant une nouvelle bouffée de nicotine, je ne le dirais pas.
-Parfois, j'oublie que la raison pour laquelle vous avez arrêté vos exactions de mage noir n'est pas parce que vous vous êtes repentie, mais parce que vous êtes en planque et que vous tenez à votre tranquillité, soupira l'ancien chasseur de mages noir.
L'individu aux mains un peu trop baladeuses se trouvait être Beery, le Directeur de Poufsouffle et l'amateur de théâtre voulant le prendre pour acteur principal. N'ayant que très peu de compassion pour ses harceleurs, Harry Potter ne voyait pas l'intérêt de signifier au concerné que sa vie n'était pas en danger immédiat et que sa main reprendrait une couleur normale dans les deux heures. Au moins maintenant, ses collègues étaient prévenus, personne ne fouillait dans ses affaires s'il voulait conserver ses doigts. Le professeur de Botanique servait d'exemple et d'avertissement pour les autres curieux en peu plus dégourdis et motivés.
Albus, toujours prêt à aider son prochain, se précipita dans un éclair de robes colorées vers leur pauvre collègue criant toujours à s'en vriller les cordes vocales. Il lui suffit d'un rapide coup d'œil pour comprendre qu'une magie particulièrement vicieuse était à l'œuvre et que seul un maître dans la matière pouvait faire quoique ce soit de probant sur cette main pourrissante. Le regard de chien battu de le puissant mage lança à ses deux collègues paraissant sur le canapé fit ricaner Galatea et hésiter Harry. Il avait toujours été faible aux grands yeux humides implorant son aide. Poussant un énième soupir, le Survivant leva son arrière-train du confortable divan et se dirigea vers le misérable Beery. À peine un geste de baguette plus tard, l'aspect de la main baladeuse reprit une couleur humaine et le professeur trop curieux pour son bien arrêta de gémir pitoyablement. Avec un peu de chance, cette mésaventure allait faire changer d'avis le metteur en scène en herbe sur le choix de son casting. Parce que franchement, avec lui dans la distribution, le spectacle n'avait pas la moindre chance d'arriver jusqu'à l'estrade le jour de la représentation. Et le fait qu'il soit le seul à s'en rendre compte était déplorable en soi.
L'incident eut le mérite de rappeler à Dippet qu'il était sensé présider une réunion de pré-rentrée, pas une réception entre collègues. Toussotant dans son poing ridé, le vieux manipulateur invita ses employés à prendre place autour de la table prévue cet effet. Le professeur d'Arithmancie, Anatolia Campbel était déjà attablée et ne prit même pas la peine de lever le nez de ses parchemins pour saluer ses collègues. Galatea, intéressée par ses travaux avant-gardistes, prit place à sa gauche, son sourire froid lui interdisant de refuser sa modeste compagnie. Ursula Smith s'assit au côté du génie tyrannique et rangea ses notes éparpillées un peu partout en une pile droite. Dumbledore prit s'installa à côté de son homologue de Serdaigle et Harry se dépêcha de prendre la chaise libre à l'autre flanc de son allié surpuissant. De même, Howard Fawley vint se coller à son sauveur providentiel dans le vain espoir d'échapper à sa harpie personnelle. Lançant un petit sort mesquin sur l'infirmière, le voyageur du futur eut la satisfaction de la voir trébucher contre Binns et les envoyer tout deux au sol dans un enchevêtrement de bras et jambes particulièrement comique. La place libre près du bibliothécaire fut donc occupée par Frankenstein, qui avait, avec ses yeux de chouette, bien entendu repéré l'artefact au poignet de ce pauvre Howard. À la droite de l'américaine se trouvait Slughorn, curieux de connaître les relations outre-atlantiques intéressantes de la jeune femme aux cheveux verts. À ses côtés s'attabla un Charlus traîné malgré lui par son ancien professeur et qui trouvait les engins moldus du nouvel arrivant assez flippants, au contraire de Primprenelle Evergreen, qui trouvait ces objets fascinants. À la droite du professeur de Divination et d'Astrologie, était assis Silvanus Brulopot, enseignant de Soin aux Créatures Magiques aux yeux un peu trop baladeurs actuellement plongés dans le décolleté de sa voisine et à l'instinct de survie atrophié. Éternel complice, Beery s'installa près de son ami en fixant d'un air suspicieux sa main toujours noirâtre. Inquiète des possibles effets secondaires du maléfice, l'infirmière prit place à ses côtés, un air concerné plaqué sur son visage. Ne désirant pas avoir comme voisine une hystérique voyant le reste du monde comme des patients en attente de ses soins, la joueuse de Quidditch professionnelle installa de force Binns aux côtés de Wilson avant de prendre place à leur droite. Dippet, dernier à s'asseoir, choisit la chaise libre aux côtés du mage noir à la retraite, laissant un espace entre lui et le professeur de vol.
-Bien, fit le Directeur de l'école de magie. Que la réunion de pré-rentrée commence ! proclama-t-il un peu trop cérémonieusement.
-J'aimerais commencer, intervint la sérieuse Directrice de Serdaigle, par faire savoir aux nouveaux arrivants qu'ils doivent eux-aussi obéir au règlement intérieur en vigueur et faire passer l'éducation de nos élèves en priorité.
Les yeux dramatiquement levés au ciel de Beery laissaient supposer au Survivant qu'il s'agissait d'une introduction répétée chaque année par le professeur de Sortilège.
-Merci professeur Smith, reprit Dippet. Autre chose, avant que nous commencions ? donna-t-il librement la parole à ses employés.
-Oui ! fit le Directeur de Poufsouffle en se levant dramatiquement de son siège. J'ai la ferme intention de mettre en place cette année un spectacle de théâtre !
Le reniflement de mépris expiré par Smith ne passa pas inaperçu, mais le professeur de Botanique décida d'ignorer cette remarque non-verbale. La chorégraphie des Directeurs de Serdaigle et Poufsouffle semblait étonnamment bien rodée et parfaitement réalisée. Il devenait de plus en plus certain aux yeux du Survivant que la guerre des Maisons dans les années quarante ne concernait pas Gryffondor et Serpentard, mais plutôt les aigles et les blaireaux, et que leurs réputations de pacifiques suiveurs étaient loin d'être véridiques.
-Tant que vous respectez la volonté des participants et que personne ne s'amuse à jeter des morceaux d'armure dans les couloirs pour échapper à une coopération forcée, je n'ai pas d'objection, annonça-t-il en lâchant un regard appuyé et lourd de menace dans la direction des deux employés concernés par cet incident.
-Mais moi si, grinça le professeur de Sortilèges. Il s'agit d'une distraction inadmissible pour nos étudiants ! se laissa-t-elle emporter par sa fougue. Il est tout simplement inacceptable de laisser nos élèves se vautrer dans l'indolence, la paresse et la négligence alors qu'ils doivent se concentrer pour donner le meilleur d'eux-mêmes dans leurs études !
-Ce sont des adolescents ! répliqua à son tour Beery en se penchant dangereusement sur la table. Pas des machines à calcul !
-En effet, intervint Campbel, les machines à calcul sont beaucoup plus performantes et moins susceptibles d'oublier une virgule.
L'acidité dans le ton du professeur d'Arithmancie laissait penser qu'il s'agissait d'une erreur beaucoup trop commune parmi ses larbins d'étudiants.
-Le fait est, reprit Smith d'une voix plus pondérée, nos élèves se doivent de passer leurs sept années d'études à travailler, appuya-t-elle ce dernier mot à l'intention du Directeur de la Maison valorisant justement le travail.
-Je préfère que les enfants à notre charge soient heureux et bien dans leur peau pour affronter le monde adulte, plutôt que les transformer en inféri tout justes bons à réciter des leçons inutiles dans la vie réelle, lui asséna sans remords le sorcier pourtant toujours convalescent.
-C'est toujours comme ça, les réunions du personnel ? osa demander le Sauveur au petit bibliothécaire à sa droite.
-Globalement, lui répondit Howard dans un haussement d'épaule. Smith et Beery ne peuvent pas se voir en peinture, relativisa-t-il leur haine réciproque et palpable. Les matchs Poufsouffle-Serdaigle sont d'ailleurs une source de conflit inépuisable. Ils s'accusent l'un l'autre de tricherie en pleine partie et contestent toujours les résultats finaux, lui expliqua-t-il en jetant un coup d'œil discret vers l'infirmière.
Mouais. Et dire qu'il avait pensé que Snape et McGonagall étaient un peu trop intenses dès qu'il était question de Quidditch. Smith et Beery étaient d'un tout autre niveau...
Les autres professeurs, quant à eux, comptaient les points ou continuaient leur discussion avec leurs voisins, ne trouvant pas la situation présente particulièrement dérangeante. Ce vieux vicelard de Dippet grignotait même des pistaches apportées par ces gentils elfes de maison.
À dire vrai, Harry Potter n'avait pas su à quoi s'attendre pour cette réunion de pré-rentrée. Mais le cirque, juste assez barré pour ne pas être crédible, qu'il avait sous les yeux n'était certainement pas quelque chose qu'il avait prévu. Des zèbres fluo débarquant par une porte dérobée l'aurait moins étonné que l'espèce de bordel organisé s'étalant devant lui. Le problème, en fait, était qu'il était trop habitué aux retournements de situation capillotractés pour digérer les petits ennuis domestiques propres à chaque réunion du personnel. Il était tout simplement dépaysé par le trop-plein de normalité paraissant extravagante aux yeux du reste du monde.
Et, juste au moment où il réalisait que tout ce cirque était en fait parfaitement normal et que c'était sa paranoïa latente qui sur-réagissait à l'approche de la prise de ses nouvelles fonctions, un pépin aux proportions titanesques vint se loger métaphoriquement parlant dans sa gorge. Tournant sa tête brune vers le trou fumant remplaçant la porte de la salle des professeurs, Harry Potter sut que sa Poisse Cosmique avait encore frappé. Émergeant de l'épaisse fumée comme un héros homérique, un individu crasseux à la démarche conquérante et paraissant avoir fait le tour du monde se présenta aux respectables sorciers encore attablés. Sortant à sa suite du nuage de poussière de marbre en toussotant dans son poing, un jeune homme semblant à peine avoir atteint la majorité regardait le curieux personnage avec des yeux débordant d'amour et de dévotion. Le gamin ressemblait beaucoup trop à un chien suivant fidèlement son maître pour être autre chose que son larbin.
-Salut la compagnie ! fit le dernier professeur en saluant de la main ses collègues blasés.
-Vous êtes en retard, grinça Smith en guise de "bonjour" cordial.
-Je vous rassure, ajouta Beery d'un voix beaucoup plus civile, à part les piaillements de cette vieille pie acariâtre, vous n'avez strictement rien manqué.
Alors que la dispute entre les deux Directeurs de Maison reprenait de plus bel, le professeur d'Étude de Runes ne trouva rien de mieux à faire qu'éclater de rire comme un débile mononeuronal et de dire que cette école de tarés lui avait manqué. Mentalement, Harry classa l'individu joyeux comme un original qu'il devait éviter à tout prix s'il ne voulait pas que sa Poisse ne se mêle de sa vie. Malheureusement, comme un petit diablotin perché sur son épaule n'attendant qu'une opportunité pour lui pourrir méchamment l'existence dans un ricanement sadique, l'entité tortionnaire régissant sa vie vint ajouter son grain de sel. Le nouvel arrivant posa les yeux sur le pauvre Survivant, qui sentit les ennuis arriver à la vitesse d'un train à vapeur et qui déplora dans un soupir de fin du monde la suite discontinue d'abracadabrantes péripéties qu'était son existence de maudit.
Le professeur venant d'envoyer une porte se fracasser contre le mur d'en face était plus ou moins la version féminine de lui-même, minus les ennuis prophétiques divers et autres harceleurs du dimanche passant leur temps à lui courir après. En effet, la trentenaire avait tout d'un baroudeur courant les conquêtes des deux sexes à travers le globe et collectant les trophées et artefacts perdus. Sa longue chevelure blonde était tressée et retombait artistiquement sur son épaule et sa généreuse poitrine en une parodie de Lara Croft. Elle avait, en fait, tout du personnage de jeu vidéo. Elle possédait la même paire de bottes indestructibles que le Survivant leur conférant une allure de baroudeurs inter-continentaux. Son pantalon en cuir laissait deviner des formes musclées et féminines invitant à la luxure. Ses multiples ceintures en cuir regorgeaient d'outils, armes et amulettes ressemblant étonnamment à l'attirail du Sauveur. La chemise sale et masculine qu'elle portait ne cachait nullement la généreuse poitrine de la sorcière. La veste d'aviateur, en cuir brun et rembourrée de laine à l'intérieur, présente sur son dos était étiquetée au nom d'un certain Capitaine Friedmann de l'armée du Troisième Reich.
Minute papillon. N'était-elle pas sensée avoir passé ses vacances en Norvège ? L'un des pays sous occupation allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale?
Se traitant mentalement d'idiot en se frappant le front de la paume de la main, Harry Potter décida que lire les journaux moldus et sorciers n'était pas un luxe dont il pouvait se priver. À défaut de connaître les dates stratégiques du conflit dans lequel son pays était englué, se tenir au courant de l'actualité était la moindre des choses. Si Hermione avait été à sa place, nul doute qu'elle aurait raccourci cette guerre de plusieurs années et écrasé impitoyablement les nazis mégalomaniaques ressemblant un peu trop aux sous-fifres de Voldemort.
Maintenant, que pouvait en déduire un esprit moyennement habile tel que celui du Survivant ? Lara Croft version blonde et sorcière avait fait un tour en zone occupée, s'avérant être l'un des endroits les plus inhospitaliers du globe abritant dans ses régions septentrionales une partie non-négligables des Territoires Incartables du Grand Nord regorgeant de bestioles toutes plus dangereuses les unes que les autres, et en était ressortie en un seul morceau. Le Sauveur ne pouvait que reconnaître le talent naturel de sa nouvelle collègue. Ou alors, une autre entité du karma était aussi penchée sur son épaule et s'arrangeait pour que la Chance ne cesse de sourire à sa protégée. Si la blondasse était aussi chanceuse qui lui était poissard, Harry Potter allait péter une durite et fracasser le visage parfait de son insupportable collègue.
-Tiens, remarqua la nouvelle arrivante. Il y a des nouvelles têtes.
-Laissez-moi vous présenter Harrold James Potter, Héritier du Clan Potter et nouveau professeur de Xénomagie, fit Dippet en ignorant l'échange de piques entre ses Directeurs de Serdaigle et Poufsouffle. Et voici Miss Primprenelle Evergreen, enseignant la Divination et l'Astrologie, ajouta-t-il en désignant la timide métisse. Charlus Potter, notre ancien étudiant, a repris le poste de professeur de Duel, termina-t-il en pointant le jeune homme.
-Je crois que c'est la première fois que nous vous voyons avant l'arrivée des élèves, nota Brulopot.
-Vos vacances ont-elles été agréables ? cancana cette commère de Slughorn.
-Phénoménales, lui répondit la blondasse avec un énorme sourire en s'installant sur la chaise inoccupée.
-Je constate que vous avez encore ramené un nouvel étudiant avec vous, observa Albus en fixant le compagnon du professeur d'Étude des Runes.
Le jeune homme aux poumons peu résistants à la poussière de marbre semblait avoir à peine atteint la majorité et se tenait derrière la chaise de la blondasse comme un larbin obéissant ou un chiot servile. Il n'y avait, à première vue, pas grand chose de remarquable chez ce garçon au regard débordant pathétiquement d'amour. Des cheveux et des yeux clairs typiques des habitants de l'Europe du Nord, un visage pâle semblant ne pas avoir vu le soleil depuis des mois, des vêtements moldus quelconques, rien d'extraordinaire. Sauf que quand le Survivant s'intéressa à ce jeune homme assurément sous l'emprise d'un philtre d'amour, il remarqua certains détails étranges. Certes, la Norvège n'était pas réputée pour son été chaleureux, mais le teint livide du garçon ressemblait beaucoup trop à celui des prisonniers fraîchement libérés pour être honnête. Ses yeux clairs étaient d'ailleurs méchamment cernés et ne faisaient qu'accentuer la pâleur de son visage. Ses traits durs et anguleux étaient en fait le résultat d'une malnutrition sévère. De discrètes cicatrices prenaient place sur son visage et ses mains, correspondant étrangement à des runes nordiques. Les cals au bout de ses doigts laissaient deviner un usage régulier d'une baguette, et pourtant le sorcier était correctement habillé comme un moldu. Maintenant qu'il y pensait, le symbole de son pendentif n'était-il pas l'emblème de la Régence des sorciers habitant les Territoires Incartables du Grand Nord ? La blondasse n'avait tout de même pas ramené dans ses bagages un membre de l'équivalent d'une famille royale des terres les plus dangereuses du globe ? Lui-même n'avait jamais eut comme compagnon d'infortune un futur Régent en exil, alors qu'il encaissait toutes les crasses que le Destin lui envoyait avec un stoïcisme à faire pleurer les pierres. C'était injuste, décréta le héros absolument pas jaloux.
-Je vous présente Eirik Gustafson, le dernier de la lignée des Régents de Sorciers des Territoires Incartables du Grand Nord, proclama le professeur d'Étude de Rune avec emphase et un énorme sourire victorieux gravé dans son visage de pouffiasse.
Et merde, grinça mentalement le Survivant. Elle avait vraiment ramené un futur Régent à Poudlard et l'avait transformé un toutou obéissant. Quel gâchis, soupira intérieurement le Sauveur.
-Je suppose que ce jeune homme est en Grande-Bretagne pour demander l'asile politique, présuma le Directeur de Gryffondor.
-Et pour mobiliser des troupes, ajouta le concerné avec sérieux. L'emprise de Grindelwald s'étend bien au-delà de ce qu'en disent les journaux, lâcha avec acidité le jeune sorcier.
Pour avoir été à de multiples reprises victime de la presse, Harry Potter ne pouvait qu'être d'accord avec le Scandinave sur leur prétendue objectivité professionnelle. Ces vendus n'écrivaient que ce qui leur arrangeait, que ce soit monétairement ou idéalement parlant. En règle générale, l'Elu considérait les journalistes comme des charognards sans morale ni pitié à la recherche de la prochaine proie juteuse. Parfois, mais rarement, il rencontrait un membre de cette profession de vautours pervers qui était suffisamment décent pour ne pas citer le rôle du Survivant dans la pagaille qu'il avait accidentellement créée. Bien entendu, ces quelques personnes avaient voulu en échange qu'il se fasse interviewer ou qu'il participe à une énième quête épique sous les flashs d'appareils photo et le grattement de plume du journaliste recyclé en compagnon d'infortune.
-Je suis quand même curieuse de savoir ce qui a bien put vous arriver pour que vous soyez présente avant même que la rentrée n'ait eut lieu, intervint la joueuse professionnelle de Quidditch.
-Ma tête a été mise à prix en Scandinavie pour faits de résistance, l'informa-t-elle avec un petit sourire supérieur et arrogant.
Okay. C'était décidé, cette femme était son ennemie jurée. La paix et l'entente cordiale ne pouvaient tout simplement pas fonctionner avec cette blondasse peroxydée à l'orgueil intolérable.
-Si votre tête est effectivement mise à prix, fit le plus calmement possible le Survivant, pouvons-nous savoir de quelle façon vous êtes arrivée à traverser l'armée campant devant les grilles du château ?
-Quelle armée ? répondit l'ingénue tête en l'air en clignant stupidement des yeux.
-L'armée de chasseurs de primes à la solde de Gringotts empêchant quiconque est sur leur liste noire d'entrer dans cette école, grinça la proie des briseurs de sort.
-Ah ! se souvint la tête à claques insupportable. Vous parlez des gens charmants à l'entrée des grilles ?
Des mercenaires surentraînés à la solde de gobelins revanchards, "des gens charmants". Il aurait vraiment tout entendu...
-Vous vous foutez de ma gueule, grogna le héros du futur.
-Absolument pas ! eut-elle le culot de lui mentir en pleine face. Je pensais qu'ils s'occupaient de la sécurité du château à cause de la menace de Grindelwald.
-Je suis au regret de vous informer que non, intervint Dippet. Poudlard n'a pas engagé de Briseurs de sort pour assurer sa sécurité en ces temps troublés. Parce que voyez-vous, notre conseil d'administration pense que ces petits évènements perturbant l'Europe n'auront absolument aucune incidence sur le futur de notre pays.
Le concert de reniflements méprisants suffit à illustrer la sympathie qu'éprouvait le personnel éducatif pour les vieux croulants du monde politique siégeant au conseil d'administration.
-Ca n'explique toujours pas comment vous avez fait pour entrer, grinça le Survivant pourchassé par tout le monde.
-Je leur ai poliment demandé de s'écarter parce que j'étais en retard pour la réunion de pré-rentrée, lui répondit la sorcière ne comprenant pas pourquoi il faisait tout un foin de cette histoire.
D'accord. Elle ne faisait même pas semblant de se foutre de sa gueule. La guerre était déclarée.
-Et vous voulez me faire croire qu'ils vous ont galamment tenu la porte à la place de se battre pour vous avoir la primeur de vous vendre au plus offrant ? grinça ironiquement le Survivant.
-Absolument, sourit benoîtement l'ennemi juré de Harry Potter, une veine commençant à pulser sur son front scarifié.
-Au plus noir de la nuit, chantonna la voix de Myriam de l'autre côté du trou qui avait été une porte. Entre mes mains, Son cauchemar sera sans fin ! continua le vampire à réciter une chanson Disney. Au plus noir de la nuit, Qu'elle meure sur l'heure ! se prit-elle pour un Raspoutine au rictus jubilatoire.
-Vas pourir la vie de quelqu'un d'autre, lui lança hargneusement le Sauveur à l'humeur purement exécrable.
-Au plus noir de la nuit,
Au cœur de l'horreur
Au plus noir de la nuit,
Que de terreur
Ma belle, c'est écrit,
Pour toi, tout est fini.
Au plus noir de la nuit,
Au plus noir de la nuit ! l'ignora-t-elle superbement en se retenant de ricaner trop fort.
Myriam ayant été maudite du don de vision du futur, il était concevable qu'elle connaisse le dessin-animé Anastasia et ses chansons bizarres. Il était d'ailleurs naturel qu'elle se foute de sa gueule en lui renvoyant au visage ses pensées haineuses et meurtrières envers sa collègue lui sortant par les yeux. Ce qui était inexplicable, était comment la sangsue avait pu savoir qu'il voulait pousser des remparts la blonde peroxydée. En même temps, l'ancienne aristocrate était une sorcière, il n'était pas si inconcevable que cela d'envisager qu'elle possédait certains atouts qu'elle avait décidé de lui cacher, comme une capacité à distinguer les auras et par conséquent les intentions meurtrières devant suinter de sa personne.
-Si tu comptais sur mon aide pour te débarrasser de ta malédiction, l'informa l'aimant à prophéties, cette fois tu peux définitivement te gratter, termina-t-il en lui faisant un bras d'honneur par-dessus le dossier de sa chaise.
-Que de vulgarité, déplora le vampire avec dramatisme et en ne paraissant pas plus touché que cela par sa déclaration.
-Miss Delambre, articula, complètement estomaqué, le dernier survivant de la lignée des Régents en fixant son ancienne colocataire avec des yeux exorbités.
-Mon cher Eirik, vous voilà devenu un homme, remarqua l'autre à ennuis en entrant à pas lents et mesurés dans la salle des professeurs.
Comme si elle se trouvait dans une cour royale en présence d'autres coincés de fion à l'orgueil un peu trop perché, son harceleuse attitrée tendit sa main droite pour une fois dépourvue de sang séché vers l'adolescent qui s'empressa de lui faire un baise-main comme un véritable tsarévitch en exil.
-Non mais sans déconner... soupira le Survivant en levant dramatiquement les yeux au ciel.
-Tu pensais vraiment être l'unique individu à avoir fait du tourisme dans les Territoires Incartables du Grand Nord et à en être ressorti avec des amitiés utiles ? lui sortit la bestiole suceuse de sang avec un grand sourire hypocrite.
Lui était plutôt ressorti du cercle Arctique avec des créatures magiques sur le point d'entrer en guerre contre les multinationales moldues un peu trop cupides. Sven lui avait heureusement servi de paratonnerre karmique et avait accumulé à sa place la suite ininterrompue de catastrophes en tout genre, mais le Survivant n'avait pas pour autant eut une paix royale au royaume des bestioles dangereuses et considérant la chair humaine comme un délice particulier. Harry avait subi avec Dimitri, le moldu qui se chargeait de la partie scientifique de leur expédition, les dommages collatéraux du pauvre sorcier russe. Certes, sa vie avait été beaucoup plus tranquille avec Sven à ses côtés, mais il n'avait clairement pas été accueilli avec joie par les habitants redoutables du Grand Nord. Déjà, la colonie d'elfes qui y avait pris racine avait failli les faire tous tuer. Ils n'avaient échappé à ces bestioles encore plus revanchardes que les gobelins que parce qu'il avait réussi avec une chance de cocu à leur faire croire qu'il n'était pas Harry Potter. Ficelé à un tourniquet en train de se faire rôtir à la broche, Sven avait eut la peau du dos roussie en attendant que leurs ravisseurs statuent sur leur sort. Le fait, donc, qu'un vampire s'amusant à dévorer toute âme ayant eut le malheur de croiser sa route puisse être en termes admirables avec le chef d'une communauté importante d'habitants de cette région de tarés surpuissants était tout simplement injuste.
-Je pensais que t'étais maudite et que tu te coltinais une Poisse Cosmique presque à la hauteur de la mienne ? grogna le jaloux Sauveur.
-La clef de cette phrase réside dans le mot "presque", se marra le vampire sadique.
-Je te hais, décréta le malchanceux chronique.
-Eirik, reprit la pluricentenaire à l'intention du jeune homme un peu décontenancé par l'animosité du professeur de Xénomagie. Laissez-moi vous présenter Harrold James Potter, le Héros des Temps Troublés prophétisé par les centaures et devant sauver l'humanité de l'Ombre Funeste recouvrant l'Europe, lâcha sa bombe sans le moindre remord.
-Espèce de sale petite salope, gronda sourdement le susnommé. Pour quelqu'un qui doit arpenter la voie de la "Repentance", tu m'as l'air bien partie pour rester maudite jusqu'à les Fin des Temps, lui lança-t-il à son tour un coup sous la ceinture dans un rictus mauvais. Alors que tu vois, la Guerrière de l'Antiquité sensée acquérir de la sagesse a elle compris que me faire chier en incrustant ma réunion de pré-rentrée n'était pas la façon qui lui permettrait d'obtenir de moi ce qu'elle voulait. Ce qui est d'une sagesse exemplaire, appuya-t-il. Elle, au moins, elle suit les conseils de ces canassons prophétiques.
-Figure-toi, mon cher Harry, siffla furieusement Myriam entre ses dents serrées, que ce brave Eirik ici présent est lui aussi soumis à une prophétie.
Oulà. Une catastrophe divine était en train de fondre sur lui à une vitesse alarmante.
-Miss Delambre, lui murmura d'un ton alarmé le jeune homme.
Apparemment, le gamin ne voulait pas dévoiler son statut de maudit de la Destinée à des inconnus pouvant profiter de sa situation merdique. Harry comprenait, lui aussi n'apprécierait pas qu'on veuille l'utiliser dans une dispute qui ne le concernait en rien.
-Ce petit blondinet, reprit le vampire en ignorant superbement le pauvre adolescent entre ses griffes, est destiné à se faire continuellement sauver les fesses pour tous les héros en vadrouille dans les environs.
-Une putain de demoiselle en détresse certifiée ? n'y crut pas le Survivant.
-Un aimant à héros, rectifia la sangsue, qui est actuellement collé aux bottes de la célèbre Abigail Mitchell. Alors tu vois, je n'ai pas vraiment besoin de ta charmante personne, Harry, puisqu'une autre Elue de la Destinée vient enseigner dans cette école.
-Vous êtes la fameuse Myriam Delambre ! comprit enfin la blonde aux capacités mentales atrophiées.
-Et vous, vous êtes d'une lenteur à faire peur, répliqua le vampire.
-Eirik m'a raconté comment vous l'avez héroïquement sauvé des géants des glaces, l'ignora la béquasse transformée en fangirl.
Connaissant le personnage, la sangsue avait dû se faire interrompre en plein casse-dalle, se faire poursuivre par ces mêmes géants des glaces, terminer par prendre le gosse sous son bras en guise de lot de consolation et se faire traiter en héros dans un concours de circonstances rocambolesque. D'ailleurs, le sifflement et le regard fixé sur ses ongles propres étaient hautement suspects.
-N'importe qui aurait agi de même dans une pareille situation, minimisa-t-elle son sauvetage.
-Je connais pourtant une certaine personne qui n'aurait pas hésité à profiter du moment de faiblesse de ce pauvre garçon pour le sucer jusqu'à la moelle, siffla le Survivant peu dupe du ramassis de mensonges de son ancienne colocataire.
-Et moi, je connais une autre certaine personne qui n'aurait pas hésité à se carapater en sens inverse en balançant le pauvre enfant sur ses horribles poursuivants, riposta la sangsue comme si elle n'était pas l'artisane de cette fameuse stratégie.
-T'es vraiment une sale petite... commença le Survivant scandalisé avant qu'un éclair écarlate ne soit catapulté dans sa direction.
Se contorsionnant comme un gymnaste de haut niveau, et dans une parodie de Matrix, Harry réussit avec brio à éviter le maléfice honteusement lancé sur lui. Se remettant en position verticale dans un craquement sinistre, outré et indigné par ce traitement d'une basse lâcheté, l'Agent du Chaos chercha du regard l'enfant de pitiponk sournois qui l'avait agressé sans la moindre sommation. Apparemment, le gosse collé aux basques de la blondasse au QI d'un petit-pois n'avait pas apprécié qu'il insulte cette traîtresse de Myriam.
-Écoute-moi bien gamin, le menaça le chasseur de mages noir à la retraite, si tu ne baisses pas immédiatement ta baguet- , n'eut-il pas le temps de terminer son avertissement avant qu'un autre éclair coloré ne soit jeté dans sa direction.
Cette fois-ci proprement scandalisé, Harry Potter évita le sortilège d'un souple mouvement d'épaule, dégainant sa baguette dans le même geste et envoya un charme de son cru vers l'adolescent un peu trop certain de son talent et assurément trop orgueilleux pour avoir remarqué qu'il faisait partie des personnes les plus dangereuses présentes dans cette pièce. Le jeune Eirik se retrouva donc victime d'un Levicorpus, sa charmante tête blonde face au parquet et l'une de ses chevilles le maintenant dans le vide. Fouettant rageusement le vide de ses bras et piaillant des insanités en norvégien à son encontre, le futur Régent était comiquement pathétique et méritait bien le petit ricanement qui était sorti de la bouche du professeur de Xénomagie.
-Comme je le disais avant d'être honteusement interrompu, reprit le Survivant avec un rictus jubilatoire, baisser ta baguette t'aurais évité une humiliation publique.
-Quel sortilège intéressant, divagua l'héroïne voleuse de vestes allemandes en touchant du doigt la cheville immobilisée de son larbin dévot.
-Il est surtout plus intéressant de noter que pour un homme à la réplique facile, notre nouveau collègue a conscience d'avoir affaire à un enfant et a retenu ses coups, remarqua Galatea en tirant négligemment une bouffée de nicotine.
-Il aurait sans doute pu se contenter d'un classique Stupefix, observa Albus.
-Mais dans ce cas, ce fougueux jeune homme n'aurait certainement pas comprit sa leçon, intervint le professeur d'Étude des Moldus.
-Il l'a tout de même prévenu avant d'attaquer, nota l'impartiale athlète jouant pour les Harpies de Holyhead.
-Quelle bassesse, répliqua Myriam dans un reniflement méprisant et en rejetant ses cheveux dramatiquement derrière son épaule.
-Toi, siffla furieusement le Survivant, ta gueule. C'est ta faute si on en est arrivé là, l'accusa-t-il en pointant un index ferme dans sa direction.
-Moi ? glapit le vampire en se faisant une énième fois passer une innocente victime, une main dramatiquement posée sur sa poitrine et une autre sur ses lèvres pour cacher, il n'en doutait pas, un sourire fort peu innocent.
-Tu es l'hypocrisie incarnée, lâcha le trentenaire d'une voix désabusée. Et je maintiens, pour que je t'aide avec ta malédiction, tu peux te brosser.
-Pas grave, fit-elle en haussant nonchalamment les épaules. Que tu le veuilles ou non, les centaures m'ont assurée que je serais libérée à la fin de l'année scolaire. Ta collaboration n'est donc pas plus que cela nécessaire, termina-t-elle avec un petit sourire mutin qui donnait envie au Survivant de lui refaire le portrait façon Picasso.
Cette femme était véritablement une plaie...
-Excusez-moi, intervint pour la première fois la fée à échelle humaine, attirant d'un seul coup l'attention de sa co-élue prophétique. Ne seriez-vous pas, vous aussi, un pion du Destin désirant s'affranchir de ses chaînes ?
-Mais tout à fait ! lui répondit Myriam avec un grand sourire. Bienvenue dans les rangs des Elues prophétiques destinées à être Libérées par l'Agent du Chaos, ricana-t-elle en montrant d'un geste le pauvre maudit chronique.
-Que c'est étrange, dit la blonde au potentiel intellectuel d'une pastèque. La plupart des devins me surnomment "l'Agent de l'Ordre guidé par la Chance".
-Super, soupira sarcastiquement le Survivant. Comme s'il me fallait une raison supplémentaire de ne pas pouvoir t'encadrer. Te voilà officiellement mon contraire ! Sortez les confettis, qu'on fête dignement le début de mon calvaire journalier ! railla-t-il avec humeur.
-Il me semble aussi avoir rencontré un auto-proclamé voyant persuadé que j'allais vaincre un "grand mal", intervint Frankenstein.
-Ah ! fit Myriam. Ca, c'est le mien ! C'est mon Grand Mal sensé mettre fin à ma malédiction de vision du futur ! se réjouit-elle en peu trop fort.
-Que l'on m'achève, désespéra le Survivant en se laissant lourdement tomber sur sa chaise.
-Oh non, mon cher Harry, souffla mielleusement le vampire séculaire, tu dois vivre pour que nous soyons toutes les dix libérées de nos malheurs.
-Dix ? s'étrangla le Survivant.
-Plus que six, ricana machiavéliquement la sangsue pluricentenaire.
La tête du Survivant vint toute seule frapper la table dans un bruit retentissant.
-Pitié, murmura le Héros des Temps Troublés aux divinités du Destin qu'il avait apparemment contrarié sans le savoir, son visage toujours contre le bois du meuble.
-Tu es maudit, mon pauvre ami, lui tapota compassionnement l'épaule Myriam. Il faudra bien un jour que tu acceptes ton sort et les tuiles te tombant sur le crâne avec la régularité d'un métronome.
-Je t'emmerde, marmonna face à la table le fameux maudit.
-D'ailleurs, maintenant que j'y pense, lâcha le vampire, Alwenn, notre valeureuse guerrière du passé, est gardée prisonnière dans les quartiers de la folle furieuse aux cheveux verts. Je pense qu'en tant que "maître", il est de ton devoir d'aller la secourir.
-Elle a bravé les lois de la relativité quantique, intervint l'Américaine. Et elle en est ressortie en un seul morceau. La science ne peut pas passer à côté de toutes les découvertes que son corps pourrait nous apporter.
-Et bien sûr, grinça le héros désigné, il ne t'est pas venu à l'esprit de l'aider toi-même à la place de compter sur la bonne conscience des autres.
-Je suis une créature de cauchemar aux pulsions sadiques qui dévore les pauvres diables suffisamment malchanceux pour tomber entre mes griffes, répliqua le vampire séculaire. Je n'aide les autres que quand mon intérêt est clairement défini.
Harry coula un regard équivoque vers l'adolescent toujours tête en bas sensé avoir été héroïquement secouru par Myriam.
-Rappelle-moi pourquoi il existe encore des gens qui n'essayent pas de t'assassiner ? lâcha-t-il platement.
-Parce que mon charme est tout simplement parfait, repondit-elle orgueilleusement en jetant ses cheveux derrière son épaule.
-Et parce qu'elle appartient à la royauté française sorcière, lâcha le gamin suspendu dans les airs comme si tout le monde aurait du être au courant de ce détail.
-Sans déconner ? en resta comme deux ronds de flan le Survivant.
-Vous l'ignoriez ? en rajouta une couche Abigail Mitchell en bonne ingénue tout simplement insupportable.
-Figurez-vous que je suis trop occupé à gérer les catastrophes du présent pour avoir le temps de m'occuper des petites embrouilles vieilles de plusieurs siècles, grinça-t-il une énième fois.
-Mesdames, Messieurs, fit la voix autoritaire d'Armando Dippet toujours paisiblement assis sur sa chaise, ses mains croisées et posées sur la table. Je pense qu'il est grand temps de commencer cette réunion de pré-rentrée.
Pour un vieux croûton manipulateur amassant dans son école toute une ribambelle de cas sociaux ayant le potentiel de faire sauter Poudlard, le Directeur avait une prestance et un charisme digne d'un leader naturel. C'était un fait quelque peu déstabilisant pour le voyageur du futur peu habitué à se faire commander par quique ce soit. De même, le silence de mort régnant dans la salle bondée de créatures dangereuses en tout genre témoignait de l'emprise du vieillard sur ses employés et futurs élèves, pas uniquement sur le chasseur de mages noir. D'un nonchalant geste de la baguette, Dippet renvoya les deux clandestins dans le couloir et remit la porte défoncée à sa place. Se tournant vers ses employés, un sourire poli mais dangereux présent sur ses lèvres, il demanda si un autre sujet devait être abordé avant de commencer cette fameuse réunion. L'assemblée se tint coite et hocha négativement de la tête avec précipitation.
-Bien, soupira le Directeur de Poudlard en sortant du néant une pile de parchemins parfaitement classés. Commençons, donc.
C'est tout pour aujourd'hui mes agneaux. Et étant donné la lenteur que je met pour écrire un malheureux paragraphe, je vous donne rdv dans deux semaines pour la suite : Le Déraquement aka La Rentrée partie deux. Et juste pour vous donner une idée, la bonne moitié de cette fic raconte la première journée de cours de mon maudit préféré. Je vous assure, j'ai vraiment essayé de faire le plus court possible, mais à chaque fois un autre truc génial se ramenait et au bout d'un moment j'ai abandonnée l'idée de prétendre avoir le contrôle sur ce monstre digital. Donc voilà. Une journée pour environ 100.000 mots. Je suis vraiment incapable de me fixer des limites...
Sur ce, bonne rentrée à tous !
SEY
