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Toujours un plaisir de vous retrouver pour les nouvelles aventures de ce pauvre Harry ^^


Chapitre 11 : Le Premier Cours du Professeur Potter

Le reste du repas s'était étrangement passé sans problème digne d'être mentionné. Certes, le regard fixe d'une bonne partie de la population poudlarienne rivé sur sa personne après la présentation de Dippet n'avait pas arrangé l'état de ses pauvres nerfs, mais dans l'ensemble, la seconde partie de la soirée avait été paisible. Aucun dragon n'avait jailli du plafond enchanté pour boulotter l'un des élèves, personne d'autre ne s'était levé de table pour démarrer un duel dans les règles de l'Art, pas d'indigestion ou d'empoisonnement alimentaire à l'horizon. À peine quelques murmures avaient-ils été échangés entre les élèves sur le ramdam qu'il avait provoqué malgré lui à l'unique réception qu'il avait assisté et les conséquences sur ce pauvre Ambrosius Bulstrode, tendrement surnommé par ses soins "Bubu". Apparemment, l'humiliation publique de cet été avait fait les gorges chaudes de la haute société sorcière. Walburga Black, la gamine de dix-sept ans qu'il avait plus ou moins dragué lors de cette soirée avant d'apprendre qu'elle était la mère de Sirius, était même entourée d'une foule d'oreilles attentives pendant qu'elle racontait ses soi-disant exploits. Honnêtement, la seule chose que le trentenaire avait faite alors qu'il était perché sur l'estrade, avait été d'éviter la panoplie de sorts vicieux que lui envoyait son adversaire convenablement déconcentré. Sa capacité à mettre en rogne pratiquement n'importe qui en quinze secondes, chrono en main, était le seul élément dont il pouvait se vanter. Nul doute que pour ces crétins n'ayant jamais participé à un vrai combat, ce détail d'une importance capitale sur le plan psychologique ne soit qu'une broutille digne d'être moquée.

Bref, à quelques petits détails sans importance près, Harry Potter avait eut suffisamment la paix pour savourer comme il se devait le monument culinaire de ces déités des fourneaux d'elfes de maison. Le Survivant avait goûté à tous les plats et toutes les boissons en faisant preuve, à son sens, d'une retenue et d'un sens des convenances admirables. L'effort de volonté qu'il avait dû déployer pour ne pas se jeter comme un mal-propre sur la divine nourriture aurait dû figurer dans le grand livre des Légendes aux côtés de l'Odyssée d'Ulysse. Malheureusement, quand vint le tour des desserts, le self-control du Sauveur fut ébranlé par la vue d'une sublime tarte à la mélasse posée à l'autre bout de la table professorale et sur le point de se faire engloutir sans cérémonie par ce phoque d'Howard et de cette blondasse de Mitchell. Incapable de se raisonner, le jeune professeur avait dégainé sa baguette et fait léviter la précieuse tarte hors de portée des rustres ne comprenant pas la beauté de ce dessert. Le plat atterrissant régalement sur son assiette, le trentenaire se frotta les mains d'anticipation et s'arma résolument de sa cuillère dans le dessein de s'attaquer à cette merveille culinaire. Sourd aux protestations de ses collègues, Harry enfourna avec le plus de classe possible sa première bouchée. Se penchant en arrière pour éviter un projectile non identifié venant de la direction de Slughorn et de l'incarnation de la Chance, le Survivant ne prit même pas la peine de s'arrêter de manger et de prêter attention aux deux professeurs. Albus, plein de bonne volonté, essaya de calmer ses collègues floués. La seule réponse qu'il reçut fut un morceau de gâteau aux pommes lancé à la figure. Il fallut l'intervention acide de Dippet pour que la table professorale ne se transforme pas en bataille rangée de nourriture.

À part l'incident de la tarte à la mélasse, aucun début de catastrophe ne s'était signalé au Survivant. Même la fin de repas et le départ des élèves vers leurs dortoirs s'étaient déroulés sans complication majeure. À peine le Sauveur avait-il eut des petits frissons quand le regard fixe de Voldemort Junior avait tenté la Légilimecie sur sa personne au moment où il sortait de la Grande Salle entouré de ses camarades de Serpentard. Comme l'entrée des étudiant, leur sortie se faisait dans le plus grand silence et paraissait avoir été chorégraphiée avec minutie. Étrangement, cet étalage d'ordre et de discipline lui avait fait penser aux parades militaires de la Corée du Nord. Il n'avait plus manquait que le salut au Directeur pour que l'illusion prenne vie.

La nuit suivant le banquet avait étonnamment été paisible et dépourvue de catastrophe divine. De toute façon, même si un cortège de pom-pom girls s'étaient invitées avec tout leur fanfare dans sa chambre, vu la dose de potion de sommeil qu'il avait englouti pour s'assurer d'avoir ses sept heures de sommeil au compteur, le Survivant n'aurait strictement rien remarqué et aurait continuer à dormir à poings fermés. Aucun rêve bizarroïde ne s'était invité dans ses songes pour lui créer des traumatismes fictifs, et aucun cauchemar mettant en scène une avalanche de canard en plastique ne l'avait dérangé. L'Elu s'était réveillé en grognant sous les insistances de Dipsie, l'elfe lui faisant office de réveil-matin, et avait tranquillement déjeuné dans ses appartements privés, encore assommé par son somnifère de la veille.

Le nez à moitié plongé dans sa tasse de café, un croissant encore chaud à la main, Harry donnait l'impression de faire de la publicité gratuite pour une célèbre marque de chicoré. Un geste plus maladroit que les autres eut pour conséquence de faire tomber son bout de viennoiserie dans sa tasse et d'éclabousser son visage de café un peu trop chaud. Jurant comme l'occasion le permettait, l'aimant à ennuis recula violemment sa chaise et s'essuya la figure avec le premier truc se trouvant à portée de main. Truc se trouvant être le journal du jour. Grognant un énième juron, et persuadé que son visage était désormais peinturluré d'encre, le Survivant venait d'avoir la confirmation que sa première journée de professorat allait être un désastre des plus complets.

Soupirant de toute la force de ses poumons, le jeune professeur alla chercher sa baguette pour nettoyer son foutoir et réussit l'exploit de trébucher contre sa chaise et de s'étaler pitoyablement par terre. Grognant des insanités fleuries envers sa Poisse Cosmique et sa maladresse, l'homme se releva et ne remarqua qu'après avoir esquissé le geste de remettre ses lunettes en place que ces dernières ne se trouvaient pas perchées sur son nez. Ce qui expliquait sa gaucherie des dernières minutes.

Dipsie, toujours prête à aider les occupants du château, lui demanda poliment s'il avait besoin de quelque chose. Ravalant les quelques remarques acides lui venant à l'esprit, il se força à sourire et à demander au télétubbies en haillon de lui donner sa paire de lunettes. L'elfe n'eut qu'à claquer des doigts pour qu'elle apparaisse dans l'instant sur son nez. Remerciant avec plus d'honnêteté sa femme de chambre serviable, Harry eut tout le loisir d'observer le chaos qu'il était créé dans ses appartements. Une fois qu'il eut récupéré sa baguette, réparé les dégâts et s'était habillé correctement, le trentenaire retourna terminer son petit-déjeuner. Le café était sensiblement plus tiède et les croissants avaient perdu leur légère chaleur, mais cela n'enlevait en rien leurs délicieuses saveurs. Une fois la dernière viennoiserie engloutie, le Survivant s'intéressa enfin au journal.

Habitué à ce que son nom et son front défrayent la chronique, et que la presse locale et international l'accusent d'être responsable du bordel qu'il laissait à chaque fois derrière lui, le Survivant ne lisait plus les journaux depuis des années. Certes, il ne s'agissait pas du premier quotidien qui atterrissait entre les mains du voyageur temporel, puisqu'après plusieurs mois passé en 1942, il aurait été surprenant que le Sauveur ne se prenne pas un détritus en pleine face un jour de grand vent, mais le professeur n'avait jamais ressenti le besoin d'ouvrir ces feuilles de chou qui ne lui inspiraient que l'irritation. Malheureusement, il devenait de plus en plus clair au malchanceux chronique que s'informer de l'actualité était d'une importance capitale s'il ne voulait à nouveau se retrouver avec un autre Voldemort Junior sur les bras.

Nettoyant le journal d'un informulé et d'une grimace préventive, Harry se résolut à lire au moins les titres des articles. En première page, en gros et en gras, figurait : "Coup d'Etat au sein du Magenmagot par la Coalition des Progressistes menée par Andréas Potter ! "

Si le Survivant avait été en train de siroter son café, nul doute qu'il se serait étranglé avec ou l'aurait recraché avec force sur le quotidien. À la place, il ne fit qu'éloigner et rapprocher le journal de son nez dans l'espoir que les lettres s'alignent autrement et changent le sens de la phrase. Le Survivant avait su dès le début que les Potter étaient tout aussi géniaux que timbrés, mais avoir sous les yeux le résultat de leurs petites magouilles le laissait sans voix. La photographie animée présente en première page mettait en scène son père adoptif en train de s'adresser avec véhémence à une assemblée de vieux croulants. À ses côtés, paraissant sur le point de se jeter d'un pont, se trouvait le pauvre Ambrosius Bulstrode condamné par sa faute à servir les Potter pendant une année complète. Harry ressentit une pointe de culpabilité pour ce malheureux homme obligé de renier ses convictions et de détruire son propre parti politique juste parce qu'il avait perdu un duel.

En lisant l'article en question, le professeur apprit que la Coalition des progressistes, prônant une ouverture au monde moldu et à leur technologie, avait demandé un changement de gouvernement au sein du Magenmagot et avait emporté le vote avec une victoire écrasante. Andréas avait pris les commandes du Sénat sorcier et avait demandé dans la minute la destitution du Ministre de la Magie. Le pauvre homme avait été amené manu militari devant l'assemblée par nulle autre que la future Madame Londubat et n'avait pas eut le temps d'ordonner qu'on lui explique l'origine de ce cirque que la majorité des vieillards avaient voté son renvoi. Citant un article nébuleux de ce qui faisait office de Constitution pour les sorciers, Lord Potter demanda l'élection du nouveau Ministre et où, sans surprise, il sortit vainqueur. Devenu chef du gouvernement, Andréas embraya dans la foulée en ordonnant qu'une armée soit levée pour prêter main forte à leurs voisins sorciers dans la guerre contre une double menace, à savoir Grindelwald et Hitler, et risquant d'atteindre leurs frontières et de porter atteinte à leur souveraineté nationale. Juste après, Lord Potter décréta que tout individu affilié de près ou de loin à Gellert Grindelwald serait jugé ennemi de la Nation et risquait de lourdes poursuites judiciaires.

Avoir été dans une relation amoureuse avec ledit mage noir était-il considéré comme une affiliation digne d'être envoyé à Azkaban ? Parce que si c'était le cas, et que l'amourette d'Albus était découverte, le professeur de Métamorphose était dans de beaux draps. D'ailleurs, maintenant qu'il y pensait, il avait promis au sexagénaire de l'aider à gérer son ancien amant un peu trop collant et ses lettres mielleuses, mais les deux collègues n'avaient plus discuté de ce sujet épineux depuis leur cuite du premier jour. À tous les coups, le pauvre sous-directeur croulait sous la honte et le déni de ses sentiments, ou il avait revu son opinion sur le jeune homme qu'il était et avait décidé que prendre pour conseiller relationnel un sous-fifre d'un tueur de masse n'était pas une bonne idée.

Minute. Avait-il été assez stupide pour se présenter à Dumbledore comme un partisan de l'ennemi de la Nation proclamé par son père adoptif ? Cette seule et unique phrase annonçait une pluie torrentielle d'ennuis allant lui fracasser la mâchoire comme un boomerang mal lancé. Non seulement il risquait de se faire assassiner par son futur mentor à cause d'un coup de bluff qui n'avait pas fonctionné comme il l'avait prévu, mais en plus il risquait de mettre en péril la position d'Andréas et des autres Potter pour une soi-disant affiliation à l'ennemi public numéro un. Si cette prétendue information avait le malheur de fuiter, Harry Potter était d'ors et déjà foutu et allait assurément faire du tourisme pour un temps indéterminé dans la Grande Bretagne Antique.

Se servant un autre tasse de café pour s'éclaircir les idées, l'Elu décida de reprendre la lecture du journal, persuadé que rien de pire ne pourrait lui exploser à la figure dans un nuage coloré. Blasé, le Survivant apprit que Dorea Black avait décidé de changer officiellement de sexe, considérant que le genre masculin correspondait beaucoup plus à sa personnalité que le genre féminin. Quand un journaliste un peu masochiste avait osé demander qu'il s'agissait d'une stratégie pour éviter d'épouser Charlus Potter, le malheureux gratte-papier s'était retrouvé à Ste Mangouste avec un nez de la taille de, il citait l'article, "une péniche". Comment un appendice nasal pouvait être comparé à un bateau, le Survivant l'ignorait, mais la prose des journalistes avait, d'après lui, toujours frôlé le ridicule, donc bon... Rien de bien nouveau sous le soleil.

Toujours réconforté dans sa lecture par sa tasse de café froid, le Survivant parcouru le reste des articles et fut catastrophé d'apprendre qu'une enquête était en train d'être menée sur son alias, Monsieur Porter, le propriétaire d'une boutique de l'Allée des Embrumes. Apparemment, les gobelins avaient réussi à corrompre les aurors pour qu'il soit activement recherché par les forces de l'ordre sorcières en plus de l'armée de mercenaires campant actuellement devant les grilles de l'école. Si le Sauveur avait eut pour idée de fuir le château pour se terrer dans un coin sombre jusqu'à ce l'on oublie son existence, cette nouvelle venait de définitivement clore cette option. Poudlard devenait donc, jusqu'à preuve du contraire, sa prison dorée revisitée en maison de fous.

-Ô joie et félicité, grinça sarcastiquement le Survivant en vidant sa tasse.

D'après l'article, le commerçant véreux était soupçonné du meurtre du précédent propriétaire de la boutique, ce qui était plus ou moins vrai ; d'avoir vendu et/ou acheté des produits strictement interdits par le Ministère, et étant donné qu'il n'avait pas eut connaissance des lois en vigueur ce fait était potentiellement véridique ; d'être en possession de Savoirs prohibés par la Confédération Internationale des Mages et Sorciers, ce qui était incontestablement authentique ; d'avoir mis le souk dans tous les pubs de l'Allée, ce qui était loin d'être entièrement faux; d'avoir dérobé un artefact précieux à la barbe même des directeurs de Gringotts, ce qui était un fait irréfutable ; et d'avoir créé dans sa fuite un incendie ayant causé la destruction de toute l'aile Ouest de l'Allée, ce qui était parfaitement discutable puisqu'il ne se souvenait pas avoir allumé quoique ce soit quand il s'était tiré de Londres.

Bref, les autorités locales étaient à nouveau à sa poursuite. Plus le temps passait, plus Harry se demandait si retourner à son époque et à ses ennuis capillo-tractés n'était pas la meilleure des solutions possibles. Au début, il avait naïvement cru que sa Poisse ne l'avait pas accompagné dans son voyage temporel et qu'il avait enfin l'opportunité de vivre tranquillement sa vie sans qu'une catastrophe divine ne défonce son toit pour lui atterrir dessus. Mais au fur et à mesure que les mois s'enchaînaient, force était de constater que la somme d'aventures épiques frappant à sa porte avec son cortège d'ennuis commençait lentement mais sûrement à rattraper ladite somme de son présent. Et, quitte à subir les aléas du Destin, autant qu'il puisse se plaindre épisodiquement à ses meilleurs amis filant le Grand Amour, à son neveu et son acariâtre grand-mère, et à ses anciens compagnons d'infortune pas encore fous, comme Carter le chasseur de primes, Yatsumi la Japonaise et Sven le paratonnerre karmique. Plus il y pensait, plus son époque lui manquait. Si les évènements épiques continuaient à pleuvoir sur lui avec la régularité d'un métronome, le Survivant allait sérieusement commencer à envisager de trouver le moyen de rentrer chez lui.

Mais pour le moment, cependant, Harry Potter avait un premier cours à donner. Et, juste pur donner tort à cette sangsue sadique de Myriam, le Sauveur allait tout simplement tout déchirer en étant le meilleur professeur que ces petits morpions aient jamais rêvé d'avoir. Certes, présider l'Armée de Dumbledore avait été la seule expérience d'enseignement qu'il avait vécu, mais si un adolescent de quinze ans arrivait à se faire obéir et respecter par ses pairs, il n'y avait aucune raison pour que sa cote de popularité baisse drastiquement une fois adulte. Et puis de toute façon, si l'un des moutards tentait de faire le zouave dans son cours, il n'aurait qu'à le coller et lui faire parcourir la Forêt Interdite de nuit. Voilà une punition qui refroidirait toute menace de prise de pouvoir dans sa salle de classe.

Convaincu que son premier cours ne pouvait décemment pas se terminer en désastre total, Harry Potter accrocha son sac de perles à sa ceinture, vérifia que tout son attirail était à sa place, s'habilla de sa cape enchantée pour résister à un char d'assaut, agrippa son cartable en cuir, prit une grande inspiration et entrouvrit la porte donnant sur le couloir. Par l'interstice, le Survivant vérifia qu'aucun individu ne l'attendait de pied ferme. Ouvrant plus franchement sa pauvre porte ayant subi plusieurs coups de bélier, l'aimant à ennuis scana les environs immédiats. Malheureusement, le fait que personne ne soit à l'horizon n'était pas significatif de solitude. En attestait l'odeur persistante d'un parfum ressemblant étrangement à celui que Myriam concoctait elle-même. Ce qui n'amenait qu'à une seule conclusion logique.

-Je peux savoir ce que tu fous devant ma porte sous une cape d'invisibilité ? râla le Sauveur en dépassant enfin le seuil de sa résidence et en scellant l'entrée derrière lui.

-Comment est-ce que tu as su ? fit la version rajeunie et féminine de lui-même en retirant la cape de sa tête.

-Réponds d'abord à ma question et j'envisagerais de répondre à la tienne, répliqua le professeur.

-Je voudrais que tu m'enseignes comment vaincre Voldemort, asséna avec force et détermination la gryffondor de seize ans.

-Encore ? soupira le Survivant en levant exagérément les yeux au ciel. Tu veux pas changer de disque de temps en temps ? marmona-t-il dans sa barbe avant de marcher vers sa salle de classe.

-Si j'essaye de le combattre par mes propres moyens, il a été prophétisé que je mourrais, fit une Harriet à moitié invisible trottinant à sa suite.

-Mais non, dédramatisa l'adulte avant de se souvenir qu'il s'était quand même pris un Avada dans la figure et s'était retrouvé dans une gare fantôme. Ou alors ce sera que temporaire, ajouta-t-il.

-Tu ne comprends pas, reprit la gamine en manquant de trébucher sur sa propre cape. Trelawney m'a grogné au visage une prophétie très claire sur mes chances de survie si je ne disposais pas de "l'influence du Vainqueur de Seigneurs des Ténèbres", expliqua-t-elle en mimant des guillemets sur la dernière partie de sa phrase.

C'était ironique qu'à chaque fois qu'il se pensait hors d'atteinte de ces saloperies de prophéties, l'une d'entre elles arrivait toujours à le rattraper et à lui pourrir méchamment l'existence.

-La vieille chouette a vraiment utilisé le pluriel ? demanda le Sauveur dans un soupir de fin du monde.

-Oui, lui assura l'adolescente en continuant à trottiner pour être au même niveau que lui.

-Génial, grinça l'aimant à ennuis. Je me retrouve maintenant avec huit putains de prophéties sur les bras. Juste, merveilleux, grogna avec humeur le Survivant.

-Ca fait beaucoup, remarqua Harriet.

La seule réponse de l'adulte à ce commentaire fut un reniflement sarcastique.

-Tu as vaincu combien de mages noir, exactement ? laissa-t-elle parler sa curiosité.

Ce devait être une question qu'elle rêvait de poser depuis longtemps, pour qu'elle la sorte à un moment aussi inopportun, pensa le Survivant.

-J'ai pas compté, grogna l'adulte responsable en descendant les escaliers mouvants du château.

-Oui mais à la louche, insista la gamine, ça te ferait une fourchette de combien environ?

D'après le tableau de chasse de Carter, le moldu avait comptabilisé cinquante-huit prises de tyrans mégalomaniaques s'amusant à faire joujou avec la Magie Noire. Le Britannique l'ayant accompagné dans la grande majorité des cas, le professeur pouvait donc affirmer sans mentir avoir participé à l'arrestation d'au moins cinquante mages noir. Pour ce qui était de sa carrière en solo, le Survivant n'avait pas la moindre idée du nombre approximatif de siphonnés ayant essayé de le tuer et qu'il avait "vaincu" par un concours de circonstances tarabiscoté et complètement invraisemblable.

-Quelque chose entre cinquante et cent-vingt, répondit-il tout de même.

-Ah ouais, quand même, lâcha l'adolescente clairement impressionnée par son palmarès.

-Mais c'est parce que ces crétins ne trouvent rien de mieux à faire que de chercher à me tuer, laissa-t-il parler sa frustration dans un grognement irrité. Soit disant parce que je possédais la baguette de Sureau, continua-t-il à se plaindre à l'autre Harry Potter.

-La quoi ? demanda innocemment la gryffondor.

-Une putain de Relique de la Mort réputée invincible mais qui ne sert qu'à attirer la poisse, la renseigna-t-il en tournant à gauche à une intersection. Un conseil : touche pas ces trucs si tu veux pas que tous les mages noirs du globe te courent après.

-Mais cette baguette peut être justement l'élément qui fera changer le cours des choses en notre faveur ! s'écria avec un peu trop d'enthousiasme l'adolescente.

-Mauvaise idée, grinça le Survivant. La seule chose que tu dois faire, si ton monde est semblable au mien, est de retrouver les morceaux d'âme de Voldemort que ce maniaque a disséminé à travers la Grande-Bretagne, puis les détruire à l'aide d'un Feudeymon ou d'un crochet de basilique. Pas de quoi changer de dimension, conclut le Sauveur.

-Si tu parles des Horcruxes, Ron et Hermione sont à leur recherche, l'informa Harriet. Il me faut juste de quoi survivre à un duel face à lui.

-Ah, comprit Harry. Oui, c'est vrai que si tu n'achèves pas directement la face-de-serpent avant qu'il ne crée un autre Horcruxe, tout tes efforts n'auront servis à rien.

- C'est pourquoi j'ai besoin de ton aide, répéta pour la énième fois la Survivante.

-Mais peut-être que l'aide que tu es sensée recevoir de moi est tout simplement de suivre mes cours avec assiduité? tenta le professeur avec un optimisme touchant.

-Je pensais plutôt à des cours de soutien personnalisés, lui répondit la gamine.

-C'est Frankenstein qui s'occupe de ça, l'informa le Sauveur.

-Qui ? demanda-t-elle en fronçant de perplexité ses sourcils bruns.

-L'Américaine aux cheveux verts, déclara son malheureux collègue. Une véritable plaie, soupira-t-il. Va savoir comment, cette fêlée du bocal a découvert que je venais du futur et s'est mise en tête de m'"étudier". Et crois-moi, vaut mieux pas qu'elle sache que tu viens d'une dimension parallèle, l'avertit le plus sérieusement du monde l'aimant à ennuis.

-Tu t'inquiètes pour moi ? demanda Harriet sans la moindre pointe de moquerie auquel était habitué le Survivant.

Comme si l'adolescente doutait honnêtement que quelqu'un autre que ses amis puisse se soucier de ce qu'il pourrait lui arriver. C'était dans ces moments-là que Harry Potter éprouvait une bouffée de compassion et d'affection pour sa jeune version de lui-même. Elle ressemblait tellement à son lui-adolescent, exprimant sur son visage si jeune toutes les peurs et les doutes qu'il avait lui-même ressenti. L'adulte éprouvait presque le besoin de la prendre dans ses bras et de lui assurer que tout se passerait bien, même s'il n'en avait aucune certitude. Harry avait toujours été faible aux yeux de chiens battus, mais la simple vue de la Fille-qui-avait-survécu suffisait à lui faire envisager d'aller dans son monde pour botter le derrière de tous ceux qui avaient osé lui faire du mal, comme le grand-frère qu'il était devenu malgré lui. Et, si le Sauveur avait accepté dans son cœur les géniaux Potter comme étant sa nouvelle famille, il éprouvait pour Harriet un besoin de la protéger des horreurs que lui-même avait vécu. Harry n'avait jamais, au cours de sa vie d'adulte, ressenti de la responsabilité pour qui que ce soit, et que cette gamine avec ses grands yeux verts arrive à le faire se sentir concerné à ce point par son sort agaçait et inquiétait pareillement le Survivant.

-Bien sûr que je m'inquiète pour toi, marmonna le Sauveur en essayant d'être exaspéré mais en ne réussissant qu'à laisser trainer de l'affection dans sa voix. Tu es ma sœur adoptive, tu te rappelles ? C'est mon devoir de m'assurer que tu ne te retrouves pas face à une armée d'acromentules affamées sur le dos.

-Toi aussi, tu as rencontré Aragog et ses enfants ? demanda la Survivante dans une grimace amère.

-J'ai surtout eut le malheur de tomber dans un nid de ces bestioles après avoir été expulsé d'un avion, lâcha aigrement le professeur. Et cette fois, aucune Ford Anglia n'est venue à ma rescousse.

Techniquement, c'était un phœnix qui l'avait héroïquement sorti du pétrin, mais taire ce petit détail ne pouvait pas nuire à sa légende. Harry s'était retrouvé dans ce coucou vétuste par un concours de circonstances tarabiscoté. Le malheureux sorcier avait été à la recherche d'un coin à l'ombre pour faire une sieste, parce que la Colombie au mois d'août était tout simplement intolérable pour le Britannique qu'il était, et il s'était réveillé à bord d'un avion entre deux paquets de poudre blanche. Comme quiconque pouvait s'en douter, les trafiquants qui avaient oublié de vérifier le contenu de leur chargement avant de partir n'avaient pas été très contents de sa présence à bord de l'épave volante. Le Survivant avait bien essayé de les convaincre qu'il pouvait leur être utile en rendant invisible à peu près n'importe quoi, l'équipage l'avait quand même expulsé en plein vol dans la forêt Amazonienne. Certes, Harry aurait pu assommer les trafiquants, mais le sorcier ne pensait pas pouvoir faire atterrir le coucou par ses seuls moyens et n'avait honnêtement pas cru que ces charmantes personnes le jetteraient vraiment de l'avion. Il avait donc traversé les cieux dans un hurlement fort peu virile et avait atterri comme par miracle dans un enchevêtrement de toiles d'araignée. Sa précieuse baguette perdue lors de sa descente imprévue, ne connaissant pas à l'époque la Magie Élémentaire et étant incapable de faire de la Magie sans baguette, le Survivant s'était retrouvé coincé et cerné par toute une colonie d'accromentules enragées. Cette anecdote prenant place au début de son errance épique à travers les continents, Harry Potter avait alors cru que sa dernière venait de sonner. Si le sorcier avait eut un peu plus d'expériences dans les aventures capillo-tractées et les catastrophes divines, il aurait pu prévoir qu'un évènement imprévu et franchement bizarre allait lui atterrir sur le coin du museau. Cet évènement avait été l'arrivée impromptue d'un phœnix en bout de vie sur l'araignée sur le point de le dévorer. La bestiole mourante n'ayant pas survécu à son atterrissage forcé s'était enflammée et avait mit le feu au nid et aux accromentules un peu trop près du volatile. Le Survivant avait réussi à se libérer de la toile avant de se faire carboniser et s'était enfui sans demander son reste avec un bébé phœnix contre sa poitrine. Après plusieurs jours d'errance dans la forêt équatoriale, les deux parachutés avaient croisé la route d'une volée de phœnix et Harry s'était retrouvé un peu malgré lui emmené dans le nid de l'une de ces charmantes créatures l'ayant pris pour l'un des leurs. Le sorcier avait passé des jours à peaufiner sa technique de vol sur balais, et avait retrouvé par le grand des hasards sa baguette perchée sur un séquoia, avant que des braconneurs ne viennent essayer de capturer ses nouveaux amis. Inutile de dire que le Survivant avait été miséricordieux avec ces rebuts de l'humanité. Après les avoir proprement massacrés, Harry les avait dépouillés de toutes leurs possessions et les avait remis aux autorités magiques locales après avoir dit adieu à ses amis volants.

-Tu t'es fait jeter d'un avion en plein vol ? demanda confirmation Harriet. Et tu es encore en vie, fit-elle, clairement impressionnée.

-Que veux-tu, répondit-il en haussant nonchalamment les épaules. Je suis increvable en plus d'être invincible.

-Et très modeste, ajouta l'adolescente.

-Tout à fait, approuva le Sauveur. Je suis d'une humilité exemplaire. Sinon je passerais mon temps à raconter toutes les péripéties abracadabrantes qui me sont arrivées en à peine trente-deux ans d'existence. Maintenant si tu veux bien, fit-il en s'arrêtant de marcher, j'ai un cours qui restera dans les annales à donner, et je ne pense pas que tu appartiennes à la septième année.

-Si tu ne m'aides pas à me préparer à vaincre Voldemort, le prévint-elle, je n'aurais pas d'autres choix que de m'allier avec les autres filles déterminées à ce que tu les aides à accomplir leur Destin.

-Pas ce mot maudit, marmonna l'Elu de trop de prophéties.

-Je ne plaisante pas, fit Harriet avec une moue volontaire et adorable.

-D'accord, abdiqua la professeur dans un soupir de fin du monde. J'ai un créneau de libre le mercredi à 15 heure de toute façon, relativisa-t-il.

-Parfait ! sourit avec enthousiasme l'autre version de lui-même avant de tourner les talons sans cérémonie pour aller embêter quelqu'un d'autre. Et bonne chance ! lui lança-t-elle avant de disparaître dans un couloir perpendiculaire.

Mais pourquoi tout le monde était persuadé que son premier cours allait fatalement virer au cauchemar ? Il avait minutieusement préparé ce qu'il allait dire à ces adolescents à l'aube de leur vie adulte. À moins qu'une catastrophe divine soit parachutée sur lui et que des éléphants roses squattent sa salle de classe, il était improbable que quelque chose fasse foirer son tout premier cours.

Légèrement agacé par le peu de foi de son entourage assurément fêlé du bocal, le professeur ouvrit la porte sinistrement peinte de symboles lugubres et eut la vision d'élèves studieusement assis à leurs pupitres dans un silence parfait. Ne réprimant pas un sourire satisfait à cette vue idéale, Harry posa son cartable en cuir sur son bureau en chêne et prit tout son temps pour dégrafer sa cape enchantée pour résister à un char d'assaut et l'accrocher à son porte-manteau. À ce moment, l'odieux bruit de clairon qui annonçait le début des cours vint faire grincer des dents le Survivant. Faisant à nouveau face à ses excellents élèves, le Survivant joignit ses mains comme un maître de conférences et prit finalement la parole.

-Bienvenue au cours de Xénomagie. Je suis le professeur Potter et au cours de cette année vous allez apprendre une infime parcelle de la multitude de magies exotiques que regorge notre bonne vieille planète. Je vous propose de commencer ce premier cours en vous détaillant le programme que j'ai mis au point. N'hésitez pas à vous exprimer si vous désirez des éclaircissements sur certains point, finit-il son discours d'introduction en faisant théâtralement tourner son tableau noir pour dévoiler son fameux programme pour lequel il avait sué sang et eau. Je vous laisse le temps de lire et après je réponds à vos questions.

À peine le professeur avait-il terminé sa phrase que presque toutes les mains s'étaient vivement levées. Se gonflant d'orgueil face à l'accueil que lui réservait l'assemblée, le Survivant ne se fit pas la remarque qu'aucun adolescent n'avait put avoir le temps de lire son précieux programme. Cette marée de bras levé dans l'attente de son attention avait quelque chose de puissamment addictif, et l'adulte, poussé par son amour-propre, trouva qu'il était plus seyant pour sa personne de se laisser nonchalamment aller contre son bureau et de faire face à ses étudiants avides d'apprendre. Donnant la parole à un jeune homme du premier rang à cravate verte, le professeur s'attendit à tout ce que le serpentard lui demanda.

-Lord Potter vous a-t-il adopté et placé à Poudlard pour empêcher que des stratégies politiques contraires à la sienne puisse germer au sein de l'école ?

Décontenancé et incapable d'avoir un début de répartie adéquate, le Survivant ne fit que cligner des yeux.

-Vous pensez que j'ai marchandé mon entrée dans une prestigieuse famille en échange du contrôle des apprentis personnages politiques que vous êtes ? demanda-t-il tout de même confirmation.

-Oui, lui répondit une bonne dizaine d'étudiants.

-Je suis désolé de vous décevoir, mais non seulement je n'ai appris que ce matin qu'un coup d'Etat avait eut lieu au Magenmagot, mais en plus, si ça ne tenait qu'à moi, mon nom ne figurerait pas sur cette maudite tapisserie.

-Comment justifiez-vous la présence de deux autres Potter, dont l'un est au sein du personnel éducatif, et l'autre parmi les élèves ? demanda une jeune fille aux couleurs de Poufsouffle.

-Euuh... lâcha avec emphase le Survivant. Un malheureux concours de circonstances ? tenta avec espoir le professeur.

-Votre duel de cet été avait-il d'autres buts que de proclamer la puissance du Clan Potter, d'humilier Monsieur Bulstrode et tout ce qu'il représentait, d'assurer votre poste au sein de la plus grande école de Magie, et de rallier à coups de menaces implicites et de galants compliments les rares politiques encore indécis ? questionna cette fois-ci un serdaigle.

-"Menaces implicites" ? releva l'aimant à ennuis en plissant ses yeux verts.

-Pour tous ceux ayant dans l'idée de défier ouvertement un membre de votre famille, l'informa le même serdaigle.

D'accord, peut-être qu'il s'était fait un peu plus manipuler par Aliénor qu'il l'avait originellement cru...

-Quel rôle votre nouvelle recrue est-elle censée exercée au sein de notre école ? demanda une gryffondor ressemblant un peu trop à une Molly Weasley teinte en brune.

Malgré toute l'affection que le Survivant portait pour la matriarche Weasley, le jeune professeur n'appréciait vraiment pas les allusions de son élève sur la gamine n'ayant rejoint le clan des Potter que parce qu'elle n'avait pas encore passé outre son besoin d'appartenir à une famille.

-Vous est-il venu à l'esprit qu'Harriet et moi n'étions que des orphelins se trouvant partager le même patronyme que les Potter et que ces charmantes personnes ayant eut pitié de nous ont arbitrairement décidé de nous adopter ? cingla un Harry nouvellement atteint d'un sister-complex.

-Absolument pas, eut le culot de lui rétorquer la gryffondor.

-Votre nom, Miss, que je puisse savoir qui je viens de coller, fit le jeune professeur.

L'adolescente releva le menton et se redressa si rigidement sur sa chaise que son échine dorsale craqua sinistrement.

-Lucretia Black, lui répondit-elle comme si elle lui faisait l'indicible honneur de lui permettre de lécher ses bottes. Fille de Lord Arcturus Black, continua-t-elle de se prendre une princesse impériale en train de réciter son pedrigree.

N'ayant jamais apprécié les petits tyranneaux à la Draco Malfoy persuadés de leur importance juste parce qu'ils possédaient un nom ou un sang soi-disant supérieur, le Survivant ne put s'empêcher d'ouvrir à nouveau sa grande bouche et de déchaîner les Enfers sur sa personne.

-Que vous soyez le rejeton d'un Lord ou d'un clochard, croyez bien que je m'en fous autant que de votre marque de sous-vêtements, lâcha-t-il sous les inspirations choquées du reste de l'assistance. Vous êtes une élève qui a manqué de respect à un professeur et qui, de ce fait, mérite une punition appropriée, dit-il en réprimant un rictus jubilatoire. Je suis certain que vous apprécierez de m'assister dans la lourde tâche de récolter une espèce particulière de champignons qui se regorgent de magie lors d'une lune décroissante. Je vous donne donc rendez-vous à 21 heure, et n'oubliez pas de prévoir des bottes et des vêtements qui supporteront un voyage dans la boue et les déjections de licornes, ne put-il s'empêcher de laisser trainer un sourire sur ses lèvres à la vue de la mine décomposée de la fameuse Lucretia Black.

Malheureusement, ses paroles déclenchèrent une révolte au sein des adolescents un peu moins influençables à l'autorité qu'il l'avait cru. Pas un étudiant, jusque-là rigoureusement assis sur leur chaise, ne resta de marbre face à l'humiliation prononcée par le professeur. Tous avaient protesté, certains plus fort et vulgairement que d'autres, la plupart s'était levé de leur pupitre, et quelques-uns avaient sorti leur baguette.

Autant pour lui, ce premier cours destiné à entrer dans les annales par sa perfection intrinsèque avait capoté en beauté...

Ne prenant même pas la peine d'esquisser un geste défensif, Harry Potter attendit que ses élèves se calment et arrêtent de lui jeter des éclairs colorés et inutiles au visage en réprimant un lourd soupir désespéré. Bien évidemment, le Survivant s'était arrangé au préalable pour que les murs de sa salle de classe empêchent quoi que ce soit de l'atteindre. Les sortilèges fort peu civilisés se fracassaient donc un peu partout dans la pièce, sauf sur lui, et donnaient au chaos ambiant des allures de discothèques. Heureusement pour lui, le professeur avait prévu qu'un pépin de ce genre risquait tôt ou tard de lui arriver et s'était bien gardé de décorer sa salle de classe d'objets intéressants ou fragiles. Une fois les adolescents aux hormones bouillonnants eurent comprit que l'agresser ne menait qu'à risquer de se prendre son propre maléfice en pleine face, ils se calmèrent suffisamment pour que le Sauveur puisse en placer une.

-Je constate que le fait que vous soyez légalement majeurs n'a que peu d'impact sur votre mentalité puérile et votre comportement d'une immaturité affligeante.

Bon, d'accord, il aurait pu éviter d'imiter Snape. Mais ces petits morpions lui avaient un peu couru sur le haricot avec leurs accusations sans fondement et leur tentative de révolution pour qu'il fasse preuve de considération pour eux.

-Professeur, fit une gamine du premier rang d'une voix mielleuse en ignorant superbement les exclamations scandalisées du reste de sa promotion, est-ce que vous êtes marié ?

Clignant stupidement ses yeux verts, incapable de comprendre le rapport entre la mutinerie de ses camarades et son statut matrimonial, le Survivant ne put que regarder muettement la jeune serpentard s'intéressant un peu trop à sa vie privée. Et, maintenant qu'il l'observait avec attention, l'adolescente aux yeux papillonnants et au menton délicatement posé au creux de sa paume lui disait vaguement quelque chose. Ce qui était normal, puisqu'il l'avait plus ou moins draguée au cours de l'unique réception à laquelle il avait assisté, juste avant de se rendre compte qu'il avait affaire à la mère de Sirius, Walburga Black.

-C'est un scandale ! fit le serdaigle de tout à l'heure.

Ce en quoi le Sauveur était parfaitement d'accord.

-Etes-vous engagé à quelqu'un ? ré-attaqua l'adolescente en passant légèrement sa langue sur ses lèvres pulpeuses.

-Euuuh... ne put que répondre le pauvre professeur peu habitué à se faire draguer par des gamines pas encore sorties de la puberté. Je n'ai aucune intention de me marier avec qui que ce soit, fit-il dans une tentative désespérée de faire comprendre à la jeune fille qu'elle n'avait pas la moindre chance de lui passer la corde au cou.

-Pour l'instant, lâcha la prédatrice avec le même éclat dans le regard que les fanatiques de Quidditch bavant amoureusement devant le nouveau balai exposé dans une vitrine.

Déglutissant difficilement, beaucoup trop habitué à ce que les individus l'observant de cette façon cherchent à le faire cuire la broche, le Survivant s'interdit de rire nerveusement. A la place, il choisit d'ignorer la jeune fille entreprenante et de s'intéresser au chaos qu'était devenue sa salle de classe.

-C'est un scandale ! répéta pour la énième fois le serdaigle.

-Ce qui est un scandale, ne put se contrôler le Survivant, c'est que vous êtes légalement des adultes et que vous piquiez une crise de nerf juste parce que l'une de vos camarades a pensé qu'elle pouvait me manquer de respect sans avoir à en subir les conséquences. Chaque action a des répercussions ! claqua sa voix pendant qu'il ramenait le silence en frappant violemment le poing sur son bureau, faisant glapir de surprise les étudiants du premier rang. Si vous êtes trop obtus ou trop imbus de votre personne pour le comprendre, la porte est à votre gauche, je ne vous retiens pas, fit-il en montrant théâtralement la sortie.

Devant le peu de réactions et le silence de mort qui suivirent sa harangue, le professeur continua son monologue :

-Bien, dit-il en ignorant le soupir conquis de la demoiselle du premier rang. Maintenant, lisez-moi ce programme et posez-moi des questions pertinentes. Tous ceux et toutes celles qui voudraient en profiter pour se faire remarquer devraient garder à l'esprit la nature de la punition de Miss Black.

Le reste du cours se passa globalement bien, mis à part l'humeur massacrante d'une partie non-négligeable de ses étudiants et le rentre-dedans de moins en moins subtile de sa nouvelle harceleuse. Après avoir maudit cette foutue corne de brume insupportable et avoir éxigé pour la semaine prochaine cinq rouleaux de parchemin sur "les avantages et les inconvénients de la Magie pratiquée avec une baguette" en guise de devoir, Harry avait libéré ses élèves. Par ce qui n'était définitivement pas un malheureux hasard, l'adolescente cherchant à lui mettre le grappin dessus trébucha contre un caillou invisible et atterri dans les bras de son professeur aux réflexes un peu trop aiguisés. Se maudissant intérieurement de son foutu complexe du héros qu'il pensait avoir enterré depuis longtemps, le Survivant fit semblant de ne pas remarquer qu'il se faisait peloter et remit la gamine entreprenante sur ses pieds avant de la pousser plus ou moins délicatement vers la sortie.

-Je constate que tu es toujours aussi populaire, mon pauvre Harry, ricana avec tellement de compassion le vampire attitré de Poudlard.

Foudroyant du regard l'apparente jeune fille nonchalamment adossée au mur opposé à sa porte, Harry remarqua la foule d'individus particuliers qui patientait dans le couloir. Alwenn, la guerrière venue du passé, avait les bras résolument croisés sur sa poitrine et était fermement campée sur ses jambes. Ronnie Weasley, la soi-disant descendante de ses meilleurs amis déterminée à l'embarquer avec elle dans une quête épique contre sa volonté, tapait le sol de son pied droit avec la régularité d'un métronome. Eirik Gustafson, le pauvre futur Régent ramené par la blondasse de Mitchell après son voyage dans les Territoires Incartables du Grand Nord, lisait un parchemin et soupirait lourdement à chaque fois qu'il posait les yeux sur sa montre.

-Qu'est-ce que toi et ces tarés foutez campés devant ma porte ? demanda le Sauveur en fronçant les sourcils et en farfouillant dans son sac en perle à la recherche de la baguette en cerisier offerte par Galatea.

-Figure-toi que nous aurions adoré assister à ton cours, qui, j'en suis sûre, s'est déroulé parfaitement bien, sourit machiavéliquement la sangsue. Mais il s'avère que nous sommes dans l'incapacité même de toucher cette maudite porte, expliqua-t-elle avec humeur.

Ah. Oui. Parmi les sceaux qu'il avait placés sur sa salle de classe, certains interdisaient l'entrée aux créatures comme les vampires, et aux individus armés, comme c'était le cas de Ronnie et Alwenn, qui semblaient ne jamais se séparer de leurs épées tranchantes. Ce qui expliquait trois cas sur quatre. Restait le problème de l'exilé. À quel critère ce blondinet pouvait bien répondre pour que ses protections refusent son passage ? Peut-être l'apprenti Régent avait-il dans ses illustres ancêtres une créature figurant sur la liste des indésirables ?

Sortant enfin de son sac à la contenance infinie la fameuse baguette exigée par le vampire, l'aimant à ennuis lança nonchalamment le morceau de bois vers sa nouvelle propriétaire. La buveuse de sang piailla d'enthousiasme et serra sa nouvelle baguette contre son cœur, remerciant l'autre maudit chronique d'un sourire légèrement teinté d'hémoglobine. Peut-être était-il temps que le Sauveur s'intéresse de plus près aux sources d'approvisionnement de cette sangsue aux pulsions meurtrières. Histoire que Poudlard ne se trouve pas avec un cadavre sur les bras.

-Maître, fit la rouquine du passé d'une voix blessée, comment puis-je apprendre à vos côtés si vous ne me laisser même pas vous approcher ?

Harry était décidément beaucoup trop faible aux yeux de chien battus. Refusant de se laisser berner une fois de plus, le professeur tourna délibérément le regard et tomba fatalement sur la rouquine du futur.

-Fuir votre Destinée ne vous servira à rien, lui affirma-t-elle sous les marmonnements dégoûtes de Myriam. À la fin, vous finirez par accomplir vos devoirs d'Elu et m'accompagnerez à mon époque pour vaincre le Seigneur de Ténèbres, prophétisa la voyageuse du futur.

-Rêve, ma grande, grinça le Survivant clairement peu décidé à se retrouver à nouveau figure de proue de tout un peuple en quête d'un Sauveur. Et toi ? fit le professeur à l'intention du norvégien. Une idée de pourquoi tu n'as pas pu rentrer ?

Le gamin arqua un aristocrate sourcil blond légèrement méprisant et répondit à l'adulte:

-Vous ne pensez quand même pas que j'allais toucher un objet suintant à ce point de Magie Noire ? demanda-t-il dans un petit reniflement condescendant digne du jeune Draco Malfoy. Je ne suis pas suicidaire, conclut-il en zieutant un symbole inscrit avec son propre sang.

Ce qui était un argument tout à fait pertinent.

-Je vous assure qu'aucun humain n'ayant aucune intention agressive envers ma personne n'a strictement rien à craindre de mes petites protections.

-"Petites" ? ricana Myriam. Ce machin, là, fit-elle en montrant de son pouce l'amulette en os de poulet, te transformera en marionnette dénuée de la moindre volonté si tu commets l'erreur de verser une goutte de sang dans le périmètre de sa salle de classe.

-Tu connais le vaudou ? remarqua le baroudeur inter-continental. Toi aussi, tu t'es perdue dans des marais chelous habités par des cannibales et des marionnettistes sadiques qui s'amusent à déterrer les morts pour leurs petites représentations annuelles ?

Et, le Survivant n'avait pas atterri par accident dans seulement un des marais dignes de films d'horreur. Il avait eut le malheur d'en visiter trois, dans trois zones géographiques différentes. Le premier dans une île du Triangle des Bermudes, pendant qu'il aidait les pirates fantômes à retrouver leur trésor ; le second en Louisiane pendant qu'il se faisait pourchasser par les vampires des impôts en ayant après son sang et son argent ; le troisième en Afrique de l'Ouest en compagnie de Carter, qui avait failli finir en tête réduite. La répulsion qu'éprouvait le Survivant pour le théâtre venait d'un incident avec la dernière communauté. Les braves sorciers avaient voulu se faire pardonner d'avoir presque transformé son compagnon d'infortune en poupée, et avaient donné une représentation inspirée d'un classique britannique. Être témoin de cadavres en décomposition jouant du Shakespeare avait tendance à dégoûter n'importe qui du noble sixième art. Ce qui expliquait pourquoi les deux compères se tenaient le plus loin possible de tout ce qui ressemblait de près ou de loin à du théâtre.

D'ailleurs, la dernière fois qu'il avait vu Carter, le chef mafieux s'était retrouvé obligé, par un malheureux concours de circonstances, de faire acte de présence dans l'opéra de New-York. Profitant de la rumeur qu'un imbécile s'amusait à ruiner ses débits de boissons et envoyait ses employés à l'hôpital à cause de peaux de banane laissées derrière lui, le parrain de la pègre locale avait envoyé ses meilleurs limiers à la recherche du poivrot ne pouvant être que son ancienne proie. Harry se souvenait, malgré son état d'alcoolémie plus que préoccupant, s'être demandé pourquoi les armoires à glace l'ayant kidnappé s'étaient garées derrière les poubelles d'un établissement respirant le luxe et l'opulence. Alors que la voix stridente de l'imposante cantatrice était arrivée à ses tendres oreilles malgré la distance et la carlingue de la voiture, le Britannique avait remarqué que quelqu'un avait ouvert la porte de derrière et s'était avancé dans sa direction. Le Survivant n'avait même pas eut le temps de se redresser avant de se faire jeter sans ménagement aux pieds de sa vieille connaissance, vêtue d'un smoking et ayant des boules Quiès orange fluo enfoncées dans les conduits auditifs. Le sourire de pure satisfaction qu'avaient esquissé les lèvres de l'Américain était l'une des choses dont s'était souvenu le criminel en fuite après avoir décuvé. La fougue du moldu ne supportant pas l'Opéra et ayant décidé de passer les trois heures que durait la représentation à l'intérieur de la Mercedes en sa compagnie, avait elle-aussi marqué sa mémoire. Le sorcier s'était réveillé le lendemain matin dans une cellule du MACUSA avec une migraine carabinée, des bleus sur tout le corps, les lèvres en lambeaux, le dos en compote, l'arrière-train douloureux et sa dignité en miettes. Certes, il ne lui avait fallu que quelques heures pour s'échapper du Ministère Américain, mais bon, Carter avait tout de même fini par le remettre à l'une des Justices en ayant après sa pauvre personne après l'avoir utilisé comme distraction le temps que le spectacle se termine. Il y avait de quoi se sentir un tant soit peu humilié. Ce fameux incident avait eut lieu quelques mois avant son arrivée accidentelle dans le passé et Harry n'avait pas eut l'occasion de se venger proprement de l'ancien chasseur de primes.

-Non, mon cher Harry, lui répondit Myriam d'une voix condescendante, je ne suis pas suffisamment stupide pour me perdre dans des marais, contrairement à certaines personnes, dit-elle en fichant ses yeux écarlate dans les siens. J'ai juste rencontré une sorcière qui pratiquait cet art qui est maintenant interdit par la Confédération Internationale des Sorciers et Mages-

-Mages et Sorciers, rectifia Eirik comme un insupportable Monsieur Je-Sais-Tout.

-C'est pareil, décréta le vampire avec un peu d'hostilité présente dans sa voix. Bref, le vaudou est prohibé en Europe depuis quelque chose comme vingt ans. Tu dois donc décrocher ton machin, là, fit-elle en pointant l'amulette protectrice.

-Ca ressemble énormément à de la Nécromancie, intervint l'héroïne stéréotypée en fixant l'assemblage d'os de poulet et de cordes trempées dans une potion concoctée à base d'hémoglobine.

-Parce que ça en est, articula Myriam comme si elle avait affaire à une débile mononeuronale.

-Mais c'est interdit ! s'écria la jeune femme aux yeux violets en plaquant ses mains manucurées contre sa poitrine dans une interprétation physique de son indignation choquée.

-Sans déc', Sherlock, soupira une Myriam blasée. Alors celle-là, reprit-elle à l'attention du Survivant, je sais pas où tu l'as trouvée, mais tu es tombé sur un cas, mon pauvre vieux, le plaignit la sangsue.

-Je te signale que tu étais avec moi quand je l'ai rencontré, cingla le professeur désabusé. Et que tu étais occupée à être pétrifiée par une briseuse de sort de douze ans, lâcha-t-il narquoisement.

-Elle a été élevée par les gobelins ! protesta le vampire. Évidemment que je l'ai sous-estimée, j'ignorais ce détail d'importance cruciale ! cracha-t-elle à son ancien colocataire. Et je te fais remarquer que toi non plus, tu n'as pas été fichu de venir à bout du mercenaire d'un mètre cinquante ! Et tu avais une baguette ! ajouta-t-elle. Il a fallu l'intervention de Tauriel pour que tu te décides à faire quelque chose de constructif ! cracha la buveuse de sang.

-Qui ça ? pointa le Survivant en ignorant superbement le reste de l'accusation.

Certes, Harry avait déjà ouvert et feuilleté Le Seigneur des Anneaux pendant qu'il s'était fait plus ou moins séquestré par une moldue insatiable, mais à cause de petits problèmes avec les machines moldues, il n'avait jamais eut l'occasion de visionner la trilogie du Hobbit et donc de rencontrer ce personnage fictif n'apparaissant dans aucun des romans de Tolkien.

Mon cousin s'appelle Toriel, leur révéla nonchalamment Alwenn en se curant les ongles avec une dague.

-Une de nos montagnes est appelée Tor'yel, mit son grain de sel le futur Régent des Territoires Incartables du Grand Nord.

-Je crois qu'elle parle du légendaire sorcier Tom Rey, supposa Ronnie.

-Mais phonétiquement- , commença le Sauveur avant de se faire brutalement interrompre.

-C'est un putain de personnage du Hobbit ! craqua la pluricentenaire en levant dramatiquement les bras au ciel.

-Le quoi ? firent les quatre autres avec plus ou moins d'intérêt et de curiosité.

L'un des muscles de la mâchoire de Myriam se contracta sporadiquement.

Après tout, Myriam se foutait de la gueule de Harry à chaque fois qu'elle le pouvait, lui rendre l'ascenseur en se faisant passer pour un débile inculte n'était que justice.

-Toi, fit-elle en pointant du doigt la guerrière du passé, tu viens de l'Antiquité. Et toi, dit le vampire en ciblant le blondinet, tu viens d'un trou paumé et réfractaire à la civilisation. Vous avez donc une excuse pour ne pas connaître Tolkien. Mais vous deux ! s'écria-t-elle en pointant de ses deux index sur Harry et Ronnie. Vous venez du futur ! C'est quoi votre excuse pour ignorer cette merveille du septième Art ?!

-Mais c'est pas un auteur de Fantasy, Tolkien ? ne comprit plus rien le professeur n'ayant jamais entendu parler de la saga cinématographique de Peter Jackson.

-Je pensais qu'on parlait de Tor'yel, fit Eirik en se tournant vers la brute épaisse.

-Mon cousin aime bien grimper les montagnes, révéla Alwenn en haussant les épaules.

-À mon avis, mit son grain de sel Ronnie, c'est juste une erreur de prononciation.

-Je suis entourée d'idiots, déplora Myriam en se face-palmant le visage. Je parle de la préquelle du Seigneur des Anneaux, réessaya-t-elle sans plus de résultats.

-Tu as conscience que j'ai fait sécession avec le monde moldu à mes onze ans, n'est-ce pas ? demanda le professeur. Et que ma culture générale est donc affreusement limitée pour tout ce qui concerne les films et choses passant sur un écran ?

Principalement parce que lesdits écrans finissaient fatalement par exploser après avoir passé plus de dix minutes en sa compagnie. Les sourcils roussis de Carter quand il avait commis l'erreur de vouloir lui montrer la saga Star Wars, avaient été suffisants pour qu'il ne réitère plus l'expérience.

-Bref, essaya Eirik de réorienter la discussion sur le sujet principal. Nous allons devoir vous demander de retirer vos protections. Il nous est impossible d'assister à vos cours dans ces conditions.

-Pour les deux rouquines, c'est très simple, expliqua le Survivant à ces dernières. Vous n'avez qu'à vous pointer désarmées et sans intention de me nuire d'une quelconque façon.

-Désarmée ? inspira d'horreur la guerrière du passé. Je ne me suis jamais séparée de mon glaive depuis mes six ans.

-Et bien ça va devoir changer, répliqua impitoyablement le professeur en croisant fermement les bras sur sa poitrine.

-Ca me va, fit quant à elle la vélane Weasley. J'avais déjà prévu d'utiliser mon charme et ma fougue pour vous convaincre d'accomplir votre Destinée, révéla-t-elle en faisant passer sa longue chevelure derrière son épaule sous les grimaces dégoûtées des deux maudits.

-Pour ce qui est de Myriam, je veux bien retirer temporairement cette limitation le temps que durera mon cours.

-Trop aimable, grinça le vampire.

-Mais pour ce qui est de tes réticences à toucher ma poignée de porte "suintant de Magie Noire", fit le professeur à l'attention de l'adolescent en mimant des guillemets, il va falloir que tu fasses avec, ou alors tu vas prendre tes cours de Xénomagie chez Franken-, Miss James, se rectifia-t-il.

-Cette folle furieuse ? demanda confirmation le jeune homme avec de grands yeux horrifiés. D'accord, s'empressa de répondre. Je ferais de mon mieux pour passer outre le fait que je risque de me transformer en statue de glace si jamais ne venais à accidentellement blesser l'un de mes camarades.

-Parfait ! se réjouit le professeur en claquant ses mains l'une contre contre l'autre. Quelqu'un a autre chose à ajouter avant que je m'enferme dans ma salle de classe jusqu'à mon prochain cours ? questionna joyeusement le Survivant.

-Abigail m'a demandé de vous transmettre son invitation à prendre un thé, lâcha le sous-fifre de cette blondasse insupportable.

-Tu n'auras qu'à lui répondre que je suis un homme occupé à l'emploi du temps chargé et que je n'ai aucun moment à lui consacrer pour parler chiffons et comparer nos aventures respectives, répondit sèchement le Sauveur ressentant beaucoup trop d'animosité envers cette incarnation de la Chance pour pouvoir avoir une discussion cordiale.

-Mais tu as du temps à perdre en prenant le thé avec le bibliothécaire, le mage noir de professeur de Défense Contre les Forces du Mal, et ton jeune frère, ricana Myriam sans la moindre compassion. D'ailleurs, pour mon anniversaire, je veux l'un de ces bracelets ultra-puissants qui empêche les gens de t'approcher trop près.

-On verra, fit-il à l'attention du vampire déjà beaucoup trop dangereux à son goût.

-Vous vous méprenez, reprit le norvégien exilé. Elle veut vous parler du changement de Gouvernement dont votre père est à l'origine.

-Mais pourquoi tout le monde pense que je sais quelque chose à ce sujet ? se plaignit le Sauveur au reste de l'assemblée.

-Parce que tu as été adopté il y a deux mois par le nouveau Ministre de la Magie et que tu as tout d'un pion facilement influençable? supposa Myriam.

-Merci de ta considération, grinça le Survivant.

-Mais de rien, lui répondit-elle avec un grand sourire.

-Vous avez créé des liens avec des personnes de cette époque ? intervint l'autre voyageuse du futur. C'est pourtant fortement déconseillé, dit-elle avec une lueur calculatrice et de très mauvais augure dans ses yeux violets.

-Je te préviens, gronda-t-il sourdement. Si tu oses faire quoique ce soit pour rompre mes liens avec cette géniale famille de tarés, je pars à ton époque et je m'allie à ton Seigneur des Ténèbres pour semer Mort et Destruction sur tout ce qui t'es cher.

-Vous n'oseriez pas, répliqua avec assurance l'héroïne persuadée qu'il bluffait.

Le ricanement de Myriam et le sourire cruel de Harry instillèrent le doute dans l'esprit de la jeune fille.

-Le Maître met un point d'honneur à toujours exécuter ses menaces, ajouta Alwenn. Il pense que sinon, plus personne ne le prendra au sérieux.

-Ce qui est vrai, s'imisca le futur gouvernant du cercle polaire Arctique.

-Mais vous êtes le Héros des Temps Troublés et le Sauveur du monde magique, bredouilla la jeune femme désemparée par le personnage n'ayant rien à voir avec les légendes dont regorgeait son enfance. Vous êtes sensé aider ceux dans le besoin au péril même de votre vie, lâcha-t-elle d'une voix perdue.

-Je suis navré d'avoir à t'apprendre que la Réalité avec un R majuscule et les contes de fées sont dissemblablement différents, et ce sur bien des points, l'informa le Survivant toujours rattrapé par sa célébrité.

-Joli pléonasme, remarqua Myriam.

-Sans compter que dans cette formulation, "dissemblablement différents" veut dire "identiques", crut bon d'ajouter le blondinet commençant à ennuyer le professeur.

Bon. La plaisanterie avait assez duré. Il était temps qu'Harry mette un terme à cette farce faisant office de discussion civilisée. C'était qu'il avait un cours à donner à de gentils petits quatrième année et que jouer du Ionesco improvisé étain loin de lui plaire.

-Toi, cracha-t-il au visage de l'exilé politique, tu diras à ta gardienne que j'accepte de prendre un thé avec elle samedi après-midi, et pas avant. Toi, pointa-t-il de son index la rouquine du futur, tu me lâches la grappe avec tes histoires de Destinée et de héros légendaire, et trouve plutôt une solution réalisable pour botter le cul de ton Seigneur des Ténèbres. Toi, fit-il à l'attention de la rouquine du passé, si tu veux t'entraîner à accomplir des faits d'armes extraordinaires, tu n'as qu'à faire un tour chez les mercenaires et tenter de les renvoyer chez eux à coups de pompes dans l'arrière-train. Et enfin toi, siffla-t-il sur son ancienne colocataire, arrête de me suivre comme une ombre sadique et vas ennuyer l'autre Elue chargée de lever ta malédiction.

-Figure-toi, mon cher Harry, que ces braves centaures ont précisé que tu étais le seul et unique être à pouvoir m'aider. Abigail Mitchell s'avère être aussi inutile que des têtons sur une armure.

-Eh ? lâcha le Survivant. Encore une réplique de Tolkien que personne ne connaît? demanda l'homme n'ayant jamais ouvert un livre de Fantasy de sa vie.

-G.R.R. Martin, espèce d'inculte, grogna le vampire. Comment as-tu put vivre dans les années 2010 sans avoir jamais entendu parler de Game of Thrones ? se plaignit la sangsue en levant dramatiquement les bras au ciel.

-Ah ! fit le Sauveur. Ca, je connais. Parce que la copine et kidnappeuse de l'athlète que j'ai remplacé sous polynectare aux J.O. de Londres a essayé d'allumer sa télévision quand j'étais encore dans les parages, et que je me suis retrouvé obligé d'éteindre un incendie sous les cris enragés d'une furie enceinte qui essayait de m'assommer avec tout ce qui lui tombait sous la main.

Il s'agissait d'une anecdote particulièrement capillo-tractée qui avait eut lieu quelques mois avant son voyage imprévu dans la passé. Rendant l'une de ses rares visites à ses vieux amis et son filleul de Maraudeur sur l'archipel britannique, Harry Potter avait croisé accidentellement la route du jeune couple alors qu'il marchait tranquillement vers le Square Grimmauld. Sortant d'un repas copieux avec Georges Weasley, le Survivant avait jugé plus judicieux de ne pas tenter de transplaner avec un estomac rempli et un taux d'alcoolémie assez impressionnant. Titubant à deux heures du matin dans les rues désertes de Londres, le héros avait plus ou moins percuté la femme enceinte. Heureusement, ses réflexes d'Attrapeur empêchèrent la future mère de se briser le coccyx en tombant sur la chaussée. Une fois remise en position horizontale, il se fit hurler dessus par la furie un peu trop sensibles aux hormones de grossesse. N'appréciant pas les cris stridents lui donnant la migraine, Harry avait cherché du soutien de la part du futur père et avait remarqué un détail troublant : le pauvre homme paraissait totalement à l'Ouest. Malgré son état d'ébriété bien avancé, il semblait évident aux yeux du Survivant que l'individu aux côtés de l'acariâtre jeune femme était complètement drogué au G.H.B.. Bien naturellement, parce que trop de personnes passaient leur temps libre à essayer de le soumettre à leur volonté, Harry avait décidé d'intervenir en faveur du pauvre prisonnier. Le seul résultat concluant de sa tentative fut un uppercut reçu dans le nez. Le Survivant, sonné et ivre, avait un instant cru que le coup venait de l'homme, avant de se rendre compte qu'il venait de se faire mettre à terre par la furie enceinte jusqu'aux yeux. Il en était resté bouché-bée pendant de longues secondes avant que l'avalanche d'insultes de la future mère ne se stoppe subitement. Apparemment, pendant qu'il s'était fracassé le fion sur les pavés, sa baguette avait eut la mauvaise idée de sortir de sa manche et s'était retrouvée à rouler sur le trottoir. La jeune femme l'avait regardé avec un éclair calculateur brillant dans ses yeux clairs, ces derniers s'arrêtant sur son front marqué, avant de le menacer de dévoiler sa présence aux journaux sorciers s'il ne suivait pas ses directives.

Il s'était avéré que la future mère était une cracmolle étant tombée amoureuse d'un célèbre athlète moldu, et que sa famille de traditionalistes n'avaient pas vraiment accepté leur "relation contre-nature". La jeune femme n'ayant pas voulu que son chéri finisse dans une cave sombre à se faire torturer pour avoir eut le malheur de la mettre enceinte, elle avait décidé de le kidnapper par mesure préventive, le temps de mettre au point un plan digne de ce nom. Ayant été élevée avec les exploits du célèbre Harry Potter et sa phobie des médias, elle avait eut un moyen de pression indiscutable pour contraindre le Sauveur à exaucer ses quatre volontés. Il s'était donc retrouvé à servir d'appât pour extrémistes fanatiques et à participer sous polynectar aux Jeux olympiques. Naturellement, il s'était fait humilier comme jamais dans la discipline du saut à la perche, et avait du gérer pas moins de dix-huit tentatives d'assassinat pendant sa présence dans le stade bondé. Mais, avec toutes les informations qu'il avait tiré des crétins ayant essayé de le tuer, Harry avait put faire enfermer la famille de son maître-chanteur, et avait démasqué dans le processus une conspiration au sein du Ministère de la Magie.

Quand il avait eut le malheur de raconter à Georges la raison pour laquelle il n'avait pas pu assister au repas que les Weasley avaient prévu pour lui, et aux autres rencontres prévues en son honneur, l'homme d'affaires avait bruyamment éclaté de rire et s'était laissé tomber sur son comptoir. Il n'avait su que plus tard que Miranda Nott, ayant hérité de tout les biens et titres de sa famille, avait décidé, malgré son statut de cracmolle, de devenir une figure politique importante et de réformer l'Angleterre Magique en s'ouvrant au monde moldu. Ayant à nouveau un coup d'Etat sur la conscience, le Survivant avait décidé, quant à lui, de quitter les iles britanniques et de visiter l'Amazonie, mais s'était retrouvé en fin de compte perdu dans le désert de Gobi et pourchassé par des statues en terre cuite.

Ce qui était une autre anecdote hilarante à posteriori qu'il se plaisait à raconter à un auditoire assez éméché pendant qu'il se faisait payer à boire.

Alwenn, Eirik et Ronnie clignèrent tout trois plusieurs fois des yeux sous l'information que venait de leur livrer le respectable professeur. Myriam, quant à elle, ne fit qu'arquer un sourcil. Discuter avec un autre individu à qui il n'arrivait aussi que des histoires alambiquées et capillo-tractées était quelque chose dont il aurait du mal à se passer, quand il rentrerait en 2012.

Parce que oui, Harry James Potter avait enfin décidé de se tirer de cette époque de tarés. Il était devenu impossible pour le Survivant de se voiler la face plus longtemps : les ennuis tombant sur sa pomme allaient s'accroître exponentionnellement au temps qu'il resterait dans les années quarante. Il devenait donc urgent de fuir non seulement cette école de frappés, mais aussi ce passé faussement tranquille où il avait cru, les premiers mois, que sa Poisse Cosmique avait arrêté de la harceler. Tenir une boutique en plein cœur de l'Allée des Embrumes avait vraiment suffit à son bonheur et la paisibilité d'honnête commerçant lui manquait. Malheureusement, ces mois bénis étaient derrière lui et rien ne pourrait lui permettre de recommencer cette placide existence avec cette maudite épée de Damoclès menaçant de rendre sa vie encore plus chaotique.

Pour rentrer à son époque, le Survivant allait assurément avoir besoin de l'aide de ses collègues. Howard était le maître incontestable du bordel qu'était ce qui faisait office de Bibliothèque. Galatea était un mage noir de près d'un siècle qui n'avait pas froid aux yeux et qui avait passé les cinquante dernières années à accumuler du Savoir. Et Albus était le sorcier le plus brillant qu'il ait jamais rencontré. Avec eux trois nul doute que le Sauveur pourrait retourner vivre sa petite vie tranquille avec sa petite Poisse Cosmique à sa petite époque.

-Vous avez l'air d'avoir une vie assez intéressante, lâcha Eirik en semblant se demander s'il devait plaindre ou profiter de l'expérience de son professeur.

-Bel euphémisme, renifla Myriam.

-J'ai un cours à donner, soupira le Survivant. Alors à moins que vous n'ayez quelque chose d'urgent à me dire, fichez le camp, fit-il en montrant l'extrémité du corridor.

-Je me vais de ce pas remplir mes devoirs, Maître, fit Alwenn en se frappant la poitrine dans une parodie de salut militaire avant de partir casser du mercenaire.

Une de moins, c'était déjà ça.

-Mon cher Eirik, nous sommes clairement peu désirés, renifla derechef le vampire en levant hautainement le nez en l'air. Allons rendre visite à ce cher professeur Beery, lui au moins a le sens des convenances et nous recevra dans sa serre avec tous les égards nous étant dus, dit-elle en prenant le bras du jeune homme et en l'entrainant loin de la salle de classe du professeur de Xénomagie.

Seule restait dans le couloir remplit de quatrième année la rouquine de futur, la déterminée Ronnie Weasley. Soupirant devant la lourde tâche qui l'attendait, le Survivant préféra faire faire entrer ses élèves avant de gérer l'héroïne sans peur et sans reproche. Pendant que la silencieuse procession d'étudiants passait devant lui, le professeur remarqua qu'un élève le fixait du regard avec des étoiles dans les yeux comme s'il était la réincarnation du Messie. Soupirant à nouveau devant ce qui allait être un cours lui aussi haut en couleur, l'Elu se tourna vers l'héroïne du futur.

-Il importe peu que vous soyez ou non un exemple de vertu, monsieur Potter, cingla froidement la prétendue descendante de ses meilleurs amis. Il a été prédit que votre intervention était indispensable à l'annihilation du Seigneur des Ténèbres. Je ne peux laisser mon présent à la merci de Damilda Vanquish, dit-elle en réprimant sa détresse et ses larmes d'impuissance du mieux qu'elle pouvait.

Harry avait toujours eut une très faible résistance aux yeux humides des jolies filles.

-Bon, fit le Survivant en se massant l'arrête du nez. Je veux bien t'enseigner comment vaincre ton mage noir, mais il est hors de question que je le fasse à ta place, prophétie ou non. Ca te convient ?

De toute façon, le trentenaire avait déjà donné sa parole à Harriet qu'il l'aiderait à botter le derrière de Voldemort, il n'aurait qu'à leur enseigner à toutes les deux ce qu'il savait sur les mages noirs et leurs problèmes d'ego. Comme ça il ferait d'une pierre deux coups, et tout le monde serait content, essaya de se convaincre l'aimant à ennuis.

-Pour l'instant, répondit l'adolescente en séchant ses larmes avec son poignet. Je n'abandonnerais jamais, le prévint-elle en le fusillant du regard.

-Je n'en doute pas, grinça diplomatiquement le professeur. Maintenant, reprit-il, si tu veux bien, j'ai un cours à donner et mes nerfs seront beaucoup plus apaisés si je ne te sais pas devant ma porte à m'attendre comme une stalkeuse flippante.

-Je ne suis pas une stalkeuse ! s'exclama, outrée, la jeune fille.

-Dans ce cas, retint un sourire le Survivant, vas assister au glorieux et mystérieux cours de la célèbre école de magie à laquelle tu t'es inscrite, fit-il avec un petit mouvement de la main imitant un balayage.

Avec un petit reniflement vexé emprunté à Myriam, Ronnie décida enfin de lever le camp et d'aller ennuyer quelqu'un d'autre. Prenant une grande inspiration, l'insupportable bruit de clairon lui annonçant qu'il devait assurer un cours au lieu de rester planter dans un couloir, Harry Potter entra dans sa salle de classe et s'apprêta à rencontrer ce qui allait devenir la pire promotion de sa carrière de jeune professeur.


J'espère, comme toujours, que vous avez eut autant de plaisir à lire que j'en ai eut à écrire. ^^ En vous remerçiant de votre fidélité sans pareille (parce que ce truc est interminable)

SEY