Chapitre 12 : Le Moment où les choses ont vraiment dérapé
-Dites-moi que je rêve, réfuta la Réalité le professeur Potter.
Dans une vaine tentative de se rassurer, le trentenaire se pinça la cuisse gauche et dû malheureusement faire face à la vérité : il ne rêvait apparemment pas.
-Fuck, siffla le respectable professeur devant l'assemblée d'élèves.
Agrippé à lui comme une moule à son rocher, le serrant beaucoup trop fort contre lui comme s'il était sa peluche préférée, se trouvait un jeune étudiant de quatrième année.
-Monsieur Prince, fit l'adulte en espérant que sa voix n'était pas aussi étranglée qu'il le pensait, lâchez-moi immédiatement, essaya-t-il de faire preuve d'autorité malgré son nouveau statut de doudou.
Cette nouvelle catastrophe lui était tombée dessus sans qu'il ne s'y attende. Certes, enseigner à l'apparent grand-père de son détesté professeur de Potion prophétisait déjà des ennuis en perspectives, mais se retrouver câliner par la version bisounours de Snape était juste au-dessus de tous les prognostiques qu'il aurait envisagé. En ce qui le concernait, ce qui se passait présentement dans sa salle de classe avait tout d'un véritable cauchemar éveillé. Ce qui expliquait pourquoi il s'était pincé et avait lâché un juron devant les élèves qu'il était sensé impressionner par son professionnalisme et ses extraordinaires compétences. Pourtant, déplora la peluche toujours coincée entre les bras d'Icarus Prince, tout avait assez bien commencé.
Harry venait de congédier trois Plaies et le sous-fifre de son ennemi juré après avoir été obligé de parlementer avec eux, et était entré dans sa salle de classe silencieuse persuadé que ce cours-ci allait se passer sans pépin divin. Un sourire aux lèvres et son moral remonté par sa victoire sur quatre empêcheurs de tourner en rond, le professeur avait fait son petit discours d'introduction sans interruption d'aucune sorte et avait embrayé en faisant l'appel. Rien ne l'avait honnêtement préparé à ce qui lui était tombé dessus quand il avait prononcé le nom d'Icarus Prince, alias l'Horreur Absolue. Le gamin de quatorze ans s'était vivement levé de sa chaise et avait répondu "Présent!" avec beaucoup trop de vigueur pour que le Survivant ne relève pas le nez de son parchemin. Ses yeux verts s'étaient écarquillés d'horreur devant son étudiant un peu trop enthousiaste. Il fallait dire qu'il ressemblait beaucoup trop à Severus Snape pour ses pauvres nerfs. Il possédait les mêmes cheveux aussi noirs que du charbon, les mêmes yeux sinistres fixés droit sur sa personne, le même teint cadavérique et le même nez crochu. Naturellement, le voyageur du futur s'était retrouvé comme deux ronds de flanc face à la vision d'un mini-Snape respirant la joie de vivre et l'exaltation de la jeunesse tellement différent de la version originale.
Se méprenant du mutisme soudain de son professeur, le fameux Icarus Prince n'avait rien trouvé de mieux à faire que d'imiter une groupie hystérique et de faire l'apologie de sa personne. Certes, c'était gratifiant, surtout que cette fois-ci, l'adolescent s'extasiait sur des choses qui en valaient la peine, comme sa collection de bracelets hétéroclites ou sa connaissance étendue de différentes formes de magies exotiques, mais la diarrhée verbale restait tout de même un tantinet agaçant et inquiétant. Principalement parce qu'il avait suffisamment de tordus à ses trousses sans ressentir le besoin de rajouter un serdaigle ayant connaissance de l'existence des machins chinois extrêmement dangereux. Mais la question restait de savoir où le gamin avait bien pu entendre qu'il était un maître en traçage de diagrammes orientaux. Harry ne se souvenait pas avoir déjà mentionné cet art assurément dangereux pour son utilisateur et extrêmement puissant s'il était bien contrôlé. La seule et unique fois où ce sujet avait été abordé, Dippet lui avait fait passer son entretien d'embauche juste après qu'il ait humilié Bubu. Cela ne laissait donc que deux possibilités : soit son renard de Directeur avait décidé de mettre un peu plus de chaos dans son école en assumant que son employé connaissait effectivement les machins chinois ; soit quelqu'un parmi les invités avait eut des oreilles un peu trop curieuses et avait vendu la mèche au gosse surexcité, et sans doute à tous ceux qui voulaient des informations croustillantes sur sa personne. Dans tous les cas, Harry Potter était foutu.
Pensant que couper la parole à son élève un peu trop au courant de ses faits d'armes était une richissime idée, le Survivant interrompit Icarus Prince d'une boutade et d'un sourire désarmant, lui disant qu'il était touché de son impatience et de sa passion, et qu'il était certain que noter ses copies allait être très intéressant, mais qu'il avait besoin de finir de faire l'appel avant de pouvoir effectivement enseigner quoique ce soit à ses précieux élèves. La jolie teinte rosée ayant pris place sur le visage charmé de son étudiant rassura un instant le pauvre professeur. Persuadé que son bagout et son charme de séducteur du dimanche lui avait une nouvelle fois sauvé les miches d'une expérience déplaisante, le baroudeur international était retourné à son parchemin. Trop confiant en ses propres protections, le sorcier avait commis l'erreur de baisser sa garde et s'était retrouvé enserré par les bras pourtant malingres de l'adolescent. Ce qui conduisait au juron typiquement moldu expiré avec horreur et à la pathétique tentative du professeur à l'inciter à le lâcher.
-Nan, osa lui répondre Icarus Prince dont le visage était plaqué contre sa poitrine. Vous êtes super-puissant et vous êtes pas méchant, lui sortit-il en s'agrippant encore à l'adulte. Vous êtes le professeur que j'attends depuis ma Répartition, lui avoua béatement le serdaigle un peu trop à l'Ouest.
-Hun-hun, ne put que répondre ledit professeur en essayant de s'échapper de la prise sans avoir à toucher son élève.
Ce qui donnait un adulte se tortillant entre les bras maigrelets d'un adolescent. Ce qui était d'un ridicule à faire peur. Et malgré cette scène d'un grotesque pathétique, le reste des étudiants était stoïquement perchés sur leur chaise, attendant patiemment que cette triste comédie prenne fin et que le cours qu'ils étaient sensés suivre commence.
Ce fut à cet instant que quelqu'un frappa à la porte. Pas vraiment poliment, d'ailleurs, vu le grincement inquiétant que fit la pauvre porte après que la brute épaisse se prenant pour un envahisseur ait fini de la martyriser avec un bélier. À ce moment-là, le Survivant se demanda comment les choses avaient pu tourner de cette manière alors que les premières minutes avaient justes été superbes.
-Si vous n'ouvrez pas de votre propre chef, je défonce cette maudite porte, retentit la voix énervée de la mercenaire en herbe.
À ces mots, le jeune professeur haussa un sourcil dubitatif. Si la gamine avait effectivement pu passer à travers ce mince panneau de bois avec son attirail de gobelin, elle n'aurait pas eut besoin de demander à ce qu'on lui ouvre. Se tournant vers ses élèves toujours blasés par ce qu'il se passait sous leurs yeux, il leur demanda :
-Est-ce que cette harpie fait partie de votre année ?
Parce que si ce n'était pas le cas, il aurait une raison en or pour ne pas accepter de la faire pénétrer dans son sanctuaire sur-protégé.
-Oui, professeur, lui répondit une jeune fille de Serpentard paraissant hermétique au chaos ambiant.
Flûte, ragea intérieurement le Sauveur. Voilà qu'il se retrouvait coincé entre son nouveau professionnalisme d'enseignant et son besoin de mettre le plus de distance entre lui et cette Plaie démoniaque. Au pire, se rassura-t-il, que pouvait-il se passer de pire que se prendre une flopée d'éclairs colorés et des objets tranchants ? De toute façon, les sorts intégrés aux murs le protégeraient de la moindre tentative d'actes néfaste envers sa personne. Malheureusement, apparemment, ce critère ne correspondait pas au câlin qu'il subissait de la part du jeune homme un peu trop enthousiaste.
-Vous pensez que je dois lui ouvrir ? demanda-t-il à nouveau à l'assemblée de zombies correctement attablés à leur pupitres.
Sa seule réponse fut une armée de regards vagues et blasés. S'il avait été moins préoccupé par la version miniature de son détesté professeur de Potion le prenant pour une peluche, Harry aurait put s'interroger sur l'absence de réaction de la bande d'adolescents de quatorze ans. S'il avait eu la bonne idée de le faire, il se serait peut-être rendu compte plus tôt du caractère spécial d'Icarus Prince.
Le professeur réussit à tirer de sa manche sa baguette et à renvoyer à sa chaise sa nouvelle groupie en titre. Après s'être assuré que le jeune garçon n'avait pas l'intention de se précipiter à nouveau sur lui pour lui faire une autre prise koala, l'adulte responsable ouvrit finalement son huis. À peine avait-il descellé sa porte qu'il du faire un pas de côté pour éviter le coup-de-poing envoyé vers son bas-ventre.
-Non mais ça va pas ?! éructa l'homme à la virilité menacée.
La mercenaire d'un mètre cinquante ne prit même pas la peine de répondre et enchaîna sa tentative de kidnapping en balançant un poignard effilé dans sa direction relative. Naturellement, la gamine avait trouvé une faille dans son système de sécurité lui permettant de porter atteinte à l'intégrité physique du professeur, en ne pénétrant pas à l'intérieur des limites de sa salle de classe. Harry aurait dû s'attendre à ce que ces faiblesses soient rapidement découvertes, surtout de la part un individu entraîné par ces rapaces vénaux de gobelins à briser des sortilèges dangereux et compliqués.
Commençant à trouver que lui ouvrir avait été une mauvaise idée, et que sa matinée prenait une tournure particulièrement désagréable, le Survivant agrippa la robe de la jeune fille et la tira à l'intérieur de son sanctuaire. Tout de suite, le rapport de force avait changé. L'apprenti mercenaire n'était pas la seule à savoir repérer les faiblesses de son adversaire et à en profiter honteusement. La gamine élevée par les gobelins était habituée depuis sa plus tendre enfance à porter des armures et de lourds bijoux magiques. Pour un individu prônant l'efficacité sur la coquetterie, une longue robe aux manches bouffantes et aux bords menaçants de le faire trébucher était une aberration. Et Birba Ragnok, accoutrée de l'uniforme de Poudlard, n'avait pas fait exception. Ce qui expliqua pourquoi la mercenaire ne fit pas attention à la prise que lui offraient ses habits et se retrouva tirée à l'intérieur de sa salle de classe surprotégée. Comme l'avait si bien remarqué Myriam, quiconque passait ses protections et avait le malheur de verser une goutte de sang se retrouvait soumis à la volonté du maître des lieux, à savoir Harry Potter. La briseuse de sort à la solde des gobelins, avec ses prises de karaté, entrait pile dans ces conditions. Il suffit au professeur de se laisser effleurer par un couteau pour que la jeune fille ne soit plus qu'une marionnette incapable de bouger à moins qu'il ne lui ordonne.
-Waaahhh ! fit le gamin adepte des câlins étouffants avec de véritables étoiles dans ses yeux noirs.
Voilà qui ne présageait rien de bon... Si Icarus Prince était suffisamment renseigné pour savoir ce qu'était son petit tour de passe-passe et qu'il l'admirait pour cela, le professeur était dans de beaux draps et allait se retrouver avec un autre harceleur lui demandant des cours particuliers sur les bras. M'enfin, relativisa-t-il, le serdaigle ne pouvait pas être aussi casse-pied que les dix Plaies qu'oon lui avait prophétisé.
Maintenant qu'il y pensait, qui étaient exactement ces dix Elues sensées lui courir après ? Myriam entrait assurément en tête de liste, avec son amie la brute épaisse du passé, pour avoir été désignées par les centaures. La petite mercenaire immobilisée devant lui était un peu trop collante pour son bien-être et devait avoir une place dans l'inventaire. Harriet, bien évidemment, parce qu'une version rajeunie et féminine de lui-même ne pouvait être qu'une "Elue en quête d'enseignement en accomplissements prophétiques". L'héroïne à la Tolkien déterminée à le trainer par la peau des fesses à son époque pour qu'il détruise son mage noir allait devenir l'une de ses stalkeuses les plus assidues. Frankenstein, malheureusement, s'inscrivait d'elle-même sur cette liste de frappées en ayant après sa pauvre personne L'espèce de princesse extra-terrestre qui s'était prénommée "sparkles" à la recherche d'un "Héros des Temps Troublés" allait assurément lui prendre le chou avec ses petits problèmes de succession d'empires galactiques. La gosse aux cheveux et aux yeux blancs qu'il avait vue en rêve était un peu trop sinistre pour ne pas être suspicieuse. Ne restait plus que deux furies pour que la liste soit complète. Sans doute la gamine l'ayant pris pour une vieille connaissance perdue de vue depuis longtemps, et la fée à échelle humaine, parce que toutes les bestioles de cette espèce étaient d'office considérées comme des ennemis en devenir.
Se disant qu'il devrait rendre une petite visite de courtoisie aux centaures avec cette chère Lucretia Black, le professeur remarqua chez ses élèves que l'indifférence blasée avait été remplacée par des mines soit découragées, soit résolument amusées.
-Vous venez de faire une grave erreur, professeur, l'informa un serdaigle au visage parsemé de taches de rousseur avec un petit sourire à la fois désolé et profondément amusé.
-Et on peut savoir pourquoi ? demanda le sorcier ayant vaincu pléthore de créatures dangereuses et mythiques en croisant résolument les bras.
Ce n'était pas un serdaigle maigrichon de quatorze ans qui allait lui faire peur. Il était le putain de Harry Potter, multiple Elu de prophéties capillo-tractées, Champion et Souffre-douleur d'une déité du Destin, l'incarnation physique du Chaos, héros acclamé des foules et des humanoïdes pas trop farouches, le Survivant à toutes les catastrophes divines, le pire cauchemar des mages noir, l'homme maudit d'une Poisse Cosmique. Il était pratiquement invulnérable et assurément beaucoup plus dangereux que le sorcier lambda. Tant qu'il restait dans les limites de ses sanctuaires, rien ni personne ne pouvait espérer avoir l'avantage sur lui.
-Parce qu'Icarus Prince est, disons, lui répondit l'adolescent en paraissant hésiter sur la formulation exacte de sa phrase, un monstre d'intelligence qui n'aurait jamais du être réparti serdaigle, termina-t-il en lançant un regard dans la direction de ses condisciples pour s'assurer de sa bonne description du cas qu'était Icarus Prince.
Devant les quelques hochements de tête attestant la véracité de sa réponse, le Survivant haussa un sourcil d'incompréhension. Comment un "monstre d'intelligence" pouvait-il ne pas être réparti à la Maison prônant l'intelligence ?
-Professeur ! s'écria justement la source d'une future migraine. Est-ce que vous ne pourriez pas faire une place dans votre programme pour un cours sur les magies vaudou ? lui demanda l'adolescent avec un grand sourire de boy-scout respirant l'innocence et la joie de vivre.
-Euuuh... ne put que répondre le Survivant face à cet étalage d'enthousiasme pour une pratique pourtant déclarée illégale. J'en parlerais avec le Directeur, réussit-il à trouver une excuse potable pour ne pas à avoir à répondre dans la minute.
À l'origine, il n'avait pas prévu d'enseigner cette branche délicate de la Magie avant la sixième année. C'était que le vaudou, l'air de rien, était sacrément coriace comme sorcellerie. Les restrictions étaient nombreuses et la moindre petite invocation demandait énormément de données sur l'objet à ensorceler ou désensorceler. C'était, en quelques mots, beaucoup trop de travail pour un résultat qui pouvait être obtenu d'une façon beaucoup plus simple et rapide. L'enseigner à ses élèves des années inférieures ne lui avait donc pas paru pertinent.
-Génial ! répondit le jeune serdaigle enflammé par ce qu'il avait interprété comme une approbation. Parce que le précédent professeur de Xénomagie avait catégoriquement refusé d'enseigner toutes les pratiques de magie digne d'intérêt et qu'il passait son temps à polluer notre temps d'apprentissage par des broutilles futiles que n'importe qui peut trouver en fouinant dans la Bibliothèque. Figurez-vous que votre prédécesseur avait refusé de nous apprendre les bases de la Sanguimancie soit disant parce que c'était illégal et ressemblait beaucoup trop à la Magie Noire pour qu'il prenne la responsabilité d'enseigner à un futur Seigneur des Ténèbres.
D'accord. Autant pour lui. Icarus Prince n'aurait effectivement jamais dû être réparti à Serdaigle. Même les apprentis mages noirs savait qu'il fallait faire preuve de prudence quand on s'initiait à des magies d'une dangerosité mortelle. Le gamin tressautant d'excitation à son pupitre, quant à lui, ne semblait pas pourvu d'un instinct de survie correct, et risquait de détruire l'école et tous ses occupants en faisant joujou avec des savoirs redoutables et à ne surtout pas mettre entre toutes les mains. Il paraissait prudent de la part du Survivant de mettre un traceur sur le jeune garçon et de vérifier régulièrement qu'il n'était pas plongé dans une expérience douteuse risquant de détruire l'archipel britannique.
Monsieur Prince, commença le respectable professeur à côté de son élève immobilisée dans une pose grotesque. Comme je l'ai signifié au Directeur, je me réserve le droit d'enseigner ou non à mes élèves ce que je juge être trop dangereux pour leur bien ou celui de leurs camarades. Si vous souhaitez apprendre quelque chose qui ne figure pas sur ce programme, et avec la bénédiction du Directeur Dippet, il va falloir me prouver que vous êtes dignes de posséder ce savoir, prononça avec conviction et professionnalisme le baratineur de service.
-Oh, fit le jeune serdaigle d'une voix immensément déçue, son visage poupin reflétant son désappointement par une moue infantile. Et par quels moyens devrions-nous prouver notre valeur, professeur Potter ? reprit la teigne avec une bouffée d'énergie.
-Excellente question, répondit Harry en cherchant lesdits moyens en son for intérieur. Au moins deux rouleaux de parchemin sur les dangers potentiels de la pratique que vous souhaitez apprendre vous seront demandés, sortit-il avec inspiration en se souvenant de l'horreur qu'avait été les dissertations.
-J'ai ferais cinq ! lui répondit Icarus Prince avec beaucoup d'enthousiasme pour la pression sanguine du Survivant.
-Et vos notes devront être exemplaires, rajouta-t-il une condition.
-Elles le seront ! lui assura le jeune garçon.
-Dans toutes les matières, ajouta l'adulte en commençant à transpirer.
-Les siennes le sont déjà, grinça une poufsouffle d'une discrétion effarante.
Commençant à sentir que les choses échappait légèrement à son contrôle, le Sauveur se mit à chercher dans sa mémoire défaillante un argument irréalisable pour faire changer d'avis la Bête de Serdaigle.
-Vous devrez naturellement faire part de vos motivations au Directeur et à moi-même par écrit et dans le respect de nos traditions de correspondance, continua-t-il à énumérer des prétextes bidons.
Il ne restait plus qu'à espérer que les aristos envoyaient leurs missives avec des jolies tournures de phrases à double sens donnant la migraine à leurs auteurs. La paperasse étant une horreur sans nom dont nulle personne saine d'esprit ne voudrait être embarrassée, il devenait probable que cet argument refroidisse quelque peu la catastrophe ambulante.
-Je le ferais ! lui assura l'adolescent sans que son sourire ne faiblisse.
Encore raté. Le gosse commençait sérieusement à lui courir sur le haricot.
-Et recevoir bien entendu l'autorisation écrite non seulement du professeur Dippet, mais aussi de votre Directeur de Maison, compléta le Sauveur.
Voilà qui restreignait drastiquement le jeune serdaigle. Aucune chance que Smith accepte que l'un de ses précieux élèves veuille étudier une branche interdite de la Magie. Pour ce qui était du reste de ses élèves, nul doute que ceux qui n'avaient pas été refroidis par ses contraintes allaient être un minimum précautionneux avec ce que le Survivant allait avoir l'autorisation de leur apprendre. Et en plus il allait pouvoir librement s'exercer à devenir un animagus avec des étudiants correctement motivés et passionnés. Que des points positifs, se réjouit le professeur.
Théoriquement, Harry Potter savait comment se transformer en animagus. Il n'y était pourtant jamais arrivé. Principalement parce qu'il n'avait jamais le temps de méditer correctement avant qu'une catastrophe divine ne lui tombe lourdement sur le crâne. Il n'avait donc pour seul résultat probant qu'une vague impression de créature ailée en guise d'animal totem. Ce qui était infiniment frustrant. Rien que d'imaginer le nombre d'ennuis qu'il aurait pu éviter s'il avait pu s'enfuir à tire-d'aire à la moindre menace de problème, le Survivant réprimait péniblement l'envie de s'arracher les cheveux de rage et de frustration. Le trentenaire espérait vraiment pouvoir profiter de son séjour dans sa prison dorée pour avoir enfin accès à son animal intérieur et à sa pratique paire d'ailes. Même s'il ne se faisait pas trop d'illusions à ce sujet, il espérait tout de même que son périple de professeur serve au moins à quelque chose. Autre qu'à tester les limites de sa patience et sa résistance mentale aux cataclysmes catapultés dans sa face par le Destin, bien évidemment.
-J'obtiendrais toutes les autorisations nécessaires, professeur ! lui assura son actuelle source de migraine.
Faisant de son mieux pour ne pas jurer une nouvelle fois devant ses étudiants, le professeur prit une grande inspiration dans l'espoir de calmer ses nerfs malmenés. Naturellement, quelques uns des petits pitiponks assis à leurs pupitres ricanèrent devant le bruit de pompe bouchée que fit le Survivant, ce qui finit sa crédibilité en temps qu'enseignant professionnel pour cette promotion.
Commençant à être à cours de prétextes bidons, le Survivant jugea préférable de couper court à la conversation et utilisa comme excuse une diversion consistant à faire asseoir de force à un pupitre libre la mercenaire en couche-culotte.
-Nous reparlerons de cours supplémentaires quand vous aurez déjà rempli les conditions nécessaires, temporisa le Survivant en retournant s'installer devant le tableau. D'autres questions concernant le programme ? osa-t-il demander avec un masochisme typiquement gryffondorien.
Le même serdaigle aux taches de rousseur de tout à l'heure leva un bras. Se disant avec un regain d'optimisme que son cours allait enfin pouvoir reprendre sans interruption farfelue, le professeur permit à l'étudiant de s'exprimer.
-Je pensais que les cours supplémentaires étaient prodigués par Miss James ? fit le jeune homme sous les cris mentaux festifs du Sauveur.
C'était qu'il avait oublié cette furie aux cheveux verts, avec toutes les crasses passant leur temps à lui tomber dessus avec la régularité d'un métronome. Il lui suffisait juste de refiler la corvée à l'Américaine et Harry était débarrassé de cet adolescent un peu trop collant. Voilà qui arrangeait tellement ses affaires que ça en devenait presque trop beau pour être vrai. Il y avait forcément une couille dans le potage quelque part. Le tout restait de savoir si les potentiels ennuis de cette collaboration allaient être plus problématiques que gérer lui-même la version miniature et bisounours de Snape. Frankenstein était tout de même une sacrée malade qui cherchait à collecter ses organes et à les ranger dans des bocaux de formol par simple "esprit scientifique". Peut-être était-il plus prudent que ces deux monstres ne se rencontrent jamais...
-C'est le cas, répondit le Survivant. Mais son programme est tellement chargé que je pense qu'elle n'aurait pas le temps de vous faire étudier des sujets sur lesquels elle n'a peut-être pas les connaissances nécessaires.
-Est-ce qu'elle est vraiment recherchée par le MACUSA pour avoir fait exploser le bureau des Aurors ? lui demanda une gryffondor aux cheveux nattés.
Il fallait dire que les agents du service de l'ordre américain n'étaient pas vraiment les plus débrouillards du globe dès qu'il était question du confinement des criminels. Lui-même avait fait sauter le mur Sud dudit bureau quand Carter l'avait honteusement vendu après avoir profité de sa compagnie. Détruire les bâtiments publics de cette organisation encore plus bâclée que le Ministère de la Magie Britannique de son époque n'était pas véritablement un exploit. C'était à croire que toutes leurs cloisons avaient été construites avec du papier mâché. Ce qui méritait l'intérêt de Sauveur, en revanche était le fait qu'Athéna James semblait avoir un sérieux penchant dans la destruction de bâtiments publics, et que Poudlard risquait malheureusement d'en faire les frais.
-Pas à ma connaissance, mentit honteusement le Survivant.
-C'était quoi le spectacle que vous avez donné lors de la Répartition ? continua le massacre la jeune serpentard l'ayant renseigné sur l'année de la petite briseuse de sorts.
Bien évidemment, il aurait été trop beau que l'assistance soit frappée d'un sortilège d'amnésie et oublie le cirque qu'avait été la cérémonie de Rentrée et la fixation qu'avaient un nombre impressionnant de jeunes filles sur sa pauvre personne.
-Il paraitrait qu'une prophétie annonce que je suis sensé guider mes élèves vers l'art épique de l'héroïsme, et il s'avère que certaines personnes prennent cette prédiction un peu trop au sérieux en voulant que je leur enseigne comment venir à bout d'un mage noir ou en désirant que j'accomplisse leur quête à leur place, répondit avec honnêteté le Héros des Temps Troublés.
-Alors vous êtes vraiment un élu prophétique ? fit un autre élève aux couleurs de Gryffondor. Qu'est-ce que vous êtes sensés devoir faire ? le questionna-t-il.
S'il se mettait à lister toutes les lubies des Plaies, il en aurait pour la journée.
-J'ai peut-être la malheureuse particularité d'être la cible d'une prophétie, mais cela ne veut pas dire que mon libre-arbitre est pour autant non-existent, détourna-t-il la conversation. Une grande partie des prophéties sont auto-réalisatrices, c'est-à-dire qu'avoir conscience de la charge que le Destin met sur vos épaules à tendance à vous faire agir d'une certaine façon, et que ce sont donc vos actes à partir de ce moment qui remplissent les conditions de la prédiction. Par conséquent, si vous agissez comme si vous n'aviez jamais entendu parler de cette maudite prophétie, les chances que vous vous retrouviez à gambader dans un labyrinthe pourchassé par un Minotaure parce que vous avez eut la glorieuse idée de vous moquer des goûts artistiques d'un dieu grec sont très infimes, expliqua l'aimant à ennuis.
Le silence dans sa salle de classe après sa déclaration était assez déroutant.
-Waouh... lâcha Icarus Prince comme si son professeur était un dieu vivant, un air béat accroché à son visage d'erreur de la nature.
-Je crois avoir compris pourquoi vous êtes devenu professeur à Poudlard, prononça lentement le même serdaigle que tout à l'heure. Et pourquoi une armée de Briseurs de Sort campe devant les grilles du château, ajouta-t-il.
-Si ce qui ne le tue pas le rend plus fort, ça explique qu'il possède autant de connaissances variées sur les différentes utilisations de la Magie, remarqua une serpentard.
-Qu'est-ce que Gringotts vous reproche, exactement ? demanda un poufsouffle.
Bon. De toute façon, la mercenaire en couche-culotte allait assurément vendre la mèche à un moment donné, donc dire la vérité n'allait pas rendre son quotidien encore plus invivable.
-J'ai peut-être, ou peut-être pas, répondit le professeur responsable, libéré un artefact précieux et mal-traité du joug cruel d'un gobelin.
Le piaillement d'horreur de la gryffondor nattée vrilla les pauvres tympans du Sauveur.
-Oh. Seigneur, souffla un né-moldu devant l'effarante nouvelle.
-Professeur, fit quant à lui Icarus Prince avec béatitude. Je vous aime, lui dit-il comme s'il était un dieu vivant arpentant majestueusement cette Terre.
-Il paraît qu'il fait très beau à Beauxbatons en cette saison, remarqua un serpentard.
-On va tous mourir, déclara calmement une serdaigle.
-Je suis trop jeune pour mourir ! commença à paniquer la gryffondor nattée.
-Mais personne ne va mourir, leur assura le Survivant en roulant des yeux devant cet étalage de comportements excessifs et démesurés.
Est-ce que lui se mettait à hurler hystériquement à chaque fois qu'une tuile karmique lui tombait sur le coin de la figure ? Non, et pourtant il avait eut des circonstances idéales. Il restait composé et alerte, et se permettait juste de temps en temps des soupirs désespérés et des jérémiades parfaitement justifiées. Et il prenait la fuite, accessoirement.
-Pendant la dernière guerre des gobelins, un tiers de la population sorcière a été décimée, l'informa la jeune serdaigle. Il est donc tout à fait probable que nous mourrions avant la résolution du conflit, reprit-elle en ajustant sa lourde paire de lunettes.
-Mais qui a parlé de "guerre", au juste ? demanda l'inculte professeur.
Harry Potter n'avait, à vrai dire, jamais prêté attention aux cours d'Histoire de la Magie. Principalement parce qu'il avait été un adolescent comme les autres, et que dormir ou jouer aux batailles explosives avec son meilleur ami au lieu d'écouter radoter un fantôme aussi captivant qu'un compte-rendu sur l'évacuation des eaux du château lui avait à l'époque paru une meilleure alternative. Il était logique qu'il ignore de quelles façons exactes commençait un conflit impliquant les gobelins. Par contre, pour avoir déjà été dans le collimateur de cette race de rapaces vénaux rabougris, le Survivant se doutait bien qu'entrer en guerre contre Gringotts ne pouvait qu'être annonciateur de catastrophes épiques.
-Les gobelins sont en état de guerre permanent contre les fraudeurs, les faux-moneyeurs et les voleurs, le renseigna une serpentard aux robes de seconde main. Vous, professeur, entrez dans la dernière catégorie, lui annonça-t-elle comme si elle ne risquait pas de servir de dommage collatéral.
-Par conséquent, Poudlard est officiellement en état de siège, grimaça un gryffondor surplombant ses camarades de sa grande taille.
-Comment avez-vous fait pour sortir de Gringotts en un seul morceau ? lui demanda sa groupie avec des étoiles pétillants dans ses yeux noirs.
-Je n'ai jamais dit que j'avais cambriolé Gringotts, répliqua le digne professeur comme s'il s'agissait d'une aberration sans nom.
Même si, techniquement, il avait bel et bien cambriolé la célèbre banque pour récupérer un horcruxe dans le caveau de Bellatrix Black. Il était d'ailleurs ressorti par la verrière à dos de dragon, ce qui, même pour lui, était assez sensationnel.
-Vous avez dérobé un bien appartenant à la nation gobeline, remarqua un poufsouffle. Qu'il ait été entreposé dans leurs tunnels ou non, vous êtes devenu un ennemi de toute leur race.
Harry aurait dû regretter son geste spontané et dicté par son ivresse, mais en vérité, l'homme aurait été prêt à devenir l'ennemi de toute la galaxie en échange de sa Beauté parfaite et pure. S'être mis à dos toute une communauté de petits bonshommes aux dents pointues et au caractère de chèvre était, à son avis, bien peu cher payé. Certes, il était légèrement ennuyant d'avoir sa tête mise à prix et d'être poursuivi par toute une armée de chasseurs de primes motivés, mais la contrepartie en valant largement l'enjeu.
-De toute façon, relativisa l'adulte responsable, les protections de l'école empêcheront quiconque de pénétrer dans l'enceinte illégalement et de vous faire du mal. Vous n'avez donc pas à vous inquiéter de ce petit détail de mon curriculum vitae déjà bien chargé.
Parce que si les morpions devaient péter une durite à chaque fois que des gens louches en avaient après lui, le professeur allait se retrouver transformé en psychologue scolaire. Bien qu'une augmentation de son salaire ne soit pas pour le contrarier, le Sauveur avait déjà un emploi suffisamment chargé sans avoir en plus à devoir gérer des adolescents incapables de survivre au contact de sa vie surréaliste. Il avait déjà dix Plaies sur les bras sans ressentir le besoin de rajouter une classe complète à con calvaire quotidien. Il n'était pas masochiste à ce point, merci bien.
-Là n'est pas la question ! cracha une gryffondor hargneuse. Par votre présence, vous nous mettez tous en danger !
-Mais non, nuança le Survivant. Le Directeur a passé un marché avec les charmantes personnes campant devant nos grilles. Tant que je ne sors pas de l'enceinte de l'école, la seule fonction de ces redoutables sorciers est d'assurer votre sécurité au cas où un incident aurait malheureusement lieu.
Même si, techniquement, il n'avait aucune preuve dudit marché. Mais connaissant ce renard de Dippet, il aurait été invraisemblable qu'il ne profite pas de leur présence pour protéger le château en cas d'attaque des partisans de Grindelwald.
-Je ne pense pas que ce soit ce détail qui l'inquiète, supposa un serpentard au sourire facile.
-Ah oui ? fit le professeur légèrement perdu.
Si l'armée de mercenaires n'était pas le problème, alors quoi ? Des difficultés à obtenir un prêt immobilier de la part de ces rapaces vénaux de gobelins ?
-Vous avez déclaré la guerre à la nation gobeline, espèce de botruc décérébré ! explosa la gryffondor caractérielle en se levant de sa chaise et en frappant son innocent pupitre. Et Poudlard vous cache ! Les gobelins nous considèrent déjà comme des complices !
-Ah bon ? répondit le criminel recherché, pas l'air plus préoccupé que cela par l'hystérie grimpante de sa classe.
-Ce débile va nous faire tous tuer, prophétisa un serdaigle.
-Je suis trop jeune pour mourir ! piailla à nouveau la jeune fille nattée.
-Professeur, fit amoureusement Icarus Prince, vous êtes mon héros.
-Bon, fit le professeur. On se calme, maintenant, essaya-t-il de rétablir le paisible silence du début du cours.
Sans succès, bien malheureusement pour lui. Apparemment, ses cours étaient destinés à terminer dans une parodie de soulèvement populaire.
Commençant à sérieusement s'impatienter, le trentenaire imposa le silence à l'aide d'un sort et toisa sévèrement les étudiants s'étant levés de leur chaise. Une fois le calme revenu et son autorité professorale rétablie, Harry se permit de savourer un court instant sa victoire avant d'offrir un mouchoir brodé à la gryffondor nattée et aux nerfs fragiles. Puis, considérant qu'il lui restait au moins vingt minutes de cours à dispenser, le professeur commença à expliquer la différence entre une bestiole déterminée à s'offrir un plat de résistance d'un malchanceux, et une bestiole cherchant juste à ce qu'on lui foute la paix. Ce qui était plus ou moins le B. de la survie en milieu hostile, et qui était une capacité absolument nécessaire pour tout être désirant survivre en sa présence.
Alors que Harry allait enchaîner sur la nécessité de se tenir loin de tous les êtres se nourrissant exclusivement de chair humaine, un boulet de canon explosa une vitre et vint atterrir juste devant lui dans un roulé-boulé admirable.
-C'est une blague, voulut se rassurer le Survivant coupé dans son monologue pourtant parfaitement convenable.
-Maître, fit la guerrière du passé en se relevant royalement du sol et en chassant de ses épaules les quelques morceaux de verre accrochés. Je reviens victorieuse de la mission que vous m'aviez confiée, lui sortit-elle en se frappant virilement la poitrine de son poing dans une parodie de salut militaire.
Il fallut de longues secondes au Survivant pour qu'il se souvienne de la nature de ladite mission.
-Tu as botté le derrière de tous les mercenaires que Dippet avait engagé pour protéger l'école et les as renvoyé chez eux ? demanda avec horreur le futur licencié.
-J'ai mesuré ma force en affrontant les plus valeureux guerriers de cette armée, le rassura la rouquine du passé.
La catastrophe n'était donc pas aussi grave qu'il l'avait de prime abord pensé.
-Et ? s'interrogea le professeur sous les yeux ébahis de l'assistance. Comment ça s'est passé ?
-Je me suis fait de fidèles amis parmi nos ennemis, Maître, la renseigna la guerrière Celte.
-Hun-hun, répondit le Survivant.
-Il y avait de curieux guerriers parmi eux, Maître, l'informa la brute épaisse. L'un d'entre eux crachait du feu comme les dragons.
-Et merde, souffla le professeur.
Voilà qui rappelait un déplaisant souvenir à l'ancien visiteur des Carpates.
-Un Chasseur de Transylvanie ! piailla à nouveau l'adolescente aux nerfs trop fragiles. On va tous mourir ! recommença-t-elle à paniquer pour un rien.
Pourtant, se souvint l'aîné Potter, Galatea avait bien certifié que son soupirant se faisait appeler "Bogdan Kovacs", et appartenait par conséquent au clan des Chasseurs persuadés que le but de leur existence était de décimer toute créature magique, y compris les sorciers, qui croisaient leur chemin. Nul part le Sauveur n'avait entendu que l'un de ces pyromanes de Balaur se promenait tranquillement dans les alentours du château.
-Tu es certaine qu'il crachait bien du feu, et qu'il ne s'agissait pas uniquement d'un tour de pyrotechnie bien rodé ? demanda confirmation le Survivant.
-Un tour de quoi ? répondit la jeune femme n'ayant pas connu les invasions romaines.
-Laisse tomber, abandonna le Sauveur.
De toute façon, il avait dans sa classe un individu particulièrement à jour sur les caractéristiques dignes d'intérêt des mercenaires.
Se tournant vers la gamine ayant cru pouvoir le berner et le trainer de force devant les gobelins, Harry Potter réprima un sourire funeste et permit à son élève de reprendre le contrôle de sa tête. Bien entendu, la première chose que fit la mercenaire en herbe fut de hurler sa fureur et son impuissance de toute la force de ses poumons. Nombre de ses voisins les plus proches protestèrent devant les furieux cris aigus et un serdaigle un peu plus dégourdis que les autres lui lança un sort de mutisme. Il s'agissait du même garçon aux taches de rousseur qui l'avait renseigné sur le caractère monstrueux du jeune Icarus Prince. Nul doute que cet adolescent allait être un allié de poids contre le reste de cette classe de cas sociaux.
-Rappelez-moi votre nom, déjà ? fit le professeur.
-Icarus Prince ! se rappela à son bon souvenir l'Horreur Absolue se prenant pour un poulpe.
-Théodore Rowle, monsieur, lui répondit le serdaigle aux taches de rousseur avec un petit sourire présent sur les lèvres.
Il s'agissait étrangement d'un sourire que le jeune professeur connaissait bien. Le même qui prenait place sur les visages de vieux croulants sachant quelque chose qu'il ignorait et qui s'amusaient à l'avance du chaos que le pauvre homme allait provoquer par accident. Le genre de petit rictus qui lui soufflait à l'oreille qu'une catastrophe divine venait de lui être catapultée en pleine face et que les ennuis épiques n'étaient pas loin.
-Maître, lui signala la brute épaisse perchée sur le rebord de ce qui avait été une fenêtre.
-Quoi ? grinça le Survivant d'une humeur de plus en plus massacrante. Qu'est-ce qu'il y a encore ? soupira-t-il lourdement en se refusant à prêter plus d'attention que nécessaire au cataclysme présent à l'extérieur du château.
-Le cracheur de feu vole dans notre direction, l'informa tranquillement Alwenn comme si un Chasseur entraîné depuis sa naissance à terrasser des sorciers ne venait pas de franchir les protections d'une école de magie.
-Quoi ?! éructa le Héros des Temps Troublés en se précipitant vers la fenêtre la plus proche pendant que ses élèves commençaient à correctement paniquer.
-On va tous mourir ! recommença à piailler la gamine aux cheveux nattés.
Il fallait dire que les Chasseurs de Transylvanie avaient la réputation de servir de Croque-mitaine pour toutes les créatures magiques. Honnêtement, ça n'aurait pas étonné le maudit chronique si les parents sorciers utilisaient le mythe des Chasseurs pour persuader leurs enfants de finir leur soupe à la citrouille ou d'aller se coucher à une heure décente. La crise d'hystérie collective prenant place dans sa salle de classe n'était donc pas si imprévisible que cela.
-ON SE CALME ! hurla le Survivant devant ses élèves courants dans tous les sens comme un cortège de poulets sans têtes.
Les deux seuls quatrième année à être encore assis à leur pupitre se trouvaient être la gamine adoptée par les gobelins et Icarus Prince. Même Rowle, le serdaigle prometteur, avait le visage comiquement plaqué contre une fenêtre.
-PERSONNE NE VIENT DANS NOTRE DIRECTION ! essaya de se faire entendre le professeur.
Ce qui était vrai. Personne, et encore moins un Chasseur, ne volait vers le château avec l'intention de le réduire en cendres. Alwenn avait juste entraperçu le professeur de Défense Contre les Forces du Mal rentrant de sa séance de shopping à dos de sombral.
Une minute. À dos de sombral ? Son sombral ? Galatea ne pouvait tout de même pas avoir osé lui piquer son fidèle destrier carnivore ? La bête allait dévorer les pauvres première année qui auraient le malheur de croiser son chemin dans les couloirs. C'était la définition même de l'inconscience. Aucun professeur digne de ce nom ne pouvait décemment laisser entrer une créature pire qu'un basilique au sein de l'école, et même un mage noir possédait suffisamment de matière grise pour comprendre que laisser traîner Hannibal à portée d'élèves était une horrible idée.
Harry se trouvait déchiré entre l'impulsion d'intercepter Galatea avant qu'elle n'atterrisse, et sa nouvelle responsabilité de professeur. Ce n'était pas comme s'il pouvait décemment laisser ses élèves dans un état de panique aussi pitoyable, même pour protéger ses futurs étudiants des mâchoires puissantes du sombral. Avisant les coups de tête fébriles de Birba Ragnok demandant sans équivoque un droit de parole, le Survivant se dit que de toute façon, un peu plus de chaos passerait inaperçu dans la confusion ambiante.
-Gringotts n'a, à ma connaissance, engagé qu'un seul Chasseur de Transylvanie, l'informa la petite brune.
-Bogdan Kovacs, supposa le baroudeur international.
-Exact, lui répondit la Briseuse de Sort. Et il ne peut pas cracher de flammes, pour la bonne raison qu'il est insensible à la Magie.
Mouais. À part les Vassilescu, aucun autre Clan de Chasseurs n'était insensible à la Magie. La gamine n'était assurément pas à jour dans son bestiaire de créatures susceptibles de lui courir après et de lui faire passer un sale quart d'heure.
-J'ai le regret de t'annoncer que cet individu vient de se faire kidnapper par le professeur de Défense, lui fit savoir le Sauveur. Et que la probabilité qu'il regagne la pleine maîtrise de sa volonté avant la fin de cette année scolaire est encore plus faible que la résistance de Myriam Delambre à la tentation d'une proie facile.
Parce que oui, Galatea n'avait pas été seule sur le dos de ce sombral, et qu'il y avait fort à supposer que le malheureux individu destiné à lui servir de banque génétique pour son futur enfant se trouvait être le Chasseur lui ayant tapé dans l'œil.
-C'est impossible, répliqua avec conviction la petite mercenaire. Bogdan Kovacs est un vétéran de la dernière Purge des Carpates. Il est réputé pour avoir vaincu à lui tout seul une armée de mages noirs. Un simple professeur d'école ne peut tout simplement pas avoir le dessus sur cette légende vivante, insista la fillette à la solde des gobelins.
Pour être souvent qualifié de "légende vivante" par tout un tas de gens pas vraiment au courant de ses réels faits d'armes, le Survivant était bien placé pour savoir que le prétendu héros n'était pas toujours ce à quoi s'attendaient ses groupies ou ses employeurs.
-Est-ce que Gringotts a vérifié qu'il était bien qui il prétendait être ? questionna le Sauveur habitué à être porté en triomphe à chaque fois qu'il trébuchait sur un tapis et défonçait accidentellement le crâne d'un Seigneur des Ténèbres local avec un chandelier.
-Mais bien entendu, rétorqua sèchement le gobelin adoptif.
La foi que cette adolescente avait envers ses employeurs et son voleur d'enfants de père était fascinante de par sa crédulité.
-Ils te l'ont dit, ou tu l'as supposé ? fit le baratineur de première habitué à embrouiller les êtres un trop confiants de nature.
-Je n'ai pas besoin que l'on me dise ce que je sais déjà, répliqua, butée, la gamine au caractère en acier trempé.
-Laisse moi deviner, soupira le Sauveur. Un homme se faisant appeler "Bogdan Kovacs" a donc un beau jour fait irruption dans votre camp de brutes épaisses, t'as donné un morceau de papelard en polonais ou en moldave te certifiant qu'il avait été engagé par Gringotts et que tu devais lui donner une certaine somme d'argent par jour en guise de salaire, puis se la coulait douce pendant que tout le monde essayait de pénétrer dans le château.
Le visage décomposé de la gamine suffit à faire comprendre au trentenaire qu'il avait vu juste. Son ambition devait être monstrueusement énorme pour qu'elle ait été répartie à Serpentard malgré ses faibles capacités en matière de ruse et de tromperie. N'importe qui un minimum dégourdi aurait put percer à jour une supercherie aussi flagrante.
D'ailleurs, Galatea avait-elle percé cette supercherie flagrante ? Maintenant qu'il y pensait, elle lui avait présenté sa victime comme "se faisant appeler Bogdan Kovacs", pas "s'appelle Bogdan Kovacs". Il y avait donc fort à parier que le mage noir à la retraite était courant de l'escroquerie de l'individu appartenant potentiellement au Clan des Balaur, et avait trouvé le culot de ce malheureux honnêtement charmant. Connaissant le personnage, qu'elle tombe sous le charme d'un escroc en ayant suffisamment dans le pantalon pour se faire passer pour une "légende vivante" auprès de ces erreurs de la nature de mercenaires, n'était pas vraiment surprenant. Une personne qui considérait que Lord Voldemort était "mignon" n'était de toute façon pas très droit dans sa tête.
-Un escroc s'est fait passer pour un Chasseur de Transylvanie auprès de Briseurs de Sort assermentés de Gringotts ? reformula avec une admiration grandissante Icarus Prince. Cet homme est un génie, déclara la version miniature de Snape avec des étoiles pétillants dans ses yeux noirs.
-Surtout très suicidaire, ajouta le serdaigle aux taches de rousseur.
-Ou très désespéré, fit de même une serpentard aux cheveux châtains.
-Ou complètement débile ! ajouta un gryffondor en levant dramatiquement les bras au ciel. Mais faut vraiment avoir un grain pour se faire passer pour un Chasseur de Transylvanie ! Devant une école en plus !
Harry Potter approuvait tout à fait. Ce pauvre crétin méritait précisément ce que Galatea avait prévu pour lui, et le Survivant ne comptait certainement pas aller à la rescousse de ce piètre escroc incapable de garder sa couverture jusqu'à la fin de la première journée de cours. Le touriste des Carpates reconnaissait bien là un membre du Clan des Balaurs, la tête un peu trop grosse pour passer les portes, des compétences intellectuelles pas franchement folichonnes, un besoin de cramer tout ce qui l'agaçait ou n'était pas à son goût, et un très mauvais sens de l'humour. Que l'on comprenne bien le Survivant, les triplés Balaurs qu'il avait croisés dans une taverne roumaine ne lui avaient pas cramé le fion parce que l'ivrogne avait eut le malheur de leur faire du rentre-dedans peu subtil. Ils avaient plutôt jugé que le larguer au beau milieu d'une troupe de dragons en pleine saison reproductrice était une géniale idée pour faire passer le temps. Ces trois putains de Chasseurs possédaient effectivement un certain sens de l'humour, il était malheureusement plus que douteux pour les victimes de leurs farces soi-disant sans conséquences. Du point de vue de l'aimant à ennuis, les Triplés Balaurs avaient relégué les jumeaux Weasley pour des amateurs en matière de coups-fourrés et facéties innocentes. Principalement parce que ni Fred, ni Georges n'avaient activement essayé de le tuer de façon aussi créative. Quand il avait fatalement mis la main sur ces trois guignols, le Sauveur leur avait bien fait comprendre que toutes les plaisanteries, surtout les plus douteuses, avaient une fin, et que quiconque passait aussi près de le tuer ne s'en sortait jamais sans quelques cicatrices douloureuses et disgracieuses. Après cette rencontre, malheureusement, un Chasseur Vassilescu ne s'intéressant qu'aux mages noir s'était mis en tête de le traquer et de le transformer en trophée ou en descente de lit. Un épisode particulièrement déplaisant qui l'avait forcé à fuir les Carpates pour la Russie, et qui avait eut un poids non-négligeable dans sa décision de participer à une expédition dans les Territoires Incartables du Grand Nord en compagnie de deux moldus pour le compte d'une célèbre compagnie pétrolière.
-Maître, se rappela à son souvenir la guerrière du passé toujours penchée dans le vide.
Non mais sérieusement ? N'était-ce pas suffisamment d'ennuis pour seulement une matinée de cours. Son quota de catastrophes divines par heure devait avoir largement atteint la limite. Pourquoi s'acharnait-on inlassablement sur lui alors que tout un panel d'individus plus louches que lui se promenaient dans les couloirs ?
-Quoi encore ? se retint de soupirer le digne professeur.
Ce fut à ce moment-là que la trompette autoritaire retentit pour la troisième fois de la journée entre les murs du château, et que Harry Potter perdit pour de bon son calme. La patience du Survivant venait d'atteindre sa limite pourtant difficile à dépasser. À un moment donné, trop était tout simplement trop.
-FERMEZ-LA TOUS ! explosa le Sauveur dans un cri presque hystérique. ET QUE QUELQU'UN ARRÊTE CETTE SALOPERIE DE CLAIRON ! ajouta-t-il alors que le bruit purement insupportable lui vrillait les tympans.
Sa perte momentanée de contrôle eut au moins l'avantage de faire taire la troupe d'excités qui lui servaient d'élèves. Même le cor de chasse infernal comprit qu'il était dans son intérêt de se la fermer, au plus grand bonheur du Survivant.
-Maître, répéta la rouquine du passé comme si rien de notable ne s'était passé.
-Quoi ? cracha avec humeur le digne professeur en se massant l'arrête du nez dans le vain espoir de se calmer.
-La fée humaine vient d'entrer dans le camp ennemi, lui répondit son obéissante sous-fifre.
-De mieux en mieux, déplora l'Elu dans un murmure tout en levant les yeux au ciel.
-Le professeur Evergreen est encore plus stupide que je le pensais, annonça un serpentard aux robes de seconde main et au nez collé à la fenêtre.
-Elle va se faire complètement massacrer, ricana Birba Ragnok avant de se faire une fois de plus réduire au silence d'un geste exaspéré de la part du Héros prophétisé.
-Je rêve ou tous les Briseurs de Sort sont en train de s'embrasser et de se faire de câlins, prononça avec ahurissement une petite poufsouffle.
Connaissant la métisse et son indécrottable habitude de s'incruster dans la tête des gens pour les transformer en bisounours, ça n'étonnait même pas le Survivant. Au moins les mercenaires n'allaient pas immédiatement mettre le feu au château pour récupérer leur prestigieux escroc de collègue. Ce qui donnait un inestimable répit au professeur pour à la fois se calmer les nerfs et virer ses étudiants squattant encore sa salle de classe malgré l'odieuse sonnerie ayant annoncé le début du repas de midi.
-J'aurais dû prendre Divination comme option, geignit Icarus Prince sous les regards blasés de l'assistance.
-Je suppose que lui dire qu'il va fatalement l'avoir en cours d'Astrologie n'est pas une bonne idée, souffla tellement discrètement une gryffondor à sa voisine.
-Une extrêmement mauvaise, même, répliqua la serdaigle sur le même ton. Je t'ai dit que Campbell l'avait officiellement promu "minion de quatrième rang" pour son cours d'Arithmancie ?
-Ca veut dire qu'il aura accès aux travaux des sixième année ? inspira avec horreur la très silencieuse gryffondor comme si un missile nucléaire venait d'être armé.
-Tout à fait, lui répondit l'autre dans un grave hochement de tête. Abbott est en train de faire signer une pétition à tout les cinquième année et plus pour empêcher que quiconque enseigne à ce monstre comment faire sauter la planète.
Voilà qui allait tellement faire baisser la tension du Survivant.
-Tu crois qu'il a des chances d'arriver à faire changer d'avis Campbell ? demanda la gryffondor.
-Si la pétition ne marche pas, au pire, toute notre Maison se met en grève, lui avoua la petite serdaigle.
-En grève ? fit la gryffondor comme si elle n'avait pas la moindre idée de ce que ce mot pouvait bien signifier.
Voir ces studieux rats de bibliothèque entrer en grève était tellement à contre-emploi de tout ce que représentait Serdaigle que le trentenaire avait du mal à imaginer à quoi une manifestation organisée des élèves appliqués et organisés pouvait bien ressembler.
-De toute façon, reprit l'adolescente arborant une cravate bleue et bronze, jusqu'à ce qu'Icarus Prince n'ait plus accès à des savoirs dangereux, aucun membre de notre Maison ne pourra dormir en paix et se concentrer correctement sur ses cours. Alors travailler ne sert pas vraiment à grand chose, fit-elle en haussant les épaules.
Un discours tout à fait inédit pour une serdaigle, remarqua le Sauveur avant qu'un autre incident aux proportions dantesques ne vienne poliment frapper à sa porte bardée de malédictions vicieuses et n'ajoute son grain de sel au chaos ambiant ayant tout juste commencé à s'apaiser. Se retenant de hurler une nouvelle fois sa rage et sa frustration et d'envoyer au diable le malheureux ayant osé toquer doucement à son huis, l'aimant à ennuis aboya un "Entrez!" des plus irascibles à son visiteur impromptu. Visiteur s'avérant bien évidemment être l'une des maudites Plaies lui courant après.
-J'ai pas le temps pour tes conneries, cracha l'Elu de trop nombreuses prophéties à "Sue, Mary", la gamine ayant des connaissances un peu trop détaillées de son passé pour ne pas être louche.
L'adolescente fraîchement répartie à Poufsouffle cligna plusieurs fois ses yeux chocolat devant le bordel qu'était devenue sa salle de classe.
-Une cinquième année ! s'écria Icarus Prince d'une voix étrangement aigue juste avant de se précipiter sur la nouvelle arrivante pour l'enlacer et lui broyer les côtes au passage.
-Urgh, répondit la nouvelle victime de l'Horreur Absolue enserrée dans la prise du poulpe humain.
-Bonjour, fit une voix que l'ancien coussin à O. . reconnu de suite.
Devant le professeur, juste à côté de la Plaie pour l'instant immobilisée, se trouvait l'adolescent lui étant littéralement tombé dessus depuis la stratosphère dans un halo enflammé. Les mêmes yeux en peu trop bleus, la même pilosité faciale carbonisée, le même nez pointu, et surtout, cet effroyable sourire de débile respirant l'optimisme et la joie de vivre si peu propre à un serpentard.
-Il m'est plaisant de vous revoir, professeur, reprit l'apparent élève de Serpentard aux cheveux et sourcils roussis dans un sourire d'une blancheur inégalée.
Ou alors uniquement par Harriet et son sortilège d'aveuglement.
-Moi aussi, répondit Harry Potter en pilote automatique, trop sonné par l'apparition pour être capable de dire autre chose.
-Avery, expira difficilement la jeune fille prisonnière des bras d'Icarus Prince. Viens m'aider, la supplia-t-elle d'une voix étranglée.
Alors que le jeune homme s'empressait de venir au secours de sa condisciple en péril, la seule chose que put intégrer le pourfendeur de mages noir fut le patronyme de l'étudiant bouddhiste. Si sa mémoire défaillante ne lui faisait pas défaut, "Avery" était le nom d'un mangemort particulièrement fidèle à Voldemort.
-Mais depuis quand les bouddhistes cautionnent-ils les meurtres de masse ? ne put que lâcher le Survivant d'une voix brisée devant le cirque sans queue ni tête qu'était sa vie.
-Ils ne le cautionnent pas, lui répondit poliment l'un des plus célèbres assassins de moldus du XXème siècle. Le premier précepte du Bouddhisme est qu'il faut s'abstenir de nuire à la vie d'autrui, le renseigna l'étudiant.
Harry Potter avait-il cassé sans le faire exprès tout ce qui faisait que l'Univers tournait comme il le fallait ? Hermione allait définitivement le pulvériser si elle apprenait qu'il avait irrévocablement chamboulé le cours du Temps par accident. Peut-être la décision de rentrer à son époque n'était-elle pas aussi sage qu'il le pensait... D'ailleurs, réalisa-t-il avec horreur, lui restait-il seulement une époque auquelle retourner ? Avait-il vraiment détruit son présent de sa seule présence dans le passé ? Avait-il assassiné ses amis et son filleul juste à cause d'une cuite dans un bar miteux des Carpates ? Etait-il à ce point maudit ? Dans tous les cas de figure, une discussion avec le mage noir local et le bibliothécaire contentieux s'imposait, histoire de s'assurer qu'il ne venait pas de pulvériser par accident toute une ligne temporelle.
Tout occupé à s'empêcher de courir partout en s'arrachant les cheveux dans un rire hystérique, le Survivant ne remarqua que trop tard que la gamine avait été libérée du trop célèbre Icarus Prince, et que le poulpe à visage humain était par conséquent à la recherche d'une nouvelle victime pour ses câlins broyeurs de côtes. Le voyageur du futur se retrouva donc pour la deuxième fois de la journée enserré entre les bras malingres du quatrième année. Cette fois-ci, cependant, il n'eut aucun remord à jurer devant sa classe pendant qu'il luttait contre le serdaigle agrippé à sa chemise.
-Ca suffit, ces conneries ! craqua le digne professeur en balançant l'adolescent dans les bras du mangemort bouddhiste.
Ce qui semblait être une bonne solution, étant donné que l'OVNI redonnait son affection à l'horreur parlante en le serrant à son tour contre lui. Il y avait quelque chose de profondément bizarre dans la vision d'un futur sous-fifre de Voldemort câlinant la version miniature de Severus Snape.
-Space, souffla la gamine ayant échappé aux bras tentaculaires d'Icarus Prince.
-Tout à fait, approuva le Survivant avant de se tourner vers sa classe toujours plantée devant les fenêtres. Le cours est terminé ! fit-il sursauter la grande majorité des élèves de voix puissante. Pas de devoir pour la prochaine fois, déclara le magnanime professeur sous l'onomatopée déçue du monstre de Serdaigle. Maintenant, fichez le camp ! s'écria le trentenaire au bord de la crise de nerfs.
Les jeunes adolescents filèrent sans demander leur reste dans une cohue désorganisée, à la malheureuse exception de cinq individus déterminés à lui pourrir encore plus l'existence. Birba Ragnok, immobilisée sur sa chaise jusqu'à ce que le Survivant décide de la relacher ; Alwenn Gwilfur, toujours penchée dans le vide à l'affût d'ennemis à combrattre ; Icarus Prince et Avery, enlacés comme s'ils étaient des frères perdus de vue depuis des siècles ; et la gamine quelconque aux ongles multicolores, qui le regardait comme s'il était l'un des Fondateurs.
-Qu'est-ce que tu me veux, exactement ? demanda l'adulte dans un masochisme particulièrement gryffondorien.
Si l'adolescente aux cheveux châtains appartenait véritablement à la caste très privée des Elues prophétiques réduisant les Plaies de l'Egypte Antique à de vulgaires pépins bénins, nul doute qu'elle allait lui sortir une aberration dans le genre : "Va botter les fesses d'un méchant-pas-beau à ma place.". Dans le cas contraire, le Sauveur n'aurait pas à craindre de la croiser au détour d'un couloir.
La gamine ouvrit et referma sa bouche plusieurs fois, semblant avoir du mal à prioriser ses paroles. Ce qui n'annonçait rien de bon pour la santé mentale du Survivant. Le rougissement prenant lentement place sur ses pommettes constellées de taches de rousseur n'était d'ailleurs pas un présage favorable. La jeune fille ressemblait beaucoup trop à l'une de ses groupies pour que le Héros se sente confortable. Le trentenaire s'apprêtait d'ailleurs à mettre tout ce beau monde à la porte quand la gamine se décida enfin à parler.
-Je voulais m'excuser de mon impolitesse d'hier, lui dit-elle en tortillant ses doigts peinturlurés aux couleurs de l'arc-en-ciel. Gâcher ta couverture en criant ton nom et révéler que tu venais du futur devant toute l'école, explicita-t-elle d'une voix gênée.
L'adulte responsable haussa un sourcil.
-Quelle couverture ? demanda l'Héritier Potter.
-Comment ça "Quelle couverture ? " ? fit l'adolescente en ouvrant bien grand ses yeux chocolat. Tu ne t'es quand même pas présenté devant Dumbledore comme "Harry Potter" ? demanda-t-elle comme si elle avait affaire à un demeuré profond.
-Euh... Si ? répondit l'adulte responsable en sentant que quelque chose lui échappait.
-Ne me dis pas que tu as été suffisamment idiot pour révéler ton vrai nom devant des gens qui vont te rencontrer cinquante ans plus tard ? n'y crut pas la gamine beaucoup plus à jour que lui sur les paradoxes temporels.
-Peut-être ? ne put que répondre l'irresponsable gryffondor. De toute façon, comme tu l'as crié dans la Grande Salle, ça n'a plus vraiment d'importance, essaya de dédramatiser le Survivant.
-Et Voldemort ! brailla l'adolescente dans un cri beaucoup trop aigue pour les oreilles humaines. Comment tu crois qu'il va réagir quand il apprendra que l'enfant destiné à le tuer porte le même nom que l'un de ses professeurs ?! continua-t-elle à lui vriller les tympans. C'est une catastrophe ! explosa pour de bon l'hystérique aux ongles multicolores.
-On baisse d'un ton ! protesta le Survivant en se disant que demander la fameuse cire de Brulopot n'était pas une si mauvaise idée que cela. Et je te signale que ton camarade en train de se prendre pour une peluche est un putain de futur mangemort, alors-
-Langage ! eut-elle le culot de lui crier en pleine face.
-Alors ! reprit le Sauveur comme s'il n'avait pas été grossièrement interrompu. Tes inquiétudes concernant le continuum espace-temps sont extrêmement mal placées, lui annonça-t-il. Tu devrais plutôt paniquer sur le fait que l'Univers ait décidé d'arrêter de tourner droit et se soit mis à parier avec la Destinée sur combien de temps et de pépins aux proportions dantesques il me faudrait encaisser avant de devenir complètement maboule ! explosa à son tour la pauvre victime de la Poisse Cosmique.
La gamine cligna plusieurs fois de ses grands yeux chocolat.
-Les Annales du Disque-Monde ? comprit-elle la référence. Tu lis de la Fantasy ? Harry Potter lit de la Fantasy, répéta-t-elle platement. Un personnage de roman de Fantasy lit lui-même des romans de Fantasy. Puissant, lâcha-t-elle à un auditoire invisible.
-Comment ça "un personnage de roman" ? releva le protagoniste principal d'une série de bouquins vendu par millions.
-Oups, fit la gamine en plaquant ses ongles multicolores sur sa bouche comme si elle venait de faire une énorme boulette.
Alors que le héros littéraire de toute une génération s'apprêtait à tirer les vers du nez de cette gosse aux connaissances inquiétantes par tous les moyens à sa disposition, un coffre en bois muni d'une dizaine de pattes décida de pénétrer dans un son antre et de trottiner dans sa direction. Le meuble ressemblait beaucoup trop au Bagage s'amusant à dévorer d'innocents voleurs pour que le sorcier ne puisse réprimer un pas de recul.
-Puissant... répéta la gamine avec des yeux exorbités. Le Bagage en bois de poirier-savant de Deux-fleurs. À Poudlard, fit-elle comme si son plus grand rêve venait de se réaliser. Manque plus que Legolas, Obi-Wan Kenobi et Jack Sparrow pour que je sois officiellement au Paradis des Fan-girls.
-Harry, le salua chaudement ce brave bibliothécaire d'Howard. Je venais m'assurer que vos deux premiers cours s'étaient passés sans incident notoire, mais à la vue de ce qu'il reste de votre fenêtre, je crois que "tranquille" n'est pas le qualificatif adapté, se marra légèrement son collègue irradiant de pureté. Permettez-moi de vous remonter le moral, fit le petit homme en ouvrant son coffre multipède.
Nulles dents acérées ou langue en soie ne vint attaquer le pauvre bibliothécaire. Seuls des pâtisseries fumantes, des gâteaux odorants, une bouteille de Whisky-pur-feu de vingt-cinq ans d'âge et un plat de volaille sous cloche garnissaient le fond de ce meuble sinistre. Un ventre affamé répondit aussitôt à l'appel muet et désespéré des victuailles. La cinquième année piqua un fard monumental devant le bruyant gargouillis l'ayant honteusement trahie et l'avalanche de regards posés sur elle. Un rictus sadique sur les lèvres, le professeur Potter se pencha dangereusement vers l'étudiante.
-Il falloir répondre à quelques-unes de mes questions avant que tu ne puisses te rassasier, j'en aie bien peur, ricana le terrible professeur de Xénomagie.
-Allons bon, soupira Howard Fawley. Que vous a donc fait cette pauvre jeune fille pour avoir droit à un tel traitement ?
-Elle m'a tenu un sermon parce que je suis entré à Poudlard sous mon véritable nom au lieu de prendre un alias, répliqua avec mauvaise foi le Survivant.
-Vous ressemblez de toute façon trop à un Potter pour faire illusion, mon ami, lui annonça le bibliothécaire en lui servant une coupe d'alcool amplement méritée après la matinée qu'il venait de subir.
-Je peux en avoir aussi ? demanda Icarus Prince finalement sorti de son embrassade avec le mangemort bouddhiste avec de grands yeux implorants.
-Un peu d'alcool ne serait pas de refus, se rappela à son souvenir la rouquine du passé.
Le reniflement du Survivant fut contre-carré par l'approbation enthousiaste d'Howard.
-Le cinquième précepte du Bouddhisme est de s'abstenir de consommer de l'alcool et quel intoxicant que ce soit, refusa poliment Avery la coupe que lui tendait ce trop aimable Fawley.
-Ta religion ne m'a pas l'air très amusante, dis-moi, remarqua Alwenn en vidant sa coupe d'un trait.
-La spiritualité n'est pas faite pour être amusante, rétorqua pacifiquement le jeune homme.
-La spiritualité a un but, première nouvelle, marmonna dans sa barbe le Sauveur d'une humeur purement massacrante.
Une cuisse de volaille brandie sous son nez par ce merveilleux Howard suffit à lui faire momentanément perdre sa mauvaise humeur et ses plans de chantage.
-Pourquoi ne libéreriez-vous pas Miss Ragnok, fit le bibliothécaire transpirant l'honnêteté et la pureté par tous les pores de sa peau depuis qu'un rituel avait mal tourné. Votre malheureuse élève doit elle-aussi mourir de faim, essaya-t-il toucher sa corde sensible sans le moindre résultat notable. Dois-je vous rappeler qu'affamer quelqu'un est légalement de la torture et que votre famille n'apprécierait certainement pas de voir leur nom traîné dans la boue à cause d'une ridicule histoire de discipline scolaire ? posa-t-il impitoyablement sa carte maîtresse.
D'accord. Howard Fawley était un dieu de la manipulation. C'était bon à savoir avant qu'il ne commence à lui faire véritablement confiance et à lui révéler des secrets d'Etat. Ou qu'il lui révèle son petit problème d'annihilation accidentelle de son présent. Mieux valait réserver ce sujet délicat à Galatea ou pourquoi pas Albus. Ce brave homme ne l'avait pour l'instant que subtilement menacé de le vendre aux autorités et devait avoir de très bons conseils pour gérer la culpabilité d'avoir assassiné par accidents tous ses amis. Après tout, s'il avait réussi à se construire une parfaite petite vie en ayant la mort de sa jeune sœur et celles de centaines d'innocents sur la conscience, il devait forcément avoir une technique imparable pour éviter d'étouffer sous sa propre culpabilité.
Se sentant coincé, le professeur, dans un soupir du monde et persuadé qu'il allait regretter cet acte, libéra enfin la mercenaire à la solde des gobelins. La gamine le foudroya un instant du regard avant de faucher brutalement la cuisse de volaille que lui tendait poliment Howard. Loin de se sentir insulté par tant de sauvagerie assurément apprise auprès des banquiers de Gringotts, le bibliothécaire tendit une coupe remplie de jus de citrouille à la jeune fille. Une fois qu'il se fut assuré que tous les squatteurs de sa salle de classe étaient correctement servis de nourriture et de boissons adaptées à leur âge, le petit sorcier à lunettes sorti de son coffre cauchemardesque une petite dizaine de coussins aux couleurs bariolées. Icarus Prince et son ami mangemort s'affalèrent dessus sans la moindre hésitation, pendant qu'Alwenn reprenait son poste d'observation et que la jeune mercenaire éventrait sans pitié l'un des pauvres coussins. Calmé par les ondes relaxantes émanant de son collègue, et quelque peu démotivé par le cirque qu'était son existence, le Survivant se laissa lui aussi aller sur les oreillers confortables.
-Je crois que c'est le pique-nique le plus chelou auquel j'ai jamais assisté, lâcha pour elle-même l'adolescente aux ongles multicolores. J'ai l'impression d'être à la place d'Alice, quand elle prend le thé avec le Chapelier Fou, continua-t-elle à réfléchir à voix haute tout en s'asseyant sur un coussin fuschia.
-Bienvenue dans ma vie, grinça le malchanceux chronique en prenant une grande bouchée de poulet. Nager en plein surréalisme est maintenant ta nouvelle réalité, continua-t-il à se plaindre en se resservant de l'alcool.
L'adolescente coula un regard suspicieux dans sa direction.
-Tu ressembles tellement pas à l'idée que je me faisais de Harry Potter, lui lâcha-t-elle avec une petite moue à la fois déçue et curieuse.
-Il va falloir t'y faire, répliqua le Héros des Temps Troublés. Les légendes et journaux du futur n'ont gardé que ce qui les arrangeait, fit-il en lorgnant sur une part de tarte à la mélasse lui faisant de l'œil depuis le fond du coffre. Je suis pratiquement certain que personne n'est au courant que je suis Fourchelangue, ajouta-t-il en faisant léviter d'un informulé la pâtisserie dans sa direction. C'est que ça la fout mal sur un C.V., conclut-il avant d'enfourner son dessert préféré.
-Moi, je suis au courant, largua sa bombe la gamine assurément trop louche pour sa tension.
Naturellement, le digne professeur s'étouffa royalement avec sa trop grande bouchée de tarte. Une fois ses voies respiratoires libérées, le Survivant se tourna vers la jeune fille un peu trop au courant de ses faits d'armes pour son confort personnel.
-Et comment tu sais ça, toi ? articula-t-il difficilement avant de porter sa coupe à ses lèvres dans le but de soulager sa gorge malmenée.
-Parce que dans mon monde, tu es le personnage principal d'une série de bouquins ultra connue, l'acheva-t-elle sans pitié.
Et, pour parachever le cirque burlesque qu'était son existence, Harry ne trouva rien de mieux à faire que s'étrangler à nouveau avec sa boisson, aspergeant Avery dans le processus.
-De quoi ?! ne put-il que prononcer après avoir récupéré l'usage de ses voies respiratoires.
-T'es genre, le héros de toute une génération, résuma la poufsouffle.
-Tu déconnes, réfuta le Réalité l'aimant à ennuis.
-Tu comprends donc ma surprise de t'avoir reconnu à la table des professeurs, continua-t-elle le massacre. Je suis sensée absolument tout savoir de ta vie, et je me retrouve face à une donnée tout à fait inédite. Jamais le Canon n'a mentionné que les voyages de plus de vingt-quatre heures étaient possibles. Et puis, qu'est-ce que tu fous en 1942, alors que tu devrais te la couler douce avec Ginny et tes trois enfants, l'accusa-t-elle comme s'il venait de lui ruiner une parfaite photo de famille.
-Trois enfants ?! glapit fort peu virilement le Survivant devant l'horreur de l'information.
-Bah oui, ne comprit pas la gamine. James Sirius, Albus Severus et Lily Luna.
Certes, Harry Potter n'avait jamais eut beaucoup d'imagination concernant les prénoms, mais même lui n'était pas assez atteint pour avoir l'idée de baptiser des nouveaux-nés d'après les noms de défunts. Déjà que lui avait eut du mal à vivre son enfance en étant perpétuellement comparé à son héros de père, il imaginait sans mal les dégâts sur la psyché que pouvait provoquer le fardeau d'être à la hauteur d'une légende. Si le Survivant avait jamais un rejeton et qu'on lui demandait son avis sur le prénom, il insisterait sur l'importance de ne pas lui accoler celui d'un mort. Il était donc hautement improbable qu'il devienne un jour père de trois enfants portant le nom de ses proches décédés.
Maintenant qu'il y pensait, Ronnie Weasley ne lui avait-elle pas montré un article de journal mentionnant les trois potentiels enfants qu'il aurait eut avec sa première véritable petite-amie ? Il y avait soit une énorme coïncidence, soit quelqu'un s'amusait à foutre la merde délibérément dans sa vie.
-Et comment tu sais ça, toi ? la questionna-t-il suspicieusement.
-Grâce à l'épilogue, lui révéla-t-elle.
-Quel épilogue ? fit le Héros en fronçant tellement les sourcils que ses lunettes s'incrustèrent dans sa peau.
Cela voulait-il dire que ses catastrophes avaient une date d'expiration ? Qu'un jour, lointain mais réel, il serait enfin débarrassé de sa Poisse Cosmique ?
-Celui qui prend place à la rentrée d'Albus Severus, dix-neuf ans après ta victoire sur Voldemort.
Le Sauveur cligna stupidement des yeux.
-Je peux comprendre, dans une certaine mesure, pourquoi des gens sadiques et dénués d'empathie pourraient trouver ma malchance chronique divertissante. Mais dans ce cas, pourquoi arrêter l'histoire au moment même où elle commence ? demanda le pauvre harcelé du Destin.
Parce que d'après lui, sa vie n'avait véritablement commencé à dérailler qu'à la mort de son premier Seigneur des Ténèbres.
-De quoi ? fit la gamine connaissant soi-disant tout de sa vie.
-Donc en fait, comprit le trentenaire, tu as lu uniquement les petits tracas de mon adolescence perturbée par un vieux pervers obsédé par ma personne. En même temps, réalisa-t-il, si ma vie est de la littérature jeunesse, je peux comprendre pourquoi le salopard s'étant enrichi sur mon compte a décidé de censurer les dix années suivantes et de pondre un "épilogue" bancal. Parce que, soyons honnête un instant, dans quel monde tarabiscoté pourrais-je me retrouver père de famille menant une existence pacifique et sans pépins aux proportions dantesques balancés dans la figure ? demanda-t-il réthoriquement.
-L'épilogue n'est pas vrai ? piailla la gamine avec un sourire rivalisant avec celui d'un Icarus Prince surexcité.
Le fait que ce soit le seul détail qu'elle ait relevé aurait dû mettre la puce à l'oreille du Survivant.
-Pas dans cette dimension-là, en tout cas, avoua le Sauveur. Mais tu devrais parler avec la rouquine du futur. Elle aussi est persuadée que je finirais par me caser avec Ginny et que j'aurais des mômes pendus à mes basques.
L'adolescente plissa ses yeux chocolat sous le peu de considération que son héros littéraire avait pour sa descendance fictive.
-Tu ressembles tellement pas à l'idée que je me faisais de Harry Potter, répéta-t-elle.
-Navré de te décevoir, railla le professeur en portant sa coupe à ses lèvres.
-Mais t'es carrément plus sexy que Daniel Radcliff, ajouta-t-elle en lorgnant sans honte sur ses muscles et sa barbe négligée.
-Qui ça ? demanda-t-il en sachant que la réponse n'allait pas lui plaire.
-L'acteur qui joue ton rôle, lui révéla-t-elle en mordant dans sa cuisse de poulet.
-Je pensais que j'étais sensé être un personnage de roman ? ne comprit plus rien le Survivant.
-Tu l'es, approuva la gamine aux ongles parés des couleurs de l'arc-en-ciel. Mais tu es devenu tellement célèbre qu'ils ont décidé de faire une adaptation cinématographique de tes bouquins. Pas vraiment fidèle de mon point de vue, déplora-t-elle dans une moue déçue, mais remportant un beau paquet d'argent pour les principaux concernés.
Allons bon... Non seulement sa maudite célébrité lui pourrissait l'existence dans un univers où il n'avait encore jamais mis les pieds, mais en plus des personnes qu'il n'avait jamais rencontré se faisaient des montagnes de blé sur son dos pendant que lui subissait sans broncher les aléas du Destin avec une stoïcité à faire pleurer les pierres. Il y avait décidément quelque chose de profondément injuste dans cette situation.
-Et comment tu t'es retrouvée parachutée dans une dimension parallèle, on peut savoir ? grommela le pauvre homme continuellement pris pour un héros à la vertu incorruptible.
La gamine haussa les épaules, pas plus perturbée que cela par le fait qu'elle se retrouve plongée dans un roman fantastique. Cette fille avait officiellement un grain.
-Je sais pas trop, lui avoua-t-elle en continuant à dévorer son poulet. J'étais tranquillement en train de faire une sieste à la bibliothèque municipale, et paf ! Me voilà sous un tas de cendres en pleine Allée des Embrumes. D'ailleurs, ajouta-t-elle, Mary Sue n'est pas nom. Parce que je me suis dit, "Ma fille, quitte à te promener dans un roman comme une caricature vivante, autant prendre le nom qui va avec." Et puis, conclut-elle, j'ai toujours rêvé de briser le quatrième mur.
Le Survivant eut un très mauvais pressentiment. Cette histoire de nom ou de mur ignorée superbement par le professeur pour se concentrer sur le sujet inquiétant.
-Où exactement dans l'Allée ? ne put-il s'empêcher de demander.
L'aberration parlante haussa à nouveau les épaules.
-De ce que l'on m'a dit, je me suis réveillée à l'endroit où un crétin a fait flamber sa boutique d'articles de magie noire pour échapper à des gobelins.
Harry Potter était maudit, c'était un fait indiscutable.
La mercenaire occupée à dévorer une carcasse de volaille ricana sans compassion devant la description de la poufsouffle.
-Le crétin est juste à côté de toi, lui révéla-t-elle en s'acharnant sur un os.
La jeune fille tourna sa tête châtaine du côté opposé où se trouvait l'ancien commerçant véreux. La bouche pleine et des espèces de pattes rosâtres débordant de ses lèvres, Avery cligna innocemment des yeux face au regard suspicieux de sa condisciple.
-Mais non débile, grogna la fille adoptive d'un gobelin en levant les yeux au ciel d'exaspération. L'autre demeuré, rectifia-t-elle.
La gamine aux ongles multicolores tourna sa tête châtaine dans tous les sens à la recherche dudit crétin, incapable d'envisager que son héros soit le pauvre type dont on lui avait parlé. Birba, de son côté, avait marmonné un juron en gobelbabille avant de se claquer le front de sa main libre.
-Vous avez vraiment dérobé une relique au roi des gobelins ? se rappela à son bon souvenir un Icarus Prince avec des yeux pétillants d'étoiles. Professeur, dit-il avec des trémolos dans la voix, épousez-moi.
Le roi ? Quel roi ? Le vieux torchon rabougris qui lui avait piaillé dessus quand il avait libéré sa Beauté de son joug infernal était le roi des gobelins ?
-Je suis formellement contre toute institution maritale, claqua la voix ferme du dragueur invétéré en essayant de détourner la conversation sur un sujet plus neutre.
-Mais t'es vraiment Harry Potter ? demanda la gamine de cinquième année. Le Harry Potter amoureux de Ginny et qui voulait vivre une vie normale loin de tout ennui ? insista-t-elle avec de plus en plus de scepticisme.
-Figure-toi qu'on ne m'a pas vraiment laissé le choix sur cette dernière partie, grinça le Survivant. Et, certes, à dix-sept ans, j'étais inconditionnellement amoureux de Ginny, ou du moins, de sa plastique et de son côté aventureux au lit, avoua-t-il sous le regard purement choqué de la groupie. Mais devenu adulte, je me suis rendu compte que je n'étais pas fait pour vivre en couple, et encore moins avec une harpie qui devenait hystérique dès que j'avais le malheur de passer du bon temps avec une inconnue.
La mâchoire décrochée et le regard vague, Mary Sue avait tout d'un poisson en train d'agoniser douloureusement. Il s'agissait d'un spectacle particulièrement plaisant, et le Sauveur ne se priva pas d'un rictus satisfait.
-Briser le quatrième mur était une erreur dramatique, expira enfin la gamine. J'ai détruit le Canon sans le faire exprès, souffla-t-elle avec une horreur grandissante.
Ces quelques mots ressemblaient beaucoup trop à ce qu'avait gémit le Survivant après s'être rendu compte qu'il avait peut-être vaporisé la sanité mentale de l'Univers par accident. Ce ne pouvait assurément pas être une bonne nouvelle.
-Miss Sue, intervinrent Howard et son aura d'ange immaculé. Je suis persuadé que vos inquiétudes, quelles qu'elles soient, sont infondées, essaya-t-il de la rassurer d'un sourire réconfortant. Respirez un bon coup, l'enjoint-il, et expliquez-nous ce qui vous tourmente.
-J'ai détruit la saga la plus géniale de l'Histoire de l'Humanité parce que j'ai pas pu m'empêcher de m'inscrire à Poudlard ! piailla hystériquement l'adolescente sur le point d'éclater en sanglots. Je suis un être abominable ! se flagella-t-elle en tombant dans les bras ouverts du mangemort bouddhiste.
-Hun-hun, fit le soi-disant héros en terminant sa cuisse de poulet. Tu m'en diras tant, dit-il en lorgnant sur le contenu appétissant du sinistre coffre.
C'était qu'il y avait une boîte de biscuits particulièrement appétissants qui lui faisait de l'œil depuis tout à l'heure. Il aurait été véritablement impoli d'ignorer ces si charmants petits sablés ne demandant que son attention. Si le meuble n'avait pas trop ressemblé au frère du Bagage s'amusant à dévorer les imprudents commettant l'erreur fatale de s'intéresser de trop près à son contenu, nul doute que le Sauveur aurait déjà délivré les innocents petits biscuits pleurant leur sort ignoble.
Yatsumi, la Japonaise lui ayant sauvé les miches d'une Triade au sens de l'humour inexistant en l'emmenant dans son pays natal, avait un jour découvert sa passion de la poésie pour les pâtisseries. Bien évidemment, la cruelle asiatique s'était foutu de sa gueule pendant des semaines, et s'était même amusée à créer une parodie de spectacle de marionnette avec pour acteurs des petits fours et des loukoums. Malgré l'humiliation ressentie, le baroudeur inter-continental n'avait cessé de se goinfrer de sucreries et de louer leur goût divin par de la poésie douteuse dès que l'occasion se présentait. Quand le Survivant était finalement parti de l'archipel nippon, il avait pris presque dix kilos et n'avait réussi à éviter d'écoper d'une bouée ventrale conséquente que grâce à des efforts éreintants et continus de sport de chambre avec sa compagne japonaise et un yakuza aux mains baladeuses.
Bref, la transfuge d'une dimension parallèle était toujours en train de se plaindre entre les bras de son ami mangemort pendant qu'Howard essayait de la rassurer, qu'Icarus bavait devant son incomparable personne, que la mercenaire finissait sa carcasse, qu'Alwenn faisait le gué et que le Survivant se goinfrait. Comparé au banquet de début d'année, ce déjeuner paraissait, et de loin, plutôt banal. Le Sauveur considérait même depuis un certain temps les batailles rangées de nourriture comme étant une composante inévitable d'un repas digne de ce nom. En même temps, avec ce qui passait son temps à lui atterrir dans la figure, l'avis du professeur était quelque peu biaisé.
-Il faut que je répare ce désastre ! affirma Mary Sue avec une volonté inquiétante.
La gamine s'était redressée, le poing fermement levé devant elle pour signifier la force de sa résolution, un masque de détermination plaqué sur son visage. Elle ressemblait trop à Ronnie Weasley et ses poses héroïques pour ne pas inquiéter le pauvre petit professeur. Harry le sentait, la méga catastrophe divine de la journée menaçait de lui exploser en plein visage dans un feu d'artifice capillo-tracté.
-Réparer quoi ? demanda Avery en clignant stupidement de ses yeux bleus.
-Le cours de l'histoire avec un h minuscule, lui répondit la gamine en fixant férocement un point invisible comme s'il lui avait volé ses sous-vêtements. Je vais rétablir l'ordre des choses, ajouta-t-elle en se levant de son coussin. Je vais réparer le Canon ! proclama-t-elle au reste du monde.
Si le Sauveur avait eut des connaissances en jargon de fangirl, il aurait sans aucun doute prit peur. À la place, dans sa bienheureuse ignorance, la seule chose qu'il trouva à dire d'une voix perplexe fut :
-Depuis quand les pièces d'artillerie ont un rapport avec "le rétablissement de l'ordre des choses" ?
-De quoi ? fut coupée la gamine dans sa harangue.
-Le canon, expliqua le sorcier ayant vécu avec des pirates fantômes. C'est pas franchement l'outil que j'utiliserais pour réparer le cours du temps, confia le baroudeur international.
Toute personne n'ayant jamais assisté de près à une bataille navale entre deux vaisseaux fantômes, ne pouvait pas décemment affirmer avoir pleinement vécu. Il s'agissait d'une expérience particulièrement déroutante et instructive sur le fonctionnement de l'artillerie du XVIIIème siècle.
-Je parle du Canon, articula l'adolescente. C'est le truc qui désigne toute production littéraire, cinématographique ou graphique, considérée comme authentique ou officielle, ainsi que tous les personnages, événements, lieux, dont l'existence dans un univers de fiction donné est indiscutable, récita le brave perroquet devant une audience scotchée.
-Hun-hun, fit le Survivant n'appréciant que moyennement qu'un abruti écrivant sa propre vie dicte à toute une pléthore de sadiques en puissance ce qui était réel ou non le concernant. T'es gentille, tu merdes pas avec ma vie, la prévint le professeur dans un grognement antipathique. Que tu sois persuadée que le monde ne tourne pas dans le bon sens sous prétexte qu'un écrivain à l'imagination limitée l'a décrété, c'est ton problème, lui signifia-t-il. Alors si j'entends parler de petites magouilles me concernant de près ou de loin, ma fille, tu vas passer un très mauvais quart d'heure en compagnie d'un gentil Epouvantard, termina-t-il sa menace dans un ricanement cruel.
-Mon cher collègue, l'informa poliment Howard, menacer les élèves n'est pas très pédagogue.
-C'est elle qui a commencé à menacer de rendre mon existence encore plus surréaliste ! répliqua le professeur de presque trente-trois ans de façon particulièrement puérile.
-Mais tu ressembles tellement pas à Harry Potter ! gémit une nouvelle fois Mary Sue comme s'il venait de ruiner son enfance et ses rêves d'adolescente.
Ce qui, d'une certaine façon, était potentiellement le cas.
-Rien à cirer, grinça le Survivant sans la moindre pitié. Je suis pas un putain de personnage de roman ! craqua-t-il une énième fois. Enfonce-toi ça bien profondemment dans le crâne ! lui postillonna-t-il dessus. Personne, et encore moins un abruti le cul posé sur une chaise occupé à taper des insanités sur ma vie, ne décide de ce que sera mon existence à ma place ! s'écria-t-il avec férocité. Personne ! ajouta-t-il avant de se lever à son tour et d'entreprendre de sortir de sa salle de classe un peu trop bondée à son goût.
Ignorant les cris hystériques de la gamine lui assurant que "J.K. Rowling" était une formidable personne et les tentatives de son collègue et du bouddhiste pour le calmer, le professeur décida, avant de sortir de son sanctuaire, de choper la boîte de biscuit lui faisant de l'œil depuis toute à l'heure.
-Yirk ! fit l'ancien chasseur de mage noir quand le coffre faillit se refermer violemment sur ses doigts.
Ses craintes étaient donc parfaitement bien fondées concernant la nature de cet objet meurtrier. Est-ce que l'un des pieds du meuble essayait vraiment de lui faire un doigt d'honneur ? Incapable de penser correctement, le professeur se tourna vers le propriétaire de ce morceau de bois aux pulsions assassines.
-Ces gâteaux m'ont été gracieusement offerts par mon étudiant préféré, lui révéla Fawley dans un immense sourire légèrement sinistre. Je veux bien vous en offrir quelques-uns, professeur Potter, mais je crains que vous ne puissiez vous enfuir avec toute la boîte, explicita le petit bibliothécaire paraissant avoir abusé de son amulette protectrice aux effets funestes et irrémédiables.
Ne désirant pas qu'un monstre à la recherche de chaire fraîche se ballade tranquillement dans les couloirs, le Survivant prévint une nouvelle fois son collègue de la dangereuse nature de son cadeau. Le petit sorcier redressa négligemment ses lunettes et lui tendit sa boite ouverte, l'invitant implicitement à piocher deux ou trois sucreries.
-Je suis sérieux, Howard, fit Harry en récupérant cinq biscuits. Si vous ne restreignez pas votre temps d'exposition, je me verrai obligé de récupérer son présent, l'avertit son collègue juste avant de disparaître dans les couloirs.
Un court silence prit place dans la salle de classe désertée de son propriétaire.
-On peut avoir des gâteaux nous aussi ? demanda Avery pendant qu'Icarus Prince essayait de soutirer des informations à l'adolescente de poufsouffle, que Birba Ragnok aiguisait ses os de poulet et qu'Alwenn repartait escalader les murs du château.
-Mais bien sûr, répondit le trop innocent jeune bibliothécaire dans un sourire beaucoup trop lumineux pour être honnête
