Chapitre treize : Pause Déjeuner


Les délicieux biscuits craquaient délicatement entre ses dents et les pépites de chocolat fondaient tendrement contre sa langue. Un bruit purement indécent sorti de sa gorge pendant que ses yeux se fermaient d'eux-mêmes pour mieux savourer ce met irrésistible.

La fermeté dont avait fait preuve Howard Fawley quand il avait essayé de s'échapper avec l'entièreté de la boîte n'étonnait plus le Survivant. N'importe qui aurait piqué une crise si ses cookies préférés venaient d'être honteusement dérobés par un collègue peu scrupuleux des conventions sociales. Le professeur, quant à lui, aurait assurément refusé de partager ces biscuits divins. Le fait que le bibliothécaire accepte de lui céder quelques-unes de ces merveilleuses pâtisseries illustrait bien le caractère honnête et vertueux du jeune homme.

Tranquillement planqué dans une alcôve, un hideux rideau miteux le masquant du regard des potentiels promeneurs, Harry Potter s'octroyait une petite pause bien méritée et loin de tout individu. Il ne s'attendait certainement pas à se faire interrompre en pleine dégustation par un personnage digne de ses cauchemars.

-Professeur Potter, fit l'adolescent ayant brutalement tiré le rideau et dévoilé l'adulte en train de se goinfrer et d'émettre des gémissements suspects.

La bouche pleine et l'esprit embrumé par tant de délicieuses saveurs, le Survivant ne réussit qu'à cligner stupidement des yeux, incapable de réfléchir à un plan de retraite stratégique. Sous ses yeux éberlués, se trouvaient Lord Voldemort Junior et sa perfection de psychopathe. Coincé dans une alcôve, le Sauveur n'avait absolument aucun moyen de s'échapper sans attaquer frontalement l'étudiant. Ce qui aurait put être une idée digne de réflexion si la grande majorité de l'équipe professorale n'était pas complètement gaga de ce futur tueur de masse en puissance.

Les yeux noirs de l'adolescent atterrirent sur le reste des cookies garnissant les vêtements de l'adulte responsable, et un lent sourire satisfait prit place sur ses lèvres parfaites.

-Je suis heureux de constater que vous appréciez mes humbles biscuits, professeur, dit-il en s'approchant du pauvre gourmant et refermant le rideau derrière lui. Je puis vous assurer que j'ai mis tout mon amour dedans, lui souffla-t-il en posant une main explicite sur sa cuisse.

MAYDAY ! MAYDAY ! MAYDAY !

Un couinement d'une virilité exemplaire échappa de la bouche du Survivant pendant qu'il projetait par réflexe l'adolescent contre le mur opposé du couloir.

-Mais c'était quoi, ça ?! hurla le Sauveur absolument pas comme une jeune vierge effarouchée.

Plaqué à un mètre du sol contre la paroi en pierre du couloir, Tom Marvolo Riddle ne parut que légèrement ennuyé par la réaction du professeur.

-Je pensais avoir été clair dans ma démarche, répondit-il comme s'il n'était pas à la merci du chasseur de mage noir. Ceci, professeur, est de la séduction, lui confirma-t-il ses pires craintes. Cela vous dériderez-t-il de savoir que je suis l'individu ayant confectionné ces charmantes pâtisseries, reprit-il sa tentative de drague dans un sourire libidineux.

Lord Voldemort Junior avait cuisiné ces merveilles de gastronomie, et Harry Potter les avait dévorées comme un affamé.

Lord Voldemort faisait de la pâtisserie.

Mais depuis quand Lord Voldemort faisait-il de la pâtisserie ?!

L'expression de pure horreur gravée sur le visage de Harry Potter réussit à faire tomber le sourire suggestif de l'adolescent.

-Ne me dites pas que vous faites partie de ces coincés incapables d'apprécier la compagnie d'un sorcier de votre niveau pour une vague histoire de tuyauterie ? demanda l'étudiant toujours cloué au mur comme un papillon XXL.

-Quelle tuyauterie ? ne réussit pas à comprendre l'analogie le dragueur invétéré.

Le regard explicite du futur mage noir fut suffisant pour que le baratineur de service assimile enfin ce que lui sortait ce gamin un peu trop débauché à son goût.

-Je ne couche pas avec des mineurs, et encore moins quand ils sont sensés être sous ma responsabilité, répondit l'adulte avec une moue dégoûtée sous l'insinuation.

L'adolescent réussit à hausser les épaules malgré sa position inconfortable.

-Je voulais juste vous donner un avant-goût de ce que j'ai à vous offrir, dit-il sensuellement. Je me targue d'être un négociateur hors pair, lui sourit-il impudiquement sous les frissons du Survivant.

Voldemort se prostituait auprès de ses professeurs en échange de cours particuliers sur les arts sombres ?

-Tu te prostitues ?! éructa le Sauveur devant l'inconcevable révélation.

-Disons plutôt que je n'avais pas encore trouvé de sorcier possédant suffisamment de connaissances et de pouvoirs justifiant le marchandage de ces services particuliers jusqu'à votre entrée magistrale à Poudlard, avoua le peu scrupuleux étudiant. Le Professeur Têtenjoy aurait pu être une source d'informations non-négligeable, mais elle refuse catégoriquement chacune de mes propositions, lui annonça le jeune homme dans un froncement de sourcils ennuyé.

-Dans ce cas, reprit Harry, quel genre de "services" proposes-tu, et à quels honnêtes membres du personnel éducatif de cette école, exactement ? voulut savoir l'ancien chasseur de primes allant reprendre du service pour purger Poudlard de pédophiles en puissance.

Le regard amusé que coula dans sa direction le préfet de Serpentard agaça franchement le Survivant.

-Je dois vous avouer être très flatté de l'attention que vous semblait porter à ma chasteté, professeur, mais je ne dévoile mes sources que par un échange de semblable équivalence, se moqua sans honte l'adolescent toujours immobilisé contre un mur. Si c'est la sécurité des élèves qui vous inquiète, reprit-il plus sérieusement, je vous assure qu'aucun prédateur sexuel, à ma connaissance, n'erre dans les couloirs à la recherche de chair fraîche. Pour ce qui est des moyens que j'utilise pour corrompre vos collègues, professeur, il s'agit tout bêtement de mes célèbres cookies, dont quelques miettes sont restées accrochées à votre chemise, l'informa-t-il d'un sourire narquois.

Baissant ses yeux verts sur les disgracieuses miettes garnissant effectivement le devant de sa chemise, le Sauveur secoua son vêtement en réprimant un juron et tourna à nouveau son attention sur le futur meurtrier de ses parents. Le corniaud lui souriait gentiment depuis son perchoir, attendant patiemment que le sorcier le repose au sol.

-Et comment tu as su que j'étais derrière ce rideau, d'abord ? voulut savoir le Sauveur.

Il avait vraiment cru avoir trouvé une planque idéale loin de la foule, des Plaies et d'indiscrets curieux. De plus, les quelques sorts qu'il avait posés sur ce rideau auraient dû le cacher aux sens surnaturels des légilimens garnissant ce château.

-Je repère toujours les personnes qui apprécient mes créations, sourit plus largement le serpentard. Ils émettent des petits bruits parfaitement reconnaissables, lui asséna-t-il pendant que le dragueur invétéré se mettait à rougir de la tête aux pieds.

Effectivement, il aurait peut-être dû jeter un sort d'impassibilité auditive sur ce foutu rideau.

-Donc, reprit le préfet, puisqu'apparemment vous appréciez mes gâteaux, je vous propose un marché qui nous satisfera tous les deux.

-Quel genre de marché ? demanda le Survivant en essayant de récupérer sa contenance.

Pour sa défense, d'habitude c'était lui qui faisait les sous-entendus graveleux et embarrassait ses futures conquêtes d'un sourire charmeur, pas des gosses de quinze piges à l'intellect brillant et aux vêtements impeccables.

-Une boîte de vingt-cinq biscuits contre l'enseignement du Patronus.

-Uniquement le Patronus ? fit suspicieusement le professeur.

-Il vous faudra aussi me fournir le souvenir heureux qui va avec, l'informa le jeune serpentard.

Ce qui expliquait la tentative de drague particulièrement frontale.

-Manger tes propres pâtisseries n'est pas suffisant ? s'enquit le Survivant.

Même s'il était vrai que la caractéristique commune des mages noirs était d'avoir eut une enfance misérable loin de tout amour, et par conséquent, ne possédant que peu, ou pas, de souvenirs capables de générer un Patronus.

-Je n'éprouve qu'un plaisir limité à ingérer des sucreries imprégnées dans une potion de ma composition, lui révéla le psychopathe en couche-culotte.

-Tu m'as empoisonné ?! éructa le Sauveur en agrippant le col de la robe de son étudiant.

-Je ne vous ai pas offert les cookies que vous avez dévoré, professeur, lui rappela l'adolescent pas du tout impressionné par la poigne de l'adulte contre sa gorge. Et si j'avais voulu aliéner votre volonté, j'aurais tout simplement utilisé de l'Amortentia.

Ce qui était un argument qui se tenait. L'apprenti mage noir n'aurait eut aucun remord à verser quelques gouttes de philtre d'amour dilué sur tous les gâteaux en circulation dans le château pour mieux manipuler ses cibles. Qu'il ait choisi une méthode plus honnête pour parvenir à ses fins ne pouvait qu'inspirer confiance à ses pauvres victimes. Et, si la subtilité ne fonctionnait pas, le serpentard pouvait effectivement saupoudrer ses délicieux biscuits de quelques potions illégales pour s'assurer de la bonne coopération de ses sujets. Malheureusement pour l'étudiant manipulateur, après un incident particulièrement humiliant avec une sorcière dénuée de scrupules, l'aimant à ennuis avait ingéré une potion le rendant immunisé à tout les dérivés de l'Amortentia. Et par conséquent, capable de dévorer toute une boîte de gâteaux empoisonnés sans en ressentir le moindre effet.

-Et demander poliment si mon programme peut comporter cette variante ne t'as pas frôlé l'esprit ? grogna le Survivant.

-Absolument pas, lui avoua le cinquième année en clignant paresseusement des yeux.

Soupirant devant le calvaire qu'allait être l'année scolaire, le Sauveur lâcha l'étudiant, qui retomba souplement sur ses pieds sans se casser pitoyablement la figure au passage, et remit correctement le col de sa robe comme si une brute ne venait pas de l'envoyer se fracasser contre un mur.

-Avez-vous des préférences particulières en terme de pâtisserie ? lui demanda le type qui avait cherché à l'assassiner pendant toute son adolescence en ajustant sa cravate et en vérifiant que sa coiffure était toujours parfaite.

-Je ne te donnerais jamais de cours privés, lui assura Harry Potter avec une teinte d'horreur contenue dans la voix.

-Les moldus ont un adage concernant cette formulation, l'informa son futur élève en fixant ses yeux noirs dans les siens. "Il ne faut jamais dire jamais", dit-il avec un sourire particulièrement inquiétant.

Lord Voldemort utilisait un dicton moldu pour plus ou moins draguer le Survivant.

Il y avait tellement d'incohérences dans cette phrase que Harry ne voulait même pas commencer à l'analyser.

-Question proverbe, tu ferais mieux d'étudier celui-là, je suis certain que la part de sagesse qu'il contient devrait te faire réfléchir : "À vouloir trop avoir, on finit par tout perdre."

-"La persévérance vient à bout de tout", professeur, et je compte bien obtenir de votre part une collaboration fructueuse.

-"La liberté des uns s'arrête où commence celle des autres", donc fous-moi la paix, grogna le professeur.

-"Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis", prit-il un plaisir véritable dans cette joute verbale un peu bizarre.

-"Les plaisanteries les plus courtes sont souvent les meilleurs", fit le Survivant franchement agacé par le jeu qu'il avait lui-même lancé. Va plutôt enquiquiner Slughorn au lieu de me harceler, ronchonna le Sauveur en tournant les talons.

-Je trouve assez ironique que vous partiez alors que vous m'avez spécifiquement demandé de déguerpir le plancher, releva avec humour le futur tueur de masse tout en trottinant à la suite de son cher professeur.

Harry allait adorer donner cours aux cinquième année. Il le sentait. Mary Sue, Avery et Voldemort Junior allaient être un combo réduisant le désastre de la quatrième année à un vulgaire petit déchaînement hormonal.

Alors que le respectable professeur s'apprêtait à envoyer un Chauve-furie entre les dents de cet adolescent trop parfait pour être honnête, un autre individu louche apparut d'un couloir perpendiculaire dans un dérapage contrôlé faisant couiner ses semelles en cuir et se précipita vers lui en tendant à bout de bras une lettre d'une teinte rosâtre particulièrement atroce.

-Mon cher ami ! l'apostropha avec entrain et soulagement la nouvelle source de migraines.

-Oh, non, gémit plaintivement l'aimant à ennuis devant la catastrophe qui s'annonçait.

-Bonjour, professeur Dumbledore, prononça le plus froidement possible le préfet de Serpentard.

-Tom, se calma le Directeur de Gryffondor en s'approchant normalement de son collègue et de son détesté élève. Ne devriez-vous pas être en train de déjeuner avec vos camarades dans la Grande Salle ? demanda suspicieusement le professeur de Métamorphose.

-Ne devriez-vous pas être en train de déjeuner avec vos collègues dans la Grande Salle ? questionna sur le même ton le meilleur étudiant de cette école.

-Je cherchais le professeur Potter pour une discussion d'ordre privée, claqua la voix du puissant sorcier directement importée de l'ère glacière.

-Moi de même, rétorqua encore plus implacablement l'adolescent tenant tête au mage le plus dangereux de sa connaissance.

Etait-il normal qu'Harry ait l'impression d'être un doudou rapiécé en train de se faire tirer par les bouts par deux élèves de maternelle particulièrement possessifs envers leur malheureuse peluche ?

-Albus, intervint le Survivant en se plaçant entre les deux belligérants, pourquoi ne nous installons-nous pas à votre bureau ? essaya-t-il de faire preuve de diplomatie.

-Excellente idée, mon jeune ami, lui répondit le brave sexagénaire en foudroyant une dernière fois du regard le futur mage noir en puissance.

-Rappelez-vous, professeur, fit Voldemort Junior avec un sourire tout simplement insupportable de perfection. "Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis".

-Je m'en souviendrais, grommela le Sauveur en entrainant par le coude son collègue vers ses propres quartiers.

L'adolescent eut le culot de leur faire un innocent coucou de la main pendant que les deux adultes effectuaient une retraite stratégique loin du préfet de Serpentard.

-Je pensais vous avoir prévenu de la dangerosité de cet individu, fit Dumbledore en retirant les dernières miettes accrochées à sa chemise.

-Il m'a pris au dépourvu, lui avoua son inexpérimenté collègue.

-Tom Riddle est un maître de la manipulation. Si vous n'êtes pas vigilant, vous vous retrouverez à lui enseigner de votre plein gré des sujets qui devraient à jamais rester hors de sa portée.

-Vous vous inquiétez donc pour les dégâts qu'il risque de provoquer grâce à mon intermédiaire, et non pas pour ma santé, comprit avec un temps de retard le jeune professeur.

-Si cet individu venait à mettre la main sur certaines de vos connaissances, le monde comptera un nouveau Grindelwald, prononça d'une voix sinistre le grand Albus Dumbledore. Je ne peux, en mon âme et conscience, permettre qu'une telle tragédie se produise.

-Surtout si vous vous sentez responsable de ce qu'est devenu votre premier amour, lâcha sans réfléchir le Survivant.

-Shhhhh ! lui siffla le Sous-directeur avec un doigt posé sur ses lèvres. Veuillez ne pas mentionner ce détail particulier dans un lieu public, réussit à prononcer le sexagénaire entre ses dents serrées.

-Je pensais justement que vous vouliez me parler de ce sujet précis, fit le Sauveur en montrant du menton l'affreuse enveloppe d'une teinte d'un rose ignoble. Je rêve ou il a aspergé sa lettre d'eau de cologne, réfuta la réalité l'aimant à ennuis après avoir inspiré une odeur douteuse.

Le léger rougissement de son collègue suffit à lui donner une réponse sur l'origine de l'atroce parfum parvenu à ses narines.

-C'est que, lui avoua le digne professeur de Métamorphose en triturant ses doigts, j'ai toujours eut un odorat sensible.

Le Survivant dû prendre sur lui pour ne pas visualiser une scène qui risquerait de le traumatiser à vie.

-Et qu'est-ce qu'il vous a écrit, au juste ? voulut savoir le masochiste dans l'âme.

Les larmes commençant à embuer les yeux bleus de son ancien mentor imperturbable mit extrêmement mal à l'aise le pauvre Harry Potter. Ce fut pour cela qu'il s'empressa de changer de sujet pour retarder l'inévitable crise de larmes qu'il devrait éponger avec abnégation et bravoure.

-Attendons d'être arrivés dans vos quartiers avant d'entre dans le vif du sujet, voulez-vous ? fit le Survivant dans un sourire crispé. Avez-vous entendu parler du rapt de notre chère collègue parmi les Briseurs de sort campant paisiblement devant nos grilles ? embraya-t-il sur un sujet n'allant certainement pas manquer de faire réagir son supérieur.

-Têtenjoy s'est faite enlever ? glapit dignement le puissant sorcier en palissant sensiblement.

-Non, le rassura le Survivant en se demandant ce qu'imaginait son collègue. C'est Têtenjoy qui a kidnappé un pauvre mercenaire à la solde de Gringotts, se trouvant être un Chasseur de Transylvanie cracheur de feu se faisant passer pour une légende vivante, pour lui servir de banque génétique dans son projet de maternité, le renseigna l'ancien chasseur de mages noir.

-Vous plaisantez ? expira dans un souffle laborieux le professeur de Métamorphose en le saisissant fermement par les épaules.

-Euuh... ne put que répondre le pauvre malchanceux chronique trouvant cette réaction légèrement disproportionnée comparé au cirque qu'était le quotidien des résidents de ce château.

-C'est une catastrophe, souffla le vénérable mage en se précipitant vers la plus proche fenêtre donnant miraculeusement sur le camp de mercenaires ne désirant que la tête du malheureux Porter.

-Vous m'expliquez ? fit le Survivant totalement largué. C'est le fait qu'un mage noir en cavale ait des envies de maternité qui vous choque, ou le fait qu'elle utilise un escroc de Chasseur pour s'accoupler ?

-Aucun des deux, lui répondit sèchement le sexagénaire dangereusement penché dans le vide. Têtenjoy est sensée être dans l'impossibilité physique de sortir de l'enceinte de cette école.

Harry eut un très mauvais pressentiment.

-Vous êtes en train de me dire que Têtenjoy est une prisonnière purgeant sa peine d'intérêt général à Poudlard, et non pas un mage noir plus ou moins repenti se planquant de l'attention malvenue des autorités ? eut-il peur de comprendre.

-Tout à fait, lui répondit le Sous-directeur dans un équilibre précaire sur le rebord de la fenêtre.

-Attendez une minute, fronça les sourcils le Sauveur. Si elle a la capacité traverser les barrières magiques de Poudlard à volonté, pourquoi n'a-t-elle pas fait preuve de la discrétion la plus élémentaire pendant son kidnapping ? se demanda l'Héritier Potter.

-Une remarque particulièrement intéressante, fit Albus en revenant sur la terre ferme. Une idée que vous aimeriez partager avant que j'ordonne la mise en quarantaine et que j'appelle les aurors ?

-Si elle avait voulu s'enfuir, elle l'aurait déjà fait depuis longtemps, raisonna le Survivant. Peut-être qu'elle attend véritablement la fin de sa sentence pour refaire sa vie sans crainte ? supposa sans trop y croire Harry.

-Elle a été condamnée à perpétuité, le renseigna Dumbledore.

-Elle m'a parlé du vivier de connaissances oubliées qu'était la Bibliothèque, reprit le jeune professeur. Maintenant qu'Howard essaye de l'ordonner, peut-être veut-elle profiter de ses recherches pour récupérer quelques grimoires intéressants ?

-Toutes les découvertes de Monsieur Fawley sont précieusement gardées dans une aile fortement protégée de la Bibiliothèque.

-Oui, concéda le Sauveur, mais les défenses de la Réserve n'ont jamais arrêté quiconque est déterminé à y pénétrer. Elève ou professeur, fit l'un des très nombreux individus ayant fureté dans cette zone interdite de la Bibliothèque.

-Ah oui ? fit bien trop innocemment l'homme ayant failli accompagner Grindelwald dans sa campagne d'extermination des moldus.

-Peut-être serait-il prudent de mettre des protections dignes de ce nom ? proposa le Survivant. J'ai quelques malédictions mayas qui décourageraient plus d'un gryffondor, ajouta-t-il.

-Je ne pense pas que ce soit une priorité, fit le Sous-directeur encore un peu trop soumis à la tentation du Pouvoir. Et Têtenjoy utilise sa recherche de savoirs disparus comme passe-temps pour tromper son ennui. Si la Bibliothèque devient parfaitement ordonnée, elle n'aura plus la moindre raison de vouloir rester dans l'enceinte du château, expliqua le puissant sorcier en s'emmelant les doigts dans sa barbe. Il n'y a aucune logique dans ses actions, releva Dumbledore en fronçant ses sourcils auburn.

-Les mages noirs ont tendance à oublier la logique quand ça les arrange, laissa parler son expérience le chasseur de créatures dangereuses. Ils font ce qui leur plaît à l'instant où ça leur plaît sans s'intéresser aux conséquences de leurs actions. C'est pour ça qu'ils sont si faciles à attraper. J'avais un pote moldu qui en a attrapé cinquan-

-Passionnant, le coupa son supérieur hiérarchique en examinant une montre en argent semblable à celle qu'il avait reçu à son dix-septième anniversaire. Le temps nous est compté, j'en ai bien peur, déclara-t-il d'une voix sombre en rangeant son accessoire sous sa longue barbe.

-Comment ça ? demanda le Sauveur.

-Localiser et incarcérer le professeur Têtenjoy est une tâche qui sera difficilement réalisable avant la fin de notre pause déjeuner, lui annonça gravement le puissant sorcier en rangeant précieusement dans sa manche bouffante son courrier odorant.

Non mais sérieusement ? Ses élèves n'allaient pas mourir de combustion spontanée s'il arrivait avec quelques minutes de retard. Harry était même prêt à parier qu'ils loueraient chaque seconde d'absence de leur professeur.

-Votre sens du dramatisme est excellent, mon cher Albus, avoua le Survivant, blasé au-delà du possible. Pourquoi ne participeriez-vous pas au projet loufoque de pièce de théâtre de ce cher Beery ?

-L'heure n'est pas aux plaisanteries, Harry, le sermonna le vieil homme. Il est impératif que nous trouvions cette femme avant l'arrivée des aurors.

-Si personne ne les informe qu'elle a fait le mur-, commença le Sauveur avant de se faire une nouvelle fois couper la parole.

-Prévenir les aurors est une obligation que l'école se doit de respecter si elle ne veut pas perdre son indépendance auprès du Ministère, lui fit savoir son supérieur hiérarchique.

Tiens ? Harry ignorait que Poudlard avait été une institution autonome dans les années quarante. À son époque, l'ingérence du Ministère et du "conseil d'administration" avait été des plaies avec lesquelles le Directeur devait inlassablement jongler pour conserver son autorité. En attestait l'emprisonnement momentané de Hagrid à Azakaban pour avoir soi-disant ouvert la Chambre des Secrets, la condamnation à mort de Buck pour avoir envoyé bouler Malfoy Junior et bien sûr, l'arrivé du crapaud aux nœuds rose, Dolores Ombrage. Le ciel savait à quel point il avait souffert inutilement à cause de ces bureaucrates zélés. Et si, par le plus grand des hasards, ce désastre avec Galatea était à l'origine de la perte d'autonomie de Poudard, Harry Potter n'allait assurément pas laisser un petit mage noir de pacotille foutre en l'air des siècles d'indépendance et de liberté juste pour suivre une ligne temporelle d'ors et déjà compromise.

-Je me charge de la localiser, se porta volontaire le Sauveur. Je vous envoie un patronus au moment même où je la trouve, lui assura-t-il en se mettant en chasse de sa nouvelle proie.

Harry Potter avait passé presque deux ans de sa vie à accompagner Carter dans sa lubie de mettre en cage les pauvres petits mages noirs. Il possédait à la fois l'expérience et les compétences pour neutraliser le professeur de Défense Contre les Forces du Mal. De plus, la Carte des Maraudeurs lui avait montré des passages secrets qu'il pouvait mettre à profit pour piéger le mage noir récalcitrant.

Tout occupé à mettre au point une stratégie imparable pour capturer sa collègue pratiquement centenaire, le professeur ne fit pas attention où il mit les pieds et trébucha contre un petit corps sans vie. Un frisson horrifié traversa de part en part l'aimant à ennuis quand ses yeux verts se posèrent sur le cadavre abandonné dans un couloir désert. Le Survivant se baissa pour prendre le pouls de la pauvre fillette, et, comme dans un mauvais film d'horreur, ses yeux s'ouvrirent et se fixèrent sur lui. Incapable de réprimer le petit bruit effrayé qui sortit de sa gorge, Harry s'éloigna précipitamment de ce qui ressemblait de plus en plus à un inferius.

-Maître, expira dans un souffle sépulcral la fameuse gamine qu'il avait rencontrée en rêve et qui tenait plus de la licorne que de l'humain.

-"Maître" ? répéta le professeur d'une voix légèrement plus aigue que d'ordinaire.

-Tu as réuni mes Reliques, pion de la Destinée, lui signifia l'enfant ayant été sacrifié pour invoquer une entité d'une puissance inégalée.

Parfois, juste parfois, Harry se demandait sous quelle étoile il avait bien pu naître, ou quelle fée sadique ses parents avaient bien insulter, pour qu'il soit pourvu d'une poisse pareille.

-Il y a erreur sur la personne, essaya-t-il de bluffer avec la force du désespoir.

Les yeux morts et laiteux de la fillette se plantèrent dans les siens.

-Aucun mortel ne peut se cacher de mon regard, pas même toi, mon Maître, lui annonça-t-elle d'une voix dénuée d'émotion.

-Et tu t'appelles comment, déjà ? demanda le Sauveur en repérant son itinéraire de fuite.

-On m'a donné bien des noms par le passé, lui répondit-elle. Anubis, Mot, Enma, Hadès, Hela, le Quatrième Cavalier, la Grande Faucheuse, énuméra-t-elle en s'avançant dangereusement de l'adulte acculé au mur. Aucun d'eux ne s'approche de l'entité immortelle que je suis, mais j'apprécie être reconnue des mortels, fit l'apparente enfant dont le menton n'était qu'à quelques centimètres de sa poitrine. Tu peux m'appeler comme il te convient, Maître, mais si tu veux savoir qui je suis, il te suffit d'écouter ce que te souffle ton âme.

Le Survivant rit nerveusement pendant de longues secondes.

Bien sûr que réunir ces maudites Reliques n'était pas sans conséquences désastreuses et surréalistes. Comment avait-il pu en penser autrement ? Bien sûr que la personnification de la Mort s'était inscrite dans cette école de tarés et se joignait à la cohue de Plaies le harcelant sans répit. Pourquoi n'y avait-il jamais pensé, après toutes les péripéties qu'il écopait à un rythme endiablé ? Harry Potter n'avait-il donc rien appris de toutes ces années à survivre à l'invivable ?

-Et qu'est-ce que tu me veux, exactement ? couina pathétiquement la terreur des mages noirs.

Le Survivant aimait beaucoup sa vie, même s'il s'en plaignait souvent. La voir raccourcir brutalement n'était absolument pas dans ses projets immédiats.

-Je viens t'assister, lui répondit la Mort par la bouche de la gamine.

-Ah oui ? fit d'une petite voix le sorcier toujours plaqué contre son mur.

Voilà qui changeait grandement de ses harceleurs habituels. Mort semblait être un allié particulièrement utile pour fuir la cohorte de jeunes filles le prenant pour le Messie et autres indésirables. Cependant, avec la Poisse qu'il se coltinait, s'il lui demandait de l'aider à se débarrasser d'un individu, il y avait fort à parier que cette personne se retrouve dans le Royaume de sa nouvelle amie. Peut-être n'était-il pas donc pas si sage que cela de l'embrigader dans ses plans quelque peu bancals.

-Je me dois d'honorer un gage en faveur de la Destinée, l'informa la dénommée Hela Reaper.

-Je le savais ! péta-t-il un fusible sous l'aveu. Je le savais depuis le début ! continua-t-il sa crise d'hystérie. Je ne cesse de le répéter à qui veut bien m'écouter ! Des entités sadiques s'amusent à jouer aux dés avec ma vie ! explosa-t-il pour de bon en postillonnant sur la Mort.

Pas vraiment concerné par des futilités d'ordre physique, le Destructeur de Monde reprit la parole en ignorant les émanations de salive perchées sur sa joue.

-Ne pense pas avoir un pouvoir particulier sur ma personne, Maître, le prévint l'entité immortelle. Je ne fais qu'accomplir le gage m'ayant été attribué.

-Quel gage ? eut vraiment peur le Survivant.

-T'assister dans tes accomplissements prophétiques, lui répondit-elle alors que le Sauveur sentait le poids du monde s'effondrer sur lui.

-Je suis maudit, expira-t-il en se laissant glisser du mur jusqu'à s'asseoir par terre.

-Pas du tout, rétorqua la Mort. Tu es juste le malheureux pion d'une partie palpitante, lui révéla-t-elle sous les gémissements du Sauveur. Au début de chaque partie, lui expliqua-t-elle pendant que l'homme adulte se roulait en boule dans un coin, chaque joueur pioche douze pions tirés au hasard parmi les mortels, que ceux-ci soient sur le point de naître ou de trépasser.

-Est-ce que tu es en train de dire que la putain de prophétie annonçant que je vaincrais Voldemort était en fait une conséquence de votre putain de jeu ? grogna entre ses mains la malheureuse victime.

-Tout à fait, lui répondit la puissante entité dénuée d'émotions humaines. Tu es le pion favori de la Destinée, et le dernier en sa possession. Elle a utilisé toutes ses ressources uniquement pour toi, Maître. Mon adversaire ne reculera devant rien pour gagner, l'informa-t-elle.

-Et c'est quoi le but de ce jeu, on peut savoir ? grinça méchamment le Survivant.

Plus vite il serait débarrassé de sa Poisse Cosmique, mieux il vivrait.

-Il faut garder ses pions le plus longtemps possible sur le plateau et se débarrasser de ceux de ses adversaires, fit la Mort. La partie est sur le point de se terminer, sauf intervention de cette tricheuse de Destinée, et, en tant que Joueuse, je me dois d'exécuter le gage qui m'a été attribué.

-M'aider à remplir ces foutues prophéties, grommela le Sauveur.

-Exactement, approuva l'apparente enfant. Crois-moi, Maître, cela ne me fait pas plus plaisir qu'à toi, grimaça l'entité.

-Mais c'est quoi cette histoire de Maître, si t'es juste là pour un gage ? ne comprit pas le sorcier harcelé par toutes les créatures du globe.

-Pour sauver l'un de mes pions d'un piège de ce roublard de Guerre, j'ai été obligée de m'engager à servir le mortel qui mettrait la main sur trois objets créés pour l'occasion, ruina-t-elle le mythe des Trois Frères. Par un habile coup de maître de la Destinée, tu es l'individu que je suis chargée d'assister.

-Donc, reformula l'humain, ton adversaire à utilisé ton gage contre toi pour que tu l'aides à faire en sorte que je sois le dernier pion en jeu, et donc à ce qu'elle gagne la partie ?

-Exactement, grinça avec mauvaise humeur l'entité surpuissante s'amusant à faire joujou avec les pauvres vies humaines.

-Et qui sont les autres malheureux pions de ce jeu sadique ? demanda le Survivant plein de compassion pour les autres maudits.

-La grande majorité ne trouve pas dans cette temporalité, mais l'un des miens se fait appeler Tom Riddle.

-Oh. Mon. Dieu, expira d'horreur le professeur.

Voilà qui éclairait d'un tout nouveau jour l'obsession de Voldemort d'échapper par tous les moyens à la Mort. Tout comme Harry cherchait avec la force du désespoir à échapper aux griffes vicieuses de la Fatalité, le Seigneur des Ténèbres avait senti qu'une entité manipulait sa vie pour le plaisir et avait cherché à s'en débarrasser.

-Le Veilleur possède le vampire à la Double-Vue, l'informa la Mort sans s'intéresser à sa prise de conscience horrifiée. La Guerre et la Volonté ont fait intervenir leurs championnes avec l'aide de Destinée et ses prophéties truquées. La Reine des fées et le Savoir se sont senties rejetés et ont donc envoyé l'une de leurs pièces. La Chance, bien évidemment, avait déjà sa favorite en place à Poudlard. Et le Plaisir et ses lubies étranges se sont ajoutés à l'équation en fuyant la confrontation qu'il savait perdue d'avance avec la Guerre.

D'accord. Alors Myriam était vraiment maudite, elle aussi. Les deux immigrées temporelles étaient à la solde de la personnification de la Guerre et de la Volonté. La fée à échelle humaine et Frankenstein étaient les marionnettes d'une véritable déesse elfique et du Savoir. La pétasse peroxydée qui servait de professeur de runes avait effectivement une autre entité perchée sur son épaule. Et la princesse extra-terrestre en pleine guerre de succession avec son frère pour un empire galactique sortait donc bien d'un esprit complètement frappé et peu à jour des réalités pratiques. Quand est-ce qu'il devait commencer à paniquer ?

Si six des dix Plaies le harcelant à un rythme régulier étaient des pions manipulés par des entités sadiques, par quel curieux tour du Destin se retrouvait-il donc avec trois autres allumées passant leur temps à lui courir après ? Qu'en était-il d'Harriet, de la petite mercenaire à la solde de Gringotts et de la fan-girl le prenant pour un personnage de roman ? N'étaient-elles que des imprévus accidentels, ou cachaient-elles une main encore plus cruelle et manipulatrice que celle de la Destinée ?

Bon, relativisa le Sauveur. Techniquement, savoir que les Plaies étaient des pions parcourant le même plateau de jeu que lui pour le plaisir d'entités sadiques ne changeait rien au bordel qu'était son existence, il avait juste eut droit cette fois-ci à une explication crédible.

-D'accord, fit le Survivant toujours assis contre le mur suintant d'humidité. Tu es donc la Mort, et parce que j'ai eut le malheur de toucher les trois Reliques, je me retrouve affublé d'un autre harceleur voulant me rendre fou en me poussant dans les bras de la Destinée.

-Je ne pense pas que ta sanité mentale soit des plus stables en temps normal, mon Maître, pointa la joueuse.

-Et puis arrête avec tes "mon Maître", grogna le professeur. Fonds-toi dans la masse et appelle-moi "professeur", comme tout le monde.

-Comme il te plaira, professeur, accepta-t-elle de se faire passer pour une humaine.

-Et puis qu'est-ce que tu foutais allongée par terre ? laissa-t-il parler sa curiosité.

-C'était à mon tour de jouer, lui répondit l'entité surpuissante. Maintenant que l'un de mes pions vient de m'être restitué, j'ai toute latitude pour contrecarrer les plans de mes adversaires.

-Explique-moi comment tu peux mettre des bâtons dans les roues du Destin en étant parallèlement obligé de "m'assister" ? questionna la malheureuse marionnette ne voyant pas comment ces deux conditions pouvaient co-exister.

-Certes, je me dois d'honorer mon gage, convint la Mort. Mais cette roublarde de Destinée n'a jamais joué selon les règles, alors je ne vois pas pourquoi je devrais m'y tenir moi aussi, déclara la mauvaise perdante.

-Et ce fameux pion, reprit le Survivant, je peux savoir qui s'est ?

Avec un peu de chance, il ne s'agirait pas de l'individu auquel il pensait.

Le sourire de mauvais augure qui prit place sur ses lèvres juvéniles suffit à répondre à sa question.

-Mais il s'agit de la créature étant la seule à pouvoir te tuer, bien sûr, ruina-t-elle ses espoirs et ses rêves. Tom Marvolo Riddle, prononça-t-elle lentement et en savourant chacune des syllabes.

-Je suis maudit, répéta à nouveau Harry Potter d'une voix plaintive.

-Seulement un peu trop sollicité par cette tricheuse de Destinée, relativisa la Mort. Bref, reprit l'apparente enfant, tu as une prophétie à remplir sur l'heure, mets-toi donc en route avant que je me retrouve obligée de te traîner par les cheveux vers ton destin.

-Laquelle ? gémit pitoyablement le héros des Temps Troublés.

-Une toute nouvelle que tu ne vas tarder à entendre, lui répondit la joueuse sous le lourd soupir de désespoir du pauvre pion.

Comme pour prouver ses dires, par un a propo particulièrement bien tombé, Pimprenelle Evergreen jaillit d'un couloir pour se planter devant son collègue à la mine complètement défaite.

-Pitié, la supplia-t-il de ses yeux humides.

-Je viens de faire un rêve prémonitoire ! s'écria avec excitation la fée à échelle humaine. C'est la première fois que ça m'arrive ! continua-t-elle à lui ruiner les tympans de sa voix inhumainement aigue. Et vous étiez dedans !

-Quelle surprise, lâcha ironiquement le Survivant.

-Vous teniez tête à toute une armée de trolls dans les escaliers tournants.

-Non mais sérieusement ?! explosa le malheureux jouet de la Destinée. Vous pensez pas que j'ai autre chose à foutre que combattre des trolls pendant ma pause déjeuner !

-Et vous contiez fleurette à un mage noir, ajouta-t-elle.

-Lequel ? grogna le professeur de plus en plus exaspéré.

Parce qu'entre Voldemort Junior essayant de le soudoyer par des faveurs sexuels, et Galatea s'amusant à copuler avec des aberrations parlantes, le Sauveur avait le choix.

-Aucune idée, lui répondit-elle en haussant ses frêles épaules. Vous lisiez une lettre fraichement écrite clamant votre amour éternel à un meurtrier de masse par des tournures de phrases d'un romantisme passionné.

Ah. Il finissait donc par aider Albus dans ses correspondances avec son ex-petit-ami un peu trop collant.

-Et après ? voulut savoir le maudit chronique pour mieux gérer les lubies que la Fatalité ne manquerait pas de lui envoyer dans la tronche.

-Vous et le professeur James délivrez dans les cachots un pauvre homme attaché à une table de torture, ajouta le professeur de Divination beaucoup plus fiable que Trelawney.

Apparemment, il était sensé accomplir ce truc dans les quinze minutes qui restaient avant la fin de sa trop courte pause déjeuner.

Se redressant de toute sa hauteur, le fier gryffondor revêtit un visage grave et assura aux deux Plaies qu'il allait accomplir sa Destinée sans plus tarder. Marchant d'un pas ferme, il arpenta les couloirs jusqu'à disparaître de la vue des deux gamines, puis, se carapata sans grâce vers la plus haute tour du château. Harry Potter était peut-être le jouet favori de la Destinée, ça ne voulait pas dire pour autant qu'il abdiquait son libre-arbitre pour les besoins d'une entité sadique à l'imagination féconde. Hary Potter était un sorcier ayant banni sur un autre plan d'existence toute une colonie de dieux païens, et il comptait bien en faire de même avec la chose régissant sa vie depuis sa naissance et menaçant à chaque instant de le rendre complètement maboule. N'ayant présentement aucun moyen de lui faire savoir son mécontentement d'un coup-de-poing dans la mâchoire, le Survivant n'avait à sa disposition qu'un seul moyen pour contrecarrer les projets de la Fatalité. A savoir, le sabotage systématique de ces foutues prédictions. De ce fait, le respectable professeur allait se planquer dans les étages supérieurs, le plus loin possible des cachots et du malheureux Chasseur kidnappé.

Une fois arrivé tout en haut de la tour d'astronomie, le Sauveur s'accorda une pause bien méritée et s'affala sur un tabouret réservé aux élèves cartographiant les étoiles. Alors qu'il s'apprêtait à sortir une flasque de Whisky de son sac en perles, un étrange évènement arriva. Bien évidemment, Harry s'était plus ou moins attendu à une catastrophe de ce genre en guise de représailles de la part de la Destinée. Mais une météorite semblait quand même quelque peu démesuré. Persuadé que la Fatalité ne sacrifierait pas son dernier pion inutilement, le Survivant ne fit que hausser un sourcil et attendre de se faire faucher par une gigantesque roche en fusion. Un dôme luminescent arrêta la boule enflammée avant qu'elle ne pénètre dans les territoires de Poudlard. Malheureusement, le campement de mercenaires aux abords de l'école n'eut pas cette chance. Le gros de l'impact avait été absorbé par le sortilège protecteur, mais une partie négligeable de l'objet stellaire, sous forme de petis grélons brulants, atterri tout de même sur les tentes et les têtes des idiots ne s'étant pas suffisamment protégés. Même de la hauteur où le professeur se trouvait, il pouvait nettement distinguer des individus transformés en torche humanoïde courir dans le camp et mettre encore plus le feu au pauvre campement.

Harry était partagé entre la satisfaction de la diminution de mercenaires en ayant après sa tête et la culpabilité d'être plus ou moins responsable de ladite diminution. Après tout, s'il n'avait pas décidé de faire un joli doigt d'honneur à la Destinée, ces braves bonshommes ne se seraient jamais retrouvés avec des cailloux enflammés sur le crâne. Mais bon, il s'agissait quand même d'individus étant payés pour apporter sa tête décapitée aux directeurs de Gringotts, donc bon... La compassion était surfaite, décida le Sauveur.

Sortant enfin sa flasque de son précieux sac à la Mary Poppins, le trentenaire trinqua dans le vide, un rictus sarcastique au visage et porta à sa bouche son délicieux Whisky pur malt.

-Professeur Potter ! l'apostropha soudainement un autre empêcheur de tourner en rond en lui donnant une vigoureuse claque dans le dos.

Occupé à s'étouffer avec son alcool hors de prix, le Survivant ne s'alarma pas assez rapidement de la présence d'Athéna James dans son périmètre de sécurité.

-J'ai appris que le professeur Têtenjoy avait récupéré un sujet particulièrement intéressant, reprit-elle en lui tirant une mèche de cheveux.

-Aïe ! protesta le Sauveur pendant que la jeune femme aux cheveux verts jetait sa mèche dans une fiole remplie de potion gluante. Et ce truc, fit le sorcier sentant l'entourloupe à plein nez, c'est quoi, exactement ?

-Rien qui vous concerne, eut le culot de lui répondre sa collègue en secouant vigoureusement sa bouteille de haut en bas.

Sortant sa baguette d'un geste fluide, Harry Potter déclara calmement :

-Donnez-moi cette fiole ou je transforme votre précieux cerveau en une éponge de graisse, la menaça-t-il en tendant sa main gauche dans l'évident but de récupérer la potion.

-Vous devriez pourtant être content, fit l'Américaine. Si j'ai votre clone à ma disposition, je n'aurai nul besoin de vos organes ou de votre liquide enchéphalo-rachidien, essaya-t-elle de le raisonner.

-Alors là, grinça le Sauveur, vous pouvez toujours rêver. La fiole, répéta-t-il beaucoup plus durement.

Dans un soupir trahissant son exaspération de voir ses plans géniaux perpétuellement perturbés par des idiots ne comprenant pas son génie intrinsèque, Frankenstein lui remit sa petite bouteille. Dans une sollicitation de son bracelet lui permettant de contrôler les quatre éléments, le professeur réduisit en cendres la fameuse fiole. Alors qu'il s'apprêtait à congédier sans cérémonie son agaçante collègue, cette dernière se mit en tête de le recruter pour voler le cobaye du professeur de Défense Contre les Forces du Mal.

-Sans moi, merci, grogna le Survivant ayant encore en mémoire le récent rêve prémonitoire de la fée Clochette.

-Un Chasseur, Potter ! insista-t-elle comme si Noël était arrivé en avance. Un Chasseur, répéta-t-elle comme s'il n'avait pas compris la portée de l'information.

-Je préfère ne pas m'impliquer dans cette affaire, révéla le Survivant. Allez libérer le cracheur de feu sans moi.

-Cracheur de feu ? releva Frankenstein en arquant un sourcil. Bogdan Kovacs n'est-il pourtant pas supposé se transformer en créature sanguinaire à volonté ?

-Les Bogdan se métamorphosent effectivement en grosses bestioles comme des ours ou des loups ou des espèces de lynx mutants, l'instruisit poliment le Sauveur. Et les Balaurs sont les seuls Chasseurs de Transylvanie capables de cracher du feu. Qu'en déduisez-vous donc ? en eut-il marre de passer son temps à répéter que "Bogdan Kovacs" n'était pas qui il prétendait être.

-Fascinant, lâcha l'Américaine avec un léger sourire anticipatoire sur les lèvres. Un Chasseur escroc, dit-elle lentement. Un exemplaire unique, rêvassa-t-elle pendant que son collègue levait les yeux au ciel.

-C'est ça, fit le Sauveur en l'accompagnant jusqu'à la sortie. Allez faire chier le professeur Têtenjoy et foutez-moi la paix, grogna-t-il avec humeur.

-Vous ne m'accompagnez pas ? demanda innocemment Frankenstein.

-Sans façon, répondit sèchement le trentenaire.

-J'avais cru comprendre que le Charlus était votre jeune frère.

-Quel rapport ? demanda l'aîné Potter en fronçant les sourcils.

-Le professeur Têtenjoy garde notre collègue au même endroit que le Chasseur, lui annonça Athéna James.

Ah. Oui. Il était effectivement indispensable de posséder un sacrifice purifié avant de commencer le rituel de fertilité. Sauf qu'il était persuadé d'avoir mentionné qu'il n'acceptait pas qu'elle touche son petit frère sans son accord ou sans sa présence lors du rituel. Et personne ne touchait à sa nouvelle famille sans avoir des comptes à lui rendre.

-Je vous suis, fit Harrold James Potter d'une voix sombre.

Ca faisait véritablement longtemps depuis qu'il n'avait plus cassé du mage noir. Se dérouiller et faire savoir aux résidents du château qu'il n'était pas un enfant de chœur que tous pouvaient chahuter était une excellente idée.

Tout à ses pensées de rétribution largement méritée, le Survivant oublia ce léger détail de prophétie lui pourrissant l'existence, et défonça donc la porte du laboratoire privé de Galatea Têntenjoy. Le panneau métallique bardé de protections magiques propulsé contre le mur opposé, le sorcier eut une vue particulièrement dégagée des travaux de la presque centenaire. Saucissonnés à deux tables et proprement baillonés de chiffon douteux, se trouvaient les deux hommes kidnappés gémissant pour qu'on vienne les détacher fissa. La blonde, quant à elle, tenait un couteau d'aspect sinistre à quelques centimètres du corps dénudé de son pauvre petit frère.

-Chère collègue, commença d'une voix douceâtre le chasseur de mages noirs à la retraite. Puis-je savoir ce que vous vous apprêtiez à faire ?

Le mutisme de la sorcière fut un aveu en lui-même.

-Je vais t'exploser la face, gronda le Survivant en dégainant son beretta.

Comprenant que l'objet pointé dans sa direction ne pouvait qu'être néfaste pour son intégrité physique, Galatea se précipita vers sa sortie de secours sous les assourdissantes détonations de l'arme à feu. Le contenu de ses étagères surchargées explosa quand Harry manqua plusieurs fois sa cible de quelques centimètres. Après un juron particulièrement coloré, le Sauveur toucha enfin sa cible, juste avant qu'elle ne disparaisse dans un toboggan la mettant hors de sa portée. La sorcière s'effondra lourdement devant l'entrée du tunnel aménagé pour une occasion comme celle-ci, son flanc droit salissant les dalles de son laboratoire, sa main désespérément tendu vers sa sortie de secours hors d'atteinte. Souriant comme un véritable maître du crime, Harry Potter marcha sans se presser vers sa collègue le prenant un peu trop pour une bille. Le voyageur du futur avait l'habitude d'enduire ses balles de différentes potions, passant des incapacitantes aux mortelles, depuis qu'il avait assisté Carter dans ses traques de criminels sorciers en fuite. Le projectile présentement coincé dans le flanc de Galatea lui assurait qu'elle ne puisse plus bouger, et encore moins fuir, avant qu'il lui ait administré l'antidote.

-Assassiner mon frère alors que je vous avez spécifiquement demandé de m'attendre avant de commencer votre rituel, n'est pas ce que je qualifie "d'actes d'alliance", professeur Têtenjoy, ricana sans humour le chasseur de mages noirs en s'accroupissant devant sa collègue.

Le gémissement sortant des lèvres immobilisées de la blonde ressemblait étrangement à une insulte. Son sourire sadique s'agrandit encore plus et le Survivant prit enfin le temps de s'intéresser aux trois autres personnes présentes dans le laboratoire. Charlus grognait des insanités malgré son bâillon toujours en place, une charmante teinte coquelicot colorant son visage, et gigotait vigoureusement dans l'espoir de faire comprendre à quelqu'un qu'il était toujours attaché à une table d'autopsie. Frankenstein, quant à elle, était occupée à regarder les amygdales du fameux "Bogdan Kovacs", lui aussi toujours immobilisé sur sa table et gigotant avec la même férocité que son compagnon d'infortune.

-Vous aviez raison, fit l'Américaine d'une voix immensément déçue en lâchant la mâchoire de son cobaye commençant à lui crier dessus en roumain. C'est bien un Balaur.

-Je vous l'avez dit, lui répondit le professeur de Xénomagie toujours accroupie à côté du mage noir.

-Est-ce que ça vous dérangerait de bien vouloir me détacher ! s'égosilla le Chasseur de Transylvanie avant que Frankenstein ne lui remette négligemment le baillon en place.

-Et vous voudriez que je vous cède librement mes organes ? fit le Sauveur devant ce traitement insensible.

-C'est pour cela que j'ai pensé qu'un clone serait un compromis nous satisfaisant tout les deux, essaya de négocier l'Américaine.

La simple pensée d'avoir un deuxième Harry Potter en liberté dans les couloirs filait des boutons d'anxiété au Sauveur.

-Si jamais je changeais un jour d'avis sur la question, je vous assure que vous serez la première au courant, lui affirma le Survivant en retirant sa balle de la plaie suintant et en cautérisant la blessure à l'aide d'informulés.

Harry se souvenait avoir été une bille en informulés la première fois qu'on les lui avait enseignés. L'adulte blâmait son professeur de l'époque pour son manque de résultat. Après tout, quelle que soit la matière qu'était sensé lui apprendre Severus Snape, il avait toujours été d'une nullité aberrante. Preuve en était ses notes en cours de Potion, les infiltrations mentales de Voldemort alors qu'il subissait des sessions d'Occlumentie, et, bien évidemment, l'incapacité à lancer un sortilège sans le hurler de toute la force de ses poumons. Et pourtant, plusieurs années plus tard, quand le Survivant s'était remis à l'art délicat des potions grâce à une sorcière particulièrement inventive en matière de foreplay, à l'Occlumentie avec l'aide d'un chaman amérindien, et aux informulés parce qu'il en avait marre de voir ses sortilèges trop facilement contrés, il était arrivé à un résultat plus que décent. Donc voilà, ses échecs scolaires étaient la faute de son grincheux professeur incapable de mettre de côté la haine qu'il ressentait pour son père pour faire son taf correctement, pas parce qu'il n'arrivait pas à se motiver à travailler dans les matières dispensées par son détesté enseignant.

Une fois terminé de soigner sommairement son mage noir de collègue, le Sauveur se leva, lança un patronus pour avertir Albus qu'il avait trouvé Têtenjoy et s'approcha de son frère adoptif. Le jeune homme avait arrêté de gémir et gigoter, et le fusillait à la place du regard, ses joues toujours colorées d'une charmante teinte coquelicot.

-Harriet va assurément me faire la gueule si elle apprend que tu t'es retrouvé attaché à une table par ma faute, grimaça l'Elu.

-Chuck you, réussit à articuler Charlus malgré son bâillon.

-Etre malpoli ne te fera pas sortir plus vite de ce laboratoire, le sermonna le trentenaire.

Pour seule réponse, il n'eut droit qu'à un doigt d'honneur.

Alors qu'il s'apprêtait à répondre avec un autre trait d'esprit à son frère adoptif, Frankenstein apparut avec une fiole et une impressionnante seringue.

-Je peux savoir ce que vous comptez faire avec ça ? lui demanda-t-il poliment en refrénant l'envie de la poignarder avec son engin.

-Je compte prélever un échantillon de son sang pour l'analyser, puis l'incorporer à la liste d'ingrédients vivants du château, lui répondit-elle comme s'il s'agissait d'un acte aussi courant que se gratter le nez.

-Certainement pas, répliqua sèchement le professeur en lui arrachant la seringue des mains. Détachez-moi "Bogdan Kovacs" et allez ennuyer quelqu'un qui ne possède pas le patronyme "Potter" accolé à son nom, lui ordonna-t-il sous la moue boudeuse de l'Américaine.

Ce fut à ce moment qu'un phénix argenté avec la voix de Dumbledore arriva dans le laboratoire et fit savoir au Sauveur que le Sous-directeur était soulagé d'apprendre qu'il avait mis la main sur leur collègue avant la fin de la pause déjeuner, qu'il arrivait le plus vite possible pour incarcérer convenablement la prisonnière, et que le jeune professeur avait intérêt à se dépêcher d'arriver à sa salle de classe avant que l'insupportable coup de clairon ne sonne le reprise des cours.

Harry Potter n'avait pas envie de reprendre les cours. Surtout après les deux classes de désaxés incapables de se tenir tranquille qu'il avait eut cette matinée en guise de premiers cours. Sécher lui faisait de plus en plus envie au fur et à mesure que les catastrophes s'enchaînaient à un rythme endiablé. Espérant gagner quelques minutes sur son destin en détachant Charlus, le Survivant se rendit compte que Frankenstein avait filé avec le malheureux Chasseur à la Poisse concurrençant la sienne. Honnêtement, le Sauveur ne pouvait pas laisser cette pauvre âme en pâture à un scientifique fou. Partir à sa recherche et le sauver des sévices que comptait lui faire subir l'Américaine était son devoir, Albus comprendrait que cette tache lui prenne deux ou trois heures et l'oblige à malheureusement ne pas assister à son propre cours. Mais présentement, s'occuper de Charlus était une priorité.

-Par quel bout est-il plus intéressant de commencer ? chantonna l'adulte en tournant autour du pauvre homme saucissonné à sa table.

Le grognement désabusé et sa tête brune retombant lourdement sur la surface en bois fit comprendre au Survivant que son jeune frère commençait enfin à assimiler le chaos sans nom qu'était son quotidien et que, par association, lui-même était soumis aux caprices douteux de cette mauvaise perdante de Destinée. Prenant enfin pitié du pauvre Charlus toujours entraîné par la faute de son aîné dans des situations alambiquées et aux conséquences extrêmement mauvaises pour sa personne, Harry libéra son cadet de ses liens. Le coup droit qu'il se prit dans l'œil gauche fracassa ses lunettes et le laissa un instant perplexe. Mais bon, le jeune homme était après tout un duelliste hors pair, sa vitesse d'exécution n'était donc pas si surprenante que cela, rétrospectivement parlant.

-C'est comme ça que tu remercies ton sauveur ? grimaça ledit héros d'une voix légèrement outrée en retirant ce qu'il restait de sa paire d'optique.

Son œil commençant à le lancer, le sorcier pointa le bout de sa baguette contre son arcade sourcilière et utilisa un sortilège refroidissant pour anesthésier momentanément sa blessure.

-Mon sauveur ?! répéta Charlus d'une voix, quant à lui, proprement scandalisée. Tout ce qui m'arrive est à cause de toi ! l'accusa-t-il, à raison, de tout ses malheurs. L'obligation d'épouser cette mégère insupportable de Black, commença-t-il à lister tous les dommages collatéraux le concernant.

-Je te rappelle, pointa le Survivant, que je n'ai jamais demandé à ce que ton père m'adopte. Et je t'ai même conseillé de te planquer loin de l'attention le temps que la populace oublie ton existence et le contrat de mariage régissant ta vie.

-Tu m'as conseillé de devenir professeur de duel à Poudlard, reprit-il sa liste en ignorant l'interruption du trentenaire. Ce qui a mené à tout un tas de catastrophes gigantesques et qui était donc le pire conseil que l'on puisse me donner.

-Mais comment voulais-tu que je prévoie toutes les tuiles m'étant tombé sur la tronche ? protesta mollement le responsable professeur.

-Tu n'as cessé de répéter tout l'été que tu étais un "aimant à ennuis répandant mort et destruction sur son sillage", grinça le cadet Potter. Tu aurais dû prévoir des contre-mesures adaptées.

Sauf que quand il essayait de berner la Destinée, des trucs complètements frappés ne cessaient de lui atterrir sur le crâne jusqu'à ce qu'il fasse ce que cette entité sadique lui demandait, comme des canards enragés, des éclairs vengeurs ou des météorites hargneuses. Utiliser des "contre-mesures" donc, était quelque chose qu'il avait abandonné depuis longtemps, mais qu'il comptait reprendre pour rendre chèvre la Fatalité.

-Je vais le faire, lui assura son grand frère. Tu as ma parole sur ce point, ajouta-t-il en levant sa main droite dans une parodie de serment.

Personne ne foutait délibérément la merde dans la vie de Harry Potter sans s'attendre à un retour de bâton particulièrement tranchant. Pas même un rassemblement d'entités sadiques jouant aux dés avec la vie des gens.

-Tu m'as transformé un élément rituel contre mon gré, reprit-il sa liste.

-Okay, convint le professeur, là, je me suis laissé un peu emporter par la passion du moment.

-"Un peu" ? répéta dans un rire sans joie le pauvre Charlus. Tu m'as carrément attaché à une table et drogué avec une potion bizarre ! explosa-t-il de rage. Et je me suis réveillé à l'infirmerie avec Wilson me certifiant que j'étais devenu une source inépuisable de sang purifié et une cible de choix pour tous les criminels du globe !

-A ce propos, fit le pratiquant de magies interdites, Howard se trouve depuis quelques années dans un état constant de purification, et ne subit pas comme toi une purification régulière, si un mage noir devait pénétrer dans l'école pour kidnapper quelqu'un et le transformer en ingrédient de potions, tu ne serais pas le premier choix, essaya-t-il de rassurer son frangin un peu trop nerveux. Et je t'ai donné un braclet de ma confection pour justement éviter qu'on te touche sans ton accord, ajouta-t-il en pointant de sa main libre vers l'absence de talisman. Eh ? fit avec emphase le Survivant devant le poignet nu de l'autre Potter.

-Bracelet qui n'a servi à rien contre Têtenjoy, grinça avec humeur la malheureuse victime des plans tordus du mage noir local.

-Je suis vraiment désolé, s'excusa le Survivant. J'aurais dû me douter qu'elle tenterait des choses douteuses sur toi et qu'elle aurait les moyens de contrer certaines de mes protections. J'avais dans l'idée qu'un tatouage serait une alternative beaucoup plus performante, mais-

-Absolument hors de question ! rétorqua férocement son jeune frère.

-Mais je me doutais que tu réagirais comme ça, continua le professeur dans un soupir. Et pourtant, lança-t-il sa plaidoirie, les tatouages exécutés par des maîtres chinois sont largement plus efficaces que tout les bracelets que je pourrais confectionner.

-Dans ce cas, siffla Charlus, pourquoi n'en possèdes-tu pas ?

Il était beaucoup plus curieux de savoir comment le jeune homme savait que son corps était dépourvu du moindre tatouage. Avait-il été beaucoup plus épié pendant son séjour au manoir Potter qu'il ne l'avait cru ? L'avait-il réellement espionné pendant qu'il prenait son bain, dans le vain espoir de le surprendre et de vaincre plus ou moins à la loyale son insupportable adversaire ?

-Parce que je suis amplement satisfait de mes grigris, lui répondit-il en faisant tinter son précieux attirail.

Certes, depuis son arrivée dans le passé, ses inestimables bracelets lui avaient moins servis qu'à son époque, mais l'absence d'utilisation ne retirait en rien leur efficacité contre les catastrophes divines qu'il recevait dans la tronche avec la régularité d'un métronome. Cependant, maintenant qu'il connaissait la raison pour laquelle il écopait d'une Poisse Cosmique, le Survivant avait l'intention de mettre à jour ses talismans protecteurs. D'ailleurs, la fameuse faucheuse se promenant dans un corps d'enfant ferait un cobaye parfaitement adéquat pour tester certaines de ses créations contre ces sadiques de Joueurs, à défaut d'un meilleur nom. Peut-être que le Feudeymon ou les Détraqueurs auraient des conséquences intéressantes à son contact.

Alors que Charlus allait répondre une insanité peut-être méritée à son égard, le grand Albus Dumbledore apparut dans une envolée de cape devant l'entrée défoncée du laboratoire de Galatea Têtentjoy, cinq gaillard patibulaires sur les talons. Les cinq gorilles musclés portaient l'uniforme parfaitement reconnaissable des agents de force de l'ordre britannique surmontés d'un écusson à l'effigie des Tireurs de Baguette d'Élite.

-Vous avez vraiment appelé les aurors ? fit le Survivant en haussant un sourcil incrédule à la vue des hideuses robes pourpres.

La mode vestimentaire des sorciers de Grande-Bretagne avait toujours été, au mieux, douteuse, mais le pire restait sans conteste les uniformes aux couleurs criardes que le Ministère obligeait ses employés à porter. Ron avait lâché un commentaire, une fois, qui avait paru pertinent à cette chère Hermione. D'après lui, l'horreur qu'on les forçait à mettre tous les jours émiettait leur volonté individuelle et les rendait plus susceptibles d'obéir à des ordres moralement discutables. C'était d'ailleurs l'argument qu'il avait avancé pour changer les affreux uniformes en quelque chose de décent, une fois à la tête du département.

Parce que oui, son meilleur ami, le roi des tire-au-flanc et celui qui l'avait convaincu de fuir ses responsabilités sur un autre continent, était devenu le chef des aurors. Et pas parce que la corruption et l'inefficacité qui empoisonnait leurs rangs l'empêchait de dormir, mais parce qu'il en avait eut marre que sa copine rentre tous les soirs du Ministère en pestant contre les arriérés de politiciens et les abrutis des forces de l'ordre même pas fichus de prendre une déposition correctement.n Et parce qu'elle insistait pour qu'il trouve un boulot autre que de trainer chez Georges pour se saouler et faire joujou avec la marchandise, accessoirement.

Donc, grâce à sa réputation de side-kick de l'Elu, Ron avait intégré les rangs des aurors sans vraiment de préparations dignes de ce nom, et avait, avec l'aide inestimable d'Hermione, déterminé comment rendre ce foutoir de bureau un minimum fonctionnel. Il avait passé à peine deux ans chez les aurors avant de demander d'en prendre la direction. On l'avait laissé faire sans trop de problèmes, et l'ancien chef avait même soupiré de soulagement quand il avait appris son rétrogradement. Avec sa copine en guise d'éminence grise, le dernier fils Weasley avait réformé de bout en bout le département et avait écopé depuis du respectueux surnom de "Roi Weasley". Certes, quand son ami lui en avait parlé, entre deux verres alcoolisés, il avait longtemps pesté contre l'affreuse comptine qui le suivait à chaque fois qu'il sortait de son bureau pour inspecter ces fainéants de vieux vétérans incapables de faire un boulot décent ; mais en général, les nouvelles recrues le respectaient tellement, lui et sa légende, qu'il avait même surpris deux gamines à peine sorties de Poudlard en train de chanter ses louanges et de s'extasier devant son corps parfait. Naturellement, quand Hermione avait entendu le sujet de leur conversation, elle avait attrapé l'oreille de son mari et l'avait violemment entraîné loin du baroudeur international pour lui faire comprendre son point de vue sur l'infidélité avec des gamines de dix-huit ans. Pendant la crise conjugale ayant fatalement dérapé en torride sport de chambre, Harry s'était retrouvé obligé de s'occuper de l'enfant du couple, alors agée d'un an. Il se souvenait qu'ils s'étaient longuement fixé du regard, l'une dévorée de curiosité envers cet étranger si familier avec ses parents, et l'autre n'ayant pas la moindre idée de comment communiquer avec un gosse.

La jeune Rose avait écopé des flamboyants cheveux Weasley, de la monstrueuse intelligence de sa mère, du manque de tact de son père, du caractère fougueux de sa tante Ginnny, du sens de l'humour de son oncle Georges, du froncement de sourcils désappointé de son oncle Percy, du manque d'instinct de survie de son oncle Charlie, du charme rebelle de son oncle Bill, de la voix puissante de sa grand-mère, et de la curiosité de son grand-père. En un mot, la gamine était un monstre beaucoup plus effrayant que tout ce qu'avait put voir le Survivant, normal qu'il agisse comme un cerf prit dans les phares d'une voiture et cesse tout mouvements pouvant être interprétés comme une attaque. L'Histoire avait retenu que le sorcier avait eut raison de garder ses distances avec cet être effrayant, puisque dès que ce veracrasse de Zacharias Smith devenu journaliste avait pénétré sans invitation chez ses amis, Rose avait vomit tout le contenu de son maigre corps sur leur ancien camarade de classe purement insupportable. Le fait qu'un être aussi jeune arrive à différencier les invités des malvenus et à agir en conséquence avait à la fois émerveillé et effrayé le Survivant.

Quand Harry avait rendu visite à ses amis, lors de sa dernière visite en Grande-Bretagne ayant terminée avec la prise de pouvoir d'une cracmole sur la famille Nott, il s'était retrouvé face à face avec le deuxième rejeton du couple. Le chasseur expérimenté de mages noirs s'était attendu à un monstre égalant la petite Rose, et s'était donc mentalement préparé en conséquence. Mais là où la petite rouquine avait hérité des traits de caractère les plus dangereux de sa famille, le jeune Hugo, alors âgé de quatre ans, lui avait paru absolument normal. Peu dupe, le puissant sorcier avait gardé ses distances avec la créature baveuse le fixant de ses grands yeux bleus, jusqu'à ce que sa mère, excédée par le comportement immature de son plus vieil ami, ne lui mette arbitrairement l'enfant dans les bras. Harry s'était honnêtement attendu à subir le même sort que Zacharias Smith, et avait été étonnamment surpris quand le môme avait fini par s'endormir dans les bras crispés du Survivant. Il avait passé la journée à servir de lit au petit bonhomme pendant que sa sœur s'amusait à lui changer la couleur de ses cheveux et que son couple d'amis ricanaient en prenant des photos.

-Une criminelle condamnée a publiquement prouvé qu'elle était capable de s'échapper de son lieu de confinement, et vous voudriez que les aurors restent en dehors de cette affaire ? demanda rhétoriquement l'apparent chef de groupe dans un grognement peu aimable.

-Mais elle est rentrée directement dans son "lieu de confinement", protesta le maudit chronique peu désireux de perdre un allié potentiel dans sa guerre contre la Destinée et ses coups du sort capillo-tractés en mimant des guillemets. Si elle avait voulu quitter Poudlard, elle l'aurait fait depuis longtemps, se prit-il pour l'avocat du mage noir ayant kidnappé son frère.

-Le professeur Têtenjoy est une criminelle condamnée ? releva ledit frère ne comprenant rien à ce qu'il se passait.

-Messieurs Potter, fit la voix ferme et glaciale du Sous-directeur, les cours vont reprendre d'une minute à l'autre et votre présence n'est pas souhaitée en ces lieux, déclara-t-il en les menaçant d'un regard directement importé de l'ère glacière.

Obéissant, Charlus descendit de sa table et prit par le bras l'autre Potter, quant à lui pas franchement emballé de voir disparaître l'une des rares résidentes de cette école de tarés n'ayant pas pour but ultime de rendre complètement barjo.

-Gardez en mémoire qu'elle n'a tué personne ! lâcha le Survivant avant d'être trainé hors du laboratoire par le professeur de Duel. Et que le contrat signé par Dippet stipule que les mercenaires sont à l'entière disposition du personnel enseignant de Poudlard ! bluffa-t-il avec conviction.

Une fois tiré dans le couloir, Charlus le plaqua contre un mur et lui mit sa baguette, récupérée lors de leur sortie, contre la gorge.

-Maintenant, prononça-t-il dangereusement, tu vas arrêter de tout faire pour ruiner ma vie, gronda-t-il sourdement.

Harry arqua un sourcil brun par-dessus ses lunettes brisées.

-Rappelle-moi lequel de nous deux poursuit l'autre et le stalke jusque dans son bain ?

-Ce n'est pas le sujet ! siffla le plus jeune dans un léger rosissement.

-Mais bien sûr, sourit le Sauveur comme s'il était devant un ado niant que son ordinateur recelait de femmes en petites tenues.

-Juste, reprit le plus jeune en inspirant profondément dans l'espoir de ne pas entrer en état de combustion spontané, arrête de me rendre fou.

-Mais je t'assure que je ne le fais absolument pas exprès, se défendit le Survivant. Ce n'est qu'après, que je me rends compte que tu souffres d'effets secondaires malheureux, essaya-t-il de se justifier. Mais si ça peut te rassurer, je veux bien faire un Serment Inviolable avec toi m'interdisant de faire quoique ce soit pouvant te causer du tort.

Après tout ce que pauvre Charlus avait subi depuis que le chasseur de mages noirs était entré dans sa vie, Harry était plus que prêt à passer ce Serment, si cela garantissait que son nouveau frère adoptif se retrouve définitivement hors de portée des caprices du Destin. De même que pour Harriet et les autres membres du clan de timbrés qu'étaient les Potter, le sorcier éprouvait un attachement émotionnel qu'il n'arrivait pas vraiment à expliquer autrement que par le fait qu'ils partageaient le même patrimoine génétique que lui. Honnêtement, le Survivant avait cru qu'après avoir passé trois décennies dans la peau d'un orphelin, il était devenu immunisé contre le besoin irrationnel d'être entouré d'une "famille". Il s'avérait en fait que non. C'était pour cela que savoir que le jeune homme d'à peine vingt et un ans se faisait torturer par la vie par sa faute le remplissait d'un tout nouveau sentiment de responsabilité familial. Et puis, connaissant sa Poisse Cosmique, il y avait fort à parier que le Serment Inviolable aurait des répercussions inédites et tout à fait spectaculaires finissant de convaincre le professeur de Duel qu'il ne servait à rien d'essayer de changer son statut de maudit chronique par la force.

-Tu ferais vraiment ça ? dit doucement le plus jeune des Professeur Potter en baissant légèrement sa baguette.

Son visage pâle d'aristocrate n'exprimait pour une fois plus de la rage ou autre émotion puérile et excédée, mais plutôt une certaine forme de respect mêlé à du scepticisme marqué. Apparemment, son cadet n'accordait que peu de crédit à sa parole. Ce qui n'était pas vraiment étonnant.

-Laisse-moi le temps de trouver un septième année suffisamment intelligent pour comprendre dans quoi il s'embarque en guise d'Enchaineur et tu seras libre de ma mauvaise influence, fit le Sauveur en ne pouvant s'empêcher de laisser une trace d'ironie marquer sa voix dans la fin de sa phrase.

Charlus parut hésiter. Comme si sa bonne conscience essayait de l'empêcher de faire un Serment Inviolable avec l'Héritier de son Clan pour une chose aussi futile que sa santé mentale.

-Ou alors, proposa le Sauveur, je peux te promettre solennellement de ne plus jamais faire quoique ce soit pouvant de près ou de loin de nuire sans te consulter avant.

De toute façon, Harry Potter considéraient que les promesses, au même titre que les contrats, n'avaient de valeur que pour ceux qui y croyaient.

Le jeune professeur fut instantanément plus détendu et un léger sourire apparut sur le visage honnêtement charmant de son possible ancêtre. Quand Charlus n'essayait pas de le tuer ou ne faisait pas la tête comme un gamin de cinq ans, le jeune homme était sacrément séduisant. Il ressemblait, à cet instant, plus à l'individu d'une politesse exemplaire l'ayant accueilli chez lui après l'avoir trouvé à moitié assommé dans un cratère qu'il ne l'avait été depuis qu'Andréas avait arbitrairement décidé de l'ajouter à la tapisserie familiale. La bête ivre de rage qui avait détruit le jardin de Mirabelle avait disparu et ne laissait place qu'à un individu avec lequel Harry pourrait parfaitement bien s'entendre, à condition qu'il tienne en laisse sa libido délurée.

-La promesse solennelle me convient, fit le cadet Potter dans une tentative de sourire le rendant instantanément plus mignon qu'il ne l'avait jamais été.

Ne pouvant empêcher le sourire naissant en retour sur ses lèvres, le Sauveur présenta sa main droite à son jeune frère adoptif.

-Paix ? lui proposa-t-il.

Pour seule réponse, Charlus rangea sa baguette et serra sa main tendue.

-Paix, approuva-t-il à l'instant même où cette saloperie de clairon résonna entre les murs du vieux château, ruinant le précieux moment fraternel de sa seule existence.

-Ce truc ne va certainement pas durer jusqu'à la fin de la semaine, prophétisa dans un grognement le puissant sorcier allant secouer les cloches du malheureux chargé de faire fonctionner cette horreur auditive.

-Ca fait neuf siècles que des générations d'élèves tentent de détruire ce sortilège, l'informa Charlus dans un petit sourire agaçant. Cela m'étonnerait grandement que tu réussisses là où des centaines d'esprits brillants ont échoué.

-Certes, mais aucun de ces esprits brillants n'avaient une armée de catastrophes ambulantes à leur botte, marmonna à mi-voix le Héros des Temps Troublés dans un rictus machiavélique.

Sous-estimer Harry Potter se révélait toujours être une très mauvaise idée pour les pauvres diables pariant contre lui.

-Une armée de catastrophes ambulantes ? répéta le jeune professeur de Duel en haussant un sourcil peu crédule. Comme des harpies ? le questionna-t-il avec une hésitation légèrement effrayée.

Le Survivant frissonna d'horreur à la pensée de se retrouver avec l'une de ces créatures sur les bras en plus de devoir jongler avec tous les cas sociaux de cette école de frappés.

-Comme des représentantes du sexe féminin prêtes à tout pour obtenir quelque chose de moi, et par conséquent susceptibles d'accomplir des exploits jusque-là jugés irréalisables dans l'espoir que je leur offre ce qu'elles désirent, rectifia le Héros des Temps Troublés.

-Tu es un monstre d'inhumanité, lâcha le jeune homme dans une grimace dégoûtée en se méprenant gravement sur les aspirations de ses harceleuses infatigables.

Ne se sentant pas la force et la volonté d'expliquer à son frère adoptif les tenants et les aboutissants de cette histoire d'Elu et de cette tricheuse de Destinée, le Survivant préféra quitter, pour une fois en bon terme, ce pauvre Charlus ayant lui aussi un cours à assurer, oubliant au passage de le doter d'un bracelet protecteur. Trottinant à bon rythme dans les couloirs, le Sauveur arriva devant sa salle de classe pour ne trouver aucun élève patientant devant sa porte sinistrement peinte de symboles plus ou moins illégaux. Cet état de fait l'inquiéta instantanément. Réparant sa paire de lunettes abîmée par les bons soins de son frangin dans le vain espoir que sa vue rectifiée lui révèle des subtilités que sa myopie lui avait caché, le Survivant retint un soupir désespéré quand aucun indice ne vint se jeter contre lui. Posant sa main sur la poignée de porte, le professeur ouvrit légèrement le trop mince panneau de bois et jeta un coup d'œil à l'interstice.

-Par les jouets érotiques de Benjamin Franklin, souffla Harry Potter en ne décollant pas son œil de l'huis. Est-ce que ces gosses sont vraiment en train d'étudier en attendant leur prof en retard ? n'arriva pas à y croire ledit professeur. Mais quel genre d'adolescent fait ça ? insista-t-il dans un murmure.

À son époque, lui aurait profité de ces quelques minutes d'absence pour faire des avions en papier et les aurait magiquement lancés sur ses plus voisins les moins appréciés. Il y avait vraiment quelque chose qui clochait dans cette école de cinglés...

Se reconcentrant sur l'assemblée d'étudiants au nez plongé dans leurs épais grimoires poussiéreux, le Sauveur devenait de plus en plus persuadé que ce spectacle ne pouvait que cacher quelque chose d'égale mesure avec la rébellion des septième année et le cirque sans nom des quatrième année.

-Vous êtes en retard, professeur, fit une voix derrière son épaule.

Sursautant et glapissant, l'adulte se retourna pour faire face à l'individu qu'il n'avait pas entendu approcher, trop occupé à espionner ses élèves.

-Ah, fit le Survivant, ce n'est que toi, soupira-t-il de soulagement.

Le sourcil brun de la Survivante se haussa dans une courbure de mauvais augure. À chaque fois qu'un sourcil féminin prenait cette forme, le sorcier se retrouvait avec un Chauve-furie, ou son équivalent local, entre les dents.

-Je te présente mes plus plates excuses, essaya-t-il de réparer ses propres dégâts en s'écrasant.

Le baroudeur international avait toujours eut la mauvaise habitude de parler sans prendre la peine de réfléchir aux implications et sous-entendus que ses paroles impliquaient. Il se retrouvait donc régulièrement dans les ennuis jusqu'au cou à cause de sa grande bouche incapable de se la fermer deux minutes. Même si la représentante du sexe féminin plantée devant lui était son double d'une autre dimension, mieux valait jouer la carte de la sûreté et mettre au rebut son ego pour éviter une rétribution risquant de rendre son existence déjà mouvementée encore plus capillo-tractée.

-Excuses acceptées, négligea l'incident Harriet Potter d'un vague geste de la main. Tu es sensé me donner cours, lui rappela l'une de ses harceleuses les plus virulentes. Maintenant, insista-t-elle en se rapprochant de la porte.

-Ou alors on se prend un thé juste tout les deux et on compare nos vies respectives en essayant de convaincre l'autre que nous sommes le plus mal loti ? tenta-t-il de soudoyer son alter-ego et de sécher le cours s'annonçant surréaliste.

-Et priver mes camarades d'heures de leçon irremplaçables ? fit l'adolescente en arquant derechef son sourcil. Je ne pense pas, non, reniffla-t-elle de suffisance en poussant la version plus âgée contre la porte.

Porte qui était déjà entrouverte et qui permit une entrée particulièrement humiliante du professeur. Allongé sur le dos, face à une assemblée de rats de bibliothèque levant paresseusement le nez de leurs épais grimoires, le Survivant se fit la réflexion qu'il aurait pu tomber sur pire que des adolescents beaucoup trop studieux pour être socialement à l'aise.

-Euuh..., commença le professeur Potter toujours par terre. Bonjour ? imita-t-il à nouveau Avery.

-Bonjour, professeur, lui répondit toute sa classe comme une armée de zombie ayant sub lavage de cerveau.

Harry se mit en position assise et cligna stupidement des yeux devant le spectacle pouvant faire glousser de joie ce crapaud d'Ombrage adepte des réponses groupées dignes de maternelles. Passant devant lui comme rien de louche et d'horriblement familier venait de se passer, Harriet marchait le menton levé comme une reine jusqu'à la place au premier rang que lui avait réservé ses admirateurs.

Harry n'avait jamais été véritablement à l'aise avec l'attention que lui portait ses camarades un peu trop enthousiastes de rencontrer le célèbre Survivant. Il avait cru, à tort apparemment, que la jeune version de lui-même était semblable à lui sur ce point précis. L'adolescente aux cheveux incoiffables paraissait mener ses camarades à la baguette sans problème d'autorité ou de conscience. Il se demanda vaguement comment l'autre Draco Malfoy avait réagit quand sa némésis lui avait piqué la vedette de la diva ultra populaire. Sans doute avait-il été tellement jaloux qu'il avait implosé de rage. Ou peut-être avait-il fait le serpentard et demandé à sortir avec elle.

Réprimant la vague de nausée menaçant de l'assaillir, le professeur se leva du sol et fit enfin véritablement face à sa classe.

-Veuillez m'excuser du retard, commença-t-il avec un grand sourire. Je suis le professeur Potter, et à partir de maintenant, je suis celui qui vous enseignera la Xénomagie.


Alors ? Alors ? Qui avait deviné qu'Harry était EFFECTIVEMENT le pion de la Destinée ?

A la semaine prochaine ^^

SEY