Yo people ! Toujours un plaisir de voire que des gens aussi sains d'esprit que moi suivent cette fic ^^


Chapitre 14 : Bataille Rangée et Arrivée Inattendue

-Professeur, fit un élève de Serdaigle en levant poliment la main.

-Oui, monsieur ? lui accorda magnanimement la parole le grand Harry Potter persuadé que la promotion des sixième années allait elle aussi terminer dans le chaos le plus complet.

-Abbott, lui répondit l'adolescent en remontant pompeusement ses lunettes à montures dorées. Jedediah Abbott, préfet et porte-parole de Serdaigle, se présenta le jeune homme n'ayant qu'une très vague ressemblance avec sa condisciple de Poufsouffle.

L'individu demandant le droit de s'exprimer publiquement ne possédait ni les cheveux blonds d'Hannah, ni ses joues roses. À la place des nattes, sa chevelure châtaine était arrangée selon la coupe obligatoire des garçons, avec une raie sur le coté parfaitement effectuée. Ses robes étaient de qualité et admirablement repassées, laissant transparaître le sérieux d'un Percy pompeux. Le pli désapprobateur de ses lèvres attestait ce cet élève ne devait pas sourire beaucoup.

-Quelque chose à ajouter sur le programme de cette année, Monsieur Abbott ? se prépara mentalement l'aimant à ennuis à la suite de catastrophes n'allant pas manquer de lui tomber sur le coin de la figure.

-Je tenais à vous signaler que l'intégralité de ce que vous avez présenté a déjà été étudiée par la classe de Serdaigle, et qu'à moins que vous réarrangiez votre programme pour correspondre à un sujet d'étude nous étant inconnu, nous utiliserons votre créneau pour étudier de la manière que nous jugerons plus pertinente, lui annonça impassiblement l'espèce de syndicaliste en chef.

Autant pour lui, Jedediah Abbott n'était pas un petit tyranneau considérant son badge de préfet comme un passe-droit pour être odieux. Le serdaigle était plutôt un véritable emmerdeur assermenté fier de participer au chaos général de sa propre façon.

-Si l'intégralité de ma classe, pointa-t-il au petit crétin se pensant au-dessus des lois, me demandait de revoir mon programme, je le ferais avec joie, monsieur Abbott. Cependant, les trois-quarts de cette promotion n'ont pas votre avance dans cette matière et seront pénalisés si je venais à bâcler certains thèmes importants, tels que l'ensorcellement d'objets ou l'introduction à la Sanguimancie. Deux sujets qui vous permettront de repérer plus facilement si un sorcier revanchard a transformé votre poignée de porte en piège de magie noire allant faire pourrir votre main jusqu'à votre inéluctable trépas, ou si une sorcière essaye vraiment de faire de la divination avec votre sang ou veut juste vous prendre pour repas.

.Le serdaigle fronça les sourcils.

-Vous allez nous enseigner la pratique en plus de la théorie ? confirma-t-il ses soupçons.

-En effet, approuva le baroudeur international fier de ses connaissances en la matière.

-Vous avez bien sûr conscience que tout ce que vous avez mentionné est strictement illégal et vous vaudra un aller simple à Azkaban si l'un de nous venait à vous dénoncer au Ministère ? fit le préfet s'interrogeant sur la santé mentale de son professeur.

Armando Dippet avait bien fait attention à ne jamais mentionner ce détail particulier quand il lui avait demandé d'enseigner des Magies Interdites dans son école de cas sociaux. Harry allait avoir une petite discussion constructive avec son Directeur, et les oreilles du vieux renard allaient chauffer.

-Je suis de toute façon recherché par une armée de mercenaires, fit le Survivant en haussant les épaules. Je ne pense pas que le Ministère soit plus compétent que des Briseurs de Sort, dédramatisa-t-il sa propre situation sous les regards navrés de ses étudiants.

-Je me demandais pourquoi un type venant d'une famille aussi riche et influente, aussi puissant et beau gosse, venait enseigner dans ce trou paumé, souffla une poufsouffle à son camarade en pamoison devant la perfection physique et le charme viril de Harry Potter.

-Je m'en fous, lui murmura en retour l'adolescent bavant amoureusement devant son professeur à l'ouïe correctement développée. Tant qu'il reste jusqu'à la fin de ma septième année, il pourrait bien être le bras droit de Grindelwald que j'en aurais rien à foutre.

-Ahem ! les interrompit la cible des commérages adolescents. Des commentaires à partager sur le changement de votre programme scolaire ? fit le peu compatissant professeur sous les rougissements de ses deux élèves.

-À vrai dire, répondit le jeune gryffondor ayant rapidement récupéré de sa petite humiliation. Je me demandais si vous pouviez ouvrir les travaux pratiques sur la métamorphose en Animagus aux autres promotions que celle de la quatrième année.

Apparemment, ses élèves avaient profité de la pause déjeuné pour cancaner sur son dos.

-Comme je l'ai précisé aux quatrième année, inspira profondément le professeur, je me réserve le droit d'enseigner ou non des sujets que je juge dangereux pour vous ou pour vos camarades. Et pour prouver votre détermination et vos intentions, vous devrez faire part, au Directeur Dippet et à moi-même, de vos motivations par écrit dans le respect de nos traditions de correspondance. Pour ne pas empiéter sur un temps d'étude irremplaçable, vos notes devront être exemplaires dans toutes les matières. Et pour m'assurer que vous n'êtes pas qu'une bande crétins n'ayant pas la moindre idée d'en quoi vous mettez les pieds, vous devrez écrire au moins deux rouleaux de parchemin sur les dangers potentiels de la pratique que vous souhaitez apprendre. Si vous remplissez toutes ces conditions, alors nous pourrons regarder en fonction des disponibilités de nos emplois du temps pour fixer une heure hebdomadaire à cet apprentissage.

-Acceptable, répondit Jedediah Abbott après quelques secondes de blanc.

-Deux rouleaux de dissertations pour des cours supplémentaires ? gémit Harriet avec la même horreur que lui-même ressentait envers ce travail fastidieux et chronophage.

Une main manucurée du dernier rang se leva vigoureusement.

-Oui ? fit le professeur avant de se mordre les doigts devant sa bêtise.

La propriétaire de cette main était la princesse extra-terrestre qu'il avait cru être une divagation d'ivrogne. Donner la parole à cette aberration parlante ne pouvait être qu'une mauvaise idée.

-Je ne comprends pas l'intérêt d'une dissertation, lui asséna-t-elle comme une gamine de six ans ne comprenant pas à quoi servaient les files d'attente.

Honnêtement, le Survivant ne comprenait pas non plus l'intérêt des dissertations. Mais étant l'une des choses les plus rebutantes au monde, le professeur trouvait que cela découragerait suffisamment les élèves pour qu'il n'ait pas trop de travail supplémentaire. Bien sûr, quelque irréductibles allaient trouver la force d'accomplir tout ce qu'il avait ordonné, mais Harry avait déjà décidé de rejeter les candidatures sous un motif absurde telles que l'écriture désordonnée d'un étudiant ou le manque de paragraphes.

-Elles servent à forger un esprit critique, broda le Sauveur avec inspiration.

-Vraiment ? lança avec un scepticisme marqué la Survivante. Parce que ça ressemble quand même vachement à une tentative d'intimidation.

-Mais où vas-tu donc chercher tout ça ? fit le professeur faussement outré.

-Professeur ? se rappela à son souvenir le jeune gryffondor ayant un crush sur sa personne. Est-ce que ces critères de sélection sont ouverts pour ce qui est des Arts de l'esprit, comme la Légilimencie ou l'Occlumencie ? lui demanda l'adolescent beaucoup plus dangereux que son physique quelconque le laissait supposer.

-Quelles BUSES avez-vous obtenues ? essaya-t-il de se rassurer sur les capacités académiques de son étudiant.

-Optimal dans toutes les matières, sauf un Effort Exceptionnel en Botanique.

Damn, voilà qui n'arrangeait clairement pas les affaires du trentenaire.

-J'ai eut qu'un Optimal en Défense Contre les Forces du Mal, maugréa Harriet.

-Voilà qui est regrettable, se retint de sourire le respectable et professionnel enseignant.

Si le Survivant pouvait échapper à la corvée de tuteurer son alter-ego dans sa quête pour défaire son premier Seigneur des Ténèbres, et toutes les Plaies n'allant pas manquer de squatter pour l'exacte même raison, il n'allait certainement pas se plaindre de cette aubaine inespérée.

-Donc, reprit à nouveau le gryffondor un peu trop intéressé par son exceptionnelle personne en tressautant sur sa chaise à la manière d'un Icarus Prince doté de limites, si vous n'obéissez pas aux lois régissant habituellement la communauté sorcière internationale, à quel genre de contraintes morales devons-nous nous attendre pendant vos cours ? demanda le sixième année avec un sourire impatient.

-Question tout à fait pertinente, se rappela à son souvenir Jedediah Abbott en remontant pompeusement ses lunettes sur son nez retroussé.

-Je pars du principe que tout le monde a le droit de faire ce qu'il veut tant qu'il ne nuit pas d'une quelconque façon à son voisin, reprit-il sans honte la philosophie des Lumières.

-Poétique, lâcha Adromeda Sparkles en se mouchant avec grâce dans un tissu miroitant n'ayant rien d'un mouchoir.

-Est-ce que tu viens vraiment d'interpréter la citation préférée d'Hermione dans son combat pour l'affranchissement des Êtres de Maison pour sécher des cours ? releva l'incrédule et impressionnée Harriet par ce constat. Elle va tellement te faire bouffer tes dents quand elle l'apprendra, ricana sa jeune sœur adoptive avec une surcharge de compassion.

-Je ne vois pas comment elle pourrait être au courant, rétorqua l'adulte responsable absolument pas effrayé par l'ire de sa meilleure amie.

-Hermione finit toujours pas être au courant, lâcha la petite brune comme s'il sous-entendait que le Soleil se lèverait peut-être un jour à l'Ouest.

Harry chercha dans un mémoire un contre-exemple irréfutable, mais fut interrompu au bout de vingt secondes par un toquement loin d'être poli qui fit légèrement trembler sa porte peinturlurée de symboles sinistres.

-Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il avec une inquiétude particulièrement justifiée.

Le grognement qui traversa le mince panneau de bois fut insuffisamment audible pour être compris par les oreilles normales du Survivant. En revanche, celles de ses étudiants semblaient avoir parfaitement entendu les paroles de l'individu, puisqu'un nombre franchement ahurissant d'adolescents venaient de se jeter un Protego sur le visage et aux parties les plus fragiles de leur anatomie. Lui qui s'était demandé quelle catastrophe divine allait bien pouvoir lui atterrir dessus pendant ce cours venait d'obtenir la réponse en l'individu frappant à son huis sans le moindre savoir-vivre. Avant que le Sauveur ait pu demander une explication justifiée sur l'individu s'amusant à jouer au bélier avec sa pauvre porte, Jedediah Abbott lâcha avec une désapprobation marquée :

-La préfète de Gryffondor a enfin daigné arriver.

-Ce truc est la préfète de Gryffondor ? répéta sans trop y croire le courageux professeur en pointant son doigt sur son entrée malmenée par les poings virulents de l'individu grognon.

-Tu vas l'adorer, lui prédit Harriet avec un sourire un peu trop grand pour être honnête.

Pas vraiment rassuré, mais maladivement curieux par l'être intimidant toute une promotion, Harry Potter ouvrit sa porte à la fameuse de préfète de Gryffondor. La mâchoire du Survivant se décrocha à la seconde où ses yeux verts se posèrent sur la jeune fille.

-Par les jouets érotiques de Benjamin Franklin, sortit tout seul de sa bouche le juron de Carter.

L'adolescente possédait une crinière brune cascadant librement dans son dos, ses yeux perçants étaient dénués de lunettes en demi-lune et maquillés à outrance, un tartan gris et vert était fièrement accroché à son épaule gauche, ses oreilles étaient percées de chacune huit crochets de serpent, un rouge à lèvres noir parait sa bouche qu'il ne connaissait qu'aigrement pincée, une batte de Quidditch dépassait de son sac ; et pourtant, la gamine de seize ans plantée devant lui était bel et bien Minerva McGonagall, future Directrice de Poudlard et professeur aussi stricte que juste. Voir son ancienne directrice de Maison sous l'apparence d'une adolescente grunge ne pouvait que mériter un juron coloré emprunté à ce cher Carter.

-S'cusez-moi d'être en retard, parla l'aberration sous l'horreur muette du Survivant.

Hermione allait assurément le massacrer pour avoir détruit le Continuum espace-temps par accident.

-Salut Minnie ! s'écria joyeusement sa traîtresse d'alter-ego en saluant gaiement sa condisciple.

Foudroyant un instant du regard sa sœur adoptive, Harry reconcentra son attention sur la jeune fille nonchalamment appuyée contre le rebord de sa porte dans un posture suintant la délinquance par tous les côtés.

-Entrez, Miss McGonagall, réussit enfin à parler le voyageur du futur en se décalant de l'entrée pour laisser passer son élève retardataire.

La préfète entra dans sa salle de classe sans lui jeter un regard et se dirigea vers les tables du fond. Assez comiquement, chacun des élèves qui arrivaient à son niveau se décalaient sensiblement sur leurs chaises pour être le plus loin possible de sa future professeure de Métamorphose. Quand un poufsouffle eut l'audace de faire un commentaire moqueur sur son maquillage digne d'une gothique, Harry comprit pourquoi les plus intelligents s'étaient magiquement protégés avant l'arrivée de la jeune gryffondor. Le coup de batte que se prit l'impertinent adolescent était digne des plus grandioses parties de Quidditch. Le professeur pouvait même jurer avoir aperçu un morceau de dent voltiger à l'autre bout de la pièce. Nul doute que partager un dortoir avec cette furie devait être une expérience unique. Il était cependant intéressant de noter que Harriet semblait enchantée par la violence de sa camarade plutôt que proprement horrifiée.

-Je peux savoir pourquoi tu souris comme un chat du Cheshire sous morphine ? ne put s'empêcher de demander l'aimant à ennuis à l'autre Lui-même.

-Parce que Minnie est juste la quintessence de tout ce qu'une véritable héroïne devrait être, lui répondit-elle avec un immense sourire.

-Tu te fous de ma gueule, lui affirma le trentenaire peu dupe du manège de l'autre Potter.

-Tu ne trouves pas qu'elle a un air de Princesse Leia mixé à Lara Croft ? lui demanda-t-elle un peu trop innocemment avec un air d'ingénue un peu trop surjoué.

-Clairement, approuva le Survivant n'ayant pas la moindre idée de qui elle parlait. Mais ce n'est pas le sujet, remit-il la conversation sur ses rails.

-Que veux-tu ? fit-elle en haussant nonchalamment les épaules. J'ai toujours eut un faible pour les belles plantes capables d'envoyer un McLaggen en orbite par la seule force de leurs poings.

Effectivement, il avait toujours eut un faible pour les individus au caractère en acier trempé. En attestaient sa courte relation avec Ginny, son jeu du chat et de la souris avec Carter, son partenariat fructueux avec Yatsumi, et tous les autres individus ayant fini dans ses draps.

-Bon, okay, convint le Survivant dans un soupir. J'avoue que si j'avais été adolescent, j'aurais peut-être apprécié la version rebelle et gothique de McGonagall. Mais ce n'est toujours pas le sujet, soupira-t-il à nouveau devant la concentration de poisson rouge de sa jeune sœur.

-Ah ! s'exclama avec joie Harriet. Je suis heureuse de constater que nous possédons plus de points communs que je ne l'avais originellement cru, lui asséna-t-elle pendant que l'adulte haussait un sourcil.

-Dois-je vraiment te rappeler que la raison pour laquelle tu me colles au train est parce que je suis la "version victorieuse de toi-même" ?

-Oui, mais t'es vieux, lui lança-t-elle dans la face avec une grimace.

-Hey ! protesta le baratineur de service capable de convaincre n'importe qui et n'importe quoi de passer du bon temps dans son lit. J'ai même pas trente-trois ans ! s'indigna-t-il.

-T'as des rides aux coins des yeux et de la barbe ! continua-t-elle à lui courir sur le haricot.

-Ce sont des rides d'expression ! Et la barbe fait ressortir ma virilité ! se justifia-t-il avec énergie.

-Hmpf ! renifla la Survivante. Elle fait plutôt ressortir ton côté clochard.

-Ca, c'était bas, gronda le trentenaire.

-Parce ce que c'est ma faute, peut-être, si tu ressembles à un vieil ivrogne ?

-JE NE RESSEMBLE PAS À UN VIEIL IVROGNE ! explosa pour de bon Harry Potter en prenant une douce teinte écrevisse.

-Que tu penses, enfonça le clou Harriet.

-Vous avez vraiment trente-deux ans, professeur ? lui demanda le gryffondor un peu trop intéressé par sa personne.

-Les gens de mon espèce n'atteignent leur maturité physique qu'au bout de deux siècles, intervint la princesse extra-terrestre.

-Fascinant, lâcha Jedediah Abbott comme si elle parlait des périodes de migration des monstres marins.

-Il en parait au moins cinq de plus, murmura à sa voisine une pousouffle.

-Moi, j'aurais dit qu'il en paraissait cinq de moins, répliqua sur le même ton une serpentard.

-Oui, mais toi t'aimes que les vieux croûtons, alors ça compte pas, intervint une serdaigle dans leur conversation.

-"Vieux croûton" ? releva la cible des commérages. Moi ? eut-il du mal à intégrer le sous-entendu blessant.

Certes, après son petit voyage accidentel dans le passé, il avait peut-être oublié de compter les jours et de faire attention au calendrier pour déterminer quand était son anniversaire. Techniquement parlant, s'il prenait en compte le fait qu'il avait disparu dans les alentours de Novembre 2012, et qu'il s'était réveillé en Mars 1942 alors il était effectivement légèrement plus âgé que trente-deux ans. Mais comme tout le monde, vieillir n'était pas quelque chose qui plaisait particulièrement au Survivant et son ego mal placé lui avait interdit de trop cogiter sur les dates nécessaires pour déterminer son anniversaire.

-Ce pauvre type a fait ami-ami avec un sombral, ajouta Minerva McGonagall en se curant les ongles avec sa plume. À votre place, je me ferais plutôt du souci sur sa santé mentale.

Comment sa future directrice de Maison était-elle au courant pour ce brave destrier de Hannibal ? Avaient-ils été remarqués pendant leur périple à travers les Highlands avec Myriam ?

-Un sombral ? releva judicieusement un serpentard.

-Pendant l'une des séances d'entraînements de Jones, raconta-t-elle son anecdote le concernant sous l'attention de la classe entière, ce débile a débarqué et s'est prit un cognard en pleine face.

Voilà qui rappelait vaguement quelque chose au Survivant. Une histoire de muffins et de groupies, si sa mémoire défaillante ne le trahissait pas.

-Le dieu du Quidditch ! glapit dans un éclair de réalisation le gryffondor surdoué en se plaquant les mains sur la bouche dans une tentative de faire taire ses gémissements admiratifs.

-Le dieu du Quidditch, soupira lourdement Jedediah Abbott et en pinçant les lèvres comme si quelqu'un venait de glisser des glaçons dans ses sous-vêtements.

-Tu es tellement dans la merde, mon pauvre Harry, compatit réellement Harriet Potter.

Ce qui n'était pas pour rassurer le Survivant.

-Jones a d'ors et déjà décidé qu'il allait le kidnapper et le forcer à lui apprendre toutes ses techniques, lâcha nonchalamment la batteuse de Gryffondor.

-Et merde, souffla pour lui-même l'aimant à catastrophes divines.

-Jones ne peut pas monopoliser un professeur expérimenté juste pour une stupide compétition sportive, cracha le préfet de Serdaigle dans la direction de son homonyme.

-"Stupide compétition sportive" ? répéta dans un sifflement furieux l'adolescente d'une violence exceptionnelle.

-Tout à fait, assura Jedediah en levant le menton avec défiance.

-Et c'est reparti, souffla une serdaigle avec fatalisme pendant que les deux préfets s'envoyaient des piques acides et des grimoires sous l'ébahissement muet du professeur.

-Pourquoi est-ce qu'ils ne tirent pas leur coup, et qu'on en finisse une bonne fois pour toute ? soupira lourdement un gryffondor alors qu'un encrier volait dangereusement dans sa direction.

-Parce qu'ils prennent leur pied à s'envoyer des vacheries dans la tronche, grogna avec humeur la même serdaigle en essayant d'essuyer l'encre présente dans ses cheveux blonds.

À voir la complicité de ces deux individus, il y avait fort à parier qu'il s'agissait des deux autres préfets de Serdaigle et Gryffondor, obligés bien malgré eux à être témoin de l'animosité entre leurs deux collègues.

-Ca suffit ! essaya de faire preuve d'autorité le professeur pendant qu'Andromeda Sparkles s'amusait à jeter des paillettes sur ses camarades pour empirer le chaos ambiant.

Apparemment, l'extra-terrestre prenait la dispute entre les deux adolescents pour une cérémonie maritale.

Commençant à véritablement perdre patience devant le peu de considération qu'il obtenait de la part de ses élèves, Harry Potter se décida à sortir le sifflet qu'il avait métamorphosé pour l'occasion et souffla le plus fort possible. Les gémissements douloureux de ses étudiants lui assurèrent que le message était passé.

-Bien, reprit le respectable professeur en gardant le précieux sifflet et main. Si personne n'a de question sur le programme de cette année, je vous propose-

-L'intégralité de ce qui est écrit sur ce tableau a déjà été entièrement étudiée par ces rats de Serdaigle, l'interrompit Minerva McGonagall.

-J'en suis conscient, se retint de soupirer le trentenaire. Monsieur Abbott me l'a déjà signalé et je vous conseille de demander les éclaircissements nécessaires à la fin de ce cours à vos camarades, refila-t-il la corvée à ses pauvres étudiants.

-Vous comptez vraiment nous enseigner la pratique des branches de la Magie interdites par la Confédération Internationale des Mages et Sorciers ? demanda la joueuse de Quidditch.

-J'ai même l'intention, selon votre avance dans ma matière, de vous faire pratiquer le maniement traditionnel du sabre japonais, ajouta le baroudeur avec un sourire de requin pendant que presque toute sa classe se réjouissait de la nouvelle.

-Je me disais bien, aussi, que "introduction à l'art du combat de l'Extrême-Orient" me disait quelque chose, remarqua Harriet. "Apprendre à manier le sabre comme un samouraï" aurait été trop simple, renifla la jeune fille.

-Vous auriez pu utiliser la dénomination précise, ajouta Jedediah Abbott en remontant pompeusement ses lunettes.

-Exactement, intervint Andromeda Sparkles en hochant vigoureusement du chef. Tout le monde connaît "L'Akatash", professeur, laissa-t-elle parler son peu de connaissance terrienne.

-Quand vous nous demandez des notes parfaites dans toutes les matières, participa le gryffondor un peu trop exemplaire, est-ce que vous prenez aussi en compte le vol sur balais ? demanda-t-il avec une hésitation marquée.

Le professeur haussa un sourcil. Qu'est-ce que le vol sur balais pouvait bien avoir comme rapport avec l'escrime ? À voir comment sa groupie s'agitait sur sa chaise, il y avait fort à parier que le jeune homme n'était pas aussi sportif que le voulait les stéréotypes. Le Survivant hésita un petit moment entre sa consience et son besoin d'avoir moins de harceleurs sur le dos, mais finit par laisser le peu d'honnêteté qu'il possédait gagner cette petite joute mentale.

-Si le sujet que vous voulez étudier ne requiert pas de compétences physiques particulières, il n'y a aucune raison pour que vos lacunes vous pénalisent.

-Et depuis quand est-ce qu'il est indispensable d'être irréprochable dans toutes les matières pour étudier la vôtre ? l'agressa verbalement Minerva McGonagall en caressant sa batte de Quidditch.

-Si vous aviez fait acte de présence pendant le premier quart d'heure de ce cours, vous auriez su que certains de vos camarades m'ont demandé de créer des sessions particulières pour étudier un sujet leur tenant à cœur, expliqua patiemment le Sauveur. Pour plus de détails, je vous invite à questionner vos condisciples à la fin de ce cours.

-Mais tu sais vraiment utiliser une épée comme Bruce Lee ? insista la suspicieuse Harriet.

-Déjà, rectifia le Survivant, Bruce Lee est chinois ; ensuite, il est un expert des arts martiaux, pas de Kendo ; et enfin-

Harry n'eut pas le temps de terminer son exposé avant que la batteuse de Gryffondor ne se lève brusquement de sa chaise et l'interrompe brutalement.

-Vous allez nous enseigner le Kendo ?! s'exclama-t-elle avec beaucoup trop d'enthousiasme pour les pauvres nerfs du malheureux professeur.

Apparemment, la jeune adolescente avait soit des problèmes d'attention, soit une ouïe atrophiée, soit quelqu'un lui avait un peu trop tapé sur le crâne pendant un entraînement.

-Effectivement, approuva le Survivant. Je considère que l'escrime est un complément intéressant à l'utilisation de la baguette en plein combat, justifia-t-il son penchant pour les joujoux ultra-cools.

-Et puis c'est juste tellement cool, ajouta Harriet.

-Alors Abbott, commença à ricaner la future impartiale Directrice de Maison de Gryffondor, qu'est-ce que ça fait, de savoir que l'intégralité de ta Maison va connaître la douleur cuisante de l'échec alors que le reste de la classe va non seulement exceller, mais en plus adorer étudier, lui lança-t-elle impitoyablement entre les dents.

-T'es pas cool, Minnie, marmonna dans sa barbe le gryffondor pas vraiment enthousiasmé par l'escrime orientale.

-Je pensais que le programme avait déjà été entièrement étudié par les serdaigles ? pointa judicieusement la princesse extra-terrestre.

-Le dernier professeur de duel nous avait montré les bases du duel à l'Australienne, les informa le préfet de Serdaigle.

-Avouez que ça ressemble quand même assez à l'intitulé, vint à sa rescousse l'autre préfète de Serdaigle. "Introduction à l'art du combat de l'Extrême-Orient" est suffisamment vague pour que nous nous soyons mépris sur sa signification.

-Les Australiens ont des règles de duel différentes ? demanda la Survivante, étant apparemment elle aussi une néophyte complète en matière de duel.

Harry Potter n'était pas resté très longtemps en Australie. Principalement parce que pleins de bestioles mortelles, comme des reptiles plus ou moins gros, avaient essayé de le transformer en quatre-heure. Le Sauveur n'avait pas pu faire un pas dans ce pays de fous sans mettre le pied dans un nid d'araignées géantes ou de scorpions venimeux. Et c'était sans compter ses charmants habitants. Le sorcier se serait cru à l'âge d'or du Far West, avec ses hommes trapus et odorants mitraillant tout le monde sur un prétexte douteux. Le Survivant gardait encore la cicatrice d'une balle ayant transpercé son pied gauche après que Carter ait ennuyé le mauvais autochtone.

L'Américain, adorant se faire du blé en traquant les criminels sorciers, avait décidé de poursuivre un mage noir planqué dans une communauté de criminels moldus peu décidés à ce que la source de leur tranquillité se retrouve emprisonnée et les prive de sa protection contre les forces de l'ordre locale. Ce qui expliquait pourquoi les deux étrangers s'étaient fait canarder en beauté. Harry avait bien essayé de faire comprendre à son compagnon d'infortune que la fuite semblait l'option la plus avantageuse, le chasseur de primes n'avait rien voulu entendre. Il avait été décidé à avoir la peau des malheureux ayant eut l'outrecuidance de lui tirer dessus avec un fusil à plomb. Harry se souvenait avec netteté de l'humeur massacrante de l'Américain, et de sa propre difficulté à contenir ses gloussements, quand il avait retiré de son dos et de son arrière-train des billes de plomb à l'aide d'une pince à épiler. Après cet épisode, Carter avait été incapable de laisser filer Archibald Denvers et ses protecteurs. Il avait mis un point d'honneur particulier à traquer tous les pauvres individus ayant profité des sortilèges du sorcier et à les remettre à la Justice les réclamant.

Les deux hommes n'étaient pas restés plus de trois semaines sur le sol australien, et l'accueil que le Survivant avait reçu lors de son court séjour ne l'avait certainement pas poussé à s'intéresser à la culture ou les différentes variantes locales que l'Australie avait à lui offrir. De ce fait, le professeur n'avait pas la moindre idée d'en quoi consistait le duel à l'Australienne.

-C'est une question que tu devrais poser à Charlus, fit le Survivant n'ayant qu'une compréhension limitée des duels.

-Charlus me fait la gueule, répliqua Harriet sous les yeux levés au ciel du trentenaire.

-Ce type est une drama-queen, soupira le Survivant.

-Tout à fait, approuva son alter-ego. J'ai juste dit que Dorea était la seule femme susceptible de le supporter H24 et il m'a fait un caca nerveux complètement disproportionné, déplora l'adolescente.

-Parce que tu as rencontré Dorea Black ? demanda le professeur avec une légère appréhension.

-On a même pris le thé ensemble. Elle ressemble tellement à Sirius, se défendit-elle sous le regard incrédule de sa Version Victorieuse.

-Ote-moi d'un doute, tu n'es quand même pas à l'origine de cette histoire de changement de sexe ? demanda avec crainte le Survivant.

-J'ai peut-être, ou peut-être pas, mentionné quelque chose de cet acabit, dédramatisa Harriet.

-Putain, Harriet, siffla furieusement entre ses dents le trentenaire. Ca t'es pas venu à l'esprit que tu risquais de compromettre ma naissance en empêchant mes ancêtres de se marier ?

-Parce que tu connais les noms de tes grands-parents, peut-être ? renifla rhétoriquement la gamine insupportable.

-Non, mais-

-Non, le coupa la Survivante. Donc tes inquiétudes sont infondées. Si je venais vraiment de te transformer en Marty McFly, je pense que tu t'en serais rendu compte.

-Un mangemort est un maître bouddhiste ! explosa dans un murmure le Sauveur. Si ça c'est pas une preuve que l'Univers ne tourne plus rond, qu'est-ce qu'il te faut de plus ? Une certification signée par cette tricheuse de Destinée ? cingla-t-il méchamment.

-De quoi ? ne comprit la Sauveuse en fronçant ses sourcils bruns de perplexité.

Voir sa propre expression d'incrédulité sur le visage d'Harriet était à la fois troublant et vexant. Il espérait vraiment que froncer les sourcils ne lui créait pas, en plus des habituelles rides sur son front, des marques disgracieuses aux endroits où ses lunettes lui rentraient dans la peau. La Survivante n'avait clairement pas l'air d'une intelligence flagrante.

-Rien, minimisa-t-il sa Poisse Cosmique d'un geste vague de la main. Ou du moins, rectifia-t-il en constatant que la gamine s'apprêtait à lui tirer les vers du nez par tous les moyens possibles, rien dont tu aies à t'inquiéter.

L'air dubitatif de sa fouineuse d'alter-ego laissait deviner au professeur que cette conversation était loin d'être finie. Préférant accomplir ses devoirs de professeur plutôt que de devoir se justifier à un autre lui-même, Harry Potter réclama l'attention survoltée de sa classe frappant plusieurs fois le bois de son bureau.

Le professeur comprenait ces adolescents émoustillés par la promesse de pouvoir manier un sabre comme les samouraïs des temps anciens. Lui-même s'était trémoussé comme un gamin et s'était luxé les zygomatiques à trop sourire comme un débile quand Yatsumi lui avait mit un bâton en bois entre les mains. Bon, techniquement, il s'était fait botté le train par son frangin, son paternel et son vieux croulant de grand-père à peine capable de se déplacer sans son déambulateur un nombre incalculable de fois pendant son "entraînement" avant de pouvoir toucher un véritable katana, mais cela avait tellement valu le coup que le Britannique avait à peine marmonné dans sa barbe contre ces tyrans de Japonais ayant un problème avec l'ego. Le peu de fierté qu'il avait pu posséder, ou qu'il ressentait malgré lui à chaque fois qu'il neutralisait un Seigneur des Ténèbres par un concours de circonstances tarabiscoté, avait été complètement torpillé et l'avait une bonne fois pour toute débarrassé de son surplus d'arrogance que les évènements et les journaux lui mettaient constamment sur le dos. Dire qu'il était devenu plus sage était par contre idyllique, il était juste un peu moins englué dans l'image que lui renvoyait le reste du monde à chaque exploit exceptionnel, et peut-être légèrement moins stupide.

Harry avait vraiment adoré vivre au Japon. Déjà, parce que personne dans cet archipel ne l'avait harcelé pour une interview ou un récit de ses aventures alambiquées. La vantardise n'était pas un trait de caractère particulièrement apprécié par les Nippons, et le Survivant avait du apprendre à agir et interagir différemment avec les locaux. Cet état de fait avait contribué à apaiser considérablement le Sauveur. Ses travers les plus flagrants, tels que la boisson et son besoin de contact physique, avaient même été drastiquement limités sans qu'il n'éprouve le besoin de tirer sur la laisse que lui avait mis cette chère Yastumi. Pendant ces quelques mois passés au Japon, Harry avait été plus serein qu'il ne se souvenait l'avoir jamais été. Certes, les catastrophes divines avaient continué à lui pleuvoir sur la tronche à un rythme de métronome, mais la présence de Yatsumi et de sa famille de sadiques l'avait considérablement détendu et empêché de noyer ses pensées plaintives au fond d'une bouteille d'alcool.

Les Kurogane étaient une famille de sorciers assez célèbre et reconnue dans l'archipel. Leur position sociale les avait bien heureusement protégées de l'influence néfaste de sa Poisse Cosmique, et lui permit quelques infractions légères jusqu'à ce que l'on décide finalement de le foutre à la porte. Le patriarche de ce clan de sadiques allergiques à l'humour était âgé de quelque chose comme cent cinquante ans, et l'avait détesté juste parce qu'il était un étranger que sa politique d'isolationniste lui dictait de le virer de ses terres ancestrales. Il ne l'avait accepté dans sa demeure que parce que Yatsumi le lui avait demandé, mais n'avait jamais manqué une occasion d'humilier le pauvre occidental et de donner son point de vue sur la toute-puissance de sa propre nation. Le père de sa compagne avait été un peu plus coulant. Il s'était contenté de le fixer longuement du regard et lui avait assuré le plus froidement possible que s'il déshonorait sa fille de quelque façon, il aurait sa tête. Son meilleur allié face à ces deux vieux sorciers, autre que son amante du moment, avait été le jeune frère de cette dernière, Yashiro. Tout jeune diplômé, le jeune homme avait cherché à se libérer du joug parental de toutes les façons possibles. Il avait donc logiquement lié des liens avec l'étranger qu'on lui avait plus ou moins interdit d'approcher. En compagnie du jeune homme, Harry avait réussi à foutre la merde chez les Yakuzas, à ce que les gangs de Tokyo le considèrent comme une cible à abattre, à créer une zizanie sans précédent chez les divinités du Mont Fuji et à ce que l'équipe nationale de Quidditch cherche à s'expatrier sur le continent. Pour ce qui était du frère de son amante, l'objectif visant à rendre sa famille complètement chèvres avait été dignement atteint, en ce qui concernait le Survivant, en revanche, il s'agissait d'une autre histoire. Au bout d'un moment, il s'était fait virer manu militari de l'archipel nippon sous les pleurs d'un Yashiro en pleine crise d'adolescence tardive, et le mouchoir brandi dans le vent de Yatsumi. Le fait que sa compagne n'ait pas vraiment cherchée à le retenir n'avait pas blessé le Sauveur, pour la simple raison que la Japonaise comptait elle aussi reprendre son errance à travers les continents sous peu, et qu'avec la Poisse de l'aimant à ennuis, il y avait eut fort à parier que les deux voyageurs se retrouveraient au détour d'une ruelle glauque dans un coupe-gorge de Rio de Janeiro. L'Histoire avait cependant voulu que le Britannique ne revoit pas son ancienne compagne d'infortune avant son retour dans le passé, et une part du Sauveur regrettait de ne pas avoir fait de véritables adieux à cette formidable amie l'ayant aidé plus qu'il ne l'aurait cru possible.

-Chers élèves, annonça d'une voix autoritaire le professeur Potter. Je comprends votre enthousiasme, vraiment, mais tiens à vous rappeler que ce sujet ne sera pas introduit avant Mars, donc-

-QWAH ?! explosa Minerva McGonagall en se levant à nouveau violemment de sa chaise.

L'Elu de trop de prophéties soupira lourdement devant la réaction disproportionnée, mais loin d'être inattendue, de son élève.

-N'ayant à cet instant aucun moyen de jauger vos capacités, reprit le responsable professeur, il m'a paru, ainsi qu'au Directeur Dippet, beaucoup plus sage d'attendre le dernier trimestre avant de commencer à vous mettre des objets tranchants entre les mains.

Techniquement, Dippet lui avait tenu la grappe pour qu'il avance l'apprentissage du kendo à Novembre, pour que Noël soit beaucoup plus chaotique que d'habitude, mais le Survivant avait courageusement tenu bon, et avait sacrifié à la place le peu de leviers qu'il possédait pour faire flanchir ce renard de vieux schnock manipulateur.

-Vous voudriez que nous patientions jusqu'à Mars pour obtenir l'unique cours que nous ne connaissons pas encore ? demanda Jedediah Abbott avec un air scandalisé.

-Mais tout à fait, affirma avec conviction le professeur campé sur ses positions.

S'il avait réussi à tenir tête à Dippet, ce n'était pas un assemblage hétéroclite de sixième année qui allait le faire changer d'avis.

-C'est un scandale ! aboya la préfète de Gryffondor en frappant son pupitre de son poing.

-Si vous le dites, fit nonchalamment le trentenaire en haussant les épaules comme si la situation n'était pas au pire explosive.

-Allez Harry, essaya de le soudoyer son alter-ego par des yeux humides et suppliants de chien battu.

-Traitresse, siffla furieusement le Survivant en détournant rapidement le regard de sa sœur adoptive.

Évidemment, qu'une autre version de lui-même utilisait son point faible pour essayer de le faire flancher. C'était faire de trop d'optimisme de penser que son alter-ego allait faire preuve de compassion pour lui et le soutenir face au reste de sa classe de mécontents chroniques et de retardataires sans gêne.

-Bref, reprit le professeur en inspirant profondément. Si personne n'a d'autres commentaires à faire sur ce programme, je vous propose-

Naturellement, Harry Potter se fit une nouvelle fois couper la parole par un évènement inattendu et particulièrement surréaliste.

-Non, mais dîtes-moi que je rêve ? murmura le sorcier désabusé.

Venait d'atterrir devant les pieds de l'aimant à ennuis dans un fracas de vitre brisée, Machin, le pauvre type au nom débile qui avait servit de casse-dalle à Myriam avant qu'ils ne l'abandonnent aux péquenots voulant sa peau.

-C'est une blague ? répéta dans un couinement désespéré le pauvre Survivant commençant à sentir le poids des péripéties de cette affreuse journée.

Se dépoussiérant virilement les épaules des quelques morceaux de verre accrochés à ses vêtements, l'individu ayant survécu à l'étreinte du vampire se tourna vers le professeur et écarquilla comiquement ses yeux gris.

-Vous êtes pas le type qui s'amuse à piller les garde-manger ? lui lâcha-t-il avec le plus grand sérieux.

-Et vous, vous êtes le type qui s'est fait pourchasser par des moldus pour s'être fait passer pour un héros de guerre, rétorqua le Survivant.

Le curieux personnage étouffa un petit rire avant de lui tendre sa main droite. Sentant que les ennuis n'allaient de toute façon pas lui lâcher la grappe, et toujours à la recherche d'alliés dans cette école de cinglés, le Sauveur saisit la main tendue de l'homme qu'il avait laissé pour mort dans une grotte.

-Marius Black, se présenta-t-il en serrant vigoureusement la main du voyageur temporel.

Encore un Black, comme s'il n'y en avait pas suffisamment dans ce château regorgeant de monstres en tout genre...

-Harry Potter, se présenta-t-il à son tour pendant qu'une partie non-négligeable de sa classe s'étouffait dans sa salive.

Il s'agissait là d'une réaction ne pouvant qu'amener à une catastrophe divine d'importance majeure. Le tout était de savoir quoi exactement faisaient réagir ses élèves comme s'ils venaient d'être invités à dîner par Dracula. Ou par Myriam, pour ce que ça changeait.

L'individu venant d'atterrir dans sa salle de classe possédait les yeux gris, les cheveux sombres et le charme indéniable des quelques Blacks que le Survivant avait rencontré, il y avait donc fort à parier que son identité n'était pas ce qui avait fait transformer ses étudiants en carpes décolorées.

-Vous êtes de la famille de Charlus ? demanda l'homme paraissant âgé d'environ vingt-cinq ans.

-Andréas Potter m'a adopté cet été, lui répondit le professeur en se préparant à avoir un nouvel ennemi sur les bras pour avoir osé voler le titre d'Héritier à ce pauvre Charlus.

-Oh, comprit instantanément le Sang-Pur. Chacha n'a pas dû apprécier.

-"Chacha" ? ne put que relever son frère adoptif dans un froncement de sourcils perplexe.

-Surtout que je pense qu'il ne reste plus que Dorea de libre, continua à parler l'individu volant en se frottant le menton. Il a dû faire une de ces crises de nerfs, fit l'homme en se retenant de ricaner.

-Le jardin de Mirabelle n'a pas survécu, intervint Harriet. Il reste à peine un mètre carré de verdure et un buisson de mûres.

Le rire caverneux si semblable à celui de son parrain toucha un point sensible dans le cœur des deux Survivants.

-Ca, c'est mon Chacha, soupira de contentement l'individu en essuyant des larmes de rire. Et toi, gamine ? fit l'homme en se tournant vers l'autre Sauveur. Tu t'es aussi faite adopter par les Potter ?

-Tout à fait, affirma la gryffondor en levant bien haut son menton.

-Je savais que j'avais bien fait de rentrer en Angleterre, se mit à sourire le dénommé Marius comme si Noël venait d'être avancé. La vie y est beaucoup plus palpitante et dangereuse qu'au front.

-Le front ? ne put s'empêcher de parler Jedediah Abbott. Comme le front de la Seconde Guerre Mondiale ? demanda-t-il confirmation en arquant un sourcil prétentieux.

-Parfaitement, sourit comme un demeuré l'adulte responsable. Un peu trop ennuyeux à mon goût, si vous voulez mon avis, leur avoua-t-il sous l'horreur grandissante du Survivant. Rien ne vaut les machinations politiques, les tentatives d'assassinat, les mariages forcés, et tout le bordel de l'aristocratie sorcière, ricana le Sang-Pur en se frottant les mains comme s'il s'apprêtait à prendre le meilleur pied de sa vie.

Machin avait tout l'air d'un drogué à l'adrénaline à la recherche d'un fix. Peut-êre n'était-il pas le plus pertinent des choix en matière d'alliés allant réduire son exposition aux aventures épiques.

-Tout cela est très palpitant, reprit le professeur Potter avec un sourire forcé et crispé, mais je suis en plein cours et je ne voudrais pas empiéter sur le temps d'étude irremplaçable de mes élèves, broda-t-il un mensonge vraisemblable en guidant le Sang-Pur jusqu'à la sortie de sa salle de classe. Nous aurons tout le temps de discuter après, lui mentit-il éhontément en lui refermant la porte au nez.

Adossé au mince panneau de bois, le Survivant se permit de prendre une grande inspiration avant de retourner au cirque qu'était la classe de sixième année.

-Sympa, ce type, lâcha la Survivante d'une naïveté navrante.

Harry avait de moins en moins de volonté pour ouvrir les yeux et faire face aux calamités parlantes.

-Il ressemble à un agent de la Confédération de Pégase, ajouta avec une suspicion marquée Andromeda Sparkles.

-De quoi ? demanda un adolescent n'ayant pas eut le bonheur de discuter avec la princesse extra-terrestre en exil.

La toute nouvelle poufsouffle se fit un plaisir de lui expliquer le soap-opéra qu'était sa vie, avec renfort de batailles épiques, trahisons intimes, manipulations perverses, guerres de pouvoir, et quête pour renverser l'actuel empereur galactique se trouvant être son frère. Après cet exposé d'une longueur indécente, le reste de la classe en resta muet de longues secondes, assimilant l'histoire d'une extravagance hors norme ressemblant un peu trop à un film de série B qu'à la réalité. Il fallut l'intervention de Minerva McGonagall pour que le silence soit rompu.

-Mais pourquoi, au lieu de traverser la galaxie en quête d'un héros prophétique, tu n'as pas tout simplement botté le cul de ton frangin ? demanda l'adolescente la plus intelligente que le Sauveur ait jamais rencontré. Tu lèves une armée de crétins hypnotisés par ton visage et ta poitrine, et puis basta, résuma la batteuse de Gryffondor.

-Si seulement c'était aussi simple, déplora la princesse en se mouchant avec grâce dans un mouchoir brodé que venait de lui tendre un individu louchant sur son décolleté.

-Ca m'a l'air pourtant ridiculeusement simple, grinça Harriet, apparemment jalouse de ne plus être le centre de l'attention de la gente masculine.

-Depuis que mon cousin Gertrude-

-Ton cousin s'appelle Gertrude ? l'interrompit la Survivante en ne réussissant pas à contenir son gloussement exaspérant.

-Plutôt Betelgeuse la Vaillante, lui répondit Andromeda en ne comprenant pas pourquoi sa camarade se pliait en deux sur sa chaise.

-Bref, ton cousin Gertrude, reprit la discussion la jeune gryffondor n'appréciant pas de ne pas avoir de réponses à ses questions.

-Oui, approuva la princesse extra-terrestre. Mon cousin Ger-

-BWAHAHAHA ! explosa pour de bon la honte personnifiée de Harry Potter, se cachant le visage dans l'espoir que ses élèves oublient qu'il portait le même patronyme que la gamine au sens de l'humour défaillant.

-Navrant, renifla Jedediah Abbott en remontant pompeusement ses lunettes.

Proprement exaspérée par l'interruption de sa condisciple d'une discrétion à toute épreuve, la préfète de Gryffondor lança son manuel au visage de la Survivante. Toute occupée qu'elle était à éviter de tomber de sa chaise et de rouler par terre, Harriet ne remarqua que trop tard le lourd grimoire avançant dangereusement dans sa direction. Son rire insupportable fut donc brutalement coupé, le bruit sourd d'un corps s'étalant par terre résonnant sinistrement dans la salle de classe. Quand la jeune Potter se releva, son visage annonçait à tous que cet acte barbare ne serait pas sans rétribution. Inutile d'être un génie pour savoir ce qu'allait devenir les dernières minutes de cours de la sixième année. Déjà, les deux préfets de Serdaigle et Gryffondor ayant déploré l'hostilité entre leurs homonymes soupiraient de concerts en priant des dieux auxquels ils ne croyaient plus. Abbott sortait sa baguette et se rangeait aux cotés d'Harriet pour faire face à McGonagall, ayant d'ors et déjà sorti sa batte de Quidditch, et un attroupement louche d'individus en grande majorité masculins, ayant eux aussi dégainé leurs baguettes.

-Pitié, gémit entre ses mains le Survivant commençant à en avoir franchement marre des coups du sort.

-Un cookie, professeur ? lui proposa une voix masculine beaucoup trop proche de lui pour son propre confort.

Le Héros des Temps Troublés ne put retenir le mouvement de recul que son instinct lui avait dicté, et fut surpris de constater que l'individu essayant de le soudoyer avec des biscuits n'était pas Voldemort Junior, mais plutôt le gryffondor ayant bavé amoureusement sur sa personne pendant toute la durée du cours.

-Ah, soupira de soulagement le professeur pendant que les premiers sorts commençaient à pleuvoir autour de lui. Ce n'est que toi, se rassura-t-il en abandonnant l'idée de discipliner sa classe.

L'élève remarquablement studieux haussa un sourcil blond.

-Je ne sais pas si je dois me sentir flatté que vous m'ayez confondu avec Riddle, ou vexé, lui annonça le paisible étudiant ne s'amusant pas à lancer des morceaux de pupitres sur ses camarades en s'asseyant près de lui. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas un cookie ? insista-t-il en fourrant l'un des biscuits ensorcelés dans sa bouche. Ils ont été imprégnés de potion à base de camomille, passiflore et mélisse, le renseigna l'adolescent.

À l'odeur qu'émanait la boîte de sucrerie, Harry était prêt à parier son salaire que ces biscuits contenaient plus de cannabis que d'innocentes plantes à infusions. Jetant un coup d'œil au chaos qu'était devenue sa salle de classe, et ne trouvant pas assez d'énergie en lui-même pour vouloir faire quoique ce soit à ce sujet, le Survivant soupira lourdement avant de piocher un cookie dans la boîte de son élève possédant déjà un sourire d'ahuri.

-Pour quoi est-ce que Riddle t'a soudoyé ? laissa-t-il parler sa curiosité juste avant de croquer dans le savoureux biscuit.

-Les trucs habituels, lui répondit le gryffondor en haussant les épaules. Avoir accès à mes cours, manuels et devoirs. Récupérer des grimoires louches à la Bibliothèque sans que Dumbledore ne s'en aperçoive. Servir de hiboux pour les membres de ma Maison qui ne veulent pas que l'on sache qu'ils sont accros à ses pâtisseries. Lui rapporter les choses inhabituelles qui se passent à Poudlard. Poser des questions précises à des professeurs pour lui. Les trucs habituels, résuma-t-il son quotidien d'homme à tout faire.

-Comme faire ami-ami avec moi, comprit le Survivant en soupirant devant le poids de la Fatalité et en reprenant un cookie.

-Ca, fit l'adolescent, il ne me l'a pas demandé. Je vous trouve juste très séduisant, merveilleusement intelligent et d'une puissance magique inégalée, lui avoua-t-il d'une voix plate et sans le moindre rougissement.

-Euuh... fit le Sauveur peu habitué à se faire congratuler de la sorte par un gosse de seize ans. Merci ? Je suppose, lâcha-t-il, l'esprit embrumé par les biscuits.

-Mais connaissant le personnage, ajouta le gryffondor, ça ne m'étonnerait pas qu'il essaye de vous soutirer des informations et des savoirs... disons intéressants à l'aide de ses talents culinaires et de son charme à toute épreuve.

-Super... maugréa le Survivant en mâchant sa sucrerie avec humeur.

-Au fait, fit le jeune homme en lui tendant sa main droite de la même façon que Marius Black, permettez-moi de me présenter officiellement. Melchior Flint, fils d'Asmodéus Flint et de Lucia Giordano, ravi de vous rencontrer et de vous avoir pour professeur, se présenta-t-il avec un sourire de demeuré drogué au space-cake.

Ne pouvant que rendre la pareille, le trentenaire lui prit maladroitement la main et lui répondit :

-Harry James Potter, nouvellement rebaptisé Harrold, soi-disant Héritier du Clan Potter depuis cet été, fils de James Potter et de Lily Evans, aimant à ennuis et malchanceux chronique de mon état, malheureux Elu d'une bonne quinzaine de prophéties toutes complètement barrées, Pion préféré de cette tricheuse de Destinée et pauvre poire ayant accepté un poste de professeur dans un vivier de catastrophes ambulantes se nourrissant de chaos et de folie.

Harry Potter avait toujours eut un petit côté dramatique ne demandant qu'à s'exprimer, en plus de son habitude de se plaindre à la moindre contrariété.

-Charmé, répliqua avec un sourire encore plus débile le malheureux sous-fifre de Lord Voldemort Junior.

Le Survivant commençait à vraiment apprécier cet adolescent. Sans doute les cookies n'étaient-ils pas étrangers à son état de relaxation soudain et à son envie de créer des liens avec des gosses en pleine puberté obsédé par sa personne.

-Le plaisir est pour moi, lui répondit l'adulte responsable lui aussi perché et arborant un sourire loin d'être intelligent.

Les deux intoxiqués restèrent de longues secondes à se fixer dans le blanc des yeux avant que le Sauveur ne se rende compte qu'ils étaient encore en train de se serrer la main. Après avoir récupéré son membre, l'adolescent lui expliqua qu'il avait été subjugué par sa prestation et l'humiliation publique d'Ambrosius Bulstrode.

-Parce que t'étais dans l'assistance ? bégaya le baroudeur expérimenté.

En même temps, vu tout le gratin invité à cette réception, il était obligé que quelques-uns de ses étudiants parmi les plus âgés aient été présents à cette soirée.

-Asmodéus Flint est mon père, lui avoua le jeune gryffondor sans que le Survivant ne comprenne où son élève voulait en venir.

-Et ? fit-il en enfournant un énième cookie au fond de sa gorge.

-Et Asmodéus Flint est l'homme ayant organisé cette réception, explicita le jeune Sang-Pur.

-Aaaahh ! comprit enfin le Sauveur aux capacités intellectuelles actuellement limitées par l'ingestion de biscuits à l'origine douteuse.

Le quadragénaire considérant que la dentelle était le summum de la mode était le père du gosse le prenant pour un dieu vivant. Avec une figure paternelle pareille, normal que le môme bave à ses pieds à la moindre petite catastrophe divine. N'importe qui aurait préféré avoir pour modèle Harry Potter plutôt que l'espèce de perruque parlante au bouc grisonnant. Comprenant enfin que son étudiant n'avait pas les mêmes intentions que Walburga Black le concernant, le Survivant put enfin pleinement se détendre et profiter du paysage haut en couleur qu'était devenue sa salle de classe.

-Quelle jolie redécoration, lâcha à droite Melchior Flint.

-J'ai toujours aimé le rose, avoua l'adulte responsable en fixant la tache douteuse de son plafond.

Si le professeur avait eut toute sa tête, il n'aurait certainement pas réagi de cette façon à la vision de ce qu'était devenu son deuxième sanctuaire. Les pupitres et autres pièces de mobilier avaient été utilisés en guise de barricade de fortune, et deux camps planqués derrière les morceaux de bois s'amusaient sans interruption à se balancer des sorts et objets contondants entre deux insultes blessantes. Vu la flaque écarlate abreuvant son pauvre plancher, le Sauveur aurait put, s'il en avait eut la volonté, réduire tout ce petit monde en un musée de statue de cire sans le moindre problème. Mais, malheureusement, le trentenaire était épuisé par l'arrivage discontinu de cataclysmes épiques lui atterrissant en plein visage qu'avait sa journée, et manquait d'énergie pour ne serait-ce que vouloir faire quelque chose autre que de glander en engloutissant des cookies.

-Oh, remarqua le blondinet, une fée.

À ces paroles prononcées d'un voix naïve, le Survivant sentit sa tension nerveuse grimper d'un coup et sa nuque craquer sinistrement quand sa tête et sa baguette se tournèrent automatiquement vers la source de l'innocent commentaire. S'il y avait bien une chose qui pouvait faire éclater la bulle de calme du Survivant, c'était bien la menace d'une invasion de petites bestioles ailées en ayant après sa pauvre personne. Rester le plus loin possible de toute forme d'elfes était un concept tellement imprégné dans sa psyché que, même drogué au space-cake cuisiné par le meurtrier de ses parents, l'aimant à ennuis était prêt à la fuite ou au combat. Ce qui expliquait son soudain état de panique et les yeux de chouette de Melchior quand un sortilège particulièrement dangereux explosa l'une des barricades de fortune.

-Oups, fit le Survivant toujours un peu sous l'influence des biscuits de sa némésis.

-"Oups" ? releva une scandalisée Harriet en sortant sa tête du monceaux de bois brisés ayant abrité le camp de Jedediah Abbott. C'est tout ce que tu trouves à dire ? insista-t-elle en pointant sa baguette dans sa direction, prêt à continuer les hostilités vers un nouvel ennemi.

-C'est sa faute ! se défendit comme il put le respectable professeur en pointant du doigt le gryffondor aux joues gonflées de cookies et aux yeux ronds comme des soucoupes. Il a dit qu'il y avait une fée, s'enfonça-t-il dans les ennuis.

-Une fée ? répéta la Survivante en arquant un sourcil perplexe. Et depuis quand on a peur des jolies filles miniaturisée, exactement ? demanda la brune en aidant un camarade à sortir du tas de décombres.

La touche d'humour passa largement au-dessus de la tête du Sauveur, toujours loin d'être débarrassé des effets relaxants des biscuits.

-Depuis que tous les elfes de tous les continents veulent me faire cuire à la broche comme un cochon de lait, répliqua honnêtement le criminel recherché par tout un tas de gens louches, pour tout un tas de raisons plus ou moins légitimes.

Harriet cligna plusieurs fois stupidement de ses yeux verts.

-Même le professeur Evergreen ? demanda la préfète de Serdaigle aux cheveux défaits.

-Nan, elle, elle veut juste me retourner le cerveau pour me transformer en gentil petit mouton, rectifia le professeur ayant dû ingérer un sérum de vérité à son insu.

Ce qui n'était pas une idée aussi absurde qu'elle le semblait. Pour ce qu'il en savait, ces biscuits avaient pu être trempés dans tout un tas de potions intéressantes avant qu'il ne avale.

-Même les centipèdes d'Orion ? baragouina Andromeda Sparkles avec des larmes aux coins de yeux.

Il était intéressant de noter qu'aucun individu, dans cette pièce ravagée par l'ire adolescente, ne demanda des précisions sur la question de la princesse extra-terrestre. Tous avaient du plus ou moins comprendre qu'ignorer la gamine était la meilleure solution pour éviter des migraines carabinées ou un monologue palpitant sur ses relations familiales.

-Même les elfes de Maison ? se rappela à son souvenir Jedediah Abbott en émergeant de la barricade épargnée par les coups de sang du Sauveur.

Voilà un détail qui avait superbement échappé au Survivant. Si les cuistots de Poudlard décidaient de le prendre en grippe, le professeur l'avait dans l'os. Sauf qu'il avait déjà rencontré l'un de ces petits êtres gris, et que Dipsie le réveil-matin ne lui avait paru d'une hostilité flagrante.

Il lui fallut de longues secondes avant de se souvenir que son petit voyage inopiné dans le passé avait plus ou moins effacé des mémoires son modeste pillage des trésors séculaires des fées de Brocéliande. Essayant le plus discrètement possible de baisser sa manche pour dissimuler aux regards indiscrets le bracelet lui ayant valu d'être catégorisé comme "ennemi de la nation" par le peuple des fées, l'aimant à ennuis tenta de broder un mensonge convainquant à ses élèves et à son alter-ego.

-Je parlais des fées ne faisant pas partie de la société sorcière, lâcha-t-il son bluff incapable de convaincre un gosse de quatre ans.

-Oh, firent la préfète de Serdaigle et son collègue de Gryffondor.

Ces deux individus avaient l'air de partager le fardeau d'avoir comme partenaire un individu déterminé à les rendre chèvre, et semblaient physiquement beaucoup trop proches pour être autre chose que des amants. La main du jeune homme posée sur la hanche de sa camarade ne laissait de toute façon aucune place à l'imagination. Les réunions entre préfets devaient être sacrément animées, nota le Survivant avec un détachement suspect.

-Wah, fit Harriet avec une grimace clairement peu impressionnée. Tu mens tellement mal que j'en ai honte pour toi.

-Tu m'expliques ce qu'il y a d'hilarant à se nommer Gertrude ? grinça le Survivant vexé.

-Quel genre de héros inter-stellaire s'appelle Gertrude ? demanda réthoriquement la Survivante. C'est comme si Luke Skywalker s'appelait, je sais pas, Bibendum le bonhomme Michelin.

-Qui ça ? demanda le Sauveur avec une grande majorité des élèves sortis des décombres de son mobilier.

-L'espèce de personnage pour une marque de pneus moldus, le renseigna sa sœur adoptive.

-Non, pas Bibendum, dédaigna l'adulte d'un geste de la main. L'autre.

-Quel autre ? en plissa des sourcils la voyageuse inter-dimensionnelle.

-Luke Machin-Chose, explicita l'homme ayant fait cramé les sourcils de Carter quand il avait voulu lui faire visionner la Guerre des Étoiles.

-Tu ne connais pas Star Wars ! piailla d'horreur la Survivante en plaquant ses mains sur sa bouche.

-J'ai une culture cinématographique très limitée, lui avoua l'être faisant exploser les téléviseurs par sa seule présence.

-Les contes de la légendaire Guerre d'Aldébaran sont pourtant largement répandus, intervint la poufsouffle issue d'un autre système solaire.

-Toi, ta gueule, grogna Harriet Potter à l'attention de la princesse extra-terrestre. Comment as-tu pu vivre sans Star Wars ? l'accusa son alter-ego d'une autre dimension.

-La magie a un très mauvais effet sur les appareils moldus, se justifia-t-il.

Vu le nombre d'engins qui cessait de fonctionner à chaque fois qu'il passait le seuil d'une maison moldue, cette constatation était d'un euphémisme désolant. L'épisode le plus marquant restait tout de même l'incident avec le vibromasseur. À ce jour, Harry Potter ignorait toujours comment il avait put créer une impulsion électromagnétique suffisante pour plonger dans le noir tout l'Etat du Kentucky pendant un bon mois. Les journaux locaux avaient parlé d'une EMP accidentelle causée par des essais militaires ratés, et avaient attiré dans les heures suivantes son chasseur de primes attitré.

-Chez les Dursley, la télé marchait très bien, pesta la Survivante.

-Ah, comprit l'adulte. C'est parce que tu avais le droit de regarder la télé.

Lui n'avait même pas eut le droit de regarder les informations télévisées. Maintenant qu'il y pensait, l'origine de cette interdiction ne venait-elle pas d'un désir de protéger le délicat téléviseur de son influence explosive ? Il ne s'en souvenait pas, mais peut-être avait-il accidentellement détruit dans ses plus jeunes âgés la télévision coûtant une petite fortune. Connaissant sa Poisse Cosmique et l'attachement de sa famille pour leur petit confort personnel, ce ne serait pas étonnant.

-Tu n'avais pas le droit de regarder la télé ?! répéta d'une voix atrocement aigue sa version alternative.

-C'est ce que j'ai dit, grimaça le Survivant en débouchant son oreille gauche de son auriculaire.

Il fallait vraiment que le Sauveur investisse dans des boules Quies capables de préserver ses précieux tympans des couinements hystériques à la limite du perceptible que s'amusaient à hurler la gente féminine.

-Oh. Seigneur, lâcha d'une voix blanche une Harriet Potter ayant changé de couleur de teint. C'est horrible.

-Personne n'est jamais mort de n'avoir jamais regardé la télé, soupira d'exaspération le Survivant tout en levant les yeux ciel devant le dramatisme de sa jeune sœur. D'ailleurs, personne dans cette salle, à part nous deux, n'a la moindre idée de ce qu'est un poste de télévision, défendit-il son argument.

De ce qu'en savait l'aimant à ennuis, les téléviseurs n'avaient pas été inventés et commercialisés avant les années cinquante. Il ne faisait donc pas preuve d'imprudence en avançant ses arguments.

-Peut-être, mais ils connaissent le cinéma, rétorqua, butée, l'autre Potter.

Harry n'avait pas remis les pieds dans une salle obscure depuis qu'il avait cherché à se planquer de trois individus patibulaires n'ayant pas apprécié qu'il les plume aux cartes aussi facilement. Vu les dégâts occasionnés et le chaos qu'avait provoqué la panique des pauvres spectateurs, le sorcier avait jugé plus sage d'éviter, à l'avenir, d'entrer volontairement dans un cinéma. Il avait, à tort apparemment, toujours cru que son problème de compatibilité avec les engins moldus était propre à sa condition de sorcier, et que tout les membres de la communauté magique étaient eux aussi soumis à des explosions intempestives au moindre contact avec un grill-pain. D'ailleurs, devoir expliquer à l'une de ses partenaires de sport de chambre moldue pourquoi tous ses appareils électro-ménagers faisaient une reprise de film d'horreur avait été quelque chose d'épique. Depuis, à chaque fois que Harry Potter pénétrait dans une habitation moldue, il prenait bien soin de débrancher tous les engins risquant de causer une crise de panique à son coup d'un soir complètement ignorant de statut de maudit chronique, comme le hachoir électrique ou le mixeur.

-Tu parles, renifla le Sauveur. Leur conception du cinéma, c'est deux gravures de mode en noir et blanc se roulant des patins sous la pluie.

Du moins, d'après ce qu'il avait vu des affiches placardées dans les rues londoniennes pendant son temps de commerçant véreux. Le Survivant n'aurait jamais couru le risque de pénétrer dans le théâtre par simple curiosité alors que sa Poisse Cosmique avait enfin paru lui lâcher les basques.

-Qu'est-ce que t'as contre les classiques ? grogna son alter-ego avec une hostilité tangible.

Harry cligna plusieurs fois de ses yeux verts. Il ne se souvenait pas avoir déjà eut une telle obsession pour le septième art, surtout depuis l'interprétation shakespearienne donnée par une troupe de zombies se décomposant à vue d'œil. Une grimace particulièrement dégoûtée à la pensée du fameux spectacle prit place sur le visage du Survivant sans qu'il ne puisse contrôler ses muscles faciaux.

-Tu as quelque chose contre les classiques du noble et merveilleux septième art, l'accusa Harriet Potter en braquant sa baguette contre son front de l'exacte même façon que Voldemort avant qu'il ne finisse par exploser et le transforme en Héros de la Nation.

-Je trouve cet instant particulièrement ironique, ne put s'empêcher de prononcer le responsable professeur sous l'effet de stupéfiants.

-Mais pourquoi tous les gens dignes de m'adresser la parole dans cette école sont-ils obsédés par cette création moldue ? soupira Minerva McGonagall en se laissant dramatiquement tombée sur un fauteuil constitué de débris de pupitres.

-Parce qu'il s'agit d'une invention prodigieusement géniale méritant d'être mentionnée ? rétorqua ironiquement et avec prétention Jedediah Abbott en remontant ses lunettes avec un petit sourire supérieur.

-Navré de briser tes illusions, répliqua acidement la préfète de Gryffondor, mais tu ne fais pas partie des gens méritant de m'adresser la parole.

-Étant donné que ton mode de communication par défaut consiste essentiellement à frapper les gens, au lieu de leur parler, je ne vois pas pourquoi je devrais me sentir insulter, riposta le serdaigle.

Le niveau de joute verbal entre les deux préfets était digne de deux adolescents d'à peine seize ans, mais la tension entre eux faisait plus penser à un match de tennis endiablé qu'à une querelle de collégiens incapables de se supporter. Que la plupart des élèves se mettent à transfigurer des chaises et à se goinfrer de sucreries était d'ailleurs parfaitement compréhensible. Même Harriet avait cessé de lui souffler dans les bronches pour profiter du spectacle.

-Tu trouves pas qu'elle a des airs de Vivien Leigh, lui souffla avec adoration sa version alternative en s'asseyant à sa gauche et en lui taxant un cookie.

-Qui ça ? demanda encore une fois le voyageur du futur.

-Scarlett O'Hara dans Autant en Emporte le Vent, espèce d'inculte, marmonna l'adolescente et en gobant le biscuit imprégné au cannabis.

-Aahhh, fit l'autre drogué à la droite du Survivant. Le fantasme de Rémy, lâcha-t-il comme s'il venait de comprendre un secret de l'Univers.

-Qui ça ? répéta une énième fois le professeur.

-L'attrapeur de l'équipe de Gryffondor, les renseigna Melchior Flint.

-Le troisième année geignard de la taille d'un pitiponk ? demanda confirmation Harriet.

-Lui-même, affirma le gryffondor en hochant gravement du chef. Il considère que toute personne ne connaissant pas la magnifique actrice du film Autant en Emporte le Vent ne devrait pas avoir le droit de vivre.

Cette phrase rappelait vaguement quelque chose au Survivant. Il y avait eut question d'un muffin volant et d'un cogna-

-Ah, se rappela le professeur. Les frappés de Quidditch, comprit-il enfin où Minerva McGonagall avait entendu parler de l'incident avec Hannibal et le muffin.

-À ta place, intervint Harriet en lui volant un énième biscuit, je parlerais plutôt du frappé de Quidditch. Au singulier, précisa-t-elle en enfournant la sucrerie.

-Jones a toujours été un cas, partagea son expérience Melchior Flint.

Pareillement, ce nom n'était pas étranger au Sauveur.

-Jones ? demanda-t-il en sachant à l'avance qu'il allait regretter sa curiosité dévorante.

-Le capitaine de l'équipe de Gryffondor, l'informa l'adolescent blond. Le pire obsédé de Quidditch que Poudlard ait jamais abrité.

Oh. Misère. Ce genre de formule ne pouvait qu'attirer les ennuis catastrophiques aux proportions bibliques.

-Il ressemble à la réincarnation précédente d'Oliver Wood, mit son grain de sel la Survivante.

-Vous finirez par le rencontrer dans les jours qui suivent, prédit le propriétaire de la boite de cookies.

-Comment ça ? demanda des précisions l'adulte responsable en piochant un énième biscuit.

-Avant même qu'il vous voit à la table des professeurs, il avait déjà décidé de vous traquer pour vous extorquer tous vos savoirs en matière de vol sur balais, lâcha le blondinet comme s'il ne venait pas d'ajouter un harceleur à la longue liste d'habitants de ce château de fêlés du bocal passant leur temps libre à lui courir après.

-C'est un cauchemar, décréta le Sauveur d'une voix éteinte en donnant son cookie à sa voisine de gauche.

Comme s'il n'y avait pas assez d'individus louches dans cette école le harcelant sans répit.

-C'est vrai qu'il n'avait pas arrêté de parler du "dieu des airs, volant aussi bien sur un balais qu'à dos de sombral", rêvassa la Survivante en mordant dans son cookie. J'ai jamais compris ce qu'il y avait de compliqué à monter un cannasson, continua à parler dans le vide la chevaucheuse de trolls, hippogriffes et sombrals.

-Essaye un peu de conduire une voiture, marmonna dans sa barbe le baroudeur expérimenté. Je t'assure que manoeuvrer un engin mécanique est beaucoup plus coton qu'empêcher une bestiole de te bouffer la jambe.

À choisir entre un sombral sadique ayant un trou noir pour estomac et une voiture motorisée, le Survivant préférait sans conteste la créature sanguinaire, juste parce qu'il n'avait pas besoin de garer une bestiole invisible. Harry avait toujours été impressionné par la dextérité de Carter à conduire un véhicule et à le garer sans lui occasionner au passage la moindre rayure. Le sourire du moldu à chaque fois qu'il réalisait un exploit digne d'un cascadeur professionnel et savait l'effet que sa prestation avait sur la libido du sorcier rendait le reste de leur fuite ou voyage douloureusement inconfortable.

-T'as un sourire de pervers, l'informa son alter-ego.

-C'est parce que je pense à des choses interdites aux moins de dix-huit ans, lui répondit le Survivant ayant en tête une séance de batifolage particulièrement plaisante à l'arrière d'une Mercedes volée à un homme politique belge.

D'après son ancien compagnon d'infortune, cette journée avait tout eut d'un film d'action à gros budget. Le sorcier ayant une culture cinématographique atrocement limitée, il avait été forcé de croire le moldu quand il lui avait assuré qu'ils pourraient vendre le scénario de leur péripétie épique à un studio hollywoodien ou à une certaine franchise "Fast & Furious" et prendre une retraite bien méritée sous les tropiques. À cela, Harry avait rétorqué que si chaque passage un peu palpitant de son existence devait être adapté en film, non seulement des producteurs véreux n'auraient de cesse de comploter contre lui pour qu'il leur fournisse malgré lui des scénarii juteux, mais en plus les collecteurs d'impôts en ayant après son sang et son argent allaient rappliquer à la vitesse de l'éclair et lui taxer l'intégralité de ce qu'il avait gagné. Le Survivant avait jugé raisonnable de ne pas mentionner au chasseur de primes qu'il refusait catégoriquement d'avoir son nom placard dans toutes les salles obscures. Déjà, parce qu'Hermione allait littéralement l'écorcher si chacune de ses aventures capillo-tractées étaient racontées en long et en travers alors qu'elle lui avait spécifiquement demandé d'éviter de se faire remarquer ; ensuite, parce qu'il ne lui avait pas communiqué tous les forfaits qu'il avait commis et toutes les Justices ayant un mandat d'arrêt à son nom et qu'il ne voulait pas risquer de réveiller sa cupidité latente ; puis, parce qu'il n'avait absolument pas envie que toutes ses groupies deviennent encore plus obsédées par sa pauvre personne et sa "légende" ; et enfin, parce que tenir le compte de tous les malheurs lui étant tombés sur la tronche lui donnait le cafard, et que constater qu'une cinquantaine de films avaient été inspirés de sa vie le déprimait d'avance.

Même si, honnêtement, l'épisode de la Mercedes belge était l'une de ses catastrophes divines qu'il détestait le moins et qu'il aurait sans doute appréciée s'il n'avait pas été le malheureux glandu prit pour protagoniste. D'ailleurs, vu le rôle qu'il avait eut dans cette histoire, il aurait sans doute été relégué en "demoiselle en détresse" secourue par un Carter incarné par Bruce Willis. Cependant, la légère humiliation aurait facilement été compensée par le braqueur de banque se tirant lui-même dans le pied ; le banquier de cinquante ans reniflant de mépris face au canon d'une kalachnikov pointé sous son nez ; la gosse de quatre ans n'arrêtant pas de répéter qu'elle avait envie d'aller aux toilettes aux moments les moins adéquats ; le combat de maîtres d'arts martiaux entre Carter et le boss de la troupe de bras cassés ayant eut le malheur de braquer une banque pendant que l'aimant à ennuis était à l'intérieur ; les forces de l'ordre locales les ayant pris, lui et Carter, pour les voleurs, et les criminels pour des malheureuses victimes des kidnappeurs sans scrupules ; les forces de l'ordre magiques ayant à leur tour rappliqué pour sauver la légende vivante coincée dans la banque ; le pur chaos qu'avait été la rencontre avec les moldus expérimentés et la bande de bras-cassé d'aurors incapable de tenir correctement leur baguette ; leur sortie du bâtiment en prenant un pauvre homme en otage et le pactole des apprentis braqueurs ; leur fuite à bord d'une fourgonnette de police et la course-poursuite avec plus ou moins toute la ville ; la compétence surnaturelle de Carter à manœuvrer le lourd engin sous les cris stridents de leur otage alors qu'ils se faisaient canarder par des balles tirées par les forces de l'ordre locales et les amis des malfaiteurs mécontents de s'être fait dérober leur butin, et par des sorts lancés par les forces de l'ordre magiques locales persuadées que le Survivant venait de se faire kidnapper par un partisan de Voldemort en fuite, lesdits partisans de Voldemort en fuite pensant avoir enfin l'opportunité de tuer le célèbre Harry Potter, et les criminels sorciers n'appréciant pas d'être laissés pour compte ; le magnifique dérapage contrôlé de son compagnon d'infortune les amenant par un concours de circonstances tarabiscoté devant le Parlement Européen dont les membres avaient les yeux comiquement exorbités ; l'emprunt d'une superbe Mercedes à peine gardée par un pauvre chauffeur viré de l'habitacle par cette brute de Carter ; la continuation de leur fuite épique à travers Bruxelles, avec cette fois-ci ajouté aux cortèges de gens leur courant après l'organisme chargé de protéger les différents hommes politiques en visite, jusqu'à ce que ce taré de chasseur de primes trouve intelligent de leur faire traverser à pleine vitesse un pont pas encore terminé et semant leurs déterminés poursuivants ; et enfin, la fameuse séance de batifolage à l'arrière du véhicule volé alors que l'adrénaline courrait encore dans leurs veines. En quelques mots, une bien belle journée.

-J'adorerais faire des choses interdites aux moins de dix-huit ans avec Minnie, soupira Harriet en continuant à grignoter les cookies qu'elle ignorait concoctés par le meurtrier de leurs parents.

-Heh ? ne put que répondre le Sauveur. Faire des galipettes avec McGonagall ? ne put-il s'empêcher de reformuler.

-Elle est trooooop sexy, rêvassa sa version alternative beaucoup plus à jour sur sa bisexualité que lui l'avait été.

-C'est vrai qu'elle a du charme, avoua le Survivant en fixant l'adolescente en train de démolir la mâchoire d'un poufsouffle aux commentaires déplaisants. Mais j'aime pas les gamines, conclut-il. Sans offense, Mel, fit le professeur en piochant à nouveau dans la boîte en fer-blanc de son élève.

-Y'a pas de mal, lui assura le blondinet lui aussi correctement perché. J'aime pas les vieux.

-Je ne suis pas vieux, grogna le Survivant. J'ai que trente-deux ans. À six mois près, ajouta-t-il.

-T'as genre, le double de mon âge, renifla Harriet.

-Mais je vous trouve quand même incroyablement séduisant, alors que je préfère les filles, merveilleusement intelligent, alors que je suis certain que je pourrais vous battre aux échecs les yeux fermés, et d'une puissance magique inégalée, alors que vous êtes incapable de vous faire respecter dans votre propre classe, lui asséna-t-il platement dans la tronche.

-Dur, grimaça Harriet avec compassion.

-C'était inutilement mesquin, bouda le Survivant.

-Mais parfaitement vrai, enfonça-t-elle le clou.

-Si je le voulais, je pourrais réduire tout ce petit beau monde en marionnettes soumises à ma volonté, leur assura le trentenaire. Mais à chaque fois que je règle un problème, un autre vient se faire catapulter dans ma tronche ou détruire ma fenêtre, désespéra l'adulte responsable. Comme je suis condamné à subir tout un tas de trucs surréalistes, autant conserver le peu de stabilité mentale qu'il me reste en ne cherchant pas à lutter contre le courant.

-Mouais, lâcha sa sœur adoptive. Tu joues au lâche, quoi, reformula-t-elle.

-Je préserve mon intégrité physique et mentale, nuance, rectifia avec emphase le Sauveur en levant un index en l'air.

-Tu sais ce que Dean Thomas dit à propos de la technique de l'autruche ? l'ignora-t-elle.

-Pas la technique de l'autruche... soupira Harry en levant dramatiquement les yeux au ciel.

-Que refuser de voir un problème en s'enfonçant la tête dans le sable n'a jamais fait disparaître ledit problème, continua-t-elle à le sermonner.

-Je l'ai toujours trouvé atrocement peu compétent en matière de gestion de crise, commenta le voyageur du futur adepte de cette extra-ordinaire stratégie.

-Et qu'au lieu de régler un problème à la fois, tu te retrouves submergé par une montagne de problèmes ayant pris des proportions dantesques et aux conséquences encore plus désastreuses que si tu avais juste réglé ledit problème au moment où il se présentait, termina-t-elle enfin de le moraliser.

-Hun-hun, répondit le professeur, clairement peu concerné par le sujet.

-Ce à quoi je lui réponds toujours qu'il ne s'est jamais fait poursuivre par un Seigneur des Ténèbres revanchard voulant sa tête au bout d'une pique, et qu'il n'a donc aucune compétence en matière de gestion de crise tant qu'une bestiole dangereuse n'aura pas essayé de le prendre pour casse-dalle, ruina-t-elle tout son baratin sur la prise en charge de ses responsabilités.

-Amen, approuva solennellement le Survivant.

-C'est juste tellement plus facile de refiler les corvées aux autres, ajouta Harriet.

-Carrément, acquiesça le Sauveur.

-Je suis heureuse de te l'entendre dire, mon très cher frère, commença-t-elle à sourire de la même façon que Georges Weasley juste avant qu'il ne fasse une blague à quelqu'un. Parce qu'il s'avère que la responsabilité de "Survivante" est trop lourde pour mes maigres épau-

-Si tu finis cette phrase et que je n'apprécie pas la fin, la prévint-il, tu pourras te carrer mon aide où je pense, déclara la Version Victorieuse.

-Mais j'ai besoin de ces cours particuliers, gémit l'adolescente peu habituée à ne pas manipuler son monde avec un sourire et un délicat battement de cils.

-T'as qu'à pas essayer de me recruter pour faire ton boulot à ta place, siffla furieusement le professeur.

-Moi, je veux bien des cours particuliers ! se rappela à leur souvenir Melchior Flint.

-Parce que toi tu as impérativement besoin d'apprendre "comment se débarrasser d'un mage noir en dix leçons" pour sauver ta dimension et tous les pauvres type qui habitent dedans ? grinça ironiquement la Survivante.

-"Dimension", releva l'adulte en levant les yeux au ciel. À peine la Grande-Bretagne, rectifia-t-il, faut pas pousser non plus...

-Vu le nombre d'individus cherchant à soutirer des savoirs intéressants au professeur Têtenjoy, il serait plus prudent que je sache comment m'en défendre avant que je finisse attaché sur une table à servir d'élément sacrificiel, défendit son point de vue le blondinet.

-Pas faux, admit le sorcier ayant empêché Galatea d'assassiner son tout nouveau frangin moins de deux heures plus tôt.

D'ailleurs, comment le jeune gryffondor était-il au courant de cette anecdote particulière ? Avait-il entendu des rumeurs sur le futur kidnapping de Charlus par ces mêmes individus ayant pour ambition de devenir des mages noirs ?

-Humpf ! renifla Harriet en levant prétentieusement ses yeux verts au ciel. Comme si quelqu'un dans cette école allait se faire kidnapper pour servir de sacrifice à un rituel de magie noire.

-Heuuh... ne put s'empêcher d'ouvrir la bouche le professeur responsable absolument pas à l'origine des malheurs de ce pauvre Charlus.

-Quoi "Heuuh..." ? demanda la petite brune en fronçant tellement les sourcils que les verres de ses lunettes rentraient dans sa peau.

-Riddle envisage depuis l'année dernière d'enlever le bibliothécaire pour le vider de son sang, leur révéla le gryffondor toujours drogué au biscuit comme s'il leur parlait de la météo.

-De quoi ?! firent les deux Survivants avec différents degrés d'horreur.

-Riddle ? glapit Harriet Potter. Tom Marvolo Riddle ? demanda-t-elle confirmation de ses pires cauchemars.

Apparemment, il n'était pas le seul à ne pas s'être rendu compte plus tôt qu'il avait atterri à l'époque de l'adolescence de leur premier Seigneur des Ténèbres.

-Lui-même, confirma Melchior. Un biscuit ? lui tendit-il innocemment sa boîte en fer-blanc regorgeant des sucreries créés par Voldemort Junior en personne.

Alors que sa version alternative se penchait sur lui pour attraper un cookie, le Survivant se dit qu'il était peut-être temps de la renseigner sur l'origine des space-cakes.

-Au cas où tu l'ignorais, attrapa-t-il son poignet avant qu'elle n'engouffre le délicieux biscuit, je tiens à te signaler que l'élève ayant confectionné ces cookies se trouve justement être Tom Riddle.

Harriet couina et lâcha instantanément le pauvre biscuit, tombant sur les genoux du professeur.

-Tu pouvais pas le dire plus tôt ?! piailla-t-elle hystériquement en cherchant à se débarrasser des miettes parsemant ses vêtements.

-Tu t'es incrustée toute seule et tu t'es jetée sur les gâteaux comme un petit gros en plein régime, lâcha peu galamment le Survivant en arquant un sourcil. J'ai tout simplement pas eut le temps de te prévenir, se défendit-il.

Son alter-ego commençant de plus en plus à ressembler à une cocotte-minute sous pression, le baroudeur international jugea plus judicieux d'immobiliser l'adolescente grâce aux sorts apposés aux murs de sa salle de classe. Se tournant vers son autre élève, patientant bien gentiment à sa droite et trop perché pour s'interroger des méthodes douteuses de résolution de conflit de son professeur, le Sauveur l'interrogea enfin sur le prétendu futur enlèvement de l'un de ses rares alliés dans cette école de tarés.

-Parle-moi de cette histoire de rapt de ce pauvre Howard Fawley, lui ordonna le chasseur de mages noirs.

-L'année dernière, Fawley était en septième année de Serdaigle, lui déballa le jeune homme en pâmoison devant sa personne. Et il est rentré des vacances de Noël métamorphosé en vierge sacrificielle par un type qu'il avait eut la bonne idée d'insulter.

-"Vierge sacrificielle" ? releva le trentenaire. C'est ça, le nom officiel des malheureux transformés en éléments de rituels coûteux ?

Normal que Charlus lui en veuille à mort...

-Et depuis, reprit le conteur, Riddle essaye de le coincer dans un coin pour lui prélever discrètement plusieurs litres de sang sans que Dumbledore ne s'en aperçoive.

Maintenant, Harry allait avoir de graves remords à retirer le bracelet qu'il avait offert à Howard, si le bibliothécaire menaçait de se transformer en monstre en quête de chair humaine à force de trop porter l'amulette récupérée dans une tombe maya. Se faire poursuivre par le même mage noir et par un individu de sexe féminin déterminé à le rendre chèvre avait tendance à créer des liens.

-En même temps, recommença à divaguer le jeune gryffondor, Fawley passait tout son temps libre à faire chier les gens. Ce genre d'ennuis devait fatalement finir par lui arriver, philosopha Melchior Flint.

-Comment ça ? voulut savoir le Survivant.

Le petit bibliothécaire lui avait toujours paru fiable et respectueux des limites d'autrui. S'il y avait une couille dans le potage quelque part avec Howard Fawley, autant le savoir le plus rapidement possible.

-Vous ne vous êtes pas demandé pourquoi Fawley restait à Poudlard, alors qu'une véritable armée d'aspirants mages noirs résidait au sein du château ? lâcha la poufsouffle avec laquelle Flint avait cancané sur son dos et qui était actuellement assise à la droite de l'adolescent blondinet.

Maintenant qu'on le lui signalait, il était effectivement louche qu'une cible privilégiée des éléments les moins fréquentables de leur société reste à proximité de ses potentiels meurtriers.

-Des suppositions que vous aimeriez partager, Miss... ?

-Williams. Rosalie Williams, lui répondit-elle. Et puisque que vous le demandez, j'ai effectivement quelques idées sur la question.

-Pas la théorie des Serviteurs de la Mort, réussit à soupirer de lassitude le pauvre drogué à l'esprit embrouillé.

Étrangement, cette dénomination disait vaguement quelque chose au Survivant. Ce qui n'était pas pour le rassurer.

-Howard Fawley appartient à une organisation secrète et internationale recherchant par tous les moyens à leur disposition trois objets précis, l'informa le plus sérieusement du monde la jeune fille aux cheveux châtains.

-Quels objets, exactement ? demanda avec une pointe d'angoisse le professeur.

La poufsouffle se permit un sourire légèrement tordu avant de répondre :

-Les Reliques de la Mort, bien sûr.

-Et merde, ne put retenir l'aimant à ennuis devant le nouveau coup du sort venant de lui tomber sur le crâne.

Galatea l'avait pourtant prévenu, des fanatiques d'un conte de fées traquaient sans relâche les individus ayant une aura similaire à la sienne et ne manqueraient pas un jour de frapper à sa porte. Seulement le Sauveur n'avait pas cru que l'un des hommes à la recherche des Reliques se trouverait être son collègue préféré et compagnon de galère continuellement poursuivi par des gens louches. Si son élève avait raison dans ses suppositions, comme la loi de Murphy l'affirmait, alors le voyageur temporel allait perdre l'un de ses seuls soutient moral dans cette école de frappés.

Une pluie de copeaux de bois vola dangereusement dans leur direction, et un coup vif de baguette magique suffit à dévier les projectiles mortels de leur direction et à faire baver d'adoration Melchior Flint.

-Désespérant, lâcha Rosalie Williams dans une grimace dégoûtée. Bref, reprit-elle son argumentation, Fawley a réussit à obtenir un poste à Poudlard pour traquer impunément dans les registres la trace des Reliques. Comme il s'agit d'un travail de toute une vie, se faire payer pour ranger le bazar sans nom qu'est la Bibliothèque est la couverture parfaite. Et, ajouta-t-elle, Fawley n'est pas une vierge sacrificielle comme les autres.

-Ah oui ? fit le Survivant avec un désespoir contenu.

-Oui, approuva la jeune poufsouffle. Je suis persuadée qu'il s'agit d'un rite de passage des Serviteurs de la Mort. La version du rituel de purification qui aurait mal tourné est beaucoup trop convenante pour être honnête. À mon avis, fit-elle, son aura de pureté est un moyen qui lui permet d'attirer la confiance d'un certain genre de personne. Un peu comme pour les sirènes avant qu'elles ne dévorent les pauvres marins.

Charmant. Le sentiment de camaraderie qu'il avait cru posséder pour Howard était en fait un appât destiné à lui donner son entière confiance.

-Autre chose ? demanda le professeur d'une voix éteinte.

Au point où il était, un peu plus ou un peu moins de cataclysmes ne changerait pas grand chose au bordel qu'était sa vie.

-Guilia jure sur sa vie qu'elle l'a vue se promener dans les couloirs en pleine nuit et qu'il était la copie conforme de Nosferatus, mais comme elle était ronde comme une barrique, je pense qu'elle a halluciné.

Des alarmes mentales se mirent à faire un boucan d'enfer entre les oreilles du Survivant. Cette dernière information était une véritable catastrophe reléguant l'incident du basilique à un simple petit problème de plomberie. Il était urgent que Harry récupère son bracelet le plus rapidement possible avant que l'un de ses élèves ne disparaisse subitement de la surface de la terre. D'ailleurs, avec un a propos particulièrement juste, l'insupportable clairon régulant son emploi du temps résonna à travers le château et mit fin à la parodie de cours des sixièmes années. Trouvant que préserver son image d'enseignant en donnant des devoirs était de toute façon inutile, le Sauveur ne prit même pas la peine de souhaiter une bonne journée à ses élèves avant de se précipiter vers la sortie, n'oubliant pas de récupérer son précieux sac en perles au passage.

Il était urgent que le professeur mette la main sur Howard Fawley avant qu'un drame ne frappe Poudlard. Sinon, le ciel le préserve, il aurait des ennuis bien plus sérieux à gérer.


J'espère que vous avez apprécié et vous donne rdv la semaine prochaine.

Au cas plus que probable où vous auriez des doutes sur les trop nombreux OC, j'ai créé une fiche sommaire de perso que vous pouvez trouver ssur mon profil. Ou vous pouvez me poser directement la question, je ne mords pas, juré. ^^

SEY