'Lut.

Tout d'abord, je confirme que mes publications se font maintenant une fois toutes les deux semaines. Principalement parce que je suis au point mort et bloquée au chapitre 22. Et comme ça ne va certainement pas s'arranger de sitôt, je vous épargne la cruelle attente de plusieurs mois en utilisant l'impitoyable technique du compte-goutte ^^.

Ensuite, MEGA SPOILER - SPOILER -SPOILER- et re-SPOILER ! sur les Crimes de Grindelwald.

Non, je ne me suis pas encore remise de l'histoire d'"Aurelius". Je suis restée conciliante avec McGonagall pas encore née, et Dumbledore en autre chose que prof de métamorphose. Mais Aurelius est tout simplement la preuve que les types ayant pondu ce film n'ont jamais lu Les Reliques de la Mort. Ensuite, non pas que je m'attendais à autre chose, mais où est l'histoire d'amour tragique d'Albus et Gellert ?! Une phrase sibylline, une poignée de mains, un regard ambiguë et c'est tout ? Et comment a-t-on pu oser enlever au personnage d'Albus la pierre angulaire de sa psyché ? Je suis désolée, mais la raison pour laquelle il n'a pas réussi affronter Gellert avant 1945 n'est PAS à cause d'un porte-clef coloré. Ce qui rend ce perso si humain, c'est justement ses fautes et ses erreurs de jeunesse, ainsi que sa honte de n'avoir pas pu affronter ses faiblesses. D'où est-ce que vous me sortez cette histoire de "pacte de sang" ? Arrrgh! Albus et Gellert est canon et COMPLIQUE ! C'est justement pur cela que c'est aussi savoureux.

Bon. Vous l'avez deviné. Sitôt que je le peux, je VAIS faire rappliquer Grindelwald et tenter de mettre de la romance tragique dans ce cirque capillo-tracté. Ca va envoyer du lourd, c'est moi qui vous le dis. Et si vous n'avez pas fui avec l'histoire de la météorite, et de Voldemort en dealer de sucrerie, je suis certaine que vos neurones arriveront à supporter l'horreur en train de s'esquisser dans mon esprit tordu.

Sur ce, je vous laisse lire en paix. ^^


Chapitre 19 : Dix-neuf heures

Si l'imposante horloge moldue à pendule ne mentait pas, il était dix-huit heures trente. Cela faisait tout juste dix heures et demi que sa première journée de cours avait commencé. De huit heures à dix heures, les adolescents de septième année s'étaient pris pour des adultes capables de jouer à la Politique grandeur nature ; lui avait reproché son affiliation louche avec le nouveau chef de gouvernement ; et Lucretia Black avait tenté de zapper son autorité. De dix heures à midi, il avait eut le malheur de rencontrer l'Horreur Absolue, alias Icarus Prince, avec le reste des quatrième année ; Birba Ragnok avait à nouveau essayé de le vendre aux gobelins ; sa fenêtre s'était fait une première fois exploser par la rouquine du passé ; et Bogdan Kovacs avait été kidnappé par Galatea Têtenjoy. De midi à deux heures, il avait participé à un pique-nique organisé par Howard, le potentiel membre d'une secte de fanatiques des Reliques, où il avait eut une discussion improbable avec une certaine "Mary Sue" venant d'une dimension où il était un célèbre personnage de romans jeunesse ; avait compris le génie de Voldemort Junior et de ses pots-de-vin en forme de biscuits drogués ; avait eut une conversation éclairante avec l'incarnation physique de la Mort ; avait été témoin de l'atterrissage d'une météorite sur le camp des mercenaires ; avait sauvé son frère et un Chasseur des griffes du mage noir local et avait rencontré pour la première fois la bande de bras cassés d'aurors. De deux heures à quatre heures, le malchanceux professeur avait dû enseigner à la pire promotion de sa carrière, contenant dans ses rangs d'erreurs de la nature son alter-ego rajeunie et féminin, une espèce de princesse extra-terrestre et deux préfets ne cherchant qu'un prétexte pour se lancer insultes et sortilèges au visage ; l'une des victimes de Myriam s'avérant être un Black connu et reconnu avait déboulé par la fenêtre et lui avait fait assuré qu'il allait squatter Poudlard pour "se distraire" ; il avait appris qu'Howard s'était potentiellement transformé en goule immortelle par sa faute. De quatre heures à six heures, il s'était retrouvé obligé de sécher son cours avec les troisième année pour partir à la chasse au bibliothécaire ; était tombé sur Abigail Mitchell, l'insupportable Chanceuse, et Icarus Prince ; puis Bogdan Kovacs était littéralement tombé du plafond en cherchant à fuir Frankenstein et ses expérimentations scientifiques et avait accepté de lui servir de lance-flammes humain ; la fameuse bande de bras cassés d'aurors l'avait recruté pour mettre la main sur Galatea ; Voldemort Junior s'était incrusté à leur groupe à l'aide de gâteaux empoisonnés et de remarques aussi aguichantes que perturbantes ; le professeur avait récupéré l'amulette à l'origine de sa panique après avoir constaté qu'Howard était toujours humain ; un nid d'accromentule avait éclos au sein même de la Bibliothèque ; les aurors sensés s'occuper des araignées géantes avait créé un bordel encore plus impossible en invoquant une magie surpuissante ayant sans doute provoqué quelques défaillances temporelles et réduit la pauvre Bibliothèque en un tas de livres répandus chaotiquement sur le sol ; le voyageur du futur avait plus ou moins accepté de côtoyer Tom Riddle en hommage au pauvre orphelin que lui-même avait été ; Harry s'était retrouvé obligé de partir à la recherche de Galatea avec les aurors toujours drogués aux pâtisseries de Voldemort Junior ; ladite criminelle lui avait expliqué le léger malentendu et avait embarqué les agents de force de l'ordre pour convaincre Albus de ne pas l'assassiner à vue ; le professeur était tombé sur Myriam, poursuivie par un Beery voulant qu'elle enseigne à ses élèves ses secrets d'actrice et par un Marius Black-Machin-McAllister désirant qu'elle le transforme en vampire ; les deux maudits avaient terminé dans une pièce étrange changeant de forme aléatoirement ; Harry avait paumé ses lunettes dans le bassin de liquide rosâtre où nageaient des créatures meurtrières ; Myriam avait essayé de l'entuber en lui racontant des cracks sur ce qu'avait été sa journée ; le professeur avait récupéré une nouvelle monture et avait remit Hannibal dans la Forêt Interdite. Et de six heures à environ six heures et demi, un arrivage de deuxième année l'avait escaladé comme des groupies hystériques et une armée de mercenaires menée par Birba Ragnok l'avait encerclé jusqu'à l'arrivée d'Albus Dumbledore. Il s'était assurément passé beaucoup de choses depuis le premier coup de clairon annonçant le début de cette incroyable journée.

Paisiblement avachi dans un fauteuil encore plus confortable que dans ses rêves les plus fous, Harry Potter gaspillait sans remords ses quelques minutes de tranquillité à fixer le pendule de l'horloge de son supérieur. Et à faire le compte des ennuis n'ayant cessé de lui tomber dessus depuis qu'il avait eut le malheur de se lever ce matin-là, accessoirement.

-Je ne vous ferais pas l'affront de vous proposer une tasse de thé, dit le propriétaire de l'hypnotisante horloge avec une acidité peu familière dans la voix.

Alors que le professeur de Métamorphose s'installait à son bureau, le trentenaire ne put s'empêcher de se demander quel papillon il avait bien pu écraser pour que l'Albus qu'il avait sous les yeux soit aussi différent que son ancien mentor. Jamais un invité n'était entré dans le bureau du Directeur sans qu'il ne lui soit proposé un thé ou des sucreries. C'avait été l'une des règles d'or de bienséance du vieil homme auquel il était le plus attaché. Devoir être forcé d'entendre son nouveau collègue mépriser les sacro-saints thés à la bergamote et bonbons au citron était encore pire que se faire draguer par la version adolescente de Voldemort.

-Pourquoi cela ? demanda le Sauveur d'une petite voix étranglée.

Le haussement de sourcil auburn de son supérieur lui fit comprendre qu'il avait dû rater un détail atrocement important au cours de son petit compte-rendu. Mais lequel ? Avec la journée qu'il avait eut, qui pouvait honnêtement s'attendre à ce qu'il se souvienne de tous les évènements l'ayant frappé de toute leur dureté ?

-Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, prononça lentement le professeur de Métamorphose en posant ses mains jointes à plat sur son bureau en chêne, un trafic de nourriture et de boisson prolifère à Poudlard.

-Ahhh... comprit enfin le baroudeur international. Les pots-de-vin en forme de sucreries.

En même temps, c'était la seule monnaie d'échange universelle entre marmots pré-pubères. Normal qu'un individu plus débrouillard que les autres ait décidé un jour d'un profiter. Fred et Georges avaient d'ailleurs été à son époque ces gosses au sens des affaires redoutables, ayant usé de leur ingéniosité extra-ordinaire pour remplir leurs caisses et leurs poches grâce à leurs recettes de crême-canari et autres produits de leurs sublimes Boites-à-flemme.

-Précisément, lui répondit dans un grincement le Sous-directeur entre ses dents serrées.

Là, il y avait assurément quelque chose à creuser. Ce genre de réaction était tellement à contre-emploi de l'homme qu'il avait connu-, allait connaître-, connaissait qu'il était impossible qu'il n'y ait pas anguille sous roche. Il restait juste à savoir si le jeu en valait en chandelle, et surtout connaître les horribles conséquences qui n'allaient pas tarder à lui tomber dessus...

-Et ? demanda le type ayant passé une trop longue journée pour faire fonctionner correctement le peu de neurones qu'il possédait encore.

-Et, reprit le vénérable mage en prenant une profonde inspiration agacée. Outre le caractère immoral de cette pratique, il m'a semblé peu courtois de vous proposer une collation alors qu'un certain individu dans cette école s'amuse à empoisonner la moindre chose comestible pour convaincre ses professeurs de l'assister, grogna presque le futur Manitou Suprême en rayant de ses ongles son précieux bureau ayant connu nombre d'abus.

Le bruit que firent lesdits ongles de son supérieur quand ils défigurèrent le pauvre bois tira au Survivant une grimace douloureuse. Le son distinctif d'ongles rayant une surface lui rappelait immanquablement ses confrontations avec les harpies échappées d'une dimension parallèle qu'il avait dû traquer à travers les îles Grecques. Ces monstres humanoïdes avaient eut la facheuse habitude de caresser la moindre chose tangible de leurs griffes effroyablement longues et de laisser au passage de larges traces parallèles ainsi qu'un bruit insupportable. Le fait que l'une de ces bestioles lui ait arraché la gorge et l'ait condamné au mutisme pendant de trop longs mois n'avait pas amélioré sa haine de ces créatures nuisibles, bien au contraire. Il était donc tout à fait compréhensible que le Sauveur grimace à chaque bruit de griffures, ne lui rappelant que trop les horribles harpies qu'il avait fait retourner de la faille dimensionnelle à laquelle elles étaient issues.

-Hun-hun, lâcha le professeur de Xénomagie à l'attention fixée sur les doigts du Sous-directeur.

-Sachant la soudaine passion animant Tom Riddle à votre égard, et les moyens qu'il va mettre à disposition pour vous prendre dans ses filets, il m'a paru plus courtois de vous faire savoir en des termes peut-être un peu trop subtil que mon soutien vous est acquis.

Hein ?

-Vous pouvez répéter ? exprima son incompréhension le jeune professeur aux idées légèrement confuses.

-Je disais, expira avec une colère contenue mais bouillonnante le grand Albus Dumbledore, que j'allais vous aider à contrecarrer les plans de Riddle vous concernant.

-Avec une tasse de thé ? ne comprit plus rien l'organisme mono-neuronal.

Si le professeur de Métamorphose avait été un tout petit peu plus jeune, il aurait sans aucun doute cédé à ses pulsions primaires et aurait explosé de rage en hurlant et en cassant tout dans son bureau. À la place, grâce à des années d'enseignement et une sagesse née de l'expérience, le sexagénaire fit preuve de retenue et n'exprima son état de nerf au bord de l'implosion que par un incontrôlable clignement de la paupière gauche.

-J'ai commis l'erreur de croire que vous étiez plus intelligent que votre apparence de clochard alcoolique le laisse penser, lui asséna le Sous-directeur.

-Hey, protesta mollement ledit poivrot notoire.

-Et ait naïvement cru que vous étiez capable de comprendre une subtilité quand on vous en expliquait une, termina le professeur de Métamorphose dans un profond soupir et en se massant lentement les tempes.

-Pour ma défense, se justifia le nouvel enseignant, j'ai eut une journée particulièrement chargée et éreintante aussi bien physiquement que mentalement parlant.

-Parce que vous pensez que la mienne a été mieux ? lâcha acidement son collègue.

-Eh bien... , commença le Sauveur persuadé que personne ne pouvait tout simplement rivaliser avec lui, sauf peut-être Myriam. Vous avez dix Plaies qui vous courent aux trousses pour que vous leur appreniez comment Accomplir des Prouesses Prophétiques ? Ou un ado qui veut vous soudoyer avec des biscuits drogués et des avances graveleuses ? Ou des élèves tellement incapables de suivre un simple cours qu'ils se mettent à refaire la guerre des tranchées avec des morceaux de mobilier ? Ou une magie surpuissante qui vous explose à la figure et fout en l'air votre perception du temps ? Ou encore un collègue qui vous paraît cordial, mais qui pourrait appartenir à un groupe d'individus ne vous voulant absolument pas de bien ? demanda rhétoriquement le professeur de Xénomagie.

-Vous seriez surpris, prononça avec lassitude le vénérable mage de soixante balais.

-Cette école est maudite, décréta le Survivant en s'affalant plus profondément dans son confortable fauteuil.

-Je ne vous le fais pas dire, approuva le Sous-directeur en sortant de son bureau tailladé une pelote de laine et une paire d'aiguilles à tricot.

-Sérieusement ? ne put que dire le voyageur temporel.

-Moquez-vous, fit son collègue, mais je vous assure que le tricot détend plus les nerfs que toutes les bouteilles de Whisky-pur-feu que vous pourriez dégotter.

Diantre. Mais est-ce que ça se voyait tant que ça sur son visage, qu'il aimait se détendre et se plaindre de ses malheurs dans le premier débit de boissons venu ?

-Si vous le dites, ne chercha-t-il pas à contrarier l'un des rares habitants de ce château susceptible de l'aider à survivre à l'année scolaire qui s'annonçait d'ors et déjà pire que tout ce que le baroudeur inter-continental avait bien pu vivre.

-Tenez, lui tendit-il une autre paire d'aiguilles à tricoter et une épaisse pelote de laine grise. J'ai plusieurs aiguilles de rechange et mon fournisseur a absolument tenu à m'offrir cette couleur affreuse, lui expliqua-t-il quand il constata que le trentenaire hésitait à prendre son cadeau gracieusement offert. Je crois que mes goûts en matière de couleur ne lui plaisent pas, fronça le nez le grand sorcier devant son génie incompris en matière de mode vestimentaire.

-C'est que..., essaya le Sauveur de trouver une excellente raison de refuser le don de son généreux collègue sans se le mettre définitivement à dos. Je ne sais pas tricoter, tomba-t-il en cruelle panne d'inspiration.

-Je vais vous apprendre, ruina tous les plans le sexagénaire. Vous allez voir, c'est très facile, lui assura le Sous-directeur avec un sourire de vieux grand-père gâteau.

Se disant que de toute façon, à part une virilité malmenée, rien de mauvais ne pouvait décemment sortir d'une séance de tricotage, le Sauveur réprima un soupir de vaincu et prit le matériel que lui tendait son supérieur hiérarchique.

-Vous avez un talent naturel, professeur Potter, se réjouit le vieil homme après quelques minutes de studieux travaux de couture.

Le fait qu'il ait passé de trop longues semaines à servir de boniche à des amazones tyranniques et de nourrice sous-payée pour leurs tyrans de descendance démoniaque, fut passé bien évidemment sous silence, et Harry n'esquissa qu'un sourire gêné en réponse au compliment de son collègue. Ce n'était pas la première fois que le Survivant se retrouvait avec une aiguille entre les mains, le sorcier était d'ailleurs loin d'être un débutant en couture. Outre son expérience de bonne à tout faire en Grèce, le baroudeur avait été obligé, au cours de ses errances en milieu hostile, à apprendre à repriser tout seul ses vêtements. Constatant d'ailleurs que le britannique était parfaitement capable de réparer leurs précieuses paires de chaussettes ravagées par sa Poisse Cosmique, la grande majorité de ses compagnons d'infortune avaient exigé que son expérience en matière de couture soit mise à leur profit. Il y avait aussi eut l'incident avec une sorcière cambodgienne, qui avait refusé de le libérer de son piège tant qu'il n'aurait pas réparé la tapisserie ensorcelée qu'il avait accidentellement détruit. Depuis lors, Harry Potter était parfaitement capable d'user d'une paire d'aiguilles à tricoter et de créer un sortilège complexe avec. Et ceci, plus que de faire une écharpe, détendait effectivement et efficacement ses nerfs mis à rude épreuve au cours de ces dernières heures.

Leur silencieuse séance de tricotage fut malheureusement interrompue par le délicat "gong" de l'horloge à pendule, leur annonçant que dix-neuf heures était arrivé et que le dîner était servi. Dans un soupir transmettant le peu de motivation qu'il avait à faire acte de présence au repas, le Sauveur rangea son travail de couture dans son sac en perle ne le quittant pour ainsi dire jamais, et se leva de son confortable fauteuil.

-Je suppose que vous ne voyez aucun problème à ce que nous ne nous présentions pas au dîner ? fit Albus en rangeant son tricot dans son tiroir, puis en posant un regard aiguisé sur sa malheureuse personne.

-Pourquoi cela ? demanda le professeur se sentant pris au piège par un prédateur assurément plus dangereux qu'un nid d'accromentules.

Le bureau de son collègue ne possédant qu'une seule sortie, et cette dernière se trouvant sur sa droite, la probabilité qu'il atteigne la porte sans se faire roussir le fion au passage était suffisamment élevée pour qu'il tente sa chance si le besoin s'en faisait sentir.

-Parce que je dois vous entretenir de sujets délicats, lui répondit le Sous-directeur en posant ses mains jointes sur son mobilier égratigné précédemment par ses ongles.

-Tels que ? déglutit le Survivant en se cramponnant aux accoudoirs.

-Tel que l'incident de la Bibliothèque, celui de la météorite, la plainte des septième année, la menace de soulèvement de la Maison Poufsouffle et la raison pour laquelle les aurors ont décidé de laisser Galatea Têtenjoy continuer à enseigner à Poudlard, lista-t-il aussi calmement que s'il récitait un menu.

-Quand je vous disais que j'avais eu une journée chargée, soupira le Sauveur devant l'avalanche de péripéties loufoques.

-Je le constate, lâcha son supérieur d'une voix plate. Des commentaires que vous aimeriez ajouter à votre crédit ? lui demanda-t-il comme s'il n'était pas en train de le menacer frontalement.

Le professeur de Xénomagie se laissa le luxe de déglutir une dernière fois avant de se lancer dans ses explications fumeuses. Au moins, cette fois-ci, il n'aurait pas à craindre que son thé soit aromatisé au Veritaserum, comme pendant sa scolarité mouvementée.

-Je décline toute responsabilité du chaos qu'est devenue la Bibliothèque, pour la simple raison que ce sont vos aurors qui ont essayé de faire joujou avec des machins chinois surpuissants et que c'est grâce à moi que personne ne s'est retrouvé coincé dans une boucle temporelle jusqu'à l'aliénation complète.

Ce qui avait été atrocement près de lui arriver la dernière fois qu'un demeuré avait fait joujou avec un bâton surpuissant.

-Figurez-vous que le professeur Campbel a trouvé des anomalies troublantes dans le continuum espace-temps du château pendant qu'elle était en train d'enseigner aux quatrième année, l'informa le Sous-directeur.

Harry n'avait jamais vraiment discuté avec Anatolia Campbel, le professeur d'Arithmancie, mais le sorcier avait tout de même entendu des rumeurs à son sujet. Apparemment, sa collègue prenait ses étudiants pour de la main d'œuvre gratuite pour ses travaux "révolutionnaires" dans la conception qu'avait l'Humanité de l'Univers, et avait pris Icarus Prince sous son aile. Juste pour ce dernier point, le Sauveur n'avait absolument pas l'intention d'engager un jour la conversation avec cette collègue ne pouvant qu'attirer la Poisse. Le fait, cependant, que la sorcière ait détecté un problème dans l'écoulement du Temps au sein du château, allait devoir forcer le chasseur de mages noirs à rempiler pour une énième quête épique et à taper la discute avec un individu qu'il aurait préféré ignorer jusqu'à ce qu'il se casse de cette école de tarés.

-Génial, soupira lourdement le Sauveur en s'enfonçant plus profondément dans son fauteuil et en se massant une énième fois les yeux. Je devrais être capable de régler ce genre de problème dans la semaine, le renseigna-t-il, à condition que rien de pire ne vienne s'ajouter à la liste, marmonna-t-il pour lui-même.

-Une excellente nouvelle, fit le Sous-directeur avec une absence d'enthousiasme flagrante et suspecte.

-Pour ce qui est des septième année, j'ai juste appliqué une punition adaptée à une élève odieuse et persuadée qu'elle était au-dessus du commun des mortels. Honnêtement, fit l'ancien souffre-douleur des Dursley, ramasser des champignons dans la boue n'a jamais tué personne et est très bon pour désenfler les chevilles, se justifia le voyageur du futur. Je ne fais que lui rendre service ! ajouta le Sauveur d'un altruisme sans limite.

-Avez-vous seulement conscience du rôle de votre père adoptif dans la topographie politique de notre pays ? déplora le vénérable mage en le regardant comme s'il était responsable de la soudaine baisse de QI des résidents du château.

-Au-dessus de tout le monde ? supposa l'expatrié s'étant tiré de chez lui quand on lui avait imposé le poste de Ministre de la Magie sans lui demander son avis.

Honnêtement, s'il avait eut un sens de la politique quelconque, il aurait été réparti à Serpentard avant même qu'il puisse négocier son entrée à Gryffondor. Parce qu'avec son sens de la négociation retors, sa légère tendance à la fuite au moindre soupçon de mauvais présage, son habitude à refiler les corvées et les accomplissements prophétiques à ses compagnons d'infortune, l'application systématique de la technique de l'autruche comme résolution de problème et sa capacité innée à parler aux reptiles, le Survivant avait quand même tout l'attirail d'un serpentard en puissance. Même à onze ans, le Garçon-qui-avait-survécu avait été un gryffondor boderline et aurait put très bien finir chez les verts et argent si Malfoy Junior n'avait pas été un crétin arrogant et imbu de lui-même. En attestait le fait qu'il avait préféré opter pour la facilité en choisissant la Maison où il aurait eut le moins de risque à finir haït par tout son dortoir à cause d'un Dudley peroxydé. Cependant, si le Survivant avait su ce que terminer à la Maison des hardis lui préparait, il aurait sans doute écouté plus attentivement le Choixpeau mité et essayé de se faire répartir à Poufsouffle. Parce que la Maison sensée abriter les moins courageux, les moins perfides et les moins intelligents devait être une planque idéale pour un individu ne rêvant que de passer inaperçu et de se fondre dans la masse à défaut des murs.

Mais dans ce cas, si la Maison des blaireaux était effectivement dénuée d'éléments remarquables, comment se faisait-il que les poufsouffles aient subitement décidé de prendre une aile de bâtiment publique en otage et de fomenter une rébellion marxiste en prenant leur pauvre petit professeur de Xénomagie pour cible ? Honnêtement, qu'avait-il bien pu faire pour que les gentils blaireaux le considèrent comme sujet de négociation ? Il avait juste cédé à l'insistance de ses harceleurs et accepté que les plus teigneux ait des cours particuliers pour la transformation en animagus. Rien qui mérite que son nom soit cité dans les réclamations. Encore qu'il tenait cette information de cette chère Myriam, qui avait déjà prouvé ne pas partager toute la vérité concernant ses pérégrinations épiques au sein du glorieux château. Il n'était pas à exclure qu'elle lui ait purement et simplement menti pour le distraire de ses propres ennuis avec le reste de l'école. Il était même plus que probable que le vampire plusieurs fois centenaire l'ait honteusement mené en bateau.

-Si vous aviez la politesse d'écouter ce que j'ai à dire, au lieu de rêvasser en fixant mon horloge comme un demeuré, professeur Potter, claqua la voix sèche et exaspérée du Sous-directeur, vous comprendriez quel chaos votre "punition adaptée" a dégénéré dans votre inconscience béate, cingla le sexagénaire.

-Mais je l'ai juste collée à aller ramasser avec moi des champignons, ne comprit vraiment pas où était le problème le type ayant été élevé par des moldus bas de plafond.

À ces paroles, Albus laissa sa tête retomber lourdement entre ses mains et un soupir exprimant tout le désespoir du monde sortit de sa carcasse abattue.

-Mais qu'est-ce qu'a bien put vous trouver Gellert ? marmonna dans sa barbe auburn le puissant sorcier.

Ah. Oui. Il y avait cette histoire de correspondance amoureuse et à sens unique avec l'ennemi numéro un de la nation, et d'agent dudit amoureux transi envoyé pour faire changer d'allégeance le Sous-directeur. D'ailleurs, d'où Albus avait-il bien pu tirer l'idée qu'il était un sous-fifre de Grindelwald ? Qu'avait bien pu dire, ou faire, le nouveau professeur de Xénomagie, pour que son collègue soit aussi persuadé qu'il avait pour mission de servir d'entremetteur et de rabattre Dumbledore dans les filets de son ancien amant de mage noir ? Parce que d'habitude, quand il se bourrait la tronche jusqu'à avoir des trous de mémoire, il avait tendance à rabattre les oreilles de compagnons de beuveries de ses mésaventures de malchanceux chronique. Se faire passer pour un cupidon à la solde d'un tueur de masse était assurément une nouveauté qu'il aurait trouvé drôle s'il n'était pas le crétin concerné par les aventures amoureuses de deux légendes vivantes sensées s'entretuer trois ans plus tard.

-Veuillez m'excuser, Albus, se racla la gorge le trentenaire, mais comment-

Le jeune professeur n'eut pas le temps de finir sa phrase que le futur champion du Bien lui coupa sèchement la parole, sa tête toujours enterrée entre ses mains ridées.

-Si une autre imbécilité sort de votre bouche, je vous vends aux aurors, le prévint l'homme sensé lui servir d'allié contre les catastrophes ambulantes parsemant le château.

Okay. Comment les choses avaient-elles pu dégénérer à ce point, exactement ? Juste pour savoir et ne pas répéter ce désastre deux minutes plus tard.

-J'étais juste curieux de savoir si mon état d'alcoolémie de notre première rencontre était à l'origine de-

-Juste, taisez-vous, craqua le professeur de Métamorphose dans un soupir de fin du monde.

-Mais vous avez encore besoin de mes conseils pour gérer votre ex et ses lettres envahissantes ? demanda tout de même le masochiste. Parce qu'avec tous les détraqués qui passent leur temps à me courir après, je suis plutôt doué pour éconduire définitivement les gens, vous savez, l'informa à tout hasard le trentenaire.

Oui. Bon. Techniquement, il prenait la poudre d'escampette et se barrait à l'autre bout de la planète plutôt que de faire face à son soupirant du moment, mais Albus n'avait pas besoin de connaître ce léger détail. Si ?

-Donnez-moi ne serait-ce qu'une bonne raison de ne pas vous renvoyer à Gellert en pièces détachées, lui ordonna le puissant sorcier ayant toujours sa tête enterrée entre ses mains.

Si Albus avait été n'importe qui d'autre, Harry aurait sans doute sous-estimé la menace de son supérieur hiérarchique. Faisant pour la première fois preuve de prudence élémentaire, le voyageur de futur ne chercha pas à faire inutilement de l'humour et se creusa la cervelle.

-Parce que la bande de bras-cassés d'aurors a peut-être foutu le boxon avec Continuum-espace-temps de l'école, et que je suis l'un des rares types capable de régler le problème sans plonger toute la planète dans une boucle de lundi éternels ?

Si ça, c'était pas un argument imparable, le Survivant voulait bien manger sa précieuse paire de bottes et ses lacets trafiqués par Yatsumi.

-Soit, grogna le Sous-directeur en émergeant de ses mains et en donnant l'impression de porter le poids de toute la bêtise du monde sur ses maigres épaules.

En même temps, être responsable de toutes les lubies de ce vieux renard de Dippet était un boulot qui ne pouvait être qu'éreintant. Surtout si le vioc refilait toutes les tâches ingrates à son fidèle et masochiste subordonné.

Eprouvant une vague de compassion pour ce pauvre Albus, le professeur de Xénomagie se résolu à prendre les rênes de la conversations, et de finir au plus vite le remontage de bretelles en règle. Le fait que son supérieur ne soit plus vraiment en état de lui hurler dessus jusqu'à la surdité partielle, ou de le fusiller du regard jusqu'à ce qu'il ait l'impression d'être assis sur des glaçons, n'entrait absolument pas en ligne de compte dans cette prise de décision.

-Autre chose dont vous vouliez me parler, Albus ? demanda-t-il de sa voix la plus aimable et gentille.

Le fait qu'il donne l'impression de s'entretenir avec un grabataire de quatre-vingt-dix piges coincé dans une maison de retraite lui passa complétement au-dessus de l'esprit. En revanche, Albus Dumbledore étant loin d'être sénile, il ne rata pas ce ton suintant de pitié et d'inquiétude mal placée. Son sourcil auburn se levant haut sur son front ridé aurait d'ailleurs dû mettre la puce à l'oreille du Survivant. S'il avait été un peu moins épuisé par sa journée dépassant de loin son quota habituel de catastrophes à la minute, ou si ses précieuses lunettes avaient été perchées sur son nez et corrigées sa vue déficiente, le Sauveur aurait sans doute remarqué ce sourcil haussé et les ennuis ce que ce simple geste facial impliquait.

-Vous ne vous êtes toujours pas expliqués sur la raison qui vous a fait décider qu'il était acceptable de laisser Galatea Têtenjoy enseigner à Poudlard, claqua la voix inébranlable du puissant sorcier.

Flûte.

-Eh bien... se tortilla inconfortablement le trentenaire dans son fauteuil rembourré. Figurez-vous que toute cette histoire de mage noir qui devient incontrôlable était en fait un malheureux malentendu tout ce qu'il y avait de plus fâcheux, essaya-t-il de sauver les meubles tout en sachant pertinemment que son destin était scellé d'avance.

-Vraiment ? souffla d'une voix mielleuse et angoissante son futur mentor.

-Tout à fait, continua-t-il à creuser sa propre tombe tout en opinant farouchement du chef.

-Et l'odieuse tentative de chantage sur ma personne de la part de cette blondasse n'est rien d'autre qu'une fâcheuse coïncidence ? réussit-il l'exploit d'être effroyable tout en gardant un visage souriant de papi gâteau.

Pour le coup, Harry eut vraiment peur pour sa vie. Coulant un regard discret vers l'unique sortie de la pièce, le Survivant échafauda rapidement une ébauche de plan pour se tirer à l'anglaise du nouveau guêpier dans lequel il s'était fourré. Tentant le tout pour le tout, le voyageur temporel lâcha :

-Si vous rangiez correctement votre courrier, au lieu de le laisser trainer à la vue de toute l'école, ce genre d'ennuis ne vous seraient pas arrivés, répliqua le Sauveur en résolument croisant les bras avec une assurance de façade.

La principale raison pour laquelle ses bras étaient collés contre sa poitrine était pour les empêcher de trembler trop visiblement, et ruiner de facto son jeu de comédien. Tout comme à chaque partie de poker, où les cartes semblaient s'être donné le mot pour le boy-cotter, le Survivant avait usé de son atout indispensable lui assurant une débâcle pas trop humiliante : le bluff. Au vu de sa Poisse Cosmique, le malchanceux chronique était bien naturellement devenu très familier avec cette technique s'apparentant presque à de la triche. Mentir, quand sa vie et son compte en banque étaient en jeu, était pratiquement devenu un schéma de survie par défaut. Même si, dans ce cas présent, Galatea avait découvert toute seule le vilain petit secret d'Albus Dumbledore.

Ce qu'ignorait le Sauveur, c'était que le mage noir local avait eut vent de sa relation particulière avec Grindelwald à cause de lui. Parce que le poivrot avait entraîné son supérieur à boire le soir de son arrivée à Poudlard, et lui avait fait craché que son ex lui envoyait beaucoup trop de lettres pour qu'il puisse les planquer correctement dans ses quartiers. D'une certaine façon, la faute revenait au professeur de Métamorphose, parce que discuter de sujets sensibles quand on était rond comme une barrique était strictement loin d'être une idée judicieuse. N'ayant cependant qu'une expérience limitée des dégâts causés par l'alcool, le pauvre Albus n'avait pas fait attention à ce qui sortait de sa bouche et à qui pouvait bien espionner leur conversation pendant qu'il s'épanchait longuement sur l'épaule de son jeune collègue. Le sort, et des divinités joueuses, avaient voulu que certains individus laissent trainer subtilement leurs oreilles et apprennent deux ou trois détails allant rendre la vie du Sous-directeur encore plus compliquée.

-Mes lettres sont sous-clé, rétorqua sèchement le professeur de Métamorphose, outré que son subordonné remette en cause ses capacités. Mon système de sécurité est inviolable, insista-t-il sous le regard peu convaincu du Survivant.

-Suffisamment inviolable pour qu'un mage noir centenaire ayant réussi à se lier magiquement aux protections de l'école soit incapable de mettre la main sur des preuves compromettantes ? demanda rhétoriquement le professeur de Xénomagie.

Albus ouvrit la bouche, dans l'évident but de répondre à son collègue, mais aucun son ne sortit de ses lèvres.

-Peut-être ai-je sous-estimé Têtenjoy, concéda le grand Albus Dumbledore en passant ses doigts dans sa barbe auburn.

-À la bonne heure ! se réjouit le malchanceux chronique. Si ce léger malentendu est réglé, pourquoi ne nous dirigeons-nous pas vers la Grande Salle ? lui proposa-t-il se levant du fauteuil un peu trop confortable. Je ne sais pas vous, mais je meurs de faim, essaya-t-il de fuir vers la sortie.

-Un instant, professeur Potter, le rappela sèchement à l'ordre son supérieur hiérarchique.

La main levée à à peine quelques centimètres de la poignée de porte, Harry Potter maudit une énième fois la déité sadique perchée sur son épaule.

-Oui ? demanda l'incarnation de l'innocence sans se retourner.

-Nous n'avons pas parlé du météore ayant percuté les protections de l'école et de la vague de rébellion touchant les poufsouffles.

-Mais pourquoi est-ce que tout le monde que je suis à l'origine de toutes les catastrophes divines frappant ce château ? se plaignit le Sauveur en abandonnant toute présomption de toucher dans la minute cette maudite poignée de porte et en faisant enfin face à son ancien mentor.

-Parce que les évènements... disons inhabituels ne cessent de vous poursuivre, le renseigna le Sous-directeur toujours assis derrière son bureau.

À cet euphémisme réduisant ses péripéties loufoques aux quatre coins de la planète à une petite promenade de santé, Harry Potter ne put s'empêcher de lever dramatiquement les yeux au ciel. La porte fut loin d'être impressionnée par ses mimiques d'une maturité douteuse.

-N'ayant, pour le moment, jamais mis les pieds dans l'espace, lui répondit le Survivant, je vois difficilement comment j'aurais pu mécontenter des aliens un peu trop susceptibles, continua-t-il à mentir à nez et à la barbe de son supérieur.

Certes, sa Poisse Cosmique ne l'avait pas encore traîné jusque sur la Lune, mais connaissant les pulsions sadiques et le sens de l'humour douteux de l'entité perchée sur son épaule, ce malheureux cas de figure n'allait pas tarder à apparaître dans son top dix de catastrophe divine majeure. Parce qu'avec une princesse extra-terrestre comme élève et une limace humanoïde gisant quelque part dans les couloirs grâce à cette psychopathe de Myriam, il était évident qu'il se retrouverait par un concours de circonstances capillo-tracté dans le vide intersidéral en train d'essayer de parlementer avec des aliens déterminés à pulvériser la planète. C'était tellement couru d'avance qu'il valait mieux se préparer psychologiquement à une reprise de Mars Attack avec sa pauvre personne en rôle principal.

Donc voilà. Techniquement, si on excluait son association au vampire séculaire s'amusant à démembrer les larbins d'un empereur galactique, Harry n'avait rien à se reprocher concernant leurs voisins de l'espace. Cependant, le Pion d'un jeu de sadiques en puissance se distrayant à ses dépens, et à ceux de beaucoup trop de personnes dans cette école pour le bien de sa santé mentale, était loin d'être innocent dans cette histoire de largage de météore. C'était, après tout, à cause de son coup de sang après avoir appris son statut de marionette-esclave de la Destinée que l'entité parsemant sa vie de périples loufoques avait décidé de catapulter une roche enflammée sur son crâne ; histoire que son Pion comprenne bien que même s'il faisait de son mieux pour ne pas remplir les prophéties courant sur son compte, la Fatalité le rattraperait et lui enverrait un truc encore plus absurde dans la figure.

Le problème, restait qu'Albus risquait de ne pas voir la nuance entre la famille de timbrés de son élève et l'entité d'un autre plan d'existence s'amusant à foutre le boxon dans sa vie. Le fait que les deux aient décidé de le rendre complètement marteau avant la fin de l'année scolaire ne pouvait d'ailleurs que les rendre identiques aux yeux de son génie de collègue chargé de faire fonctionner cette école de timbrés notoires.

-Vous êtes un homme aux multiples ressources, lui répondit Albus comme si ce détail était suffisant pour expliquer l'avalanche de trucs tordus qui passait son temps à lui tomber sur le crâne.

-Ce qui signifie que je suis encore plus indispensable à cette école, retourna-t-il la situation à son avantage. Sans moi et mes "multiples talents", mima-t-il des guillemets d'une voix suintant d'ironie, Poudlard ne survivra pas une semaine, prophétisa-t-il dans un coup de bluff monumental.

Puisqu'après tout, sans lui, l'établissement scolaire n'était plus sous la menace d'une coalition d'entités toutes-puissantes, et seulement à la merci des Dix Plaies, de plusieurs mages noirs et de créatures mythiques plus ou moins létales. Avec le maudit chronique sorti de l'équation, en toute logique, Poudlard se débrouillerait largement mieux ; mais convaincre Albus du contraire le temps qu'il trouve le moyen de se tirer du château sans avoir toute une armée de harceleurs aux basques était primordiale pour son sommeil et le peu de santé mentale qu'il lui restait.

-Je suis, quant à moi, assurément certain que cette institution séculaire survivrait à votre disparition soudaine, claqua la voix polaire du Sous-directeur ayant des airs de Hannibal Lecteur.

Est-ce que la réponse d'Albus Dumbledore à son odieuse tentative de chantage était vraiment une menace d'assassinat ? N'étaient-ils pas censés être plus ou moins alliés contre la folie ambiante régnant dans cette école de tarés ?

-Hypothétiquement, rajouta un peu trop tard le Sauveur à l'instinct de survie atrophié.

-Bien sûr, lui sourit le professeur de Métamorphose d'une manière étrangement semblable à Voldemort Junior. Ce scénario ne peut être qu'hypothétique. Il faudrait vraiment être le dernier des imbéciles pour vouloir sous-entendre que vous laisseriez votre supérieur hiérarchique se débrouiller avec le chaos que vous avez vous-même semé.

-Mais je me tue à vous dire que je n'ai strictement rien fait ! protesta le Survivant suffisamment ulcéré par ces accusations mensongères pour ignorer l'aura meurtrière entourant le sexagénaire. En quelle langue il faut que je vous le dise ? cracha le professeur de Xénomagie à son collègue. En espagnol ? Soy mas innocente que un cordero, fit-il étalage de ses connaissances linguistiques. En français ? Je suis l'homme ayant le moins de sang sur les mains dans cette pièce, dit-il en pariant dangereusement sur le fait que le puissant sorcier ne parlait pas un mot de la langue de Molière. En mandarin ? Wo bu fu zérèn ! fit-il en se dirigeant à pas enragé vers le bureau du vieil homme d'une stoïcité suspecte. Non, je sais ! se frappa-t-il dramatiquement le front. En allemand, puisqu'il n'y a apparemment qu'en cette langue que vous êtes réceptif aux messages un peu plus complexes que "Passez-moi le sel" ! continua-t-il le massacre sans la moindre pitié envers son ancien professeur. Alors allons-y ! Ich bin verflucht, nicht verantwortlich für das Chaos dieser verrückten Schule ! explosa-t-il sans aucune retenue en frappant colériquement son poing sur la table.

Un lourd instrument en étain posé sur le bureau en bois vibra dangereusement sous la puissance de l'impact. La main douloureuse du Survivant suffit à faire reprendre pied le trentenaire beaucoup trop poussé à bout par tout le monde pour pouvoir être rationnel. Un silence inconfortable prit place dans les quartiers du Sous-directeur, les deux professeurs se faisant face, l'un d'apparence plus composé que son jeune collègue.

-Comme je le disais, dit lentement Albus Dumbledore, vous êtes un homme aux multiples ressources. Rares sont les sorciers prenant le temps d'apprendre les dialectes des différents pays qu'ils visitent, changea-t-il prudemment de sujet.

-Oui, se racla inconfortablement la gorge Harry. Etre au contact avec la population locale, se confronter au terrain, meilleure technique d'apprentissage, toussa toussa... bredouilla-t-il avec le plus de conviction possible.

Ce n'était pas comme s'il pouvait décemment avouer que la raison pour laquelle il était à chaque fois obligé d'apprendre la langue locale dès qu'il atterrissait dans un nouveau pays était parce qu'il n'avait jamais entendu parler d'un basique sortilège de traduction avant ses trente ans. La faute en incombait, d'après le Sauveur, à Mia Caldwin, la sorcière de cent-vingt balais qui l'avait sorti d'une pyramide hantée et qui avait été presque aussi poissarde que lui. La vieille irlandaise lui enfoncé dans le crâne les bases fondamentales de la survie pour aimant à catastrophes en tout genre errant à travers le globe, et avait oublié de mentionner ce petit sortilège de rien du tout qui lui aurait pourtant sacrément changer la vie. Certes, ses nouvelles capacités linguistiques étaient pratiques, surtout quand des criminels étaient en train de comploter pour se débarrasser définitivement du pauvre anglais, mais les points positifs étaient loin d'égaler les ennuis qu'il avait écopé parce qu'il ne parlait un mot du dialecte local. Comme n'importe quel touriste pouvait le certifier, les malentendus malheureux avec les autochtones étaient atrocement courants et horriblement difficiles à résoudre sans se faire poursuivre par des gens déterminés à lui refaire le visage façon Picasso. Ayant été obligé de quitter son mentor après leur petite mésaventure avec les fées de Brocéliande, le trentenaire n'avait jamais su pourquoi l'irlandaise ne lui avait jamais parlé de ce sort de traduction. Mais après tout, ses capacités d'enseignements n'avaient pas été des plus logiques et optimales, il était donc possible que la vieille sorcière ait tout simplement oublié de mentionner ce détail d'importance capitale. Elle avait bien attendu qu'il soit saucissonné tête en bas comme un morceau de salaison par des plantes vertes carnivores et mobiles pour lui faire un cours sur les différents végétaux sur lesquels il ne valait mieux pas se soulager. Donc bon, Mia Caldwin avait toujours été loin de pouvoir concourir au titre de professeur de l'année ; ce qui était loin d'être une nouveauté. Surtout quand la sorcière d'un siècle l'avait poussé dans un piège magique et lui avait annoncé qu'il avait dix minutes pour comprendre comment il fonctionnait et s'en dépatouiller avant de finir liquéfié. Ou comme quand elle lui avait mis un caillou lumineux entre les mains et s'était tiré par la voie les airs alors qu'ils étaient en train de se faire poursuivre par une bestiole affamée. Comparé à Mia Caldwin, Harry était persuadé qu'il serait un professeur d'une pédagogie exemplaire, quand bien même il assommerait ses pauvres élèves de montagnes de devoirs et les colleraient ad vitam eternam à la cueillette des champignons.

-Un commentaire que vous aimeriez faire, avant que nous finissions cet entretien ? fit Dumbledore en évitant soigneusement son regard.

Apparemment, mentionner son ancien amant reconverti en meurtrier de masse avait tendance à faire perdre ses moyens au vénérable vieillard. C'était toujours bon à savoir. Il fallait juste s'assurer de ne pas déclencher les pulsions assassines du Sous-directeur pendant le processus.

-Je vous présente mes plus plates excuses, Albus, entreprit-il d'assainir ses relations avec l'un des rares individus dans cette école de cinglés capables de l'aider. J'aurais dû contrôler ma colère et ma frustration et ne pas décharger sur vous le contrecoup de cette journée exténuante. Je suis désolé, enfonça-t-il le clou dans une fausse moue repentissante.

-Ce n'est rien, lui assura la professeur de Métamorphose en esquissant un petit de la main. L'agitation de la rentrée m'a aussi fait perdre la maîtrise de moi-même, et pour cela, je m'en excuse, lui dit-il sous le cri de victoire mental du Sauveur. Mais retenez bien que si vous me parlez encore sur ce ton, ou utilisez à nouveau mon passé contre moi, le prevint le puissant sorcier, je me verrais dans l'obligation prendre les mesures adéquates pour que ceci ne se reproduise pas, lui sourit-il à nouveau dans une parodie de père Noël drogué au sucre-glace.

-Glups, ne put que dire le Survivant, sa gorge un peu trop serrée par l'aura de noirceur et d'intentions meurtrières émanant de son supérieur hiérarchique.

Supérieur hiérarchique étant l'une des rares personnes dans cette école de cas sociaux capable de mettre ses menaces à exécution, quelles qu'elles soient.

-À la bonne heure ! se réjouit avec un grand sourire l'homme ayant failli devenir un Seigneur des Ténèbres et accompagner Grindelwald dans sa quête de pouvoir et de conquête de l'Europe. Allez donc profitez du dîner, je vous retrouve dans quelques instants, le congédia-t-il d'un vague geste de la main. Le temps d'écrire au ministère pourquoi leurs aurors sont rentrés complètement drogués, lui expliqua-t-il en faisant léviter vers lui un morceau de parchemin et une plume d'un orange atroce.

Même quand Voldemort ne faisait que quelque chose d'aussi innocent que de la pâtisserie, il trouvait le moyen de le transformer en arme redoutable et implacable... Quinze ans, et déjà capable d'annihiler une escouade d'aurors sans le moindre sortilège. Ce môme était vraiment la définition parfaite de "dangereux". Et il avait accepté de lui montrer comment se défendre "à la modue". C'était officiel, il aurait mieux fait de resté coucher ce matin.

Réprimant un énorme soupir, le professeur de Xénomagie prit enfin congé d'Albus et posa finalement sa main sur la fameuse poignée de porte de l'unique sortie de ce traquenard de bureau. S'attendant à ce qu'une nouvelle catastrophe divine s'écrase dramatiquement sur lui, le Sauveur resta quelques secondes immobile, préparé au nouvel évènement épique n'allant certainement pas manqué de se manifester. Et, alors que le grattement de plume de son collègue lui parvenait, se présenta à lui dans toute sa grandeur...

Rien.

Strictement rien.

Pendant au moins trois longues minutes.

Il fallut le toussotement poli de Dumbledore pour qu'il se décide enfin à sortir de son immobilité et à agir. Tournant une tête inquiète vers le propriétaire du bureau, Harry se demanda quel genre d'aventure capillo-tractée allait cette fois l'empêcher d'aller se planquer dans un coin jusqu'à ce qu'il meure d'inanition.

-Vous êtes bien pâle, Harry, lui dit le vieil homme. Est-ce que tout va bien ? lui demanda-t-il avec une inquiétude sincère en posant sa plume criarde.

-Non-non, lui assura le voyageur temporel. Juste un léger étourdissement, expliqua-t-il son état en se dépêchant d'ouvrir cette maudite porte. Je vous laisse à vos occupations, s'engouffra-t-il dans le couloir.

Il referma aussi rapidement qu'il le put l'huis et plaqua son dos contre la porte en bois, scannant les environs pour repérer une quelconque menace n'allant pas tarder à se pointer en fanfare. Ses arrières sécurisées, sa main droite prête à dégainer sa baguette et la gauche sa Beauté parfaite, ses jambes en position pour s'activer à la moindre sollicitation, Harry Potter était prêt à accueillir la nouvelle fournée d'ennuis épiques.

Sauf que rien ne déboula dans le couloir dans un cri strident et un nuage de fumée coloré. À part une mouche, qui n'avait de suspect que le fait que le héros l'ait remarqué. Habituellement, le Survivant ne remarquait pas les petites choses ne faisant que vaquer à leurs occupations sans s'intéresser à lui. Et l'insecte bourdonnant traversait tranquillement le couloir sans même se poser sur son nez. C'était louche. Très louche.

Se disant que rester trop longtemps dans ce couloir ne pouvait qu'inciter la Destinée à lui envoyer un truc vraiment insupportable pour sa santé mentale déjà vacillante, le Sauveur se mit à marcher en crabe le long des murs, ses yeux verts et myopes observant minutieusement les environs à la recherche de menaces potentielles. Il lui fallut pas moins de six embranchements et deux étages pour croiser la route d'autre chose qu'une mouche.

-Mwraow ! fit le chat.

-Non mais je rêve, marmonna le malchanceux sorcier en train de se faire câliner les jambes par une inoffensive boule de poils.

-Mrrrrow, lui répondit le chat en dardant ses yeux jaunes sur sa pauvre personne.

Les deux êtres se fixèrent du regard quinze longues secondes avant que le trentenaire n'explose en levant bras et yeux au ciel :

-Mais c'est quoi ce bin's, sérieux ?! n'y comprit plus rien le malheureux professeur. Depuis quand les aventures épiques me lâchent-elles la grappe avant un final d'une splendeur éblouissante ?! Depuis quand ? supplia-t-il l'entité sadique perchée sur son épaule.

Clairement, le Survivant n'était plus habitué à la normalité, ou du moins, à un semblant de paix dans le chaos sans fin qu'était sa maudite existence.

-Rrrrr, lui répondit le chat en se frottant contre ses bottes en cuir de dragon.

Commençant à véritablement ressentir le contre-coup des péripéties de la journée, le Sauveur prit de grandes inspirations, essayant de se calmer et de récupérer la maîtrise de lui-même. Il poussa même le vice jusqu'à prendre son pouls dans le creux de son poignet et compter ses battements. Pendant tout le temps que dura la procédure de relaxation, le chat tigré aux yeux jaunes continua à ronronner et à faire des aller-retours entre ses jambes, nullement dérangé par les bruits de soufflets parvenant de l'humain en train juguler une panique naissante.

Harry Potter était un homme capable de faire face à pratiquement n'importe quoi, surtout quand il était métaphoriquement ou littéralement dos au mur. Après plus d'une décennie à cavaler de continents en continents, poursuivi par tous les monstres de la Création et un chasseur de primes moldu beaucoup plus motivés que ses homonymes sorciers, encaissant avec une régularité à faire polir les morts des catastrophes divines de proportions épiques, le Sauveur avait tendance à se retrouver légèrement démuni quand une accalmie le frappait de toute sa tranquillité. Il lui était souvent arrivé de se réveiller avec une charmante vieille dame à ses côtés, après être tombé dans les pommes en pleine rue à cause d'une crise d'hyper-ventilation un peu trop sévère. Le fait que rien n'arrive à son corps sans défense était d'ailleurs un bon moyen de s'assurer qu'il était bien entré dans une phase où sa Poisse Cosmique lui lâchait royalement les basques et partait harceler un autre pauvre type.

C'était l'une des rares constantes dans la vie du Sauveur. À chaque fois qu'une quête épique et capillo-tractée lui tombait dessus, l'Univers ré-équilibrait la balance en lui épargnant pendant une durée indéterminée des aventures rocambolesques dignes de figurer dans une pièce de Ionesco. Cette fameuse période de tranquillité bienheureuse pouvait durer plusieurs mois ou seulement quelques jours, en fonction du degré de surréalisme frappant sa maudite existence. La transition était toujours éprouvant pour les nerfs du malheureux sorcier. Passer d'un état d'agitation extrême à rien était des plus perturbants, et causait certaines réactions exagérées au Survivant, comme un début de panique dans un couloir désert, à l'exception du familier d'un élève se collant à lui comme s'il allait lui faire apparaître des croquettes par magie.

Une fois qu'Harry eut repris possession de ses moyens, et croisé les doigts pour qu'il soit enfin en pleine phase d'accalmie amplement méritée, le brun posa ses yeux myopes sur la boule de poils de toute évidence négligée par son propriétaire.

-Miaaah ! le supplia pitoyablement la bestiole aux yeux beaucoup trop expressifs pour être autre chose qu'une créature intelligente, et par conséquent manipulatrice.

-Me regarde pas comme ça, grogna le professeur commençant à en avoir sa claque de se faire mener en bateau par toutes les bestioles aux yeux suppliants.

-Maow ? fit le chat en penchant légèrement sa tête velue d'un côté, exprimant au mieux l'incompréhension blessée.

-Non mais je rêve, marmonna le Sauveur en se massant les paupières. Je suis en train de me faire manipuler par un chat, déplora-t-il son existence de maudit. Un chat, répéta-t-il dans un soupir de vaincu.

-Miou ? fit la boule de poils avec beaucoup trop d'enthousiasme pour être honnête.

-Je te préviens, menaça-t-il le félin de son index professoral, si je découvre que tu es un animagus ou autre chose qu'un simple chat, je te donne à manger à Hannibal, annonça-t-il de sa voix faisant gémir de terreur les mages noirs expérimentés.

Le chat ne fit ronronner à outrance avant de lui sauter souplement dans les bras.

-Je crois que je viens de toucher le fond, dit platement Harry Potter au félin calé dans son giron et paraissant l'écouter avec attention.

-Mrrow, le réconforta avec assurance le chat.

-Hun-hun, ne put que lâcher le Sauveur, commençant à être habitué à converser avec les animaux. Allez, abandonna la lutte le sorcier dans un soupir, dépêchons-nous d'arriver dans la Grande Salle avant que les ogres en pleine croissance ne dévalisent tout ce qui est comestible, se mit-il en route avec le chat ronronnant entre ses bras.

-Mrrrraow ! miaula avec enthousiasme la créature n'étant certainement pas un chat lambda.

-Je sais pas pourquoi, prophétisa l'aimant à ennuis, mais je sens que tu vas m'attirer des pépins aux proportions dantesques, marmonna-t-il avec humeur tout en maudissant intérieurement sa faiblesse face aux yeux suppliants.

Le miaulement qu'il reçut ressemblait beaucoup trop à "mais non" pour être autre chose.

-C'est ça, n'y crut pas un instant le Sauveur dans un reniflement ironique. Tu n'es qu'une innocente boule de poils affamée se promenant tranquillement dans les couloirs à la recherche d'une souris, grinça le trentenaire loin d'être dupe.

-Mia ? fit semblant de ne pas comprendre la créature intelligente.

-Si tu le dis, marmonna à nouveau le Survivant ne voulant pas entrer dans un débat stérile et à sens unique.

Marchant lentement, et toujours à l'affût d'une catastrophe épique, le professeur se dirigea vers la Grande Salle, ses yeux myopes et irrités par l'absence prolongée de ses lunettes se plissant à chaque croisement sans pour autant mieux percevoir son environnement. Il ne restait plus au trentenaire que deux petits embranchements et un escalier quand le félin se tendit entre ses bras, stoppa tout ronronnement et tourna sa tête dans un angle improbable pour fixer de ses yeux jaunes un mur pourtant particulièrement banal. Du moins, jusqu'à ce que son ouïe humaine perçoive des bruits de pas. Persuadé que l'individu à l'origine de ce son régulier ne pouvait que vouloir éclater sa bulle de calme amplement méritée, le Sauveur se dépêcha de faire prestement demi-tour et de se planquer dans un passage secret masqué d'une tapisserie, dans l'espoir que l'entité sadique faisant joujou avec ses nerfs comprenne qu'il ne voulait plus subir ses lubies. Il s'avéra que fut une décision salutaire, puisque la voix qui retentit à ses oreilles appartenait à l'une des personnes qu'il voulait éviter à tout prix. Baissant son regard sur la créature confortablement calée entre ses bras, Harry Potter se demanda si cette bestiole n'était pas un envoyé des entités sadiques venu contrecarrer les plans méticuleusement tordus de la Destinée. Malgré l'obscurité et sa myopie, le Survivant aurait pu jurer que le chat lui fit un clin d'œil. Atterré par cette réaction typiquement humaine, le sorcier en laissa tomber sa mâchoire et ouvrit de grands yeux écarquillés. Par un coup de chance insolent, il réussit à n'émettre aucun bruit risquant d'indiquer sa position à ses harceleurs attitrés. Harceleurs au pluriel, puisqu'une deuxième voix atrocement familière répondit à la première.

Harry décida à cet instant précis d'adopter cet animal ressemblant beaucoup trop à ces chats porte-bonheurs du japon pour que ce ne soit qu'une simple coïncidence. À tous les coups, un Joueur avait tiré la carte chance de leur monopoly cosmique et Destinée se retrouvait affublé d'un gage en l'objet du chat actuellement entre ses bras.

-Mais puisque je te dis que c'est ce couloir, fit la première voix avec une colère contenue.

-Et moi je te dis c'était l'autre, répliqua l'autre avec un calme de façade.

-Taisez-vous, claqua autoritairement une troisième voix.

-Te prends pas pour le chef, grogna l'harceleuse numéro deux ayant un timbre beaucoup trop semblable au sien pour être honnête.

-J'ai mené des batailles qu'aucune d'entre vo-, essaya de justifier sa prise de contrôle des opérations l'harceleuse numéro trois.

-T'existes même pas dans le canon, renifla de mépris l'harceleuse numéro un. S'il y en a une qui devrait être le chef, ce devrait être moi. Parce que moi, insista la gamine ayant une trop grande connaissance de la vie du Sauveur pour être normale, je suis l'omniscience incarnée, assura-t-elle à ses compagnes pas vraiment dupes de son manège. Du moins dans ce monde, rectifia-t-elle sous les reniflements blasés des deux autres Plaies.

Parce que oui, le Survivant était de toute évidence traqué par trois des dix Elues Prophétiques persuadées qu'il allait être la clef de leur avenir, ou une bêtise du même acabit. À ce rythme, il y avait fort à parier qu'il n'atteindrait jamais la Grande Salle avant le lendemain matin...

-Je suis la Fille-qui-a-survécu, asséna Harriet Potter avec force. Je suis l'être le plus important de Grande-Bretagne magique, expliqua la gamine sous les sourcils haussés de son aler-ego. C'est moi la chef, déclara-t-elle avec détermination.

-Je suis l'une des clefs de voûte de l'armée de la Liberté, enchérit Ronnie Weasley. Je suis une guerrière accomplie et la descendante de légende. Je ne sais même pas pourquoi nous avons ce débat, déplora-t-elle.

-Parce que t'es grognasse dictatoriale, cracha sa sœur adoptive.

-Nan mais regardez qui parle, renifla Mary Sue de l'exacte même voix méprisante que Snape. Tous les mecs bavent à tes pieds et exaucent toutes tes lubies de princesse mégalomaniaque.

-J'ai eu une enfance difficile, s'expliqua dans un sifflement furieux l'adolescente sur le point d'entrer en combustion spontané.

-"Enfance difficile", répéta avec moquerie Ronnie Weasley. Comme si toi, tu avais passé les dix premières années de ta vie en esclavage par un mage noir.

-Elle a un mage noir dans le crâne, c'est presque pareil, releva Mary Sue comme si elle commentait la météo.

-DE QUOI ?! explosa la Survivante pas encore au courant de son statut d'horcruxe accidentel. COMMENT CA, J'AI UN MAGE NOIR DANS LE CRÂNE ?! continua-t-elle sa crise d'hystérie.

Se disant que rester et assister à la suite de cette discussion s'envenimant dangereusement de secondes en secondes ne pouvait que réactiver sa Poisse Cosmique, ou provoquer l'entité barjo perchée sur son épaule, le Sauveur se décida à débarrasser le plancher. Avec mille précautions, et serrant contre son cœur la bestiole lui ayant évité de rencontrer au détour d'un couloir les trois hystériques lui courant après, le Survivant s'enfonça dans les profondeurs du passage secret.

Le couloir étroit et poussiéreux dans lequel il avançait à l'aveugle regorgeait de charmantes petites bestioles aux yeux luminescents. Le sol était jonché de cailloux venant vraisemblablement du plafond. Un bruit régulier de gouttes s'écrasant contre la roche rythmait les échanges houleux des trois adolescentes. Ce ne fut que quand l'animal suspect entre ses bras recommença à ronronner comme une machine à laver et à se frotter vigoureusement contre son menton que le vaillant professeur s'autorisa à lourdement soupirer de soulagement.

-Je ne sais pas ce que tu es ou ce que tu me veux, dit-il au félin bavant amoureusement sur sa chemise. Mais toi et moi, mon gars, on va passer un sacré bout de temps ensemble, je peux te l'assurer, prophétisa-t-il à la créature potentiellement envoyée des dieux.

-Mrwoaw, lui répondit le chat.

-Il te faut un nom, parla tout seul le Sauveur. Qu'est-ce que tu penses de Maneki-neko ?

-Miou ? exprima-t-il son incompréhension en penchant comiquement sa tête velue sur le côté.

-Les chats porte-bonheurs japonais, lui expliqua-t-il. Enfin, rectifia-t-il, des figurines de chats. Elles ressemblent à des obèses, ont toujours un sourire de débile et lèvent la patte gauche dans une parodie de salut hitlérien, ruina-t-il la culture nippone sans le moindre remords.

Le regard blasé que lui lança son nouveau gri-gri était tellement humain que le chasseur de mages noirs à la retraite se demanda à nouveau s'il n'avait pas tout simplement affaire à un animagus au sens de l'humour douteux.

-Mia, miaula le félidé sur un ton absolument négatif.

-Shiawase ? tenta à nouveau l'ancien touriste de l'archipel nippon. Ca veut dire "bénédiction". Ca t'irait comme un gant, essaya-t-il d'influencer son nouveau compagnon d'infortune plus ou moins volontaire.

L'espèce de reniflement méprisant du chat était une réponse en soi.

-Dis-moi, tu serais pas un peu trop délicat, pour un animal abandonné par son maître ? lança le voyageur temporel en arquant un sourcil brun.

-Crshhrrsh ! lui feula dessus ladite bestiole caractérielle.

-C'est la première fois que je me fais insulter par un chat, lâcha platement l'homme ayant vécu pire en matière d'intimidation qu'une boule de poils en rogne. Et tu voudrais quoi, comme nom, alors ? demanda dans un soupir las le sorcier adulte commençant à en avoir marre de cette journée interminable. Merlin ?

-Mia, répéta le chat.

-Trop classique, je suis d'accord, convint le seul être doué de parole dans le passage secret. Belzébuth ?

-Mffrr, fit dédaigneusement le chat.

-Je ne fais que proposer de nouvelles voies de réflexion, répondit le Survivant. Comment est-ce que j'aurais pu savoir que tu méprisais la démonologie ? se dédouana l'aimant à ennuis commençant doucement mais sûrement à perdre les pédales.

Le roulement d'yeux jaunes dramatique aurait pu être celui de Myriam.

-Maw, lui répondit la bestiole velue avant de se mettre à se lécher la patte.

-Depuis quand les chats sont sensés symboliser la pureté spirituelle ? demanda le sorcier en arquant un sourcil suspicieux.

D'après les contes moldus que sa tante avait seriné à Dudley, les petits félidés vicieux étaient les incarnations physiques du Mal et n'étaient que des suppôts de Satan tirés de l'Enfer biblique pour chaparder des saucisses sur le point de passer au barbecue.

-Mrrron, le renseigna la fameuse créature démoniaque.

-M'étonnerais franchement que ce soit depuis "la nuit des temps", grinça le trentenaire. Et Michel ? réorienta-t-il la conversation. T'as aussi une dent contre les archanges ? réussit à ne pas ricaner le professeur.

Le regard blasé du félin fut une réponse en soi.

-Bastet, la déesse égyptienne ? proposa le Sauveur à court d'idées géniales. Non plus, soupira-t-il sous la mine peu enthousiaste de l'animal. Lucky, parce que tu ressembles sacrément à cette blondasse de Mitchell ?

Un espèce de reniflement dédaigneux sortit des babines du chat.

-On est d'accord, approuva le malchanceux chronique en hochant du chef. Cette femme est juste insupportable. Felix ? Trop normal pour un monstre dans ton genre, ajouta-t-il sous le grondement de l'animal. Le machin rose et violet d'Alice aux Pays des Merveilles ? C'était quoi son nom, déjà ?

-Moaw, lui offrit gratuitement le félin.

-Cheshire, c'est ça. Des objections particulières à t'appeler comme cette grosse meringue au sourire de psychopathe ? tenta une énième fois le sorcier.

-Mrrrrow, lui ronronna dessus la boule de poils avec un enthousiasme débordant.

-T'es quand même assez particulier, pour un chat, marmonna pour lui-même le Survivant en train de se faire frotter le visage par une petite tête velue.

En même temps, Harry Potter rencontrait rarement des individus, humanoïdes ou non, rentrant dans la case "normalité". Même Howard, le petit bibliothécaire d'apparence inoffensif, se trouvait être un potentiel fanatique des Reliques de la Mort. Que la bestiole envoyée pour lui faciliter la vie dans cette école de cinglés soit légèrement étrange et ait un goût bizarre pour les patronymes était d'ailleurs presque banal dans l'existence maudite du Sauveur. Il aurait été en fait plus que louche que l'animal se comporte de façon ordinaire.

Arrivant enfin au bout du passage secret, le professeur prit le temps d'espionner furtivement les environs avant de sortir du couloir poussiéreux et mal éclairé. S'extirpant difficilement d'un cadre de portrait situé à un mètre de hauteur, le Survivant fit de son mieux pour ne pas lâcher son nouveau porte-bonheur beaucoup plus efficace que son attirail de bracelets hétéroclites.

-Mais ne vous gênez surtout pas ! érructa la grosse enfarinée dudit portrait d'une voix outrée.

-Je fais que passer, lui lâcha le Sauveur en refermant le cadre derrière le trou du passage secret avec son épaule.

-Mais quel goujat ! continua à s'empourprer de rage la dame armée d'une perruque de cinq étages.

-C'est ça, marmonna le sorcier en inspectant plus minutieusement le couloir dans lequel il avait atterri.

De toute évidence, le passage qu'il avait emprunté ne l'avait pas amené au premier sous-sol de l'aile Ouest, comme à l'époque où il était encore étudiant. Quelqu'un, entre 1942 et 1991, avait fait joujou avec l'architecture du château et avait déplacé l'entrée du passage secret.

-C'est intolérable ! s'écria d'une voix stridente le portrait un peu trop bruyant.

-Exactement, grogna le professeur affublé d'une mauvaise étoile particulièrement bouchée. Si je mets la fin sur l'enfant de botruc qui a trafiqué les sorties des passages secrets, il va tellement passer un sale quart d'heure que je deviendrais son nouvel Epouvantard.

-Vous ne vous en sortirez pas comme ça ! lui promit la grosse dinde en pointant un index boudiné dans sa direction.

-Mioaw, lui répondit le chat loin d'être intimidé par l'éclat du portrait, ses yeux jaunes blasés posés sur elle comme si elle était la chose la plus inintéressante au monde.

-Une idée de la direction à prendre ? demanda le Sauveur à son nouveau compagnon d'infortune providentiel en ignorant superbement la mégère coincée dans une peinture.

-Mrrrou, fit le nouvellement dénommé Cheshire en tournant sa petite tête vers une extrémité du couloir inconnu.

Poudlard n'étant qu'un vaste labyrinthe dénué de logique et une injure aux lois de la physique, il était loin d'être étrange qu'Harry Potter n'ait jamais mit les pieds dans certaines parties du glorieux château. Cependant, d'après l'humidité des murs et du plafond, il était fort probable que le Survivant se trouve en dessous du Lac Noir, et donc beaucoup plus loin de la Grande Salle qu'il ne l'avait originellement prévu.

-Crotte, lâcha le héros victorieux et acclamé de toute une communauté.

-Un problème, jeune homme ? fit une voix dans le dos de l'ancien chasseur de mages noirs.

Ses réflexes, façonnés dans la douleur et par les suites de catastrophes en tous genres catapultées dans son visage, prirent le relais face à la menace potentielle. En moins d'une seconde, et dans un même mouvement souple, le trentenaire se retourna, laissa tomber le chat tranquillement calé dans ses bras, dégaina sa baguette et cligna stupidement de ses yeux verts en constatant qu'un buste lui adressait la parole. Pendant que la boule de poils n'appréciant pas de perdre son moyen de transport était occupée à grogner pour exprimer vocalement son mécontentement, l'aimant à ennuis fixait ce morceau de marbre blanc installé dans une alcôve. La sculpture avait été tellement enfoncée dans le mur que le professeur ne l'avait pas remarquée. De même, sa vue limitée par l'absence de ses précieuses lunettes ne l'avait pas aidé.

-Je cherche juste la sortie, lui répondit le sorcier se sentant un peu stupide d'avoir réagi aussi excessivement.

Il fallait dire que d'habitude, quand un individu le surprenait par-derrière, ce dernier n'avait pas des intentions très claires le concernant et les choses avaient naturellement tendance à déraper très rapidement. Comme cette fois à Prague, où un trafiquant d'êtres humains l'avait kidnappé pour le vendre à des tordus comme article "unique". Ou quand Carter lui soufflait un ricanement de mauvais augure dans la nuque avant de l'étrangler par-derrière avec un fil de fer. Ce qui était arrivé beaucoup trop de fois pour que sa fierté ne compte le nombre exact.

Au début de leur relation mouvementée, quand le moldu essayait encore de le trainer à la Justice parce qu'il avait séché ses Travaux d'Intérêt Général après avoir détruit un bar lors d'une soirée arrosée, l'américain avait été prêt à toutes les extrémités pour lui mettre la main dessus. À l'époque, le chasseur de primes n'avait connu aucun échec dans son boulot, et n'avait pas accepté que le britannique soit tout simplement impossible à enfermer dans une prison normale. Son futur compagnon d'infortune l'avait donc poursuivi à travers les Etats-Unis et autres pays avec une pugnacité de pitbull. Malgré le handicap que son absence de maîtrise de la Magie lui procurait, Carter avait été, et de loin, l'individu le plus susceptible de réussir à lui mettre définitivement la main dessus. D'ailleurs, après avoir constaté que sa technique de strangulation, lui permettant de neutraliser sa voix et sa concentration nécessaire pour lancer un sort, était diablement efficace, l'américain aurait pu profiter de son inconscience pour l'achever, et donner sa tête aux types prêts à payer une fortune pour le savoir mort. Si le chasseur de primes l'avait voulu, il aurait eut de très nombreuses occasions pour le tuer. Entre les fois où il l'avait étranglé jusqu'à l'inconscience, celles où le sorcier se remettait d'une séance de sport de chambre particulièrement éreintante, celles où il avait été réduit à l'impuissance par des chaînes runiques, si Carter l'avait voulu à l'état de cadavre, Harry Potter n'aurait à cette heure plus été qu'une charogne en train de tranquillement se décomposer. Mais avouer ce léger détail était mauvais pour son ego et sa confiance en soi, donc le sorcier préférait éviter de compter le nombre exact de fois que l'américain avait failli mettre un terme définitif à son existence de maudit.

Le fait, donc, qu'un individu le surprenne par-derrière avait tendance à faire ressurgir de sa mémoire les quelques incidents avec Carter et sa manie de l'étrangler jusqu'à ce qu'il tombe dans les pommes. Certes, manquer d'air et sentir un fil de fer lui cisailler le cou n'étaient rien comparer à un Doloris, mais cela ne voulait pas dire pour autant que le Sauveur n'avait pas atrocement souffert de ce traitement. La répétition en elle-même aurait été suffisante pour le traumatiser. Le simple fait de se retrouver à la merci totale d'un individu hostile et violent, impuissant et incapable de faire autre chose pour se protéger que tenter de griffer le visage de son assaillant était beaucoup trop semblable à l'incident de la mort de Cédric pour ne pas lui donner de cauchemars. Il était normal que son corps réagisse de lui-même aux moindres stimuli pouvant signifier une autre rencontre avec un étrangleur ou agresseur potentiel. Il était excusable qu'il attaque par réflexe les pauvres personnes ayant eut la riche idée d'essayer de le faire sursauter. Il était logique que quelqu'un lui adressait la parole à moins d'un mètre de ses oreilles, ce dernier finisse avec une baguette pointée entre ses deux yeux.

-La sortie ? répéta le buste en marbre ayant failli se retrouver victime d'une malédiction. Laquelle exactement ? osa lui sortir le vieux barbu.

-Parce qu'il y en a plusieurs ? déplora dans un soupir désespéré le Survivant.

-Eh bien, il y a celle menant aux quartiers du Directeur de Serpentard.

-Ouais, nan, grimaça le professeur n'ayant que très peu envie de croiser son cher commère de collègue.

-Si vous cherchez à sortir du château, je peux vous conseiller de passer par la rivière souterraine. Elle mène directement à un Loch dépourvu de toute créature dangereuse, lui proposa la statue bienfaitrice.

-Je veux juste remonter à la surface, lui précisa le Sauveur en se penchant pour récupérer un Cheshire boudeur. Ou un raccourci pour les cuisines, ajouta-t-il après réflexion.

Mieux valait éviter de tenter le sort en mettant les pieds dans un lieu bondé d'individus en tous genre. Au moins, les cuisines attiraient moins de monde, surtout au moment du repas, et les elfes allaient être trop occupés aux fourneaux pour s'intéresser à lui. Après la journée qu'il avait eut, le malheureux professeur méritait bien un minimum de tranquillité.

-Les cuisines ? parut réfléchir le buste. Le plus simple à mon avis, est de passer par la bibliothèque.

-La bibliothèque est indisponible pour le moment, grimaça l'individu responsable du désastre ayant frappé ce lieu de savoir.

-Je vous aurais bien proposé la Chambre des Secrets, mais personne ne veut plus y mettre les pieds depuis des siècles. Soit disant qu'un monstre y habiterait, renifla de mépris le morceau de marbre.

-La Chambre des Secrets, crut avoir mal compris le Survivant. Les quartiers personnels de Salazar Serpentard ? L'antre du Basilique ? reformula-t-il sous le hochement de tête positif de l'objet décoratif. Est connectée aux cuisines ? eut-il du mal à accepter cette révélation.

-Figurez-vous que nos deux Fondateurs entretenaient plus que des relations professionnelles, si vous voyez ce que je veux dire, musa le buste avec un haussement de sourcils sous-entendus et un sourire concupiscent.

-Eurgh ! lâcha avec un mouvement de recul le professeur qui aurait préféré ne jamais avoir connaissance de cette information.

-Mieurgh ! fit le chat en écho avec une mine proprement dégoûtée.

-Ne faîtes pas cette tête, voyons, le réprimanda doucement le vieux barbu. Salazar et Helga n'étaient que des personnes faites de chair et de sang. Elles aussi avaient besoin de prendre un peu de bon temps de temps en temps, lâcha la statue sous la grimace horrifiée du chasseur de mages noirs à la retraite.

-Je ne veux pas savoir ! le coupa le gryffondor.

C'était pratiquement comme si quelqu'un se mettait à parler des aventures sexuelles de ses propres parents. À la réflexion, c'était pire. Sirius avait abreuvé son filleul d'anecdotes sur ses géniteurs, certaines ayant sous doute été interdites aux moins de seize ans, et l'adolescent n'avait pas ressenti le centième de l'inconfort que la découverte de la liaison entre les Fondateurs lui avait provoqué.

- Je n'ai jamais compris pourquoi les gens réagissaient comme ça, soupira le buste.

-Sans doute parce que Salazar Serpentard et Helga Poufsouffle sont aussi incompatibles que, disons, un mage noir et la paix dans le monde, grinça le Survivant.

Le morceau de statue arqua un sourcil broussailleux.

-Je ne sais quelle sorte de nouvelles légendes se disent depuis la dernière fois que j'ai discuté avec un vivant, lui sortit le vieux barbu, mais à vous entendre, elles ont d'air d'être encore plus loin de la vérité que je le pensais, réfléchit à voix haute le potentiel contemporain des Fondateurs.

-C'est-à-dire ? en fronça des sourcils le Survivant.

-Godric était un tyran s'amusant à persécuter les moldus avant qu'Helga ne lui fasse comprendre à coups de poêle en fonte que c'était une mauvaise idée, lui apprit le buste d'un ton parfaitement composé.

-... Quoi ? demanda d'une toute petite voix l'ancien Gryffondor ayant voué un culte à un homme apparemment loin d'être exemplaire.

-Helga aurait fait un malheur au tennis, si ce jeu avait à l'époque existé, s'enflamma la statue poussiéreuse. Son revers était im-pe-cca-ble, articula-t-il avec un sourire de groupie.

Est-ce que Harry voulait vraiment en savoir plus sur les Fondateurs, au risque de perdre ses illusions de pré-adolescent ? Absolument pas. Aussi préféra-t-il écourter cette discussion ô combien intéressante et destabillisante.

-Tout ceci est passionnant, essaya le Sauveur de ne pas froisser cet individu un peu trop normal pour ne pas être louche. Mais j'ai des choses à faire, deux estomacs à satisfaire et des cours à retravailler, mit-il en avant sa position prestigieuse de professeur. Alors, si vous pouviez tout simplement m'indiquer la route jusqu'aux cuisines, je vous en serais éternellement reconnaissant, baratina-t-il la relique d'un autre temps paumée dans les profondeurs du château.

-Comme je vous l'ai dit, passer par la Chambre des Secrets est encore le chemin le plus simple, lui répéta le vieux barbu. Ou alors vous devriez contourner le gisement de quartz par le Sud pendant deux kilomètres, puis prendre l'escalier tournant jusqu'au quatrième étage, à condition qu'il soit toujours en fonctionnement, bien évidemment, et enfin prendre le raccourci derrière la statue du troll obèse.

Gisement de quartz au cœur des fondations du château ? Escalier tournant ressemblant à peu trop à un ascenseur moldu et à l'escalier personnel du Directeur ? Un raccourci méconnu menant aux cuisines ? Et depuis quand le quatrième étage était-il utilisé pour autre chose que se bécoter loin des regard indiscrets ?

Cela faisait beaucoup trop d'informations pour le confort du Survivant. Soit un truc clochait vraiment dans cette école de cinglés, soit le professeur était juste tellement à côté de ses pompes que la moindre petite incohérence le plongeait dans la perplexité la plus profonde.

Après cette première journée de cours particulière haute en couleur, le malchanceux chronique devenait incapable d'encaisser la moindre nouveauté un tant soit peu hors-norme. Un bras calant le chat contre sa poitrine, le Sauveur se massa longuement les paupières pour essayer d'endiguer une migraine carabinée et poussa un lourd soupir exprimant une lassitude infini. Se disant qu'il était trop crevé pour lutter contre la Fatalité, et pour crapahuter dans les sous-sols pendant deux kilomètres, le sorcier se résolut à demander :

-Et c'est par où, la Chambre des Secrets ? lâcha-t-il avec l'impression d'avoir perdu une bataille décisive.

-Alors c'est très simple, commença le buste. Vous prenez ce couloir jusqu'au tableau de Bérangère de Fontayne, et vous traversez le mur opposé, lui indiqua-t-il sous les yeux de merlan frit du Sauveur.

-Je traverse un mur, répéta-t-il, persuadé d'avoir raté un mot clef dans ses explications.

-Tout à fait, confirma le vieux barbu en opinant du chef. Cette portion du mur a été enchantée pour être immatérielle, lui assura-t-il.

-Ca m'a l'air un peu trop facile d'accès, remarqua l'ancien chasseur de mages noirs habitué à défoncer les portes et les protections magiques des repaires des sorciers mégalomaniaques. Habituellement, partagea-t-il son expérience, quand un individu fait des trucs louches, il protège un peu mieux que ça son laboratoire secret regorgeant d'éléments compromettants.

Harry se souvenait d'ailleurs d'un aspirant Seigneur des Ténèbres en Andalousie qui s'était planqué dans une chambre forte d'une banque moldue dès qu'il avait appris que Carter et lui avait mit les pieds dans le pays. Si l'individu en question ne s'était pas claquemuré aussi rapidement, causant des dégâts et des morts collatérales dans sa prise du prestigieux établissement bancaire, les deux chasseurs de primes n'auraient d'ailleurs jamais entendu parler du petit mage noir local. Il était toujours amusant de constater que les types les moins reluisants de la Création semblaient attirer le mauvais sort sur eux-mêmes, avec seulement un minimum de participation de la part du Sauveur.

-Laboratoire secret ? ne comprit pas le vieux morceau de statue.

-Si vous me dîtes que la Chambre des Secrets était un code pour un donjon sadomasochiste, je risque de vraiment péter un câble et de perdre pour de bon le peu de santé mentale qu'il me reste, le prévint la baroudeur international.

-Mais bien sûr que non, voyons ! le réprima le vieux barbu en fronçant ses sourcils broussailleux de mécontentement. Salazar était un véritable gentleman. Il ne serait jamais abaissé à de telles pratiques, lui assura le buste. La Chambre est tout simplement le nom qu'ont donné ses successeurs à ses quartiers privés, lui appris l'omniscience incarnée.

-Ah, ne put que dire le professeur trop éreinté par sa journée. Et après avoir traversé le mur, je vais où ? soupira le Sauveur trop fatigué pour se questionner sur la cohérence des paroles de son guide.

S'asseoir au sol le tentait de plus en plus.

-Miou, fit le chat avec une détermination beaucoup plus notable que celle de son moyen de transport humain.

-Une riche idée, répondit le buste, comme s'il comprenait parfaitement ce que le miaulement de la boule de poils pouvait bien signifier.

D'ordinaire, le Sauveur avait une très bonne intuition pour communiquer avec les bestioles dénuées de parole, mais à cet instant, la fatigue le rattrapant et sans adrénaline dans le sang pour le faire tenir, le professeur de Xénomagie n'avait pas le moindre début d'idée de ce qu'avait bien put dire Cheshire. Avec un détachement suspect, Harry remarqua qu'il commençait à atteindre sa limite. Il était d'ailleurs étrange que l'aimant à ennuis est supporté une telle avalanche de catastrophes divines et soit toujours capable de mettre un pied devant l'autre. La dernière fois que le malchanceux chronique avait subi une telle série ininterrompue d'aventures épiques, le britannique s'était retrouvé plâtré de partout dans un hôpital moldu, un Carter grognon dans le lit d'à côté. Avec du recul, il s'en sortait globalement mieux à Poudlard qu'en Italie. Au moins, personne ne lui avait encore mis sur le dos les disparitions suspectes de membres de la mafia locales, la destruction d'un bâtiment public et le réveil d'un volcan. Globalement, il s'en tirait même mieux, maintenant qu'il avait récupéré un talisman vivant le protégeant de toute péripétie loufoque tant qu'il le tiendrait dans ses bras. Et, étant donné que la boule de poils ronronnant à tout vas ne semblait pas pressée de quitter son nouveau moyen de transport chauffant, la probabilité qu'il se retrouve dépouillé de son nouveau gri-gri était suffisamment faible pour que le sorcier puisse décemment espérer passer une nuit sans être dérangé par l'atterrissage intempestif d'une princesse extra-terrestre en vadrouille.

-Pouvez m'expliquer ? bailla le Survivant à côté de ses pompes.

-Votre familier a aimablement proposé que je vous accompagne et vous serve de guide, lui expliqua la statue dépourvue de membres.

-Hun-hun, lâcha le sorcier n'ayant plus assez d'énergie pour protester contre ce qui lui tombait dessus.

-Mraoorw, miaula Cheshire en plantant ses yeux jaunes dans ceux de l'aimant à ennuis.

Apparemment, la bestiole exigeait qu'il transporte le buste en marbre en plus d'elle-même.

-Pourquoi lutter ? soupira lourdement le Survivant en faisant léviter d'un informulé le vieux barbu.

Vieux barbu qui était proprement extatique de changer d'angle de vision.

-Oh ! Je n'avais jamais remarqué que les couleurs de cette tapisserie prenaient une teinte plus sombre sous cet éclairage, se réjouit le morceau de marbre n'ayant pas dû être déplacé depuis de longues décennies.

-Merveilleux, articula le trentenaire n'ayant aucune affinité avec la décoration intérieure en général en se mettant en marche et en traînant son nouveau compagnon d'infortune à sa suite.

-À gauche, le guida le buste flottant gentiment au niveau de son visage. L'autre gauche, lui indiqua-t-il sans perdre une once de patience face aux lacunes de concentration et d'orientation du professeur arrivé enfin à ses limites. Attention, le prévint son GPS personnalisé, vous arrivez dans une zone de gravats qui risquent de vous faire trébucher.

-Miow, fit menacement le chat.

-Non, je ne vais pas m'étaler par terre et t'écraser au passage, le rassura le Sauveur ne s'interrogeant même plus sur ce qu'était devenue sa vie.


Et je vous laisse sur un teaser du chapitre 20


-Intéressant, lâcha-t-elle en le fixant de ses yeux chocolat comme une expérience ratée de métamorphose. Vous n'auriez pas été la victime d'un maléfice ou d'un sortilège d'oubli dans vos plus jeunes années, par le plus grand des hasards ?

Il s'agissait là d'un train de pensée qui ne plaisait absolument pas au Survivant. Mais alors pas du tout.

-Définissez "maléfice", dit-il en marchant sur des œufs.

Parce que si c'était ce à quoi il pensait, il y allait avoir un très gros problème.

-N'importe quoi qui aurait pu altérer votre psyché avant que votre cognition ne soit pleinement développée, lui répondit la sorcière en fixant sa célèbre cicatrice avec un éclat de mauvais augure brillant dans ses yeux d'érudite.


SEY