Bonjour lecteurs, lectrices !
Tout d'abord, Joyeuses Fêtes !
Je sais, je m'y prends un peu à l'avance. Mais comme il est très peu probable que vous ayez de mes nouvelles avant au moins le 28 decembre, je prends mes précautions ^^
Sur ce, je vous laisse tranquille.
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Chapitre 20 : La Chambre des Secrets
La dernière fois que Harry Potter s'était retrouvé devant l'entrée de la Chambre des Secrets, il avait fait face à un mur sur lequel était gravé deux serpents entrelacés, et n'avait put pénétrer dans les quartiers privés de Salazar Serpentard que grâce à sa maîtrise du Fourchelangue. Cette fois-ci, vingt ans plus tard, ou cinquante ans plus tôt, le sorcier se tenait devant une porte en bois qui aurait put paraître banale si la poignée ne ressemblait pas un peu trop à une couleuvre pour être honnête.
-Je m'attendais à plus de décorum, pensa à voix haute le Survivant.
-Mrow, miaula en assentiment Cheshire, calé bien au chaud entre ses bras.
-Salazar était un homme très simple, le renseigna le buste flottant à quelques centimètres de son visage.
-C'est marrant, parce que je me souviens très bien d'une statue géante, marmonna le tueur de basilique.
-Ah, oui, fit le vieux barbu avec une moue méprisante. Cette horreur de quinze mètres de haut, renifla-t-il hautainement. Un cadeau d'anniversaire de Godric, lui avoua-t-il sous le regard désabusé du Sauveur. Il avait trouvé que lui offrir un vestige des ruines de Papoloukamon, la mythique citée engloutie-
-Vous parlez de l'Atlantide ? le coupa le baroudeur ayant échappé à cette légende.
Pour un type ayant été obligé de se retrouver au cœur de mythes et de vaincre des gorgones et autres créatures de contes de fées à cause d'une Poisse Cosmique persistante, il était étrange que le sorcier n'ait jamais entendu parler de la version sorcière de la célèbre cité perdue de Platon. D'un autre côté, si elle répondait par un nom imprononçable, ceci expliquait peut-être cela...
-J'ignore par quelle dénomination les moldus l'appellent, lui répondit la source inépuisable de savoirs avant de reprendre son récit initial. Comme je le disais, Godric, et son sens de l'humour particulier, ont trouvé qu'il serait de bon goût d'offrir une statue géante, exprimant par sa simple taille la décadence d'une civilisation arrogante et orgueilleuse, à son bon ami dépourvu du moindre défaut moral, lui expliqua le buste séculaire.
Godric Gryffondor était un troll. Georges allait être intarissable pendant des mois...
-D'accord, ne chercha pas à le contredire le professeur de Xénomagie dépourvu de la moindre énergie. Et il faut une clef pour entrer, ou la porte a aussi été ensorcelée pour la rendre immatérielle ? demanda l'homme n'aspirant qu'à s'enfoncer dans son lit et à dormir douze heures d'affilées.
-Que nenni, lui répondit la tête volante. Un simple mot de passe est suffisant.
-Mot de passe qui est ? questionna le Survivant dans un bâillement.
-Je ne vous apprends rien en disant que Salazard changeait ses mots de passe régulièrement.
-Génial, expira de désespoir l'aimant à ennuis.
-Mais le dernier dont je me souviens était : "Godric est un gros naze", articula méticuleusement le vieux barbu.
À ces paroles d'une finesse incomparable, un bruit de serrure retentit dans le couloir désolé.
-Je sais que je devrais dire quelque chose, lâcha le sorcier trop fatigué pour commenter ce qu'il venait d'entendre, mais ma tête est absolument vide, dit-il au chat calé contre sa poitrine.
-Miaw, lui répondit la boule de poils à l'intelligence trop exacerbée pour n'être qu'un chat parmi les autres.
-Je suis d'accord, intervint le bute flottant. Vous feriez mieux d'entrer avant que la porte ne se referme automatiquement.
Ne se posant plus de questions existentielles, le Sauveur réinstalla le chat grognon, et actionna de sa main plus ou moins libre la poignée ressemblant à un serpent. Ouvrant la porte menant au laboratoire secret du Fondateur le plus douteux de Poudlard, Harry pénétra dans l'antre du puissant sorcier. Si le Survivant avait été un peu plus réactif au monde l'entourant, il aurait sans aucun doute fait autre chose que cligner stupidement de ses yeux verts.
-Ca, c'est la Chambre des Secrets ? n'y crut pas le trentenaire.
-Tout à fait, lui assura la tête volante. Bien sûr, la décoration originale ne ressemblait pas à ça, ajouta-t-il en guise d'explication.
-Sans dec', ne put que dire le professeur devant le contenu des tapisseries.
-Après avoir perdu un pari avec Helga, Salazar s'est retrouvé obligé de la laisser faire ce qu'elle voulait à propos de l'agencement de son bureau personnel, l'informa le vieux barbu légèrement gêné par la peinture sur laquelle étaient posés les yeux du Sauveur.
Il fallait dire que la croûte était quand même exceptionnelle. Et pas vraiment dans le bon sens.
-Les Fondateurs se seraient pas réincarnés dans les années vingt, par le plus grand des hasards ? osa provoquer le Destin Harry Potter dans un marmonnement presque indistinct.
Pendant un court instant, le Survivant eut peur de la réponse du buste volant. Parce que si les quatre puissants sorciers s'amusaient régulièrement à braver la mort, il était couru d'avance que le pauvre petit professeur allaient se retrouver avec des élèves assurément problématiques. Serrant un peu trop fort le chat porte-bonheur contre lui, et tirant à la bestiole un miaulement de mécontentement au passage, le Sauveur attendit impatiemment la réponse du morceau de statue en sachant un peu trop sur les mœurs du château pour être honnête.
-J'ignorais que la réincarnation était un domaine scientifiquement prouvé, lâcha enfin le vieux barbu perdu dans ses pensées.
Ne voulant pas entrer dans un débat stérile et générateur de migraines carabinées, l'aimant à ennuis préféra ne pas commenter sur le caractère fort peu "scientifique" de la Magie et sur l'impossibilité élémentaire de "prouver" quoique ce soit dans ce domaine. Surtout quand les fragiles appareils moldus implosaient à chaque fois que le Sauveur avait le malheur d'éternuer un peu trop fort.
-Donc vous êtes en train de me dire qu'Helga Poufsouffle était une sorte de précurseur de l'avant-gardisme et du surréalisme ? reformula le voyageur temporel avec moins d'incrédulité que cette phrase l'exigeait.
Parce que oui, la Chambre des Secrets, le laboratoire privé de Salazar Serpentard, les quartiers intimes du Fondateur le plus craint de Poudlard, avait tout d'un repaire d'artiste des années folles. De grandes étoles bariolées pendaient des murs et venaient recouvrir les murs de pierre froids et inhospitaliers. Les quelques espaces épargnés par l'étalage de couleurs criardes étaient réservés aux tableaux représentant des formes bizarres qui étaient soient tirées d'un imaginaire tortueux, soient le résultat d'une expérience de métamorphose lamentablement ratée. Des chandeliers flottaient dans les airs et conférant aux lieux une atmosphère propice aux confessions et autres activités intimes. Un divan à la romaine au bois noir et aux coussins dorés était installé dans un coin de la pièce, invitant diablement le trentenaire épuisé à s'allonger et à récupérer de sa journée chargée. Face au canapé, une table basse d'inspiration gothique regorgeait de parchemins plus ou moins bien conservés et une bouteille en cristal bleuté émergeait du tas de feuillets. Un chevalet et une peinture interrompue étaient rangés dans cette même partie de la pièce. Un porte-document en cuir et assaillit par la poussière reposait sur le sol du bureau privé avec des morceaux de miroir, un cadre vide pendant au mur au-dessus de lui, comme si un individu furieux, dans un geste de rage, avait utilisé le porte-document pour exploser une glace. Un croquis dépassait partiellement de la pochette de cuir, et bien que le Sauveur soit incapable de reconnaître le modèle, même un néophyte de sa trempe trouvait que les traits de fusain transpiraient de grâce et de beauté.
De l'autre côté du laboratoire redécoré en atelier d'artiste, se trouvait, perdu à travers les toiles avant-gardistes et dépourvues de logiques élémentaires, un bureau en chêne respirant l'austérité. Juste en regardant ce mobilier, le Survivant pouvait déjà se faire une idée du caractère intransigeant et pète-sec de son propriétaire. Une étagère solitaire était calée contre une tenture jaune canari et regorgait tellement de fioles et de grimoires en tout genre que le trentenaire se demandait comment les lois de la physique acceptaient que rien ne se casse dramtiquement la figure. Un encrier d'un autre siècle était renversé en travers du bureau et avait noyé d'une couleur sombre des parchemins décrépis.
Il était étrange comme une pièce transpirant la chaleur humaine par sa décoration digne de hippies était paradoxalement capable de transmettre le malaise d'une dispute s'étant terminée une petite éternité plus tôt. Toutes ces marques de vie, tout ces petits détails prouvant que Salazard Serpentard et Helga Poufsouffle avait habité cette chambre, étaient gâchés par les dernières traces de l'ultime passage du propriétaire de ce sanctuaire. Ce miroir brisé, ce porte-docment abandonné, et cet encrier renversé témoignaient de la fracture ayant eut lieu entre les Fondateurs de l'école, les dégâts qu'une différence de convictions avait causé sur des relations profondes, marquaient de leur présence l'Histoire et la haine transformée en culte qui avait découlé de cet incident.
Il était étrange comme une pièce aussi chaleureuse pouvait aussi facilement donner des frissons.
Après réflexion, peut-être était-il plus sage de faire l'impasse sur le divan et la bouteille d'alcool et de continuer sa route jusqu'aux cuisines.
-Je ne pense que "précurseur" soit le terme le plus adapté, répondit à sa question le vieux barbu. Helga était une âme libre qui s'amusait pendant son temps libre à voyager à travers les âges, et revenait de ses escapades avec toutes sortes de choses. Dont une passion pour la peinture irréaliste.
-Surréaliste, rectifia sa bouche sans l'aval de son cerveau.
À partir de quand, exactement, devait se mettre à rire hystériquement Harry Potter ? Parce que si Helga Poufsouffle passait ses week-ends à crapahuter dans le futur à la recherche de nouvelles techniques artistiques, la probabilité qu'il finisse immanquablement par la rencontrer, et à se retrouver avec une énième catastrophe divine sur les bras, était tellement élevée qu'il était pratiquement certain que cette tuile allait fatalement lui tomber sur le coin de la figure. Se mettant une note mentale, le Survivant se promit de trouver un sort qui empêcherait la pierre angulaire de son Attirail de se faire la malle au moment le plus dramatique et de le laisser se démerder tout seul. Le professeur préférait avoir sa réputation émiettée par la présence constante de Cheshire à ses côtés plutôt que de prendre le risque de quitter de vue la boule de poils annihilateur de Poisse Cosmique. De toute façon, avec l'enfance qu'il avait eu, le trentenaire était d'ors et déjà habitué à se retrouver pointé moqueusement du doigt par des gosses cruels et à l'intelligence limitée. Les ricanements de ses élèves n'allaient honnêtement pas changer grand chose dans sa conception du monde. Au pire, se dit-il, il les collerait à la cueillette nocturne de champignons dans la Forêt Interdite, puisque cette punition avait l'air de gonfler tout le monde et lui donnait accessoirement accès à de la main d'œuvre gratuite.
-"Surréaliste", c'est cela, confirma le buste flottant paisiblement dans les airs. Je n'ai jamais prêté une attention particulière aux nombreuses lubies d'Helga, vous m'excuserez de mon manque de précision, lâcha penaudement le vieux barbu.
-Y'a pas de mal, marmonna à mi-voix le Sauveur hypnotisé par une toile aux formes colorées et déstructurées devant, d'après le titre, être un auto-portrait.
-C'était que, voyez-vous, se mit à radoter le morceau de statue séculaire pendant que le chat reniflait suspicieusement un pot de peinture desséchée, cette brave Helga était tout simplement incapable de se concentrer plus d'une heure sur un sujet particulier. Elle était toujours en train de jongler entre plusieurs activités, que ce soit la peinture ou l'apprentissage de ses élèves, cancana le buste sous l'indifférence complète du Survivant obnubilé par une sculpture en argile incroyablement réaliste d'un derrière masculin.
Autant Helga Poufsouffle avait des goûts plus que douteux en matière de décoration et d'art, autant ses préférences en matière d'hommes répondaient parfaitement aux critères du voyageur temporel. Avec un temps de retard, qu'il se plût à mettre sur le compte d'une journée chargée de rebondissements rocambolesques, le trentenaire se souvint que la tête volante avait mentionné que le propriétaire de la Chambre avait entretenu une relation charnelle avec la Fondatrice.
Le Survivant prit une teinte verdâtre se mariant très joliment aux rideaux de soie ornant les murs lugubres.
-Mwrow ? fit le chat d'un ton inquiet et concerné.
-Je crois que je vais vomir, lâcha l'aimant à ennuis pendant que la boule de poils se dépêchait de sauter des bras de son porteur.
Il avait trouvé le popotin de Salazar Serpentard appétissant.
-Une réaction tout à fait normale, lui assura le buste flottant. Privilégier l'art au détriment de l'éducation des enfants auquel elle avait la charge. Une honte, approuva gravement le vieil homme s'étant mépris sur le sens de son commentaire.
Harry avait besoin d'un verre. D'urgence. La carafe en cristal bleu lui faisait de l'œil depuis tout à l'heure et paraissait un choix judicieux, dans les circonstances présentes. Se dirigeant vers l'objet tentateur, le Survivant fut coupé dans son élan par Cheshire, qui lui cracha menacemment dessus.
-Ne me dis pas que je t'ai marché dessus, répondit le trentenaire d'une voix outrée. T'es à trois mètres de mes pieds ! ajouta-t-il sous le reniflement de mauvaise foi du félin.
Ignorant la sale bestiole voulant l'inscrire aux Alcooliques Anonymes, l'aimant à ennuis continua sa route vers la boisson allant rendre son existence de maudit supportable. Alors qu'il venait de soulever le bouchon en verre du flacon, son geste fut arrêté par une simple phrase prononcée sur le buste volant.
-À votre place, j'éviterais de boire le contenu de cette carafe, le prévint le vieux barbu.
-Et pourquoi ça ? grogna l'éponge à vin notoire, appréciant très peu que tout le monde cherche à le garder sobre alors qu'il avait toutes les raisons du monde à vouloir se bourrer la gueule avec le premier tord-boyaux venu.
-Parce qu' Helga avait l'habitude de créer toutes sortes de potions aux effet inédits et que les laisser trainer en attendant qu'une pauvre âme s'empoisonne d'elle-même était sa conception d'"une farce innocente et sans conséquences dramatiques", lui répondit la statue sous les yeux écarquillés d'horreur du Survivant.
Ce dernier reposa brutalement le bouchon à l'emplacement où il l'avait pris et recula rapidement de plusieurs pas, comme si mettre une distance de sécurité était suffisant pour oublier qu'il avait failli faire une Très Grosse Boulette à cause de son penchant pour les alcools forts.
-Autant pour moi, dit le respectable professeur à son chat le regardant hautainement du haut d'un fauteuil. Je ne remettrais plus ta parole en doute, promit-il à la boule de poils intelligente et assurément pourvue d'une chance sans nom.
-Si vous voulez rester et profiter de votre passage pour visiter les quartiers de Salazar et admirer les œuvres d'Helga, intervint le vieux barbu se méprenant gravement sur les intentions du Sauveur, vous pouvez demander aux elfes de maison de vous apporter un encas. Les cuisiniers avaient l'habitude de servir des banquets ou des friandises à toutes heures du jour ou de la nuit, se rappela le bout de marbre parlant.
Quitte à invoquer un elfe, autant se servir de sa capacité à se téléporter pour aller directement aux cuisines. Ou mieux, dans ses propres quartiers.
-Riche idée, commenta à voix haute le Survivant sans se rendre compte de ce à quoi il venait de répondre.
-Tirez cette cordelette, lui ordonna paisiblement le buste.
Trop sonné par sa première journée de professorat pour protester contre les indications de son guide, et trop plongé dans ses rêves de lit douillet et de repos amplement mérité, l'aimant à ennuis se mit à servilement obéir au vieux barbu décapité.
-Ce machin avec un pompon violet qui pendouille ? pointa-t-il du doigt l'horreur digne de Dumbledore et ses goûts douteux en matière de coordination de couleurs.
-Celui-là même, lui répondit la tête flottante alors que le voyageur temporel tirait sur la fameuse cordelette.
À peine eut-il relâché l'hideux pompon qu'un craquement sonore retentit derrière lui. Son corps réagissant avant que le professeur ait compris ce qu'impliquait ce bruit, le Pion préféré de la Fatalité pointa sa baguette de houx droit sur le nouvel arrivant, un sortilège sur le bout de la lange prêt à neutraliser l'intrus.
-Dipsie, à votre service, professeur Potter ! déclara énergiquement un elfe de maison en faisant claquer ses talons dans une parodie de salut militaire.
Clignant plusieurs fois ses yeux myopes, le Survivant se demanda un instant comment son réveil-matin personnel pouvait être aussi plein de vie après une journée de travail éreintante. Si le petit personnel de Poudlard avait à sa disposition une batterie d'énergie à laquelle il pouvait se brancher à loisir, l'ancien chasseur de mages noirs allait mettre ses talents de cambrioleur au-devant de la scène.
-Potter ? releva le buste pluri-centenaire. Comme Donatello Potter ?
Après le Teletubbies, la tortue ninja... Décidément, le Sauveur attirait les patronymes ridicules plus rapidement que du miel les mouches.
-Sans doute, marmonna dans sa barbe le professeur exténué par les tuiles ne cessant de lui tomber sur le crâne.
D'ailleurs, où était donc passé ce chat porte-bonheur ?
-Mrow, miaula Cheshire, tranquillement perché sur l'étagère surchargée et bafouant de part son existence les lois de la gravité.
-Que peuvent faire pour vous les elfes de Poudlard ? fit Dipsie d'une voix grave, comme un soldat demandant à son général les directives pour la prochaine bataille.
D'une certaine façon, un casque de tranchée irait parfaitement sur le petit crâne chauve de sa domestique personnelle.
-Euh... répondit le trentenaire, perdu dans ses rêveries épiques sur fond de première guerre mondiale. Me téléporter aux cuisines ? osa-t-il pousser la chance à son maximum.
Avant que le télétubbies puisse répondre, la boule de poils cracha férocement depuis son perchoir précaire. L'elfe parut extrêmement outré par le comportement du petit félin, si le regard foudroyant et la bouche entrouverte d'indignation étaient des indications fiables du ressenti de la créature.
-Il est de notre responsabilité, en tant qu'elfes de Poudlard, de nous assurer que tous les résidents du domaine soient protégés contre toute forme de menace, cracha tout aussi férocement la pacifique elfe de maison. Jamais, insista Dipsie, un serviteur du château ne causera volontairement du tort à un sorcier, siffla-t-elle de rage.
Harry se souvenait pourtant d'une conversation où l'elfe l'avait plus ou moins prévenu qu'elle n'hésiterait pas à le mutiler si elle pensait que c'était dans son intérêt, ou celui de l'école.
-Mfr, renifla dédaigneusement Cheshire devant le visage de plus en plus rouge de sa domestique personnelle.
Dipsie leva sa main droite, ses doigts gris en position pour claquer des doigts et déchaîner les enfers dans le pauvre atelier des Fondateurs.
-Houlà ! mit directement son véto le Survivant ayant déjà subi beaucoup trop d'évènements épiques et capillo-tractés depuis son réveil. Personne ne se bat contre personne ! déclara-t-il en se mettant entre les deux créatures belliqueuses se foudroyant du regard.
-Cette bestiole a insulté mon espèce, cracha sa femme de chambre entre ses dents serrées.
Les elfes de maison possédaient donc une fierté facilement froissée et une susceptibilité qui allait avec, comme toutes les autres créatures magiques qu'avait put rencontrer le Sauveur. C'était toujours bon à savoir...
-Cheshire a juste pointé, qu'avec ma Poisse Cosmique, me retrouver dans une pièce pleine de monde sans possibilité de fuite était loin d'être l'option la plus optimale, joua au diplomate le type ayant endigué une guerre inter-raciale en vendant Sven, le paratonnerre karmique, à un loup-garou alpha.
Ce que Sven et sa capacité à attirer les pires catastrophes de la Création à sa place lui manquait, dans cette école de fous... Carter et ses grognements aussi... Yatsumi et son sourire à la fois et sanguinaire de même... Ce monstre de Rose Weasley, son frangin inoffensif et ses parents ayant réussi à avoir une vie ou moins normale, pareillement... En fait, son époque lui manquait, même avec les tuiles qu'il se prenait quotidiennement dans la tronche. Au moins, il avait des amis qui l'écoutaient épancher ses malheurs sans chercher à l'étriper au passage, ou à l'inscrire au club des Alcooliques Anonymes. Ce qui était effroyablement pire.
-Rester dans la Chambre est effectivement un choix plus intelligent, donna son inestimable opinion la tête volante.
-Et pourquoi cela ? demanda le professeur de Xénomagie en contenant son impatience du mieux qu'il pouvait.
C'était que le voyageur temporel avait faim, avait soif, était crevé et en avait marre de devoir gérer toutes les catastrophes qui menaçaient de l'assaillir à tout instant. À un moment donné, trop était tout simplement trop, même avec la compagnie d'un chat porte-bonheur réduisant considérablement les pépins aux proportions dantesques.
-À moins que vous ne vouliez vous retrouver pris en plein coups de feu par ces forcenés d'elfes risquant de considérer votre personne comme un plat en attente d'être préparé, je vous déconseille fortement de pénétrer dans les cuisines aux heures des repas et celles les précédant, l'informa calmement le vieux barbu, comme si risquer de finir comme un cochon de lait avec une pomme entre les dents était un désagrément majeur n'allant inévitablement pas finir par son trépas.
Pour avoir déjà failli servir d'apéro à une bande de cannibales, le Sauveur ne tenait absolument pas à tenter le sort et réitérer cette traumatisante expérience. Se retrouver saucissonné à une table au beau milieu de morceaux d'êtres humains pendants à des crochets de boucher pouvait décemment causer des cauchemars à l'être le plus pondéré. Depuis lors, le Survivant se tenait le plus loin possible de tout incident risquant de le mettre dans une position similaire, et évitait comme la peste les charmants individus lui proposant gratuitement le gîte et le couvert dans un sourire de bon samaritain.
-Je pense que je vais rester ici, décida avec sagesse le professeur d'une petite voix étranglée.
Le chat exprima son assentiment d'un ronronnement sonore.
-Très bien, prit note l'elfe. Autre chose, professeur ? lui demanda sa femme de chambre miniature en foudroyant toujours du regard la boule de poils.
-Ce serait possible d'apporter mon repas ici ? osa tenter une fois de plus le diable le Survivant.
Dipsie hocha vigoureusement du chef, ses oreilles claquant au vent.
-Préférez-vous un assortiment de chaque plat, ou quelque chose de particulier ? prit-elle sa commande comme une serveuse de grands restaurants étoilés.
-Va pour l'assortiment, ne se creusa pas plus le crâne l'aimant à ennuis. Et une bouteille d'alcool fort. N'importe lequel, ajouta-t-il.
Après la journée qu'il avait subie, le pauvre Survivant avait bien mérité un petit remontant. Le grognement sourd de Cheshire avait cependant tout d'une contradiction.
-Au vu de votre état, jeune homme, intervint le buste en jetant un coup d'œil équivoque à son dos courbé et ses oscillations inquiétantes, il me paraît préférable que vous évitiez d'ingurgiter quoique ce soit risquant de causer la défaillance de l'un de vos organes.
-De quoi ? ne put que sortir le Sauveur d'une voix outrée.
Non seulement on lui interdisait la tranquillité d'un coma éthylique, mais en plus on l'informait que les seules boissons du château qui ne risquaient pas de l'assassiner étaient dénuées de la moindre goutte d'alcool ? C'était tout simplement intolérable. Sitôt qu'il aurait récupéré des forces et de la volonté, le professeur allait se faire le plaisir de commander tous les échantillons d'alcool sorcier dont regorgeait le pays. D'ailleurs, les Highlands concoctaient un délicieux Whisky au prix tout à fait abordable. Tellement abordable, que le voyageur temporel avait eu l'habitude d'entreposer des futs entiers dans son sac en perle à la contenance infinie.
Le bruit d'une lampe venant de s'allumer retentit victorieusement dans la caboche du Survivant et un sourire de benêt prit place sur ses lèvres abîmées. Comment avait-il pu oublier qu'il se trimballait continuellement avec une cave à vin sur lui ? Le trentenaire avait dû encaisser un peu plus d'évènements épiques qu'il le pensait, pour que sa malheureuse cervelle soit à ce point défectueuse.
-Mraow, fit le chat en guise d'explication.
L'élu de trop de prophéties arqua un sourcil.
-Tu permets, répliqua le chasseur de mages noirs à la retraite, j'ai un foie particulièrement résistant à toutes sortes de poisons. C'est pas un petit tord-boyaux local qui va m'achever, insista-t-il.
Depuis que le Survivant s'était fait mordre par un basilique en deuxième année, et s'était fait soigner par un phénix, il avait développé malgré lui une certaine tolérance aux substances sensées le faire atrocement agoniser. Le coureur de jupons notoire s'en était rendu compte après qu'une sorcière un peu trop revancharde ait glissé un petit quelque chose dans son verre. Certes, il avait passé la journée suivante à se tordre de douleur et à monopoliser les cabinets d'aisances d'une auberge miteuse en Egypte, mais le baratineur de service n'en était pas mort. Au fur et à mesure de ses errances épiques et loufoques, le baroudeur internationnal s'était retrouvé à de nombreuses reprises victime d'une créature magique ayant essayer de le prendre pour plat de résistance. Comme le lui avait si bien expliqué ce mage noir de Galatea Têtenjoy, il était ressorti de ces confrontations sanglantes avec de jolis petits souvenirs indésirés. Comme quelques cicatrices que ses conquêtes trouvaient attirantes, une résistance accrue aux venins des fameuses bestioles, et une espèce de traqueur magique indiquant aux créatures de tout rang qu'il était une proie appétissante.
Donc, techniquement, si toutes les bestioles au venin létale s'étaient littéralement cassés les dents sur sa modeste personne, un malheureux petit alcool de rien du tout ne pouvait venir à bout de l'increvable Monsieur Potter, Survivant à toutes les catastrophes, naturelles ou non.
-Les seules boissons contenant de l'alcool dans les caves de Poudlard ne sont que des poisons, le renseigna Dipsie.
-Okay, soupira de découragement le professeur de Xénomagie en se massant longuement les yeux. Je suis au centre d'une conspiration pour me faire arrêter la biture. Normal, expira-t-il comme si on venait de lui interdire les joies du sport de chambre pour un souci de propreté.
-Mwiow, tenta de le consoler Cheshire.
-C'est gentil, répondit le trentenaire, mais j'ai du mal à digérer le lait depuis que c'était la seule boisson à ma disposition pendant une semaine, leur révéla-t-il dans une grimace.
Comme le sorcier en avait fait l'amère expérience, quand un individu se retrouvait forcé de se nourrir uniquement d'un certain aliment pendant une trop longue période, son corps commençait à rejeter progressivement son unique source de nourriture. Incapable d'approcher de l'eau pour s'en abreuver ou se laver à cause d'une malédiction lancée par Yatsumi, le Sauveur avait été malheureusement obligé de trouver des solutions palliatives pour éviter de mourir de déshydratation. Son ancienne compagne d'infortune n'avait pas apprécié de le retrouver dans les draps d'un yakuza aux mains baladeuses. Elle avait même poussé le vice jusqu'à l'enfermer dans une zone délimitée au beau milieu du Mont Fuji et l'avait laissé livrer à son sort pendant dix longs jours. Le Sauveur avait vraiment cru que son heure était arrivée, jusqu'à sa rencontre avec un troupeau de vaches en train de paître paisiblement dans un pré.
Tout ça parce qu'il avait juste voulu limiter les pépins aux proportions dantesques en faisant son possible pour ne pas se mettre à dos les mafieux japonais. Quoi que faisait le malchanceux chronique, les péripéties homériques finissaient toujours par fatalement le rattraper...
Yatsumi n'avait bien évidemment pas été dupe de son manège et avait usé d'un maléfice beaucoup plus pervers qu'il ne l'avait originellement cru pour lui comprendre son point de vue sur le baratinage hypocrite du Sauveur et sa conception bâclée de la fidélité. Ce qui ne l'avait pas empêché partager un peu de bon temps avec une bestiole humanoïde possédant neuf queues de renard, une star de la chanson locale, un ancien athlète de la Coupe du Monde de Quidditch, et, bien sûr, le fameux yakuza aux tatouages érotiques qui l'avait plus ou moins intégré à son organisation criminelle.
La fidélité, chez Harry Potter, était un concept relatif. Ce qui lui valait toujours des petites aventures sous forme de malédictions vicieuses, coups de poing colériques, courses-poursuites sur les toits dans le plus simple appareil, tentatives de mort à foison, et occasionnellement, environ deux fois sur trois quand le conjoint de sa compagnie d'un soir les surprenait en position compromettante, un ménage à trois.
-Je prends note, dit l'elfe de maison en sortant un parchemin du torchon immaculé lui servant d'habit. "Pas de lait pour le professeur Potter", écrit-elle studieusement avant de relever la tête. Mangez-vous tout de même les produits créés à partir de lait, ou en contenant ? lui demanda sa servante personnelle. Et d'un animal particulier ? demanda-t-elle plus de précision.
-Juste, pas de lait en guise de boisson, lâcha le trentenaire assommé par toutes ces questions.
-À vos ordres, lui répondit l'elfe en claquant militairement ses petits talons malingres. Autre chose, professeur ? la questionna-t-il à nouveau.
-Mon oreiller, souffla le Sauveur fatigué et au bout de sa vie.
Sa servante personnelle claqua ses doigts gris et, dans un craquement sonore, fit apparaître entre ses mains humaines l'oreiller duveteux qu'il avait piqué à l'une de ses partenaires de sport de chambre.
-Mow ! fit Cheshire avec beaucoup trop d'envie luisant sans ses yeux jaunes pour être honnête.
-Alors là, pas question, mit directement son véto la cible de tous les harceleurs du château en serrant jalousement son oreiller contre son cœur. La couverture, je veux bien, marchanda-t-il sous le regard suppliant de l'affreuse boule de poils, mais pas l'oreiller, clama-t-il aussi sévèrement qu'il le put.
Ce qui, avec les oscillations perturbantes de son corps exténué, n'était pas aussi frappant de dureté qu'il l'avait originellement prévu.
Un autre craquement retentit dans les quartiers privés du Fondateur, et une lourde couverture de laine atterrie sur le Sauveur. Empêtré dans son propre linge, le Héros adulé de toute une communauté se fracassa comiquement par terre, entraînant dans sa chute un guéridon et une petite dizaine de parchemins roulés sur eux-mêmes. Cloué au sol par le poids de l'épaisse couverture, le professeur grogna une insanité particulièrement crue tirant une inspiration choquée au buste de toute évidence plusieurs fois centenaire. Ses gesticulations inutiles ne réussissant qu'à davantage le ligoter au plaid vicieux.
-Je vous signalerais, jeune homme, intervint la voix acide de la tête flottante, que messire Godric avait beau être un homme aux mœurs délurés, il n'en restait pas moins un individu ne s'abaissant pas aux excentricités des Grecs.
-De quoi ? ne put que sortir dans un grognement énervé le Sauveur, toujours embourbé dans sa couverture étouffante.
-Godric Gryffondor n'était pas un adepte de la sodomie, expliqua le plus succinctement possible le morceau de statue parlant.
-...De quoi ? répéta le trentenaire avec l'incompréhension la plus complète en arrêtant d'essayer de se désempêtrer du linge en laine. Mais qu'est-ce que vous me bavez, encore ? lâcha-t-il avec désespoir, totalement inconscient que son commentaire sur la sexualité du Fondateur de sa Maison était à l'origine de l'irritation du buste volant.
-Mwrrorr, ronronna fortement le chat avant de descendre de son perchoir dans un petit bruit.
-Merci du soutien, dit le Survivant ayant arrêté de lutter contre la couverture voulant l'asphyxier.
-Miou, le remercia la boule de poils beaucoup trop intelligente pour le bien-être du pauvre professeur.
-Si vous ne désirez rien d'autre, professeur Potter, fit la brave Dipsie, je vais de ce pas chercher votre repas, le prévint-elle avant de s'évaporer dans un craquement sonore.
-Si vous tenez à ma coopération, reprit le vieux barbu d'une voix tranchante, vous devrez cesser de parler en des termes pareils des fondateurs de cette école, le prévint le fossile parlant.
-Vous avez quelque chose contre la sodomie ? parla la bouche du dragueur invétéré avant l'aval préliminaire de son cerveau.
-Une pratique hérétique qui ne devrait pas exister, renifla de mépris le vieillard d'une époque révolue.
-Hun-hun, ne put que dire le Sauveur en se disant qu'il ferait mieux de ne pas faire de sous-entendus graveleux sur sa propre sexualité quand la tête flottante était dans les parages.
C'était que, l'air de rien, le vieux barbu était pratique. Preuve en était qu'il l'avait guidé à travers le labyrinthe des cachots sans rien demander en retour et qu'il lui avait montré l'entrée du bureau secret de Salazar Serpentard et Helga Poufsouffle. Une fois qu'il aurait récupéré ses facultés mentales et son énergie, le voyageur temporel allait se faire une joie de piller ce temple du savoir oublié, et allait faire saliver tout un paquet d'individus prêts à exaucer ses quatre volontés pour ce qu'il allait trouver aux fonds de cette étagère branlante et surchargée. Comme par exemple Galatea Têntenjoy, qui s'ennuyait tellement dans sa prison dorée qu'elle avait décidé de passer son éternité à lire tous les grimoires poussiéreux de la Bibliothèque maintenant dévastée. Ou comme Voldemort Junior, qui vendait ses pâtisseries et ses charmes au premier sorcier un peu plus puissant que les autres pour devenir le maître du monde. Ou comme les Dix Plaies, qui allaient se marcher dessus pour avoir le privilège d'apprendre de l'élu prophétique Comment Accomplir Sa Destinée Le Plus Héroïquement Possible Pour Les Nuls. Ou les septièmes années, qui se pensaient déjà adultes et prêts pour l'impitoyable jeu politique des hautes sphères du Pouvoir, et penseraient qu'exhiber un objet ayant appartenu à un Fondateur leur vaudrait prestige et respect. Ou Howard Fawley, qui adorait les vieux bouquins poussiéreux et adorerait garnir ses précieux rayonnages des nombreux traités du grand alchimiste Salazar Serpentard. Ou Dumbledore, qui allait être prêt à tout pour que ce savoir potentiellement apocalyptique ne tombe pas entre les mains des mauvaises personnes. Ou le Régent des Territoires Incartables du Grand Nord, qui cherchait à libérer son pays du joug de Grindelwald. Ou pratiquement n'importe qui dans cette école de fous.
Occupé à planifier sa domination sur les occupants de Poudlard, le Survivant ne remarqua pas tout de suite que quelque chose faisait bouger l'épaisse couverture. Il ne comprit qu'un intrus cherchait à profiter du fait qu'il soit coincé que trop tard pour dégainer sa baguette. Se préparant mentalement à une énième catastrophe divine, le professeur fut naïvement surpris de rencontrer la tête velue de son nouvel animal de compagnie. Clignant plusieurs fois et comiquement de ses yeux myopes, l'aimant à ennui expira avec un degré conséquent d'incrédulité :
-Mais qu'est-ce que tu fous là, toi ?
-Mia, lui répondit le chat comme si l'humain était un demeuré profond.
Ce qui, vu son état de fatigue extrême, n'était pas aussi loin de la réalité que l'aurait voulu le Survivant.
Ignorant le chaos intérieur du voyageur temporel accidentel, la boule de poils avec beaucoup plus d'intellect que l'homme coincé stupidement au sol s'installa confortablement sur la poitrine du Sauveur et se mit à ronronner à l'excès. Harry aurait bien aimé trouvé l'énergie de virer de son corps la bestiole, mais les vibrations du félin et sa position horizontale lui proposaient efficacement de juste arrêter de lutter contre la fatalité et de pioncer, pour une fois qu'il en avait l'opportunité.
Le Sauveur ne sut pas à quel moment exactement il s'enfonça dans les profondeurs bienfaitrices du sommeil, ni combien de temps il avait pu dormir, mais quand il émergea enfin de sa sieste nécessaire, ce fut parce que son ventre criait au désespoir. Ce n'étaient pourtant pas les bruits rugissants de son estomac gargouillant qui avait réussit à le sortir de son hibernation, mais plutôt la souffrance d'un organe en train de se digérer lui-même.
Une grimace douloureuse sur le visage, le Survivant ouvrit enfin ses yeux verts, et leva sa main droite pour masser son estomac criant famine. Quelle ne fut pas sa surprise d'y trouver une boule de poils elle-même tranquillement assoupie. Clignant plusieurs fois ses yeux myopes, le professeur fixa longuement du regard le chat porte-bonheur étalé sereinement du haut de sa poitrine jusqu'à son abdomen. La bestiole s'était même permit le luxe de ronfler paisiblement. Etant habitué à se réveiller d'une cuite dans des endroits bizarres et à servir d'oreiller pour tout un panel de créatures louches, l'aimant à ennuis n'était pas franchement déstabilisé par la présence du petit félin. Ce qui était hautement suspect, en revanche, était le peu d'envie que le trentenaire avait de faire déguerpir l'animal de sa poitrine pour qu'il puisse enfin aller satisfaire une faim avide.
Coulant un regard autour de lui, le Sauveur remarqua avec un temps de retard, qu'il mit sur le compte d'une fatigue persistante, qu'une âme bienveillante avait transporté son corps assoupi jusqu'au divan aux couleurs de Poufsouffle. Sa tête avait été délicatement calée contre son précieux oreiller, emprunté Ad Vitam Aeternam à une ancienne conquête d'un soir. Ses vêtements sorciers ne portaient plus les traces de son atroce première journée de cours. Sa couverture Pottericide avait été soigneusement pliée et posée sur une table près de lui. Sur cette même table, se trouvait une cloche en verre opaque laissant tout de même transparaître un fumet délicieusement alléchant. Ses glandes salivaires s'actionnant d'elles-mêmes, le professeur ne perdit pas le temps de chercher sa baguette en bois de houx et utilisa la Magie Élémentaire de l'air conféré par l'un de ses bracelets pour faire voler jusqu'à lui le meuble sur lequel était posé le plat diablement appétissant. Avec mille précautions, et malgré les grognements de son ventre affamé l'enjoignant à se les bouger avant qu'il se chope un ulcère, le trentenaire fit léviter son repas aux odeurs directement importées de ses rêves les plus fous jusqu'à sa personne, actuellement immobilisée par un vulgaire chat trop adorable pour être réveillé. La table enfin à porter de bras, l'aimant à ennuis hésita quelques instants à soulever la cloche de verre. Avec la Poisse Cosmique qu'il se coltinait depuis quelque temps, la probabilité qu'il ne trouve qu'un vide accablant à la place d'un mets préparé à son intention par ces déités des fourneaux qu'étaient les elfes de maison était très élevée. Suffisamment pour qu'il marque un temps d'arrêt et se prépare mentalement à une déception démoralisante avant de marmonner une prière à l'entité sadique perchée sur son épaule, puis de soulever enfin le couvercle opaque dont le contenu allait déterminer son humeur pour les prochaines heures.
-Merci Seigneur, expira de soulagement le Héros des Temps Troublés en se jetant comme l'affamé qu'il était sur la divine nourriture faisant passer l'ambroisie des dieux grecs pour de la vulgaire pitance de seconde main.
Sur un lit de purée de pommes de terre, reposait un morceau de saumon agrémenté de feuilles d'épinard, le tout parfaitement cuit et assaisonné. Même avec un menu digne de la première cantine venue, ces déités des fourneaux étaient capables de le faire indécemment gémir de plaisir. L'adage qui disait que pour séduire un homme, il fallait d'abord conquérir son estomac était parfaitement applicable au Sauveur dénué de la moindre fierté. À moitié allongé sur le divan, se goinfrant sans honte de son plat aux multiples saveurs divines, Harry Potter donnait l'image d'un homme n'ayant pas le moindre problème à se faire surprendre en pleine activité inconvenante.
Après avoir satisfait son estomac, le Sauveur se servit du mieux qu'il put un verre de bierraubeurre gentiment fournis par les rouages invisibles du château. Une fois correctement désaltéré, le baroudeur inter-continental mit la main à sa ceinture, dans le but de ranger la bouteille vide dans son sac de Mary Poppins en cas d'utilisation future. Avec une horreur démesurée, le Survivant ne parvint à toucher que ses vêtements au lieu du sac contenant l'intégralité de ses possessions. Muet d'épouvante, le voyageur du futur se redressa vivement, faisant miauler d'outrage Cheshire qui fut jeté au sol sans sommation, et se palpa énergiquement à la recherche de son objet le plus précieux. Même perdre son Attirail n'égalait pas ce degré d'épouvante. Après plusieurs secondes de fouille intensive, le professeur dû se rendre à l'évidence :
-Je suis foutu, expira-t-il avec à la fois désespoir et frayeur d'un gémissement angoissé.
-C'est ceci, que vous cherchez ? lui répondit une voix féminine inconnue au bataillon.
Harry Potter ne réussit à émettre qu'un couinement apeuré.
Maintenant que sa Poisse Cosmique était officiellement de retour, il était inconcevable que ce nouvel individu ne soit pas une énième Elue de la Destinée venue le harceler pour qu'il botte le derrière à un Seigneur des Ténèbres, ou le débarrasse d'une malédiction, ou le traîne malgré lui dans une quête épique et atrocement rocambolesque.
S'attendant au pire, le Héros des Temps Troublés sensé régler tous les problèmes de tout le monde à cause de foutues prophéties prit son courage à deux mains et tourna sa tête brune vers l'origine de la voix féminine. Une femme d'une petite quarantaine d'années était tranquillement assise derrière un chevalet. Seuls étaient visibles son visage et ses bras recouverts de taches de couleurs hétéroclites. Elle tenait dans sa main droite un pinceau et un sac de perles bleues tendu dans sa direction dans l'autre. Son corps se mouvant sans sa permission, le Sauveur se précipita sur elle, lui arracha fort peu civilement des mains sa possession et la plaqua jalousement contre son cœur, des fois qu'elle veuille lui reprendre son précieux sac à la contenance infinie. Devant ce manège ridicule, Cheshire eut le culot de renifler moqueusement. N'ayant que très peu envie de s'humilier une nouvelle fois devant une quasi-divinité en répondant sarcastiquement à un chat, le professeur ne fit que foudroyer du regard l'odieuse boule de poils. Le rire enfantin de l'intruse fit tourner l'attention du Sauveur sur elle. De la peinture fraîche s'étalait sur ses mains gracieuses et sa chevelure courte ressemblait un peu trop à la mode des années vingt pour que le voyageur temporel ne soit pas pris d'un doute affreux.
-Helga Poufsouffle ? fit-il en espérant se tromper lourdement.
La potentielle catastrophe divine parlante lui offrit un sourire tout aussi large que généreux, ses parfaites dents blanches, et dans une certaine mesure ses boucles châtain clair plaquées que son crâne, reflétant l'éclat des chandelles flottantes. Ses yeux chocolat pétillaient de bonne humeur et d'humour. Sa robe de lin coupée simplement était recouverte de peinture, et même ses souliers en cuir n'avaient pas échappé aux projections colorées.
-Elle-même, osa lui répondre l'apparition anachronique comme si elle ne venait pas de confirmer un cataclysme majeur allant plonger tête la première le Survivant dans de multiples aventures épiques et capillo-tractées.
Un étourdissement soudain obligea le Sauveur à s'asseoir gauchement par terre.
Ce n'était pas la première fois que Harry Potter se réveillait dans une époque différente de celle à laquelle il s'était endormi. Etait-il possible qu'il se soit à nouveau retrouvé parachuté dans le passé sans qu'il ait la moindre idée de comment cet évènement avait bien put se produire et pourquoi ? Connaissant sa Poisse Cosmique, le professeur n'avait même pas envie de connaître la réponse à cette question...
-Mwaow, miaula le chat venu se planter devant comme si l'humain lui faisait honte.
-Excuse-moi ? répondit l'aimant à ennuis d'une voix outrée en haussant un sourcil brun. Je viens de rencontrer un Fondateur, ça justifie au moins un évanouissement, marmonna-t-il avec humeur.
-Oui, approuva l'artiste-peintre en nettoyant son pinceau dans un vieux morceau de chiffon. La plupart des personnes du futur que je rencontre finissent généralement au sol, défendit-elle le trentenaire.
-Vous savez que je viens du futur ? demanda d'une toute petite voix timide le Sauveur du monde sorcier.
Helga Poufsouffle fronça dramatiquement ses sourcils châtains, et cette vue d'un Fondateur exprimant du mécontentement suffit à tétaniser de terreur l'ancien chasseur de mages noirs. Il réussit à contenir il ne sut comment le rire nerveux qui menaçait de sortir de ses lèvres.
-Oh ! lâcha l'imposante femme d'un mètre soixante en reprenant son sourire lumineux. Vous pensez être dans mon présent, comprit-elle. Je vous rassure, vous n'êtes pas victime d'un voyage temporel accidentel, eut-elle le culot de rire comme si ce genre de pépin n'avait aucune chance de lui arriver. Je suis juste venue faire un peu de tourisme en 1842, le renseigna-t-elle en lui proposant sa main pleine de peinture pour l'aider à se relever.
-1842 ? répéta le Survivant en prenant la main bienfaitrice d'Helga Poufsouffle et en sentant des fourmillements sur le moindre contact de peau.
-Nous ne sommes pas en 1842 ? demanda timidement la Fondatrice en le suppliant muettement du regard.
-Euuuh... ne put que dire l'éloquent professeur. À un siècle près ? eut-il des remords à ruiner les espoirs de cette autre voyageuse temporelle apparemment elle-aussi perdue dans les méandres du temps.
-Bouse de dragon, marmonna-t-elle pour elle-même et avec un degré conséquent d'irritation et de colère. Godric m'avait pourtant promis qu'il arrêterait de trafiquer mes diagrammes sans ma permission, grogna la sainte patronne des studieux et gentils poufsouffles.
C'était officiel, Godric Gryffondor était la précédente incarnation de Georges Weasley.
-Et je peux savoir quand exactement j'ai atterri ? soupira lourdement l'artiste-peintre en se massant les tempes.
-Septembre 1942, lui répondit docilement l'aimant à ennuis en fixant son sac de perle à sa ceinture, endroit qu'elle n'aurait jamais du quitter. Et je peux savoir pourquoi vous fouilliez dans mes affaires ? osa-t-il demander à l'une des figures emblématiques de sa communauté.
Le Fondateur posa ses yeux perçants sur sa misérable personne.
-Pour un homme qui était en train de se faire étouffer par une simple couverture en laine dans des quartiers qui ne lui appartiennent pas, je vous trouve bien impolis, claqua la voix directement importée de l'ère glacière de la Grande Helga Poufsouffle.
Combattant bravement l'envie de se ratatiner sur lui-même, Harry Potter répliqua avec autan d'aplomb qu'il pouvait :
-Pour une femme n'ayant pas pensé à vérifier ses diagrammes avant de s'amuser à faire joujou avec le Temps, je vous trouve bien prompte à la critique gratuite, lâcha-t-il en refusant que ses genoux se mettent à jouer des castagnettes.
Le deux voyageurs temporels se toisèrent du regard de longues secondes avant que la Fondatrice n'explose bruyamment de rire et annihile efficacement la tension présente dans la pièce.
-Je vous aime bien, décréta la quadragénaire avec un petit sourire espiègle.
-J'aimerais pouvoir vous dire que c'est réciproque, prit-il le risque de ne pas mentir, mais mon existence de maudit m'a apprise que tous les individus avec un minimum de personnalité qui croiseraient ma route allaient fatalement finir par rendre ma vie encore plus pourrie, maugréa l'aimant à ennuis.
-Intéressant, lui répondit-elle en se frottant pensivement le menton. Vous avez essayé un exorcisme ?
-Des tas, soupira lourdement le Sauveur en se laissant aller dans le divan encore chaud de sa présence.
-Hum... fit la fondatrice en le fixant avec une lueur calculatrice dans ses yeux sombres. Dites-moi, jeune homme, reprit-elle, vous ne vous seriez pas approchés d'une espèce de potion bizarre d'une atroce couleur rose récemment ?
Harry Potter ne put que cligner stupidement ses yeux verts.
-Comment vous savez ça, vous ? demanda-t-il avec incrédulité pendant que Cheshire s'installait sur ses genoux.
Non, mais parce que si Helga Poufsouffle était une de ces enquiquineuses de prophétesses, le Survivant allait franchement envisager de se lobotomiser pour atténuer l'horreur de son interminable existence de poissard.
-Parce que Godric, cet indécrottable idiot, a trouvé très drôle de saboter l'une des potions que Rowena avait concocté pour moi, cracha-t-elle comme si cette simple phrase était une explication en soi.
-Ah, fit le sorcier ne trouvant rien de plus spirituel à dire en caressant négligemment la boule de poils ronronnante. Et donc ? C'est quoi le rapport avec ma Poisse Cosmique ? demanda-t-il à la femme d'un autre temps.
-Ce demeuré au potentiel intellectuel d'un navet, expliqua-t-elle en prenant de profondes inspirations, a créé par accident un passage temporel particulièrement instable qu'il nous a fallu sceller dans une pièce du château. Depuis, cet abruti tenant plus du babouin que de l'être humain, collectionne tous les objets sortant de cette maudite potion. Passe-temps innocent qui n'aurait causé du tort à personne, si ce débile ne s'était pas décidé à chercher à me convaincre de faire un tour dans le futur pour rendre un objet particulier à son propriétaire légitime, dit-elle en tirant de l'une de ses poches quelque chose d'horriblement familier.
-Mes lunettes ! s'écria-t-il avec joie et en arrachant accidentellement au passage quelques poils à Cheshire.
Ladite bestiole lui cracha dessus et planta vicieusement ses griffes dans ses genoux.
-Cette chose, reprit Helga Poufsouffle en coulant un regard dégoûté vers l'innocente paire de lunettes, est apparemment indispensable à son possesseur.
-Je confirme, approuva le trentenaire myope en hochant vigoureusement du chef.
-Et cette pauvre âme, toujours d'après ce plancton de Godric, serait un soit disant "Héros des Temps Troublés", imita-t-elle des guillemets avec ses doigts colorés, obligé de guider dix élues prophétique dans l'accomplissement de leur destin, lâcha-t-elle sous les gémissements d'horreur du Sauveur.
Même mille ans dans le passé, Harry Potter était une célébrité, et trouvait le moyen de gonfler des gens qu'il admirait. Franchement, à ce niveau-là, ce n'était même plus de la poisse...
-Mwrow, tenta de le consoler le petit félin aux yeux jaunes.
-Alors c'était vrai, lâcha la Fondatrice en fixant le Survivant comme une bête curieuse. Ce demeuré avait raison, expira-t-elle comme si elle venait d'être témoin d'un miracle. Vous êtes le Pion favori de la Destinée, l'accusa de son index la quadragénaire.
-Allons bon... soupira de lassitude le malheureux maudit chronique en se laissant aller dans les profondeurs du divan. Même les Fondateurs sont au courant. Génial, marmonna-t-il dans sa barbe de plusieurs jours avec humeur.
À tous les coups, même s'il parvenait à convaincre la guerrière de l'Antiquité de l'emmener avec lui deux mille ans dans le passé, il se ferait encore poursuivre par toute une armada de voyants déterminés à ce qu'il "accomplisse sa Destinée", ou une autre absurdité du même genre. Même mort, réalisa-t-il avec horreur, on ne le laisserait jamais en paix et le ressusciterait à tour de bras pour aller défaire un Seigneur des Ténèbres quelconque.
-Miou ? miaula avec une pointe d'interrogation Cheshire, sa petite tête velue se penchant comiquement vers la droite.
-Je suis maudit, expira-t-il avec le plus profond désespoir en guise d'explication.
-Mes condoléances, lui offrit gravement la puissante sorcière en lui tendant sa précieuse paire d'optiques.
Le Sauveur ne fit que toucher les lunettes avant qu'elles ne se placent d'elles-mêmes sur son nez dans une vélocité ayant à moitié assommé leur heureux propriétaire.
-S'loperie, jura douloureusement le Survivant en se massant le nez et les orbites. Mais c'était quoi ça, bordel ? se laissa-t-il honteusement aller aux injures moldues en foudroyant le vide de ses yeux verts.
-J'imagine que Godric a dû apporter des modifications aux sortilèges placés sur cet objet, supposa la sorcière en haussant des épaules.
Le professeur de Xénomagie retira ses lunettes et les fixa avec une suspicion marquée. Lui-même avait posé de multiples charmes protecteurs sur sa paire d'optiques, dont la plupart avaient disparu dans les méandres de sa mémoire. Si un sorcier de la puissance, et apparemment de l'inconscience, de Godric Gryffondor avait bidouillé l'un des objets qui ne le quittaient jamais, l'aimant à ennuis risquait d'avoir quelques surprises. Pour ce qu'il en savait, ses verres correcteurs pouvaient maintenant cracher des flammes ou voir à travers les murs.
-Génial, répéta le Sauveur avec un enthousiasme débordant de vitalité.
-Au fait, reprit la peintre en grattant une tache bleue sur son menton, je peux savoir ce que vous faîtes dans les quartiers privés de Salazar ? lui demanda-t-elle comme si les problèmes causés par son confrère n'étaient absolument pas de sa responsabilité.
-Je cherchais un endroit où comater tranquille sans qu'aucune catastrophe ne me tombe dramatiquement dessus, répondit honnêtement le Pion d'une entité sadique.
-Il est vrai que cette chambre est particulièrement calme pour faire une sieste, confirma la Fondatrice en coulant un regard rêveur vers un coin du divan.
-Urgh ! ne put s'empêcher d'éructer bruyamment le contemporain du XXI ème siècle à la pensée de ce qui avait bien put se produire sur ce canapé.
Ce qui ne l'empêcha cependant pas de continuer à s'affaler dedans, comme le gros pantouflard qu'il était.
-Vous avez quelque chose à dire ? le menaça implicitement Helga Poufsouffle en mettant ses poings sur ses hanches.
-Juste que les générations futures ont reçu une version différente de la réalité, lâcha le voyageur du futur en remettant sa paire de lunettes sur son nez endoloris.
La quadragénaire renifla à l'entente de cette constatation.
-M'en parlez pas... soupira-t-elle. J'ai été obligé de me trouver un alias pour éviter d'avoir à expliquer pourquoi j'explosais la figure des abrutis avec une poêle en fonte, partagea-t-elle ses malheurs.
-Hun-hun, ne put que dire le Sauveur.
L'image mentale de la Fondatrice en train de démolir à coup de vaisselle le caisson des malheureux ayant eut l'audace de l'importuner entrait en contradiction profonde avec ce que le professeur savait de l'icône de la non-violence. Mais d'un autre côté, c'était le genre de geste qui ne dépareillait absolument pas avec la personne campée devant lui.
-Il y a eut cette fois, en Cornouailles, lui raconta sa vie la célèbre sorcière, où un ramassis de débiles consanguins m'avait assuré que j'étais une espèce de parangon de la non-violence, secoua-t-elle sa tête devant la bêtise de l'espèce humaine.
-Ah oui ? demanda le Survivant dans un état presque second.
Si Helga Poufsouffle ne défendait pas les faibles avec une équité bienfaisance, Harry Potter avait officiellement cassé l'Univers par accident. Et Hermione allait le déchirer, accessoirement...
-Mais oui, lui répondit la Fondatrice à son auditoire médusé. Je vous jure, insista-t-elle. Soit disant, renifla-t-elle de mépris, l'honnêteté et l'intégrité morale seraient incompatibles avec un coup de pied dans les parties masculines, leva-t-elle les yeux au ciel devant la sottise des péquenauds du futur.
-Ou un gnon dans l'estomac, ajouta l'aimant à ennuis ayant causé moult de bagarres de taverne.
-Tout à fait, approuva la quadragénaire. Rectifier les torts implique souvent une bonne claque dans la figure, décréta dignement Helga Poufsouffle.
En ce qui concernait le Sauveur et son petit problème de fuite pathologique des responsabilités, "rectifier les torts" qui croisaient sa route n'était pas un sujet qu'il maîtrisait suffisamment pour discourir avec un Fondateur à la puissance inégalée. Quand il voyait une injustice, et il en avait vu des tas au cours de ses errances épiques à travers le globe, sa première réaction était de détourner les yeux et de reléguer au fond de sa mémoire l'incident révoltant. Son enfance passée avec les Dursley lui avait appris à ignorer et oublier la souffrance des plus démunis. C'était d'ailleurs l'un des rares moments où sa tante lui prenait la main, dans le seul but de le faire changer de trottoir. Les seules traces d'affection qu'il avait reçue dans ses plus jeunes années étaient teintées de peur et de mépris, et les gens s'étonnaient qu'il y ait quelque chose de profondément tordu chez lui...
Cheshire dû sentir les sombres pensées venues s'installer dans son crâne, puisque la boule de poils vint se frotter contre son menton et lui ronronner dans les oreilles.
-Un problème ? lui demanda la compatissante sorcière en s'asseyant à ses côtés sur le divan.
-Rien d'important, dit-il en reléguant sa souffrance passée derrière les murs de l'oubli et une attitude séductrice.
Le haussement de sourcil de la Fondatrice lui apprit que la sorcière n'était pas dupe de son manège. Pour sa défense, le Survivant n'avait plus dragué quelqu'un depuis qu'il tenait encore une boutique dans l'Allée des Embrumes. À l'exception des jeunes filles de bonne famille bavant allègrement devant son bottage de popotin en règle d'Ambrosius Bulstrode. Et à l'exception de l'auror moustachu capable de moucher Voldemort Junior. Honnêtement, pour un coureur de jupons de sa trempe, c'était un exploit. Normal qu'il soit un chouilla rouillé dans ses tentatives de flirt. Séduire était comme les sports : L'excellence s'atteignait avec un entraînement draconien. Et le Sauveur manquait atrocement de pratique depuis quelques semaines.
La pichenette qu'il se prit en plein front le plongea dans l'ahurissement le plus profond.
-Non mais ça va pas ? demanda-t-il d'une voix stupéfaite en plaquant une main sur son front endoloris, ses yeux verts exorbités par le fait qu'Helga Poufsouffle venait de lui envoyer une pichenette dans le front.
-Salazar a l'exacte même tête quand il réfléchit trop fort à quelque chose de stupide, lui annonça la Fondatrice nullement repentie.
Cette phrase n'avait pas le moindre sens aux oreilles du Sauveur. Ce qui expliqua le clignement d'yeux perplexe.
-Hein ? ne put-il que dire.
-Salazar, reprit sa potentielle amante en détachant calmement chacun de ses mots comme si elle parlait à un arriéré, a la même expression quand il imagine des plans pour asservir les moldus des environs.
-Pardon ?! fit le chasseur de mages noirs expérimenté en se levant brutalement du sofa, chassant au passage de ses genoux un félin grognon, sa figure rougie exprimant tout le scandale qu'il ressentait. Vous me prenez pour un débile consanguin cherchant à dominer le monde ?! reformula-t-il dans un crachat de rage.
-Non, répliqua la quadragénaire nullement perturbée par les éclats de l'autre voyageur temporel. Je vous prends pour un débile tellement perdu dans sa propre tête que sa vision du monde en est perturbée, lui asséna-t-elle avec le même stoïcisme qu'un thérapeute confirmé.
Douché par ces paroles touchant un peu trop près de là où ça faisait mal, le trentenaire se rassit calmement sur le canapé, quelque peu gêné d'avoir explosé au nez de la Fondatrice imperturbable.
-Je ne suis pas perdu dans ma propre tête, essaya-t-il de réfuter les propos de l'intelligente sorcière dans un marmonnement embarrassé et en détournant le regard.
Le reniflement de la sainte patronne des gentils blaireaux était extrêmement insultant.
-Si ça vous fait plaisir de croire cela, lâcha-t-elle en récupérant Cheshire et en l'installant sur ses propres genoux.
Se sentir ainsi remplacé, que ce soit comme coussin ou comme partenaire de discussion, blessa légèrement le Survivant. Helga avait décidément touché beaucoup trop près pour le confort mental du sorcier. C'en était perturbant.
-Vous recommencez, le prévint-elle calmement.
-Excusez-moi d'être incapable d'avoir le contrôle sur mes pensées, ronchonna le trentenaire en croisant les bras sur sa poitrine dans une attitude boudeuse.
-L'occlumencie pourrait vous aider, lança-t-elle au contemporain du XXIème siècle.
L'aimant à ennuis grimaça.
-Disons que pas mal de personne ont essayé de me l'apprendre.
Et la clef de cette phrase résidait essentiellement dans le mot "essayer". Certes, le baroudeur international connaissait les bases et savait défendre efficacement son esprit des intrusions intempestives, comme l'incident avec la fée à échelle humaine le lui avait prouvé, mais de là à dire qu'il maîtrisait les Arts de l'esprit, il y avait tout un monde. Il était, par exemple, incapable d'organiser le bordel qu'étaient ses pensées et ses souvenirs en quelque chose de fonctionnel. Grosso-modo, là où les occlumens transformaient leur esprit en une forteresse imprenable regorgeant de pièces fermées à double-tour, le Sauveur possédait un labyrinthe d'Escher où la logique n'avait pas la moindre prise. Pour faire fuir les intrus inconscients, toujours déstabilisés par le bordel sans nom qu'était la tête du Survivant, le chasseur de mages noirs se contentait de leur montrer ce qui arrivait aux demeurés qui essayaient de cambrioler ses souvenirs. La combinaison d'un cri mental et de la menace de souffrances dont ils savaient qu'il n'aurait aucun remord à la mettre à exécution, suffisait généralement pour faire fuir les légilimens complètement déconcertés par ce qu'ils avaient trouvé dans la tête du célèbre Harry Potter.
-Humm... fit la Fondatrice en se massant le menton recouvert de peinture. Intéressant, lâcha-t-elle en le fixant de ses yeux chocolat comme une expérience ratée de métamorphose. Vous n'auriez pas été la victime d'un maléfice ou d'un sortilège d'oubli dans vos plus jeunes années, par le plus grand des hasards ?
Il s'agissait là d'un train de pensée qui ne plaisait absolument pas au Survivant. Mais alors pas du tout.
-Définissez "maléfice", dit-il en marchant sur des œufs.
Parce que si c'était ce à quoi il pensait, il y allait avoir un très gros problème.
-N'importe quoi qui aurait pu altérer votre psyché avant que votre cognition ne soit pleinement développée, lui répondit la sorcière en fixant sa célèbre cicatrice avec un éclat de mauvais augure brillant dans ses yeux d'érudite.
-Crotte, lâcha l'ancien Garçon-qui-avait-survécu dans un soupir excédé. Cette histoire d'horcruxe ne me lâchera jamais la grappe, marmonna-t-il dans sa barbe et en laissant ses yeux vagabonder à la recherche d'un alcool fort.
Il avait donc bien eut raison, et était par conséquent dans une merde noire. Après une aura contaminée par toutes les bestioles ayant laissé des cicatrices sur son chaste corps, le Sauveur se retrouvait avec un esprit toujours envahi par la présence de Voldemort. Comme si avoir la version rajeunie de l'assassin de ses parents essayant de le rendre fou avec ses gâteaux et ses propositions indécentes n'étaient pas suffisants...
Le voyageur du futur avait vraiment besoin d'un verre. Malheureusement pour lui, la seule bouteille présente dans la Chambre était la carafe contenant un produit risquant de lui faire fondre les organes. Se trouvant d'ors et déjà enfoncé jusqu'au cou dans une mouise sans pareille, le Survivant fit preuve de maturité et abandonna, à regret et dans un soupir lourd, sa chasse au tord-boyaux. Il tomba presque par hasard sur le buste du vieux barbu, en train de s'égosiller muettement depuis l'étagère surchargée. Sans doute Helga n'appréciait-elle que modérément le discours moralisateur du morceau de marbre. Quand il posa à nouveau son regard sur la Fondatrice, il la trouva les yeux exorbités et la mâchoire pendante.
-Vous ressemblez tellement pas à l'idée que je me faisais d'Helga Poufsouffe, fit sa bouche avant l'aval de son cerveau.
Le fait qu'il paraphrasait sans honte Mary Sue, la gamine le prenant pour un héros de contes pour enfants, lui passa largement au-dessus de la tête. Il avait, à vrai dire, d'autres sujets de préoccupations plus important que la Plaie s'amusant à faire ami-ami avec un mangemort bouddhiste.
-Tu es le réceptacle d'un horcruxe ?! explosa enfin la respectable sorcière en laissant tomber le vouvoiement.
-J'ai été, rectifia le vainqueur de Voldemort. Je m'en suis débarrassé à dix-sept ans, lui expliqua-t-il.
-Et tu es encore en vie ?! continua-t-elle sa crise d'hystérie.
-Oui, enfin, nuança-t-il ses propos. J'ai quand même dû me prendre un deuxième Avada Kedavra dans la tronche, donc je suppose- , se fit-il honteusement couper la parole.
-Tu t'es pris deux sortilèges de la mort et tu es encore en vie ?! commença-t-elle à lui courir sur le haricot.
Techniquement, au cours de ses errances épiques à travers le globe, le malheureux sorcier s'était embrouillé avec un nombre non-négligeable d'individus peu recommandables ayant cherché à lui faire bouffer des pissenlits par la racine. Les moins intelligents d'entre eux s'étaient essayés à l'Avada Kedavra sur lui. Et comme le faux Maugrey l'avait certifié des années auparavant, quand un demeuré tentait de lancer le sortilège de la mort sans trop savoir comment s'y prendre, la cible en réchappait avec seulement quelques petits effets secondaires comme un saignement de nez ou des immondes plaques de boutons. Pas vraiment létale, donc, mais assurément irritant pour la victime n'appréciant que très peu qu'on essaye de l'assassiner. Généralement, Harry Potter n'avait pas le moindre scrupule à laisser ces individus se démerder avec sa Poisse Cosmique aux dégâts collatéraux inimaginables. Certains s'étaient retrouvés étouffés par une avalanche de canards en plastique dans une supérette de proximité, d'autres avaient trébuchés sur des artefacts d'une dangerosité sans égale, et un crétin en particulier avait fini dans l'estomac d'un monstre marin.
-Figurez-vous que je suis maudit, maugréa-t-il avec humeur. Toutes les péripéties loufoques qui doivent atterrir sur quelqu'un me tombent fatalement en pleine gueule, grogna-t-il en croisant les bras sur sa poitrine.
-Fascinant, fut la seule chose que trouva à dire l'autre voyageuse temporelle.
En règle générale, quand un individu prononçait ce simple mot, l'aimant à ennuis finissait pourchassé par des personnes brandissant des scalpels et attaché à une table de vivisection, ou acclamé par toute une population en dieu réincarné, ou dans les bras de créatures incroyablement dangereuses qui auraient put lui briser l'échine par accident. Ce "Fascinant", soufflé avec une pointe d'attirance platonique, était le précurseur d'aventures capillo-tractées et de quêtes épiques regorgeant de péripéties dignes d'un film de série B. Le Survivant en soupira d'avance.
-Ma vie est injuste, expira-t-il dans un énième soupir désespéré.
-Mais pourquoi est-ce que tous les hommes entrant dans cette pièce répètent-ils toujours ça ? soupira à son tour Helga Poufsouffle.
Salazar Serpentard aimait donc se plaindre à tout-va... Normal. Tellement typique de sa vie de malchanceux chronique trébuchant sur ses propres lacets pour finir le nez dans une déjection canine.
-Achevez-moi, supplia le Sauveur comme la loque qu'il était.
-Et devoir expliquer à ce crétin de Godric ce qui est arrivé au propriétaire de cette chose informe ? fit-elle en pointant la fidèle paire de lunettes ayant bravé le Temps lui-même pour venir retrouver son maître. Certainement pas, renifla-t-elle.
-Hey ! protesta le professeur. N'insultez pas mes lunettes, elles sont les plus fidèles alliées que j'ai jamais eut, se surprit-il à dire.
Non pas que ce soit faux. Sa paire d'optique était l'objet qui ne l'avait jamais laissé tombé, contrairement à sa baguette de houx s'étant honteusement brisée à un moment crucial. Seulement, le trentenaire n'avait jamais remarqué qu'effectivement, la seule chose en laquelle il pouvait avoir confiance, était une misérable paire de lunettes achetée d'occasion par sa tante, en ayant eut marre de l'entendre se cogner dans les murs à tout bout de champ.
C'était lui, ou sa vie était quand même assez pathétique ?
Nan, c'était lui, sa vie était géniale. Pas de responsabilité, personne pour lui dire quoi faire, toujours quelqu'un pour partager ses draps, jamais de routine coutumière pour le rendre chèvre, et toujours, toujours, quelque chose pour le pousser à changer de pays et à découvrir les multiples beautés du monde.
Le rêve de tout homme, n'est-ce pas ?
Le regard fixe de Cheshire le fit supposer que ses rêveries avaient été captées par ce chat télépathe ressemblant à un peu trop à Miss Teigne, et que la bestiole n'était absolument pas bernée par ses mensonges sensés lui remonter un minimum le moral.
-Mia, fit la boule de poils n'étant assurément pas qu'un simple chat en venant s'installer tranquillement sur ses genoux.
-Combien de temps exactement as-tu été le réceptacle d'un morceau d'âme ? revint à la charge Helga Poufsouffle en s'avançant trop près du font du Survivant.
-Un peu plus de seize ans, arrêta de lutter le pauvre malchanceux chronique harcelé par toutes les erreurs de la nature du coin.
-Fascinant, répéta la sorcière en touchant de son index orange la trop fameuse cicatrice en forme d'éclair.
Harry s'attendait presque à recevoir une décharge électrique ou qu'une catastrophe divine du même acabit s'abatte dramatiquement sur lui dans un nuage de fumées opaques et colorées. Il n'en fut cependant rien. À peine ressentit-il le léger contact de la peau de la Fondatrice.
-Ce n'est qu'une simple cicatrice, parla-t-il aussi bien pour Helga que pour lui-même.
-Détrompe-toi, marmonna la sorcière concentrée sur le vestige de magie noire.
-Je vous assure, insista le chasseur de mages noirs. Le type qui m'a fait ça est mort et enterré depuis longtemps. Techniquement, ajouta-t-il à mi-voix dans une grimace dégoûtée en se souvenant de l'insupportable préfet de Serpentard.
-Techniquement ? releva la quadragénaire en lui soulevant le menton pour avoir une meilleure vue sur son front. Oui, c'est tout à logique, murmura-t-elle. Ca explique la connexion, lâcha-t-elle sa bombe atomique sans faire attention à la réaction de son malheureux cobaye.
-Quelle connexion ? demanda avec angoisse le Sauveur commençant à avoir des sueurs froides.
Voilà qui sentait extrêmement mauvais.
-Un cas tout à fait unique de paradoxe temporel, l'ignora superbement la Fondatrice.
-Allons bon... soupira l'aimant à ennuis. C'est quoi encore ce bordel ? dit-il à l'entité sadique perchée sur son épaule. Comme si j'avais pas une dizaine d'autres catastrophes à gérer, se plaignit-il à l'univers.
-L'horcruxe a bien été détruit, lui annonça la voyageuse temporelle.
-Excellente nouvelle, se réjouit le Sauveur dans un soupir de soulagement.
Lui qui avait cru que-
-Mais il semblerait que sa disparition ait créé un vide dans ton esprit, ruina-t-elle ses espoirs chimériques. Un vide qui s'est comblé quand tu as rencontré à nouveau l'individu à l'origine de l'horcruxe.
-Je suis maudit, déclara la loque humaine en se laissant lamentablement aller contre le canapé.
-Ton esprit était en recherche constante du lien créé entre vous deux, s'émerveilla la sorcière. Et a utilisé la version passée du mage noir comme substitut. Incroyable, rêvassa-t-elle. Ca explique les défaillantes au niveau de l'apprentissage des Arts de l'Esprit. Un mental aussi altéré, à un âge aussi jeune, n'a pu que causer des dégâts considérables.
Donc, en résumé, si Harry Potter avait des trous de mémoire récurrents, une très faible capacité de concentration, et des difficultés avec la Legilimencie, c'était purement et simplement à cause de ce véracrasse de Lord Voldemort. Ce type était véritablement à l'origine de tout ce qui clochait dans la vie du Survivant. Maintenant il pouvait l'affirmer sans avoir peur qu'on lui renvoie son honteux mensonge en plein visage.
-Je vais lui exploser la gueule, grogna le Survivant tenant enfin la source de toute la misère qu'il avait dû supporter depuis sa naissance.
Certes, techniquement, c'était la faute de ces emplumés de Joueurs sadiques qui s'amusaient à faire joujou avec la vie des gens pour leur propre distraction, mais à défaut de grives, il allait se contenter de merles. Lord Voldemort était après tout loin d'être innocent dans le calvaire qu'était son existence de maudit. Même si techniquement il n'avait encore rien fait de vraiment irréparable. Mais il s'agissait d'un détail que le voyageur temporel avait décidé d'ignorer avec soin.
Voldemort Junior, donc, allait payer pour tout les autres, et surtout pour la version future et potentiellement alternative de lui-même.
Alors que le Héros plébiscité par tout un tas de communautés, pour tout un tas de raisons plus ou moins légitimes, s'apprêtait à se lever pour aller refaire le portrait façon Picasso au parfait préfet de Serpentard, histoire de se défouler les nerfs, le respectable professeur fut arrêté dans son mouvement par le regard implacable de Cheshire. Le chasseur de mages noirs expérimenté se retrouva à déglutir difficilement sans vraiment comprendre pourquoi. Le trentenaire avait, après tout, subit pléthore de regards noirs au cours de ses errances épiques à travers le globe. Deux petites billes jaunes n'auraient pas dû l'intimider à ce point. Et pourtant, le Sauveur se retrouvait incapable de se lever et de virer l'apparent félin de ses genoux pour aller casser la figure d'un adolescent incapable de se défendre face à des coups physiques.
-Ta relation avec ce mage noir devait être particulièrement intéressante, lâcha Helga Poufsouffle en se faisant de graves illusions sur ladite "relation".
Le regard de pur dégoût que le Survivant posa sur elle aurait dû lui faire comprendre qu'elle se trompait lourdement.
-Il voulait ma mort, articula-t-il patiemment. L'horcruxe est le résultat d'une tentative de meurtre à mon encontre, rajouta-t-il en enfonçant le clou.
-Les horcruxes ne sont pas accidentels, affirma la Fondatrice.
-Celui-là l'était, fit de même le Sauveur.
-Ou c'est qu'on voulu te faire croire, supposa-t-elle, alors qu'en fait le motif derrière cet acte était tout à fait autre chose.
-M'étonnerais franchement, renifla la malheureuse victime d'une prophétie auto-réalisatrice.
-Peut-être le mage noir t'a-t-il connu dans le passé, et t'as offert la moitié de son âme en gage d'amour éternel, se perdit dans son monde intérieur la grande Helga Poufsouffle. Quelle tragédie, se moucha-t-elle dans sa manche. Devoir attendre sans doute des décennies avant la naissance de son âme-soeur, et se faire accuser d'avoir tenté de l'assassiner. Subir les affres du Temps, et devoir être forcé de commettre des atrocités pour ne pas créer de paradoxe temporel et s'assurer que tu remontes bien le temps pour pouvoir le rencontrer. Quelle belle histoire, rêvassa la Fondatrice ayant lu un peu trop de romans à l'eau de rose.
La mâchoire décrochée de Harry Potter fut la seule réaction à cette débauche d'âneries impossibles. Même le chat se tint coi.
-Nan, réussit enfin à articuler Harry. Non, répéta-t-il avec plus d'assurance. Absolument pas, assura-t-il. Strictement impossible, affirma-t-il férocement.
-Qu'est-ce ce que t'en sais ? lui répondit Helga. Avec une connexion comme la tienne, les chances que tu tombes profondément amoureux de ton âme-soeur sont-
-JE REFUSE T'ENTENDRE LA FIN DE CETTE PHRASE ! explosa le Sauveur en se plaquant les mains sur les oreilles.
Il y avait un seuil à ce que l'esprit humain était capable de supporter avant d'imploser. Et ce seuil venait d'être atteint chez Harry Potter.
-Pas la peine de hurler, grimaça la quadragénaire à l'imagination un peu trop féconde.
-Je hurle si je veux ! se défendit le Survivant. Et comment est-ce que je me débarrasse de cette merde de lien mental ?! reprit-il en se sentant agressé par l'Univers.
-Ca m'a l'air compliqué, lui répondit diplomatiquement Helga.
Traduction : Il était foutu.
-Je veux mourir, gémit pathétiquement le grand Harry Potter en se laissant une énième fois aller contre le confortable divan.
Okay, j'avoue. J'ai pas pu résister à m'amuser avec les Fondateurs. Mais reconnaissez que Helga Poufsouffle armée d'une poêle en fonte en train de tabasser des pauvres types ou prenant des vacances dans les années 20, ça change de son habituel rôle de gentille bonne femme au sourire et au pardon facile.^^
Teaser chapitre 21 :
-Vous nous expliquez ? demanda l'insupportable petit préfet avec une dose d'insolence purement exécrable.
Etait-il vraiment nécessaire d'expliquer à cette troupe d'erreurs de la nature que son expérience de Pion préféré de ce corniaud de Destin lui soufflait qu'un truc vraiment pas bon allait lui pourrir méchamment la vie ?
-Certainement pas, répondit-il à la fois à sa co-victime prophétique et à sa question intérieure.
-Laissez-moi le plaisir de contester, osa lui sourire la crapule à la coiffure et tenue impeccables.
En sachant qu'Harry Potter était presque persuadé que le Continuum espace-temps était déjà irrévocablement ruiné, était-il vraiment problématique s'il étranglait le futur Lord Voldemort et qu'aucun Seigneur des Ténèbres ne venait semer le chaos un demi-siècle plus tard ? N'allait-on pas plutôt le remercier pour toutes les tragédies qu'il allait éviter ?
-Jeune homme, l'avertit le buste, vous regardez un élève de Poudlard d'une façon qui ne me plaît guère.
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SEY
