Bien le bonjour, lecteurs, lectrices !

Tout d'abord, navrée du retard. (Mettons ça sur le comptes des Fêtes, ça devrait passer crême ...) Ensuite, j'ai le profond regret de vous annoncer que ce chap est l'avant dernier que je publierais (je sais, quelle perte pour l'humanité ^^). Non pas que je cesse d'écrire, plutôt que l'inspiration pour Delirium m'a subitement désertée et que je suis plus ou moins au point mort depuis Octobre. Sans compter que mon temps consacré à l'écriture (HEM ! Si on peut appeler ce ramassis de conneries délirantes "écriture") a été drastiquement réduit. De ce fait, à partir du 9 janvier, cette fic sera officiellement en Hiatus, le temps que je finisse le chap 23. Comme vous vous en doutez, le rythme de parution sera donc purement chaotique.

Sur ce, je vous laisse savourer ^^

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Chapitre 21 : Deuxième Journée ou Le Retour à la Bibliothèque

Harry Potter, le glorieux sorcier ayant vaincu tout un tas de Seigneurs des Ténèbres à la puissance et à l'ambition inégalées, rasait les murs derrière sa fidèle cape d'invisibilité, et priait tous les dieux de la Création pour que personne ne lui trébuche dessus par accident. Les couloirs du château plusieurs fois centenaire regorgeaient d'élèves et d'individus en tout genre que le modeste professeur voulait éviter à tous prix. Les cours de cette deuxième journée allaient bientôt commencer et tous les résidents de Poudlard se dépêchait d'arriver à leur salle de classe avant l'ignoble coup de clairon autoritaire. Il était sept heure quarante-huit, son prochain calvaire avec les troisième année allait débuter dans un peu plus de dix minutes, et le Sauveur se dirigeait aussi vite que la prudence le lui permettait vers la Bibliothèque, ou du moins ce qui en restait.

Il venait d'apprendre, de nulle autre qu'Helga Poufsouffle, que l'horcruxe qui avait été logé dans son crâne avait plus ou moins reprit du service et lui donnait une "connexion" purement indésirable avec Voldemort Junior. Il était primordial qu'il s'en débarrasse le plus rapidement possible, et pour cela, il lui fallait des informations qu'il ne pouvait trouver que dans le vivier de connaissances qu'était la Bibliothèque, si tant était qu'elle était encore debout. Le trentenaire avait, après tout, laissé ce temple de l'érudition entre les mains d'une vierge sacrificielle possiblement affiliée à des fanatiques des Reliques, d'un incompétent Chasseur de Transylvanie passant son temps à être kidnappé par des furies psychopathes, et de l'être le plus effroyable ayant jamais arpenté cette Terre : Tom Marvolo Riddle, son pire cauchemar, toutes catégories confondues. Cette deuxième journée de professorat commençait sous des auspices particulièrement favorables.

-Je hais ma vie, grogna entre ses dents serrées le courageux Harry Potter, actuellement planqué sous sa cape d'invisibilité et le dos collé à un mur humide pour éviter Frankenstein et Icarus Prince, plongés en pleine discussion sur l'intérêt des consignes de sécurité.

-Mrworr, lui ronronna dans les oreilles Cheshire dans une piètre tentative de lui remonter le moral.

-Tout à fait, approuva le buste plaqué contre sa poitrine. Vous pourriez ne pas avoir notre aimable et secourable compagnie pour vous aider à éviter les embûches les plus ennuyeuses.

Que quelqu'un considère ses catastrophes divines comme étant de simples "embûches ennuyeuses" fit grincer des dents le Survivant. Mais le chat et le bout de statue avaient raison, sans eux, le pauvre petit professeur aurait déjà croisé la route d'un nombre conséquent de nuisibles ayant l'étrange capacité de le rendre complètement marteau. Comme Beery et ses lubies de metteur en scène. Comme Myriam et sa malédiction personnelle. Comme Dumbledore et sa correspondance secrète. Comme le reste des Dix Plaies et leur harcèlement interminable. Comme Howard Fawley et son incapacité à protéger sa peau des seringues de l'infirmière. Comme les septième année déterminés à le renvoyer de l'école à l'aide de tracts et de pétitions. Et comme un certain apprenti mage noir décidé à lui servir d'assistant et à lui pomper tout le savoir dont regorgeait sa charmante tête brune. Ce qui expliquait sans la moindre ambiguïté pourquoi il évitait tous les occupants du château.

Le chat aux sens surnaturels actuellement accroché à son épaule droite lui enfonça profondément ses griffes dans la peau. Réprimant un énième sifflement de douleur, le Sauveur stoppa net sa course et se prit très fortement pour un motif de la tapisserie contre lequel il était adossé. Grand bien lui en prit, puisque cinq secondes plus tard, un individu particulièrement indésirable sorti d'un passage secret et trottina gaiement dans sa direction, sifflotant une mélodie lugubre avec un large sourire de débile.

-J'adore Poudlard, déclara au vide Mary Sue, la gamine issue d'un univers parallèle où le pauvre Survivant était un personnage de contes de fées. J'a-dore-Poud-lard ! répéta-t-elle sautillant comme une demeurée dans les couloirs.

-Cette gosse est un cas, lâcha l'aimant à ennuis en regardant son élève disparaître à une intersection.

Le respectable professeur n'ayant pas fait la regrettable erreur de sortir sans lancer un sortilège d'impassibilité sonore sur sa fidèle cape, il n'avait pas à craindre qu'une âme fort peu charitable l'entende et le vende aux plus offrants. Mais les habitudes ayant le vie dure, le Sauveur ne pouvait s'empêcher d'arrêter de respirer à chaque fois qu'une personne passait un peu trop près de sa pauvre et malheureuse personne atteinte d'un karma tout simplement ingérable.

-Miou, lui répondit le chat perché sur son épaule.

La partie enfantine du Survivant s'était fait la réflexion que l'animal et lui devaient renvoyer une image parodique du capitaine pirate Long John Silver et de son perroquet. Si la boule de poils n'avait pas été un gri-gri porte-bonheur d'une efficacité redoutable, l'aimant à ennuis aurait sans doute laissé la bestiole aux yeux jaune dans la Chambre des Secrets, de crainte qu'une photo particulièrement ridicule circule entre les élèves et ne ruine définitivement sa crédibilité d'enseignant.

-Elle m'a l'air pourtant d'une compagnie agréable, intervint le vieux barbu en marbre.

-C'est parce qu'elle ne vous colle pas aux basques et essayant de vous transformer en une version idéalisée de vous-même, marmonna dans sa barbe le Héros de beaucoup trop de gens.

Constatant que rien de nouveau ne venait essayer de lui rentrer dedans, le Survivant reprit prudemment son chemin, toujours rasant comiquement les murs par mesure de sécurité.

La raison pour laquelle le malchanceux chronique avait emmené avec lui la tête parlante, était pour la source inépuisable de savoir qu'elle contenait. Certes, le professeur avait des motivations qui ressemblaient quelque peu à celle du parfait préfet de Serpentard, mais avec la pagaille que devait être la Bibliothèque, le Sauveur allait avoir besoin de toute l'aide disponible pour trouver comment briser la "connexion mentale", le liant encore une fois à Lord Voldemort. Le chasseur de mages noirs avait eut l'idée de mettre définitivement un terme à l'existence de Tom Riddle, et de sauver son pays des horreurs qu'il allait commettre, mais la simple pensée de ce qu'allaient lui faire ce vieux renard de Dippett et ce parangon de respectabilité qu'était Dumbledore s'il assassinait l'un de ses élèves suffisait à lui faire revoir ses plans de meurtre au premier degré. Il était donc obligé de trouver un moyen non-létal pour se débarrasser encore une fois de la présence indésirable d'un Seigneur des Ténèbres dans son crâne. La Bibliothèque ne pouvant être dans un état misérable, la présence d'un individu connaissant presque par cœur tout les bouquins du château allait lui être d'une utilité indispensable. Et Howard allait tellement être aux anges que si son généreux collègue lui demandait quelques petits services en guise de compensation, le jeune homme allait s'exécuter avec joie. Le voyageur temporel ne voyait pas en quoi apporter avec lui son buste parlant pouvait lui être d'une quelconque façon préjudiciable.

Pour ce qui était du Fondateur croisé dans les entrailles inexplorées du château, le malchanceux chronique avait été heureux d'apprendre qu'Helga Poufsouffle ne comptait pas rester plus que quelques heures au vingtième siècle. Apparemment, elle avait à l'origine prévu de faire un tour en 1842 et s'était faite honteusement sabotée par Godric Gryffondor. Elle lui avait assuré qu'elle ne resterait à cette période que le temps de finir sa toile, et repartirait en son temps sans causer de cataclysme majeur aux proportions dantesques. Le Pion de la Destinée n'avait pas osé demander ce qu'était sensé représenter sa croûte, ni combien d'heures elle mettrait pour la terminer, mais dans son esprit étriqué de sorcier insensible aux multiples beautés de l'Art, la Fondatrice devrait être normalement partie avant la pause déjeuner.

Harry arriva enfin devant les majestueuses doubles-portes de la Bibliothèque. Le fait qu'elles soient fermées et ne vomissaient pas des démons fantomatiques à tout vas était en soi une bonne nouvelle. Toujours sous sa cape d'invisibilité, le professeur peu scrupuleux des horaires de cours ouvrit légèrement l'une des portes et jeta un coup d'œil à l'embrasure, histoire de s'assurer que rien de monstrueux ne l'attendait de pied ferme. Comme une acromentule rescapée du massacre. Ou une goule immortelle. Ou un rassemblement de fanatiques des Reliques. Ou une armée de Chasseurs de Transylvanie engagés par ces rapaces de gobelins pour lui faire définitivement la peau. Ou un escadron d'aurors incompétents n'ayant toujours pas trouvé la sortie du château labyrinthique. Ou pire, un apprenti mage noir déterminé à siphonner tout son Savoir à l'aide de pâtisseries appétissantes et de remarques graveleuses.

Un oeil dans l'entrebâillement, Harry Potter s'attendait à pratiquement n'importe quoi. Avec la journée qu'il avait eue la veille, honnêtement, un troupeau d'éléphants roses dansant du jazz lui aurait à peine fait lever un sourcil. Alors, quand courageux Héros ne vit aucune catastrophe potentielle, il supposa bien évidemment qu'une embrouille encore plus horrible que les précédentes attendait patiemment qu'il pénètre dans la glorieuse Bibliothèque avant de lui exploser à la figure dans un nuage de fumée coloré.

-Je l'sens pas, marmonna le Sauveur du monde sorcier en regardant derrière son épaule au cas où un monstre humanoïde risquait de débarquer et de lui sauter dessus. Je l'sens vraiment pas, insista-t-il en posant le buste par terre et en sortant sa baguette dans une posture défensive.

-Miou, fit le chat toujours tranquillement perché en travers de ses épaules comme une étole vivante.

-Il y a des limites à ce qu'un paratonnerre karmique peut endurer, lui répondit le professeur en ouvrant un peu plus la porte de la Bibliothèque de son pied.

Le grincement que fit cette maudite porte tira une flopée de juron au Survivant. Sa présence n'était maintenant plus inconnue, et selon son expérience, un bruit de cet acabit attirait les ennuis plus efficacement que du miel les abeilles. Prenant les choses en main, et refusant de se laisser une nouvelle fois prendre au piège par des individus patibulaires, le voyageur temporel pénétra brusquement dans le temple du Savoir et de la Connaissance, sa baguette brandie devant lui et un sortilège au bout des lèvres.

Rien.

Personne qui l'attendait de pied ferme pour le suspendre dans le vide ou le faire rôtir à la broche. Pas une âme qui vive dans la périphérie du Sauveur.

-C'est louche, marmonna pour lui-même le respectable professeur en coulant des regards paranoïaques sur les étagères revenues à leur état vertical.

Le silence de Cheshire était une confirmation en soi.

-Serait-il vraiment trop vous demander de me poser à un endroit où je ne risquerais pas de finir à nouveau oublié ? se plaignit dignement le vieux barbu dépourvu de jambes.

-Silence, ordonna sèchement le Survivant en lorgnant dans un coin sombre et atrocement suspect.

A tous les coups, une armée de petites créatures ailées et sanguinaires allait débarquer et lui courir après pour le dévorer.

-Je vous préviens, le menaça la tête en marbre. Si vous me laissez dans ce couloir comme un meuble encombrant, je n'aurais aucun scrupule à raconter au premier passant venu votre "connexion" malvenue avec un certain résident du château, ou votre état d'erreur de la nature ayant survécu à deux sortilèges de la Mort.

La raison pour laquelle Helga Poufsouffle avait rendu muet l'ignoble morceau de statue devenait maintenant limpide... Elle aurait juste aussi dû le rendre sourd.

-Vous me faites du chantage, siffla froidement le pire cauchemar de tout Seigneur des Ténèbres en activité.

Quand Harry Potter était sérieux, et ne fuyait pas lâchement à la moindre suspicion de problèmes, il était tout simplement l'individu le plus à même d'anéantir tout être ayant la mauvaise idée de se dresser sur sa route. En règle générale, le Survivant essayait d'éviter de se retrouver dans des situations problématiques et tentait de raisonner ses maîtres-chanteurs avant que, disons une météorite, ou une armada de canards en plastique ne lui tombe dramatiquement dessus. Mais parfois, et surtout quand sa Poisse Cosmique lui foutait une paix royale pendant plusieurs jours d'affilé, le Sauveur n'arrivait pas à se souvenir de faire profil bas et de ne pas casser la figure des débiles l'ayant pris pour une cible facile. Ce qui expliqua pourquoi il jeta en l'air toutes ses précautions les plus élémentaires pour se retourner et foudroyer glacialement de son regard sinistre le vieux fou incapable de fuir pour la sauvegarde de sa pathétique existence.

-Mia, le prévint le chat.

-Je ne vais pas l'oblitérer, ce truc va m'être incroyablement utile, rétorqua le trentenaire. Je vais juste le raccourcir d'une oreille ou deux, ajouta-t-il dans un rictus de Seigneur des Ténèbres certifié.

-Professeur, fit une voix qui hantait encore ses cauchemars. Je ne connaissais pas cette facette de votre personnalité, dit Tom Riddle en apparaissant dans l'entrée de la Bibliothèque et en tenant la tête dans le creux de ses bras.

Ca y était. Sa chance venait de se carapater en beauté pour le laisser se dépatouiller avec ses problèmes.

-Pas encore toi, déplora dans un gémissement le respectable professeur.

-Avez-vous eu le temps de réfléchir à ma proposition, professeur ? prononça-t-il langoureusement son titre et en clignant paresseusement des yeux.

Yerk. Il faudrait encore une petite éternité avant que le Survivant puisse s'habituer à se faire honteusement draguer par l'assassin de ses parents.

-C'est tout réfléchi, affirma le trentenaire. Et c'est non, déclara-t-il le plus fermement possible. Je ne vous enseignerais rien de plus que les autres cinquième année et je ne vous prendrais pas pour assistant.

-Vous me peinez, professeur, eut-il le culot de mettre sa main libre sur le cœur et de prendre une mine d'orphelin abandonné de tous.

Diantre. Mais est-ce que tous les habitants du château étaient au courant qu'il avait une grave faiblesse pour les yeux de chien battu ?

-Je refuse, réussit-il à dire quand même en tournant vivement la tête vers une étagère incroyablement suspecte.

-Vous n'allez tout de même pas laisser un pauvre Oliver Twist à la merci de tous les criminels regorgeant dans les bas-fonds londoniens ? joua-t-il sur sa corde sensible tout en se permettant un sourire de sale gosse.

Il n'y avait vraiment que Voldemort Junior pour être capable de lui faire ressentir un semblant de responsabilité pour un meurtier de masse ayant cherché à l'assassiner depuis sa naissance. Un tel degré de manipulation ne pouvait qu'appartenir à un futur Seigneur des Ténèbres semant mort et destruction sur son passage. Il était infiniment dangereux d'oublier, ne serait-ce que momentanément, cet état de fait. Sous ces airs d'enfant tyrannisé par la vie, se planquait un monstre dépourvu de toute humanité. Ces yeux noirs suppliants n'existaient que pour cacher l'éclat écarlate d'une créature ayant sacrifié de plein gré ce qui faisait de lui un être humain. Ce visage juvénile et gracieux n'était que le masque de la chose qu'il avait entraperçu dans la gare fantomatique.

-'Fait chier, grogna dans sa barbe le Survivant définitivement trop faible face aux regards humides.

-Langage, jeune homme, le réprimanda le buste toujours calé contre l'étudiant modèle. Vous êtes dans une école, fronça-t-il ses épais sourcils.

-J'ai toujours trouvé attirants les hommes à l'injure facile, se remit à le draguer l'aspirant mage noir. Blâmez mon enfance dans les coupes-gorges parsemées d'ivrognes et d'assassins, haussa-t-il nonchalamment les épaules.

Ce gosse était vraiment un cas.

Utiliser le fait qu'il soit porté sur l'alcool et tue accidentellement des gens en trébuchant sur des tapis pour lui signifier qu'il était d'ors et déjà corrompu par la misère humaine, et par conséquent apte à supporter toutes les crasses que la Destinée lui envoyait régulièrement dans la gueule et à servir d'assistant modèle, était tellement retord que le Survivant en avait des frissons.

-Quel genre d'éducateur êtes-vous donc, pour refuser d'aider ce pauvre garçon dont vous avez la responsabilité ? en rajouta une couche le vieux barbu moralisateur.

Cheshire cracha une réponse à sa place.

-Parfaitement, sourit le professeur de Xénomagie. Le genre qui cherche à se tenir le plus loin des ennuis et qui tient à ce que le château tienne encore debout à la fin de l'année scolaire.

-Vraiment ? fit Tom Riddle avec une lueur calculatrice dans ses yeux noirs.

Bizarrement, le trentenaire avait l'impression d'avoir fait une boulette, mais il était incapable de savoir ce qu'il avait bien pu dire pour provoquer une réaction pareille chez l'étudiant.

-Ca vous pose un problème ? osa demanda le voyageur temporel dans un masochiste tout gryffondorien.

-Nullement, lui répondit son pire cauchemar en esquissant un sourire victorieux. Je trouve juste intéressant de savoir que vous mettez la sauvegarde de l'école sur la liste de vos priorités, le menaça indirectement l'odieux petit cancrelat.

-Vous tenez vraiment à partager des sujets sensibles avec cet individu ? demanda le Survivant en pointant de son index l'élève de cinquième année au morceau de statue.

-Je commence à revoir mon jugement initial, lui avoua le buste.

-A la bonne heure, marmonna dans sa barbe le trentenaire.

-Si vous tenez à récupérer, votre bien, professeur, lui sussura-t-il son titre avec une indécence purement calculée, vous devrez me proposer quelque chose de la même équivalence, essaya une nouvelle fois de lui extorquer des informations et Savoirs intéressants.

Alors que le Sauveur allait faire quelque chose de regrettable, comme envoyer une seconde fois son poing dans la tronche parfaite de l'adolescent trop sûr de lui, Howard Fawley débarqua en courant à l'intérieur de la Bibliothèque, son coffre multipède et carnivore trottinant gaiement dans son sillage.

-HARRYYYY ! le petit bibliothécaire en se précipitant dans les bras de son collègue.

Habitué à réceptionner les différentes demoiselles en détresse débordant de reconnaissance pour les avoir sauvé d'un destin peu enviable, le trentenaire ouvrit les bras par réflexe et stabilisa sa posture en attendant l'impact inévitable. Le jeune homme le percuta de toute sa vitesse et de toute sa masse sans que le professeur ne recule d'un pas, et s'accrocha à son cou comme un rescapé de la noyade. Cheshire, cependant, ne s'étant pas attendu à se retrouver emboutir par un corps en mouvement, lâcha un miaulement outré, lacéra profondément les épaules de son nouveau maître dans sa tentative de retrouver l'équilibre, se retrouva obligé de quitter son perchoir humain, et cracha de dépit sur l'individu ayant interrompu sa sieste. Tout occupé à s'accrocher à son sauveur providentiel, Howard ne remarqua pas la boule de poils caractérielle.

Dans le dos du bibliothécaire, Voldemort Junior foudroyait du regard l'individu ayant osé lui voler sa proie sous son nez, et le dragueur invétéré entendit distinctement son grognement.

-Que puis-je faire pour vous, Howard ? demanda le sorcier ayant sauvé sa peau de multiples fois tout en réprimant un sourire sous la mine scandalisé de l'adolescent ayant des vues sur sa personne.

-Sauvez-moi, gémit-il sans la moindre fierté en pointant l'entrée de la Bibliothèque de son index.

Le professeur, l'élève, le chat et le buste se tournèrent vers la direction montrée par l'ancien serdaigle. Les majestueuses double-portes ne paraissaient, à première vue, regorger d'aucun monstre ou créature inquiétante, ce qui, d'après l'expérience du Sauveur, était inquiétant en soi. Le chasseur de mages noirs serra plus étroitement sa baguette entre ses doigts et essaya de convaincre le porte-bonheur vivant de revenir se loger sur ses épaules à l'aide de bruitages et de suppliques muettes. Le félin miniature ne fit que le fixer d'un air navrant et désabusé. Le Survivant n'eut pas le temps d'insulter l'affreuse boule de poils d'injures de son cru avant qu'une énième péripétie loufoque ne lui tombe dramatiquement dessus.

-Monsieur Fawley, gronda sinistrement l'infirmière de l'école armée d'une aiguille à chapeau en guise de seringue. Résister ne fera que prolonger vos souffrances, prophétisa-t-elle au malheureux bibliothécaire lui aussi harcelé par tous les monstres sadiques de la Création.

Donner un bracelet de sa conception à ce pauvre Howard devenait légèrement pressant. Certes, il ne serait pas aussi puissant que celui qu'il avait été obligé de lui reprendre, et qui avait le défaut de transformer son possesseur en goule immortelle, mais au moins le jeune homme pourrait se promener dans les couloirs sans craindre que Miss Wilson ne le poignarde avec ses instruments de torture. D'ailleurs, en attendant, rien n'empêchait le Sauveur de lui prêter l'un de ses grigris plus ou moins inefficace qu'il collectionnait plus par habitude que dans l'attente d'un miracle. Surtout qu'il avait maintenant trouvé un annihilateur de Poisse Cosmique en la personne de ce brave Cheshire.

Cheshire qui n'était, d'ailleurs, plus présent dans le champ de vision immédiat de l'aimant à ennuis.

-Et meeerde... expira d'angoisse le Grand Harry Potter, Héros prophétisé par une dizaine d'erreurs de la nature, en tournant sa tête brune dans tous les sens pour tenter d'apercevoir la fourrure de ce traître de chat. Je suis mort, lâcha-t-il d'une voix décomposée et en faisant reposer la majorité de son poids sur ce pauvre Howard.

-Un problème, professeur ? lui demanda Voldemort Junior avec quelque chose comme de l'inquiétude transparaissant de sa voix.

-C'était trop beau pour être vrai, se plaignit-il aux individus présents dans la majestueuse Bibliothèque à moitié délabrée.

-Quelque chose que vous aimeriez partager ? intervint poliment le buste toujours calé dans les bras du type auquel il avait, apparemment, une connexion mentale indésirable.

-Dégagez-vous de mon patient, ou je vous fais un check-up complet, ne lui laissa pas le temps de répondre Wilson, en s'avançant menacement vers les deux malchanceux chroniques.

Les deux harcelés se regardèrent un court instant avant de se mettre dans un parfait ensemble à courir le plus loin possible de leur pire cauchemar respectif.

-Accio tête parlante ! déroba le buste le Survivant au nez et à la barbe de sa némésis prophétisée ne pouvant qu'émettre un cri outré devant ce vol caractérisé.

-Au pied Nestor ! appela Howard son coffre multipède comme un chien obéissant.

Tranquillement installé sur l'une des étagères remises en position verticale, un chat aux yeux jaunes regardait paisiblement la procession surréaliste qui passait devant lui sans le remarquer. En tête, venaient le spectacle de deux hommes adultes en train de se carapater fort peu dignement dans le dédale des rayonnages ; puis d'un coffre trottinant à leur suite ; d'une tête poussant des exclamations scandalisées en volant derrière eux ; d'un adolescent purement et simplement ulcéré par le comportement de sa proie réticente brandissant un poing colérique au-dessus de sa tête et poursuivant son professeur ; et enfin une infirmière grondant des menaces d'examens approfondis déterminée à mettre la main sur son patient peu coopératif. La boule de poils cligna lentement ses yeux blasés devant ce cirque, sauta de son perchoir et se dirigea sans se presser vers la sortie de la Bibliothèque. La créature avait d'autres choses à faire que de servir de baby-sitter à un sorcier incapable de s'occuper cinq secondes lui-même sans qu'une catastrophe ne lui attérisse en plein visage comme une couche-sale un jour de grand vent.

Du côté des deux harcelés perpétuels, un choix cornélien était à prendre.

-Je vous dis qu'il faut prendre à gauche ! perdit patience le petit bibliothécaire en ramassant un exemplaire limité des Théories Et Faits Discutables Imputés A Merlin traînant honteusement par terre.

-Et moi je vous dis que les étagères n'ont aucune chance d'être à leur endroit initial, et que je ne tiens pas à passer la journée à chercher la sortie de ce dédale ! s'écria avec irritation le Sauveur ayant déjà donné, question labyrinthe insoluble.

Pour avoir failli mourir de déshydratation dans une pyramide égyptienne regorgeant de pièges sadiques et de fantômes colériques, le voyageur temporel était bien placé pour savoir que les labyrinthes étaient potentiellement mortels, en plus de rendre complètement marteau.

-Et vous m'expliquez en quoi prendre à droite nous épargnerait de nous perdre lamentablement ? demanda le possible membre d'une secte de fanatiques des Reliques avec une condescendance qu'il ne prit même pas la peine de cacher.

-Ceci, montra-t-il son poignet où étaient amassés tout une collection de bracelets, est une boussole, mon cher Howard, lui expliqua-t-il comme s'il était le plus demeuré des deux. A droite, nous avons plus de chance de trouver l'entrée Sud menant à la salle des professeurs, finit-il son argumentaire.

-Mais mon pauvre ami, la Bibliothèque ne répond à aucune logique, et encore moins aux points cardinaux, lui apprit Howard en le regardant par-dessus ses lunettes comme s'il était l'heureux propriétaire d'une cacahuète en guise de cerveau.

-De quoi ? refusa de comprendre le Sauveur.

-Une boussole ne vous sert strictement à rien, résuma l'ancien serdaigle en tirant par le bras son compagnon de fuite vers l'embranchement de gauche.

-Mais c'est une boussole magique, essaya de retrouver un sens à sa vie le pauvre Harry Potter.

-C'est une Bibliothèque de la taille d'une cité, compressée magiquement dans une école de Magie elle-même compressée dans un château, lui expliqua calmement le jeune homme de dix-huit ans. Vous pensiez vraiment que quelque chose d'aussi logique qu'une boussole pourrait fonctionner ici ?

-Oui, émit dans un gémissement pitoyablement le Survivant à toutes les catastrophes.

-Vous pêchez d'excès de confiance, mon pauvre ami, le plaignit la Vierge Sacrificielle harcelée par tous les individus louches du château.

-Mais c'est une boussole magique, essaya-t-il à nouveau de faire rentrer l'Univers dans les moules adaptés.

Il avait traversé les Océans et la moitié de la planète en se guidant exclusivement à l'aide de son grigri en forme de flèche, courtoisie élémentaire de Mia Caldwin, l'irlandaise centenaire qui lui avait un court moment servi de professeur contre les diverses calamités semant son existence de maudit. Il était strictement impossible que son fidèle Attirail le lâche alors qu'il venait à peine de commencer à enseigner dans cette école de cinglés. C'était purement inconcevable.

-Il faut que je remette la main sur ce chat porte-bonheur, marmonna dans sa barbe le trentenaire.

Le professeur était prêt à absolument tout pour contre-carrer sa Poisse Cosmique. Et ce n'était pas une boule de poils caractérielle qui allait se mettre sur son chemin.

-Je suis certain que cette histoire de boussole magique et de chat porte-bonheur est palpitante, grinça Howard entre deux essoufflements. Mais vous ne pensez pas que nous devrions conserver nos forces et notre concentration pour nous sortir de ce guêpier ? le remit sur les rails le petit bibliothécaire.

-Balancez leur votre coffre meurtrier, et l'affaire est bouclé, maugréa le Sauveur toujours tiré par le bras.

-Et sacrifier Nestor à ces monstres à figure humaine ?! s'écria l'ancien serdaigle, purement outré par cette proposition parfaitement envisageable. Jamais, vous m'entendez ! déclara-t-il avec une détermination fort peu coutumière. Je préférerais finir dans un entre les griffes d'un coven de sorcières cannibales plutôt que laisser Nestor à la merci de ces erreurs de la nature ! affirma-t-il avec une intensité particulièrement déplacée sur cet individu ayant la même aura qu'une licorne.

Le pauvre type émanant innocence et pureté par tous les pores de sa peau pouvait difficilement paraître menaçant ou intimidant aux yeux des sorciers lambda. A cet instant, alors que le Survivant suggérait de lancer le meuble carnivore aux bottes de leurs poursuivants, Howard Fawley n'avait plus grand chose de l'inoffensif jeune homme qu'il avait rencontré. C'était comme si un chaton tranquillement en train de dormir dans ses bras s'était transformé en furie résolue à lui arracher une nouvelle fois la gorge de ses ongles aiguisés. Trop choqué par l'absence de transition digne de ce nom, et la probabilité plus qu'inquiétante que son collègue soit effectivement un membre d'une secte de fanatiques des Reliques, Harry en resta bouche bée de longues secondes, seulement capable de se laisser traîner par le bras par la créature faussement impuissante.

Assurément, Destinée venait de relancer les dés et de foutre une nouvelle fois le boxon de sa pauvre vie de malchanceux chronique... Trouver le moyen de se défaire des liens de marionnettiste des Entités sadiques devenait une priorité absolue, encore plus important que trouver comment se débarrasser d'une connexion mentale avec Voldemort Junior.

Perdu dans ses pensées et ses malédictions envers le reste du monde, le voyageur temporel ne remarqua que trop tard que son guide s'était brusquement arrêté, et finit donc par lui rentrer fort peu gracieusement dedans. Le bibliothécaire à lunettes, peu habitué à se faire bousculer par la première demoiselle en détresse venue, perdit lamentablement l'équilibre et s'écrasa à terre, son collègue étalé sur son dos.

-Howard, professeur Potter, les salua Anatolia Campbel comme s'ils venaient de marcher sur sa robe.

L'obstacle de leur course était le professeur d'Arithmancie campé tranquillement au bout milieu du rayonnage fraîchement rétabli, et s'amusait, de gestes négligents de sa baguette, à changer de place rouleaux de parchemin décrépis et grimoires flambants neufs.

-Mon organisation révolutionnaire ! protesta le petit sorcier toujours coincé sous le chasseur de mages noirs à la retraite. Vous êtes encore en train de saborder tout mon travail ! commença à rougir l'ancien serdaigle. C'est inacceptable ! se tortilla le jeune homme dans le but de se dépêtrer de son collègue. Dippet m'a donné raison ! abandonna-t-il la lutte contre son corps trop massif pour être bougé par ses bras maigrelets. Arrêtez tout de suite ce que vous êtes en train de faire et déguerpissez de ma Bibliothèque ! cracha le maître de ces lieux.

Campbel, ses cheveux gris relevés dans un chignon approximatif et plus fonctionnel qu'esthétique, ne prit même pas la peine de les regarder, concentrée qu'elle était sur sa tache de réorganisation du système de classement des traités et manuels traitant de l'Arithmancie.

-Howard, se rappela à son souvenir le brave Survivant d'une petite voix angoissée. Votre coffre est en train de baver, l'informa poliment son collègue passant son temps à être poursuivi par des bestioles déterminées à le bouffer.

-Couché, Nestor ! claqua la voix en colère du petit bibliothécaire.

L'imposant coffre en bois se posa dans un bruit sourd sur le sol et ses petites pattes se résorbèrent à l'intérieur comme une espèce de tortue mutante.

-Beurk, ne put s'empêcher de lâcher le Sauveur.

-Bougez vos grosses fesses de mon dos, que je puisse carrer mon poing dans la figure de cette harpie, grogna menacement Fawley en fusillant du regard la sorcière.

Sorcière qui ne parut absolument pas inquiète par les paroles de leur collègue et continuait inlassablement à mettre le chaos dans l'organisation méticuleuse du malheureux bibliothécaire.

-Euh... fit le professeur de Xénomagie en coulant un regard sur le jeune homme grognant comme un roquet en cage. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, lâcha-t-il.

-Ecoutez donc les sages paroles de notre nouveau collègue, Howard, rajouta-t-elle de l'huile sur le feu avec un petit sourire satisfait.

-J'vais me la faire, gronda sourdement l'ancien serdaigle toujours immobilisé.

Cette femme n'était assurément pas à ranger dans la catégorie "allié potentiel" aux côtés d'Albus et de Galatea, mais plutôt "d'ennuis en perspective" à la suite de Dipppet et de la blondasse chanceuse. Se carapater en traînant la Vierge Sacrificielle lui servant de guide devenait de ce fait une idée intéressante.

-Dois-je vraiment vous rappeler que nous sommes poursuivis par nos pires cauchemars respec- ? lui souffla le trentenaire avant que son crâne ne se retrouve percuté par un objet contondant.

Le poids et la vitesse de l'objet entrant en collision avec son pauvre crâne fut suffisants pour assommer proprement le glorieux Harry Potter. Le corps inconscient s'affaissa lourdement sur le malheureux Howard, dont la respiration se coupa brutalement.

-Diantre, fit l'Objet Volant Non Identifié. Quel traitement infâme de ma personne, ronchonna le buste perché sur la nuque immobile du Sauveur.

Toujours à moitié dans les vapes, le voyageur temporel nota mentalement qu'il n'était pas le plus à plaindre de cette bousculade impromptue. Le bout de marbre, au moins, n'avait pas été victime d'un traumatisme crânien.

-Ne seriez-vous pas, par le plus grand des hasards, Nathaniel Runcorn ? demanda Campbel avec une pointe de convoitise dans sa voix d'érudite.

Ce qui, d'après les racontars de cette commère de Slughorn, promettait déjà des retournements de situation tarabiscotés. Parce qu'évidemment que le personnel éducatif de cette école de timbrés comptait dans ses rangs une folle furieuse tyrannisant les rares élèves suffisamment masochistes pour suivre ses cours. Evidemment qu'Anatolia Campbel tenait plus d'un dictateur du tiers-monde collectionnant le Savoir sous toutes ses formes que d'un être humain décent. Evidemment qu'elle avait envie de mettre ses mains griffues sur l'omniscience incarnée. Evidemment que Frankenstein et Icarus Prince n'étaient pas les seuls scientifiques fous de cette école de tarés. Pourquoi Harry se prenait-il même la peine de paraître surpris ? Il était le jouet préféré de la Destinée en personne, évidemment qu'il rencontrait des individus anormaux à chaque croisement.

-Tout à fait, approuva la tête volante. Cela fait des siècles que plus personne ne m'avait reconnu, avoua le morceau de statue oublié dans les recoins les moins usités du château.

-Une véritable honte, lui passa honteusement de la pommade le professeur d'Etude des Runes. Si je puis me permettre, que faîtes-vous en compagnie de ces rustres d'une ignorance crasse ? essaya-t-elle de récupérer gratuitement une banque de données colossale.

Ce qui était tout simplement hors de question. Le Sauveur ne comptait certainement pas céder son G.P.S. récupéré alors qu'il était encore sous la grâce du chat porte-bonheur.

Toujours allongé au-dessus du petit bibliothécaire écumant de rage, le Survivant toussa dans son poing à l'immonde façon du crapaud rose pour attirer l'attention sur lui.

-Hum-hum, imita-t-il Dolorès Ombrage. Je suis peut-être loin d'égaler votre génie, professeur Campbel, commença-t-il sa plaidoirie en se redressant et en cherchant du regard sa baguette ayant échappé de ses doigts lors de sa chute. Mais je suis celui qui a sorti notre brave monsieur Runcorn des cachots, appuya-t-il sur la corde sensible de son guide aux multiples utilités tout en faisant lentement et discrètement glisser sa baguette jusqu'à lui.

-Et je vous en suis extrêmement reconnaissant, admit dignement le buste.

-Mais il est loin de vous traiter avec les égards qui sont dûs à une personnalité telle que vous, contre-attaqua cette vipère de Campbel sous les foudroiements d'un regard émeraude.

-Certes, approuva la tête volante.

-Je suis capable de la plus grande des politesses, se dépêcha d'assurer le trentenaire. Quand on ne me menace pas de chantage, ajouta-t-il sous le haussement de sourcils suspicieux du vieux barbu.

-A mes côtés, vous serez témoins des plus grandes avancées de ce siècle ! lui certifia la sorcière atteinte de la folie des grandeurs avec beaucoup trop d'entrain pour ne pas craindre l'implosion du système solaire. J'ai de grandes théories qui n'attendent que vous pour se concrétiser, ajouta-t-elle avec un sourire qui aurait put paraître impeccable en d'autres occasions.

-Certes, répéta Runcorn avec une infinie précaution.

Si Harry n'était pas forcé d'empêcher Howard de se jeter sur leur collègue, il aurait sans doute brandi victorieusement son poing en l'air. Parce que ce genre de commentaire, prononcé de cette inflexion de voix particulière, ne pouvait annoncer qu'une prise de décision de ce cher buste parlant.

Harry : Un. Campbel : Zéro.

Enfin quelque chose qui roulait comme sur des roulettes depuis le début de cette débandade infernale. Peut-être sa chance avait-elle décidé de revenir, en fin de compte...

-Je vous sens perdu, lâcha le professeur d'Arithmancie en s'approchant de son GPS magique, un éclat d'avidité toujours présent dans son regard de harpie.

Sentant que la sorcière allait faire un mouvement digne d'un serpentard et se carapater avec sa tête parlante avant qu'il ait le temps de protester ou de comprendre comment elle avait pu disparaître aussi rapidement, l'ancien chasseur de mages noirs décida d'agir en premier. Ni une, ni deux, la baguette en bois de houx lui atterri vivement dans la main, et d'un informulé, le sorcier capable de tous les exploits en un temps record pétrifia sans avertissement sa collègue. Alors que le corps statufié tombait lentement à la renverse en compagnie de rouleaux et grimoires naguère en lévitation, le Survivant se fit la réflexion que la professeure n'avait pas dû voir de très nombreux combats au cours de son existence. Sans doute l'érudite avait-elle passé sa vie enterrée sous des montagnes de parchemins et d'obscurs traités d'Arithmancie et n'avait jamais blessé autre chose qu'un cafard aventureux et l'ego fragile d'adolescents masochistes. Le fait qu'elle n'ait même pas eut le temps d'esquisser un mouvement défensif avant que le génialissime Potter ne la réduise à l'impuissance la plus complète lui donnait l'impression d'avoir frappé une gamine de cinq ans parce qu'elle avait essayé de lui voler sa sucette. Il se sentit légèrement honteux de sa réaction quelque peu disproportionnée.

-Bien fait ! fit Howard en se libérant du corps du voyageur temporel, n'ayant quant à lui aucune réticence à cracher sur le corps immobile de leur collègue.

-Il serait peut-être judicieux de lui effacer la mémoire, commenta Nathaniel Runcorn.

N'ayant jamais apprécié les individus recourant à ce genre de méthodes depuis que Lockhart avait essayé de lobotomiser son meilleur ami, Harry demanda avec suspicion :

-Et je peux savoir pourquoi vous pensez que ce traitement de faveur ne va pas encore plus l'énerver ?

Pour avoir été la cible de plusieurs tentatives de manipulation mentale au cours de ses trente années de vie, le Survivant pouvait affirmer que ce n'était certainement pas une méthode allant décroître la fureur vengeresse de la sorcière. Parce qu'il était évident qu'une femme de son intellect allait un jour comprendre ce que le transfuge temporel lui avait fait et qu'elle allait répliquer avec beaucoup trop d'entrain pour la tranquillité du Sauveur. Avec la Poisse Cosmique qu'il se coltinait, de toute façon, foutre le boxon volontairement dans la tête de quelqu'un n'était assurément pas la chose à faire.

-Parce que je ne tiens pas à être le complice des sombres schémas de cet individu, lui répondit le vieux barbu ayant paradoxalement la tête sur les épaules. Et qu'effacer de sa mémoire mon existence me paraît être un pré-requis indispensable.

Ce qui était loin d'être faux, mais qui restait quand même loin d'être envisageable.

-Vous êtes qui, au juste ? lui demanda le petit bibliothécaire en se penchant sur le buste et en réajustant ses lunettes.

C'était justement la question qu'aurait dû poser le Sauveur quand il avait rencontré son guide providentiel dans les cachots déserts. Cela lui aurait valu moins d'ennuis en perspective.

-Nathaniel Runcorn, se présenta le buste en marbre. Cinquième Fondateur méconnu de cette école, lâcha le vieillard avec fierté.

La mâchoire des deux hommes se décrocha.

Ils réajustèrent d'un même mouvement leur paire de lunettes respectives, comme si leurs problèmes de vision avaient un quelconque rapport avec ce que leurs oreilles avaient entendu.

-Pardon ? fit poliment l'ancien serdaigle.

-Qu'est-ce que vous avez dit après "Nathaniel Runcorn" ? demanda l'aimant à ennuis persuadé que le choc qu'il avait pris sur le crâne avait perturbée son ouïe d'une quelconque façon.

-Je sais, soupira avec lassitude le buste d'un illustre personnage. Tout le monde réagit de cette façon quand je me présente, exprima-t-il son abattement. Tout ça parce que je suis mort avant que l'école ait fini d'être construite, déplora-t-il. Et que Rowena trouvait stupide de créer une Maison pour un cadavre, grinça-t-il avec humeur.

Nul doute que l'humiliation d'être réduit à un simple bout de statue par ses plus proches amis et dépourvus de l'honneur d'avoir une Maison à son nom et de passer les âges dans la postérité peinait encore le vieillard, même des siècles après les faits.

-Dur, grimaça de compassion le Sauveur.

-Purement fascinant, lâcha l'ébahi Howard Fawley avec le même éclat de convoitise qu'Anatolia Campbel quelques minutes plus tôt.

-Howard, prit une grande inspiration l'aimant à ennuis. Je l'ai trouvé le premier, c'est donc à moi qu'il revient d'héberger notre brave ami dans mes quartiers, mit-il directement son veto sur toute tentative de kidnapping.

-Je suis certain que monsieur Runcorn trouverait sa place dans le capharnaüm de votre salle de classe, répliqua le petit bibliothécaire en réajustant pompeusement ses lunettes et en se permettant un rictus de défi. Même ne serait-il pas plus au calme dans un environnement contrôlé et regorgeant de savoir telle que la Bibliothèque ? essaya-t-il traîtreusement de mettre la main sur son GPS.

Les yeux verts du Survivant se plissèrent devant la déclaration de guerre de son jeune collègue sensé émaner la pureté par tous les pores de sa peau. Assurément, le jeune homme de dix-huit ans était plus qu'il ne voulait bien le laissait paraître. Peut-être était-il effectivement un membre d'une secte de fanatiques voulant mettre la main sur les Reliques de la Mort. Ou alors, l'ancien serdaigle lui avait dit la vérité et il possédait la fâcheuse manie d'enrager les puissants sorciers jusqu'à ce qu'ils l'utilisent comme ingrédient de rituel coûteux, et le condamne à une éternité de tourments à travers les griffes des différents mages noirs qui allaient lui mettre la main dessus.

-Certes, grinça le transfuge temporel entre ses dents serrées. Si toutefois la Bibliothèque était autre chose que le repaire de toutes les erreurs de la nature de cette école, lança le trentenaire. N'entendez-vous pas d'ailleurs les cris de nos pires cauchemars respectifs, en train de nous chercher dans le dédale des rayonnages encore en position verticale ? tendit-il exagérément l'oreille vers la direction dont ils étaient issus.

-Si les étagères se sont effondrées les unes sur les autres, rétorqua son jeune collègue à la pugnacité d'un bull-dog sous stéroïdes, c'est parce que vous avez fait joujou avec une Magie que vous ne contrôliez pas, tenta traîtreusement de ruiner sa réputation.

-Quel toupet ! explosa dramatiquement le Sauveur sans pouvoir s'en empêcher. Je vous signale que c'est grâce à moi que personne n'est resté coincé dans une bulle temporelle pendant des mois ! cingla le puissant sorcier n'appréciant pas que l'on doute de ses capacités hors du commun. Et que c'est aussi moi qui aie empêché un incendie de réduire vos précieux bouquins en cendre ! Alors un peu de respect !

-Ahh ! fit le Cinquième Fondateur comme s'il venait de comprendre un puzzle considéré comme insoluble. Voilà qui explique bien des choses, lâcha le vieux barbu sous les cris d'horreur et de désespoir muet du Sauveur.

Ce genre d'ennuis ne pouvait tomber que sur lui.

-Ah oui ? demanda poliment et avec beaucoup trop d'intérêt le petit bibliothécaire un peu trop curieux.

-Figurez-vous que nous avons choisi le site de construction en partie à cause d'une anomalie purement fascinante de la région, le renseigna la source de savoir inépuisable.

-Pitié... supplia Harry son entité sadique perchée sur son épaule.

Comme s'il n'avait pas déjà suffisamment à gérer sans qu'on lui rajoute des quêtes épiques à n'en plus finir... Fermer les failles temporelles demandait juste tellement d'effort et de temps libre qu'il était certain que le trentenaire n'aurait pas terminé avant l'année prochaine. Surtout s'il se faisait interrompre par des avalanches de catastrophes toutes les cinq minutes.

-Vraiment ? répondit Howard Fawley en s'approchant du buste parlant.

-Tout à fait, affirma gravement le vieux bout de marbre lui ayant enfoncé le crâne quelques minutes plus tôt. Le temps passait différemment sur près d'un mile. Il nous a fallu un peu moins d'une année pour utiliser correctement cette anomalie et s'en servir pour cacher le château à la vue de tous. C'est d'ailleurs après nos petites expériences qu'Helga s'est découvert la passion de voyager régulièrement à travers le temps, renifla-t-il sous les frasques de la célèbre sorcière.

-Excusez-moi ? sortit le pauvre jeune homme peu habitué à sa Poisse Cosmique.

-Donc, reformula le Sauveur, si je comprends bien, c'est de ma faute si Poudlard ne répond à aucune loi de la physique élémentaire ?

-Apparemment, lui répondit Runcorn.

-Génial, grogna le Survivant en se massant les yeux. Génial, répéta-t-il en se souvenant que ses précieuses lunettes avaient elles aussi fait du tourisme dans le passé sans sa permission.

Pour ce qu'il en savait, n'importe qui aurait put ajouter des sorts à ses verres sans qu'il ne s'en rende compte. Ou peut-être que le voyage accidentel au temps des Fondateurs avait déréglé le méticuleux assemblage de sortilèges et qu'elles allaient un jour exploser sur son nez dans un nuage de fumée mauve.

-Vous êtes en train de me dire qu'Helga Poufsouffle est Charlotte Bellonzoni ! en hurla presque le malheureux bibliothécaire complètement hystérique par ce qu'il venait d'apprendre.

-Qui ça ? demanda le type ayant passé tous ses cours d'Histoire de la Magie à ronfler sur sa table.

-Bellonzoni est le nom d'un individu particulièrement antipathique qui nous faisait une cour assidue dans l'espoir que nous l'acceptions en tant qu'élève. Il n'est guère surprenant qu'Helga ait choisi ce patronyme si elle comptait semer chaos et désordre dans son sillage, avoua le buste parlant sous les yeux écarquillés d'horreur d'Howard.

-Charlotte Bellonzoni, articula difficilement l'ancien serdaigle, est Helga Poufsouffle. Non, réfuta-t-il la Réalité en secouant vigoureusement sa tête dans tous les sens. Non, répéta-t-il avec plus de conviction. Je refuse de reconnaître l'emblème de l'équité et de la Justice dans une personne telle que Charlotte Bellonzoni, affirma le malheureux bibliothécaire.

-Et tout monde réagit aussi de cette façon, soupira Runcorn. Tout ça parce que les générations futures ne comprennent pas qu'Helga était juste une brute tyrannisant n'importe qui, sans distinction de classe ou de rang, déplora le morceau de statue.

Pour avoir rencontré cette femme moins d'une heure auparavant, Harry pouvait certifier qu'elle prenait bien trop de plaisir à se marrer aux dépens des pauvres types dans son genre. La compassion n'avait pas paru particulièrement l'étouffer. Et à voir de quelle façon elle avait annexé et redécoré les quartiers privés de Salazar Serpentard, il y avait fort à parier qu'elle savait parfaitement comment obtenir ce qu'elle voulait de presque n'importe qui. Si Helga Poufsouffle avait eut des aspirations de Seigneur des Ténèbres, au lieu de farceuse et d'enquiquineuse invétérée le destin du monde magique aurait été certainement marqué par l'avènement d'une reine particulièrement frappée.

-Je n'entends rien ! se plaqua Howard les mains sur les oreilles comme un gosse de cinq ans.

-Je suppose que ça règle la question de savoir chez qui vous allez héberger, mon cher Runcorn, regarda le Sauveur le bon côté des choses.

-Je me réserve le droit de chercher une autre résidence, si vous me laissez une nouvelle fois traîner par terre, le prévint le vieux barbu nullement intimidé par l'expérimenté chasseur de mages noirs.

En même temps, pour un type ayant vécu aux côtés des Fondateurs et ayant supporté leurs lubies, c'était normal qu'un simple petit sorcier de sa trempe ne paraisse pas réellement menaçant.

-Je suis surpris de ne pas vous entendre demander des explications sur le potentiel alias de ma collègue, pointa le buste alors que le Survivant le calait dans ses bras et abandonnait lâchement Fawley à son sort.

-J'ai la quasi-certitude que ce que vous allez dire ne me plaira mais alors absolument pas, lui répondit le voyageur temporel accidentel. Et comme je suis assez occupé en ce moment à trouver comment me débarrasser fissa d'un lien mental indésirable avec un futur assassin de masse ayant à de multiples reprises essayé de me tuer et de rendre maboule, figurez-vous que je n'ai pas envie de savoir quel boxon de tous les diables a bien put créer cette harpie pendant qu'elle faisait du tourisme à travers le Temps, grogna le professeur de Xénomagie.

-Certes, lui répondit la tête en marbre.

-Donc, reprit l'aimant à ennuis, vous avez des idées d'où est-ce que je pourrais trouver un bouquin pertinent au milieu de cet océan de livres ?

-Pas la moindre, lui avoua son GPS personnalisé. Il semblerait que l'organisation de la Bibliothèque ait été drastiquement changée.

-Génial, marmonna le Sauveur. Je me suis donc perdu pour rien dans ce dédale.

Se tournant vers le jeune homme toujours en train d'assimiler une nouvelle bien trop grande pour ses pauvres capacités mentales, Harry tenta de convaincre son collègue de lui être d'une quelconque utilité.

-Charlotte Bellonzoni, répétait le malheureux traumatisé. Charlotte. Bellonzoni. Est. Helga. Poufsouffle, décomposa-t-il la phrase dans l'espoir de comprendre un sens caché. Non, réfuta-t-il la Réalité. Juste, non, n'arriva-t-il pas à accepter le nouveau monde dans lequel le trentenaire l'avait malgré plongé.

Il fallait dire que ses compagnons d'infortune avaient tendance à subir malgré eux les dommages collatéraux de la présence de l'aimant à ennuis. Howard Fawley n'en faisait pas exception. Les seuls deux individus à avoir plus ou moins supporté son statut de porte-Poisse avait été Carter le chasseur de primes, et Yatsumi la japonaise. Dans une moindre mesure, Mia Caldwin, l'irlandaise centenaire qui lui avait servi de mentor au début de son périple capillo-tracté, avait enduré sans broncher tout ce qui lui était tombé sur le crâne pendant leur association. Mais étant elle-aussi atteinte d'une Poisse Cosmique sans commune mesure, savoir quelle péripétie était imputable au Survivant où à la sorcière était difficile à déterminer.

-Soyez gentil et faites semblant d'avoir récupéré vos facultés mentales quelques instants, lui ordonna le transfuge temporel. Dîtes-moi où vous avez rangé les bouquins sur les liaisons mentales.

-Charlotte. Bellonzoni, ne put que dire le traumatisé.

Réprimant une exclamation de rage parfaitement justifiée, le Sauveur ferma quelques instants ses yeux verts et prit de profondes inspirations.

-Votre jeune collègue m'a l'air quelque peu indisponible pour le moment, lui fit remarquer diplomatiquement le buste.

-Sans 'dec, Sherlock, grogna le malchanceux chronique excédé par tous ces empêchements de dernière minute ruinant ses chances de détruire une bonne fois pour toute une connexion mentale avec son pire ennemi.

-Professeur, fit la voix essoufflée dudit pire ennemi. Quelle coïncidence de vous trouver ici, osa lui sortir Tom Riddle avec un sourire innocent.

-Enfin vous voilà ! s'exclama l'infirmière du château.

Le gémissement de bête traqué qu'expira Howard fit savoir au professeur qu'une seringue encore plue énorme que les autres venait d'être pointée dans leur direction.

-Est-ce que ce serait vraiment trop demandé de me laisser le temps de mettre la main sur cette saleté de bouquin ? se plaignit-il à son entité sadique perchée narquoisement sur son épaule.

-Je le crains, lui répondit Runcorn. Je suppose que cet ambitieux jeune homme est l'individu concerné par cette histoire d'horcruxe, mit-il le doigt sur son pire problème du moment.

-"Horcruxe" ? releva l'aspirant mage noir avec un intérêt marqué.

-Ne la laissez pas me toucher et je vous laisserais emprunter absolument tout ce que vous voulez, piailla pathétiquement l'ancien serdaigle en s'accrochant désespérément à sa chemise.

Harry se demanda l'espace d'un instant, dans la pénombre relative de sa cécité momentanée, si quelqu'un dans ce château de fous furieux était tout simplement capable de lui venir en aide sans rien demander en retour et sans le plonger dans une montagne d'ennuis insurmontables. Et que si une telle personne existait, il était prêt à exaucer ses quatre volontés sans gémir sur son sort à tout bout de champ.

Juste après avoir émit ce vœux insensé et tout bonnement irréalisable, le Survivant eut peur de voir débarquer d'un rayonnage un autre individu particulièrement invraisemblable et déterminé à faire de son existence, déjà dangereusement compliquée, un véritable enfer. Connaissant sa Poisse Cosmique, il s'agissait d'un scénario ayant de trop grandes probabilités de se réaliser. De toute façon, après une véritable avalanche de canards en plastique dans une supérette, plus rien ne pouvait décemment l'étonner dès qu'il était question de péripétie complètement loufoque.

Persuadé qu'une énième catastrophe allait dramatiquement pointer le bout de son nez et lui fracasser à nouveau le crâne, le Sauveur ouvrit un œil vert et se prépara à la nouvelle fournée de calamités capillo-tractées. Sauf qu'à part un buste légendaire coincé dans ses bras, un bibliothécaire agrippé à sa chemise couinant de l'aide, une infirmière tout droit tiré d'un film d'horreur ou érotique, et un apprenti mage noir encore et toujours obsédé par sa malheureuse personne, aucun être étrange n'apparus dans le champ de vision immédiat du Sauveur. Aucun génie bleu au sens de l'humour particulier ne sortait d'une lampe magique pour faire de lui un prince. Aucune sorcière au nez proéminent ne sortait d'un rayonnage pour lui proposer un opportunité lucrative grâce à une potion d'aspect douteux. Aucune déité perverse ne ricanait sinistrement sur son sort et promettait de le sortir de ses ennuis en échange de son âme. Rien. Strictement rien. C'était tellement louche que le professeur se retrouva à ignorer superbement les quatre individus pour mieux se concentrer sur l'aberration dont il était témoin. Etait-il possible que l'entité sadique perchée sur son épaule ait décidé de le gracier de sa destinée impossible ? Ou du moins de limiter aux champs du possible les évènement épiques catapultés régulièrement dans sa figure d'ahuri ? Avait-il enfin, un minimum de chance ? Etait-il en plein rêve éveillé, incapable de discerner le nouveau problème ayant pointé le bout de son nez ? Voilà une hypothèse qui n'était absolument pas symptomatique de sa condition de maudit chronique..

Priant toutes les entités qu'il connaissait, Harry Potter leva les yeux au ciel, prêt à accepter un tapis volant ou un cyclope amateur de chair fraîche. Il ne trouva qu'un plafond légèrement brûlé et un escalier digne d'une toile surréaliste, où semblaient reposer quelques piles de grimoires en fort mauvais état. Reléguant ce dernier détail au fond de sa mémoire, la direction "haut" ne semblant pas abriter de cataclysme majeur, le professeur se décida courageusement à baisser ses yeux myopes vers le "bas". Comme attendu, la première chose qu'il remarqua fut le buste n'appréciant pas de recevoir de la bave et de la morve en plein visage et l'ancien serdaigle en train de le prendre pour une peluche. Rien d'angoissant ou de complètement barré à première vue. Sur le sol marqué de traces de brûlures, de quelques cendres et morceaux de parchemins oubliés, rien ne venait attirer le regard émeraude du Sauveur. Commençant à véritablement s'inquiéter pour ce qui risquait de lui tomber dramatiquement dessus, l'aimant à ennuis jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Encore rien. Seulement des tas de bouquins en attente d'être remis dans les étagères et quelques bibliothèques renversées par l'onde de choc de la veille.

-Ca sent la merde, marmonna pour lui-même le Sauveur.

-Plaît-il ? demanda Runcorn.

-M'est avis que Fawley s'est oublié de frayeur, ricana fort peu diplomatiquement Voldemort Junior.

-Absolument pas ! répliqua ce dernier d'une voix aigüe et outrée.

-Ce nouveau symptôme demande des soins immédiats, décréta Wilson en faisant jaillir du liquide de sa seringue tenant plus d'un outil d'épéiste que d'une vulgaire seringue.

-Ne les laissez pas m'approcher, le supplia pitoyablement le pauvre petit bibliothécaire tyrannisé par tout le monde.

-Fermez-la un instant, gronda sinistrement le chasseur de mages noirs d'une voix implacable.

Le silence se fit dans la seconde. L'autorité émanant du professeur clouant le bec à ceux n'étant pas en extase devant la démonstration de pouvoir de leur proie.

Certes, rien de dangereux ne venait de montrer le bout de sa queue et ne laissait supposer que quelque chose d'exceptionnellement spectaculaire allait se retrouver catapulter dans la tronche du Sauveur. Mais l'expérience de l'aimant à ennuis dans ce domaine lui hurlait que quelque chose allait lui tomber dessus, et qu'il aurait un mal de chien à s'en dépêtrer.

Mis à part les reniflements du pauvre petit bibliothécaire, aucun bruit ne venait retentir aux oreilles du Survivant. Ce qui était étrange. Cette saloperie de clairon n'était-il pas sensé sonner pour annoncer la reprise des cours ? De studieux serdaigles ou de bruyants gryffondors n'étaient-ils pas sensés hanter la glorieuse bibliothèque de leur murmures fort peu discrets ? Où était la vie dans ce couloir encore plus silencieux qu'un tombeau maya ?

Ce dernier eut raison du baroudeur international. Quelque chose de méchant allait lui fracasser la figure. Il le sentait.

Wilson fronça ses sourcils féminins.

-Votre pâleur, vos mouvements oculaires saccadés, votre léger tremblement et une soudaine suée m'incitent à vous examiner d'urgence, professeur Potter, la menaça de sa baguette l'infirmière un peu trop consciencieuse.

Bizarrement, ledit professeur Potter commençait à être à court de patience envers les nombreux enquiquineurs de son existence de maudit.

-Rangez ça tout de suite où je vous l'enfonce à un endroit où le soleil ne brille pas, grogna à nouveau le Survivant en inspectant un bouquin ne lui inspirant absolument pas confiance.

-Que de vulgarité... murmura la tête parlante.

-Vos gueules, grogna plus fort le trentenaire sous tension.

-Vous nous expliquez ? demanda l'insupportable petit préfet avec une dose d'insolence purement exécrable.

Etait-il vraiment nécessaire d'expliquer à cette troupe d'erreurs de la nature que son expérience de Pion préféré de ce corniaud de Destin lui soufflait qu'un truc vraiment pas bon allait lui pourrir méchamment la vie ?

-Certainement pas, répondit-il à la fois à sa co-victime prophétique et à sa question intérieure.

-Laissez-moi le plaisir de contester, osa lui sourire la crapule à la coiffure et tenue impeccables.

En sachant qu'Harry Potter était presque persuadé que le Continuum espace-temps était déjà irrévocablement ruiné, était-il vraiment problématique s'il étranglait le futur Lord Voldemort et qu'aucun Seigneur des Ténèbres ne venait semer le chaos un demi-siècle plus tard ? N'allait-on pas plutôt le remercier pour toutes les tragédies qu'il allait éviter ?

-Jeune homme, l'avertit le buste, vous regardez un élève de Poudlard d'une façon qui ne me plaît guère.

Pressentant que la collaboration du Cinquième Fondateur allait lui être plus que nécessaire dans les mois à venir, le Survivant remit à plus tard ses idées de strangulation et se focalisa sur le problème présent, à savoir l'imminence d'une catastrophe divine sans précédent.

Et, comme si ladite catastrophe sur pattes n'avait attendu que cela, des doigts se posèrent sinistrement sur l'angle d'une étagère, leur propriétaire n'étant plus qu'une ombre indistincte se cachant derrière les épais grimoires rescapés. Un frisson de mauvais augure remonta l'échine du Sauveur.

-Quoi ? demanda Howard Fawley en le regardant comme s'il venait de voir un fantôme.

-Rien, mentit éhontément le Survivant d'une voix un trop aigue pour être honnête.

Naturellement, Riddle ne trouva rien de mieux à faire que se retourner pour observer ce qui faisait blanchir à ce point son redoutable professeur.

-Vous êtes atteint de Patacelle Blanche, décréta l'infirmière en sortant de sa blouse aux poches multiples une potion d'aspect repoussant.

-"Pâte-à-sel" ? releva le transfuge temporel commençant à en avoir ras la casquette des retournements de situation loufoques. Mais c'est quoi encore cette-, s'interrompit-il de lui-même. Non, affirma-t-il en secouant la tête de découragement. J'ai d'autres chats à fouetter pour l'instant, grogna-t-il en direction de l'infirmière tout en gardant ses yeux myopes fixés sur l'ombre louche. Si vous m'approchez, je vous pète le nez, la prévint-il sans équivoque.

Bizarrement, la sorcière parut comprendre que ce n'était clairement pas le moment de lui chercher des maladies imaginaires, et rangea précautionneusement sa fiole glougloutant sinistrement.

Bien. C'était déjà un ennui un moins. Il ne restait plus que son harceleur persistant de co-victime prophétique, le potentiel fanatique accroché à sa chemise comme une bouée de sauvetage, un buste de célébrité oubliée coincée sous son bras, le possible réveil de la professeure d'Arithmancie et une chose assurément louche planquée derrière une étagère. Honnêtement, ce n'était pas parce qu'il avait connu pire que cette situation lui paraissait acceptable. Il était temps de prendre les choses en main, de faire ce à quoi Harry James Potter était le plus doué.

La fuite à l'Anglaise.

Sans la moindre honte et pas le plus infime regret, l'expérimenté chasseur de mages noirs tourna les talons et se carapata aussi vite qu'il put dans la direction opposée des doigts tranquillement posés sur l'étagère.

-PROFESSEUR ! éructa Voldemort Junior avec un outrage palpable.

-Le pétage de nez vaut aussi pour vous, Riddle ! lâcha le digne enseignant en courant aussi vite que le poids du morceau de statue et ses robes professorales le lui permettaient.

-VOUS N'ÊTES QU'UN LÂCHE ! crut pouvoir le provoquer l'adolescent.

Harry Potter était un adepte de la technique de l'autruche et de la fuite à la moindre contrariété depuis plus d'une décennie. Ce n'était pas une vague insulte sur son honneur tronqué de gryffondor qui allait lui faire faire demi-tour et affronter ennuis et responsabilité avec bravoure et abnégation. Fallait quand même pas déconner...

Alors que le puissant et irresponsable sorcier poursuivait sa course depuis plusieurs minutes à travers le dédale de la Bibliothèque ne répondant à aucune loi de la physique, un bruit curieux retentit à ses oreilles.

-Pssstt ! fit une voix derrière une étagère.

Persuadé que l'ombre l'avait repéré et s'apprêtait à faire de son existence pathétique quelque chose d'encore plus misérable, le professeur de Xénomagie braqua sa baguette vers l'origine du bruit suspect.

-Je vous préviens, menaça-t-il à nouveau quelqu'un. Vous m'approchez, je vous pète le nez. Si vous avez un nez, ajouta-t-il en se souvenant du physique ingrat de Voldemort après sa résurrection. Bref, je vous envoie un poing dans la figure, résuma-t-il.

-Si j'ai effectivement une figure, pointa l'individu au sens de l'humour douteux avec un accent slave à couper au couteau.

D'ailleurs, n'y avait-il pas rencontré quelqu'un venant de l'Europe de l'Est pas plus tard qu'hier ?

-Bogdan Kovacs ? tenta le Survivant avec un espoir insensé.

-Lui-même, fit le Chasseur de Transylvanie en sortant de sa cachette avec un sourire narquois.

La vague de soulagement qui avait prit le malchanceux chronique fut rapidement balayée par ce rictus moqueur et supérieur lui mettant rapidement les nerfs en pelote.

-Les gens qui s'approchent en catimini de ma personne ont tendance à se retrouver coller au plafond avec de la Glue éternelle, le prévint le Sauveur avec une pointe de menace absolument pas subtile.

-Je prends note, lui répondit la créature des Carpates loin d'être intimidée par un petit sorcier incapable de se débarrasser de l'armée de harceleurs lui courant régulièrement après.

-Qu'est-ce que tu fous là ? laissa parler sa curiosité le Sauveur avant de se rappeler qu'un harceleur en particulier était après lui. Tu sais quoi ? reprit-il. Tu m'expliqueras ça plus tard, de préférence quand on sera sorti de ce labyrinthe dépourvu de tout sens logique, grogna le voyageur temporel.

-Cela va être compliqué, grimaça le Croque-mitaine des sorciers.

-Et pourquoi cela ? demanda le buste coincé sous le bras du Sauveur, qui était persuadé qu'une énième boulette capillo-tractée l'attendait au tournant.

Pour sa défense, Bogdan Kovacs ne cligna qu'une seule fois des yeux avant de reprendre contenance en fixant Runcorn comme si converser avec des têtes parlantes était tout à fait normal.

-Parce que je pense que nous sommes coincés dans une espèce de boucle temporelle, lâcha le Chasseur.

-Génial, grinça à nouveau l'individu s'étant déjà retrouvé dans une boucle temporelle. 'Manquait plus que ça, grogna-t-il en se massant les paupières derrière ses lunettes. Et je peux savoir ce qui te fait penser ça ? tenta-t-il de trouver une faille dans le résonnement de l'ancien mercenaire à la solde des gobelins.

-Certaines parties de la Bibliothèque se sont réparées toutes seules, comme si aucun incendie ou onde de choc magique ne les avait frappés.

Ce qui, compte tenu de ce qu'avait été le temple du savoir après que le Survivant l'ait quitté, était loin d'être normal.

-Ah, ne put que dire le sorcier.

-Intéressant, fit quant à lui le Cinquième Fondateur. Une rétrogradation partielle, lâcha-t-il pensivement. Pourrais-je savoir ce qui passé, exactement ? demanda poliment l'incarnation physique de l'omniscience.

Si quelqu'un dans cette école de fous pouvait réparer des défaillances temporelles, c'était bien le vieux barbu coincé sous son bras.

-Des sorciers ont essayé de mettre le feu au château avec une magie qu'ils ne maîtrisaient pas, Porter a essayé de les empêcher de tout détruire, mais n'a réussi qu'à déclencher un cataclysme, résuma sommairement l'incident de la Bibliothèque Bogdan Kovacs.

Habitué à ce que tout le monde crache gratuitement sur lui dès que quelque chose d'un tant soit peu anormal débarquait avec lui, le Sauveur ne prit pas ombrage de l'écorchement de son nom et du faux compte-rendu. Puisqu'après tout, avec la Poisse Cosmique qu'il se coltinait, il était plus ou moins responsable de tout ce qui ne tournait plus rond dès qu'il mettait les pieds quelque part.

-Vraiment ? fit le vieux barbu en arquant un sourcil soupçonneux.

Si le buste centenaire se mettait à penser que le voyageur temporel n'était pas un hôte acceptable, il y allait avoir tout de suite un petit problème.

-Je tiens à préciser, pointa le Survivant, que j'ai endigué ledit cataclysme. Sans moi et mes connaissances sur les machins chinois et leurs bâtons surpuissants, laissez-moi vous dire que vous seriez en train de répéter la même journée encore et encore, jusqu'à ce que votre santé mentale ne déclare forfait, affirma le sorcier ayant vécu ce genre d'aventure.

-Ca sent l'expérience, lâcha le Chasseur de Transylvanie en coulant un regard calculateur et légèrement impressionné sur l'homme qu'il était chargé de livrer aux gobelins.

-Parce que c'en est, répondit le héros de plusieurs communautés en essayant de ne pas trop carrer les épaules de fierté.

Avec tout ce qu'il se prenait à un rythme de métronome endiablé, Harry Potter pouvait au moins se rengorger dans le fait de posséder plus d'expériences en trucs bizarres et impossibles que n'importe qui sur cette Terre, et à n'importe quelle époque.

-Fascinant, lâcha Runcorn avec une pointe d'avidité absolument pas inquiétante.

-Oh nan, déplora le Sauveur dans un soupir à fendre la pierre. Pas vous, pria-t-il son entité sadique.

-Ne craignez rien, jeune homme, le rassura le vieux barbu. Je n'ai pas l'intention de vous utiliser pour autre chose qu'un moyen de locomotion pratique.

-Au moins le vieux a le mérite d'être honnête, fit remarquer Bogdan Kovacs en haussant ses épaules massives.

-Je vous en remercie, grinça le buste parlant. Je voulais juste pointer, reprit le Cinquième Fondateur à l'intention du professeur, qu'il est fascinant que vous vous soyez retrouvés en plein cœur d'une boucle temporelle sans souffrir d'effets secondaires indésirables.

-Ca dépend à qui vous posez la question, répondit le Sauveur plus vraiment sain d'esprit depuis son périple avec les apprentis pilleurs de tombe.

-Certes, dit le morceau de statue. Et comment exactement êtes-vous sortis de cette anomalie ? Et combien de temps êtes-vous restés coincés à l'intérieur ? l'interrogea la banque de données inépuisable.

-Figurez-vous que compter les cycles nous a rapidement foutu le cafard, et que je refuse de donner une approximation pour des raisons évidentes de sanité mentale, déclara l'aimant à ennuis. Quant à comment nous nous en sommes tirés, c'est une longue histoire, soupira le baroudeur international. Pour faire simple, disons qu'il nous a fallu traquer un type à travers tout le désert de Gobi pour qu'il nous explique ce qu'il savait sur les machins chinois, puis trouver ce qui avait fait merdé dans l'invocation, pour l'anecdote, c'était une putain d'armée en terre cuite, des piles de pièces d'or maudites, et une armure enchantée, et enfin arriver à faire fonctionner cette saloperie de bâton correctement sans ruiner d'avantage l'espace-temps au passage, narra le Sauveur.

Et dire que cet incident entrait à peine dans le Top Dix des pires quêtes épiques... Qu'est-ce qu'était sa vie, franchement...

-Fascinant, répéta Runcorn pendant que Bogdan Kovacs sifflait d'admiration.

-Je confirme, dit l'étranger de son accent à couper au couteau, je ne voudrais ta vie pour rien au monde.

-Merci, grinça le Survivant à la Poisse sans pareille.

-Vous vous êtes échappés tout seul d'une boucle temporelle, en resta bouche bée le vieux barbu.

-Oui, enfin, nuança le Sauveur, on était trois à être coincés, dont une sorcière complètement barjo, expliqua-t-il.

-Et le dernier était quoi ? laissa le Chasseur parler sa curiosité. Parce qu'avec toi, ça devait faire un groupe assez particulier, ricana sans pitié la créature des Carpates.

-Un pauvre moldu italien envoyé par des banquiers cupides pour surveiller leurs investissements, répondit le britannique en se souvenant du type en question. Lui non plus, il en est pas ressorti complètement sain d'esprit, ajouta-t-il. Je crois même que sa femme a essayé de le faire interner, réfléchit-il. Ou alors c'était parce qu'il s'est mis à préférer les hommes, je sais plus trop, haussa les épaules le sorcier ne se sentant absolument pas concerné par les ennuis de son ancien compagnon d'infortune.

-Vous êtes un cas d'école, décréta le Cinquième Fondateur avec émerveillement.

En général, quand une personne affirmait que Harry Potter était "un cas", il était fortement sous-entendu que folie et chaos étaient ses plus proches amis, pas qu'il ferait un sujet d'étude particulièrement intéressant. Ce genre de commentaire était réservé pour les scientifiques fous comme Frankenstein ou, le ciel le préserve, Icarus Prince.

-Hun-hun, lâcha le Survivant commençant à se demander si c'était effectivement une bonne idée de trimballer le vieux barbu dans ses quartiers privés.

-Je pensais qu'il était impossible de se sortir soi-même d'une boucle temporelle, laissa parler son ignorance le Chasseur.

-Ca l'est , confirma l'omniscience personnifiée. C'est pour cela que le professeur Potter est aussi fascinant.

-Que voulez-vous ? soupira ledit cas d'école. Je suis destiné à repousser les limites de l'impossible et de l'humainement réalisable depuis que je me suis pris un Avada Kedavra en pleine tronche, recommença-t-il à se plaindre de son existence de malchanceux chronique.

-Oui, approuva le buste centenaire ayant assisté à sa discussion avec Helga. C'était déjà un exploit digne d'une thèse approfondie.

Vu le nombre de livres parus sur lui avant même qu'il entende parler du Monde Magique, l'aimant à ennuis confirmait, des dizaines de thèses avaient été parues sur son sujet et sur son front défiguré. Hermione les avait d'ailleurs trouvé toutes débiles, parce que personne n'avait eut l'ombre d'une idée de comment ce miracle avait décemment put se produire. La pire restait quand même celle le désignant comme un demi-dieu venu rétablir l'équilibre du monde en plaçant un roi-démon sur le Trône des Glaces. A une certaine époque, où il respirait encore l'innocence et l'inconscience bienheureuse, le Survivant avait été persuadé que cette théorie complètement loufoque ne pouvait pas lui arriver et était du domaine de l'impossibilité. Au fur et à mesure que des catastrophes divines frappaient à sa porte, il avait été forcé de revoir cette hypothèse comme étant du domaine du "réalisable". Depuis, le trentenaire vivait dans l'angoisse que ce tissu d'invraisemblances ne lui arrive effectivement dans la tronche avec la puissance d'un boulet de canon. Le fait, donc, qu'une princesse extra-terrestre le harcèle pour détrôner son frère devenu marionnette d'un conglomérat de propriétaires de casinos spatiaux avait légèrement tendance à lui faire peur. A tous les coups, le fameux "Trône des Glaces" était la désignation de son empire galactique, et le "roi-démon" était soit lui, soit son rejeton. Ce qui était définitivement quelque chose à éviter. Heureusement pour le Sauveur, cette absurdité sans nom n'était qu'une simple hypothèse bavée par un archimage complètement gâteux, et non pas une prophétie délivrée par une vieille folle. Il existait donc encore une chance pour que cette aventure épique lui soit épargnée. S'accrocher à cette maigre consolation était la seule chose qui l'empêchait de se terrer dans le premier trou venu jusqu'à ce que l'inanition ne vienne enfin le faire trépasser. Quoique, vu que maintenant la Mort se trimbalait dans les couloirs sous l'apparence d'une gamine mixée à une licorne, il y avait de fortes chances que la Joueuse refuse cet odieux sabotage de leur partie et ne le ramène à la vie d'un claquement de doigts impérieux. Et en plus, Destinée risquait de prendre ça comme un acte de rébellion et allait lui envoyer une deuxième météorite dans la figure.

Sa vie était vraiment quelque chose qu'il ne souhaitait à personne. Sauf peut-être à Voldemort, mais comme ce dernier avait déjà une entité sadique sur le dos, techniquement, ils se partageaient, encore, le même destin.

Bogdan Kovacs posa lourdement le battoir à viande qu'il avait en guise de main sur son épaule et le professeur crut que ses jambes allaient céder sous la force du mouvement.

-Tu as toute ma compassion, lui offrit la créature tueuse de sorciers avec un petit sourire charitable.

-Merci, grimaça le Survivant à cause de la douleur et de la sympathie malvenue du Chasseur de Transylvanie.

-Je me doute que vous refuserez de me répondre, reprit Runcorn, mais comment avez-vous réussi à vous sortir d'une boucle temporelle sans intervention extérieure ? réorienta-t-il la conversation sur un sujet un peu moins déprimant que les malheurs interminables du Sauveur.

-Vous voulez que je vous explique comment faire joujou avec le temps, alors que je n'ai pas la moindre idée de ce que vous pourriez faire avec ces informations ? reformula le sorcier.

-Exactement, confirma le buste coincé dans les bras du professeur de Xénomagie.

-C'est pas que je vous apprécie pas, Runcorn, répondit le trentenaire. Mais je ne vous fais absolument pas confiance, surtout après que vous aillez essayé de me faire chanter avec des informations sensibles et atrocement personnelles. Et puis d'ailleurs, réfléchit-il en fronçant ses sourcils bruns, Helga Poufsouffle n'est-elle pas une spécialiste du Temps ? Pourquoi vous ne lui posez pas la question la prochaine fois qu'elle fera du tourisme dans le futur ? Je suis certain qu'elle se fera une joie de vous renseigner, refila-t-il éhontément le bébé à quelqu'un d'autre.

-A ce que j'en sais, vous êtes l'unique individu de toute l'Histoire de l'Humanité à vous être échappé d'une anomalie de cet acabit sans la moindre aide extérieure, lâcha la tête parlante. Personne d'autre que vous n'est donc habilité à parler de votre expérience à votre place.

Le bruit de frustration et de désespoir qui s'échappa de la carcasse du Sauveur tira un ricanement à cette crapule de Chasseur ayant réussi le tour de force de berner toute une armée de mercenaires surentraînés à la solde de Gringotts.

-Et bien vous devrez vous satisfaire de la réponse que je vous ai déjà donné, grogna le Survivant. A savoir : Nous avons trafiqué un bâton magique et surpuissant. Et pour votre gouverne, ajouta-t-il, je ne sais pas précisément comment fonctionnent ces machins, je sais juste comment les détruire en un minimum de temps.

-Ouais, approuva Bogdan Kovacs en hochant vigoureusement du chef. C'était vachement impressionnant. Le truc était à deux doigts d'exploser quand "Vrouf !", ce type s'envole jusqu'à une étagère, retaille le bâton bizarre avec sa baguette et "Vroooooh !" une espèce d'onde de choc se propage partout et nous envoie valdinguer dans les airs et fait tomber toutes les étagères comme un jeu de dominos géant ! narra avec enthousiaste la proie du mage noir local. "Paf, paf, paf !" imita-t-il lesdites étagères dégringolant les unes à la suite des autres. Impressionnant, résuma-t-il plus succinctement.

-"Retaille" vous dîtes ? releva bien entendu l'érudit toujours à l'affût d'informations croustillantes.

-Hum-hum ! racla sa gorge le Survivant dans une parodie de ce crapaud rose d'Ombrage.

-J'ai juste pu le voir inscrire des trucs avec sa baguette, l'ignora superbement l''individu allant passer un charmant quart d'heure en compagnie de Galatea Têtenjoy.

-Vraiment ? demanda avec beaucoup trop d'avidité Runcorn pendant que ces yeux de pierre brillaient d'excitation.

-Stop, mit son veto le professeur. Les machins Chinois sont compliqués et dangereux et personne ne devrait s'y frotter s'il n'arrive pas venir à bout d'un dragon tout seul, décréta fermement le Sauveur dans une tentative de clore cette discussion en peu trop inquiétante à son goût.

-Je suis un Balaur, lâcha Bogdan Kovacs avec un air blasé. Je tiens pratiquement plus du dragon que de l'être humain, lui expliqua-t-il comme s'il était un débile mononeuronal.

-Comment croyez-vous que le dragon protecteur de Poudlard a fini sous les fondations du château ? lui demanda avec un léger mépris le Cinquième Fondateur.

-Un dragon ? releva le Survivant. Sous le château ? demanda-t-il confirmation.

Mais depuis quand y avait-il un dragon sous le château ?

Maintenant qu'il y pensait, les deuxième année agrippés à ses basques n'avaient-ils pas dit qu'un dinosaure était enterré sous les fondations de l'école ?

Le roulement d'yeux dédaigneux du vieux barbu lui fit comprendre qu'il ignorait quelque chose de parfaitement évident pour un contemporain du XIème siècle.

-Comment un homme capable de miracles peut-il être aussi ignare sur des sujets aussi basiques ? déplora le buste en marbre.

Préférant ne pas répondre à cette question, de peur d'insulter l'un des Fondateurs de cette école de barjos, le professeur enchaîna :

-Même si vous étiez tous deux capables de venir à bout d'un dragon, ce qui reste à débattre vu qu'il vous manque un corps et que tu m'as avoué être la honte de ta famille, fixa-t-il tour à tour Runcorn et Bogdan Kovacs. Il est absolument inconcevable que j'enseigne les machins chinois à qui que ce soit, appuya le professeur.

-Mais je vous assure que je ferais preuve de la plus grande parcimonie, tenta de le convaincre le buste parlant.

-Niet, imita-t-il ce brave Sven.

L'aimant à ennuis aurait sans doute croisé les bras sur sa poitrine pour plus d'effets dramatiques, si ses mains n'avaient pas été occupées à maintenir le Cinquième Fondateur.

-Ecoutez Porter, se rangea à ses côtés la créature sanguinaire. Il est peut-être pas très droit dans sa tête-

-Hey ! protesta ledit individu.

-Mais, reprit Bogdan Kovacs comme si le britannique ne l'avait pas interrompu, il a quand même géré une boutique plutôt cotée de magie noire et de trucs louches en tous genre sans que ça lui pète magistralement à la figure.

A l'exception près d'une tabatière ayant mangé les doigts de trois ou quatre clients aux mains un peu trop baladeuses, et d'une boîte à musique l'ayant privé de son ouïe pendant une bonne semaine, Harry Potter avait effectivement plutôt bien tenu sa boutique sans qu'aucun accident tragique ne soit à déplorer. Bon, techniquement, il y avait aussi eut l'incident avec Bubu, qui n'avait pas apprécié qu'il lui mette la main aux fesses et qui avait mit le feu à ses tapisseries persanes absolument hors de prix pour bien lui signaler qu'il était correctement outré. Mais Ambrosius Bustrode était juste une drama-queen aux réactions un tantinet excessives. Le Sauveur n'avait absolument aucune part de responsabilité. Tout comme le fameux incendie ayant ravagé l'Allée des Embrumes juste après son départ de Londres. Comme si le commerçant véreux aurait pu mettre le feu à sa boutique les ayant abrités, lui et ses conneries d'ivrogne...

-Certes, le professeur Potter possède des compétences inattendues en matière de magies interdites, approuva Nathaniel Runcorn. Ce n'est pas pour autant qu'il est habilité à décidé qui peut ou non profiter de ses connaissances.

Le Survivant fut tellement soufflé par autant de supériorité qu'il en resta sans voix.

-Vu le chaos que ce bâton a provoqué alors qu'il n'a même pas fonctionné, pointa le raisonnable roumain de son accent à couper au couteau, je préfère me fier à son expertise, affirma son indéniable nouveau compagnon d'infortune et allié contre la folie de cette école de tordus.

-Merci de ce vote de confiance, rayonna de joie le trentenaire.

-De rien, lui répondit le Chasseur de Transylvanie en hochant légèrement du chef.

Cette journée ne s'annonçait peut-être pas aussi pourrie que celle de la veille, finalement...

-Je me dois de protester, ronchonna l'omniscience incarnée.

-Si vous tentez à nouveau de me faire chanter, je vous préviens, je vous laisse là où je vous ai trouvé, le menaça le respectable professeur.

-Soit, concéda le vieux barbu. Mais ne croyez pas cette conversation finie, le prévint le morceau de statue.

-C'est ça, l'ignora presque le baroudeur international en inspectant les environs. A ton avis, demanda-t-il à Bogdan Kovacs, dans quel sens on a le plus de chance de se trouver la sortie ?

L'étranger haussa ses robustes épaules.

-La topographie des lieux change tout le temps, lui apprit la créature des Carpates sous le cri d'horreur mental du Survivant.

-J'avais oublié, marmonna le Sauveur en se frottant les yeux de sa main libre. Anomalie temporelle non-homogène qui fait rétrograder le mobilier, laissa-t-il tomber son diagnostique dans un soupir de fin du monde. Génial, grogna-t-il en remettant sa paire de lunettes à sa place.

A peine eut-il ré-ouvert ses yeux émeraudes que le trentenaire se rendit compte que quelque chose clochait.

-Quoi ? lui demanda la proie de Galatea Têtenjoy.

-Un problème ? fit de même Runcorn devant l'immobilité de son porteur.

-Ca dépend quel est votre définition du mot "problème", lâcha le Sauveur d'une voix distante. En ce qui me concerne, c'est plutôt une sacrée bénédiction.

Apparemment, son petit séjour dans un bassin de potion inconnue et au temps des Fondateurs avait eut un effet inattendu sur sa fidèle paire d'optiques. Ses verres étaient maintenant capables de luire face à une anomalie majeure telle qu'un chapeau oublié, ou une portion d'étagère mieux conservée que le reste du meuble. L'accessoire avait dû être à la mode au XV ème siècle et son malheureux propriétaire n'avait que très peu de chance de lui remettre la main dessus un jour.

Levant les yeux au plafond, le Survivant remarqua qu'à plus de trois mètres du sol, non seulement un nuage de particules dorées luisait, mais qu'en plus l'intégralité des rayonnages étaient différents que ceux plus près du sol.

-Veuillez expliciter, lui enjoignit le buste parlant.

-Il semblerait que l'un de vos anciens collègues ait trafiqué mes lunettes pour les rendre plus réceptives aux anomalies temporelles, lui répondit le sorcier en observant les alentours. Mais ce qui est bizarre, releva-t-il en fronçant ses sourcils bruns, c'est que je ne m'en suis pas rendu compte immédiatement. 'Doit y avoir une espèce de bouton placé sur les branches, réfléchit-il en tâtonnant ses lunettes. Ah ! fit-il. Trouvé, sourit-il comme s'il venait de mettre la main sur un objet de pouvoir lui permettant la conquête de tous les mondes connus.

-Je n'aime pas ton sourire, l'avertit Bogdan Kovacs en prenant une mine sombre. Il ressemble à celui du troll que je devais épouser, grimaça-t-il à l'évocation du souvenir.

Les zygomatiques le faisant souffrir, Harry Potter se tourna vers le Croque-mitaine des sorciers.

-Va falloir t'y faire, lui répondit-il sans cesser de sourire comme un bienheureux.

-Et trouvez-vous une autre caractéristique ajoutée à votre paire d'optiques ? lui demanda l'érudit.

-Si vous parlez d'une vision à rayon X, je suis tout aussi déçu que vous, lui assura le contemporain du XXI ème siècle. Je suppose qu'elles se règlent sur les besoins de son propriétaire, haussa les épaules le professeur de Xénomagie. Ou qu'une bonne âme charitable avait l'intuition que j'aurais de gros ennuis avec le Temps et m'a donné une technique de triche vraiment pratique, supposa-t-il en observant un demi-grimoire.

Maintenant qu'il y pensait, la Bibliothèque n'était-elle pas devenue encore plus intéressante ? Ne regorgeaient-elles pas de siècles et de siècles de bouquins perdus ? N'avait-il pas encore plus de chance de trouver comment se débarrasser d'un lien mental avec Voldemort Junior ?

Qui avait dit que la Chance désertait Harry Potter aujourd'hui ?

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Et c'est tout pour aujourd'hui ! Je vous retrouve en Janvier pour le chapitre 22, j'ai nommé "L'Autre Joe Black". Qui a déjà une idée de qui va apparaître ? ^^

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-C'est officiel, décréta le Survivant d'une voix tremblante en posant ses mains sur ses genoux flageolants. J'ai besoin de toi pour survivre à cette école de cinglés, avoua l'aimant à ennuis en prenant de profondes inspirations pour calmer son coeur palpitant un peu trop dans sa poitrine. Soit mon compagnon d'inf- fut-il honteusement coupé.

-OUI ! s'écria Tom Riddle avec une joie loin d'être feinte.

-C'était pas à toi que je parlais, grogna le professeur d'une voix acide n'entachant nullement l'enthousiasme de l'adolescent.

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Sur ce, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'années !

SEY