Titre : Le Borgne et le Cloporte
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance
Disclaimer : les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.


Iruka compta une nouvelle fois ses élèves dans la pénombre. C'était idiot, il le savait : ils étaient enfermés dans une salle de classe, comment aurait-il pu en perdre un ?

Un bruit d'explosion se fit entendre tout près de l'académie, ce qui provoqua quelques glapissements chez les enfants : certains étaient tout excités par ce baptême du feu, d'autres semblaient terrorisés.

En temps normal, ils auraient déjà été évacués depuis longtemps. Seulement, Ebisu avait justement choisi cette semaine pour partir voir sa grand-mère malade dans une ville reculée du Pays du Feu et Iruka se retrouvait donc seul avec une cinquantaine d'élèves.

Des ninjas ennemis avaient envahi le village mais on ignorait encore leur nombre et leur niveau exacts. Il lui fallait mener les enfants en lieu sûr mais il avait besoin de renforts pour effectuer l'évacuation. En attendant, les bruits de combats se rapprochaient de l'académie et ses élèves semblaient de plus en plus effrayés même si certains faisaient encore les fiers-à-bras.

Enfin, plusieurs coups se succédèrent à la porte suivant un rythme connu, le code de Konoha. Iruka, soulagé, brisa le sceau de protection qui bloquait l'entrée.

« Yo, Iruka-sensei ! »

Un ninja masqué, à l'allure dégingandée, entra dans la pièce.

Iruka rougit légèrement, il était toujours mal à l'aise quand il était en présence d'Hatake Kakashi. C'était à peine s'ils se connaissaient mais le chuunin avait souvent trouvé que Kakashi avait un comportement un peu trop cool pour son statut. Et puis, quel besoin avait eu Tsunade d'envoyer un de ses meilleurs hommes ? N'importe quel ninja de base aurait suffi…

« Vous êtes le ninja copieur ! »

Konohamaru regardait Kakashi avec émerveillement. Ses camarades, intrigués, observaient le jounin d'un air neutre.

« C'est l'ancien sensei de Naruto. », précisa le jeune garçon.

La troupe poussa de grands cris d'admiration, Kakashi faisant soudain l'objet de toutes les attentions.

Naruto était souvent passé à l'académie raconter aux gosses ses aventures ; Kakashi devenant du même coup une sorte de légende vivante.

Le jounin salua avec flegme la marmaille qui l'entourait tout en lançant un regard appuyé à Iruka. Le chuunin sentit que Kakashi était moins à l'aise qu'il cherchait à le faire croire. Il avait légèrement tiqué quand Konohamaru l'avait qualifié d' « ancien » sensei. Il se murmurait que Kakashi vivait très mal la désertion de Sasuke et le départ de ses autres élèves, qu'il considérait cette situation comme un échec personnel.

« On y va ? », demanda mollement le jounin.

Iruka sortit de ses pensées et se mit à donner ses instructions.

Le troupeau de futurs genins fut emmené dans l'ordre et la discipline. Kakashi se laissa guider par Iruka sans faire d'histoire, n'ayant lui-même que peu d'expérience en matière d'évacuation. Le jounin se contenta le plus souvent de rester un peu éloigné du groupe pour vérifier qu'aucune présence ennemie ne les entourait. La vérité, c'est qu'un groupe d'apprentis genins, cela n'intéressait pas grand monde. Le risque d'être attaqué était quasi-nul. Les enfants poussaient de petits cris admiratifs à chaque fois que Kakashi faisait le moindre geste, trouvant qu'il avait l'air bien plus rapide et plus fort que le commun des mortels. Le jounin semblait indifférent à toute cette émulation. Il devint même très sérieux quand il annonça avoir perçu un bruit menaçant.

« Tu crois qu'il va se battre ? », chuchota Moegi, avec un soupçon d'excitation, à l'oreille de son voisin.

« Avec un peu de chance, répondit un Konohamaru expert, il va faire mieux que ça ! »

Et effectivement, après plusieurs secondes où Kakashi resta parfaitement immobile à chercher une menace extérieure, il souleva son bandeau frontal pour analyser les alentours.

Tous les enfants écarquillèrent les yeux. Kakashi était maintenant le seul ninja du village à posséder le sharingan ; la plupart n'avaient donc jamais vu la dite pupille. Certaines jeunes filles furent au bord de l'hystérie alors que les garçons scrutaient l'œil magique avec obstination dans l'espoir de se souvenir à tout jamais de l'apparence qu'il avait. Même Iruka, que l'adulation pour Kakashi agaçait, dut bien admettre que ce sharingan donnait au jounin une certaine prestance. Plus généralement, d'ailleurs, se dégageait un contraste saisissant entre le Kakashi relax de tout à l'heure et le Kakashi sérieux qu'il avait maintenant à ses côtés.

Le bruit s'avéra finalement être une fausse alerte et le sharingan disparut aussi vite qu'il était apparu. Le reste du chemin se fit sans autre incident, la plupart des enfants se décrivant à tour de rôle ce qu'il avait vu de la pupille légendaire du jounin.

Arrivés à la grotte qui servait de point de repli, chacun prit ses aises. Il ne leur restait plus qu'à attendre la fin de l'alerte. Kakashi s'installa dans un coin, s'adossant contre la paroi rocheuse les mains derrière la tête. La plupart des enfants se mirent à discuter dans le calme, sagement assis en tailleur. Iruka resta debout, faisant les cent pas, aux aguets. Kakashi lui lançait parfois un coup d'œil distrait. Il avait repris son air endormi habituel.

« Je m'ennuie. », lui annonça-t-il au bout d'un moment.

Iruka, qui buvait un peu d'eau à ses côtés, eut un sourire.

« Quoi ? Pas de livre pervers à montrer à la jeunesse ? »

Le jounin le regarda, émerveillé.

« Oh, Iruka-sensei, qui aurait cru que vous aviez le sens de l'humour ? »

Le chuunin le toisa, vexé. Tout le monde pensait que c'était un cul serré.

« Vous pourriez discuter avec les enfants, ils n'attendent que ça. », reprit-il, plus sérieux.

Le jounin secoua légèrement la tête.

« Je suis pas doué avec les gosses. »

Iruka discerna un peu de gravité dans la voix du jounin : il ne pensait plus aux marmots assis dans la grotte mais bien à Sasuke qu'il n'avait pas su retenir.

Le chuunin mit une main sur l'épaule du ninja copieur, elle ne fut pas repoussée. Iruka indiqua les enfants des yeux.

« Vous vous en sortez plutôt bien avec ceux-là. »

Le jounin le regarda d'un œil désabusé.

« Uniquement parce que je suis l'ancien sensei de Naruto. »

Il avait particulièrement insisté sur le mot « ancien ».

Iruka s'approcha plus près de lui.

« Mais ce que vous avez fait tout à l'heure, c'est bien la preuve que vous savez les comprendre. »

Kakashi fit mine de ne pas saisir l'allusion si bien qu'Iruka prit un ton légèrement sarcastique.

« Sortir le sharingan ? Pour un bruit lointain que personne n'a entendu à part vous ? On sait très bien, tous les deux, qu'on ne courrait strictement aucun danger… Vous avez fait ça pour faire plaisir aux gosses. »

Kakashi fixait Iruka, l'œil joueur.

« C'est donc vrai, ce qu'on dit : les chuunin sont des ninjas, en fin de compte. »

« Faîtes le malin, Kakashi-sensei, il n'empêche que je vous ai démasqué ! »

Il fit une pause.

« Au sens figuré, bien sûr. »

Les deux hommes se jaugèrent un instant. Kakashi trouvait ce chuunin surprenant. Et il était très rarement surpris.

« Vous voulez vraiment que je discute avec ces gosses ? »

« Si vous en avez envie. »

Tout en continuant à fixer Iruka, Kakashi interpella le groupe.

« Hey, les mômes ! Ça vous dirait que je vous apprenne deux ou trois techniques ? »

Il n'y eut pour toutes réponses qu'une flopée de hurlements indéterminés et hystériques.

Et le foutoir commença.


« Un jour ou l'autre, vous me le paierez, Kakashi-sensei ! »

L'autre, qui marchait à ses côtés, n'avait pas déplissé son œil depuis un moment. Il était fier de lui.

Ça avait été une après-midi épique.

Tout d'abord, Kakashi s'était contenté d'apprendre aux mômes deux ou trois trucs insignifiants et c'était resté globalement gérable. Ça avait commencé à se gâter quand les gamins lui avaient demandé des conseils au niveau du lancer de shuriken, ce qui s'était soldé par des démonstrations du jounin et des essais beaucoup moins réussis de ses nouveaux élèves. Et puis, l'anarchie complète débuta quand certains gamins voulurent montrer leurs capacités héréditaires à leur maître d'un jour. Un des petits Aburame n'avait pas contrôlé ses blattes correctement et bonjour la panique. Le jounin avait voulu jouer aussi et avait invoqué certains de ses chiens ninjas qui avaient fait l'unanimité auprès de la marmaille, trop contente d'avoir quelque chose à câliner. Le pompon avait été atteint par Konohamaru qui avait montré à tous son Sexy-no-jutsu hérité d'un certain blondinet. Kakashi s'empressa de copier cette nouvelle technique « pour le fun » et avait choisi « au hasard » un innocent cobaye pour la tester.

Iruka rangea son mouchoir, sa dernière hémorragie nasale étant enfin passée, et réajusta le gamin qu'il avait pris sur son dos. Comme monsieur le meilleur jounin de Konoha ne pouvait rien faire comme tout le monde, il portait, lui, deux gamins, qui dormaient à poings fermés sur ses larges épaules. Les autres suivaient mollement derrière, complètement épuisés par leur journée.

L'attaque ennemie avait été un échec cuisant : Tsunade n'avait même pas daigné sortir de son bureau, tant elle avait considéré les assaillants comme insignifiants. Se priver de Kakashi dans une telle situation restait cependant, pour Iruka, une décision étrange.

« Dîtes, Kakashi-sensei, vous savez pourquoi Tsunade-sama vous a envoyé pour cette mission ? »

« Mon nombre de missions de rang D devait laisser à désirer. », rétorqua l'autre, moqueur.

Le chuunin protesta avec force, affirmant que son boulot était loin d'être de tout repos.

« D'accord, concéda Kakashi, avec les énergumènes que vous vous trimballez, ça vaut au moins un B. »

Iruka eut un petit sourire mais resta un peu frustré : le jounin n'avait pas vraiment cherché à répondre à la question. Kakashi sembla le comprendre car il reprit la parole au bout d'un long silence. Sa voix était beaucoup plus sérieuse.

« Je crois qu'elle a pensé que j'aimerais être ici, que ça me ferait peut-être du bien. »

Ils échangèrent un regard et Iruka compléta sa réponse, comme si c'était l'évidence même.

« Parce que ça vous manque, le contact avec les enfants. »

Kakashi eut un soupir ennuyé.

« C'est bien possible. »

Le visage du chuunin se fendit d'un sourire : qui aurait cru que le grand ninja copieur, asocial de son état, avait la fibre professorale ?

En même temps, cela ne devait pas être évident de reprendre les missions solo quand on avait dirigé une équipe de genins. On devait se sentir abandonné.

« Quand on a été sensei, on le reste pour toujours. C'est quelque chose qu'on garde en soi et qui nous réchauffe quand on y pense. »

Les paroles d'Iruka avaient été prononcées avec le sourire mais le timbre de la voix était un peu mélancolique. Le jounin, à ses côtés, avait la tête baissée. Cette conversation prenait vraiment une tournure personnelle.

« Ils vous manquent à vous aussi ? »

Kakash avait posé la question tout en continuant à regarder le sol mais ils savaient tous les deux à qui il faisait allusion.

Iruka pensait souvent à Sasuke : où était-il ? Allait-il bien ? Est-ce que cette immonde ordure qu'il s'était choisi comme maître le traitait convenablement ?

Quant à Naruto, accompagner Jiraya était probablement le meilleur choix à faire pour son avenir mais son départ s'était accompagné d'une sensation de vide quasi-constante dans le cœur du jeune professeur.

« Bien sûr, murmura finalement le chuunin, c'est insoutenable parfois. »

Kakashi le fixa d'un œil grave.

« Vous êtes vachement moins chiant que ce que je croyais. », annonça-t-il, finalement.

Le chuunin se sentit rougir, il avait bien conscience qu'une telle constatation de la part du jounin était un compliment.

Ils restèrent à se regarder un moment. Iruka se sentait bien mais cherchait à ne pas trop le montrer. L'autre l'aurait charrié.

« Dîtes, Iruka-sensei, reprit au bout d'un long silence le ninja copieur, pourquoi vous rougissez à chaque fois que vous me voyez ? »

L'œil de Kakashi s'arquait de nouveau.

« Quoi ?, bredouilla le chuunin. Mais pas du tout ! »

« Ah ! fit le jounin en le pointant du doigt, vous êtes en train de le refaire ! »

« C'est parce que vous m'énervez ! »

Kakashi se rapprocha du chuunin.

« Je pourrais vous faire rougir pour de bonnes raisons, moi, Iruka-sensei. », lui susurra-t-il à l'oreille.

Et Iruka, qui cherchait pourtant à s'en empêcher, ne put rien faire d'autre que de rougir encore plus.