Titre : Le Borgne et le Cloporte
Auteur : Sigognac
Genre : Romance
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Note : Merci à ceux (celles ?) qui ont pris le temps de me laisser une review, ça fait très plaisir et ça encourage à continuer d'écrire, surtout quand il s'agit d'une première publication.
Note (bis) : Merci à Jack London pour m'avoir donné le titre de ce chapitre. Sans lui, je serais toujours en train de chercher !
L'appel de la forêt
Il peinait de plus en plus à trouver sa respiration mais il se refusait à s'arrêter, ne serait-ce qu'une minute. Pour une fois qu'on lui confiait une mission avec un semblant d'importance, il était hors de question qu'il échoue. Et puis, il avait des raisons personnelles qui le poussaient à réussir.
Son cœur se serra quand il repensa aux derniers événements. Une créature gigantesque était apparue aux alentours du village. Qui l'avait invoquée ? Personne ne le savait mais cela avait rappelé de mauvais souvenirs à tout le monde et à Iruka, en particulier. La bête avait eu le temps de faire du grabuge à l'intérieur du village avant d'être attirée dans la forêt. Beaucoup d'hommes avaient été dispersés pour aider les civils ou les soigner pendant qu'une équipe de ninjas d'élite était envoyée pour affronter la créature. Naruto en faisait partie et, évidemment, Sasuke avait dû l'accompagner. Depuis qu'il était revenu au village, Tsunade lui faisait chèrement payer sa désertion : toutes les missions les plus merdiques étaient pour lui. Il les acceptait sans broncher et faisait la plupart du temps équipe avec Naruto qui était un des seuls ninjas du village à encore accepter de lui parler. Comme souvent ces derniers temps, c'était Kakashi qui avait été choisi pour diriger l'équipe, il était donc à parier que le ninja copieur s'était retrouvé en première ligne.
On avait assisté depuis le village à de violentes explosions. La créature avait fini par disparaitre mais l'équipe n'était pas revenue. Le village était débordé et aucun médecin n'était disponible pour se rendre sur place. Faute de mieux, on avait chargé Iruka d'apporter les premiers secours, ce dernier ayant quelques bases dans les jutsus de soins.
Cela faisait donc plus d'une demi-heure qu'il courrait comme un dératé, une trousse médicale serrée contre sa poitrine et la peur au ventre. Et s'il était arrivé quelque chose à Naruto ? Le chuunin secoua la tête, sachant pertinemment que son ancien élève n'était pas son seul sujet d'inquiétude. Depuis quelques temps déjà, il s'était rendu compte qu'il était amoureux.
Il ne savait pas bien comment cela était arrivé : il connaissait à peine Hatake Kakashi. Peut-être que c'était le récit de ses exploits par Naruto qui avait été le déclencheur. Il s'était mis à remarquer la présence du ninja copieur, à accorder plus d'importance à ses propos, à chercher à mieux le connaître. Petit à petit naquit une gigantesque admiration pour cet homme et pour son histoire. Et puis, c'était un ninja brillant, un génie. A chaque fois qu'il ouvrait la bouche en temps de crise, c'était pour dire quelque chose de pertinent qui faisait toujours avancer les choses. Il y avait ses cheveux aussi, il aimait leur couleur et leur forme étrange. Et le masque, même le masque, il l'aimait.
Bref, il était amoureux, quoi.
Évidemment, le principal intéressé n'en savait rien. C'était à peine s'il devait s'apercevoir de son existence, d'ailleurs. Iruka n'oserait jamais lui avouer quoi que ce soit et même s'il y parvenait, l'autre lui rirait au nez. A chaque fois qu'il se retrouvait en face du ninja copieur, il était incapable de prononcer une phrase construite : il se contentait de balbutier comme un nigaud jusqu'à ce que le jounin reprenne les rennes de la conversation, si l'on pouvait encore parler de conversation. Kakashi maniait l'humour et le sarcasme à merveille et réussissait toujours à détendre l'atmosphère. Il était tellement cool.
Il ne savait pas pourquoi il s'obstinait à se comparer à lui, ils ne jouaient définitivement pas dans la même cour, c'était évident.
Ses jambes ralentirent alors qu'il vit que le coin de la forêt dans lequel il pénétrait était dévasté : on s'était battus ici. Au détour d'un arbre, il aperçut plusieurs ninjas de Konoha parmi lesquels il discerna une affreuse tenue à moitié orange. Sans plus réfléchir, il fonça sur son ancien élève.
« Tu vas bien ? », lança-t-il à Naruto en ignorant superbement Sasuke qui était à ses côtés.
Le blond ne répondit pas, ses yeux étaient fixés sur un point au loin qu'il refusait de quitter. A première vue, Naruto n'était pas blessé et Sasuke avait l'air d'aller bien aussi. Les autres ninjas de l'équipe semblaient également indemnes. Tout aurait été pour le mieux s'il n'avait pas manqué un combattant à l'appel.
Sentant son rythme cardiaque accélérer, Iruka s'empara de Naruto dans le but évident de le secouer un peu.
« Naruto, où est Kakashi-sensei ? »
Sans le regarder, Naruto pointa du doigt l'endroit qu'il ne cessait pas de fixer. Iruka se retourna. Il n'y avait qu'un arbre énorme mais en y regardant de plus près, le chuunin aperçut quelque chose au sol : une main qui portait une mitaine.
« Il s'est pratiquement battu tout seul… », articula Sasuke qui regardait dans la même direction que Naruto.
A ce stade, Iruka n'était plus capable de penser convenablement. Il se contenta donc de se cramponner à sa trousse de premiers secours et de foncer sur cette main. Peut-être qu'il comprenait mal la situation. Peut-être que ce n'était pas Kakashi.
A mesure qu'il avançait vers sa cible, le corps inconnu se dévoilait : d'abord un bras qui arborait clairement l'uniforme de Konoha, puis une épaule, enfin émergèrent une chevelure grise et des yeux dépareillés. L'angoisse taraudait Iruka alors qu'il ne quittait pas le visage de Kakashi du regard. Le jounin restait parfaitement immobile, en position assise, le dos appuyé contre l'énorme tronc, les yeux grands ouverts. Il fallait qu'il bouge, qu'il donne un signe de vie quelconque.
Enfin, alors qu'Iruka n'était plus qu'à quelques centimètres de lui, la tête du jounin se tourna légèrement vers lui et les yeux de Kakashi se plantèrent dans les siens. Incroyablement soulagé de voir qu'il était toujours en vie, le chuunin se positionna face au ninja copieur pour lui apporter les premiers soins.
« Kakashi-san, vous êtes blessé ? Où avez-vous mal ? »
Le jounin ne répondit pas, le fixant intensément. Iruka arborait un sourire rassurant. Il posa sa trousse à pharmacie au côté de son patient et c'est seulement quand il reposa les yeux sur le jounin qu'il réalisa que quelque chose clochait chez Kakashi.
Il ne portait pas son masque.
Iruka ne l'entraperçut qu'une seconde. Dès qu'il comprit la situation, il se mit à fixer le sol tout en mettant une main sur ses yeux.
Voilà pourquoi tous les ninjas de l'équipe semblaient être à côté de leurs pompes : un des grands mystères de Konoha leur avait été dévoilé.
« Je vous demande pardon, Kakashi-san, j'étais si inquiet pour vous, je n'ai pas fait attention. Je vous ai à peine vu, vous savez. Je serais bien incapable de vous reconnaître dans la rue. Enfin, si, bien sûr, je vous reconnaitrais mais ce que je voulais dire, c'est que… »
Kakashi cessa d'écouter le chuunin s'excuser, il était trop fatigué pour entendre ces bavardages. Il nota cependant l'attitude très respectueuse d'Iruka. Quand son masque était tombé en lambeaux en plein milieu du combat, les autres ne s'étaient pas gênés pour le dévisager.
Le jounin avait déjà remarqué l'attitude étrange du professeur à son égard. Aux réunions, il sentait son regard sur lui mais quand il se retournait, ce dernier déviait brutalement les yeux. Le reste du temps, Iruka l'évitait. Quand il emmenait son ancienne équipe à l'Ichiraku et qu'il y croisait le chuunin, Iruka s'intéressait à ses élèves mais c'est à peine s'il lui adressait la parole. Enfin, lorsqu'il rentrait d'une mission solo et que c'était le chuunin qui réceptionnait son rapport, ce dernier bégayait beaucoup et se montrait bien moins expansif avec lui qu'avec les autres ninjas.
La conclusion à tout ceci était claire : le petit chuunin avait le béguin pour lui. Kakashi n'était pas spécialement étonné, cela lui arrivait relativement souvent. La plupart du temps, il saisissait ce genre d'occasions pour avoir une liaison facile, sans prise de tête. Avec Iruka, il s'était retenu cependant car il jugeait le chuunin trop proche de Naruto et cela aurait pu entraîner des complications embêtantes.
Mais aujourd'hui, Kakashi avait bien envie d'un peu de tendresse. Le petit chuunin avait le rouge aux joues et la respiration haletante. Cela lui plut. Il le trouva mignon.
« J'ai un mouchoir dans ma poche, si vous voulez. Cela pourrait vous servir à cacher votre visage. », proposa docilement le dit chuunin.
Kakashi observa la position d'Iruka. Il était à genoux, les fesses reposant sur ses talons. S'il voulait récupérer le mouchoir dans son pantalon, il devrait se redresser et se rapprocher de lui par la même occasion.
« Je veux bien. », répondit Kakashi d'une voix neutre.
Iruka, trop content d'être utile au jounin, changea de position pour plonger sa main dans sa poche. Les yeux toujours fermés, il ne put strictement rien faire quand deux mains attrapèrent son crâne et le tirèrent en avant. Il sentit ses lèvres toucher celles du ninja copieur dans un baiser un peu brutal. Il fut trop abasourdi pour avoir la moindre réaction.
Lorsqu'ils se séparèrent, il sut qu'il devait être rouge tomate tant il était gêné et surpris à la fois.
« Regarde-moi. »
La voix de Kakashi était douce et ferme à la fois mais Iruka n'osait pas lui obéir.
Une main se posa sur sa joue avant de se positionner sous son menton pour relever son visage.
« Ça ne me dérange pas. »
Les jambes d'Iruka devenaient cotonneuses. Il se passait quoi, là ? Depuis quand Kakashi s'intéressait-il à lui ?
Timidement, il ouvrit les yeux. Il n'avait pas vraiment regardé le visage de Kakashi la première fois, il avait juste vu qu'il était à découvert.
Le jounin se savait beau même s'il n'accordait pas grande importance à son physique. Les rares fois où certains de ses amants avait vu son visage, ils avaient toujours été soufflés par ses traits gracieux et harmonieux, par son nez discret et ses lèvres fines.
Il était donc confiant et savait parfaitement ce qu'il faisait en laissant le chuunin le reluquer. Iruka avait les yeux écarquillés, passant en revue chaque centimètre de son visage, et l'étonnement laissa rapidement place à une émotion tout autre. Kakashi eut du mal à camoufler sa surprise. Iruka semblait… déçu.
« Je ne te plais pas ? »
La question parut surprendre le chuunin, qui baissa la tête, regardant ailleurs.
« C'est juste que… J'espérais… J'espérais que vous seriez moins beau. Je ne sais pas, que vous seriez normal ou même un peu laid… »
Kakashi fronça les sourcils : c'était bien la première fois qu'on lui faisait un tel reproche.
« Je veux dire, reprit le chuunin, que là, vous êtes définitivement beaucoup trop beau pour moi… »
Il avait un sourire triste. Ce chuunin n'avait apparemment aucune estime de lui-même. C'était un idiot, à l'état pur, mais, le jounin devait bien l'admettre, un idiot attendrissant.
Sans trop y réfléchir, Kakashi ramena Iruka vers lui pour échanger un autre baiser. Le professeur, moins surpris, se laissa complètement faire, entrouvrant même ses lèvres pour faciliter la tâche du jounin.
Ils se séparèrent finalement mais Kakashi le garda tout près de lui à quelques centimètres de son visage. Iruka ne comprenait pas : pourquoi le légendaire ninja copieur s'obstinait-il à vouloir l'embrasser, lui, l'archétype du mec banal ?
D'un coup, il ferma les yeux de dépit. Ce qu'il pouvait être bête…
Reprenant une attitude plus professionnelle, il se mit à inspecter le corps de Kakashi sous le sourire un peu condescendant de ce dernier.
« Vous n'avez aucune blessure sérieuse ? »
Ce n'était pas vraiment une question et Kakashi se contenta de faire non de la tête.
« Vous êtes juste épuisé parce que vous n'avez plus une once chakra… »
Cette fois-ci, le jounin opina doucement du chef dans l'autre sens.
« Et donc, termina Iruka, vous êtes en train de délirer… »
Là, le jounin s'immobilisa.
« N'importe quoi. »
« Si, si, vous n'êtes pas dans votre état normal et je suis honteusement en train de profiter de vous… »
Pourquoi fallait-il que ce type s'auto-flagelle ainsi ?
Les yeux de Kakashi s'arquèrent alors qu'il plaquait une nouvelle fois les lèvres d'Iruka contre les siennes. Le baiser dura plus longtemps cette fois et le jounin ne lâcha rien jusqu'à ce qu'Iruka craque et participe activement à l'étreinte, s'accaparant la bouche de son partenaire tout en s'accrochant à sa nuque.
Il était tout haletant quand il se décolla de Kakashi, le regard un peu voilé par l'excitation montante.
« J'aimerais qu'il n'y ait aucun malentendu entre nous, Iruka-sensei, chuchota le ninja copieur à son oreille, c'est moi qui suis en train de profiter de toi… »
Tenant toujours la tête d'Iruka entre ses mains, il frotta son nez contre une de ses joues avant de tenter de l'embrasser de nouveau. Le chuunin se recula d'un geste vif.
« Non, non, je ne peux pas vous laisser faire ça. Vous n'êtes plus maître de vous… »
Kakashi fit cesser cet irritant discours en s'accaparant la bouche de son interlocuteur. Ce dernier chercha à résister mais n'y parvint pas, s'agrippant encore plus fortement au cou du jounin, et participant cette fois au baiser avec passion.
Quand ils se séparèrent, ils ne purent s'empêcher d'échanger un sourire complice.
« D'accord, concéda Kakashi, on a qu'à dire qu'on est deux infâmes profiteurs… »
Iruka opina frénétiquement de la tête avant de se jeter sur ses lèvres.
Et ils profitèrent l'un de l'autre un long, long moment.
« Mais qu'est-ce qu'ils foutent, putain ? »
Naruto n'en pouvait plus de patienter, ça devait bien faire dix minutes qu'Iruka était au chevet de Kakashi. Le blond aurait pu s'approcher mais il hésitait : voir Kakashi sans son masque, c'était un peu comme mater son père à poil. C'était tabou, quoi.
Il trépigna sur place encore quelques instants puis, n'y tenant plus, il avança de quelques pas jusqu'à apercevoir ces deux anciens professeurs. Il s'arrêta net, cherchant à analyser ce qu'il était en train de voir, mais dut finalement admettre que c'était bien ce qu'il croyait.
« Putain ! J'y crois pas ! Sasuke, viens voir ça ! »
Le dit Sasuke ne bougea pas d'un cil et il fallut bien trois interpellations et quelques insultes pour qu'il se décide enfin à approcher. Son visage parfaitement neutre se figea quand il partagea la même vision que son coéquipier. Naruto eut un regard satisfait : Sasuke avait beau être un Uchiha, ça ne l'empêchait pas d'être sur le cul, comme tout le monde.
Le blond se réintéressa aux soins très spéciaux que prodiguait Iruka à Kakashi.
« J'y crois pas, répéta-t-il tout en se tournant de nouveau vers Sasuke. Tu te rends compte ? C'est quand même notre ancien sensei qui roule une pelle… à notre autre ancien sensei. »
Sasuke ne répondit rien, il semblait fasciné par ce qu'il voyait. Il lança un regard de biais à Naruto puis se focalisa de nouveau sur ses anciens professeurs. C'était donc si facile ? Il voyait au visage rouge d'Iruka et à ses yeux brillants que cette situation était toute nouvelle pour lui. Il n'avait pas fallu plus de dix minutes à Kakashi pour le séduire alors que lui-même n'arrivait à rien depuis des mois. Lorsqu'il était revenu au village, il avait vainement tenté de parler à Naruto des dizaines de fois. Son… affection pour lui avait été difficile à admettre mais il avait fini par comprendre que l'irritant hyperactif qui lui servait de partenaire représentait énormément pour lui. Le sentiment de solitude qui ne l'avait pas quitté durant ses années d'errance ne s'était calmé que quand il avait de nouveau fait équipe avec le blond. Sauf que Naruto refusait de comprendre la véritable nature de leur relation. Pour lui, ils étaient frères d'armes et partageaient une amitié virile ridicule. Cet idiot l'encourageait même à se trouver une petite amie pour pouvoir reconstruire le clan Uchiha. C'était pas croyable d'être aussi aveugle.
Il fixa de nouveau Kakashi qui caressait tendrement le visage d'Iruka. Apparemment, son ancien sensei avait encore des choses à lui apprendre. Il faudrait qu'il passe chez lui prochainement pour lui arracher ses derniers secrets.
L'Uchiha devait bien l'admettre : il n'avait aucune expérience pour ce genre de techniques.
Voilà ! Ce chapitre devrait normalement avoir une suite mais bon, faut voir ce que j'arrive à sortir de mon cerveau complètement mou...
