Titre : Le Borgne et le Cloporte
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.

Note : Merci à ceux (celles ?) qui ont pris le temps de me laisser une review, ça fait très plaisir et ça encourage à continuer d'écrire, surtout quand il s'agit d'une première publication.

Note (bis) : Suite du chapitre précédent,"L'Appel de la forêt", même s'il n'en reprend que peu d'éléments.


Retour au bercail

Sasuke hésitait.

Devant cette porte, il se sentait idiot. Pourquoi était-il là ? Il essaya négligemment de se convaincre que c'était parce qu'il n'était même pas sept heures du matin et que Naruto - au mieux - ne serait pas levé avant deux bonnes heures mais il savait bien qu'il se mentait à lui-même. Tout comme il essayait de ne pas se sentir impressionné. Mais il l'était, un peu, tout de même.

Il prit une profonde inspiration tout en toquant à la porte.

Il espéra lâchement que personne ne soit là. Après tout, Kakashi était un jounin de talent, il devait être très occupé. Et puis, il était encore très tôt, si le ninja copieur était au lit, il ne prendrait pas la peine de venir ouvrir.

En son for intérieur, Sasuke savait que Kakashi était chez lui et levé. Il était en repos forcé après une mission difficile et l'Uchiha l'avait suffisamment fréquenté pour savoir qu'il dormait peu.

Comme souvent, Sasuke avait raison. Cela ne l'empêcha pas de ressentir un certain malaise quand la porte s'ouvrit.

Kakashi était là et le regardait d'un air neutre, comme s'il était tout à fait normal qu'un de ses anciens élèves se pointe au petit jour devant son appartement.

Le jounin masqué ne portait pas son bandeau et fixa donc Sasuke de ses deux yeux dépareillés. Ses cheveux comme à chaque fois qu'ils étaient laissés complétement libres se dressaient hirsutes et en bataille : il ne devait pas être levé depuis très longtemps. D'ailleurs, lorsque la porte s'ouvrit plus largement, Sasuke put noter que Kakashi ne portait en tout et pour tout qu'un pantalon ample qui devait lui servir de tenue de nuit.

Le jounin sembla jauger Sasuke un instant puis se contenta de s'effacer en laissant la porte entrouverte.

Le jeune homme entra dans l'appartement avec retenue, retirant ses chaussures, alors que son ancien professeur s'affalait nonchalamment sur un vieux canapé informe.

« Assieds-toi. »

Sasuke avisa un autre canapé qui faisait face au premier. Il s'y installa du bout des fesses, gardant une position beaucoup trop raide.

Les deux se jaugèrent en silence. L'appartement du jounin était plutôt petit : un salon et une cuisine ouverte. Deux autres pièces étaient fermées par des portes : la chambre et la salle de bain. Nul doute qu'avec son salaire de jounin, Kakashi aurait pu se payer beaucoup plus grand mais il avait une réputation de radin patenté.

Le silence, devenant pesant, fut troublé par des bruits légers qui provenaient de la chambre. Sasuke sentit sa gêne augmenter quand il comprit que Kakashi n'avait pas passé la nuit seul.

« Je suis en train de faire chauffer de l'eau, annonça le jounin sans le moindre signe de trouble, tu veux boire quelque chose ? »

Sasuke se racla la gorge, se disant de plus en plus qu'il était en train de faire une énorme connerie.

« Un thé. »

Les bruits provenant de la chambre se firent plus précis : un matelas qui grinçait, des froissements de tissus, de légers bruits de pas. Sans surprise, la porte s'ouvrit et Iruka sortit de la chambre, son éternel air pincé sur le visage. Il toisa Sasuke du regard avant de poser une main sur l'épaule nue de Kakashi.

« Je croyais t'avoir déjà dit de ne pas me laisser dormir. »

La voix du chuunin était sévère mais Kakashi répondit avec une certaine douceur.

« Il n'est même pas sept heures… et tu avais besoin de repos. »

Le sous-entendu salace n'échappa à personne, ce qui sembla amuser le jounin dont les yeux s'étaient arqués.

Iruka se redressa, arrangeant les vêtements qu'il venait d'enfiler. Sasuke, en face de lui, put le détailler à son aise. Le professeur était différent. Son uniforme de chuunin était légèrement froissé et il ne portait ni veste, ni pull, ce qui lui donnait une apparence un peu plus décontractée. Mais c'était son visage, surtout, qui était changé. Ses cheveux, habituellement serrés en arrière en une petite couette, étaient aujourd'hui retenus plus mollement. Beaucoup s'étaient échappés et reposaient sur le front du chuunin. Sasuke remarqua également les traits tirés du jeune homme et les yeux encore légèrement ensommeillés : les traces d'une nuit mouvementée.

Semblant se rendre compte de son côté négligé, le chuunin ne tarda pas à se recoiffer pour retrouver son look de professeur coincé.

« Faut que je rentre prendre une douche. », râla-t-il.

« J'ai une salle de bains, tu sais. »

« Je dois me changer aussi. »

Kakashi le toisa, d'un air amusé.

« C'est mon odeur sur toi qui te perturbe ? »

Le professeur roula des yeux, exaspéré. Il n'avait pas l'air de bonne humeur.

« L'eau doit être chaude, si tu veux boire quelque chose. », continua le jounin, comme si de rien n'était.

Iruka pénétra dans la cuisine ouverte. Sasuke nota qu'il n'eut aucune hésitation au moment d'ouvrir les placards pour se sortir une tasse. C'était un habitué des lieux. Il paraissait maintenant évident au jeune homme que ces deux-là ne s'étaient pas quittés depuis que Naruto et lui les avaient vu s'embrasser dans la forêt, plusieurs mois auparavant.

« Le petit veut un thé. », lança Kakashi à son compagnon tout en fixant Sasuke du regard.

Iruka sortit mécaniquement une seconde tasse mais alors qu'il la remplissait d'eau bouillante, il ne put se contenir :

« Et on peut savoir ce qu'il fait là ? »

Le ton agressif ne surprit pas le moins du monde Sasuke : Iruka ne l'aimait pas. Ou plutôt, Iruka ne l'aimait plus.

Comme la large majorité des gens, il ne lui avait pas pardonné sa désertion. Enfin, il aurait pardonné au gosse de treize ans un peu paumé mais pas à l'adulte qu'il était en train de devenir. Sasuke avait trop tardé pour rentrer au bercail et ses agissements avaient nui à Konoha. On avait jugé Tsunade trop molle à régler le problème et qu'elle ait accepté de le reprendre n'avait rien arrangé. Dans d'autres pays, on l'aurait fait disparaître sans poser de questions. Sasuke savait parfaitement que Tsunade ne le tolérait que parce qu'il pouvait être utile et aussi parce qu'elle avait un faible pour Naruto.

Naruto, le seul être au monde à ne lui témoigner aucune rancune. Avec lui, il avait l'impression de n'être jamais parti.

Kakashi le fixait toujours et Sasuke n'arrivait pas à déchiffrer son expression. Camouflé derrière son masque, le ninja copieur semblait parfaitement impassible. Comme à chaque fois qu'il se retrouvait dans la même pièce que lui, d'ailleurs. Kakashi avait toujours gardé une certaine distance avec ses élèves mais Sasuke sentait bien que depuis son retour, il ne lui témoignait plus que de l'indifférence. Le jounin n'avait jamais été quelqu'un de très affectueux mais quelque chose s'était brisé quand il avait rejoint Orochimaru. Sasuke l'avait déçu, il le sentait.

« Il est là pour Naruto. »

La voix trainante du ninja copieur tinta à son oreille. La perspicacité de son ancien professeur l'avait toujours prodigieusement agacé.

Depuis quand savait-il pour Naruto ? Lui-même avait mis un temps fou pour s'en apercevoir.

Il dut avoir l'air légèrement surpris car Iruka eut un sourire narquois.

« Mon pauvre Sasuke, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. »

Venant d'un type qui rougissait dix fois par jour, il trouvait la remarque un peu fort de café.

Le chuunin haussa les épaules tout en déposant un peu rudement le thé de Sasuke sur la table basse, en face de lui. Il attrapa le pull et la veste qui complétaient habituellement son uniforme et se brûla les lèvres pour terminer sa propre tasse de thé plus vite.

« Bien, j'y vais. Hors de question que je participe à ça. »

Il se dirigea vers la sortie et Kakashi n'esquissa pas un geste pour le retenir. Il avait déjà compris qu'Iruka allait rebrousser chemin.

Et effectivement, alors que sa main saisissait la poignée, le chuunin se ravisa. Il soupira un grand coup avant d'aller se planter devant Sasuke.

« Ce que tu as fait le mois dernier était idiot. »

Le jeune homme fixa son ancien professeur, incrédule. Il avait du mal à suivre ce qui se passait.

« Mission de rang A : tu t'es interposé pour recevoir une technique à sa place et tu as passé une semaine à l'hôpital. C'était idiot. Il serait temps d'admettre qu'il est maintenant plus fort que toi. Pas parce qu'il maîtrise plus de techniques ou qu'il a plus d'obstination. Simplement parce qu'il a un démon renard à l'intérieur de lui qui a tout intérêt à ce qu'il reste en vie. »

Le chuunin sembla hésiter avant de continuer.

« La seule chose qui puisse vraiment l'atteindre, maintenant, c'est de te perdre, toi. Parce que tu auras bêtement essayé de le protéger. Manquerait plus que tu disparaisses de nouveau, comme s'il n'en avait pas suffisamment bavé la dernière fois… »

Sasuke sentit qu'Iruka s'était retenu pour ne pas ajouter « comme nous tous ». Étrangement, il lui en fut reconnaissant.

Le jeune professeur inspira profondément avant de se mordiller nerveusement la lèvre, il jeta un coup d'œil à Kakashi. Ce dernier, toujours affalé dans son canapé, observait la scène d'un air peu concerné. Pas d'aide à attendre de ce côté. C'était encore à lui de gérer ça tout seul. Merci bien.

« Naruto n'est pas encore prêt. », lâcha-t-il finalement à l'attention de son ancien élève.

Sasuke acquiesça légèrement de la tête pour montrer qu'il comprenait ce que le chuunin cherchait à lui dire.

« Il n'a jamais été très précoce à ce niveau-là mais je crois qu'il commence à se poser certaines questions… Surtout depuis qu'il nous a vus, Kakashi et moi. Il finira par comprendre tout seul, alors surtout, ne va pas le brusquer. C'est clair ?»

Sasuke hocha fermement de la tête. Le fait de ne pas avoir à faire le premier pas le soulageait considérablement. Il ne regrettait pas son choix, finalement, même s'il aurait dû comprendre plus tôt que la clé de son problème n'était pas Kakashi mais Iruka. C'était lui qui connaissait le mieux Naruto et ils avaient des réactions assez proches dans certaines situations. Il pensa négligemment que ça faisait bien longtemps que personne ne lui avait donné un conseil sans attendre quelque chose de lui, en retour. La dernière fois, c'était Kakashi et il n'avait pas écouté. Ces paroles d'Iruka lui rappelaient le bien-être qu'on pouvait ressentir à être simplement l'élève de quelqu'un.

« Et si tu lui fais le moindre mal, continua le chuunin, si tu t'avises de te barrer de nouveau, je te botte le cul. »

« Je t'aiderais. »

Sasuke fixa Kakashi : ses yeux étaient arqués mais son air n'avait rien d'amical. Il avait parfois un petit côté psychopathe qui était franchement inquiétant.

Iruka fronça les sourcils.

« C'est maintenant que tu te réveilles, toi ? »

Le jounin haussa les épaules.

« Pour ce qu'il m'écoute, de toute façon… »

Sasuke resta parfaitement impassible à cette remarque mais il sentit une certaine culpabilité l'envahir. Il avait bien compris qu'Iruka et Kakashi prenaient plus à cœur sa désertion que les autres car ils s'en sentaient indirectement responsables mais, en toute objectivité, l'Uchiha savait bien qu'aucun être au monde n'aurait pu l'empêcher d'accomplir sa vengeance. Même Naruto n'y était pas parvenu. Cela ne voulait pas dire qu'il n'était pas reconnaissant envers ses anciens professeurs, qu'il n'éprouvait pas de l'estime pour eux. Surtout à cet instant.

« Fais attention à toi, Sasuke. »

Les paroles d'Iruka n'avaient rien d'amical et tenaient plutôt de la menace : s'il crevait, c'était Naruto qui en souffrirait. Sasuke se plut cependant à croire qu'Iruka s'inquiétait peut-être encore un petit peu pour lui mais qu'il était trop têtu pour l'admettre.

Le professeur prit la direction de la porte et Sasuke sut que son départ était définitif quand il se tourna vers un canapé vide. Le ninja copieur, qui avait la manie d'être mou et terriblement rapide à la fois, se trouvait maintenant derrière lui, auprès d'Iruka, et barrait le passage à ce dernier. Sasuke n'eut pas le toupet de se retourner mais il entendait parfaitement les paroles chuchotées par l'un et par l'autre.

« Tu passes ce soir ? », interrogeait doucement le ninja copieur.

L'autre prit son temps pour répondre.

« Je dois travailler, j'ai pas mal de copies en retard. »

« Amène-les. »

« Tu sais bien que tu ne me laisses jamais travailler… »

« Je serai sage. »

« Non, tu ne le seras pas. »

Sasuke entendit un soupir s'échapper de la bouche de Kakashi.

« Alors, viens après. »

« Il sera tard et je serai fatigué. »

« Viens quand tu veux, ça n'a pas d'importance pour moi. Tu peux venir, juste pour dormir. Je laisserai la porte ouverte. »

Le chuunin sembla hésiter, restant silencieux.

« Peut-être. », lâcha-t-il, finalement.

Mais Sasuke sentait bien, depuis son canapé, que ce « peut-être » avait la valeur d'un « oui ».

La porte commença à s'ouvrir mais fut arrêtée dans son élan. Sasuke devina de légers mouvements derrière lui. Il ne sut si c'était une étreinte ou un baiser furtif mais les deux corps de ses professeurs étaient en contact.

La porte se referma finalement mais Kakashi ne réapparut pas dans son champ de vision. Il devait être resté appuyé contre la porte.

« Je ne pensais pas que vous étiez le genre d'homme à tomber amoureux, Kakashi-sensei. »

Sasuke saisit sa tasse de thé et la huma pour savoir si le breuvage était à la bonne température.

« Je te trouve mal placé pour faire ce type de réflexion. »

Imperceptiblement, les lèvres de Sasuke s'étirèrent en un sourire alors qu'il prenait sa première gorgée de thé.

« C'est d'un chiant quand ils sont occupés, tu ne trouves pas ? »

Sasuke ne répondit pas mais pensa à Naruto qui devait dormir comme un bienheureux. Le blond avait promis qu'ils s'entraineraient mais, plus tard, en fin de matinée.

Il sentit que Kakashi fixait sa nuque.

« Tu restes un peu ? »

L'Uchiha chercha à ne rien ressentir, à ignorer cette légère chaleur dans son estomac. Ça devait être le thé, de toute manière.

Il reposa doucement sa tasse sur la table basse.

« Je reste un peu. »