Titre : Le Borgne et le Cloporte
Auteur : Sigognac
Genre : Romance
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Note : Merci pour les derniers commentaires en date, n'hésitez pas à en laisser de nouveaux !
Fleur bleue
Hokage était un boulot de merde.
Tsunade devait être honnête avec elle-même, elle le savait déjà au moment où elle avait accepté le poste. Sauf qu'en plus d'être Hokage, elle était également le meilleur médecin du Pays du Feu et ces deux casquettes avaient tendance à se télescoper.
Elle devait jongler entre les confits politiques et les cas médicaux et ça n'avait franchement rien de marrant.
Saluant sans véritablement le voir l'infirmier qui venait à sa rencontre, elle lui demanda muettement des nouvelles.
« Toujours pareil, répondit l'autre, il est impossible. »
Elle soupira, blasée, en se demandant si Hatake Kakashi était pour elle une catastrophe ou une bénédiction. Le jounin était indéniablement talentueux et brillant mais il avait également un caractère épouvantable et une endurance de grand-mère. On n'avait pas idée d'être aussi doué avec aussi peu de chakra, évidemment que ça menait à l'hosto…
Kakashi n'avait jamais été un très bon patient. Déjà petit, il grognait, se rebiffant contre les soins. Depuis son retour au village, Tsunade s'occupait de lui, personnellement. Il lui rappelait Sakumo et s'occuper du fils lui permettait de se racheter une conduite auprès du père, un homme qu'elle avait côtoyé autrefois mais qu'elle n'avait pas su aider.
Kakashi était une fois de plus rentré au bercail à moitié-mort et c'est Tsunade, elle-même, qui lui prodiguait les soins quotidiens. Mais depuis son retour, il était réellement irascible, bien pire que d'habitude.
Et les soucis du médecin n'étaient rien par rapport à ceux du Hokage. Une équipe n'était pas rentrée de mission, presque une semaine de retard. Ça sentait mauvais et les ninjas envoyés à leur recherche ne trouvaient rien.
Elle chercha à se ressaisir : son devoir de médecin devait passer devant celui de Hokage, du moins, pendant la prochaine demi-heure. Elle inspira profondément au moment de pénétrer dans la chambre de Hatake Kakashi.
Le plafond. Depuis quatre jours, c'était la seule chose que Kakashi était autorisé à regarder. Un foutu plafond même pas tout à fait blanc, même pas tout à fait gris, lézardé et terne comme cette chambre d'hôpital. Il fixa le réveil sur sa table de nuit avant de se recaler sur le matelas. Tsunade n'allait pas tarder à arriver et elle était sa seule source d'intérêt de la journée. Sa seule source d'espoir, aussi.
La porte s'ouvrit et il fixa de son œil valide la face de Tsunade, il l'analysa de longues secondes et il vit ce trouble toujours présent, cette inquiétude. Le cœur du jounin, regonflé un instant, se creva.
Iruka n'était toujours pas rentré.
Il repensa à leur dernière conversation deux semaines auparavant. L'autre lui avait annoncé tout fier qu'on lui confiait une mission de rang C, qu'il partait quelques jours après lui. Kakashi s'était moqué, lui avait demandé s'il sortirait de l'enceinte du village, cette fois. Ce qu'il se sentait con, maintenant. Il était tout le temps condescendant avec Iruka, il s'en rendait bien compte. Peut-être que s'il ne s'était pas montré si méprisant, l'autre n'aurait pas accepté cette stupide mission.
Quand il était rentré lui-même bien amoché, il s'en était voulu car il savait qu'Iruka allait encore se faire du mauvais sang. Le chuunin, grâce à son poste au bureau de répartition des missions, était toujours au courant du moindre de ses faits et gestes et trouvait immanquablement un moyen pour venir le voir.
C'était loin d'être évident : personne ne devait savoir pour eux deux. Ce genre de relation n'était pas toujours très bien accepté. D'un commun accord, ils s'étaient dit que de vivre cachés était la meilleure des solutions. Et c'était vrai. Ils étaient heureux, si l'on peut dire même si pas forcément toujours très à l'aise avec leurs sentiments. Une pudeur mal placée les empêchait de se dire les choses. Mais dans l'ensemble, Kakashi n'avait jamais autant apprécié l'existence que depuis qu'Iruka s'y était immiscé.
Sauf qu'Iruka ne venait pas. Lorsqu'il était trop occupé ou que sa présence aurait paru trop louche, il trouvait quand même un moyen de le contacter, d'habitude. Il lui laissait un petit mot ou passait par Naruto. Un simple « Iruka-sensei vous salue » était suffisant car Kakashi discernait l'inquiétude, l'attente, l'affection qui se cachaient derrière cette phrase banale. Mais là, rien. Aucune nouvelle, aucun signe, c'était comme si le chuunin s'était volatilisé.
Et puis, il y eut la première visite de Tsunade et il avait vu cette lueur inquiète dans son regard, celle qu'elle n'avait que quand ses hommes étaient en danger. Et il avait compris : Iruka n'était pas rentré.
« Comment te sens-tu aujourd'hui ? »
Tsunade le jaugeait d'un air professionnel.
« Je m'emmerde. »
Les bras croisés, le jounin se rendait bien compte qu'il ne devrait pas parler sur ce ton à Tsunade. Mais rester coincé ici alors qu'Iruka était porté disparu le rendait dingue. Et il ne pouvait se confier à personne, il n'était même pas en droit de demander des nouvelles. Il n'était pas censé savoir ce qui se passait, d'ailleurs, et même s'il l'avait su, ça n'aurait pas dû l'inquiéter plus que ça. D'habitude, il se contrefichait des autres.
« Je peux demander à quelqu'un de passer chez toi, si tu veux. On peut te ramener de la lecture. »
Kakashi se demanda intérieurement si, au bout de deux semaines, l'odeur d'Iruka imprégnait encore ses draps. Il n'arriverait jamais à se concentrer suffisamment pour lire.
« Laissez-tomber. »
Désagréable. Encore. Il fallait qu'il se calme, elle allait finir par se poser des questions.
Elle fronça imperceptiblement les sourcils. Il n'était pas dans ses habitudes de refuser de la lecture. C'était la seule activité qui lui permettait de canaliser son esprit génial et torturé. Il se passait quelque chose.
Elle s'approcha du lit, attrapant sans ménagement une de ses hanches alors qu'une importante quantité de chakra émanait de sa paume droite.
« Inutile de te dire que ça va faire mal. »
« Inutile, en effet. »
Elle ignora cette nouvelle provocation, découvrit le ventre du jounin et commença à y appliquer sa main. L'autre retint légèrement sa respiration pour juguler la douleur qui montait doucement.
« Hokage-sama ? »
Shizune venait d'entrer dans la chambre, toute essoufflée, le regard craintif. Tsunade détestait au plus haut point qu'on la dérange pendant les soins.
Kakashi nota que Shizune l'avait désignée par son titre de Hokage et qu'elle ne se serait pas permise une telle interruption sans un bon motif. Et pour Kakashi, il n'existait qu'un seul motif de valable : Iruka.
« On a besoin de vous, s'excusa Shizune, c'est important. »
Tsunade posa son regard sur Kakashi et ce dernier veilla à rester parfaitement neutre.
« Je reviens le plus vite possible. », lança-t-elle alors qu'elle désertait la chambre d'un pas précipité.
Et c'est alors que l'attente débuta.
Kakashi regarda son réveil et commença à partir dans de multiples spéculations. Si c'était une simple information confidentielle à ne transmettre qu'au Hokage, Tsunade serait revenue au bout d'un quart d'heure. Si on avait retrouvé des corps, donner ses ordres ne lui prendrait pas beaucoup plus de temps. Le cas le plus probable, chercha à se convaincre Kakashi, c'est qu'on les avait retrouvés vivants mais peut-être blessés. Alors, la présence du Hokage devenait vraiment indispensable car elle était peut-être la seule personne à pouvoir les sauver si leur état s'avérait critique. Dans ce cas, son absence pouvait durer des heures.
Son œil se tourna de nouveau vers le réveil et il vit que le temps ne s'était écoulé que de quelques petites minutes depuis le départ de Tsunade alors qu'il avait l'impression de poireauter depuis des heures.
Il lâcha un soupir agacé en se disant qu'il n'était définitivement pas fait pour s'attacher aux autres, que cette liaison était une formidable connerie. Et puis, la trogne d'Iruka se rappela à lui et il se résigna, il était incapable de résister à une bouille pareille. Il aimait les manières douces et tendres du chuunin, ses sourires vrais, le teint carmin qu'il prenait à la moindre provocation. Jamais il ne pourrait se passer de tout cela. Il se refusait à perdre encore un être cher, à revenir à sa pathétique solitude. Mais que pouvait-il faire contre ça ? Il avait envie de se jeter en plein forêt, de parcourir chaque mètre carré des alentours jusqu'à retrouver son amant. Les autres étaient des incapables mais lui, il saurait. Il saurait le retrouver.
Il fulmina en se souvenant qu'il était pour le moment dans une chambre d'hôpital, même pas capable de mettre un pied devant l'autre. Il se sentait impuissant et cette impuissance le rendait dingue. Il se jura de traiter Iruka comme il le méritait si on daignait le lui rendre. Plus jamais, il ne se moquerait de son côté mère-poule un peu trop féminin à son goût. Comment pouvait-on réagir autrement quand on restait derrière un bureau à voir les autres risquer leur vie pour vous ? Il n'existait pas pire situation, Kakashi s'en rendait maintenant amèrement compte.
Le temps s'égrena avec une lenteur insoutenable et l'une des cuisses de Kakashi se contractait frénétiquement dans un geste d'angoisse et d'impatience.
Quand Tsunade revint enfin, il s'était écoulé quarante-neuf minutes et les belles théories de Kakashi volèrent en éclat. Il ne savait plus quoi penser et il eut une envie furieuse d'assommer Tsunade de questions. Mais il ne pouvait pas, sa relation disons « inhabituelle » avec Iruka pouvait être considérée comme déviante et si le Hokage le jugeait bon, elle pouvait lui demander d'y mettre un terme. Il était donc hors de question qu'il cède à son angoisse.
Il scruta le visage de Tsunade, vit que la lueur d'inquiétude dans son regard avait disparu. Cela ne voulait pas dire grand-chose. Elle savait où ils étaient, voilà tout. Cela ne signifiait pas qu'Iruka allait bien. L'attitude de Tsunade n'était ni spécialement joyeuse, ni spécialement triste. Elle se contenait. Kakashi sentait les questions lui brûler les lèvres alors que Tsunade se saisissait de lui pour lui infliger son traitement quotidien. Si elle remarqua qu'il la fixait plus qu'à l'accoutumée, elle n'en laissa rien paraître.
« Ton corps réagit bien, constata-t-elle, à la fin de la séance, tu devrais être sur pieds d'ici trois ou quatre jours. »
Il hocha de la tête, n'en ayant strictement rien à foutre. Elle se dirigeait vers la sortie, il n'allait tout de même pas la laisser partir sans avoir rien appris. Il sentit qu'il allait craquer, lui demander pourquoi elle avait dû s'absenter. Mais il savait déjà qu'elle lui dirait que ça ne le concernait en rien. Et c'était vrai, en théorie, cela ne le concernait pas.
« Au fait, reprit-elle, brisant le fil de ses pensées, tu as de la visite. Tu te sens en état ? »
Quelque chose bouillonna à l'intérieur de lui. De la visite ? Il accepta l'entretien d'une voix morne et Tsunade ouvrit la porte.
Il chercha à ne rien laisser paraître quand ses yeux se posèrent sur le visage épuisé d'Iruka. Ce dernier ne le regardait pas franchement, arborant cet air fuyant qui le faisait passer pour faible.
« Iruka-sensei. », constata Kakashi avec une froideur calculée.
Un sourire professionnel s'étira sur les lèvres du chuunin.
« Kakashi-san, débuta-t-il, je viens d'apprendre que vous aviez été blessé lors d'un mission et je me permets de venir vous présenter mes respects. »
Kakashi opina de la tête, l'air parfaitement ennuyé.
« Vous êtes épuisés tous les deux, interrompit Tsunade alors qu'elle avait déjà le corps dans le couloir, pas plus de cinq minutes. »
Les deux acquiescèrent comme de bons petits soldats au moment où la porte se refermait.
Kakashi eut l'impression que le temps s'arrêtait tant ils restaient immobiles tous les deux. Et puis, les nerfs d'Iruka lâchèrent et Kakashi eut à peine le temps d'ouvrir les bras que l'autre se jetait déjà sur lui.
Son esprit se vida et il ne pensa plus qu'à serrer ce corps chaud contre le sien. Il enfouit sa tête dans le cou du chuunin et le renifla profondément comme s'il voulait ancrer son odeur dans son esprit à tout jamais. Iruka sentait le sang et la transpiration et Kakashi en fut ravi, exultant intérieurement. La seule et unique chose à laquelle avait pensé son amant, plus que de se soigner ou de se reposer, c'était de venir le voir, lui. Il se sentit fier et honteux à la fois alors qu'Iruka murmurait à son oreille et qu'il n'écoutait pas. Il ne voulait plus réfléchir, il voulait juste profiter de la présence de l'autre, vivre à fond ces cinq minutes.
Il s'aperçut finalement que le dos d'Iruka tressautait dans ses bras et il comprit que l'autre sanglotait. Sa capacité à écouter lui revint et il put entendre le chuunin lui chuchoter qu'il était désolé, encore et encore.
Le jounin sentit son énervement monter en lui alors qu'il attrapait violemment le visage d'Iruka pour qu'il fasse face au sien.
« Ne t'excuse jamais d'être en vie, jamais. »
L'autre le regardait avec stupeur et résignation. Il ne s'excusait pas pour ça, bien sûr. Il s'excusait de ne pas avoir été capable d'accomplir une simple mission de rang C, de ne pas avoir été là pour le jounin, de lui avoir causé de l'inquiétude.
Kakashi se dégoûta d'être aussi désagréable alors qu'il retrouvait à peine son amant. Son ton se fit plus doux quand il caressa tendrement la joue du professeur.
« Iruka, j'ai eu si peur. », avoua-t-il dans un murmure.
Leurs fronts se collèrent l'un à l'autre et leurs corps furent bercés par le bruit de leur respiration commune.
Kakashi était incapable d'en dire plus. Son orgueil de ninja le lui refusait mais il sentait qu'Iruka avait compris l'essentiel : il l'aimait.
« J'ai tout le temps peur pour toi, moi. »
Amour réciproque.
Les yeux dépareillés se posèrent sur le regard sombre et craintif.
« Je sais bien. Tu vois, c'est à moi de m'excuser. »
Un sourire tendre illumina le visage bronzé et ils se détaillèrent l'un l'autre comme si c'était la première fois qu'ils se voyaient. Ils ne se demandèrent pas de nouvelles, ils étaient suffisamment en forme pour se toucher et c'était tout ce qui comptait.
« Ils me gardent en observation pour la nuit, reprit Iruka au bout d'un moment. Et toi, tu sors quand ? »
« Trois ou quatre jours, selon Tsunade. »
« Ils vont te mettre au repos forcé quelques temps. On pourra fêter nos retrouvailles comme il se doit. »
« Compte là-dessus. »
Iruka se recula un peu, observant le réveil sur la table de nuit.
« Ça doit faire cinq minutes, non ? »
L'autre secoua la tête.
« J'en sais rien. Ma notion du temps est un peu chamboulée aujourd'hui. »
Le chuunin lui offrit un dernier sourire avant de se relever et de remettre correctement ses vêtements.
« Tu crois que Tsunade a compris ? »
C'était très probable mais Kakashi ne voulait pas inquiéter inutilement son amant.
« Je pense pas. »
« C'était pas très malin de venir te voir ainsi mais j'ai pas pu m'en empêcher… »
« Je t'interdis de t'excuser. », coupa Kakashi.
« Je m'excuse pas. Je suis content de l'avoir fait. »
Le chuunin tendit sa main que Kakashi serra, entrelaçant ses doigts aux siens.
Ils durent se séparer : n'importe qui pouvait entrer et les surprendre. C'était risqué.
Lorsqu'Iruka referma la porte, il se retourna doucement pour faire face à Tsunade. Cette dernière l'observait depuis une salle d'examen à l'autre bout du couloir. Iruka la salua respectueusement lorsqu'il passa devant elle pour sortir mais le Hokage ne lui répondit pas. A côté d'elle, Shizune se mordillait les lèvres, serrant trop fort un énorme dossier contre sa poitrine.
« Aucun doute, maugréa Tsunade, ces deux-là couchent ensemble. »
Shizune, mal à l'aise, ne répondit pas. Quoi ? On n'avait plus le droit de rendre visite à un collègue à l'hôpital sans être immédiatement soupçonné de coucherie ? La Cinquième dut comprendre son trouble car elle précisa sa pensée.
« Ils ne sont pas amis, Shizune, ils ne s'adressent même jamais la parole en public sauf quand ils y sont obligés. »
« Kakashi n'est pas quelqu'un de très bavard… »
« Mais Iruka, si. Il tente toujours de discuter, de se montrer aimable mais il évite soigneusement Kakashi. Et là, il vient le voir à l'hôpital alors qu'il est au bord de l'épuisement… Hatake le saute, y a aucun doute. »
Les sourcils de Shizune se froncèrent alors qu'elle imaginait Kakashi et Iruka dans le même lit, la peau foncée s'offrant à la peau claire, les chevelures aux teintes opposées se mélangeant alors que les corps en sueur se rencontraient. Un frisson lui parcourut l'échine.
« Même si c'était vrai… », commença Shizune.
« C'est vrai. », trancha brutalement Tsunade.
« Oui, bon, c'est si grave que ça ? », continua la jounin.
Tsunade soupira fortement.
« Disons que c'est très fâcheux… »
« Mais, enfin, ils sont grands. Je veux dire, s'ils se plaisent, je ne vois pas en quoi ça nous regarde. C'est parce que ce sont deux hommes ? »
« Évidemment que c'est parce que ce sont deux hommes !, lâcha Tsunade, en colère. Tout le monde n'est pas aussi ouvert d'esprit que toi. Et puis, surtout… »
« Surtout ? »
« Je veux que Kakashi me fasse des petits. »
Shizune passa outre le fait que Tsunade parlait parfois des ninjas sous ses ordres comme d'animaux de compagnie et ne s'intéressa qu'à la volonté du Hokage.
« C'est plutôt mal parti pour ça… Et puis, franchement, vous imaginez Kakashi en père de famille ? »
« Là n'est pas la question, râla Tsunade, il a le don, tu comprends. Tout comme l'avait son père. Je ne peux pas regarder la lignée des Hatake s'éteindre sans rien faire. Ce serait du gâchis ! »
« Et alors quoi ? Vous allez leur demander de rompre ? »
Tsunade se mura dans un silence obstiné et Shizune comprit que c'était effectivement le désir du Hokage. La jounin en resta mutique quelques secondes, trouvant la peine complètement disproportionnée par rapport à la faute. Elle remarqua cependant que Tsunade restait là, elle n'appelait pas de chuunin, elle ne donnait aucun ordre. C'était comme si elle attendait quelque chose.
« Avec tout mon respect, tenta finalement Shizune, je ne suis pas sûre que cette décision soit la plus judicieuse, Hokage-sama. »
Dans d'autres circonstances, Tsunade aurait déjà hurlé, détestant qu'on remette son autorité en question. Mais là, elle ne moufta pas, ne faisant que foudroyer sa disciple du regard.
« Oui, s'enhardit Shizune, Kakashi ne s'attache pas facilement aux autres. Ce lien qu'il a réussi à créer constitue peut-être une nouvelle source de motivation pour lui. L'obliger à couper ce lien maintenant pourrait avoir des conséquences désastreuses sur ces réussites en mission. Et cela, pouvons-nous vraiment nous le permettre ces derniers temps ? »
Tsunade toisa Shizune du regard tout en plaçant un doigt sous son menton, faisant mine de réfléchir intensément.
« Il est vrai, admit-elle au bout d'un moment, que le bilan de missions de Kakashi est le meilleur de tous les jounins. Iruka est peut-être la raison de cette réussite… »
Shizune opina vivement de la tête avant de reprendre.
« Quant au fait que ce soit deux hommes, cela ne crée pas de difficultés tant qu'ils ne s'affichent pas ensemble. »
Tsunade se tourna vers Shizune, semblant de plus en plus convaincue.
« Et pour la lignée des Hatake, je ne suis pas sûre que d'imposer à Kakashi une solitude forcée lui donne envie de se reproduire. Et puis, vous voyez une femme qui serait prête à fonder une famille avec lui ? C'est déjà miraculeux qu'Iruka… »
« Bien, coupa Tsunade, je comprends ton point du vue. »
« Et alors ? osa interroger Shizune. Vous n'allez rien faire ? »
Un sourire machiavélique apparut sur le visage de Tsunade.
« Bien sûr que si, tu me connais définitivement bien mal. »
Et sans sourciller, elle fit signe à sa comparse de prendre de quoi écrire.
« Mission de rang D, charge-en-toi toi-même. », commença-t-elle.
Shizune acquiesça alors que sa plume s'agitait sur le parchemin qu'elle avait saisi.
« A compter d'aujourd'hui, dicta Tsunade, les jours de congé de Hatake Kakashi devront coïncider le plus souvent possible avec ceux d'Umino Iruka. Pas de répartition des missions pour lui quand Kakashi est dans les murs, compris ? »
Shizune, ravie, opina énergiquement de la tête.
« Pas trop souvent quand même, poursuivit-elle, sinon ils vont se douter de quelque chose. Ah, et en cas d'hospitalisation de l'un ou de l'autre, pense à trouver un moyen pour qu'ils puissent se rencontrer facilement… »
« Alors, en déduisit Shizune, finalement, vous favorisez… »
« La ferme, aboya Tsunade, agacée. Je ne favorise rien du tout, je pense simplement aux intérêts du village… »
« Bien sûr. », apprécia la jounin alors qu'un sourire qu'elle espérait discret s'étalait sur ses lèvres.
Le Hokage sortit avec fracas de la salle d'examen et Shizune, une fois la porte refermée, se permit de ricaner franchement. Elle finit par hausser les épaules tout en admirant avec tendresse son ordre de mission.
Même le Hokage avait parfois le droit d'être fleur bleue, après tout.
