Titre : Le Borgne et le Cloporte
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.

Note : Encore un grand merci pour les commentaires laissés pour le dernier chapitre. Longs ou courts, ça motive toujours !


Copies-nin

Se sentir cerné dans son propre appartement n'était pas une impression agréable.

En y réfléchissant bien, Iruka avait toujours désiré être remarqué par Kakashi. Il se souvenait de ce fameux soir où le jounin s'était assis en face de lui dans ce bar et lui avait offert un verre. Il se souvenait des sous-entendus qu'il avait lancés dans la conversation avec une décontraction troublante. Il se souvenait de leur première nuit ensemble, tendre et brûlante à la fois. Tout cela avait été merveilleux et surtout Iruka n'avait rien eu à faire. Quand Kakashi voulait quelque chose…

Sauf qu'après ces premières semaines grisantes, il avait fallu se faire au quotidien du jounin. Et Iruka avait vite déchanté : il n'était pas si facile de partager la vie d'un génie.

« Tu as bientôt fini ? »

Parce qu'un génie s'ennuie vraiment, vraiment, très vite.

« Oh ! Je te parle ! »

Iruka releva doucement la tête de sa copie, se retourna et tenta de ne pas avoir l'air trop excédé.

« Je n'ai pas plus fini que la dernière fois que tu m'as demandé, c'est-à-dire il y a deux minutes. Si tu arrêtais de me déconcentrer, j'irais plus vite. »

Kakashi, grognon, remit ses mains dans ses poches et recommença à faire des allers retours dans le dos d'Iruka.

Ce dernier soupira discrètement, tenta de reprendre sa lecture là où il s'était arrêté, constata qu'il ne comprenait plus rien au raisonnement de son élève et se résolut finalement à tout relire depuis le début de l'exercice.

Il sentit Kakashi qui s'arrêtait dans son dos, qui le fixait, qui reprenait sa marche… Et que racontait son élève déjà ? Cela faisait deux lignes qu'il ne lisait plus vraiment. Luttant contre la folle envie de balancer son stylo, il reprit une nouvelle fois au commencement.

« Tu pourrais me donner une fourchette, au moins ? lâcha Kakashi, désagréable. Vingt minutes ? Trente ? Les profs doivent savoir estimer ça, non ? »

Bien sûr que « les profs » savaient estimer leur temps de correction. Il lui restait plus d'une quarantaine de copies à corriger : au moins trois heures, s'il était très efficace. Kakashi n'était définitivement pas prêt à entendre ça.

« Longtemps, préféra répondre le chuunin. Alors cesse de m'attendre comme ça, veux-tu ? Tu n'as pas faim ? »

Le jounin haussa les épaules.

« Il y a des restes au frigo, tu devrais te les faire réchauffer. »

« Tu mangeras avec moi ? »

« Non, Kakashi, car si je mange avec toi, je terminerais mes corrections encore plus tard. »

« Alors, j'ai pas faim. »

Iruka se pinça l'arête du nez. Il était pire qu'un gosse.

« Et qu'entends-tu exactement par « longtemps » ? »

Ça aussi, c'était un truc qu'il détestait chez les génies, ils n'oubliaient jamais rien. Pas moyen de noyer le poisson avec eux…

« Trois heures, annonça finalement Iruka, au bas mot. »

L'œil visible de Kakashi s'écarquilla.

« Il te faut trois heures pour corriger des copies d'enfants de dix ans ? »

« Oui, Kakashi, il me faut trois heures, oui. »

« Fais ça plus tard. »

« Non, Kakashi. Mes élèves passent leur examen de passage la semaine prochaine, il est primordial qu'ils aient récupéré leur copie demain. »

« Primordial, hein ? Tu m'en diras tant… »

Iruka sentait la colère monter peu à peu en lui mais il ne craquerait pas. C'était un ninja, il était parfaitement capable de se contenir.

Il se retourna et tenta de se réintéresser à sa copie.

« Et si c'était si « primordial », siffla Kakashi, on peut savoir pourquoi tu ne t'en es pas occupé avant ? Faut que tu te décides justement à faire ça ce soir… »

C'en était trop. Iruka s'était levé avant même de s'en apercevoir.

« Je te signale que j'ai été de permanence au bureau des missions toute la semaine et hier, tu as voulu qu'on sorte… »

« Oh, mais j'ignorais qu'il te fallait trois heures pour corriger des copies… »

« Ça fait des mois qu'on sort ensemble, tu ne mémorises vraiment que ce qui t'arrange ! »

Kakashi ne répondit pas mais lui jeta un regard mauvais.

Iruka se rassit, se remit à lire pour la énième fois la même phrase de cette foutue copie.

« Je te signale que je repars en mission demain matin… »

La voix sèche de Kakashi l'exaspérait.

« Je suis au courant, merci. Tu me l'as suffisamment répété… »

« Et donc, quoi ? Je vais passer ma dernière soirée à Konoha à te regarder corriger tes copies ? »

Le stylo fut balancé cette fois alors qu'Iruka se retournait pour fixer Kakashi.

« Je crois surtout que tu vas passer ta dernière soirée chez toi parce que là, vraiment, tu m'agaces. Lis un de tes bouquins et tais-toi ou dégage d'ici. A toi de choisir. »

Un ultimatum. De mieux en mieux.

L'atmosphère était maintenant glaciale. Iruka faisait de nouveau face à son bureau et partit en quête de son stylo, soulevant les différents papiers qui envahissaient son espace de travail.

Kakashi ne bougeait pas, le regardait. Et puis, il fut à côté de lui, lui tendant le stylo disparu.

« Il a ricoché contre le mur. », expliqua-t-il.

Iruka hocha mollement la tête et récupéra son bien. Kakashi s'accroupit, posant doucement les mains sur les genoux de son amant. Le chuunin le fixa durement.

« Iruka, la dernière chose dont j'ai envie, c'est qu'on se dispute. »

La voix était douce, un peu timide même, mais Kakashi avait poussé le bouchon trop loin et Iruka était encore trop en colère contre lui.

« Oh, ça. Je sais très bien de quoi tu as envie. »

C'était méchant, il le savait. Et injuste aussi. Kakashi allait risquer sa peau pour le village, il ne savait même pas quand il rentrerait. Il était normal qu'il veuille passer sa dernière soirée avec lui. Il était normal qu'il ait envie de sexe. D'ailleurs, Iruka savait bien, qu'en d'autres circonstances, lui aussi en aurait eu envie.

Le jounin se releva, visiblement vexé.

« Je crois que c'est toi qui as raison, je vais rentrer. »

Iruka regrettait déjà. Il attrapa la main de Kakashi pour le forcer à rester auprès de lui.

« Excuse-moi. Je ne voulais pas dire ça. »

Le jounin se dégagea doucement de l'emprise du chuunin et remit ses mains dans ses poches. Il haussa les épaules.

Iruka se leva pour faire face à son compagnon.

« On va faire quelque chose ensemble, se résigna-t-il. Tu veux qu'on loue un film ? Naruto m'a parlé d'un film d'action… Il y avait « danger » dans le titre ou un truc comme ça… »

« Et tes copies ? »

« Elles attendront, enchaîna très vite le chuunin. Je m'y remettrai tout à l'heure, plus tard. J'aurai une petite nuit. C'est pas si grave. »

Kakashi ne répondit rien, clairement partagé entre l'envie de dire « oui » et celle de laisser son compagnon tranquille.

« Faut vraiment que ce soit corrigé pour demain, hein ? »

Iruka acquiesça, la mine désolée.

« Je sais bien que tu trouves ça bête, je ne leur enseigne que des trucs de base mais… »

« Ce sont souvent les trucs de base qui permettent de rester en vie. »

Le chuunin approuva de la tête et Kakashi lui caressa les cheveux.

« Je trouve pas ça bête. Tu veux juste bien faire ton travail. Je respecte ça. »

Ils restèrent silencieux un moment, plus vraiment fâchés mais ne sachant que faire. Et puis, Iruka jeta un œil à ses copies et ensuite, à Kakashi. Une idée germa dans sa tête. Ça valait le coup d'essayer.

« Tu t'y connais en lancer de shuriken et en calcul de trajectoire ? », demanda-t-il.

L'autre secoua la tête.

« Un vrai jeu d'enfant. »

« Alors, corriger des copies sur le sujet ne devrait pas te poser de problèmes… »

L'œil de Kakashi s'alluma. Le jounin était intrigué : il aimait les expériences nouvelles et il n'avait jamais corrigé de copies.

« Ça divisera le temps de correction par deux et ça nous permettra de faire quand même quelque chose ensemble, continua le chuunin. En plus, vu ton intelligence supérieure, on devrait aller beaucoup plus vite… »

L'œil s'arqua.

« Je discerne un brin d'ironie dans tes propos, Iruka-sensei. »

« Si peu. », reprit l'autre.

D'un geste, le chuunin déplaça son bureau pour qu'il ne soit plus collé au mur. Les deux hommes se fixèrent gardant une attitude moqueuse puis Kakashi s'empara d'une chaise pour pouvoir s'asseoir en face de son amant. Les deux, attablés au bureau, se défièrent du regard comme s'ils allaient débuter une partie d'échecs.

« Bien, commença Iruka en désignant différents tas sur le bureau, ça, c'est le paquet des copies déjà faites. A ta droite, celles qui ne sont pas encore corrigées. »

Kakashi opina et s'appropria sa première copie qu'il plaça fièrement devant lui.

« Pense que ce sont des gosses de dix ans et qu'ils ne s'expriment donc pas comme des adultes. »

Le jounin haussa son œil au ciel : c'était l'évidence même.

« Oh, reprit son compagnon, et cadeau pour toi. »

Il farfouilla doucement dans sa trousse pour en sortir un stylo rouge flambant neuf.

« Fais-en bon usage, jeune apprenti. », fit Iruka avec une gravité toute théâtrale.

Les deux pouffèrent comme des idiots puis Kakashi s'empara du stylo.

« J'essayerai de me montrer digne de la tâche que vous me confiez, maître. », promit-il.

Ils échangèrent un regard complice.

Iruka termina enfin la copie qu'il corrigeait depuis maintenant vingt minutes et lança un regard à son compagnon. Le stylo rouge était posé sur le bureau et Kakashi semblait absorbé par la lecture de sa première copie.

« Tu…, hasarda Iruka, tu ne mets aucune annotation ? »

L'œil de Kakashi apparut au-dessus de la copie.

« Non, je la lis entièrement, une fois, pour m'imprégner… »

« Bien sûr. », approuva Iruka, un sourire forcé sur le visage.

On n'était pas rendu…

~/~/~

« Non mais j'hallucine : comment peut-on se tromper à une question pareille ? »

« Ils ont dix ans, Kakashi… »

« Quand j'avais dix ans, j'étais chuunin depuis belle lurette et je… »

« Pause. Tu veux vraiment te prendre, toi, comme exemple ? Franchement ? »

« Si je lui mets douze, ça ira ? »

« Ça ira. »

~/~/~

« Minute ! Hey ! C'est un bon, celui-là ! Je peux savoir pourquoi il a une note aussi minable ? »

« Parce qu'elle sait pas écrire correctement « ninja », ta vedette. »

Iruka s'empara de la copie, sceptique, et constata que le jounin disait vrai.

« Oui, bon, on leur demande pas d'être des as en orthographe, non plus. Tant qu'ils savent exécuter les techniques de base et repousser un ennemi… »

« Oh, bah, c'est sûr. Il va drôlement bien le repousser, l'ennemi, quand il lui annoncera qu'il est un « nija »… »

Iruka, un peu mal à l'aise, cherchait encore un argument à lui opposer quand son compagnon donna le coup de grâce :

« Et puis, je te signale, qu'ils sauront d'où il vient, hein… Ce sera juste marqué sur son front. On pourra pas faire comme si c'était pas nous qui l'avions formé… Tu veux vraiment prendre cette responsabilité ? »

Silence gêné.

« Okay, saque-le. »

~/~/~

« Quand je pense qu'il y a quelques années, c'était moi l'élite de la classe… Y a pas à dire, le niveau baisse. »

« Kakashi ? »

« Mon amour ? »

« Ta gueule. »

« Le niveau des professeurs, c'est plus ce que c'était, non plus… »

~/~/~

« Un problème ? »

« J'en sais rien : il répond que par « oui », « non » ou « je ne pense pas », celui-là. Il est autiste, ce gamin, ou quoi ? »

« Regarde le nom. »

« Oh. »

Un Aburame, évidemment.

~/~/~

L'œil de Kakashi s'égara sur l'horloge murale.

« Ça fait quand même pas deux heures qu'on y est là, si ? »

Iruka, le regard morne, confirma ses soupçons.

« Putain, reprit le jounin, prof, c'est quand même pas un boulot de pédés ! »

En face de lui, Iruka se crispa, ouvrit la bouche, la referma, pointa un doigt sur lui et se demanda vraiment si l'autre était en train de se foutre de sa gueule. Kakashi avait repris sa copie, comme si de rien n'était.

« Quoi ? », interrogea-t-il quand il vit que son compagnon gardait les yeux fixés sur lui. Son œil était tout écarquillé.

Iruka hésita puis secoua la tête.

« Laisse-tomber. »

~/~/~

« Fini ! »

Kakashi admira alternativement l'espace vide laissé sur la table et les deux tas conséquents de copies corrigées.

Iruka toussota sans discrétion.

« Et combien en as-tu corrigé exactement ? »

Le jounin plissa l'œil : c'était petit de revenir là-dessus.

« Quinze. »

« Hum. Et moi ? Combien en ai-je corrigé, moi ? »

« Vingt-sept. »

« Et donc, il te faut combien de temps, monsieur le génie, pour corriger quinze copies d'enfants de dix ans ? »

« Presque trois heures. », répondit le jounin d'une petite voix.

« Et alors, qu'est-ce qu'on dit ? »

« Je ne mépriserai plus ton travail qui est difficile, exigeant et… »

Il fit une pause.

« Je n'arrive pas à lire ce que tu as écrit ensuite. »

Iruka se pencha pour saisir la fiche qu'il avait confiée à Kakashi. Effectivement, l'excitation de la victoire avait rendu son écriture illisible. Il jeta de nouveau un œil à son compagnon. Il avait l'air tout renfrogné mais ne cherchait pas à être de mauvaise foi comme il faisait parfois. Le jeune professeur eut un large sourire au moment où il rajouta plusieurs lignes à son petit laïus de départ.

Quand Kakashi récupéra le papier, il n'en lut que les premiers mots, leva son œil au ciel et eut un soupir exaspéré.

« Iruka… »

« Lis. »

« Je ne suis qu'un sale jounin méprisant et arrogant, commença Kakashi d'une voix mécanique et agacée, et je souffre d'un gros complexe de supériorité. Cela me pousse à martyriser le pauvre chuunin doux, tendre et très beau qui me sert de compagnon. Je me dois donc de lui présenter une nouvelle fois mes excuses les plus sincères et, pour me faire pardonner, de le… »

Sa voix fut éteinte par la surprise alors que son œil rieur se fixait sur son vis-à-vis.

« Cochon, va ! », lança le jounin, non sans avoir l'air émoustillé par ce qu'il venait de lire.

Iruka papillonna des cils tout en prenant sa mine la plus prude et en se montrant lui-même du doigt.

« Moi ? »

« Oui, toi. Petit chuunin lubrique ! Et je croyais, d'abord, que tu n'avais pas envie. »

« Je n'ai rien dit de tel, il me semble. »

« Okay, capitula Kakashi, après un silence. Note pour moi-même : continuer à corriger des copies avec Iruka. Apparemment, ça l'excite. »

« Ce qui m'excite, Kakashi, c'est de t'être supérieur dans au moins un domaine. »

Le jounin le fixa trop longtemps pour être honnête.

« Oh, mais libre à toi de me surpasser dans les autres. Et d'ailleurs, on devrait commencer dès maintenant. »


Encore là ?

Alors rien n'empêche de laisser un petit commentaire avant de filer. Paraît que ça permet de guérir le cancer, de régler la crise grecque et d'avoir tous ses examens les doigts dans le nez. Enfin, c'est ce que j'ai entendu dire…

A bientôt !