Titre : Le Borgne et le Cloporte
Auteur : Sigognac
Genre : Romance
Disclaimer : les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
État critique
« Putain, qu'est-ce que je donnerais pas pour un verre ! »
Tsunade, cinquième Hokage du Village caché de la Feuille, soupira tout son soûl en ouvrant un nouveau dossier. La paperasserie, ce n'était donc jamais fini ? Elle avait foutrement envie de dormir ou de se cuiter, au choix, mais elle ne pouvait pas puisqu'elle s'était engagée auprès du Conseil à devenir une adulte responsable. Tu parles d'une corvée !
La porte de son bureau s'ouvrit soudainement et la tête de Shizune fit timidement son apparition.
« Je m'excuse de vous déranger Hokage-sama. »
« Pense donc ! Tu me sauves la vie ! Que se passe-t-il ? »
« Rien de grave, affirma sa disciple. C'est juste que… qu'il est encore là… »
Tsunade soupira doucement, fantasmant de plus belle sur un verre d'alcool fort.
« Et ça fait longtemps qu'il attend ? »
« J'en sais trop rien. Vous savez comment il est… »
Ouais, ça, elle savait.
« Bien, fais-le entrer. »
Shizune lui adressa un regard désapprobateur.
« Vous n'allez pas perdre du temps avec ça… »
« C'est encore la solution la plus rapide… ».
Shizune ne paraissait pas d'accord mais elle obtempéra, faisant confiance à son Hokage pour régler cet épineux problème.
Elle disparut dans le couloir et la porte ne se rouvrit que pour laisser entrer le « rendez-vous » de Tsunade. Cette dernière se recula un peu sur son siège pour gagner une attitude plus solennelle.
« Que puis-je faire pour toi, aujourd'hui, Kakashi ? »
« Vous le savez très bien, ce que vous pouvez faire pour moi. », répondit l'autre, froidement.
La Cinquième tenta de garder son calme.
« Des évolutions ? »
« C'est de pire en pire !, éclata l'autre, immédiatement. Il est au plus mal ! »
« Et qu'est-ce que tu entends exactement par 'pire ' ? »
Le jounin sortit un petit calepin de sa poche.
« Il a les yeux tout gonflés et rouges et humides. Il a le nez qui coule, il tousse et il éternue. Il frissonne aussi et il a mal partout. »
« Pour la dernière fois, Kakashi, tous ces symptômes sont parfaitement normaux : il a la grippe ! Comme des milliers de personnes chaque année ! »
« Mais il est complètement anéanti, il n'arrive même plus à se lever ! Et son visage… Il est si beau d'habitude… »
Tsunade se passa la main sur son front : c'était vraiment dur de ne pas s'énerver.
« Il a de la fièvre ? »
« Oh, ça, oui ! affirma Kakashi tout en tournant une page de son calepin. A quinze heures, il avait 39,1°, à seize heures 39,2° et à dix-sept heures, de nouveau 39,1°. C'est quand même louche que ça change comme ça, tout le temps ! »
« Tu ne prends tout de même pas sa température toutes les heures ? », interrogea Tsunade, parfaitement affligée.
« Non mais j'essaye. C'est un mauvais malade. Il ne fait aucun effort. »
De l'avis de Tsunade, Iruka devait faire énormément d'efforts mais ça ne servait à rien d'essayer de le faire comprendre à Kakashi.
« C'est tout à fait normal que sa fièvre fluctue. Il faut qu'il se repose quelques jours et tu verras qu'il ira beaucoup mieux… »
« C'est peut-être une réaction à un poison, reprit le jounin, sans l'écouter. Ça ressemble à une grippe mais en fait, c'en est pas une. J'ai lu quelque part que ça existait. »
« C'était dans tes Icha Icha Paradise et c'est du pur délire… »
« Mais venez le voir, au moins, pour le rassurer. »
Oh, bien sûr, c'était Iruka qui avait besoin d'être rassuré…
« Je suis déjà venue deux fois, Kakashi. Il a la grippe. J'admets que c'est une grosse grippe, que les symptômes sont importants mais cela reste une grippe. »
« Mais vous ne pouvez pas lui donner quelque chose au lieu d'attendre les bras croisés pendant qu'il agonise ? »
« Il n'y a pas de traitement contre la grippe. On peut soigner la fièvre et la toux, c'est tout. Il faut simplement qu'il se repose ! Ce qui implique que tu ne le réveilles pas toutes les heures pour prendre sa température… Rentre chez toi maintenant. »
Le jounin croisa les bras, mécontent.
« Et vous vous prétendez médecin ? Laisser un malade sans soins ? »
Ça y était. Tsunade atteignait ses limites.
« Dehors ! », hurla-t-elle.
Shizune, de son bureau, en était certaine : les murs avaient tremblé.
~/~/~
« Et merde ! »
La porte venait de claquer. Iruka ramassa ses copies à la vitesse de l'éclair et les cacha sous le lit. Il eut juste le temps d'enfoncer sa tête dans l'oreiller quand il entendit s'entrebâiller la porte de sa chambre.
« Tu dors ? »
La voix de Kakashi était toute douce. Iruka fit mine de se retourner avec difficulté.
« Je me réveille à peine… »
Kakashi pénétra dans la chambre sur la pointe des pieds et vint s'asseoir auprès de son amant.
« Comment vas-tu ? Et ne mens pas ! »
« Ça va, affirma immédiatement Iruka. J'ai juste un peu mal au crâne et quelques courbatures. »
« Pauvre chéri. »
D'un geste, Kakashi tira plusieurs mouchoirs de la boite placée sur la table de nuit et les tendit à son compagnon. Iruka les accepta en souriant et fit mine de se moucher consciencieusement même si son nez n'avait pas coulé de la journée.
« Je suis passé au bureau de Tsunade, elle a encore refusé de venir te voir. »
« Tsunade a autre chose à faire de ses journées que de venir me voir… »
« Tu es très courageux, affirma Kakashi en caressant les cheveux gras de son compagnon, mais je sens bien que cette situation n'est pas normale. Tu es tellement faible… Tu as pris ta température ? »
« Un peu moins de 39, mentit le professeur, tu vois, ça s'arrange. »
Kakashi secoua la tête, peu convaincu par cette affirmation. Sans mot dire, il quitta la chambre mais Iruka savait parfaitement où il allait. Il entendit un grand fracas dans la cuisine et son amant revint quelques instants plus tard, un sceau plein de glaçons à la main. Un gant de toilette y fut trempé et macéra dans les glaçons fondus avant de finir sur le front du chuunin. C'était glacial et douloureux, il détestait ça.
« Voilà ! », s'écria le jounin satisfait tout en saisissant la main de son amant.
C'est à ce moment que l'œil de Kakashi remarqua une trace rouge sur un des doigts du chuunin. Un regard suspicieux fut jeté sur Iruka alors qu'un sourcil se fronçait dangereusement.
« C'est du stylo rouge ! Tu as travaillé pendant mon absence ? »
Iruka avala doucement sa salive.
« Juste une copie, c'était important… »
« Tu ne dois pas te fatiguer ! Tsunade n'arrête pas de le dire. »
« Mais, osa balbutier Iruka, à force de rester toute la journée sans rien faire, je m'ennuie un peu… »
Le sourcil de Kakashi se fronça encore plus.
« Tu restes tranquille. Un point c'est tout. Tu ne vas pas encore te sacrifier pour ces sales gamins, déjà que ce sont ces petits merdeux qui t'ont refilé cette cochonnerie… »
« Ils ne l'ont pas fait exprès. »
« Ouais, c'est ça. J'irai bien leur dire ma façon de penser à ces salopards. »
La main d'Iruka agrippa l'uniforme du jounin.
« On en a déjà parlé : pas d'expédition punitive. Tu as promis. »
Kakashi acquiesça de mauvaise grâce tout en continuant à grommeler.
« A cause d'eux, ça fait quand même une semaine que je suis privé de bisous… »
Iruka eut un pauvre sourire.
« Tu sais bien que je suis trop contagieux… »
« Juste un petit… », supplia piteusement le jounin.
« Non, répondit catégoriquement Iruka. En plus, ça fait trois jours que je n'ai pas quitté mon lit, je me sens vraiment trop sale… »
« C'est trop fatigant pour toi de te lever pour te doucher. », rappela son amant.
Iruka se demanda si Kakashi n'allait pas finir par lui interdire de respirer parce que c'était encore trop fatigant pour lui.
L'œil de Kakashi s'arqua alors qu'il serrait de nouveau la main du chuunin.
« Je vais aller te préparer une soupe, ça te fera du bien… »
Sa voix s'étrangla un peu alors que son emprise sur les doigts d'Iruka augmentait.
« Tu sais que je t'aime, hein ? »
Iruka soupira doucement. Depuis qu'il était malade, Kakashi le lui répétait à tout bout de champ.
« Je sais. C'est pas la peine de me le dire tout le temps, comme ça. Je ne vais pas mourir, tu sais ? C'est juste une mauvaise grippe. »
La main du jounin resta en place alors que l'œil de Kakashi affichait une résignation stoïque. Iruka ne put que s'avouer vaincu.
« Je t'aime aussi, gros bêta. Et je ne vais pas mourir. », rappela-t-il.
Kakashi sembla satisfait de la déclaration de son compagnon et se leva avec motivation pour gagner la cuisine.
Il ne fallut que quelques minutes pour que de grands bruits se fassent entendre et Iruka soupira tout en se renfonçant dans son lit. Quelque part, les efforts de Kakashi étaient vraiment adorables mais il n'en restait pas moins vrai que les soupes qu'il préparait étaient parfaitement dégueulasses.
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« Puisque je vous dis qu'il va mal ! Il fait son fier à bras parce qu'il ne veut pas m'inquiéter mais je sais bien que son état est critique… »
« Sa fièvre est en baisse, il me semble… »
« Ça ne veut pas dire qu'il est sorti d'affaire pour autant, vous devriez venir le voir… »
« Kakashi, nous en avons déjà parlé… »
« Juste dix minutes, il sera sage. »
Tsunade soupira et adressa un regard un peu honteux à Shizune. Cette dernière serrait Tonton trop fort dans ses bras dans le but visible de calmer ses nerfs. Kakashi l'exaspérait.
« Je verrais si j'ai du temps en fin d'après-midi mais je ne te promets rien. », céda finalement Tsunade.
« Merci, ça va vraiment soulager Iruka. Il est tellement angoissé. »
« Ben, voyons. »
Kakashi se retourna pour lancer un regard interrogateur sur Shizune.
« Oh ? constata-t-elle. J'ai parlé à haute voix, peut-être ? »
« Il ne faut pas que tu le prennes comme ça, fit remarquer le jounin, je sais bien que tu es un excellent médecin. Mais je veux ce qu'il y a de mieux pour Iruka, tu comprends ? »
« Non mais j'hallucine. Comme si j'allais accepter une seconde de participer à cette mascarade. Le seul cas vraiment clinique dans cette affaire, c'est toi. Tu es le premier hypocondriaque par procuration que je rencontre… »
« Hypocondriaque par procuration ? », répéta Kakashi sans comprendre.
Shizune allait lui expliquer sa théorie plus en détails mais Tsunade la fit taire d'un geste de la main.
« Rentre t'occuper d'Iruka, Kakashi. »
« Vous passerez ? »
« Je passerai. »
A peine la porte fut elle refermée que Shizune éclata.
« Je sais bien que vous appréciez beaucoup Kakashi mais ce n'est pas une raison pour céder à tous ses caprices. Vous devriez l'envoyer promener une bonne fois pour toute… »
Tsunade croisa doucement les bras.
« Tu ne comprends pas. »
« Je comprends très bien. Vous faites du favoritisme. On sait toutes les deux qu'Iruka se remettra très bien de sa grippe. »
« Iruka n'a rien à voir là-dedans. Tu l'as dit toi-même, il se remettra très bien. Mon véritable patient, c'est Kakashi. »
« Pardon ? »
Tsunade se réinstalla confortablement dans son fauteuil.
« Savais-tu que la mère de Kakashi était morte à l'hôpital de Konoha ? Elle souffrait d'une maladie rare et incurable. C'était presque miraculeux qu'elle ait pu porter un enfant. Les dernières semaines, Sakumo ne la quittait plus, il était très amoureux de sa femme. Kakashi avait presque trois ans et il était déjà précoce. Je crois qu'il comprenait ce qui se passait et qu'il en a gardé des souvenirs. Ou plutôt, une sorte de traumatisme. Après ça, il n'a plus jamais été confronté à la maladie puisque toutes les personnes qu'il aimait ont connu une mort violente. Et voilà qu'Iruka, le seul être pour qui il a été capable d'éprouver une réelle affection, attrape la grippe… »
« La grippe n'est ni rare, ni incurable. »
« La grippe reste une maladie, aussi banale soit-elle. Et quelque chose en lui panique parce qu'il associe la situation présente au décès de sa mère. Il n'a rien pu faire la première fois, il était beaucoup trop jeune alors cette fois, il en fait trop, c'est sa manière à lui de surmonter son traumatisme. Quand il était adolescent, Kakashi frôlait la sociopathie. Ne plus s'inquiéter pour les autres était le seul moyen qu'il avait trouvé pour se préserver. Mais ensuite, il y a eu ses élèves et Iruka. Son hypocondrie, comme tu dis, me semble très positive, elle prouve qu'il fait de gros progrès. »
« Je comprends ce que vous cherchez à faire mais de là à passer voir Iruka trois fois dans la semaine… »
Tsunade haussa les épaules.
« A l'époque, c'est moi qui me suis occupée de sa mère, elle était à peine plus jeune que moi. J'ai été incapable de l'aider. Alors, je peux bien perdre un quart d'heure de ma journée de temps en temps même si ce n'est pas Iruka que ça aide. »
Shizune fixa son Hokage, admirative. Elle se sentait un peu fautive d'avoir agressé Kakashi. Il avait un comportement bizarre, certes, mais il fallait admettre qu'il en avait pas mal bavé.
« Demain, vous êtes absente toute la journée puisque vous rencontrez le seigneur du Pays du Feu… »
« Il survivra. »
Shizune libéra Tonton de son emprise et joignit ses mains devant elle tout en se tordant les bras.
« Je pourrais peut-être passer à votre place, s'il insiste. Je sais bien que je ne vous arrive pas à la cheville en tant que médecin mais ce sera toujours mieux que rien. »
« C'est très gentil de ta part de proposer. »
Shizune tint parole. Quand Kakashi vint frapper à la porte du Hokage le lendemain, elle proposa ses services. Le jounin en sembla touché et Iruka lui jeta un regard sceptique lorsqu'elle vint le voir. Si même elle s'y mettait… Ils devenaient tous dingues dans ce village.
Elles se relayèrent à son chevet et Iruka, au bout d'une semaine supplémentaire, put retrouver sa salle de classe. Les élèves accueillirent leur sensei avec joie alors que Shizune et Tsunade connurent un triomphe modeste et, surtout, un immense soulagement.
Quant à Kakashi, il cria au miracle.
Et il n'avait pas tout à fait tort, quelque part.
Voilà ! Dernier chapitre avant un bon bout de temps à cause d'une autre histoire en préparation ! A bientôt !
