Titre : Le Borgne et le Cloporte
Auteur : Sigognac
Genre : Romance (Yaoi)
Disclaimer : les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Cet OS est la suite du précédent "Dette". J'en profite pour (re)souhaiter un bon anniversaire à Christigui. Merci à elle car elle m'a donné envie d'écrire cette suite mais je ne savais pas du tout où j'allais et c'est finalement très agréable, une fois de temps en temps, de simplement se laisser porter par son texte.
J'en profite aussi pour vous souhaiter de bonnes vacances car à moins d'une fulgurance subite, je ne publierai plus rien avant septembre puisque les deux mois d'été vont servir à la mise en route d'une nouvelle histoire à chapitres.
A bientôt et bonne lecture !
Suffisances
« Tu es nerveux ? »
Dans son sommeil, il avait bougé. Ses bras avaient cherché par automatisme à se refermer sur le corps chaud qui partageait sa couche mais n'avaient rencontré que le froid et le vide.
Ça l'avait réveillé pour de bon, son esprit étant pris d'une panique incontrôlable, celle d'avoir simplement rêvé ce qui s'était passé. Il avait émergé un peu brusquement des couvertures, observant la pénombre de la pièce où il se trouvait.
Il avait deviné la présence, près de l'entrée, d'une silhouette pale installée sur un tabouret.
Kakashi avait-il seulement dormi ? Ou n'était-il resté allongé que le temps qu'il sombre lui-même dans le sommeil ?
Iruka s'était mis sur son séant, disposant le contour des draps autour de son corps.
Après une courte hésitation, il avait timidement interrogé le jounin, histoire de signifier sa présence.
La tête de Kakashi, tournée vers l'extérieur, pivota vers lui quand il s'était mis à parler. Iruka constata que le masque, même en pleine nuit, même quand tout le reste du corps était à découvert, restait implacablement en place.
"Je t'ai réveillé ?", interrogea le jounin d'une voix morne.
"Non... Non, balbutia l'autre. Et ce ne serait pas grave de toute manière : il faut que je rentre chez moi."
"Tu ne me déranges pas. Tu peux rester dormir ici, si tu veux. Il y a largement assez de place pour deux."
"Je sais pas, murmura le chuunin, Kotetsu et Izumo risquent de s'inquiéter s'ils ne me voient pas rentrer..."
"Kotetsu et Izumo savent très bien ce que tu as fait de ta soirée ; il n'y a donc aucune raison pour qu'ils s'inquiètent."
"Je leur ai dit que j'allais dîner chez des amis."
"Oui, mais on ne se met pas autant d'eau de toilette quand on va simplement dîner chez des amis..."
L'autre en resta bouche bée une seconde. Il se rappela son entrée hésitante dans la tente quelques heures plus tôt, le cœur bondissant et les joues rouges. Il avait essayé de faire des efforts pour paraître séduisant : il avait mis un uniforme neuf… et s'était un peu parfumé. Pour les vêtements, Kakashi n'avait pas semblé y accorder beaucoup d'importance, si ce n'est pour trouver le moyen le plus rapide de les lui enlever. Pour le parfum, il n'avait fait jusqu'alors aucun commentaire.
"Tu es en train de me dire que je cocotte ?"
"Bof, tu sais, c'est pas grave. L'odeur s'est dissipée depuis le temps et j'ai trouvé ça plutôt mignon."
"Mignon ?, bondit l'autre. Super ! Voilà que je suis mignon maintenant !"
"Tu es toujours mignon, Iruka-sensei, même quand tu ne cocottes pas..."
"Tu m'aides pas, là ! Je suis pas mignon, je suis un ninja !"
"L'un n'empêche pas l'autre. Regarde, moi, par exemple..."
"Kakashi, tu n'es pas mignon."
"Oh ? Alors là, tu me brises le cœur."
Et il tapota doucement sur sa poitrine nue.
Les yeux d'Iruka s'étaient habitués à l'obscurité et discernaient maintenant plus nettement le corps opalin du jounin.
"Tu ne devrais pas rester tout nu devant l'ouverture de la tente. Tu pourrais attraper du mal."
« Je voulais juste admirer le village un moment… Je ne sais pas, j'en avais besoin. »
« Peut-être… A cause de demain… »
« Tu as dormi un petit moment, Iruka-sensei : je crois qu'entre-temps demain est devenu aujourd'hui. »
« Et… ça va, toi ? »
Le jounin ne répondit pas tout de suite, tournant de nouveau la tête vers l'ouverture de la tente.
« On peut voir le Mont Hokage d'ici… C'est tout ce qu'il reste de notre village. »
« Il reste toi et moi, aussi, ainsi que tous les habitants de Konoha. C'est déjà pas si mal. »
« C'est vrai, admit le jounin. Grâce à Naruto, on a évité le pire… Mais quand même… j'aimais bien mon appartement. »
« Et je n'avais qu'une seule photo de moi avec mes parents. »
Iruka observa la tignasse grise bouger de haut en bas avant que le corps blanc ne se lève et n'aille s'écrouler à ses côtés. Il chercha à rester naturel même si la proximité de cet être si beau et si nu, passée l'euphorie du sexe, le mettait mal à l'aise.
« J'ai vu Shizune hier, reprit le jounin, une fois confortablement installé, un oreiller sous le menton. Elle m'a briefé sur tout un tas de trucs barbants concernant le poste de hokage. Ils étaient en uniforme, sur la photo, tes parents ? »
« Euh… Oui. », répondit le chuunin qui ne comprenait pas bien le rapport.
« Alors, on a peut-être une copie, quelque part… »
« Une… copie ? »
« Ouais, paraît qu'on garde une copie de tous les documents officiels quelque part dans le Pays du Feu. Au cas où le village serait assiégé, envahi… ou détruit par un malade. »
« C'est vrai ? Je l'ignorais. »
« Moi aussi. J'en apprends des trucs depuis que je suis le « outsider Hokage ». »
Le ton du jounin était détaché. Iruka réajusta une nouvelle fois le drap autour de lui avant d'oser poser sa question.
« Tu n'as pas vraiment envie de devenir Hokage, hein ? »
L'autre haussa distraitement les épaules et s'allongea plus lascivement sur le futon.
« Tu as déjà goûté du bœuf de Kusa ? »
Iruka eut un petit sourire, comprenant que Kakashi n'aimait pas répondre directement aux questions qu'on lui posait. Déformation professionnelle, sans doute.
« Non. Il paraît que c'est succulent mais c'est beaucoup trop cher pour moi ! »
« Les habitants en offrent souvent aux ninjas qui leur ont rendu service… mais moi, je n'en prends jamais parce que je sais que ça leur coûte une fortune et, personnellement, le goût me laisse complètement indifférent. »
« On m'a dit que la viande était très tendre… »
« Peut-être mais moi, je ne sens pas la différence. Alors, je préfère laisser ça à ceux à qui ça fait vraiment plaisir. »
Iruka se rallongea un peu, intéressé par l'analogie culinaire du jounin.
« Et pour le poste de Hokage, c'est pareil ? »
« Ouais, je laisserais ça volontiers à quelqu'un qui le désire vraiment. Moi, ça n'a jamais été mon rêve. »
Bien sûr, le nom de Naruto flotta sur leurs lèvres mais aucun d'eux ne l'évoqua franchement. C'était encore une responsabilité trop grande pour sa jeunesse, ils le savaient tous les deux.
Iruka profita un peu de l'atmosphère chaude de la tente. Il transpirait légèrement sous son drap mais il ne se sentait pas encore suffisamment en confiance pour se permettre de se découvrir. L'autre paraissait parfaitement à l'aise, par contre, avec sa nudité et Iruka se sentait flatté que Kakashi se donne encore la peine de lui faire la conversation alors qu'il avait obtenu ce qu'il voulait de lui. Avant, il aurait trouvé ça hypocrite. Maintenant, il trouvait ça simplement agréable.
« Et… Ce serait quoi, ton rêve ? », osa-t-il demander.
L'échine de Kakashi se raidit légèrement à l'entente de la question. Il resta silencieux dans un premier temps si bien qu'Iruka se demanda s'il n'avait pas poussé le bouchon un peu trop loin.
« Je crois…, reprit le jounin, hésitant, je crois que j'aimerais mourir avant les gens que j'aime. Ouais, ça me changerait un peu. »
Iruka ne chercha pas à relancer son interlocuteur : il avait déjà le sentiment de s'être un peu trop mêlé de ce qui ne le regardait pas. Il se demanda d'ailleurs si le moment n'était pas venu de récupérer ses affaires et de partir mais il était terriblement gêné à l'idée de se trémousser nu devant les yeux si perçants du jounin.
Il se redressa tout de même, cherchant à rassembler son courage, mais un bras vigoureux le força à se recoucher.
« Te casse pas, va. Je t'ai dit que tu pouvais rester dormir ici. »
« Je ne veux pas t'embêter. Tu vas sûrement devenir Hokage dans quelques heures, tu dois avoir tellement de choses à penser… »
« Justement, Iruka-sensei, tu m'aides à ne pas penser. »
Après un silence pesant, Kakashi reprit en se grattant la tête :
« Recouche-toi, s'il te plaît. Quoi ? C'est si désagréable de passer du temps avec moi ? »
« Pas du tout. »
Iruka réalisa trop tard qu'il avait répondu très vite.
Les yeux de Kakashi s'arquèrent à cette affirmation et il raffermit sa prise sur le chuunin qui se laissa faire.
« Puisque tu vas rester dormir ici, reprit tranquillement le jounin, pourrais-tu me laisser un peu de drap ? Je t'ai déjà vu à poil, tu sais, Iruka-sensei, et j'ai une très bonne mémoire. Ta pudeur est ridicule. »
« …Dit le type qui porte continuellement un masque sur le visage ? »
Les yeux dépareillés se plissèrent alors qu'Iruka s'enroulait plus consciencieusement encore dans son drap.
Bientôt, un bras vint se positionner sur sa taille et il sentit le torse du jounin contre son dos, à travers le tissu.
« Tu marques un point, Iruka-sensei. », admit finalement le jounin.
Iruka eut un sourire en se positionnant plus confortablement sur l'oreiller.
« Et sinon, souffla une voix molle à son oreille, tu es libre vendredi prochain ? »
~/~/~
« Tu es furieux ? »
Essoufflé, Iruka se relâcha, s'affaissant sur le futon. Derrière lui, le torse humide de Kakashi collait à son dos alors que le jounin poussait un dernier gémissement.
« Je t'ai fait mal, c'est ça ? », lança-t-il, moqueur, entre deux inspirations.
Peu précautionneux, il se retira abruptement du corps du chuunin pour aller s'affaler sur sa partie du lit.
Iruka lui lança un regard par-dessus son épaule.
« Un peu. »
Étonné, les yeux de l'autre se rouvrirent alors que son poignet essuyait un peu de la sueur présente sur son front.
"Sans déconner ?"
« Enfin, se reprit le chuunin, disons que j'ai été surpris. La dernière fois, tu étais… plus doux. »
La main pale du jounin vint s'écraser sur le crâne d'Iruka et, dans un mouvement, emmêla ses cheveux encore un peu plus.
"Merde, pardon, je ne m'en suis pas rendu compte... Mais tu aurais pu me le dire, aussi..."
"J'ai pensé que tu avais besoin de te défouler."
"C'est pas sur toi que je dois me défouler..."
Iruka acquiesça mais il savait bien, dans le fond, qu'il était justement là pour ça. Ce n'était pas un hasard si Kakashi lui avait fait du gringue pile la semaine où il allait devenir Hokage... Il avait juste besoin d'un petit chuunin pas farouche pour l'aider à supporter la pression. Et maintenant, c'était la frustration qu'il avait besoin d'évacuer.
Le chuunin roula finalement sur le côté, tout en tentant maladroitement de garder ses jambes serrées, et s'enveloppa dans le drap. Il avait toujours un peu froid après l'amour.
"C'est à cause de ce Danzô, c'est ça ?"
L'autre se plaça également sur son flanc de manière à faire face au chuunin.
"Pourquoi tu demandes ça ?"
Iruka retint un soupir : c'était lassant, à la longue, que le jounin réponde toujours à ses questions par d'autres questions.
"Tu n'en voulais pas de ce poste de Hokage... et finalement, tu n'as pas été élu. Tu devrais être soulagé. Alors, je suppose que le problème vient de ton remplaçant."
"De mon remplaçant ?", répéta le jounin.
L'autre roula des yeux.
"Oh, s'il te plaît ! Arrête de faire ton mystérieux ! C'est un sale type, c'est ça ? Nous, les chuunin, on le connaît même pas, c'est à peine si on en a déjà entendu parlé ! Et ça nous fait mal d'être dirigés par ce gars-là ! Alors, si y a un truc qu'on devrait savoir sur lui, dis-le moi !"
Le regard du jounin se fit soudainement plus sérieux. Sans lâcher son partenaire des yeux, il alla lui caresser le bout du nez de sa main libre, l'autre servant à tenir sa tête.
"Il a côtoyé le Troisième et, même si on ne le voit jamais se battre, il paraît qu'il a un niveau prodigieux..."
"Prodigieux ?, répéta l'autre, dubitatif. Je l'ai vu : il a l'air infirme..."
"Et moi, j'ai l'air maladif. Depuis quand tu te fies aux apparences, toi ? Tu crois vraiment qu'on confierait le village à quelqu'un incapable de le défendre ?"
L'autre haussa les épaules, apparemment peu convaincu.
"Il est plus fort que toi ?"
"Impossible à savoir..."
"Mais, bon sang, s'il a été élu, ça veut dire qu'on le considérait plus fort que toi, non ? Pour quoi d'autre, sinon ?"
L'autre soupira.
"Il aime le pouvoir... contrairement à moi."
"Et c'est une qualité, ça ?"
"Faut croire."
Iruka resta silencieux quelques secondes, le temps de trouver d'autres idées pour dégommer ce Danzô qu'il ne connaissait pas. Il allait revenir à la charge mais Kakashi l'en empêcha.
"Ecoute, reprit-il en lui frottant une nouvelle fois les cheveux, je suis très touché que tu prennes ma défense mais ce qui est fait est fait. Danzô est notre Hokage maintenant et tu lui dois le respect."
"Je lui dois rien du tout, fulmina l'autre, je l'ai pas choisi ce type. Moi, c'est toi que je voulais ! Tout le monde te voulait ! Et tu l'aurais mérité ! Je sais ce que tu fais tous les jours pour le village, c'est moi qui classe la moitié de tes rapports ! Et même depuis que Tsunade est dans le coma, c'est toi qui gères ! Qu'est-ce qu'il a fait pour nous, lui ? Il a signé trois papiers dans un bureau ? C'est n'importe quoi, cette histoire !"
Le jounin commença par froncer les sourcils face à l'emportement du professeur mais bientôt ses yeux s'arquèrent, signe qu'il devait sourire.
"En fait, conclut-il, goguenard, ce n'est pas moi qui suis furieux en définitive, c'est toi."
"Et alors ?, râla l'autre. Il faut bien que quelqu'un s'offusque de cette situation. C'est le monde à l'envers, là !"
"On sait très bien que ce n'est pas pour ça que tu es mécontent, Iruka-sensei..."
"C'est-à-dire ?", lâcha l'autre de mauvaise humeur.
De toute façon, il savait bien que quand Kakashi l'appelait 'Iruka-sensei', c'est qu'il n'allait pas tarder à se foutre de sa gueule. Il commençait à le connaître, l'animal.
"En fait, tu es déçu que je sois resté simple jounin. Ça aurait été plus prestige pour toi de t'envoyer le Hokage."
"Plus 'prestige' ?", répéta l'autre d'un ton oscillant entre l'indignation et l'amusement.
"Ouais, je suis sûr que tu dois avoir un système de points : pour un jounin, huit sur dix ; pour le ninja copieur, neuf sur dix. Et alors, le Hokage, c'est le must ! Pas de bol, il va falloir que tu t'envoies Danzô, maintenant..."
L'autre soupira devant les raisonnements infantiles de Kakashi. Mais, étonnamment, il n'arrivait pas à être réellement boudeur ou vexé.
"Jamais de la vie, reprit-il, rentrant même dans le jeu du jounin. Je vais me contenter de toi. Après tout, j'ai parié sur le mauvais cheval, il faut bien que j'assume mon manque de clairvoyance."
"Et puis, il faut voir le bon côté des choses, Iruka-sensei, comme je ne suis pas devenu Hokage, je vais avoir plus de temps pour te baiser."
Le chuunin lui lança un regard de pure consternation.
"T'es sérieux, là ?"
Ils se fixèrent une seconde, avant d'éclater de rire.
"En fait, c'est bien que tu n'aies pas été élu. Je n'aurais pas donné cher de notre peau avec un Hokage aussi débile à notre tête..."
"Écoute, si ça peut te consoler, je veux bien que tu m'appelles quand même 'Kakashi-sama'. Mais uniquement pendant l'amour."
"Et le reste du temps, je vais t'appeler 'Kashounet', histoire de faire désenfler tes chevilles..."
"Kashounet ?"
"Tu n'aimes pas ? Je suis certain de trouver plus ridicule si tu me laisses cinq minutes..."
"Ou alors tu me diras ça vendredi prochain. J'ai d'autres projets, là, pour ces fameuses cinq minutes."
Ça bloqua un peu du côté d'Iruka : Kakashi n'avait plus aucune chance de devenir Hokage. Plus de pression à évacuer donc, logiquement, plus besoin de le voir...
Il eut un léger sourire. Après tout, tant que Kakashi continuait à le lui proposer...
"Okay, je te dirais ça vendredi prochain."
~/~/~
« Tu es déçu ? »
Il haussa les épaules et se laissa complètement tomber sur son lit, croisant ses avant-bras derrière sa tête.
« Je me suis posé la question toute la journée, expliqua-t-il, finalement. Je dois être le Kage qui a été en poste le moins longtemps de toute l'histoire de l'art ninja. Tu crois que j'ai battu un record ou un truc du genre ? »
Iruka ricana, s'installant lui-même sur le lit. Son flanc alla reposer sur le futon alors qu'un de ses coudes se plantait dans l'oreiller pour maintenir sa tête. Il observa Kakashi, le sourire aux lèvres, et sa main libre partit effleurer les quelques mèches hirsutes du jounin qui étaient à portée.
« Tu devrais te renseigner, conseilla-t-il, tu as peut-être le droit à un lot de consolation… »
Le chuunin eut à peine le temps de terminer sa phrase qu'il roula brutalement sur le côté, son dos percutant le matelas du futon. Le poids du corps de Kakashi sur le sien lui coupa un instant la respiration alors qu'il sentait ses poignets, au-dessus de sa tête, tenaillés par les doigts du jounin. Il se débattit par réflexe mais se calma presque immédiatement, se perdant finalement dans les yeux dépareillés qui le fixaient et lui intimaient le calme.
Le visage masqué s'approcha du sien, comme pour l'embrasser, mais bifurqua en route pour s'approcher de son oreille.
« Mon lot de consolation, chuchota le jounin avec gourmandise, je crois bien que je l'ai déjà eu. »
Iruka, si à l'aise quelques minutes auparavant, fut tout bouleversé par cette remarque. Il sentit le tissu rêche du masque contre son cou et bientôt une bouche découverte vint lui mordiller l'oreille. Il poussa un soupir de contentement mais chercha tout de même à se dégager, ce qui fit grogner son partenaire.
« Ne cherche même pas à me faire croire que tu n'as pas envie. Tu es comme tous les autres, à ce niveau-là, Iruka-sensei. »
« C'est pas ça, murmura l'autre, c'est juste que… qu'on n'est pas vendredi… »
« Tu es là, pourtant. », grommela le jounin, plus intéressé par le corps du professeur que par les jours de la semaine.
« Parce que j'ai entendu que Tsunade-sama s'était réveillée, se justifia immédiatement le jeune homme, et que je voulais savoir comment tu allais… Mais on n'est pas vendredi ! »
Il entendit l'autre soupirer à son oreille et le poids sur son corps s'accentua quand Kakashi, libérant ses poignets, s'assit carrément à califourchon sur lui, les bras croisés sur sa poitrine. Iruka fut un brin déçu qu'il ait déjà remis son masque.
« Bon, okay, on n'est pas vendredi, admit le jounin légèrement agacé. Et alors ? »
« Je sais pas, murmura Iruka, je suis pas ton gars du vendredi ? »
« Mon gars du vendredi ?, répéta Kakashi, les yeux arqués. Tu crois que je vois d'autres mecs le reste de la semaine, ou quoi ? »
Iruka ne répondit pas tout de suite, trouvant la question un peu absurde.
« C'est pas le cas ? »
Cette fois, les yeux de Kakashi s'étrécirent et il jaugea un peu durement son partenaire avant de répondre.
« Mais bien sûr que non. Pour qui tu me prends ? »
Iruka fronça les sourcils.
« T'es pas obligé de dire ça… C'est okay si y'en a d'autres. Je comprends très bien. »
« Mais y a personne d'autre, bon sang ! »
Iruka approuva doucement de la tête mais détourna le regard, preuve qu'il ne croyait pas un mot de ce qu'on lui racontait.
Kakashi lui saisit le menton pour le forcer à la regarder. Son œil valide s'était assombri.
« Iruka, je ne sais pas ce que tu crois savoir de moi et je ne pensais pas avoir à te le préciser mais… tu me suffis largement. »
Le chuunin fut touché par ces paroles mais se demanda si l'autre ne lui racontait pas ce qu'il avait envie d'entendre. On l'avait mis en garde par rapport à Kakashi : il pouvait être un grand baratineur.
« Je te suffis ? », reprit-il, dubitatif.
L'autre resta statique une seconde avant de lever les yeux au ciel.
« Mhha, pas vraiment, en fait… Je trouve même notre relation très… insuffisante… Tu as dit qu'on était quel jour, déjà ? »
« On est mercredi. », renseigna le chuunin tout en tachant de camoufler sa déception.
« Mercredi, hein ? Donc tu es dispo, le mercredi ? Et le lundi ? »
Le chuunin eut un sourire, comprenant où l'autre voulait en venir.
« Tout doux, petit, j'ai des copies à corriger, d'habitude, le mercredi. »
Kakashi s'abaissa, son torse se rapprochant dangereusement de celui d'Iruka et ses bras encadrant sa tête.
« Tu viens pas de m'appeler 'petit', minus ? »
Le chuunin chercha à rester impassible mais ne put s'empêcher d'éclater de rire.
« Okay, j'abdique : je pourrais éventuellement me libérer le mercredi. »
« Et le lundi ? »
« Le lundi aussi. »
« Et on a parlé du mardi ? »
« Je vais pas venir tous les jours non plus ! »
« Pourquoi pas ? Tu pourrais vérifier qu'il n'y a pas d'autres gars. »
« Je te crois, céda Iruka. Y a pas d'autres gars ! C'est suffisant, maintenant ? »
Kakashi se rapprocha encore, caressant distraitement une mèche échappée de l'élastique d'Iruka et ne le quittant pas des yeux.
« Je pourrais te voir tous les jours, je crois, Iruka-sensei, que ce ne serait toujours pas suffisant pour moi. »
