Titre : Le Borgne et le Cloporte
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance (Yaoi)
Disclaimer : les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.


Non, vous ne rêvez pas ! Je déterre ce recueil enfoui dans les tréfonds du site pour y rajouter un petit chapitre. L'idée de cette historiette m'est venue il y a quelques jours et, pour une fois, les vacances aidant, je ne l'ai pas laissée se perdre ! Très contente de republier enfin quelque chose ! C'est pas faute d'écrire pourtant : une lonnnngggue histoire à chapitres est en préparation depuis... euh... deux ans (on ne rigole pas !). Le chapitre 23 est en cours d'écriture et je projette une publication de son début à la rentrée.

En attendant, place au Borgne et au Cloporte !

Bonne lecture à vous et à bientôt, j'espère !


Autorisation parentale

« Yo, les jeunes ! », s'écria Kakashi en s'accroupissant sur la rambarde du pont, les cheveux plus ébouriffés encore qu'à l'accoutumée.

« Kakashi-sensei ! » hurla Naruto en retour, un doigt accusateur pointé vers lui.

A ses côtés, Sakura et Sasuke attendaient, les bras croisés sur la poitrine, préférant regarder ailleurs. De vraies têtes d'enterrement.

Par acquis de conscience, Kakashi consulta le soleil au-dessus de lui. Il ne comprenait pas leur énervement apparent : il n'avait pas plus de deux heures de retard. Y avait pas mort d'hommes, tout de même, ce n'était qu'une mission de rang D.

« Mhaaa, commença-t-il l'œil plissé et se grattant la tête, j'ai croisé la vieille Tomoko. Elle avait besoin d'aide pour la cueillette des champignons et son chien était malade et avec ses rhumatismes et sa jambe de bois… »

« La ferme ! le coupa effrontément Naruto. On a deux mots à vous dire ! »

« 'On' ? s'étonna Kakashi sans se formaliser du manque de respect de son plus turbulent élève. Qui ça, 'on' ? »

« Eh bien nous ! », répondit Naruto en englobant du regard ses deux coéquipiers. Sasuke se recula un peu, ne souhaitant clairement pas être mêlé à la bataille. Sakura, au contraire, prit son faible courage à deux mains et se rapprocha de Naruto avec une expression sur le visage qu'elle devait croire décidée.

« Et de quoi voulez-vous donc me parler ? », reprit Kakashi sur le ton enchanté du mec qui s'en fout.

Naruto le toisa d'un œil furibard. Il cherchait probablement à se montrer menaçant. Kakashi le trouva rigolo : il avait l'air encore plus petit depuis la hauteur de la rambarde du pont.

« On voudrait bien savoir… », débuta faiblement Sakura mais l'horripilante voix de Naruto couvrit la fin de sa phrase.

« Quelles sont vos intentions exactes envers Iruka-sensei ? », éructa-t-il.

L'œil de Kakashi s'écarquilla.

« Iruka-sensei ? répéta-t-il. Votre ancien maître, c'est ça ? »

« Ne faites pas l'innocent ! tempêta Naruto en le montrant de nouveau du doigt. Vous savez très bien qui est Iruka-sensei ! Nous sommes au courant de tout ! »

« Et de quoi es-tu au courant, au juste, Naruto ? »

« Sakura ? » appela impérieusement le garçon et cette dernière, tout en sursautant à l'entente de son prénom, sembla se souvenir du rôle primordial qu'elle était censée jouer dans cette histoire. Elle fouilla dans une de ses sacoches et en sortit un petit calepin qu'elle tendit à Naruto.

« Il y a trois semaines, commença à énumérer ce dernier en consultant les notes du cahier, nous sommes allés manger à l'Ichiraku. Vous avez prétendu, je cite, que vous étiez 'fatigué' et vous êtes parti en nous laissant payer ! »

« A ma décharge, rétorqua tranquillement le jounin, j'avais dépensé tout mon chakra à sauver vos fesses d'avortons parce que vous étiez tombés dans un piège dans lequel un lapereau aveugle ne se serait pas laissé prendre… »

« N'essayez pas de changer de sujet ! vociféra Naruto. Vous n'étiez pas vraiment 'fatigué' ce soir-là, n'est-ce pas ? »

« J'étais quand même assez proche du coma… », tenta Kakashi mais Naruto ne le laissa pas poursuivre.

« C'est faux ! triompha-t-il. On vous a vu, Kakashi-sensei, on vous a vu ! Dans ce bar, à l'opposé de l'Ichiraku. Et, à deux tables de vous, il y avait Iruka-sensei ! »

« Grands dieux ! s'exclama Kakashi, catastrophé. A deux tables de moi ? »

« Oui ! confirma le garçon sans comprendre l'ironie de son maître. Et vous n'arrêtiez pas de le regarder ! »

Kakashi sembla être pris sur le fait une seconde, une de ses mains s'emparant de son menton masqué. Puis, s'adressant de nouveau à Naruto, d'une voix joyeuse mais déjà légèrement accusatrice, il demanda :

« Et comment tu sais ça, toi, d'abord ? »

« On passait par là… », essaya d'éluder le garçon.

« Vous passiez par hasard dans le quartier des bars ? »

« Je te l'avais dit, idiot. », souffla Sasuke derrière Naruto sans toutefois regarder dans sa direction.

« Ce qu'on faisait là ne vous regarde pas ! poursuivit cependant courageusement Naruto alors que Sakura, à ses côtés, rosissait de honte. L'important, c'est Iruka-sensei ! »

« Eh bien quoi, Iruka-sensei ? », commençait à se lasser Kakashi.

« La semaine d'après, lut Naruto dans son carnet, vous êtes retourné dans ce bar et vous étiez à la même table, cette fois-ci ! »

« Coïncidence, marmonna le jounin. Je suis quelqu'un de poli. Si j'entre dans un bar et que je reconnais quelqu'un qui est seul, je vais lui parler. Ce n'est pas drôle de boire tout seul. »

« Vous êtes repartis ensemble ! », ajouta Naruto.

« Nous habitons dans la même direction. »

« Par la suite, asséna le garçon le nez plongé dans son carnet, vous avez été aperçus tous les deux au restaurant de viandes grillées ! »

« Les Akimichi donnaient une petite fête. Des tas de gens y étaient invités… »

« On vous a vu rôder autour de l'académie ! »

« C'est un endroit sympa pour lire… »

« Nous avons interrogé les chuunins qui travaillent avec Iruka-sensei : il est parti deux fois juste après la fin des cours, ce qu'il ne fait jamais… Il a dit qu'il avait rendez-vous. »

« Des parents à voir, sans doute, ou une mémé à faire traverser… »

« Et quand je lui ai proposé d'aller manger à l'Ichiraku, la dernière fois, il m'a dit que ça ne lui disait rien car il y avait déjà été deux fois dans la semaine ! »

« Il aime beaucoup les râmens… »

« Teuchi nous a tout révélé : il y était avec vous ! »

« J'aime les râmens aussi… »

« Ce que Naruto essaye de dire, interrompit timidement Sakura, c'est… euh… Est-ce que vous fréquentez Iruka-sensei ? »

Kakashi regarda sa jeune élève comme si c'était la première fois qu'il la voyait.

« 'Fréquenter' comme 'sortir avec', tu veux dire ? »

Ils opinèrent tous les trois de la tête. Même Sasuke qui jeta par la suite un regard circulaire pour vérifier qu'il n'avait pas été vu des deux autres.

Kakashi sembla réfléchir profondément à la question puis plissant son seul œil à l'extrême, il répondit, ravi :

« Absolument ! »

« C'est hors de question ! », beugla Naruto en réponse.

L'œil de Kakashi s'ouvrit grand.

« C'est parce que nous sommes des garçons ? », fit-il d'une voix soudainement plus grave.

« Quoi ? s'écria Naruto qui n'avait même pas réfléchi à cet aspect de la question. Mais pas du tout ! »

« Ca ne nous dérange pas, ça, ajouta Sakura qui devenait de plus en plus rouge. C'est plus que… »

« Moi vivant, jura Naruto interrompant encore sa coéquipière, vous ne poserez pas vos sales pattes sur Iruka-sensei ! »

« Comment ça ? »

« Iruka-sensei n'est pas comme vous ! C'est quelqu'un de gentil, de sensible, d'émotif. Il a de belles idées sur tout plein de choses… »

« Il lit beaucoup de romans… », compléta Sakura, comme si ça expliquait une partie du problème.

« Mais moi aussi je lis des romans. », crut bon de rappeler Kakashi.

« Vous ne lisez pas du tout les mêmes romans ! éclata encore Naruto. Vous le faites exprès de ne pas comprendre, ou quoi ? »

« Mais comprendre quoi ? »

« Eh bien, tenta Sakura, vous, vous êtes… euh… alors que lui, il est… »

« Vous êtes un putain de pervers ! lâcha Naruto si fort qu'une nuée d'oiseaux installés derrière lui s'envolèrent pour de nouveaux horizons. Le mot « pervers » résonna à plusieurs reprises tandis que la veine sur la tempe de Naruto reprenait sa taille normale.

« Oh, reprit Kakashi après un silence, tu ne trouves pas que je sois le prétendant idéal pour Iruka, si je comprends bien ? »

« Le mec qui rentrera dans la vie d'Iruka-sensei, articula autoritairement Naruto, il a plutôt intérêt à l'épouser, c'est moi qui vous le dis ! »

« Ce n'est pas possible, abruti. », intervint mollement Sasuke tout en regardant en l'air.

« Tu vois très bien ce que je veux dire ! brailla l'autre dans sa direction. Il faudra que ce soit du sérieux, du solide, en béton armé… »

« Mais je suis très sérieux. »

La voix de Kakashi s'était teintée de déception tant le portrait que Naruto semblait se faire de lui lui déplaisait. Un peu las, il s'assit sur la rambarde du pont.

« D'après toi, en plus d'être un pervers, je suis donc un type méchant et insensible ? », résuma-t-il.

Naruto dut sentir qu'il était peut-être allé trop loin car il se ravisa :

« Quand même pas, sensei, et vous êtes un super ninja. »

« Mais pas assez bien pour Iruka-sensei ? »

Naruto ne put que hausser les épaules : en réalité, il ne voyait pas grand monde pouvant valoir Iruka-sensei. Son problème de « perversité » mis à part, Kakashi aurait presque été un bon candidat.

D'une voix un peu plus autoritaire, Kakashi reprit la parole :

« En plus de tous mes autres épouvantables défauts, Naruto, me crois-tu idiot ? »

« Oh ça non ! admit le garçon avec franchise. Vous êtes une sacrée tronche, sensei ! »

« Alors, penses-tu vraiment que j'ai essayé une seconde de cacher le fait que je 'fréquente' Iruka ? Tu crois que j'irais traîner mes guêtres à l'académie ou que je ferais la tournée des bars si je ne voulais pas que ça se sache ? »

Naruto n'eut pas le cran de répondre, se sentant d'un coup étrangement ridicule. Lui qui avait investigué pendant des semaines… Les deux autres non plus n'en menaient pas large.

« Tu devrais savoir, depuis le temps, que quand je veux réellement dissimuler quelque chose, j'y parviens parfaitement. »

Naruto acquiesça, penaud, ne pouvant s'empêcher comme ses deux compagnons de fixer le masque du jounin une seconde.

« Je ne vois pas pourquoi, d'ailleurs, ma relation avec Iruka devrait être un secret. Je suis très fier qu'il daigne passer du temps avec moi. Et il a beau être gentil et sensible, comme tu dis, crois-tu qu'il supporterait ma présence si j'avais fait quoi que ce soit qui puisse lui déplaire ? C'est aussi quelqu'un d'honnête, non ? »

Naruto avala doucement sa salive, jetant des regards transversaux à ses coéquipiers qui paraissaient se désolidariser de lui.

Posant négligemment les mains sur ses cuisses, Kakashi enfonça le dernier clou de son argumentation.

« Et penses-tu que dans tout Konoha j'irais justement choisir le type que vous idolâtrez tous les trois – car vous êtes trois, Sasuke – pour avoir une histoire sans lendemain ? Tu crois que je me compliquerais la vie à ce point si je n'étais pas sérieux ? »

« Peut-être pas. », concéda Naruto qui préférait maintenant affronter le sol plutôt que le regard de son sensei.

« Enfin, soupira finalement Kakashi pour lui-même, la démarche reste honorable… »

Il demanda à Naruto d'approcher et fit tomber un peu lourdement sa main sur sa chevelure.

« Naruto, prononça-t-il respectueusement, m'autorises-tu à fréquenter Iruka-sensei ? »

« J'en sais trop rien, grommela le garçon, vous lisez quand même des bouquins pornos… »

« C'est de l'art, Naruto. Je pourrais t'expliquer mais tu n'y comprendrais rien… »

Comme le garçon semblait peu convaincu, le jounin ajouta :

« Je ne les lis pas quand je suis avec lui. »

« Vous prendrez soin de lui ? », continua le garçon.

« Autant que possible. »

« Et vous le ferez pas souffrir ? »

« Pas si je peux l'éviter. »

Kakashi, en toute conscience, ne pouvait pas se montrer plus catégorique : ils vivaient dans un village ninja, tout de même. Une tragédie était vite arrivée.

« Je veux bien, accepta enfin le garçon, mais je vous ai l'œil, Kakashi-sensei. N'oubliez pas ça ! »

« Je n'oublierai pas. », promit le jounin, l'œil plissé.

Puis, plus haut, il ajouta :

« Ai-je le consentement des deux autres ? »

« Moi, j'ai toujours été de votre côté, mentit admirablement Sakura, et je vous souhaite beaucoup de bonheur, sensei ! Toutes mes félicitations ! »

Comme il ne pouvait pas se dérober à la question posée, Sasuke daigna tourner la tête dans leur direction.

« M'en moque. », se contenta-t-il de répondre.

« A la bonne heure ! se réjouit Kakashi qui, en un bond imperceptible, s'était remis debout sur la rambarde. C'est pas tout ça, les jeunes, mais on a une passionnante mission de rang D à accomplir ! Vous bougez pas d'ici, je vais chercher notre ordre de mission et on est parti ! »

« Vous n'avez pas notre ordre de mission ! », s'égosillèrent-ils, de concert.

Kakashi eut un ricanement gêné.

« Je l'ai oublié chez moi, avoua-t-il, et puis, après, y a eu la vieille Tomoko et sa jambe de bois et… »

« C'est bon, l'interrompit abruptement Naruto, allez le chercher ! Et grouillez-vous un peu ! »

Il n'avait pas terminé sa phrase que Kakashi avait déjà disparu dans le lointain.

Une fois seuls, Naruto et Sakura se permirent de se congratuler, persuadés qu'ils étaient d'avoir sauvé la vertu d'Iruka-sensei par leur témérité.

« La vieille Tomoko n'a pas de jambe de bois… », leur glissa alors Sasuke de sa voix monocorde.

« Et alors ? râla Naruto que le laconisme de son coéquipier énervait. On sait très bien que Kakashi-sensei invente toujours des excuses bidon quand il est en retard… »

« Retard de combien ? rebondit Sasuke. Deux heures ? Il est arrivé juste au moment où les chuunins compétents prennent leurs élèves en charge… »

« Et ? » s'agaça Naruto.

« Et Kakashi et Iruka-sensei n'habitent pas du tout dans le même quartier… Et ce n'est pas la direction de son appartement qu'a prise Kakashi-sensei en partant… Tu n'as pas trouvé, d'ailleurs, qu'il était étrangement décoiffé ? Comme quelqu'un qui ne s'est tout bêtement pas réveillé… »

« Tout ça pour en venir où ? », s'impatienta le garçon.

« Naruto, lui murmura Sakura qui avait l'esprit bien plus vif que son coéquipier, je crois que ce que Sasuke essaye de te dire c'est que ce n'est pas chez lui que Kakashi-sensei a oublié notre ordre de mission… »

« … et qu'il n'a pas attendu ton autorisation pour 'poser ses sales pattes sur Iruka-sensei'… »

Il fallut quelques secondes pour que les différents fils se démêlent dans la tête de Naruto. Puis, il se figea et son visage changea littéralement de couleur. Les deux autres pouvaient presque voir de la fumée sortir de ses oreilles.

« Je vais le tuer ! s'étouffa-t-il de fureur. Je vais le tuer ! »

Il partait déjà à la poursuite de ce « putain de tordu de jounin pervers » et Sasuke et Sakura, tout en le regardant s'en aller, échangèrent un timide sourire.