Titre : Le Borgne et le Cloporte
Auteur : Sigognac
Genre : Romance
Rating : K
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Note : Pour ceux qui ont lu la fin de « L'Un à l'autre inconnus », ce texte n'est pas le fameux OS inachevé depuis des lustres que je suis censée terminer. Non, non, il s'agit d'un OS tout neuf qui a été écrit durant une nuit du Fof. Le concept ? Un thème est donné, et on a une heure pour écrire un OS dessus. Cette fic a donc été écrite dans la nuit de vendredi à samedi, entre onze heures et euh… plus de minuit (j'ai dépassé le délai, je me dénonce !) et le thème était... "promesse".
J'avoue que, pour une fois, le thème a plus servi de prétexte pour écrire une idée que j'avais déjà en tête que l'inverse, il n'est donc pas très présent.
Quoi qu'il en soit, bonne lecture !
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Héritage
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Il faisait trop chaud dans cette chambre, Iruka étouffait sous la couverture. Il se retourna, soupira, tenta de trouver une meilleure position et c'est alors qu'il le devina dans l'ombre.
« Tu avais promis de ne pas revenir. », rappela le chuunin en allumant la lumière de sa table de chevet.
Kakashi était sagement assis sur le rebord de la fenêtre. C'est à peine s'il baissa son œil quand Iruka le dévisagea.
« Tu me manquais, murmura-t-il, tu me manques tout le temps.
– Tu me manques aussi mais on s'était mis d'accord.
– Tu as pris cette décision tout seul…
– Parce que je pensais que c'était le mieux à faire : ça n'aurait plus fonctionné entre nous.
– Ça fonctionnait très bien ! s'emporta le jounin. Et puis, du jour au lendemain, tu as décidé que je ne te suffisais plus.
– Voilà, résuma Iruka, ça finit toujours comme ça. Tu me fais des reproches, je me sens coupable pendant des jours. On se fait mutuellement du mal. C'est pour ça que, la dernière fois, tu avais promis de ne pas revenir.
– Et toi ? Tu avais promis qu'on resterait toujours ensemble, non ?
– Je ne t'ai pas chassé, se défendit Iruka. C'est toi qui es parti !
– Parce que je ne pouvais pas rester !
– Tu croyais que tu ne pouvais pas rester. Moi, je pense toujours que tu as tort ! »
Kakashi se releva un peu craintivement, enjamba la fenêtre. Iruka regrettait déjà de lui avoir demandé de s'en aller. Vivre dans cet appartement sans lui était une torture.
Dans le mouvement, le corps du jounin fut furtivement éclairé par le lampadaire de la rue et Iruka discerna une coupure dans le cou de Kakashi. C'était un prétexte suffisant pour le retenir.
« Tu es blessé ? interrogea le chuunin. Ta mission de rang S ne s'est pas passée comme prévu ?
– Elles ne se passent jamais comme prévu. Tu n'as pas lu le rapport ?
– J'évite quand c'est toi. Ça me met dans tous mes états. Tu veux prendre un thé ? »
Kakashi se cramponnait déjà à la rampe de l'escalier de service, il se ravança vers la chambre.
« Je peux ?
– Si tu ne fais pas de bruit… »
Kakashi opina, il comprenait. Et Iruka le mena silencieusement jusqu'au comptoir de ce qui avait été leur cuisine et qui n'était plus que la sienne, désormais.
Ils discutèrent à voix basse de la mission, dévièrent sur d'autres sujets, trouvèrent à tour de rôle des moyens pour prolonger la conversation. Ils évitaient tout contact physique, bien conscients qu'ils ne pourraient pas résister à l'attraction toujours vivace entre eux.
Dès son entrée dans la pièce, Kakashi avait remarqué les modifications du lieu, les photos d'eux qu'Iruka avait retirées, les espaces vides dans le salon où, autrefois, traînaient des affaires de Kakashi. Et, sur le frigo, des feuilles de papier étaient accrochées, des feuilles qui n'auraient pas pu exister du temps où ils formaient encore un couple.
« Ils t'ont fait des dessins ? »
Iruka suivit le regard de Kakashi jusqu'au réfrigérateur.
« Oui, ils m'en font souvent. C'est thérapeutique. Au début, c'était très sanguinolent mais ça progresse. Ceux-là sont presque normaux.
– Normaux ? »
Iruka décrocha les dessins et fit le tour du comptoir pour les montrer de plus près à Kakahshi.
« Là, c'est leur ancienne maison, avec un champ de fleurs et, à côté, c'est un animal que je n'ai pas réussi à identifier.
– Un dinosaure, non ?
– Ou un écureuil. Entre les deux, mon cœur balance. »
Iruka inspira avant de passer au second dessin.
« Et là, poursuivit-il d'une voix plus altérée, ce sont leurs parents. »
Kakashi examina le dessin avec attention.
« C'est un foulard rouge, qu'ils portent autour du bras ?
– Oui, c'était la marque de leur clan.
– Alors, ce sont des Akaneiro, comprit Kakashi, je connaissais bien ce clan, j'ai fait de nombreuses missions avec eux du temps de l'ANBU.
– Je sais, je me suis dit que ça te convaincrait peut-être… Mais tu n'as rien voulu entendre.
– Je suis bisexuel, je ne te l'ai jamais caché. Si j'avais eu envie d'avoir des gosses, je ne me serais pas mis en couple avec un garçon ! »
Kakashi finissait toujours par dire ce genre de choses blessantes. A chaque fois.
« Qu'est-ce que tu insinues ? Qu'on est pas un vrai mec si on a des envies d'enfant ?
– Les vrais mecs ne sont pas chuunins, trésor.
– Oh, mais on peut être un gros lâche, même quand on est un jounin. Se barrer, la queue entre les jambes, dès qu'on parle d'engagement.
– On vivait ensemble, c'était pas suffisant comme engagement ?
– Iruka ? » intervint une petite voix intimidée.
La dispute cessa sur l'instant et Iruka tenta de se composer un visage serein et rassurant quand il se tourna vers les deux enfants tapis contre le mur, à l'autre bout du salon. Le garçon protégeait sa petite sœur.
Ils avaient dû entendre leurs éclats de voix. Il ne leur fallait pas grand-chose pour perdre le sommeil.
« Qu'est-ce qu'il vous arrive ? Vous devriez dormir. Vous avez école demain et tu as un contrôle, Kyosuke. Je suis bien placé pour le savoir, c'est moi qui vais le corriger !
– C'est qui, le monsieur ?
– C'est Kakashi, un ami.
– C'est ton amoureux ? interrogea la petite fille, sa voix fluette émergeant derrière le corps de son frère. A l'académie, ils disent tous que tu as un amoureux, un amoureux avec un masque et que tu nous as pris chez toi parce que tu peux pas faire d'enfant avec lui. »
Ce n'était pas tout à fait la vérité. Pas tout à fait. Mais il était vrai qu'Iruka avait toujours voulu avoir des enfants. Quand il avait accepté son attirance pour le même sexe et surtout qu'il s'était installé avec Kakashi, il avait fait une croix dessus. Il avait cru pouvoir se passer d'une vie de famille. C'était compter sans la nouvelle grande guerre ninja et les pertes qu'elle avait engendrées. De nombreux enfants s'étaient retrouvés orphelins du jour au lendemain et Tsunade avait demandé des volontaires pour les accueillir.
Iruka était l'instructeur de Kyosuke, il s'entendait bien avec lui et savait ce que c'était que de perdre ses parents en temps de guerre. Mais quand il avait suggéré l'idée de prendre Kyosuke et sa sœur chez eux, Kakahi s'était violemment emporté, s'était montré blessant, il n'avait pas voulu en entendre parler.
Iruka savait bien pourquoi. Kakashi s'estimait instable, inapte à élever des enfants. D'ailleurs, sa tentative dans le professorat en tant que jounin instructeur ne s'était-elle pas soldée par un fiasco ? Il serait un exemple déplorable pour ces enfants. Qu'aurait-il bien pu leur apporter ?
Alors, il n'avait même pas voulu les voir, n'avait pas posé la moindre question sur eux et, très vite, il avait imposé un ultimatum à Iruka. C'était les gosses ou lui. Kakashi aurait dû se douter qu'Iruka ne se laisserait jamais rien imposer de la sorte, c'était une forte tête, un homme merveilleux, un homme qui lui manquait tellement qu'il venait le regarder dormir quasiment toutes les nuits quand il était à Konoha.
« Je suis son amoureux, répondit finalement Kakashi à la place d'Iruka. Je vivais ici avant.
– Et tu vas revenir ? » demanda craintivement Kyosuke.
Iruka et Kakashi échangèrent un regard interrogateur.
« Tu pourrais, osa Iruka. Je m'occuperai d'eux. Tu ne les verras jamais si tu n'en as pas envie. »
Kakashi risqua un regard sur eux. En avait-il envie ? Il voyait le même vide dans leurs yeux que dans les siens à leur âge. Il savait ce qu'ils étaient en train de traverser, il pouvait les comprendre aussi bien qu'Iruka.
Mais les aimer, c'était autre chose. Leur préparer le petit-déjeuner, les accompagner à l'école, leur lire des histoires à l'heure du coucher, s'extasier sur leurs dessins informes. Il était incapable de tout ça.
Iruka avait raison, c'était un gros lâche. Dans tous les domaines, sauf un. Le seul où il pouvait leur apporter quelque chose.
« Vous êtes des Akaneiro ? »
Les deux enfants opinèrent fièrement de la tête à la mention de leur clan.
Kakashi s'approcha et s'accroupit face à eux.
« Dans ce clan, les techniques ne sont pas les mêmes pour les filles et les garçons. La mère apprend aux filles et le père aux garçons.
– Kakashi… », le rappela à l'ordre Iruka.
Les enfants n'avaient plus ni mère ni père. Et tous les adultes du clan étaient morts à la guerre. Les techniques des Akaneiro étaient perdues à tout jamais. A quoi cela servait-il de leur rappeler un fait aussi cruel ?
Mais le jounin ne sembla pas vouloir entendre son objection, il fit même un geste en direction des enfants avant de relever son bandeau frontal.
Les enfants observèrent avec curiosité la pupille rouge qui était apparue.
« C'est le sharingan, la technique héréditaire d'un clan quasiment disparu aujourd'hui. Mais cet œil survit à travers moi. Grâce à lui, j'ai copié des centaines de techniques. Quand j'étais plus jeune, j'ai combattu avec vos parents, j'ai appris les techniques de votre père mais aussi celles de votre mère. Quand vous serez en âge, je pourrais vous les transmettre, si vous le voulez. »
Les enfants le voulaient, ils auraient appris tout de suite s'ils avaient pu. Et ils ne regardaient plus Kakashi de la même manière. L'inquiétude s'était muée en respect car l'œil de Kakashi contenait une promesse, celle de retrouver un petit peu de leur famille.
Et pour Iruka, dont la main s'était posée sur l'épaule de Kakashi, il contenait l'espoir de s'en créer une.
