Merci infiniment à mon bêta Dumby95 pour sa relecture du chapitre !

J'espère qu'il vous plaira, bonne lecture !

Chapitre VIII. Perdre la face

La soirée annuelle du Club de Slug avait réuni toute l'élite de Poudlard, la crème de la crème comme la décrivait le Professeur Slughorn. Les étudiants les plus brillants, les meilleurs joueurs de Quidditch, les gérants de clubs en tout genre ainsi que la progéniture de sorciers influents avaient été conviés dans les quartiers du professeur de Potions, décorés avec exubérance pour l'occasion. Ce dernier valsait parmi ses étudiants, l'air radieux, semblant parfaitement dans son élément. Il participait avec enthousiasme aux conversations et félicitait chaudement les derniers accomplissements des membres du club.

Petits fours gastronomiques, coupes de champagnes non alcoolisées, orchestre populaire, Horace Slughorn n'avait pas lésiné sur les moyens pour s'assurer que sa fête annuelle serait l'évènement le plus prisé de l'établissement.

« Il ne manque plus qu'une danseuse du ventre. » commenta Blaise Zabini avec hauteur, en pénétrant dans la pièce derrière Ginny.

Ginny Weasley s'était étonnée d'avoir reçu une invitation au vu de ses déboires récents avec le corps enseignant. Elle avait été éjectée de l'équipe de Serpentard, avait amassé un nombre incalculable de retenues pour sa supposée addiction et se plaçait désormais au plus bas de l'échelle sociale de Poudlard.

Elle était accompagnée de Luna Lovegood, l'autre souffre-douleur de l'école. Quelle paire nous faisons, pensa-t-elle avec un rire auto-dénigrant. À leur passage, plusieurs élèves leurs décrochèrent des regards hautains.

« C'est agréable de se sentir autant appréciée. » commenta Ginny avec ironie.

« On prend l'habitude. » assura Luna en observant avec intérêt l'un des plateaux de petits fours qu'un serveur mettait à disposition devant elles.

Elle sembla en repérer un qui l'intéressait et le porta à sa bouche, l'air rêveur.

« Citrouille et choux de Bruxelles. » commenta-t-elle. « Combinaison plutôt étrange mais curieusement plaisante. »

Ginny l'observa, songeuse. Occasionnellement, elle trouvait Luna Lovegood hilarante et spirituelle. La majorité du temps, toutefois, elle était juste bizarre.

Elles trouvèrent un emplacement non loin du bar, et en profitèrent pour commander deux cocktails de jus de fruits.

« Avec plaisir Ginny. » lança l'étudiant qui faisait office de barman.

Elle grimaça en reconnaissant sa voix. Il s'agissait de Vladimir Eisenhower, un élève de son année qu'elle avait fréquenté quelques mois auparavant dans le seul objectif de se divertir. Depuis sa première année, il vouait à Ginny une sorte de culte sordide.

Il lui servit un verre auquel elle jeta un regard méfiant.

« Tu es très en beauté ce soir, Ginny » la complimenta-t-il.

Il était vrai que Ginny avait fait un effort sur sa présentation. Elle portait une robe asymétrique d'un bleu sombre et ses cheveux étaient relevés dans un chignon simple et dégagé. Elle s'était même légèrement maquillée pour l'occasion.

Ces dernières semaines, et notamment durant son addiction, son apparence avait été le cadet de ses soucis. Elle retrouvait peu à peu des couleurs grâce à la potion de contre-effets administrée par Rogue qu'elle buvait tous les soirs pour accélérer sa cure. Maintenant qu'elle ne sautait plus ses repas, elle commençait également à reprendre du poids.

Toutefois, elle n'était plus la Ginny Weasley flamboyante d'il y a quelques mois sur qui tous les garçons se retournaient lors de ses allées et venues.

Pour Vladimir Eisenhower cependant, il semblait que son charme n'avait pas cessé d'opérer.

« Tu sais, étant donné que tu n'es plus avec Potter, je me demandais si… » commença-t-il d'une voix pleine d'espoir.

« Ne rêve pas. » coupa sèchement Ginny.

Elle s'empara du verre et entraina Luna à l'autre extrémité de la pièce, dans un coin discret. Elle vida le contenu du verre que lui avait préparé le barman en herbe dans le premier pot de plante qu'elle croisa. La plante frémit avant d'éternuer bruyamment, renvoyant un liquide gluant sur le tuxedo d'Ernie McMillian. Ce dernier lui jeta un regard ennuyé.

« Pourquoi tu l'as versé ? » demanda Luna avec étonnement lorsqu'elle la vit déverser le contenu du verre. « Il avait l'air parfaitement correct. »

« Conseil d'amie. Ne bois jamais les verres que te servent les types de Serpentard. » déclara Ginny d'un ton neutre.

« Pourquoi donc ? » demanda Luna, confuse.

« Tu as déjà entendu parler d'Eloïse Midgen ? » interrogea Ginny.

« Elle a quitté l'école sans raison si je me souviens bien. »

« Tout à fait. Sais-tu pourquoi ? »

Eloïse Midgen, une Gryffondor de l'année d'Harry, avait quitté Poudlard deux ans auparavant dans des circonstances plutôt obscures.

Lors de l'une des fêtes tristement célèbres de Serpentard, où Midgen s'était introduite sans invitation, elle avait forcé sur la bouteille de whisky pur feu, perdant alors toutes ses inhibitions. Le lendemain, des clichés de la Gryffondor avaient commencé à circuler dans tout l'établissement, en petite tenue, dans des positions très suggestives.

Honteuse, humiliée et sans souvenir de l'incident, Midgen avait quitté l'école du jour au lendemain. On avait appris par la suite qu'elle avait été transférée à Beauxbâtons, l'école de sorcellerie française.

Toute l'école était persuadée qu'elle avait abusé de la boisson cette nuit-là. D'autres élèves, plus éclairés, savaient que la cause était toute autre. Si Midgen avait agi ainsi, c'était parce qu'on avait mis quelque chose dans son verre.

Lovegood parut chamboulée par les révélations de Ginny et observa son verre quelques secondes, songeuse. Elle finit par le déposer sur l'une des tables décorées de nappes à fanfreluches.

« Sage décision. » commenta Ginny avec un hochement de la tête. « Avec un peu de chance, ils changeront de barman pendant la soirée. »

« Miss. Weasley ! » s'exclama une voix ravie, non loin d'elles. « Quel plaisir de vous voir parmi nous. »

Horace Slughorn s'approcha d'elles, arborant un large sourire. Il portait une robe de sorcier bleue extravagante avec un col lavallière.

« Garçon, servez donc mes deux invitées. » demanda-t-il à un serveur qui passait avec un plateau où s'entassaient des coupes de champagne.

Ginny et Luna prirent chacune une coupe. Ginny reconnut le serveur comme étant Neville Londubat, un ami proche de Luna. Cette dernière engagea la conversation avec lui pendant que Slughorn se tournait vers Ginny, l'air enchanté. Il se pencha vers elle, et sur le ton de la confidence, déclara :

« Miss Weasley, je dois dire que j'ai été particulièrement surpris de la qualité de votre Elixir d'Euphorie. » s'extasia-t-il.

« Je n'ai pas… » commença à démentir Ginny.

« Le niveau de détail, l'originalité, cette touche personnelle, absolument digne d'une véritable Maîtresse des Potions. » continua-t-il avec un enthousiasme débordant, ignorant totalement ses dénégations. « J'aimerais sincèrement vous voir afficher vos talents pendant mes cours Miss. Weasley. »

« Vraiment, Professeur Slughorn, ce n'était pas… » tenta-t-elle d'objecter.

« Bien sûr que non, Miss Weasley. » coupa Slughorn avec un clin d'œil appuyé.

Il semblait persuadé qu'elle avait préparé cette potion et pensait probablement qu'elle réfutait son implication afin d'éviter les problèmes avec le reste du corps enseignant. Lui, pour sa part, ne semblait pas s'en offusquer, et semblait même admiratif. C'était probablement la raison pour laquelle Ginny avait reçu l'invitation à son évènement.

Slughorn leva soudainement le bras avec enthousiasme.

« Mr. Potter, Miss. Hawke ! Par ici, par ici. » s'exclama-t-il.

Ginny se figea sur place. Elle n'eut pas le temps d'esquisser le moindre geste puisque Emelyn Hawke les rejoignait déjà, Harry Potter sur ses talons.

Lorsque ce dernier aperçut Ginny, il sembla également se tendre et fit de son mieux pour éviter son regard. C'était la première fois qu'ils se retrouvaient face à face depuis la rupture et la tension dans l'air était palpable. Emelyn, elle, ne semblait pas gênée le moins du monde.

« Professeur Slughorn, Ginny. Quelle merveilleuse soirée. » commenta-t-elle.

Elle arborait cet air de petite fille respectable qui irritait Ginny au plus haut point. Elle savait qui se cachait derrière le masque. Emelyn Hawke était une garce hypocrite et Ginny allait mettre un point d'honneur à le prouver à tous dès qu'elle en aurait l'occasion.

Slughorn la remercia avec de se tourner vers Harry.

« Harry, mon garçon, absolument ravi de vous voir parmi nous. » dit-t-il. « Venez donc, je tiens absolument à vous présenter à quelqu'un. »

Il prit Harry par les épaules et s'éloigna parmi la foule d'invités. Harry le suivit sans histoires, visiblement soulagé. Emelyn tourna alors son attention sur Ginny et un sourire faussement ingénu se fendit sur visage.

« Ginny, tu es ravissante. » la complimenta-t-elle en la détaillant de haut en bas.

Ginny ne répondit pas, la dévisageant avec tout le mépris dont elle était capable. Cela sembla amuser Emelyn.

« Toujours aussi hostile Ginevra. » ajoute-t-elle d'un ton sarcastique. « Quel est le problème aujourd'hui ? Ah laisse-moi deviner, tu es furax car ton ex est avec moi ce soir ? »

Elle provoquait volontairement Ginny, probablement avide de la faire réagir de manière irréfléchie. Toutefois, Ginny était loin d'être stupide et elle n'allait pas lui accorder ce plaisir.

« Je n'ai pas besoin qu'Harry me le dise pour savoir qu'il n'a pas envie d'être ici, et encore moins avec toi. » déclara Ginny avec un calme qui l'étonna elle-même.

Emelyn laissa échapper un petit rire.

« Continue de t'en persuader, Ginny. Peut-être que si tu le répètes assez, tu finiras même par y croire. » déclara Emelyn avec complaisance.

Elle lui adressa un dernier regard hautain avant de rejoindre Slughorn et Harry. Ginny observa le trio, les dents serrées. Elle sentit une main se poser sur son épaule. Elle se retourna pour apercevoir Luna qui la regardait avec inquiétude.

« Tu vas bien ? »

Ginny ne voyait pas son propre visage mais elle savait qu'il traduisait parfaitement ses émotions actuelles. Elle était partagée entre la frustration, la colère et l'envie de fondre en larmes. Toutefois, elle était en public et ne voulait pas montrer à Emelyn qu'elle était affectée.

« Je vais bien. » répondit Ginny un peu trop rapidement.

Elle vida d'un trait son verre.

« Alors tu t'amuses ? » interrogea Ginny afin de changer le sujet.

Luna hocha la tête, enchantée.

« Neville m'a dit qu'il y aurait un discours. » indiqua-t-elle.

En effet, une dizaine de minutes plus tard, Padma Patil, la préfète-en-chef, monta sur l'estrade qui faisait office de scène pour l'orchestre. Ginny les yeux au ciel. Patil ne ratait jamais une occasion de se faire remarquer.

Elle s'éclaircit la gorge avant de lancer dans un discours flatteur et zélé au sujet de Slughorn et de ses réalisations au sein de l'école. Affirmer que ce dernier était aux anges aurait été un euphémisme. Ses yeux brillaient de contentement, visiblement comblé de l'attention qu'il recevait.

« Lèche-bottes. » chuchota Blaise Zabini derrière elle, entre deux toussotements, provoquant les ricanements des autres Serpentard présents dans la pièce.

Lorsque Patil acheva sa tirade, Ginny vit Emelyn applaudir avec enthousiasme. Elle se pencha vers Harry pour lui murmurer quelque chose à l'oreille. Il hocha la tête et ils s'éclipsèrent de la salle.

Après une courte hésitation, Ginny décida de les suivre.

« Je reviens. » annonça-t-elle à l'adresse de Luna avant de se frayer un chemin parmi les élèves pour quitter la pièce à son tour. Elle se retrouva dans un couloir silencieux et jura en réalisant qu'elle ne savait pas quelle direction ils avaient emprunté.

Des voix faibles parvinrent à ses oreilles et elle en suivit la direction. Elle les retrouva à quelques mètres, dans un couloir adjacent. La conversation était à peine audible et elle se maudit intérieurement. Habituellement, elle portait toujours les oreilles extensibles élaborées par ses frères Fred et George. Malheureusement, sa tenue du jour ne lui avait pas permise d'emporter davantage que sa baguette magique. Elle se concentra pour essayer d'entendre leurs paroles mais elle ne parvint à saisir que des bribes.

« …d'être venue avec moi. » disait Emelyn.

Elle n'entendit pas la réponse d'Harry. Toutefois celle-ci semblait amuser Emelyn qui éclata d'un rire cristallin. Ginny leva les yeux au ciel. Quelle gourgandine, pensa-t-elle.

« Te le dire…Depuis des mois… T'apprécie beaucoup. » entendit-elle par saccades.

Elle n'avait pas besoin d'entendre la conversation dans son intégralité pour comprendre de quoi il s'agissait. Ces quelques paroles et le contexte la renseignaient suffisamment. Cette traitresse d'Emelyn Hawke était en train de faire sa déclaration à son petit-ami. Les secondes suivantes, elle n'entendit plus rien et anxieuse, elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil.

Ils étaient à quelques centimètres l'un de l'autre. Emelyn semblait vouloir initier un rapprochement. Le langage corporel d'Harry, lui, était sans équivoque. Il paraissait particulièrement mal à l'aise.

Et soudainement, surprenant Ginny, Emelyn tenta d'embrasser le Gryffondor. Le geste resta de l'ordre de la tentative puisqu'Harry la repoussa immédiatement avec fermeté. Ginny eut presque envie de rire de soulagement. Mais elle se tut, ne souhaitant pas être prise en flagrant délit d'espionnage. Elle entendit des pas s'approcher, sûrement ceux d'Harry, et elle s'empressa de fuir, puis de retrouver les quartiers de Slughorn, le cœur battant.

Elle rejoignit Luna qui se mouvait lentement au rythme de la musique.

« Tu as l'air de meilleure humeur. » commenta Luna à son retour.

Ginny hocha la tête et se tourna vers elle d'un air résolu.

« Je vais récupérer mon petit-ami. » dit-elle. « Et j'ai besoin de ton aide. »

/

Lorsque Potter s'éloigna hâtivement, après avoir vivement repoussé ses avances, Hermione ne put s'empêcher de laisser échapper un cri de rage. Quelle idiote, se répéta-t-elle avec frustration. Tu aurais dû attendre. Tu as été tellement stupide.

Cela avait été un manœuvre stupide de sa part. Elle avait été trop pressée et désormais Potter allait l'éviter comme la peste.

Cette partie de son plan tombait désormais complètement à l'eau et n'avait plus le choix. Elle devrait accélérer les prochaines étapes si elle souhaitait obtenir ce qu'elle voulait.

Quelques mois auparavant

Après quelques semaines chez les Mangemorts, Hermione réalisa rapidement l'importance de la hiérarchie au sein du groupe.

Au pied de la hiérarchie, on trouvait des sous-fifres, des individus généralement naïfs ou des rejets de la société, attirés par la perspective d'être acceptés au sein d'une communauté. Tous les fidèles dont les compétences magiques étaient limitées se trouvaient dans cette catégorie. Ils étaient afférés à des besognes ingrates comme la cuisine et la maintenance du matériel et des locaux. En règle générale, ils devaient s'assurer que les demandes des Mangemorts d'ordres supérieurs étaient remplies.

Le second groupe rassemblait des Mangements tels que Travers, Jugson et Mulciber. Ils étaient considérés comme des membres de catégorie inférieure, à qui on attribuait des missions de second ordre. Leur rôle était de semer la peur et le chaos à petite échelle parmi la communauté de sorciers britannique.

Cette division se composait de plusieurs brigades dont les missions différaient. Travers était le leader de l'une d'elle. Il gérait activement le recrutement, l'attribution des tâches et la formation des nouvelles recrues. Toutefois, il semblait évident qu'il aspirait à une place plus importante au sein de la hiérarchie et qu'il souhaitait se faire remarquer par le niveau supérieur.

La plupart des Mangemorts de catégorie inférieure étaient dotés d'une intelligence limitée et se complaisaient dans les massacres et les petits délits. Un autre leader de brigade, Dolohov, semblait particulièrement intéresser Iryna qui faisait tout son possible pour se faire remarquer dès qu'il était dans les parages. Antonin Dolohov était une petite frappe au sang chaud, spécialisé dans le recel de marchandises douteuses et le trafic de substances illicites. Il faisait principalement ses armes dans l'Allée des Embrumes et d'autres quartiers mal famés. Son allure brut de décoffrage semblait causer des bouffées de chaleur à Iryna qui ne lésinait pas sur les moyens pour être mandatée en mission avec lui.

On pouvait qualifier le troisième groupe de Premier Ordre. Il s'agissait des Mangemorts les plus puissants et les plus influents. Ils formaient l'entourage proche du Seigneur des Ténèbres.

Certains d'entre eux étaient des sorciers extrêmement puissants dont la mission principale consistait à mener des opérations à grande échelle, et dont l'impact stratégique et politique était plus important. Bellatrix Lestrange et son mari, Rodolphus, faisaient partie de cette catégorie. D'autres, tels que Lucius Malfoy ou Corban Yaxley étaient des sorciers influents par leur richesse ou leur position sociale. Ils étaient infiltrés dans des postes à responsabilités au ministère.

Au sommet de la pyramide, se dressait le Seigneur des Ténèbres, menant d'une main de fer ses fidèles.

Les recrues n'avaient jamais vu le Mage noir. Même les Mangements de Premier Ordre étaient rarement aperçus. La communication se faisait en général uniquement par le biais des leaders de brigades qui cascadaient les informations à leur équipe et s'occupaient de la logistique des missions.

Après plusieurs semaines d'entrainement acharné, Travers leur annonça un jour qu'ils entreraient officiellement dans les rangs du Seigneur des Ténèbres. Ils obtiendraient la Marque des Ténèbres lors d'une cérémonie d'initiation.

Hermione pâlit lorsqu'elle entendit cela, sa réaction contrastant avec l'expression de bonheur extrême visible sur le visage d'Iryna.

La veille de la cérémonie, Travers décida d'emmener les recrues et une poignée de Mangemorts dans une taverne afin de célébrer leurs récents accomplissements.

Ils se retrouvèrent tous devant Le Cadavre ambulant, un pub de l'Allée des Embrumes à la réputation douteuse.

Un homme imposant bloquait l'entrée et les observa d'un air méfiant. Il lui rappelait vaguement Hagrid. Il sembla reconnaitre Travers et se décala pour les laisser entrer. Il émit une sorte de grognement étrange, presque animal, lorsque Fabius voulut entrer et dressa son bras devant lui, l'empêchant de pénétrer dans le bar.

L'homme grogna en direction de Travers qui lui donna discrètement ce qui ressemblait à des pièces dorées. Le videur retira son bras et laissa passer le reste du groupe, Fabius y comprit.

« Tu devrais être au lit à cette heure-ci. » commenta Iryna à voix basse en direction de Fabius avec une moquerie évidente.

Fabius était le plus jeune du groupe. Il n'avait pas jamais donné son âge, mais ne devait pas avoir plus de quatorze ans.

En entrant dans le pub, Hermione eut l'impression de se retrouver dans une cour des miracles. Des sorciers à l'allure hasardeuse se pressaient au bar, d'autres étaient avachis sur des tables, hurlant de rire, et d'autres regardaient avidement une femme qui chantait une mélodie sordide.

« Une Banshee. » murmura Iryna, aux côtés d'Hermione.

La femme était extrêmement pâle et ses longs cheveux d'un noir de jais volaient sur ses épaules, lui donnant un air un peu sauvage. Sa mélopée funèbre semblait envoûter tous ceux qui l'écoutaient.

« Granger, par ici. » dit Iryna, sortant Hermione de sa torpeur. « Tu vas t'ouvrir les veines si tu continues de l'écouter. »

Elle la suivit jusqu'à une table ou s'étaient installés Travers et les autres.

« C'est la première fois que j'en vois une. » expliqua Hermione.

« Ils ont dû la coincer ici. » indiqua Iryna. « Elles vivent en recluses habituellement et ne se mêlent pas aux autres. »

Hermione se força à décoller son regard de la créature. Deux elfes de maisons apparurent à leur table, faisant léviter de grands plateaux devant eux, garnis de pintes de bières et de bouteilles de whisky-pur feu. Ils se posèrent dans un claquement sonore sur la grande table sous les exclamations enthousiastes des Mangemorts.

« Ce soir, c'est le boss qui rince ! » s'exclama Adamus Mulciber avant d'ingurgiter plusieurs gorgées de bière.

Il fut rapidement suivi par les autres de la tablée qui l'imitèrent, trinquant bruyamment. Réticente au début, Hermione finit par accepter un verre de whisky pur feu sous l'instance d'Iryna. Etant donné qu'elle consommait rarement de l'alcool, la liqueur n'eut pas besoin de longtemps pour agir. Après son premier verre, elle éprouva une sensation de chaleur et se sentit beaucoup plus détendue. Après son second verre, elle commença à rire bruyamment aux plaisanteries de Mulciber.

Non loin d'elle, elle vit Iryna flirter sans scrupules avec Dolohov. Elle portait une tenue en cuir qui épousait toutes ses formes. Les deux côtés de sa tête étaient rasés et au centre, de longues mèches blondes cascadaient jusqu'à sa taille. Son langage corporel face à Dolohov laissait peu de doute quant à ses intentions.

À son troisième verre, la vue d'Hermione devint légèrement trouble et son élocution pénible. Sur la scène, la Banshee avait disparu, remplacée par un homme qui hurlait un chant agressif. Elle se leva afin de trouver les toilettes et avança avec maladresse parmi les clients du pub.

« Reprends-toi, Hermione » murmura-t-elle pour elle-même devant le miroir miteux de la salle d'eau.

Sa tête tournait, son champ de vision se réduisait et elle avait de plus en plus de mal à coordonner ses mouvements. Elle retrouva la tablée où Iryna, désormais seule, observait quelque chose, les bras croisés, et l'air agacé, un verre rempli à ras bord dans la main.

« Où sont les autres ? »

En guide de réponse, Iryna lança une série de paroles dans sa langue natale. Vu ses intonations, il s'agissait probablement d'insultes.

Hermione se tourna dans la direction qu'elle pointait du doigt. Elle repéra Dolohov qui dansait lascivement avec une sorcière au milieu de la salle. Les avances d'Iryna ne l'avaient visiblement pas intéressé. Elle écouta distraitement Iryna critiquer copieusement la gent masculine pendant la demi-heure qui suivit. Iryna enchaina verre sur verre et Hermione fut impressionnée par sa descente. Vers trois heures du matin, la majorité du groupe était dans un état d'ivresse avancé. Même Iryna semblait avoir oublié l'indiscrétion de Dolohov.

Les portes du pub s'ouvrirent dans un claquement bruyant et Hermione vit une femme entrer, vêtue d'une cape sombre. Deux hommes la suivaient de près. Elle jeta un regard circulaire à la pièce avant d'ôter sa capuche, révélant une cascade de boucles brunes. Hermione reconnût immédiatement Bellatrix Lestrange.

Bellatrix se dirigea vers le bar, suivi de ses deux comparses. Les gens s'éloignaient à son passage et murmuraient entre eux en la regardant avec crainte. Seul un homme à l'aspect miteux, probablement un mendiant, osa s'approcher d'elle, tirant sur le bord de sa robe de sorcière. Elle se tourna vers lui, le toisant avec hauteur. Il s'était incliné devant elle, ses deux mains levées dans sa direction, la suppliant silencieusement. Il se retrouva soudainement projeté à l'autre bout de la pièce, contre le piano défraichi se trouvant sur la scène. Hermione, observa la scène non sans admiration. Bellatrix avait exécuté de la magie sans sa baguette, et Hermione savait que seuls les sorciers extrêmement puissants en étaient capables. Il ne faisait aucun doute que Bellatrix Lestrange méritait sa place aux côtés du Seigneur des Ténèbres.

Personne ne sembla s'offusquer du sort du mendiant. Tout le monde fit mine de l'ignorer et de retourner à ses activités.

Fabius, qu'elle n'avait pas vu de toute la soirée, vint s'asseoir à ses côtés, l'air blasé.

« Tu n'as pas l'air de t'amuser. » commenta Hermione à son attention.

« Il faut bien que quelqu'un garde ses esprits. » répondit Fabius avec sérieux.

La conversation s'arrêta là. Fabius ne parlait pas beaucoup. Hermione en profita pour l'observer. Elle remarqua qu'il portait deux bagues à chacun de ses auriculaires. Sur le gauche, une chevalière ronde en or blanc sur laquelle étaient gravées les lettres F.H. Le second anneau, une chevalière ovale, présentaient les lettres E.H.

Elle n'eut pas la possibilité de le dévisager davantage car Iryna surgit devant elle, la forçant à se lever. Hermione ne protesta pas et se laissa entrainer devant l'estrade où le chanteur braillait toujours à plein poumons.

Probablement décomplexée par les effets de l'alcool, Hermione laissa Iryna la faire valser dramatiquement avant de l'attraper par la taille pour l'empêcher de trébucher.

Quelques heures plus tard, les deux jeunes femmes furent escortées dans leurs appartements par Jugson, puisqu'elles tenaient à peine debout. Une fois la porte refermée, Iryna tenta de se déshabiller, mais trébucha indignement par terre. Elle laissa échapper une exclamation de douleur alors qu'Hermione éclatait de rire. Bientôt, Iryna fit de même et leur hilarité dura une éternité.

Iryna fut la première à reprendre son calme et se lança dans un long discours sur Dolohov qu'elle qualifia « d'idiot de première classe » et clama qu'il ne méritait pas ce qu'elle avait à offrir.

Pour joindre le geste à la parole, elle désigna sa silhouette plantureuse, ce qui fit rire Hermione.

« Dis-moi qui te plaît, ici ? » demanda Iryna à l'adresse d'Hermione, l'air conspirateur.

« Personne. » répondit aussitôt Hermione.

Iryna leva les yeux au ciel.

« Tu es tellement coincée, parfois. » lança Iryna en ignorant le regard offusqué d'Hermione.

« Personne ne me plaît ici. » rectifia Hermione.

Iryna ouvrit de grands yeux et elle se jeta sur le lit d'Hermione, s'écrasant d'une façon peu gracieuse sur elle.

« Je veux tout savoir Granger. » quémanda Iryna. « Comme il s'appelle ? »

« Qui a dit que c'était un 'il' ? » répondit Hermione du tac au tac.

Iryna ouvrit grand la bouche puis gloussa, ce qui lui ressemblait peu.

« Je n'aurais jamais pensé que tu mangeais de ce pain-là. » déclara Iryna avec un petit sourire. « Comment elle s'appelle ? »

« Ginny, et c'est la fille la plus belle que je n'ai jamais vu. » avoua Hermione avec un sincérité.

« Plus belle que moi ? » interrogea Iryna avec un air faussement blessé.

Hermione lâcha un petit rire.

« Si Jenny était devant toi, qu'est-ce que tu lui dirais ? » demanda Iryna.

« Ginny. » rectifia Hermione. « Et je lui dirai qu'elle a été stupide de le choisir plutôt que moi et qu'elle le regrettera un jour. »

La conversation avait pris une tournure plutôt inattendue et étrangement, Hermione n'avait aucun problème à se confier aussi librement. Probablement un autre effet du whisky-pur-feu. Iryna se redressa.

« A quoi ressemble-t-elle ? »

« Rousse, des yeux de biche noisette, des taches de rousseur sur le nez… » commença à énumérer Hermione.

Elle se stoppa lorsqu'elle vit Iryna fermer les yeux et que son apparence changea brusquement. Sa chevelure actuelle, platine, et à moitié rasée, devint volumineuse et rousse. Iryna rouvrit les yeux et son regard se fit interrogateur. La couleur de ses yeux avait changé, ainsi que leurs formes.

« Alors, je lui ressemble ? »

Hermione l'observa quelques secondes sans dire un mot, fascinée.

« La teinte de ses cheveux est plus foncée, presque rouge. Et ils sont moins longs mais plus raides. »

Iryna hocha la tête et la couleur de ses cheveux se modifia.

« Son nez est différent, plus petit. Et ses lèvres, plus rosées, ses pommettes pas aussi prononcées. »

Hermione observa la jeune femme avec fascination alors que ses traits se transformaient, collant de plus en plus avec la description de Ginny. Le résultat fut troublant malgré quelques différences sur les traits de Ginny, qu'Iryna était incapable d'imiter.

« Tu lui ressembles tellement. » dit alors Hermione.

Sans pouvoir s'en empêcher, Hermione leva sa main et la posa sur le visage de la jeune femme, caressant légèrement sa joue, son nez et ses lèvres.

« Ginny… » murmura-t-elle d'une voix si basse qu'elle ne fut pas certaine de l'entendre elle-même.

Un petit sourire se dessina sur le visage d'Iryna.

« Si Gemma était devant toi, qu'est-ce que tu ferais ? » demanda-t-elle.

La main d'Hermione, toujours sur le visage de la jeune femme, se déplaça lentement et se plongea dans sa chevelure. Puis d'un geste lent, mais ferme, elle approcha son visage du sien et ses lèvres s'écrasèrent contre les siennes. Ses lèvres avaient le goût de whisky. Iryna approfondit le baiser et celui-ci devint plus passionné, presque avide. Sa langue jouait avec la sienne dans un ballet des plus sensuels. Ses mains se firent alors plus caressantes sur le corps d'Hermione et elle se rapprocha davantage, se positionnant au-dessus d'elle. L'une de ses mains descendit lentement le long du ventre d'Hermione, avant de retrouver sur le haut de sa jambe. Elle écarta sa cuisse légèrement puis rompit leur baiser.

Hermione rouvrit les yeux et son regard plongea dans ces yeux qui lui semblaient tellement familiers. Elle était presque envoutée.

« Laisse-moi te faire oublier Ginny » dit Iryna, son visage disparaissant entre les cuisses de la jeune femme.

Hermione ferma alors les yeux, et se perdit dans ses caresses enivrantes.

Quelques heures plus tard, lorsqu'elle Hermione se réveilla, la première pensée qui lui vint à l'esprit fut qu'un mal de crâne violent lui torturait le crâne. Elle ouvrit les yeux, et constata qu'elle n'était pas seule dans son lit. Iryna, dormait auprès d'elle, profondément. Elle était nue. Hermione constata qu'elle ne portait également aucun vêtement et les souvenirs de la veille lui revinrent en tête brutalement.

Elle avait trop bu pendant la soirée et s'était retrouvée dans son lit avec Iryna qui avait imité l'apparence de Ginny grâce à ses dons de Métamorphomage.

Les souvenirs de leurs ébats brûlants lui revinrent également en tête. Elle jura bruyamment, réveillant Iryna.

« Ma tête. » murmura cette dernière en clignant des yeux avec difficulté.

Hermione l'observa en silence pendant qu'elle geignant de sa migraine.

« Sors de mon lit, s'il-te-plaît. » ordonna Hermione d'un ton froid.

Iryna se releva lentement, surprise du ton qu'avait employé Hermione. Elle leva un sourcil.

« Tu es toujours aussi agréable, le lendemain ? » demanda-t-elle avec ironie. « Je suis vraiment dans le mal. »

« Je m'en fous. » déclara Hermione avec mépris. « Sors de mon lit. »

« Wow, on se calme Granger. Je me lève. » accepta Iryna.

Hermione lui adressa un regard noir alors qu'elle s'emparait de ses draps et qu'elle les enroulait autour de sa poitrine, pour cacher sa nudité.

Elle se dirigea vers la salle de bain afin de prendre une longue douche. Elle se sentait sale. Sale de s'être laissée agir de la sorte, sale d'avoir aimé ça, sale d'en vouloir plus.

Elle se frotta avec tellement de force que peau devint presque rouge. Lorsqu'elle ressortit de la salle de bain, Iryna se tenait la tête, gémissant doucement.

Hermione s'empara de vêtements propres puis retourner dans la salle de bain pour se changer. Lorsqu'elle retourna dans la chambre, elle constata avec agacement qu'Iryna était debout, et toujours nue.

Hermione détourna le regard avant de s'affairer dans la pièce, l'ignorant totalement.

« Ecoute Granger, si c'est à cause de ce qu'il passé hier soir… » commença Iryna.

« Il ne s'est rien passé hier soir. » dit Hermione avec froideur.

« Pourtant tu as eu l'air de particulièrement aimé ça. Je parie que les autres t'ont entendu gémir de plaisir cette nuit. » répliqua Iryna d'un ton moqueur.

En quelques enjambées, Hermione fut face à elle et avec une force dont elle ne s'était jamais crue capable, lui administra une gifle retentissante sur le visage.

Iryna, sous la surprise et la violence du coup, fit quelques pas en arrière et retomba en position assise sur son lit.

Une partie de son visage était rouge. Elle observait Hermione avec une expression choquée. Cette dernière la toisa.

« Il ne s'est rien passé cette nuit. Et si je t'entends mentionner quoi que ce soit à qui que ce soit, je te finis. Compris ? » avertit Hermione, le regard sombre, la voix pleine de menaces.

« C-compris. » bégaya Iryna, avec de la crainte dans les yeux.

Hermione lui adressa un dernier regard sombre avant de quitter la pièce, claquant la porte bruyamment derrière elle.

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Son retour au Terrier pour les vacances de printemps fut pesant pour Ginny. Le premier jour, à peine descendue du Poudlard Express, elle eut droit à un long sermon de sa mère concernant sa prise de substances illicites, son attitude envers le personnel de Poudlard et ses amitiés peu fréquentables. Pendant le dîner, ce fut au tour de son père d'en rajouter une couche. Habituellement, Ginny aurait renchéri de manière provocante mais elle s'abstint, ce qui surprit ses parents.

Harry, qui passait également ses vacances dans la famille Weasley, sembla faire de son mieux pour ignorer Ginny. Chaque jour, peu après son réveil, il partait en mission secrète en compagnie de Ron et de divers membres de l'Ordre du Phénix pour la journée entière. Il ne revenait que très tard dans la soirée, à l'heure du dîner ou rentrait directement dans la chambre de Ron pour dormir.

Ginny s'ennuyait ferme et ses seules distractions consistaient à aider à sa mère à dégnommer le jardin et à préparer les repas. Molly Weasley fut surprise de voir sa fille l'aider dans les diverses tâches ménagères du quotidien mais ne sembla pas s'en formaliser. C'était la première fois depuis son entrée à Poudlard qu'elles parvenaient à avoir des conversations sans se disputer. Un jour, Molly, visiblement curieuse, finit par la questionner sur le statut de sa relation avec Harry et Ginny se mura dans le silence le reste de la journée.

Le jour du match des Harpies de Holyhead contre les Canons de Chudley se profila et redonna à Ginny toute sa bonne humeur. Le matin du match, elle enfila son jersey préféré à l'effigie des Harpies, son équipe favorite.

Sa mère, auprès de ses fourneaux, comme à son habitude, la gratifia d'un sourire prudent et parut soulagée lorsque Ginny le lui rendit.

Molly posa une assiette remplie pancakes devant Ginny.

« Tu réalises que nous ne sommes que toutes les deux ? » fit remarquer Ginny en levant un sourcil.

Les pancakes s'entassaient sur une pile de trente centimètres de haut, menaçant de tomber. Molly lança un sort en direction de de la pile qui resta debout grâce à l'enchantement.

« Tes frères devraient arriver d'un instant à l'autre. Tonks et Luna également. » l'informa sa mère.

Elle observa Ginny, l'air pensif puis ajouta :

« Et une portion en plus ne te fera pas de mal. Tu as la peau sur les os, Ginevra. »

Ginny grimaça à l'usage de son nom complet.

« Quels frères ? » demanda-t-elle en avalant une énorme bouchée de pancakes qu'elle avait généreusement trempé de sirop d'érable.

Molly n'eut pas le temps de répondre car ses frères, Fred et George, entrèrent dans la maison, aussi bruyamment qu'à l'accoutumée. Ils portaient tous les deux des jerseys d'un orange pétant, et trimbalaient toutes sortes d'accessoires à l'effigie des Canons de Chudley.

Ginny les toisa.

« Prêts à vous prendre la pâtée ? » interrogea-t-elle d'un ton innocent.

« Prêts à vous mettre une belle correction. » répondit Fred d'un ton résolu alors qu'ils rejoignaient la table.

« Dans tes rêves ! »

Les jumeaux s'emparèrent chacun d'une assiette afin de se servir une quantité généreuse de pancakes.

« Comment avez-vous eu vos places ? » demanda Ginny avec curiosité.

« Figure-toi que l'un des représentants du club des Canons de Chudley est intéressé par un partenariat avec notre boutique. » annonça fièrement George.

Ginny ouvrit la bouche, stupéfaite.

« Eh bien, ça a l'air de bien marcher pour vous. J'étais persuadée que vous seriez sur les pavés du Chemin de Traverse à faire la manche après votre sortie de Poudlard. » dit-elle d'un ton faussement moqueur.

« Ginny, ne sois pas méchante avec tes frères. Je suis fière de vous, Fred, George. » déclara Molly, avant de disparaitre de la pièce.

« Toujours aussi agréable, petite sœur. » lança Fred. « Et dire que nous allions te faire un cadeau.

« Nous sommes trop gentils. » ajouta George.

Cela fut suffisant pour attiser la curiosité de Ginny.

« Un cadeau, quel cadeau ? » demanda-t-elle.

Elle adorait les cadeaux.

« Ce n'est pas tout à fait un cadeau. » dit George. « Plutôt un échantillon gratuit de notre prochaine marchandise à succès.

« Tout le monde va se l'arracher. »

George sortit une boite qu'il lança en direction de Ginny. Celle-ci l'attrapa au vol.

« Songe Sans-Souci. » lut-elle sur l'étiquette. « Rends vos rêves rigoureusement radieux. »

« Marque déposée. » déclara Fred.

« Je ne suis pas certaine de comprendre le concept. » avoua Ginny.

« Chacune des boites contient des potions sur un thème spécial. L'objectif est d'influencer les rêves du buveur. »

Ginny ouvrit la boite contenant effectivement des petites fioles liquides de couleurs variées. Sur chacune d'entre elle était inscrit un mot. Noël. Printemps. Quidditch. Neige. lut-elle.

« Certaines émotions sont déclenchées par une partie du cerveau. Certain des ingrédients de nos potions vont stimuler certaines zones afin de provoquer une émotion particulière. Nous avons ensuite ajouté des arômes qui sont habituellement associés à des thèmes de la vie courante et qui nous rappelle une activité, une saison ou tout simplement un sentiment. »

« Mais c'est intelligent. » répondit Ginny, avec surprise.

« J'imagine qu'il faut prendre ça comme un compliment. » déclara Fred à l'adresse de son jumeau.

« Même si ce ton surpris me laisse quelque peu vexé. » ajouta George.

« Vous ne devriez pas me procurer ce genre de produits au vu de mes antécédents avec les substances interdites. » leur rappela Ginny d'un ton sarcastique.

Evidemment, ses parents avaient écrit à chacun de ses frères concernant ses problèmes scolaires en les exhortant, particulièrement Ron, à la surveiller attentivement.

Depuis son retour au domicile familial, elle n'avait même cherché à se défendre de ces fausses accusations. Elle savait pertinemment qu'aucun membre de sa famille ne la croirait. Au fond, cela ne choquait personne. Il s'agissait d'une énième bêtise à ajouter à son palmarès d'enfant indigne, déjà bien rempli.

Fred et George échangèrent un regard.

« Je crois bien qu'elle nous a surpassé. » commenta Fred d'un ton solennel.

« Ginny, tu as officiellement eu la scolarité la plus turbulente de cette famille, tous nos respects. » ajouta George.

Ginny leva les yeux au ciel mais ne put s'empêcher de lâcher un petit rire. Les jumeaux étaient sans aucun doute les membres de sa famille dont elle se sentait le plus proche. Comme elle, leurs années à Poudlard avaient été ponctué de retenues, passages dans le bureau de divers professeurs, et de divers sermons de la part de leurs parents.

Son premier jour à Poudlard, lorsqu'elle s'était avancée devant toute l'école et que le Choixpeau s'était exclamé « Serpentard ! » elle avait reçu des regards éberlués des professeurs. Son frère, Ron, était resté la bouche ouverte durant tout le dîner. Dès le lendemain, ses parents lui avaient promis de faire tout leur possible auprès de Dumbledore pour la faire transférer à Gryffondor. Seuls Fred et George lui avait assuré qu'être à Serpentard n'était pas une fin en soi. Ils lui avaient assuré être ravis d'avoir un infiltré au sein de Serpentard afin de mieux réussir leurs farces et coups en tout genre.

Ginny, qui avait senti le poids du monde sur ses épaules à l'époque, avait retrouvé le sourire.

La porte du Terrier s'ouvrit à nouveau, laissant entrer Nymphadora Tonks ainsi que Luna Lovegood.

Ginny avait proposé à Luna de l'accompagner au match étant donné qu'elle avait deux entrées. Tonks, réquisitionnée pour les chaperonner, trébucha en entrant dans la pièce.

« Hey Luna. » salua Ginny à l'adresse de sa nouvelle amie.

Luna la salua, observant les lieux avec intérêt.

« Nous avons croisé deux gnomes dans le jardin. » dit-elle avec excitation, comme s'il s'agissait d'un évènement particulièrement intéressant.

Molly Weasley entra de nouveau dans la pièce. Immédiatement, elle insista pour que les deux nouvelles arrivantes prennent des assiettes.

« Notre portoloin décolle dans une minutes et quarante-trois secondes. » informa Tonks, les yeux rivés sur sa montre. « En route. »

Le portoloin, une vieille boite à outils à moitié cassée, les attendait dans le jardin. A neuf heure trente-deux pétantes, ce dernier s'activa et ils furent transportés au port d'Holyhead, devant une large étendue d'eau. Au loin, en pleine mer, on apercevait un gigantesque bâtiment, dont la forme imitait celle d'une ancre. Le stade des Harpies.

Des centaines de groupes se pressaient devant des barques accostées près du port afin d'être transportés au stade.

« Par ici. » ordonna Tonks en les trainant vers des barques à l'aspect supérieur et devant lesquelles ne se pressaient qu'une petite poignée de sorciers.

« Vos billets. » demanda un homme qui portait une robe de sorcier vert foncé.

Tonks lui tendit leurs tickets et il s'effaça pour les laisser entrer dans une barque aux côtés d'un couple.

« Je n'ai jamais été aussi excitée de toute ma vie. » dit Ginny avec enthousiasme alors que la barque se dirigeait vers le Stade. « Après ce match, je pourrais mourir tranquille. »

« Tu aurais pu les rejoindre dans quelques années, mais je doute que tu obtiennes une recommandation maintenant que tu es éjectée de l'équipe. » commenta Fred.

« La ferme, George. » répliqua-t-elle.

Le vrai George l'éclaboussa et elle laissa échapper une exclamation de protestation. Ils se chamaillèrent jusqu'à l'arrivée au stade qui se dressait fièrement devant eux.

Leurs places se trouvaient dans les meilleures tribunes du stade qui réunissaient diverses célébrités locales, des représentants officiels des deux équipes ainsi que les proches des joueurs. Lorsque le commentateur annonça les joueuses de son équipe favorite, Ginny hurla à plein poumons pour les encourager, suivie par Luna, qui décréta qu'elle encourageait les deux équipes.

Le match fut une affaire exceptionnelle. Ginny resta au bord de son siège tout le long de la rencontre, manquant de tomber à la renverse durant tous les moments intenses de la partie.

Après cinq heures de jeu, une bagarre, deux exclusions, trois joueurs mis hors d'état de jouer, la partie fut remportée difficilement par les Harpies de Holyhead. Le stade entier se fendit en applaudissements. Le match avait eu lieu à domicile et les supporters des Harpies avaient retenu leur souffle durant toute la partie.

Ginny et Luna entamèrent une danse de la victoire et Ginny nargua ses frères jusqu'à leur arrivée au Terrier. Même Tonks se laissa à sourire. Elle était restée aux aguets durant toute la partie, comme si elle s'attendait à ce qu'un danger survienne d'un moment à l'autre.

Après les avoir rapidement salué, Tonks raccompagna Luna chez elle. Ginny se tourna vers les jumeaux et d'un ton narquois, lança :

« Vous avez apprécié la leçon de Quidditch ? »

Fred leva les yeux au ciel.

« On méritait de gagner. Tout le monde sait que les Harpies ne jouent pas fair-play.»

Ginny ricana et laissant échapper un « perdants » entre deux toussotements. Elle observa la boite qu'ils lui avaient donnée plus tôt dans la journée, restée sur la table de la salle à manger.

« Vous êtes sûrs que votre truc n'est pas dangereux ? » dit-il en y jetant un regard méfiant.

« Absolument. »

Elle prit la fiole sur laquelle était inscrit le mot « Quidditch ».

« Si je la prends, je vais rêver de Quidditch c'est bien ça ? » interrogea-t-elle.

« Tu rêveras de balais, de matchs, de pelouse fraîche, de nouveaux équipements, l'expérience intégrale. » assura Fred en prenant un air de vendeur.

« Ça a intérêt à fonctionner, sinon j'exige de me faire rembourser. » déclara Ginny.

« Tu n'as rien payé. »

« Je vous supporte depuis de ce matin, ça doit bien valoir une trentaine de gallions. » rétorqua-t-elle.

Puis elle avala le contenu de la fiole. Le liquide avait goût étrange, une combinaison d'herbe et de bois. Elle grimaça.

« Vous devriez peut-être travailler sur le goût, c'est infect. » fit-elle remarquer.

Ils échangèrent un regard entendu, semblant partager une blague d'initiés. Après le dîner ils quittèrent le Terrier, laissant Ginny seule avec ses parents. Ginny remonta dans sa chambre, peu d'humeur à passer le reste de la soirée à regarder ses parents s'adonner à leurs activités préférées. Tricoter en écoutant un disque de Celestina Moldubec pour sa mère et trifouiller de vieux appareils Moldus pour son père. Une demi-heure plus tard, elle entendit des pas bruyant dans l'escaliers, puis dans la chambre voisine. Elle discerna vaguement les voix d'Harry et de Ron.

Quelques instants plus tard, elle entendit un « toc » à sa porte et cette dernière s'ouvrit, laissant entrer, à sa grande surprise, Harry.

Elle se redressa dans son lit, étonnée, alors qu'il fermait la porte derrière lui.

« Comment était-le match ? » demanda Harry, sur le ton de la conversation.

Elle ne répondit pas, confuse. Pourquoi venait-il lui adresser la parole de manière aussi décontractée alors qu'il avait tout fait pour l'ignorer depuis son arrivée au Terrier ?

« Qu'est ce qui ne va pas chez toi, Ginny ? » demanda-t-il avec sérieux.

« Ça fait des semaines que tu m'évites, Harry. » répondit-elle, sentant soudainement l'agacement monter avec elle.

« Je sais, je suis désolé. » dit-il avec désinvolture. « Tu me pardonnes ? »

Son instinct méfiant de Serpentard émergea, mais elle l'ignora. Sa rupture avec Harry avait laissé un gout amer dans sa bouche. Il ne l'avait pas laissée s'expliquer, l'avait rejetée injustement et même si une partie d'elle-même lui en voulait terriblement, le voir revenir vers elle lui procurait un bonheur sans nom.

« Plus tard, peut-être. » dit-elle.

Cela sembla le faire rire.

« Tu m'as manqué Gin. » avoua-t-il.

Il esquissa un geste pour caresser sa joue. Il s'enhardit lorsqu'elle se laissa faire et attira son visage près du sien. Leurs lèvres se joignirent et s'en suivit un baiser passionné. Ginny rompit le baiser après quelque instants, le souffle court. Harry en profita pour s'attarder sur sa nuque, parsemant celle-ci de baisers fiévreux et Ginny ne put s'empêcher de laisser échapper un gémissement. Il sourit contre sa nuque et l'enroula ses bras autour de sa taille pour la rapprocher de lui, l'invitant à s'installer sur ses genoux. Ginny entoura sa nuque de ses bras alors qu'il la soulevait avec facilité.

« Laisse-moi me faire pardonner » murmura-t-il dans son oreille, provoquant en elle un agréable frisson.

Les mains d'Harry se glissèrent sous le t-shirt de Ginny, remontant lascivement sur sa peau nue. Elle le laissa retirer le vêtement fin, se retrouvant à moitié nue, grisée par les caresses du jeune homme.

« On peut se joindre à vous ? » demanda une voix derrière elle.

Ginny sursauta vivement, tombant des genoux d'Harry avant d'atterrir sur le sol de sa chambre. Elle se retourna brusquement et ses yeux s'agrandirent de surprise et de choc lorsqu'elle vit Gwenog Jones, la capitaine des Harpies de Holyhead dans sa chambre, accompagnées de deux Poursuiveuse vedettes de l'équipe.

Elle se réveilla brusquement dans son lit, en sueur, traumatisée. La pièce était plongée dans l'obscurité et mise à part elle, personne ne s'y trouvait.

Elle se releva lentement, réalisant qu'elle avait dû s'endormir peu de temps après être remontée dans sa chambre.

« Un rêve. » pensa-t-elle avec soulagement.

Puis elle se rappela qu'avant l'apparition de ses joueuses favorites dans sa chambre, elle avait débuté des retrouvailles très fougueuses avec son ex-petit ami. Elle se sentit soudainement très frustrée. Elle grimaça à sa propre bêtise. Comment avait-elle pu croire une seconde que tout s'arrangerait aussi facilement avec Harry ?

« Maudits Fred et George. » grogna-t-elle.

Leur produit avait fonctionné même si le résultat était loin de ce à quoi elle s'était attendue.

Elle ne ferma pas l'œil jusqu'aux heures du petit matin. Son rêve l'avait conforté dans l'idée qu'elle devait faire tout son possible pour récupérer son petit-ami. Et une chose était sûre, elle n'y parviendrait que si elle l'éloignait des pièges tentateurs d'Emelyn Hawke.

Elle fut surprise de voir son frère et Harry au petit-déjeuner et elle ne put s'empêcher de rougir furieusement en repensant au contenu de son rêve. Les deux Gryffondors échangèrent un regard confus mais recommencèrent à l'ignorer et Ginny revint rapidement à la réalité.

Après le petit déjeuner, elle s'accroupit près de la cheminée du living-room, jeta de la poudre de cheminette à l'intérieur puis inséra sa tête dans les flammes vertes.

« 93 Chemin de Traverse ! » s'exclama-t-elle.

Son visage apparut dans le bureau de Weasley, Farces pour sorciers Facétieux où Fred et George semblaient en pleine conversation.

« Bandes d'imbéciles. » dit-elle entre ses dents en guise de salut.

« Bonjour à toi, chère petite sœur. Qu'est-ce qui te rend d'aussi bonne humeur, en cette matinée joyeuse ? » interrogea George.

« Votre marchandise douteuse. » répondit-elle d'un ton grinçant. « Vous m'aviez dit que j'étais supposée rêver de Quidditch. »

« De quoi as-tu rêvé ? » demanda Fred d'un air étonné.

« D'un autre type de corps à corps. » dit-elle de but en blanc.

« Oh. » dirent-ils en même temps, échangeant un regard.

« Ne crois-tu pas que ? » commença Fred à l'attention de son frère.

« J'en ai bien peur. » déclara George d'un ton évasif, répondant à la question silencieuse de son jumeau.

Ginny les observa, agacée.

« Vous voulez des détails ? » questionna-t-elle. « Harry m'a rejoint dans ma chambre et a commencé à me… »

Les deux laissèrent échapper une expression choquée et ils posèrent leurs mains sur leurs deux oreilles, l'air horrifié.

« Vision d'horreur. » s'exclama Fred avec moue dégoutée.

« Pas un mot de plus ! » s'écria George, au même moment.

Ginny leva les yeux au ciel. Ils retirèrent leurs mains de leurs oreilles respectives, puis Fred lança :

« Nous avions deux versions de ce produit. Une version adaptée à tous les âges. »

« Et une version plus adulte, pour notre nouvelle gamme de produits. » continua George.

« Il semblerait que nous t'ayons donné la seconde version. » ajouta Fred en grimaçant.

Ginny les insulta copieusement.

« Bande de babouins sosies stupides, vous commercialisez des produits érotiques ? » demanda-t-elle, mi-choquée, mi-dégoutée.

« C'est un marché fructueux. » se justifia George.

« Attendez que je prévienne votre mère. » dit Ginny avec un sourire mauvais.

« Tu n'oserais pas. » gronda Fred, horrifié.

« Tu veux parier ? »

« Arrête de la défier Fred, tu sais qu'elle en est plus que capable. Qu'est-ce que tu veux ? » dit George en se tournant vers Ginny.

Un sourire mutin apparut se le visage de Ginny. Ils savaient comment elle fonctionnait. Après tout, elle n'était pas à Serpentard pour rien.

« Je vous laisse utiliser votre imagination. » déclara-t-elle avant de retirer sa tête de la cheminée, mettant fin à la communication, l'air satisfait.

Après le déjeuner, ses parents acceptèrent à contrecœur de laisser Ginny rendre visite à Luna Lovegood, qui vivait également à Loutry Ste Chaspoule. Encore une fois, au grand agacement de Ginny, Tonks fut réquisitionnée pour la chaperonner.

Elle fut soulagée lorsque L'Auror transplana une fois arrivées, la laissant devant la maison des Lovegood, une étrange bâtisse en forme de grand cylindre noir. Luna l'accueillit, le visage et les vêtements maculés de peinture colorée.

Ginny pénétra à l'intérieur de la maison qui donnait immédiatement sur une cuisine circulaire. Une « fresque » fraichement peinte ornait le mur et représentait un jardin où virevoltaient diverses créatures magiques. Un gnome repoussant avait été peint au milieu de ce cadre idyllique.

« Je l'ai terminée ce matin. » annonça fièrement Luna, rayonnante. « La touche finale a été inspirée par les gnomes de ton jardin. »

Ginny observa l'œuvre de la Serdaigle, d'un air critique.

« Comment tu la trouves ? » demanda Luna.

Ginny hésita de très longues secondes.

« C'est…spécial. » commenta-t-elle finalement.

Luna sembla décréter qu'il s'agissait d'un compliment car son visage s'éclaira.

Elle entraina Ginny dans un escalier en colimaçon jusqu'à sa chambre, une petite pièce affublée de décorations insolites.

« Alors, Harry t'ignore toujours ? » demanda Luna de but-en-blanc.

Elle avait le chic pour parler des sujets qui fâchaient sans les enjoliver. Ginny émit un long soupir à en fendre l'âme.

« Il me déteste. » admit Ginny. « Il pense que je suis une garce manipulatrice qui n'a fait que lui mentir pendant notre relation. »

Elle avait raconté à Luna ses récents déboires avec les professeurs, Emelyn Hawke et Harry. Luna Lovegood était l'unique personne qui semblait la croire.

« Pourquoi pense-t-il ça à ton avis ? »

« Emelyn, probablement. »

« Pourquoi ? »

« La question à un million de gallions. » déclara Ginny en haussant les épaules.

« Ma mère disait toujours que si les gens sont méchants, c'est parce qu'ils ont été blessés. » déclara Luna d'un ton rêveur.

Elle sortit une paire de lunettes ornée de pierres vertes de sa table de chevet et l'enfila, ainsi qu'un chapeau vert kaki, lui donnant un air encore plus excentrique que d'habitude.

Ginny l'observa avec confusion. Luna Lovegood était la seule personne qu'elle connaissait qui pouvait mener une discussion sérieuse tout en étant affublée d'accessoires ridicules.

Luna sortit un parchemin et une plume de l'un des tiroirs de son bureau. L'un des pieds manquait et le meuble tenait manifestement debout grâce à un sort. Elle s'installa sur son lit, invitant à Ginny à faire de même.

« Commençons. » dit Luna, en prenant un air très sérieux.

« Commençons quoi, exactement ? » interrogea Ginny, sans comprendre.

« L'enquête. » répondit Luna sur le ton de l'évidence. « Commençons par les suspects. Qui aurait envie de te causer du tort ? »

Ginny énuméra la longue liste d'ennemis qu'elle avait accumulés durant sa scolarité à Poudlard. Luna nota soigneusement tous les noms qu'elle mentionna, une vingtaine environ, et annota les raisons potentielles de leur contrariété à l'égard de Ginny.

« Merlin, je n'avais jamais réalisé à quel point j'avais pu être une garce. » commenta Ginny avec un rire sans joie.

Elle parcourut des yeux quelques noms de la liste.

Sally-Ann Perks, Poufsouffle – Furieuse depuis un commentaire sur son strabisme dans la Grande Salle.

Demelza Robins, Gryffondor – Traitée de « Troll des cavernes sans talent » lors du dernier match opposant Gryffondor à Serpentard.

Milicent Bulstrode, Serpentard – Félicitée pour le compte en banque de ses parents car elle devra « probablement payer pour qu'un garçon s'intéresse à sa face de malagrif tacheté. »

Mandy Brocklehurst, Serdaigle – Embrassé son petit-ami lors du bal du Tournoi des trois sorciers.

« Techniquement, c'était son ex. » se justifia Ginny, d'un ton innocent. « Il l'avait largué la veille. »

« Oh, j'ai failli oublier un nom. » lança Luna en gribouillant sur le parchemin.

Ginny jeta un regard par-dessus l'épaule de Luna et un air blasé apparut sur son visage.

« Tu viens sérieusement de te rajouter à cette liste, Lovegood ? » demanda Ginny, en roulant des yeux.

« Il faut être qu'on soit très minutieuses et qu'on ne laisse place à aucun oubli. » se défendit Luna.

Elle repositionna son chapeau sur ses cheveux puis dit :

« Maintenant, qui avait la possibilité et l'aptitude de te droguer ? »

Après une demi-heure, elles avaient rayé la plupart des noms de la liste, au motif que les motivations n'étaient pas assez fortes. Ginny laissa Luna rayer le nom de Romilda Vane à contre cœur. Ses motivations étaient présentes mais il n'était pas possible qu'elle ait pu droguer régulièrement Ginny. Sauf si elle avait agi en connivence avec les deux principales suspectes de la liste. Emelyn Hawke et Pansy Parkinson. Leurs doutes se penchaient davantage sur la première d'entre elles. Pansy était une peste de première classe mais elle n'était pas très futée.

« Reprenons tout ce qu'on sait sur Emelyn Hawke. » dit Luna en attrapant parchemin vierge. « Que sais-tu sur elle ? »

« Pas grand-chose à vrai dire. » répondit Ginny, semblant réfléchir. « Elle est arrivée à Poudlard après les vacances de Noel. Je ne sais pas grand-chose de sa vie personnelle. »

Elle tenta de se rappeler des premières conversations qu'elle avait eues avec Emelyn mais sa mémoire lui faisait défaut.

Luna sortit de sa chambre et revint quelques instants plus tard avec un énorme récipient en pierre.

« Une Pensine » expliqua-t-elle, répondant à la question silencieuse de Ginny. « Mon père s'en sert lorsqu'il veut interviewer des gens pour le Chicaneur. Comme ça, la personne et mon père peuvent voir le souvenir en même temps. »

Elle posa la bassine sur son bureau qui chancela un peu sous le poids de la pierre.

« Comment ça marche ? » demanda Ginny.

« Utilise ta baguette pour prendre tes souvenirs. Puis mets-le à l'intérieur. »

Ginny hocha la tête et s'exécuta. Cela fut plus facile qu'elle le pensait. La Pensine remplie luisait désormais. Les deux jeunes filles plongèrent leurs visages dans le liquide translucide et bientôt, la chambre de Luna fut remplacée par les murs austères de la salle commune de Serpentard.

Ginny se retrouva auprès de la cheminée, Luna à ses côtés. Plusieurs élèves étaient installés sur les canapés de la pièce et discutaient. Elle se reconnut parmi le groupe et ne put s'empêcher d'émettre un hoquet apeuré. Il était étrange de se voir de cette manière, en dehors de son propre corps.

Une fille blonde, Emelyn, s'approcha du groupe. Pansy Parkinson l'observa de manière hostile.

« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda Pansy d'un ton sec.

« Je viens d'entrer dans cette école et il y a certaines choses qui m'échappent encore. Cette fille m'a dit que je trouverais un préfet parmi vous. » Emelyn en désignant une élève sortait de la salle commune.

« Quel est ton nom ? » interrogea Pansy.

« Emelyn Hawke. »

« Et tu entres en quelle année ? »

Emelyn semblait agacée.

« Sixième... »

« Hawke...Ton nom me dit quelque chose. Tu n'aurais pas de lien avec cette famille de sang-mêlé, les Bulstrode, par hasard ? » accusa Pansy.

« Non. Et si c'est la question que tu te poses, saches que mon sang est sûrement plus pur que le tien. Bref, qui est votre préfet ? »

La Ginny du souvenir se leva soudainement et déclara :

« Je suis aussi en sixième année, je veux bien t'aider. »

Emelyn et le double de Ginny se dirigèrent vers le dortoir des filles. Luna et Ginny les suivirent en prenant soin de garder leurs distances, bien qu'elles sachent pertinemment qu'elles ne pouvaient pas déceler leur présence puisqu'il s'agissait d'un souvenir.

Arrivées dans le dortoir, le double de Ginny se lança dans une explication détaillée sur le fonctionnement de l'école. Emelyn Hawke, elle, semblait à peine l'écouter.

« C'est gentil de m'avoir aidé. » dit-elle finalement.

« Je n'ai pas fait cela par gentillesse, tu me faisais de la peine, c'est tout. » répliqua le double de Ginny.

« Tellement agréable. » commenta Luna, à ses côtés.

La Ginny actuelle lui adressa un regard noir.

« Si tu le dis, Ginny » répondit Emelyn avec un petit rire sardonique.

« Comment tu m'as appelé ? »

« Et bien...Ginny ? C'est bien comme ça que tu t'appelles, non ? »

« Oui mais comment tu peux le savoir ? Je ne te l'ai jamais dit. » s'étonna la Ginny du souvenir.

« C'est écrit sur ta malle. »

Elles continuèrent la conversation sur l'organisation des maisons. Luna donna un coup de coup dans les côtés de Ginny.

« Regarde ta malle. » dit-elle à Ginny.

Cette dernière s'exécuta, jetant un regardant à la malle au pied de son lit.

« Et bien ? » dit-elle.

« Regarde ce qui est inscrit dessus. » insista Luna.

Ginny observa la valise pour déchiffrer les mots inscrits dessus. Ginevra Weasley. Elle jeta un regard confus à Luna, ne semblant pas comprendre où elle voulait en venir.

« Il est écrit Ginevra Weasley, pas « Ginny Weasley. »

Elles se retrouvèrent soudainement projetées hors du souvenir et furent de retour dans la chambre étroite de la Serdaigle.

« Comme savait-elle que tu te fais appeler Ginny ? » demanda Luna. « Après tout, Ginevra n'est pas un prénom commun, je ne vois pas comment elle l'aurait pu le deviner. A moins… »

« A moins de le savoir. » acheva Ginny.

Luna hocha la tête et les deux jeunes filles passèrent le reste de la journée à parcourir les souvenirs de Ginny qui impliquaient Emelyn Hawke.

Emelyn Hawke restait toujours très vague sur son passé et sa vie en dehors de Poudlard. Elle n'avait quasiment jamais mentionné ses proches.

Ginny fut frappée par l'intérêt manifeste d'Emelyn sur sa relation avec Harry. Elle n'avait pas réalisé qu'elle lui avait révélé autant de détails.

Malheureusement pour elles, ses souvenirs les plus récents étaient vagues. Il semblait que son cerveau avait été gravement affecté durant son addiction.

Ginny grimaça lorsqu'elles parcoururent le dernier souvenir, celui de la fête de Slughorn, pendant laquelle Emelyn avait tenté d'embrasser Harry.

« Je pense que le motif est plutôt évident. » élucida Luna, dès qu'elles eurent quitté la Pensine.

Elle ne fit pas de commentaire supplémentaire lorsqu'elle vit l'expression de Ginny.

« Oui. » concéda Ginny. « Mais tout est trop…circonstanciel. Il nous faut des preuves réelles. » dit Ginny avec découragement.

Elles décidèrent d'en rester là et de réfléchir à un plan lorsqu'elles seraient de retour à Poudlard.

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Elle marchait rapidement dans l'Allée des Embrumes, vêtue d'une large cape, sa capuche recouvrant sa tête. Elle regardait le sol, évitant le regard de toutes les personnes qu'elle croisait, anxieuse à l'idée de se faire reconnaitre.

Elle arriva devant le numéro 13b, un large bâtiment à la façade défraichie. Un écriteau flottait devant l'entrée principal, portant les mots Barjow et Beurk. Elle pénétra à l'intérieur de la boutique.

Un homme âgé au front dégarni se trouvait derrière le comptoir, les yeux posés devant un grand registre. Il l'observa avec méfiance lorsqu'elle entra.

Hermione s'approcha du comptoir et d'un geste désinvolte, posa une bourse remplie de gallions.

« Je veux votre Armoire à Disparaître. » dit-elle d'un ton autoritaire.

L'homme souleva la bourse, la secouant près de son oreille, avant d'acquiescer.

« Suivez-moi Miss. » dit l'homme.

Il la conduit près de l'arrière-boutique, où se dressait l'exacte reproduction de l'Armoire qu'elle tentait de réparer depuis des semaines à Poudlard.

« Nous n'effectuons pas de service de livraison. » déclara l'employé.

« Je ne veux pas l'emporter. » répondit Hermione d'une voix sèche. « Je veux qu'elle reste ici, et qu'elle soit interdite à la vente. »

« Comme vous le souhaitez. » répondit l'homme.

La porte de la boutique s'ouvrit à nouveau et l'homme s'empressa d'accueillir le nouveau client, un vieillard à la démarche boiteuse.

Hermione ouvrit l'armoire, et dépoussiéra l'intérieur à l'aide de sa baguette. Contrairement à sa jumelle, cette Armoire semblait en parfait état de fonctionner. Elle la referma, et resta près de l'arrière-boutique pendant que l'employé discutait avec le nouveau client.

Elle jeta un regard autour d'elle. Une pléthore d'objets glauques tels que des crânes humains et des masques sinistres s'entassaient sur des étages sombres.

Lorsqu'homme eut terminé sa vente, il revint auprès d'Hermione qui lui donna des instructions à réaliser dans les prochains jours. Il parut réticent mais accepta finalement lorsqu'elle lui tendit une seconde bourse remplie de pièces.

Elle sortit de la boutique et se fit surprendre par une pluie torrentielle. Elle se réfugia sous un tunnel à quelques mètres. Soudainement, elle sentit une vive douleur dans sa poitrine. Elle sentit ses poumons se crisper brusquement, et eut du mal à respirer. Elle fut prise d'une toux violente et se couvrit la bouche avec sa main.

Lorsque sa crise de toussotements passa, elle constata avec horreur que sa main était maculée de sang.

Quelques mois auparavant

La cérémonie d'initiation eut lieu dans un Hall dans lequel les recrues n'avaient jamais pénétré.

Lorsqu'Hermione entra dans la pièce, accompagnée des trois autres recrues, un malaise extrême la parcourut.

Plus d'une centaine de Mangemorts s'y trouvaient, vêtus de longues capes noires. Leurs visages étaient couverts par le masque traditionnel que portaient les fidèles du Mage noir. Ils formaient deux lignes tout au long du grand Hall, laissant un espace de quelques mètres afin que les recrues puissent passer.

Ils marchèrent parmi les deux rangées de Mangemorts immobiles à leur passage, telles des statues aux visages terrifiants. Travers menait la marche, le pas raide, son visage ne trahissant aucune émotion.

Après ce qui sembla être une éternité, ils arrivèrent à l'autre extrémité du Hall.

Des individus masqués et encapuchonnés se tenaient debout. Au centre, Lord Voldemort siégeait, sa main caressant délicatement un serpent gigantesque.

Le Hall était sombre, et quelques bougies en suspensions éclairaient la pièce, lui donnant une atmosphère effrayante. Non loin de Voldemort, Hermione remarqua un coffre noir qui ressemblait étrangement à un cercueil.

Soudainement, le serpent glissa le long de l'estrade et se dirigea à toute vitesse vers les recrues. Il s'avança en direction Iryna, dont les yeux s'agrandirent de terreur à l'approche du reptile géant. Celui commença à s'enrouler lentement autour d'Iryna, jusqu'à sa nuque. La tête du serpent atteint finalement le visage d'Iryna dont les yeux étaient devenus rouges. Hermione réalisa soudainement que ses spasmes n'étaient pas dus à la peur. Elle s'étouffait.

Un claquement de mains se fit entendre soudainement et Hermione détourna le regard, reportant son attention sur le Mage noir qui avait ce geste. L'emprise du serpent se déroula lentement d'Iryna puis il dirigea vers son maître, avant de s'enrouler à ses pieds.

Voldemort se leva alors de son siège puis descendit de l'estrade, s'approchant des recrues. A quelques mètres, Hermione put observer son visage, qui n'était pas masqué. Son teint était blafard, presque cadavérique et ses yeux étaient d'une teinte rouge sang. A la place de son nez, se trouvaient de fentes. Hermione sentit son sang se glacer dans ses veines. Lord Voldemort ressemblaient à une manifestation physique du mal en personne.

Elle sentit ses jambes se dérober sous elle. Elle n'avait qu'une envie, se ruer hors de la pièce, à toute haleine, pour échapper à cet effroyable cauchemar. A cet instant, elle réalisa toute l'ampleur de sa bêtise et l'immensité de sa naïveté.

Elle était face au mage noir le plus sombre de toute l'histoire de la magie et allait se faire appointer parmi ses fidèles, une communauté qu'on ne quittait jamais, sauf à sa mort.

La voix de Voldemort s'éleva soudainement dans les airs, résonnant dans tout le Hall et la faisant frissonner.

« Que diraient nos ancêtres s'ils voyaient notre communauté décimée par des êtres abjects et répugnants ? » interrogea-t-il. « Que diraient-ils s'ils voyaient leur descendance partager leurs secrets les plus précieux avec nos ennemis, des êtres impurs ? »

Des murmures approbateurs se firent entendre derrière Hermione.

« Ils sont dégénérés, dangereux, et dégradent un peu plus chaque jour nos coutumes. Ils se sont infiltrés sournoisement dans nos arbres généalogiques, se sont ancrées dans leur racines et désormais, ils nous gouvernent, éduquent nos enfants, épousent nos fils et nos filles. »

« Saletés de sang impurs ! » s'écria une voix.

« A mort les Sang-de-bourbe ! » s'exclama qu'un d'autre.

Voldemort leur adressa un regard bienveillant.

« Il est de notre devoir de protéger nos camarades, qui sont trop aveugles et ignorants pour voir le mal qui gangrène notre société. » enchaîna-t-il avec rage, s'attirant des exclamations approbatrices.

Il fit une pause, alors que tout le monde dans la pièce retenait sous souffle, devant ses talents d'orateur.

« Nous n'avons que trop souffert et il est désormais temps d'appliquer la méthode forte contre ses voleurs, l'extermination. »

Il se retourna, faisant un signe à l'un des Mangemorts derrière lui. Même revêtue de son masque, Hermione put reconnaître la chevelure bouclée de Bellatrix Lestrange. D'un geste de sa baguette, elle ouvrit le cercueil qui se trouvait non loin d'elle. La porte s'ouvrit à la volée, laissant apparaitre une femme à l'intérieur du cercueil. Elle paraissait apeurée et cligna des yeux pendant de longues secondes, comme si son visage n'avait pas vu la lumière du jour depuis longtemps. Elle semblait extrêmement amaigrie, son visage était creusé et pâle. Ses cheveux étaient emmêlés et sales et ses vêtements, déchirés.

Bellatrix lui saisit le bras avec brusquerie.

« Avance, trainée. » ordonna-t-elle.

La jeune femme sortit du cercueil et tenta quelques pas précautionneux. Elle peinait visiblement à marcher. Bellatrix, qui semblait s'impatienter, la fit valser sans cérémonie sur le sol. La femme tomba à terre et se mit à sangloter doucement.

Lorsqu'elle Hermione la vit tomber, son angoisse redoubla lorsqu'elle réalisa deux choses. Premièrement, son ventre légèrement arrondi prédisait une grossesse naissante. Puis, en observant son visage, elle reconnut la jeune femme qui avait passé les tests en même temps qu'Iryna et elle-même.

Hermione tourna la tête en direction d'Iryna et leurs yeux se croisèrent, une lueur de compréhension présente dans leurs regards. Iryna détourna rapidement le regard. Elle avait évité Hermione comme la dragoncelle depuis leur dernière soirée ensemble.

Voldemort s'approcha de la jeune femme, l'observant avec un mélange de dégout et de satisfaction.

« Octavia Beadle, sang-pur ici présente s'est amourachée d'un jeune homme aux origines moldues. Elle porte désormais sa progéniture. » déclara Voldemort à ses fidèles.

Des insultes s'élevèrent dans l'assemblée.

« Octavia a expliqué qu'elle ne voyait pas la différence entre les sorciers purs et les nés-moldus, voyez-vous. » ajouta-t-il d'un ton moqueur.

Octavia, au sol, n'avait cessé de gémir.

« Nous avons expliqué à Octavia qu'elle donnera naissance à une créature disgracieuse et dérangée mentalement. Une bête stupide au sang souillé qui apprendra nos coutumes et nos arts afin de mieux nous détruire. » continua-t-il avec calme. « Savez-vous ce qu'elle nous a répondu ? Qu'elle croyait au pouvoir de l'amour au profit de nos différences. L'amour. »

Il avait prononcé le mot avec une moquerie évidente, causant l'hilarité générale parmi l'assemblée de Mangemorts.

« Je vais donc montrer à Octavia que le pouvoir prime sur l'amour. » déclara-t-il. « Nagini. »

Le serpent géant, semblant obéir aux ordres silencieux de son maître, se dirigea vers Octavia. Cette dernière ouvrit de grands yeux horrifiés et tenta de se relever pour échapper au reptile. Toutefois, Bellatrix, murmura un sort dans sa direction et Octavia resta immobilisée sur place, dans l'impossibilité de fuir.

Nagini ouvrit sa gueule, laissant apparaitre de longues dents pointues. Sa tête fonça en direction de l'abdomen d'Octovia et l'animal planta ses crocs violemment à plusieurs reprises, arrachant des hurlements de douleur à Octavia qui résonnèrent dans tout le Hall.

Plusieurs personnes dans l'Assemblée acclamèrent le spectacle. Du sang fusait dans tous les sens et Hermione dû ignorer son envie de vomir lorsqu'elle sentit une goutte lui atterrir sur la joue gauche, roulant lentement le long de sa mâchoire pour atterrir sur sa robe de sorcière.

Le reptile s'arrêta soudainement, se détournant de sa victime avant de s'enrouler lentement à quelques mètres. Le corps d'Octavia gisait sur le sol, au bord de l'agonie, probablement entre la vie et la mort. Son ventre était déchiqueté. Des morceaux entiers semblaient avoir été arrachés, laissant des larges cavités dans sa peau. La flaque de sang sur laquelle son corps gisait ne semblait pas s'arrêter de croître. Hermione n'aurait jamais imaginé qu'un corps humain pouvait contenir autant de sang.

Voldemort fit un geste de la main en direction d'un de ses hommes qui s'empressa de lancer un sort de lévitation auprès de la dépouille d'Octavia Beadle et de disparaitre dans une salle attenante.

Les acclamations dans la salle n'avaient pas cessé et Voldemort leva les mains, intimant à ses fidèles de garder le silence. Il se tourna vers les recrues.

« Les hommes faibles sont les chiens des hommes fermes. » récita-t-il d'une voix glaçante.

Il les observa un à un, semblant les jauger.

« Aujourd'hui, vous avez décidé de rejoindre le camp du pouvoir. Soyez fidèles et tous vos désirs deviendront réalité, Soyez fidèles et vous goûterez au pouvoir. En échange, votre abandon sera total. Vos corps, vos esprits, vos âmes m'appartiendront. Votre passé, votre présent, votre futur n'auront plus aucuns secrets pour moi. »

Bellatrix et trois autres Mangemorts s'étaient approchés des recrues et se placèrent derrière chacun d'entre eux. Hermione sentit Bellatrix lui saisir les épaules et la forcer à s'agenouiller. Elle la força ensuite à tendre son bras, tirant d'un geste violent sa manche afin de dégager son avant-bras. Les autres recrues subissaient le même traitement.

Voldemort s'approcha de Fabius, dégainant sa baguette magique qu'il appuya sur son avant-bras. Son autre main était posée sur sa tête et il avait fermé les yeux, comme s'il se concentrait sur une tâche particulièrement compliquée. Fabius serra des dents, essayant visiblement de s'empêcher de crier alors qu'une image se tatouait sur son avant-bras.

Voldemort répéta le même procédé avec Iryna. Lorsque la marque apparut sur son bras, elle se jeta aux pieds de Voldemort.

« Oh Merci Maître de m'accorder cet honneur. Je ne nous décevrai pas. » jura-t-elle avec démesure.

Voldemort lui adressa un regard bienveillant avant de se diriger vers Hermione. Son cœur avait arrêté de battre dans sa poitrine. Elle était paralysée sur place. Elle sentit Bellatrix saisir son avant-bras et le présenter au mage noir. La main de Voldemort se posa sur le haut de sa tête. Sa baguette se posa sur son avant-bras, au même moment.

Alors qu'elle s'était attendue à ressentir une douleur au niveau de son bras, elle fut frappée d'horreur lorsqu'une une douleur déchirante lui traversa le crâne. Il était dans son esprit, parcourant à son loisir ses souvenirs. Ils défilèrent tellement vite dans le crâne d'Hermione qu'elle ne put les décerner.

Après quelques instants d'agonie, il quitta son esprit, la laissant pantelante. Sur son bras, la Marque des Ténèbres était ancrée jusqu'à sa chair.

Elle leva les yeux, hésitante et son regard tomba sur celui du Mage noir. Il n'avait pas bougé et la fixait d'un air sombre et calculateur. Un rictus apparut sur ses lèvres minces. La lueur de convoitise qui apparut dans ses yeux lui fit froid dans le dos.

« Harry Potter. » dit Lord Voldemort.

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« Draco Malfoy est revenu. » annonça Millicent Bulstrode pendant le petit-déjeuner, à la table des Serpentard.

Ginny, assisse non de Millicent et de son groupe d'amies, tendit l'oreille.

« Il parait qu'il a été interné au Services des pathologies pendant des semaines pour son…hum…vous savez bien. »

Elles commencèrent à glousser comme des idiotes avant de se lancer sur un débat sur la taille des parties intimes de Draco Malfoy.

Elle n'écouta pas le reste de la conversation car une chouette posa devant elle un large colis.

Etonnée, elle tourna le colis dans tous les sens pour en trouver le destinataire. Elle esquissa un sourire lorsqu'elle vit le logo du magasin de Fred et George. Avec curiosité, elle ouvrit le colis. A l'intérieur se trouvait une note :

Pour nous faire pardonner. F&G.

Ginny termina sa part de tarte de citron, avant de quitter la table, se dirigeant à toute vitesse à la salle commune de Serpentard, son colis dans les bras.

Elle ne put s'empêcher de sourire lorsqu'elle y trouva Draco Malfoy, installé sur un sofa, arborant son habituel air supérieur, comme s'il était le propriétaire des lieux.

« Un revenant. » commenta Ginny alors qu'elle arrivait à sa hauteur.

Draco la gratifia d'un rictus.

« Qu'est-ce que deviendrait la population féminine de Poudlard sans mes loyaux services. » demanda-t-il.

« Tu réalises que ta réputation a été sérieusement ébranlée ? »

Draco grimaça, perdant, un peu de sa morgue.

« J'en ai pleinement conscience et je compte bien y remédier. »

Ginny ne perdit pas de temps et lui raconta les rebondissements des dernières semaines. Il fut surpris d'entendre qu'elle était devenue une paria au sein de l'école. Elle lui exposa ses doutes au sujet d'Emelyn Hawke et son visage s'assombrit alors qu'il écoutait son récit. Ils avaient désormais un ennemi en commun et elle savait qu'elle devait faire de Malfoy son allié au plus vite.

« Quelle peste. » murmura-t-il, entre ses dents, lorsque Ginny lui conta l'histoire de l'Elixir d'Euphorie. « J'en ai connu des garces dans ma vie, mais cette fille les surpasse toutes. »

« Elle est dangereuse. » déclara Ginny, soulagée d'entendre qu'il partageait son avis. « Et il est impératif que j'obtienne des preuves. Qui sait de quoi d'autre elle est capable ? Elle n'a aucun scrupule. »

« Tu dois être attristée étant donné que Potter est également tombé dans son piège. » lança Malfoy. « Tu sais, je suis là si tu veux épancher ta peine auprès de quelqu'un. »

« Je t'en prie Malfoy. On connait tous l'histoire du garçon charitable. D'abord on propose son épaule, et ensuite on offre le reste. » lança Ginny en levant les yeux au ciel.

Cela sembla beaucoup amuser Draco dont le visage se fendit en un sourire.

« J'aurais tenté. » déclara-t-il en haussant les épaules.

« Alors, es-tu partant pour m'aider à la remettre à sa place ? » interrogea Ginny.

« A une condition. »

« Laquelle ? »

« Je veux que tu m'aides à rétablir ma réputation au sein de l'école. Je t'avouerai que je ne compte pas rester dans l'abstinence involontaire jusqu'à mes ASPICS. »

« Entendu. » répondit immédiatement Ginny.

Deux heures plus tard, elle remonta dans son dortoir. Emelyn Hawke, s'y trouvait, allongée sur son lit, le nez plongé dans son manuel de Potions. Lorsqu'elle vit Ginny, elle l'ignora superbement.

Ginny fit mine de mettre de l'ordre à ses affaires, mais du coin de l'œil, elle observait sa condisciple, à la recherche du moindre indice.

Cependant, Emelyn ne fit rien hors du commun, et bientôt, elle tira les rideaux de son lit à baldaquins, empêchant Ginny de l'observer.

Ginny fit de même, entrant dans ses couvertures, l'air songeur. Elle fit un rêve étrange, cette nuit-là. Elle se revit à la fête de Slughorn, mais cette fois, au lieu de repousser Emelyn Harry l'embrassa avec passion, ignorant Ginny. Elle se réveilla, l'esprit tourmenté.

Sa vie avait pris un tournant horrible depuis ces dernières semaines et l'absence d'Harry lui causait toujours autant de chagrin. Emelyn Hawke se rendait-elle compte du mal qu'elle avait causé ? Avait-elle la moindre idée des dégâts qu'engendraient ses actes ? Comment pouvait-elle aussi nuisible ?

Encore une fois, elle ne parvint pas à retrouver le sommeil, et elle observa le plafond du dortoir pendant une heure durant. Soudainement, elle vit une petite lumière éclairer une partie du dortoir, devenant du lit d'Emelyn. Elle entendit le froissement de pages qui se tournaient. Elle était probablement plongée dans son livre de Potions stupide.

L'idée frappa alors Ginny comme une illumination.

« Son livre de Potions. » déclara-t-elle à l'adresse de Luna Lovegood dès qu'elle la croisa, plus tard dans la matinée.

Luna sembla décontenancée.

« Quel livre de Potions ? » interrogea-t-elle, confuse.

« Je ne m'étais jamais posé la question mais elle est constamment fourrée dans ce fichu manuel. Constamment. Pendant les autres cours, dans la salle commune, parfois même pendant les repas. » expliqua Ginny. « Slughorn et Rogue ont clairement dit que l'Elixir que j'ai ingéré était une version améliorée, loin de ce qu'on apprend en classe. »

« Très bien, mais en quoi le livre serait la réponse ? demanda Luna.

« Je ne sais pas ! » lança Ginny d'un ton agacé. « Mais on a aucune autre piste, il faut qu'on commence quelque part. »

Elle commençait sérieusement à se décourager. Elle ne pouvait pas laisser Emelyn se promener dans les couloirs de Poudlard, arborant son habituel air innocent alors qu'elle avait causé autant de dommages dans la vie de Ginny. Luna ne comprenait pas ce qui était en cause. Ginny avait perdu Harry à cause de ces machineries et l'idée même que cette séparation reste permanente l'angoissait terriblement.

« Tu as raison. » dit Luna, semblant remarquer la détresse de Ginny. « Nous n'avons qu'à lui voler. »

« Il nous faut un plan. » décréta alors Ginny, soulagée.

« J'en ai un. » déclara Luna. « Tu m'as dit que Draco Malfoy voulait redorer son blason, c'est bien ça ? »

Ginny acquiesça, sans comprendre.

« Dans ce cas, c'est ce que nous allons faire. »

Trois jours, plus tard, alors que Ginny déambulait dans les couloirs de l'école, elle se répéta la même chose :

« Cette idée est complètement démente. »

Mais elle ne s'attendait pas à moins de la part de Luna Lovegood, dont l'excentricité était la marque de fabrique.

Lorsque l'heure du petit-déjeuner arriva, elle entra dans la Grande Salle et s'installa à la table des Serpentard, non loin d'Emelyn Hawke.

Elle se tourna vers l'entrée de la Grande Salle et l'observa avec appréhension. Soudainement, Draco Malfoy entra dans la Grande Salle, dans son plus simple appareil provoquant des hoquets apeurés parmi les élèves.

Contrairement à la dernière fois, il se pavanait fièrement, sous les regards et gloussements appréciateurs des jeunes sorcières sur son passage.

A la table de professeurs, Minerva McGonagall sembla sur le point de faire un infarctus. Une fois son choc passé, elle se leva d'un bond, se ruant vers Draco qui avait eu le temps de traverser la Grande Salle.

« Le cadeau des Dieux faits aux femmes. » murmura rêveusement une cinquième année, non loin de Ginny, les yeux rivés sur la stature athlétique de Malfoy.

« Pour l'amour de Merlin, encore VOUS Malfoy ? » hurla McGonagall, hors d'elle.

« Professeur, il s'agit d'une mauvaise blague à mon encontre. » dit Draco en élevant la voix, faussement innocent.

« Couvrez-vous, pauvre idiot ! » ordonna-t-elle avec fureur. « CREEVEY ! »

Colin Creevey avait dégainé son énorme appareil photo et s'était déjà lancé dans la prise de plusieurs clichés de Malfoy.

McGonagall métamorphosa une carafe d'eau en plaid et força Malfoy à se couvrir.

« Vous allez vous retrouvez en retenue jusqu'à la fin de votre scolarité Malfoy ! »

Malfoy sembla lui indiquer quelque chose à voix basse et les oreilles de McGonagall devinrent rouges de fureur.

Elle se dirigea vers la table des Serpentard d'un pas furibond.

« MISS HAWKE. » hurla-t-elle.

Emelyn sembla surprise et regarda McGonagall, l'air confus. Ginny en profita pour murmurer un « Accio » discret en direction du sac d'Emelyn, posé sur le sol. Il se dirigea vers Ginny qui l'attrapa au passage. Personne ne sembla la remarquer. Tous les yeux étaient braqués sur McGonagall puis Emelyn, successivement.

« Dans mon bureau, immédiatement ! »

« Mais... » commença à se justifier Emelyn, sans comprendre. « Je n'ai rien fait. »

« DANS MON BUREAU ! »

Emelyn se leva immédiatement, une expression agacée clairement visible sur son visage. Elle sembla chercher son sac à ses pieds et fronça les sourcils lorsqu'elle ne le vit pas.

« Je ne trouve pas mon… » commença-t-elle.

« IMMEDIATEMENT » hurla McGonagall, à pleins poumons.

Sous la pression de la Directrice Adjointe, Emelyn n'eut d'autre choix que de la suivre, abandonnant la recherche de son sac. Les trois disparurent de la Grande Salle. Ginny saisit le sac d'Emelyn ainsi que le sien et se dirigea rapidement vers les portes, à son tour. Personne ne sembla lui porter attention, car toutes les conversations étaient tournées vers la scène scandaleuse qui venait de se dérouler.

Luna la rejoint devant les portes. Elle lui jeta un regard interrogateur.

« Je l'ai. » confirma Ginny alors qu'elle se dirigeait vers les cachots pour assister au cours de Potions. « Allons-y, nous n'avons pas beaucoup de temps avant qu'elle ne la libère. »

Elles attendirent impatiemment que le professeur Slughorn arrive et qu'il leur donne les instructions du jour pour mettre en route la seconde partie du plan.

Luna avala une guimauve boutonneuse, l'une des spécialités de Weasley, Farces pour sorciers Facétieux. Après quelques secondes seulement, de grosses postules violettes apparurent sur son visage.

« Professeur ! » s'écria Ginny, faisant sursauter toute la classe. « Je crois qu'elle a fait une réaction allergique à l'un des ingrédients. Puis-je l'emmener à l'infirmerie ? »

Slughorn sembla confus puis paniqué lorsque l'une des pustules de Luna éclata, et qu'une sorte de pus en dégoulina.

« Oui, oui, allez-y Miss- Weasley. » l'encouragea le Professeur en jetant un regard dégouté au visage de Luna.

Les jeunes étudiantes se ruèrent hors de la salle de classe. Luna ingurgita l'autre morceau de la guimauve et après quelques secondes, les pustules disparurent, laissant sa peau immaculée.

Il s'agissait de l'une des nombreuses farces que Fred et George lui avait fait parvenir dans leur colis spécial. Etant donné que tous les colis étaient fouillés par les Aurors avant leur arrivée à Poudlard, ils avaient dissimulé leurs produits sous d'autres formes insolites : paquets de biscuits, réservoirs de parfums, et nécessaires à Potions. Il s'agissait d'un service spécial et personnalisé qu'offrait leur magasin aux clients.

Les deux jeunes filles se dirigèrent vers la Salle sur Demande afin de ne pas être dérangées. Elles ouvrirent le sac d'Emelyn pour fouiller à l'intérieur. Elles n'y trouvèrent rien d'intéressant mise à part le fameux manuel de Potions.

Pendant l'heure qui suivit, elles examinèrent le manuel dans les moindres détails. En plus des instructions normales du manuel, quelqu'un avait ajouté des annotations particulières pour améliorer les Potions proposées dans le grimoire. Sur quelques pages, il y avait également des sorts, qui semblaient être des inventions.

« C'est qui ce Prince de Sang-Mêlé ? » demanda Ginny. « Tu crois que c'est elle ? »

« Aucune idée. » murmura Luna. « Oh regarde ! Elixir d'Euphorie. »

Ginny s'empressa de lire le contenu de la page. Des instructions avaient ajoutées afin de rendre l'effet de la Potion plus durable et plus intense.

« L'Elixir d'Euphorie peut provoquer une addiction sévère s'il est consommé en grande quantité. L'un des effets secondaires est l'apparition d'une paranoïa aigue. » récita-t-elle.

Les deux étudiantes échangèrent un long regard.

« Enfin une preuve tangible. » lança Ginny avec excitation.

Elle sortit plusieurs parchemins vierges et lança un sort de copiage. Le contenu de certaines pages, se calquèrent sur les parchemins.

Ginny était surexcitée par leur découverte. Alors que son enquête faisait face à un mur depuis des semaines, pouvoir enfin prouver qu'Emelyn avait les moyens de la droguer était libérateur.

« C'est génial, mais il nous faut plus. Plus on en aura, mieux ça sera. » indiqua-t-elle à l'adresse de Luna qui hocha la tête.

Luna donna le sac d'Emelyn à une première année et Ginny lui glissa deux gallions, don de Malfoy pour le plan. La fillette était supposée indiquer à Emelyn qu'elle avait retrouvé son sac sous la table de Serpentard. Elle s'empressa de s'exécuter, surexcitée la vue des deux pièces dorées.

A la fin de la journée, alors que Luna et Ginny discutaient dans la bibliothèque, Draco Malfoy les rejoint, l'air extrêmement satisfait.

« Vous avez eu ce que vous vouliez ? »

Ginny hocha la tête avec un grand sourire.

« Je suis officiellement en retenue jusqu'à la fin de l'année scolaire. » leur annonça Draco.

« Bienvenue au club. » rétorqua Ginny.

« Mais c'était amplement mérité. Je suis de nouveau l'étudiant le plus désiré de l'école. »

« Ils auraient dû en profiter pour te dégonfler la tête, pendant ton séjour à Ste Mangouste. » répliqua Ginny en levant les yeux au ciel.

« Comment t'es-tu justifié auprès de McGonagall ? » interrogea Luna avec intérêt.

« Oh je lui ai dit que les électrochocs que j'ai reçu à Ste Mangouste ont endommagé une partie de mon cerveau et que je n'avais pas réalisé que j'avais quitté mon dortoir sans vêtements. »

« Tu as vraiment reçu des électrochocs à Ste Mangouste ? » interrogea Luna, semblant intéressée.

« Bien sûr que non, Lovegood. » répondit Draco en regardant Luna comme s'il elle avait perdu la tête.

« Et qu'as-tu dis au sujet d'Emelyn ? »

« Qu'elle m'a indiqué qu'elle rêvait de me voir nu dans la grande salle et que ça avait probablement influencé mon pauvre subconscient malade. » répondit Malfoy avec un sourire.

Ginny laissa échapper un rire et reçut un regard noir de la part de la bibliothécaire.

« Je n'arrive pas à croire que McGonagall ait pu gober ça. » lança Ginny, l'air impressionnée.

« Tu sais, les mensonges les plus incroyables sont souvent les plus crédibles. » déclara Draco. « J'en sais quelque chose. »

« En tout cas c'était un beau travail d'équipe et un bel exemple de collaboration inter-maisons. » lança Luna avec enthousiasme.

« En parlant de relations inters-maisons, je vous propose de fêter notre réussite tous les trois dans un autre contexte. » proposa Draco, fidèle à lui-même.

Ginny lui envoya un regard dégouté. Le visage de Luna, en revanche, ne sembla pas immédiatement réfuter l'idée.

« Par pitié Malfoy, laissons un peu de côté tes fantasmes, veux-tu ? » dit Ginny, avec lassitude. « Et je t'ai assez vu nu pour le restant de ma vie. »

« Aucun problème, nous n'avons qu'à parler des vôtres. » s'enquit Draco, s'attirant le regard irrité de Ginny.

Il se leva ensuite tranquillement, avant de leur lancer :

« Pas que votre compagnie me dérange foncièrement, mais étant donné que je suis de nouveau quelqu'un dans cette école, il n'est pas bon pour moi d'être vu avec deux parias. »

Ginny leva les yeux au ciel.

« Merci, Draco. » le remercia-t-elle tout de même.

Il leur adressa un clin d'œil avant de disparaitre de la bibliothèque, sous le regard rêveur des étudiantes sur son passage.

Les jours qui suivirent, Ginny devint obsédée par la mission qu'elle s'était donnée. Prouver à tous l'individu nuisible qu'était Emelyn Hawke. Elle se lança dans une surveillance poussée d'Emelyn. A tour de rôle, Luna et elle-même observèrent les faits et gestes d'Emelyn, à la recherche du moindre élément anormal. Luna mit également Neville Londubat sur le coup. Il sembla réticent à fréquenter Ginny au début, mais sûrement par loyauté pour Luna, il accepta de les aider.

Ils remarquèrent bientôt qu'Emelyn passait la plupart de son temps libre dans la Salle sur Demande. Toutefois, ils ne savaient pas pourquoi elle y entrait, et de nouveau, se retrouvèrent rapidement grâce à un mur. Ginny sentit peu à peu son découragement grandir jusqu'au jour où Luna arriva en trombe devant la table des Serpentard, l'air agité.

Plusieurs Serpentard lui lancèrent des regards mauvais en la dévisageant de haut en bas, l'air hostile. Ginny se releva rapidement, suivant Luna hors de la Grande Salle, et lui adressa un regard interrogateur.

Luna sortit sa paire de lunettes grotesques et la brandit devant Ginny d'un air excité.

« Quoi ? » s'étonna Ginny.

« Mon père me les a ramenées de son voyage au Pérou, c'était un cadeau du chef d'un petit village sorcier qui vit dans une cité appelée Machu Picchu. »

« Machu quoi ? » répéta Ginny, sans comprendre. « Ecoute Luna, je ne te suis pas et… »

« Ils croient en l'existence d'une aura, que chaque sorcier dégage grâce aux ondes magiques. » expliqua Luna. « Ils ont ensorcelé ces lunettes afin qu'elles renvoient une manifestation physique de cette aura. »

Ginny la regardait d'un air alarmé. Luna Lovegood avait officiellement perdu la tête. Elle sembla réaliser que Ginny ne croyait pas à son discours car elle lui tendit les lunettes d'un geste résolu.

« Essaie-les » ordonna-t-elle.

Ginny leva les yeux au ciel, mais accepta de les enfiler, uniquement dans le but de lui faire arrêter son charabia incompréhensible.

« Qu'est-ce que tu vois quand tu me regardes ? » insista Luna.

Ginny observa la Serdaigle à travers les lunettes.

« Rien de particulier, juste toi…Attends ! » s'exclama soudainement.

Elle voyait Luna, mais une ombre colorée était visible autour de sa silhouette.

« Je vois une sorte d'ombre colorée. »

« Mon aura. » confirma Luna.

« Si tu le dis. »

« Concentre-toi, est-ce que tu vois plusieurs couleurs ? »

« Oui, une sorte de jaune, qui se transforme en orange. »

« Les manifestations mentale et physique l'aura » expliqua Luna. « C'est pour ça que tu vois deux couleurs, mais elles se fondent entre elles et sont complémentaires. »

Ginny retira les lunettes.

« C'est très bien tout ça, mais je ne vois pas en quoi tu veux venir. D'ailleurs, j'ai un cours de Sortilèges dans cinq minutes. »

« J'ai regardé celle d'Emelyn Hawke et elle était…étrange. » déclara Luna avec nervosité.

Ginny n'avait jamais vu Luna aussi agitée.

« D'accord, et ? » demanda Ginny en levant un sourcil.

« Il faut que tu la voies par-toi même. » lança Luna, l'air impatient.

Elle saisit le bras de Ginny et l'entraîna de nouveau vers la Grande Salle.

« Mets-les. » ordonna Luna. « Regarde d'autres élèves, puis regarde Emelyn. »

« Tu es malade ? Je ne vais pas m'afficher devant tout le monde avec cette paire de lunettes horrible ! » s'exclama Ginny.

« Ginny Weasley, mets ces fichus lunettes et entre dans cette salle ! » s'écria Luna, son visage devenant rouge de frustration.

Ginny ouvrit la bouche, choquée. Jamais elle n'avait vu Luna exprimer de la colère. Elle s'empressa d'enfiler à nouveau les lunettes et d'entrer dans la Grande Salle, Luna sur ses talons.

Elle se concentra, comme elle l'avait fait quelques instants plus tôt et parcourut la Grande Salle des yeux. Derrière chaque élève, cette ombre mince flottait autour de chacune de leurs silhouettes.

A chaque fois, une première couleur enluminait leur silhouette, puis changeait légèrement de teinte à quelques centimètres. Toutefois, il s'agissait toujours d'une teinte très proche de la première couleur.

Elle chercha ensuite Emelyn Hawke des yeux. Lorsqu'elle tomba sur elle, elle fut frappée par quelque chose d'étrange. L'ombre sur le corps d'Emelyn avait une teinte d'un rouge clair. L'aura autour d'elle était d'un noir de jais, contrastant fortement de la première teinte.

« Oh. » dit simplement Ginny, comprenant ce que Luna avait qualifié d'étrange.

Elle retira les lunettes et se tourna vers Luna.

« Et qu'est-ce que ça signifie ? »

« Je ne sais pas. C'est la première fois que je vois ça. » lui apprit-il Luna, semblant confuse.

Elle reprit les lunettes afin de l'observer une fois de plus à son tour.

« C'est comme si le corps et l'aura ne communiquaient pas. Il y a comme…comme une incompatibilité. » murmura Luna dans un souffle.

Les paroles de Luna résonnèrent dans l'esprit de Ginny pendant le reste de la journée. Emelyn Hawke avait toujours constitué un mystère depuis son arrivée à Poudlard. Elle était calculatrice, déterminée et d'une exécution presque militaire, avait fomenté des plans élaborés pour s'en prendre à Ginny, et à Draco.

Mais pourquoi les prendre tous les deux pour cibles et en arriver à de telles extrémités ? Pour Harry ? Non, cela semblait bien trop excessif. Derrières les actes d'Emelyn, il y avait quelque chose de presque personnel.

« Il y a comme une incompatibilité. » avait-dit Luna.

Et si Emelyn n'était pas ce qu'elle prétendait être ? Qui aurait les motivations de s'attaquer de manière aussi disciplinée à Ginny, à Harry et à Draco ? Alors que les pièces se mettaient en place dans le cerveau de Ginny, un souvenir lui revint soudainement à l'esprit.

Quelques mois, auparavant, lorsqu'elle avait observé la carte du Maraudeur d'Harry, un nom familier était apparu dans la salle commune de Serpentard.

Une boule d'angoisse la prit soudainement au ventre alors qu'elle réalisait de qui il s'agissait.

/

Hermione avait enfin terminé la réparation de cette maudite Armoire à Disparaitre. Et les derniers tests qu'elle avait mis en place avec Barjow et Burke s'étaient révélés relativement concluants.

Satisfaite, elle se laissa choir sur son lit, s'autorisant un repos bien mérité pour la première fois depuis des semaines.

Ses membres étaient courbaturés et fatigués, mais elle n'y prêta guère attention. Quelques vraies nuits de sommeil la rendraient rapidement d'aplomb, elle en était certaine.

L'exécution de son plan avait été parfaite, malgré la fausse note avec Harry Potter. Toutefois, cela ne lui importait peu. Elle avait déjà obtenu ce qu'elle voulait de lui. Elle l'avait aliéné de Ginny.

Cette dernière entra soudainement dans le dortoir. Comme à son habitude, Hermione prit le soin de l'ignorer. Elle n'éprouvait plus de plaisir à la narguer. Son unique désir désormais était de voir l'expression sur le visage de son ex meilleure amie, lorsqu'Harry Potter périrait aux mains de Lord Voldemort.

A la grande surprise d'Hermione, Ginny se planta devant elle, l'air impassible.

« Je peux te parler ? » demanda-t-elle d'un ton neutre.

Hermione se redressa, se relevant de son lit avec une étrange difficulté et se dirigea vers son placard.

« Dis-moi tout Ginny. » dit-elle d'un ton moqueur. « De quoi s'agit-il cette fois ? »

« Je sais que tu m'as drogué. » déclara Ginny de but-en-blanc.

Hermione éclata de rire.

« Tu es délirante. » répliqua-t-elle. « Je pense qu'ils devraient te tester à nouveau, visiblement tu es encore sous les effets. »

« Je peux le prouver. » avança Ginny.

Hermione lui adressa un regard de pitié. Ginny bluffait probablement. Son désespoir était devenu tel qu'elle n'avait vraisemblablement pas d'autres issues.

« Qu'est-ce-que tu attends, alors ? » demanda Hermione d'un ton provocateur.

Ginny ne répondit pas, l'observant fixement. Puis d'un pas raide, elle se détourna et se dirigea vers la porte du dortoir sous le regard amusé d'Hermione.

Avant de quitter la pièce, Ginny lança :

« Hermione ? »

« Oui ? » répondit immédiatement Hermione.

Ce fut seulement lorsqu'elle croisa le regard éberlué de Ginny qui s'était retournée pour lui faire face qu'elle se rendit compte de son erreur.

Fin du Chapitre.

J'espère que vous avez apprécié ce chapitre ! Ginny a enfin percé Hermione à jour. A votre avis, comment Hermione va-t-elle réagir ? N'hésitez pas à laisser un commentaire, c'est le seul salaire de l'auteur :)

Pour info, la phrase « Les hommes faibles sont les chiens des hommes fermes. » n'est pas de moi mais de Denis Diderot dans Jacques le Fataliste. (1796)

Le prochain chapitre s'intitulera « Éminence grise »

A bientôt,

Black Lagoon