Hola hola les gens !
Désoléée pour ce temps d'attente ultra long... J'ai eu un peu beaucoup de mal avec ce chapitre et au final j'ai décidé de le couper pour pas vous faire attendre encore plus parce que j'étais même pas à la moitié de ce que je voulais faire x') Et puis pour un chapitre ça va, c'est assez long pour que je puisse le poster x) Du coup voilàà !
C'est pas mon chapitre préféré mais j'espère que ça vous plaira !
Merci à UneLicorneArcEnCiel et lys0212 pour leur review adorable ! N'ésitez pas à me donner vos avis, ça me fait toujours super plaisir !
Bisous bisous et coeurs sur vous mes chatons !
Lei sourit à Naja et mit une main sur sa joue, essuyant ses larmes avec son pouce, attendrie par ces larmes sincères. Un mois était passé depuis son accouchement et elle avait décidé de repartir. Elle aimait vivre avec Naja et grand-mère Kara mais il était temps pour elle de reprendre la route, elle n'était plus à l'aise dans cette maison. Hua était repartie depuis quelques jours pour Magnostadt et Lei avait commencée à se sentir claustrophobe dans cette propriété, dans cette ville. Il y avait trop de mauvaises émotions attachées à ce lieu, n'en déplaise aux habitants. Naja l'enlaça dans un geste impulsif et Lei resta figée une seconde, surprise, avant de lui retourner son étreinte avec un sourire indulgent. Elle avait fait ses adieux à grand-mère Kara deux jours plus tôt et c'était surtout faite sermonner pour des défauts quelconques. Ça l'avait fait sourire, elle savait que la vieille Kara lui donnait tous ses vœux pour la suite, elle n'avait pas besoin d'entendre les mots dits.
Lorsqu'elle s'écarta, la magicienne lui essuya encore une fois ses larmes en murmurant des paroles rassurantes familières. Celles que Hua lui avaient offert lorsqu'elle avait quitté les Kowait, il y avait quatre ans de cela. Pas plus que ça ne l'avait consolé, ça ne consola Naja mais celle-ci se calma, tout comme Lei s'était calmée dans les bras de sa sœur. Ce souvenir lui tira un sourire nostalgique. Elle repensait beaucoup plus à son passé depuis son accouchement, les bonnes comme les mauvaises choses qu'elle avait vécu. La seule chose qu'elle avait pu en conclure était qu'elle aurait aimé que Jing soit avec elle. Hua était sa grande sœur et sa présence était irremplaçable, mais Jing était sa meilleure amie, elle était cette personne qui la soutenait envers et contre tous, sans la juger, en lui promettant de toujours être à ses côtés. Et c'était réciproque. Lei aurait eu besoin de sa cousine à ses côtés pendant cette épreuve. Mais elle avait été effrayée. Elle savait que personne ne la jugerait, du moins pas Jing ou Tante Ling, mais elle avait eu peur. Et elle avait toujours peur. C'était pour ça que, malgré sa nostalgie et les conseils d'Hua, elle ne retournerait pas auprès de son peuple. Pas avant d'être reconstruite, et ce ne serait pas avant un long moment. Kōen l'avait aidé à se remettre sur pieds mais son esprit était encore hanté, son cœur encore endeuillé. Elle ne pouvait pas rentrer maintenant.
Lei repartit sur un ultime au-revoir et une bénédiction pour Naja. Cette fille était forte, elle était promise à un grand destin. Elle ne resterait pas servante dans cette maison encore longtemps, Lei était prête à le parier. Le destin pouvait être injuste, violent et cruel mais il récompensait doublement ceux qui survivaient à ses épreuves. C'était une maxime que chaque enfant Kowait connaissait. Une maxime qui, aujourd'hui encore, poussait Lei de l'avant, sans maudire son destin. Et Salomon savait qu'elle avait été tentée.
Elle rejoignit Kōen et Judal qui l'attendaient à la sortie de la ville. Kōen était impérial sur son cheval, dominant tous les autres. Son regard rosé captura celui de Lei pendant un bref instant et ses lèvres se relevèrent en un demi-sourire alors que celles de Lei se fendaient en un plus généreux. Cet homme l'hypnotisait, il était… complexe. Bien plus que ce qu'on pouvait penser de prime abord. C'était cet aspect, entre autre, qui fascinait tant Lei. Elle voulait découvrir chaque facette de lui. Il en valait la peine, elle en était convaincue. Judal, quant-à-lui, flottait à côté de son Roi avec son air mi arrogant mi ennuyé qui lui allait tellement bien. Lei avait vu un regard sérieux sur son visage au cours de ses derniers mois et avait décidé que ça ne lui allait pas. Non, il valait bien mieux qui reste le provocateur Magi noir qu'elle connaissait.
Elle s'approcha de Judal jusqu'à se retrouver presque en-dessous de lui et leva le bras pour lui tirer sa tresse. Il râla, elle sourit, une étincelle d'amusement dansa dans ses yeux. Imperceptible. Ni Judal ni Kōen ne la ratèrent. Avant cette épreuve, elle aurait éclaté de rire et rétorqué quelque chose à son ami, aujourd'hui elle se contentait de sourire. Mais un mois seulement s'était passé depuis la mort de son enfant, alors ils décidèrent que c'était une victoire. Elle réapprendrait à vivre et à faire son sourire rayonnant qui semblait être son symbole. Il fallait juste laisser au temps faire son travail.
Lei avait emprunté un cheval aux nobles qui l'avaient hébergée, elle n'était pas assez rétablie pour marcher longtemps malgré les sorts de guérison d'Hua et la magie n'était même pas envisageable. Pas pour l'instant. Pas avant longtemps. Elle lança son cheval sur la route opposée à celle de l'armée de Kō. Elle ne savait pas où elle allait, elle ne savait pas comment elle allait manger ni où elle allait dormir. Ça n'avait aucune importance. Pas pour elle. Lei était Kowait, le voyage et l'aventure coulait dans ses veines. Un tête à tête avec l'horizon et l'inconnu, voilà ce qui lui fallait. Elle savait qu'elle reverrait tous ceux qui étaient importants. Chacun avait une destinée à accomplir et elle avait l'intime conviction qu'elle tissait peu à peu des liens avec les acteurs principaux de la sienne. Elle savait être patiente, elle attendrait.
Lei ne s'arrêta pas dans les premiers villages qu'elle croisa, elle se contentait de rendre quelques services, était payée – ou non – pour ce qu'elle faisait. Elle s'énervait parfois, ou se contentait de partir avec un sourire et un air mort caché dans ses yeux. Elle mangeait ce qu'elle pouvait, pêchait parfois, la magie lui était utile dans ce cas précis. Elle reprit l'habitude de dormir à même la terre, le ciel comme couverture et les étoiles comme gardiennes. Parfois, allongée sur le dos, le regard tourné vers ces petits points lumineux à une distance beaucoup trop grande pour qu'elle la mesure, elle se disait qu'elle était morte avec son enfant. Que ce n'était pas la peine de se battre pour vivre, parce que ça faisait mal et qu'elle n'y arrivait pas. Avec le peu de nourriture qu'elle avalait et un certain usage de la magie, elle avait retrouvé son ancienne taille, remettait ses anciens kimonos. Elle supposait qu'elle aurait dû être heureuse de ne plus ressembler à une baleine incapable de marcher – et d'une certaine manière, elle l'était – mais elle se sentait vide. Terriblement vide. Lei avait porté une autre vie que la sienne pendant neuf mois, elle avait construit sa vie autour de cet enfant pendant la majorité de cette grossesse, elle s'était préparée à être mère, peu important à quel point la grossesse était dure à supporter. Elle l'avait fait. Et elle n'avait même pas eu la possibilité de tenir son enfant dans ses bras, de ressentir sa chaleur. Elle ne savait pas à quoi il ressemblait, à peine avait-elle réussit à savoir son sexe de Kara. Un garçon. Elle avait porté un garçon, et elle n'avait pas été capable de mener à bien son rôle de mère. Elle l'avait laissé mourir. Elle avait laissé mourir son enfant. Lei ne se supportait plus dans ces moments. Elle n'arrivait pas à se pardonner et elle se laissait tenter. Par la mort ou, pire, par la dépravation. Se laisser doucement tomber dans l'autodestruction, haïr ce monde et finir par le détruire. Parce qu'aucun monde ne devrait exister sans son fils. Lors de ces moments, elle finissait toujours pas s'endormir de fatigue, sans vraiment le vouloir ni savoir comment. Le lendemain elle était d'humeur sombre mais faisait de son mieux pour se changer les idées. Aller en ville et être sociable, résoudre les problèmes des autres et oublier les siens. Ou alors s'isoler, prendre une journée de repos où elle faisait le point sur ses sentiments, sa vie. Dans tous les cas, s'enivrer de la beauté de ce monde où des rukhs dorés dansaient autour de chaque vie.
Son errance dura plusieurs mois. Elle prit le temps de se retrouver, de faire la paix avec elle-même. Lei restait blessée, mais elle n'était plus brisée. Son cœur s'était, petit à petit, réparé malgré les fissures toujours présentes. Elle était une enfant du voyage. Celui-ci l'avait soigné en prévision de nouvelles épreuves. Elle le savait, du plus profond de son âme, elle savait que ce n'était pas terminé. Le monde s'agitait, les rukhs noirs pullulaient et Al-Thamen bougeait plus depuis une décennie que durant les millénaires depuis la destruction d'Alma Torran. Et elle aurait une place dans ce combat. Elle était une prêtresse Kowait après tout, c'était sa mission de garder ce monde sous la garde des rukhs lumineux et non pas détruits par les rukhs sombres. C'était une des raisons pour lesquelles elle ne maudissait pas son destin. Lei était loyale, à sa famille, à son monde et à sa mission. Son ancêtre, Isis, avait combattu aux côtés du grand roi Salomon et avait légué son combat à ses enfants. Pour ça, pour elle, elle ne faiblirait pas.
Elle avait pris conscience de ce que cette mission signifiait pour elle après un séjour dans la capitale d'un petit pays, petit mais très influent. Lei était à Balbadd depuis trois jours. Elle avait rendu plusieurs services aux habitants, surtout ceux des bidonvilles. Elle avait guéri plusieurs personnes d'une maladie malheureusement typique dans ce genre d'endroit, elle avait tenté d'assainir l'eau également et elle avait trouvé de la nourriture pour un certain nombre d'habitants. Elle faisait ce qu'elle pouvait pour aider, avec cette douceur et cette grâce qui l'avaient toujours caractérisée, même aux heures les plus sombres. Elle avait appris, il y avait longtemps, que de petits gestes pouvaient inspirer les humains et les mener à rendre la pareille à autrui. C'était ainsi qu'elle avait décidée de lutter contre Al-Thamen en aidant son prochain, et en espérant que son geste se propagerait pour faire évoluer les hommes vers un monde meilleur.
Lei contemplait d'un air mélancolique une vieille femme tassée donner des remèdes à des personnes dans le besoin. Les ronchonneries de Kara lui manquaient, tout à coup. Et comme un lien logique, penser à Kara la fit penser à son fils. Sa main se resserra sur son sceptre alors qu'elle tentait de chasser ces pensées de son esprit. Rien de bon n'arriverait si elle y pensait maintenant. Du coin de l'œil elle aperçut un mouvement et tourna son regard noisette pour observer deux garçons se courant après. Un petit blond au sourire étincelant, l'autre brun qui semblait hurler sur son compagnon. Ils semblaient se disputer mais Lei avait deviné qu'ils jouaient. Elle s'écarta d'un pas pour qu'ils passent sans la heurter et sentit un sourire se dessiner doucement sur ses lèvres. Ils avaient une énergie communicative. Ça lui faisait du bien. C'était pour eux, la génération future, qu'elle se devait d'aider autrui. Et pour cela, il fallait qu'elle dise définitivement adieu à son fils. Elle ne l'oublierait pas, elle ne le voulait pas, mais Lei s'accordait le droit de ne plus se tourmenter avec sa mort et de le laisser partir. Elle acceptait de pouvoir sourire à nouveau sans que ça ne trahisse son chagrin. Elle acceptait la mort de son fils et, surtout elle acceptait de quitter son deuil après près d'une année et demi de recueillement.
Lei soupira légèrement face à l'homme qui se dressait devant elle et lui adressa un regard d'une neutralité étudiée. Elle avait guéri son enfant d'une maladie bégnine et il ne voulait pas la payer. Elle hocha la tête et fit volteface, sa main crispée sur son sceptre par la contrariété. Elle ne voulait pas faire de vagues, il n'y avait aucun intérêt à ça. Lei expira et laissa la tension quitter ses épaules qui se détendirent. Elle allait devoir trouver autre chose pour pouvoir manger, ses provisions étaient à sec. La soirée étant bien avancée, Lei décida de s'aventurer dans la forêt avoisinant le village où elle se trouvait. S'il y avait un endroit où elle pourrait trouver à manger sans avoir à payer quoique ce soit c'était la forêt et ses points d'eau. Elle sourit légèrement en dénichant une clairière que traversait un ruisseau clair c'était exactement ce qu'elle cherchait.
La magicienne se trouvait sur la berge, devant un petit feu de camp, après un bain rapide qu'elle avait mis à profit pour pêcher son repas. Lei déchira la chair du poisson avec ses dents et mâcha un peu avec de déglutir. Elle avait bien plus faim que ce qu'elle pensait. Son dernier repas était bien loin en vérité, elle n'avait pas dû manger depuis la veille au soir, puis son énergie avait été monopolisée pour la guérison et elle était passée à côté de son repas du jour. Une pomme lui aurait suffi, elle avait un petit estomac, mais même ce fruit lui avait été refusé par l'homme. Elle était bien en peine de deviner pourquoi, l'avarice pouvait-elle s'étendre à un simple fruit ? Lei haussa les épaules en chassant ses pensées. Elle ne le savait pas et ne voulait pas le savoir. Du moment qu'elle trouvait à manger, ça lui suffisait. Il fallait apprendre à ne pas être exigeant lorsqu'on était voyageur, plus encore lorsque l'on était magicien.
Lei finit son repas rapidement et s'allongea à côté de son feu de camp pour bénéficier de sa chaleur et de sa luminosité. Elle s'endormit rapidement, peu méfiante quant aux ombres qui longeaient la clairière. Elle n'avait pas peur du noir, avait un sommeil léger et son sceptre restait dans sa main, elle ne risquait rien.
Le lendemain, Lei se réveilla lorsque le soleil atteignit son zénith à cause de voix sonores retentissant près d'elle. Il lui fallut un moment pour remettre le lieu où elle se trouvait et, lorsque ce fut fait, elle se redressa difficilement, baillant et s'étirant à qui mieux mieux. Lei chercha à se lever et s'arrêta immédiatement, une douleur aiguë parcourant son crâne. Elle baissa les yeux et grimaça en voyant que sa tresse s'était défaite dans son sommeil et que ses cheveux étaient maintenant emmêlés avec son kimono et… elle-même. Lei laissa échapper un soupir et entreprit de se désemmêler patiemment. Le désavantage des cheveux traditionnellement extrêmement longs de son peuple.
Les voix se rapprochèrent et Lei aperçut leurs silhouettes en réussissant à se relever. Les yeux noisette aux paillettes d'or de la magicienne se posèrent sur les armures qui recouvraient ces hommes et ses sourcils se haussèrent. Une dizaine de soldats de l'Empire de Kō. Elle n'avait pas vu d'armée la veille, ils devaient être postés de l'autre côté de la forêt. La curiosité et l'intérêt pétillèrent dans son esprit. Elle se demandait si Kōen était présent.
Les soldats s'approchèrent avec un air méfiant, leurs mains sur la poignée de leur épée. Lei écarta doucement les mains, elle ne voulait pas paraître menaçante. Ils ne pouvaient que deviner qu'elle était magicienne mais elle espérait qu'ils ne l'attaqueraient pas sans sommation. Elle ne souhaitait pas se battre, encore moins le ventre vide.
« —Qui êtes-vous ? – demanda l'homme qui semblait être à leur tête. »
Lei décida qu'elle l'aimait bien, il n'était pas agressif ni trop méfiant. Son visage témoignait de son expérience et il donnait l'impression qu'il attendrait qu'elle dise qui elle était avant de juger ce qu'il devait faire d'elle. C'était un soldat de qualité, devina Lei.
« —Je suis Lei Liao – répondit-elle. – Je ne savais pas que l'armée de Ko était si proche.
—Nous avons conquis la région il y a un mois – répondit un autre soldat, plus jeune, il n'était pas encore expérimenté, devina-t-elle au regard courroucé du sergent. – Que fait une magicienne par ici ?
—Reste à ta place Dosan ! – aboya le sergent. – La dame n'est pas menaçante, tu n'as pas à l'interroger.
—Il n'y a pas de mal – intervint Lei. – Je suis voyageuse, je suis arrivée ici par hasard. Comment vous appelez-vous ?
—Je suis le sergent Masaari de l'Armée de Subjugation de l'Ouest.
—Sergent Masaari, puis-je vous poser une question ?
—Bien sûr – acquiesça le sergent. – Que voulez-vous savoir ? »
Lei prit le temps de s'assurer que sa prise sur son sceptre était ferme et que le soldat n'était pas menaçant avant de poser la question. Elle avait l'impression que le soldat était équilibré mais elle préférait ne pas tenter sa chance, Lei était prête à se défendre si nécessaire.
« —Est-ce que le Seigneur Kōen est présent ?
—Pourquoi ça vous intéresse ? – grinça Dosan, visiblement particulièrement méfiant à son égard.
—C'est un ami – répondit-elle avant que le sergent puisse intervenir. – Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus.
—Un ami ? »
Lei ne s'offusqua pas de la surprise méfiante qui teintait à présent le visage de chaque soldat présent. Elle n'avait pas l'air d'être une amie de leur Premier Prince, elle avait l'air d'une vagabonde. Ses cheveux étaient emmêlés dans les restes de sa tresse et son kimono était froissé et légèrement terreux. Seul son sceptre d'or massif pouvait témoigner de sa riche extraction mais elle aurait pu l'avoir volé, malgré le caractère improbable de la chose.
Avec la fine intelligence qui caractérisait la princesse, celle-ci reprit la parole, un sourire incurvant ses lèvres, comme un fantôme de ses sourires passés.
« —Je ne vous demande pas de m'amener à lui, j'aimerais simplement savoir s'il est présent. »
Le sergent eut un regard plus méfiant encore. Cette femme lui disait quelque chose, il n'arrivait pas s'en rappeler mais il savait qu'elle avait déjà croisé sa route, il en aurait mis sa main à couper. Il était dans l'armée depuis près de vingt ans et avait combattu sous les ordres du Seigneur Kōen depuis que celui-ci était général. Ses hommes et lui faisaient partit de l'escadron qui avaient accompagnés les Princes et Princesses dans les donjons, il était certain que cette magicienne avait un rapport avec les donjons. Si seulement il pouvait s'en rappeler… Cette femme était moins inoffensive qu'elle en avait l'air, il le savait. Il y avait dans ses yeux une blessure trop profonde pour être cachée et elle avait un maintien digne d'une grande Dame malgré son apparence négligée. Cette femme, songea-t-il, était trop complexe pour qu'il la laisse disparaître sans connaître ses motivations. Il ne la croyait pas quand elle se disait ami avec le Prince Kōen mais il décida de jouer son jeu. Il y avait des puissances, au camp, qui pourraient s'occuper d'une magicienne mieux que lui si elle décidait d'attaquer.
Il hocha la tête à la grande surprise de ces hommes. Dosan ouvrit la bouche mais un regard sévère de son supérieur fut suffisant pour qu'il s'abstienne du moindre commentaire. Il était jeune mais pas stupide, ce n'était pas le moment de contester l'autorité de son sergent.
« —Il est au camp. Je peux faire en sorte que vous le rencontriez si vous voulez – offrit-il avec une neutralité observée.
—J'aimerais beaucoup – sourit Lei. »
Son sourire était d'une sincérité désarmante, illuminant ses yeux comme des pépites de chocolat et d'or mêlées. La princesse était d'une beauté discrète, jolie mais pas transcendante. Son sourire rehaussait cependant sa beauté d'une manière que Massari pensait uniquement réservée aux contes de grand-mères. Elle était rayonnante, bien plus qu'il ne s'y était attendu en lui offrant de la mener au prince. Ce pouvait cependant être une illusion et la méfiance ne disparut pas de son esprit, bien qu'il accepte de lui donner le bénéfice du doute face à la joie authentique qu'elle semblait manifester.
Il ne fallut que quelques secondes à Lei pour rassembler ses affaires et le chemin fut parcouru dans un silence prudent, brisé seulement par quelques paroles de politesse de temps en temps. Ils arrivèrent au campement plus vite que ce que Lei avait imaginé. La forêt paraissait plus grande qu'elle ne l'était véritablement, songea-t-elle en détaillant les installations qui s'élevaient dans la plaine.
Masaari la conduisit à travers le camp sous les yeux curieux de chacun sans s'en préoccuper. Lei dévisageait chaque personne qu'ils croisaient, curieuse de voir à quoi ressemblaient les soldats de Kōen. Ils étaient étonnamment détendus pour des soldats ayant conquis le pays seulement un mois plus tôt. Elle adressa un délicieux sourire à un soldat les ayant salués avec respect. Ce n'était probablement pas possible de rester sous tension sans cesse après tout.
Ils arrivèrent bien assez vite devant la tente principale où les sentinelles leur barrèrent le passage. Le Général et ses subordonnés étaient en réunion. Lei acquiesça bien sagement et attendit patiemment en tentant de discipliner ses cheveux. Elle finit par réussir à les tresser avant de les nouer en un demi-chignon approximatif. Elle ne pouvait pas faire de décents chignons improvisés avec cette longueur de chevelure mais c'était toujours mieux que le désordre avec lequel elle s'était réveillée.
Masaari avait eu la gentillesse de lui tenir compagnie pendant ce temps aussi avait-elle pu échanger quelques mots avec lui. Elle avait appris qu'ils comptaient rester encore plusieurs mois afin d'asseoir leur domination sur la région. Il avait expliqué plusieurs autres points de leur conquête à la magicienne qui écoutait attentivement malgré sa répulsion à cette guerre sans fin. Elle n'aimait pas cette guerre, elle aurait préféré que chacun puisse vivre en liberté, mais elle comprenait les idéaux de l'Empire. Lei ne les partageait pas mais ça n'avait aucune importance, elle s'était alliée à Kōen en connaissance de cause parce que c'était la manière la plus sûre de faire tomber Al-Thamen. Elle n'avait aucun droit de critiquer les agissements de Kō alors que son propre peuple vivait en marge de ce monde depuis sa création, enfermé dans le passé.
Des voix provenant de l'intérieur de la tente se firent alors entendre et bientôt les haut-gradés passèrent devant le regard curieux de la princesse. Ceux qui la remarquèrent lui jetèrent un regard où l'arrogance, voire le mépris, dansait. Lei ne s'en préoccupa pas, attendant patiemment que le Grand Général sorte à son tour. Elle n'avait pas l'air d'une princesse, le savait pertinemment et n'y accordait aucune importance, l'apparence n'avait jamais été l'une de ses priorités. Surtout pas depuis sa grossesse.
Kōen sortit de la tente en dernier et son regard se posa sur Lei presque immédiatement. Celle-ci s'inclinait légèrement en collant ses poings l'un contre l'autre dans le salut traditionnel de son peuple. A la grande stupeur de tous, Kōen lui retourna son salut. C'était léger, une inclinaison de la tête et le salut de l'Empire, le poing dans son autre main ouverte, mais c'était plus qu'il n'en avait jamais témoigné à quiconque n'était pas l'Empereur et sa femme depuis qu'il était devenu le Premier Prince.
Lei se redressa et fut happée par un regard couleur du couchant. Un regard rouge, presque rose. Le mystère derrière les émotions qui nageait sous le masque de sévérité de cet homme l'avait toujours fascinée d'aussi loin qu'elle s'en souvienne. Elle aimait cette sensation d'oubli lorsqu'elle regardait danser les nuances du couchant dans son regard.
« —Je ne m'attendais pas à te voir ici Lei – commenta-t-il sobrement. »
Lei ne put que se fendre en un généreux sourire alors que les murmures parcouraient les hommes autour d'eux. Il ne leur avait pas échappé que leur général n'avait pas employé de formule de politesse et ils ne savaient qu'en penser. Une étoile d'amusement se glissa dans le regard de Lei qui avait une parfaite conscience de leur public.
« —J'ai croisé la patrouille du sergent Masaari par hasard je me suis dit que c'était une bonne occasion de voir comment tu allais, depuis le temps – répondit-elle en souriant. »
Elle tourna la tête vers le sergent avec un signe de main et s'amusa quelque peu de son air perdu. Il ne pensait véritablement pas qu'elle était une amie du prince. Ce n'était pas très étonnant cependant, elle ne se serait pas crue elle-même dans le cas inverse.
« —Que… Qu'est-ce que… Comment osez-vous parler si familièrement avec Son Altesse Kōen ! – baragouina un gradé, s'attirant les regards de tous.
—Nous sommes amis de longue date – sourit malicieusement Lei, absolument consciente du trouble qui agitait leurs esprits. »
Kōen lui adressa un regard où dansait une lueur de plaisir étonné. Il ne s'attendait pas à l'entendre plaisanter de nouveau, ses deux ans de voyage semblaient avoir soigné son cœur. Un discret sourire joua sur ses lèvres à la vue de ses subordonnés qui ne revenaient pas de la familiarité avec laquelle ils s'adressaient l'un à l'autre.
« —Cette femme est Lei Liao, la princesse héritière du peuple Kowait – intervint-il finalement. »
Lei leur offrit un sourire poli alors qu'elle se redressait instinctivement. Elle pouvait se permettre de se conduire comme elle voulait lorsque personne ne connaissait son rang mais se sentait l'obligation d'être royale dans le cas contraire. Naja l'avait fait remarquer une fois Lei s'adaptait au comportement de son entourage.
« —La princesse des Kowait ? – intervint un gradé. – Vous pouvez donc nous dire où se trouve votre peuple ?
—Non. – Elle fit un léger sourire d'excuse. – Mon peuple est nomade, je n'ai aucune indication de leur emplacement actuel. »
Ce n'était pas tout à fait exact. A cette période de l'année les Kowait étaient certainement en route pour l'Archipel Torran pour la cérémonie commune entre leurs peuples cousins comme tous les cinq ans. Les laisser penser que les Kowait n'étaient pas prévisibles était le plus sage cependant. Le gradé acquiesça, comme s'il s'attendait à cette réponse.
« —Cela ne coûtait rien de demander – fit-t-il avec un air concerné. »
Lei acquiesça et allait ajouter quelque chose quand son ventre gronda. Elle grimaça sous les regards goguenards des témoins. Le poisson de la veille avait fini de faire effet visiblement. Kōen fronça les sourcils et se pencha légèrement vers elle. Sur son visage ordinairement impassible s'attardait un zeste d'inquiétude qui fit doucement sourire la princesse.
« —Depuis combien de temps n'as-tu pas mangé ? »
Il connaissait sa manie à ne pas manger régulièrement malgré le faible organisme des magiciens. C'était une des choses sur lesquels ils avaient longuement débattu durant sa grossesse. Généralement Kara, Hua ou Judal intervenaient dans le débat et ça finissait par un statut quo contrarié. D'après Kara, Kōen et Judal une fois sur deux, se priver était stupide. La princesse avait rarement vu Kōen aussi virulent qu'à cette occasion. Ça lui avait donné à réfléchir, il fallait l'avouer, mais elle n'avait que peu changé ses habitudes.
« —J'ai mangé hier Kōen, ne t'inquiètes pas. J'ai juste eu une dure journée. »
Son regard rosé se plissa et Lei lui rendit son regard sereinement. Elle ne mentait pas, même si elle minimisait légèrement les évènements. Un sourire ourla ses lèvres alors qu'il se redressait avec un hochement de tête. Il cédait cette bataille mais elle devinait qu'il n'avait certainement pas abandonné la guerre. Il était véritablement décidé à la convaincre d'adopter des repas réguliers. Lei comprenait son point de vue mais elle n'était pas dans la même position que lui. Les Kowait n'avaient pas toujours à manger et les provisions dans ces cas-là étaient généralement pour les plus faibles, comme les enfants et les aînés, sans compter les bêtes. Les jeunes et adultes en bonne santé passaient en second et Lei avait appris tôt à se passer de nourriture pendant un jour ou deux. C'était une habitude à présent.
Kōen eut alors un sourire supérieur qui lui attira le regard suspicieux de Lei. La princesse le regarda appeler un suivant et lui commander à manger avec de grands yeux et ouvrit la bouche pour protester mais elle intercepta le regard sévère du sergent Masaari et referma la bouche en faisant claquer ses dents pour manifester son mécontentement. Sa main se resserra sur son sceptre mais elle ne dit rien de plus et attendit que Kōen l'invite dans la tente et referme les pans qui servaient de portes pour protester.
« —Je n'ai pas besoin que tu pioches dans la réserve de tes soldats pour manger ! J'aurais simplement pu attraper un poisson ou deux ou même cueillir des fruits !
—Profite d'un vrai repas pour une fois et cesse de t'inquiéter Lei. Si j'ai donné cet ordre c'est qu'il n'y a rien à craindre pour mes soldats. »
L'agacement se lisait toujours sur les traits joliment contrariés de la princesse alors que Kōen lui opposait la même tranquille assurance qu'à un opposant politique. Elle finit par relâcher la pression d'une longue expiration et hocha la tête.
« —D'accord. »
Il lui offrit un léger sourire et lui désigna une chaise autour de la table avant d'aller s'installer sur celle à côté. Lei prit place avec un sourire et engagea la conversation. Kōen ne l'aurait pas invité ainsi s'il avait eu une tâche urgente, elle pouvait donc prendre de son temps sans que ça ne lui porte préjudice.
Ils entreprirent de rattraper les deux ans passés, reprenant doucement contact. Kōen se montrait prudent dans ses questions sur ces années qu'elle avait passée à se reconstruire. Lei évitait les périodes les plus noires de son voyage et racontait bien volontiers des anecdotes sur chaque ville remarquable qu'elle avait visitée.
Un suivant les interrompit pour déposer l'assiette de Lei alors qu'elle décrivait Balbadd et ses bidonvilles. Son regard était peiné mais ses lèvres dessinaient un sourire fier alors qu'elle racontait les personnes formidables qu'elle y avait rencontrée. L'arrivée du repas valut un regard aigu à Kōen qui se contenta d'hausser un sourcil jusqu'à ce que l'estomac de Lei se manifeste de nouveau. Ses joues se colorèrent légèrement et elle finit par manger sous le regard amusé de son hôte.
« —C'est bon, observa-t-elle avec surprise.
—Evidemment, railla Kōen, les cuisiniers ont sûrement entendu que je l'avais demandé pour toi.
—Je vois. Ils se sont surpassés, j'irais les remercier plus tard, sourit-elle.
—Tu vas les embarrasser, observa-t-il.
—Je ne comprend pas cette manie d'être embarrassé quand quelqu'un reconnait votre travail, soupira Lei. Ce n'est pas une chose honteuse pourtant.
—Je ne pense pas que tu comprennes un jour, répliqua-t-il en souriant. Nos cultures sont trop différentes. »
Un amusement malicieux dansa dans les prunelles de Lei mais elle se contenta d'hocher la tête. Elle finit en peu de temps son assiette et soupira de bien être à la fin. Ce fut cette fois-ci Kōen qui la regarda avec un amusement à peine dissimulé.
Lei ramena ses cheveux sur son épaule et entreprit de les tresser distraitement. Elle se demandait s'il était temps d'aborder les questions fâcheuses ou s'ils les éviteraient encore un peu. Ça ne la dérangerait pas de ne pas en parler mais il fallait le faire. Ils n'avaient pas parlé de leur alliance depuis deux ans et Al-Thamen avait pris du pouvoir depuis.
Lorsque Kōen prit la parole cependant ce ne fut pas à ce sujet. Lei regarda avec attendrissement la curiosité, la soif de connaissance, qui se manifestait dans son regard. Il était si loin du grand prince qu'il semblait être en toute circonstances dans ces moments-là.
« —Que signifie ta tresse ? »
Il étendit son bras au-dessus de la table et effleura la tresse qui commençait à sa tempe gauche, celle terminée par une perle blanche. Les yeux de Lei regardèrent une scène lointaine, pas assez cependant pour que Kōen ne comprenne pas. Elle ne s'attendait pas à cette question. Elle ne s'attendait pas plus à ce qu'il touche la tresse, les sédentaires étaient si pudiques… La princesse agrippa la tresse un peu trop fortement et la souleva légèrement pour bien la détacher du reste de ses mèches. Son regard d'un miel chocolaté tomba dessus et elle eut un sourire empli d'un chagrin que Kōen trouva tristement familier.
« —Une tresse à gauche du visage symbolise le deuil. La perle blanche symbolise un enfant mort-né. (Sa voix s'étrangla et elle dut déglutir pour continuer.) La perle aurait été orange si ça avait été un enfant un peu plus vieux et bleu si ça avait un adulte. »
Un long silence s'ensuivit. Lei respirait fort, pour retrouver la maîtrise de ses émotions. Elle n'y parvint cependant que lorsque Kōen prit sa main doucement, délicatement, pour desserrer sa prise sur sa tresse. Il garda sa main, la pressa, lui rappela qu'elle n'était pas seule, perdue dans ses souvenirs sombres. Lei tourna son regard noisette vers lui et sourit faiblement, reconnaissante qu'il la soutienne tant. Cet homme était surprenant, fascinant.
« —Comment l'as-tu appelé ?
—Dewei, murmura-t-elle. C'était un garçon, ajouta-t-elle d'une voix faible. »
Elle essuya la larme qui avait échappé à la barrière de ses paupières et inspira profondément. Elle serra la main de Kōen, le contact lui assurant un repère dans le présent. Deux ans étaient passés et elle avait pansé son cœur mais Lei le savait. Ses blessures n'étaient qu'à peine cachées. Elle avait toujours été trop sensible.
La princesse cligna plusieurs fois des yeux et regarda finalement le premier prince dans les yeux. Les froides nuances rosées, tournoyant au milieu d'émotions diverses qu'elle ne faisait que deviner l'hypnotisèrent une fois de plus et Lei se demanda si elle s'habituerait un jour à la beauté de son regard de couchant. Il lâcha sa main et s'adossa à sa chaise en croisant les bras. Il avait retrouvé une certaine neutralité et Lei ne put que l'en remercier. Elle en avait besoin pour retrouver son propre sang-froid.
« —Combien de temps resteras-tu dans la région ? demanda-t-il.
—Je ne sais pas. Tant que je voudrais. »
Il hocha la tête et Lei se demanda à quoi il pensait. Kōen n'avait pas l'air d'une personne posant des questions pour rien, il devait bien avoir quelque chose en tête. Elle le lui demanda par ailleurs, curieuse de savoir ce qu'il avait derrière la tête. Il lui répondit par une autre question et les minutes qui suivirent furent occupées à ce petit jeu. Lei dut déployer des trésors d'imagination pour arriver à lui faire dire ce qu'elle voulait alors qu'il semblait répliquer sans effort. Elle finit par éclater de rire, rompant le jeu et la frustration qui grandissait par la même occasion, s'avouant vaincue sous l'air hautement amusé de Kōen.
Ils se quittèrent sur ces mots, Lei apaisée et Kōen rassuré. Elle avait oublié combien il était facile de discuter avec lui, même durant ces instants où leurs esprits se confrontaient. Il était assuré qu'elle se reconstruisait, lentement, progressivement, mais sûrement.
Lei retraversa le camp d'un pas léger, plus joyeuse qu'à l'ordinaire, chantonnant presque inconsciemment les ordres aux rukhs pour former un léger vent dans cette atmosphère caniculaire. La brise l'enveloppait, faisait voleter son kimono et s'emmêler ses cheveux. Les prochains jours promettaient d'être radieux pour la jeune femme au sourire resplendissant.
…
Une main étrangère plaqua un morceau de cuir sur sa bouche et son nez soudainement et elle se réveilla en sursaut, se débattant comme une diablesse. L'esprit embrouillée par son réveil brusque et par le parfum qu'elle avait sous le nez, elle ne pensa pas à se servir de sa magie, l'instinct le plus primaire la conduisait à simplement se débattre de toutes ses forces. Mais le corps des magiciens était faible, c'était le prix pour pouvoir manier la magie et donner des ordres aux rukhs. Elle avait beau être suffisamment résistante pour marcher longtemps sur les routes, elle ne pouvait résister à un esclavagiste entraîné. Ses mouvements ralentissaient peu à peu et ses yeux papillonnaient pour résister à la soudaine fatigue écrasante qui la gagnait. Ses yeux se fermèrent finalement et ses muscles se relâchèrent, sa résistance vaincue par la drogue. Son poing crispé lâcha finalement le sceptre qui gisait à ses côtés et les esclavagistes soupirèrent de soulagement avant d'éclater de rire. Ils se moquaient de la détresse de la magicienne, de sa futilité à vouloir user de la force physique et non de la magie, et, tous, au fond d'eux-mêmes, se sentaient soulagés qu'elle n'ait pas pensée à utiliser cette magie.
