Note de l'Auteure : Merci à toutes les personnes qui ont pris le temps de me laisser un commentaire ! On s'approche dangereusement de la fin. Il reste deux chapitres après celui-ci !

Encore mille mercis à mon bêta-reader, Dumby95, pour sa correction de ce chapitre.

Bonne lecture !

XI. Sans foi ni loi

Dolores Jane Ombrage déifiait l'ordre et plaçait la structure par-dessus tout. Il s'agissait pour elle d'un besoin compulsif, d'une nécessité absolue. Dès son plus jeune âge, elle avait développé une obsession pour la propreté et la symétrie. Il n'était pas rare qu'elle passe de longues heures dans divers rituels de rangement et de vérification afin d'apaiser son anxiété grandissante.

Un Médicomage lui avait finalement diagnostiqué des troubles obsessionnels compulsifs. Ce bilan était tombé après plusieurs années d'inquiétude de la part de ses parents à son sujet. On avait conseillé de la thérapie cognitivo-comportementale pour réduire son anxiété et on avait prescrit quelques breuvages antidépresseurs pour calmer les peurs irrationnelles de la petite Dolores.

Contrairement à ses proches, Dolores avait toujours considéré ces « troubles » comme de véritables dons la destinant à un parcours spécial. La société nécessitait des personnes comme elle pour rétablir l'ordre et en assurer le bon fonctionnement.

Elle avait donc endossé cette lourde responsabilité en consacrant sa vie au Ministère de la Magie. Dès son entrée dans la bureaucratie, elle en avait rapidement gravi les échelons. A dix-sept ans, Dolores avait débuté en tant que stagiaire au service des abus de la magie. A trente-ans, elle était devenue Directrice de Cabinet. Ce fut sans surprise qu'elle fut nommée sous-secrétaire d'État pendant l'administration Fudge, puis mandatée à Poudlard afin d'y succéder à Albus Dumbledore.

Elle avait été particulièrement choquée de l'état chaotique de cette école remplie de cancres et de dégénérés. Dans de longues lettres destinées à Cornelius Fudge, elle avait passé plusieurs heures à décrire l'état déplorable dans lequel Dumbledore avait laissé la jeunesse du pays. Bien que la plupart d'entre elles soient restées sans réponse, elle avait eu l'intime conviction que le Ministre partageait sa vision des choses. En tant que représentante du gouvernement, elle avait alors instauré un régime strict à Poudlard.

Une rencontre avec un demi-géant répugnant et des centaures abjects l'avaient forcée à prendre une retraite anticipée et elle avait dû passer quelques semaines à Sainte-Mangouste pour se remettre de ce traumatisme. Être ainsi confrontée à ce type d'hybrides avait réveillé ses peurs les plus profondes. Un nouveau traitement aux élixirs calmants l'avait finalement remise sur pieds.

Dolores avait finalement retrouvé sa place au Ministère et avait fait profil bas lors de l'élection de Rufus Scrimgeour. Il avait fallu attendre quelques mois plus tard, après son assassinat, pour que Dolores retrouve sa foi originelle envers un gouvernement fort et strict. Pius Thicknesse, l'ancien Directeur du Département de la Justice Magique avait été nommé à la tête du gouvernement provisoire et il avait sans attendre pris des décisions efficaces. Il avait chargé Dolores de présider la Commission d'enregistrement des Nés-Moldus, opportunité qu'elle avait accueilli avec enthousiasme.

Au cours des dernières décennies, le nombre des Nés-Moldus s'était accru de manière significative (voire incontrôlée selon Dolores) et il était temps qu'on applique une régulation à ces individus dans une optique de recensement.

Dolores Ombrage n'avait rien contre les Nés-Moldus, du moins pas en public. Dans la sphère privée, toutefois, après avoir consommé quelques verres d'hydromel rosé, ses opinions changeaient drastiquement et elle se laissait parfois à quelques commentaires haineux.

« Ils sont dangereux et se répandent aussi rapidement que des trolls et autres vermines. » assura-t-elle un jour à Mafalda Hopkrik, sa nouvelle greffière à la Commission.

Dolores avait englouti son troisième verre d'hydromel et ses gestes devenaient plus maladroits.

« Nous sommes dans une nouvelle ère, crois-moi, Maffy. Notre nouveau gouvernement est fort et intraitable. Pius Thicknesse va rétablir nos valeurs d'antan et nous débarrasser de la racaille moldue. » dit-elle avec un plaisir non dissimulé.

Elle peina à contenir son enthousiasme et versa une partie de son verre sur la veste rose en laine qu'elle portait. Elle grimaça avec horreur. Lorsqu'il s'agissait de son besoin compulsif de propreté, même l'alcool ne parvenait pas à réduire son anxiété. La soirée fut rapidement écourtée et l'angoisse de Dolores ne fut calmée qu'une fois sa veste trempée, à trois reprises, dans un mélange désincrustant et blanchissant.

Le ravissement de Dolores finit par atteindre des sommets lorsqu'elle reçut un courrier officiel du Ministre de la Magie, la convoquant pour une entrevue exceptionnelle.

Le matin en question, Dolores enfila son plus bel ensemble pour l'occasion, parfit sa coiffure avec une attention particulière puis se présenta dans son bureau.

Pius Thicknesse était un homme charmant, issu de bonne famille et son arbre généalogique était sans tâche. Le seul détail qui gênait Dolores était l'amas épais de cheveux noirs recouvrant ses épaules. Les cheveux longs étaient de véritables nids à germes, surtout chez les hommes, et déclenchaient parfois des pensées obsédantes de contamination chez Dolores.

Elle plaqua toutefois un sourire complaisant sur son visage et entra dans le large bureau ministériel avant de s'installer sur le fauteuil que lui désigna le Ministre.

« Dolores, merci d'avoir répondu aussi vite à cet appel. » commença-t-il, l'air grave.

« Bien sûr, Monsieur le Ministre. » répondit immédiatement Dolores, prenant une voix haut-perchée, et en battant des cils. « C'est tout à fait normal. »

« Albus Dumbledore est mort. » annonça Thicknesse d'un air neutre, comme s'il annonçait la météo.

Dolores, par politesse, prit une expression peinée. Intérieurement, elle jubilait. Albus Dumbledore était un délinquant de premier ordre, un dissident reconnu, et sa disparition serait une bonne chose pour la communauté magique.

« Les circonstances autour de son décès restent assez floues. » poursuivit le Ministère avec flegme. « Il semblerait qu'Harry Potter et d'autres associés de l'Ordre du Phénix soient impliqués. »

« Quelle surprise. » pensa Dolores avec ironie.

Lorsqu'elle avait eu affaire à Potter pour la première fois, deux ans auparavant, elle avait immédiatement senti la source d'ennuis qu'il représenterait. Sa première impression s'était rapidement confirmée. Potter était incapable de se soumettre à l'ordre établi, souffrait d'un trouble du déficit de l'attention sévère et n'avait cessé de causer des problèmes durant sa scolarité. Sans grand étonnement, sa petite délinquance juvénile semblait finalement avoir atteint le stade de crime organisé.

« La situation est quelque peu compliquée et le Conseil d'Administration de Poudlard s'est réuni en urgence ce matin afin de discuter des solutions potentielles. » expliqua Pius, l'air ailleurs. « Le Conseil a décidé de vous nommer à la Direction de Poudlard. Au vu de votre investissement pour l'école il y'a deux ans et votre leadership efficace, vous êtes sans aucun doute la candidate la plus compétente. »

Dolores fut emplie de contentement face à cette reconnaissance tant méritée. Son travail était de nouveau reconnu à sa juste valeur.

« Je suis flattée et heureuse que le Conseil m'ait jugé comme la personne la plus qualifiée. » répondit Dolores d'une voix doucereuse. « C'est avec plaisir que j'accepte mes nouvelles responsabilités. »

« Excellent. » répondit le Ministre avec satisfaction. « C'est donc décidé. »

Le lundi suivant, Dolores Ombrage se retrouva sans le bureau Directorial de Poudlard. Une plaque fraichement lustrée mentionnait son nouveau statut :

Dolores Ombrage, Directrice et Grande Inquisitrice de Poudlard.

Elle fut parcourue d'une impression de déjà-vu. Deux ans auparavant, Dolores s'était retrouvée dans une situation similaire après la destitution de Dumbledore. Cette fois, toutefois, Dolores ne ferait pas les mêmes erreurs.

/

L'enterrement de Dumbledore fut une affaire sobre et solennelle. Plusieurs officiers du Ministère se succédèrent afin de donner des discours formatés et sans substance au sujet de l'ancien Directeur.

Ginny Weasley écouta à peine leurs paroles, plongée dans un état léthargique. A ses côtés, Luna Lovegood sanglotait silencieusement, à l'instar d'autres étudiants. On avait réuni toute l'école dans le parc de Poudlard pour la cérémonie. La confusion autour de la mort de l'ancien directeur était encore bien présente. Peu de personnes savaient ce qui s'était réellement passé cette nuit-là et personne n'osait en parler. On enterra finalement le Directeur et son nom cessa d'être prononcé à voix haute dans les couloirs.

Le retour de Dolores Ombrage à la tête de l'école reçut des réactions divergentes. Une partie de l'école, notamment une poignée de Serpentard, se réjouissaient de ce nouveau mandat. Le reste de l'école était inquiète, voire effrayée à l'idée de la voir à la Direction. Son précédent mandat avait laissé des séquelles.

Lorsque la cérémonie fut terminée, Ginny fit l'une des premières à se relever. Elle ignora volontairement les appels de Luna et se dirigea d'un pas rapide vers les portes de l'école. Elle garda le regard résolument fixé devant elle, s'efforçant de ne croiser aucun regard. Rapidement, elle se retrouva devant le portrait donnant accès aux appartements des Préfets-en-Chef. Elle murmura le mot de passe et s'engouffra à l'intérieur.

Elle laissa échapper un soupir de soulagement lorsqu'elle se retrouva dans l'ancienne chambre d'Harry. Lorsqu'elle s'y était rendue, peu après le siège des Mangemorts, elle l'avait retrouvée sans dessus dessous. Les Mangemorts avaient visiblement fait une descente dans l'endroit pour traquer Harry. Sans un mot, elle avait remis de l'ordre à la pièce, le cœur au bout des lèvres.

Ginny s'emmitoufla dans les draps de son petit-ami, retrouvant un semblant de confort lorsqu'elle huma l'oreiller et retrouva son odeur familière. Un coup contre la porte se fit entendre et Ginny sursauta, extirpant sa baguette de sa poche. Elle attendit en silence.

« C'est moi, Ginny. » dit finalement une voix familière face à son manque de réponse.

Elle se dirigea vers la porte et l'ouvrit, laissant entrer Luna Lovegood, qui l'observait avec inquiétude.

« Je vais bien. » lança Ginny avec lassitude à l'adresse de Luna.

Cette dernière semblait s'être donnée comme mission personnelle de ne pas laisser Ginny seule. Elle pensait probablement que Ginny tenterait quelque chose de stupide.

« Je ne vais pas m'ouvrir les veines, si c'est ce qui t'inquiète. » ajouta-t-elle en s'asseyant sur le lit d'Harry, jouant distraitement avec le pan de sa cravate d'uniforme.

« Tu sais, il existe une douzaine de moyens plus rapides pour en finir. » informa Luna, d'un ton rêveur.

Ginny lui jeta un regard estomaqué.

« Tu te souviens quand je t'ai dit de ne pas dire tout ce qui te passait par la tête ? Que certaines choses n'étaient pas appropriées pour toutes les conversations ? » dit Ginny.

Luna hocha la tête.

« C'est un exemple parfait. » assura Ginny.

Luna eut le bon goût de paraître gênée.

« Oh, je suis désolée. » dit-elle simplement. « C'est tellement compliqué ces histoires d'amitiés. J'ai encore du mal avec la technique. Je ne sais pas comment font les gens qui ont beaucoup d'amis. »

Cela réussit à arracher un rire nerveux à Ginny.

« Crois-moi Luna, s'il existait une médaille pour récompenser l'amitié, je te la donnerai sans hésiter. » assura-t-elle.

Luna sembla particulièrement heureuse à ces paroles et elle adressa un sourire radieux à Ginny. Malgré ses bizarreries, Luna Lovegood était une amie fiable et loyale contrairement à d'autres. Ses pensées se détournèrent immédiatement vers Emelyn Hawke ou plutôt Hermione Granger, son ancienne meilleure-amie.

Depuis la nuit de leur confrontation, elles s'étaient à peine croisées et Ginny avait mis en place des stratégies d'évitement plutôt originales. Pour une raison obscure, Rogue avait menti à Hermione, prétendant avoir effacé les souvenirs de Ginny. Hermione pensait désormais que sa réelle identité était de nouveau secrète et Ginny était résolue à la laisser dans cette pensée.

« Je t'ai apporté de nouvelles affaires. » indiqua Luna avant de tendre un sac à Ginny.

Ginny lui adressa un regard reconnaissant. Depuis l'attaque des Mangemorts, elle avait refusé de remettre les pieds dans les cachots, même pour rejoindre son dortoir.

« Merci Lovegood. J'ai l'air tarte en disant cela, mais tu es adorable. » admit Ginny. « Comment as-tu pu accéder à mon dortoir ? »

« Draco. » répondit simplement Luna. « Il a demandé à une première année de Serpentard de rassembler tes affaires. »

Ginny lui adressa un regard interloqué, puis secoua la tête, interdite. Elle avait du mal à comprendre le rapprochement de Draco Malfoy et Luna Lovegood, deux individus complètement opposés, que rien ne destinait à rapprocher.

« Tu sais Ginny, je ne pense pas que ce soit une bonne idée que tu dormes ici. Certaines personnes feront rapidement le rapprochement et cela pourrait te causer des problèmes. »

Ginny ne voulait pas se résoudre à abandonner la seule pièce lui permettant de retrouver, de manière superficielle, la présence d'Harry. Elle savait toutefois qu'il n'était pas prudent qu'elle passe son temps ici.

L'école pensait qu'ils s'étaient séparés après une rupture particulièrement pénible. Si on la voyait se morfondre auprès de ses affaires, sa sécurité en serait compromise. Cela signifiait des raisons supplémentaires d'inquiétude pour Harry et elle ne souhaitait pas être la cause de sa capture.

« Tu as raison. » admit-elle finalement. « J'irai dans la Salle sur Demande. »

Luna hocha la tête.

« Je vais rassembler ses affaires. Je ne veux pas qu'ils y touchent. » lança Ginny.

Luna l'aida à ranger les effets personnels d'Harry. Les deux étudiantes lancèrent un sort pour les miniaturiser, aussi bien que ses affaires tenaient désormais dans un sac à dos.

Avant de quitter la pièce, elle y jeta un dernier regard peiné puis sortit à contrecœur, Luna sur ses talons.

/

Depuis le siège de Poudlard par les Mangemorts, l'atmosphère était devenue pesante. Les jours suivants la mort du Directeur défilèrent dans une inertie sordide. Puis Dolores Ombrage fut nommée à la Direction de l'école.

Le soir suivant l'enterrement de Dumbledore, elle convoqua l'école entière dans la Grande Salle. Les quatre tables destinées à chacune des maisons avaient disparu. Hermione observa avec attention la figure courte et trapue d'Ombrage traverser la salle de banquet afin de s'arrêter sur l'estrade surélevée, face aux élèves. Un sourire hypocrite était placardé sur ses lèvres minces. Derrière Ombrage, Hermione reconnut les Carrow, Amycus et Alecto. Ils abordaient tous les deux une expression vicieuse. Ombrage s'éclaircit la gorge, intimant le silence dans la salle.

« Chers étudiants et membres du corps enseignant. » commença-t-elle d'une voix fluette, semblable à celle d'une petite fille. « Je suis ravie de vous annoncer une nouvelle ère pour notre très ancienne et noble école. »

Elle agita sa baguette, faisant apparaitre un large parchemin qu'elle déroula devant elle.

« En tant que nouvelle Directrice et Grande Inquisitrice de Poudlard, je suis heureuse de vous annoncer la restauration des vingt-neuf Décrets d'Éducation. » ajouta-t-elle. « En complément, et à partir de ce jour, le trentième décret d'Éducation entre également en vigueur. »

Hermione vit certains élèves se jeter des regards interrogateurs, visiblement confus par la mention de ce nouveau décret.

« Le Décret numéro trente exige que tous les élèves passent par une nouvelle cérémonie de répartition. »

Un bourdonnement se fit entendre parmi les élèves et des murmures apeurés se manifestèrent de toute part. Ombrage s'éclaircit à nouveau la gorge, un sourire complaisant sur son visage rondelet.

« Les élèves appelés sont priés de se réunir devant moi. » demanda-t-elle. » « Abbott, Hannah. Brown, Lavande. Carrow, Flora. Carrow, Hestia. Crabbe, Vincent… »

Elle énonça ainsi le nom de plusieurs élèves. Hermione s'avança à son tour lorsqu'elle entendit « Hawke, Emelyn. » Une quarantaine d'élèves furent appelés, la majorité provenant de Serpentard, tels que Malfoy, Zabini, Nott et Parkinson. Une petite minorité venaient d'autres maisons tels que les sœurs Patil, Ernie Macmillan et Zacharias Smith.

« Serpentard. » annonça Ombrage avec satisfaction en direction du petit groupe réuni devant elle.

Severus Rogue fit signe aux élèves de le suivre, et il les mena dans un coin de la Grande Salle.

Elle reprit de nouveau son parchemin, entamant un nouvel appel. Une trentaine d'élèves furent nommés, dont Susan Bones, Neville Londubat, Luna Lovegood, Romilda Vane et Ginny Weasley. Hermione observa Ginny s'avancer d'un pas traînant devant Ombrage. Depuis la nuit où elle avait été séquestrée par les Mangemorts, Ginny semblait totalement déconnectée. Rogue avait expliqué à Hermione avoir placé Ginny sous un sortilège d'Amnésie, ôtant de sa mémoire tout souvenir de la nuit en question. Cela signifiait que Ginny ne connaissait plus sa véritable identité.

« Serdaigle. » annonça Ombrage au groupe devant elle, l'air impérieux.

Ils furent conduits dans un autre coin de la pièce par le professeur Filtwick.

La majorité des élèves de l'école n'ayant pas été appelés furent répartis dans les deux maisons restantes. Poufsouffle reçut le plus grand nombre d'étudiants, plus d'une centaine au total. Une quarantaine d'étudiants furent envoyés à Gryffondor et se réunirent autour du professeur Trelawney qui paraissait bouleversée. Hermione ne manqua le regard empli de dégoût que leur adressa Ombrage.

« A partir de ce jour, tout élève devra prendre en considération sa nouvelle maison et fréquenter les infrastructures lui étant destinée. » dit Ombrage d'un ton frétillant. « Tout manquement à cette règle sera sévèrement sanctionné. »

A ces mots, Rusard, le concierge, esquissa un large sourire, faisant apparaitre ses dents pourries. Il observait la nouvelle directrice d'un air plein de vénération.

On demanda aux élèves de rejoindre leurs nouvelles salles communes où leurs effets personnels seraient disposés. Hermione suivit la foule et rejoint la salle commune de Serpentard. La plupart de ses condisciples étaient toujours des Serpentard mais les élèves issus d'autres maisons paraissaient mal à l'aise. Très vite, toutes les conversations se tournèrent vers la nouvelle répartition.

« Il était temps que quelqu'un mette enfin de l'ordre à cette école. » déclara Pansy Parkinson d'une voix enchantée.

Elle était assise sur l'un des sofas de la salle commune de Serpentard, arborant son éternel air supérieur. Pour une raison inconnue, elle paraissait encore plus satisfaite qu'à son habitude.

« Je ne suis pas certaine d'avoir saisi cette histoire de répartition. » intervint Daphné, l'air confus.

Elle fut gratifiée d'un regard supérieur de la part de Pansy.

« Enfin Daphné, es-tu complètement aveugle ? » demanda Pansy, interloquée. « C'est pourtant évident. »

Sous l'air confus de Daphné, elle poursuivit :

« Nous avons tous été répartis selon notre statut de sang. A Serpentard, il n'y a que les véritables Sang-Purs. »

« Certains Sans-Purs ont été répartis chez Serdaigle. » fit remarquer Padma Patil, qui semblait avoir écouté la conversation.

« Les Sang-Purs traîtres à leur sang et autres lèches-bottes de Moldus ont été envoyés à Serdaigle. » rectifia Pansy d'un ton impérieux. « Les Sang-Mêlés sont à Poufsouffle et les Sang-de-Bourbe à Gryffondor. »

Elle avait prononcé le mot avec un dégoût des plus manifestes. Padma Patil sembla offusquée par son usage du terme mais elle ne fit aucun commentaire. Elle s'éloigna afin de rejoindre ses anciens condisciples réunis près de la cheminée.

Le regard d'Hermione s'attarda sur le feu crépitant à l'intérieur de l'âtre. Contre toute attente, les paroles de Pansy Parkinson faisaient totalement sens. Lorsqu'elle observait les élèves nouvellement répartis à Serpentard, il s'agissait effectivement des enfants issus des familles de Sang-Pur.

A Serdaigle, Ombrage avait réparti des élèves issus de familles s'associant publiquement aux Moldus, et prônant des idées pro-diversité. La famille Weasley, par exemple, était traditionnellement considérée comme Traitre à son sang. Les Londubat également.

Dès les jours suivants, les théories de Pansy Parkinson furent confirmées. Ombrage ainsi que sa garde rapprochée, composée d'Alecto et Amycus Carrow, instaurèrent une multitude de Décret d'Éducation supplémentaires.

Le premier d'entre eux obligea chaque élève à porter un insigne distinctif sur son uniforme afin qu'on puisse identifier son statut de sang.

La semaine suivante, les élèves Nés-Moldus furent contraints de remettre leurs baguettes magiques à Rusard à des fins ''d'enregistrement.'' En échange, on consentit à leur donner des baguettes magiques dont la magie avait été restreinte, permettant la réalisation de sortilèges basiques. La raison invoquée fut la nature même des Nés-Moldu. D'un air faussement bienveillant, elle expliqua que leur magie était instable et il était donc nécessaire de la contrôler pour des raisons de sécurité.

« Vous ne voudriez pas blesser quelqu'un par accident, n'est-ce pas ? » dit-elle à l'adresse d'un troisième année de Gryffondor, de sa voix guillerette.

Un élève de Poufsouffle, Kevin Whitby, eut le malheur de proférer des critiques vocales à l'égard de cette nouvelle politique. Le jour même, il disparut sans un mot et ce ne fut que trois jours plus tard qu'il se présenta de nouveau dans sa salle commune, l'air perdu et traumatisé.

Le programme scolaire changea du jour au lendemain. Certains enseignements furent supprimés, notamment la Défense Contre les Forces du Mal et la Divination. Le Décret numéro trente-deux introduisit deux nouvelles matières : Défense contre les Moldus et Enseignements de la Magie Alternative, respectivement enseignées par Alecto et Amycus Carrow. L'Histoire de la Magie fut troquée au profit d'un cours sur La Généalogie de la Pureté, une version révisionniste des grands évènements de l'Histoire de la magie britannique. Tous les exploits et les avancements réalisés par des sorciers aux origines douteuses furent tout simplement rayés, au profit des Sang-Purs.

La plupart des professeurs semblaient choqués par les changements mis en place par la nouvelle direction, mais aucun d'entre eux n'osa les remettre en cause.

« Il est important que notre société soit encadrée et que nos traditions soient protégées. » expliqua Ombrage aux nouveaux Serpentards. « Cela débute dès l'enfance, et ce par l'éducation. »

Si certains élèves semblaient mal à l'aise face aux propos intégristes d'Ombrage, d'autres paraissaient au contraire boire ses paroles. C'était notamment le cas de Pansy Parkinson qui acclamait chacun des nouveaux décrets, assurant à qui voulait l'entendre qu'Ombrage était le leader dont l'école avait besoin et « qu'elle seule était capable de de mettre un terme à l'invasion de la racaille moldue. »

Sans surprise, Pansy Parkinson fut l'une des premières élèves à rejoindre la nouvelle Brigade Inquisitoriale regroupant des étudiants triés sur le volet pour faire régner l'ordre et la discipline dans l'enceinte de Poudlard. En pratique, la Brigade abusait de son pouvoir afin de martyriser les Nés-Moldus, désormais incapables de se défendre sans baguette magique fonctionnelle.

A l'extérieur, il apparut rapidement que Voldemort avait placé des marionnettes à des grands postes à responsabilité du Ministère, rendant possible les changements drastiques au sein de l'école. Dans un souci de sécurité, plusieurs personnes intégrèrent l'école. Parmi elles, Hermione reconnut une poignée de Mangemorts qu'elle avait rencontré au repère du Seigneur des Ténèbres. Ombrage les présenta comme des Aurors mais certains de ces visages avaient été aperçus dans la Gazette du Sorcier pour leur affiliation à Lord Voldemort et personne ne fut dupe. Une atmosphère de peur et de méfiance constante s'installa rapidement dans l'école.

/

Ginny Weasley tritura d'un geste nerveux le bracelet que lui avait offert Harry. La pierre obsidienne luisait faiblement, émanant une teinte d'un vert sombre. Cela signifiait qu'Harry n'était pas en danger immédiat. Soulagée, elle reporta son attention au cours.

Leur nouveau professeur, Alecto Carrow, avait le visage empâté et ses petits yeux sombres étaient enfoncés dans leurs orbites. Elle semblait constamment avoir un cheveu sur la langue lorsqu'elle parlait, ce qui était distrayant.

Elle enseignait désormais le cours destiné à l'Étude des Moldus réunissant un large groupe d'élèves, toutes années confondues. Elle expliquait durant de longs monologues que les personnes dénuées de pouvoirs magiques se situaient au bas de l'échelle sociale, loin même derrière les créatures magiques comme les elfes de maison. Selon elle, les Moldus étaient des êtres « vils, ignobles et stupides » dont l'unique objectif était de raser la communauté magique.

Lors du premier cours, elle placarda au tableau des images de divers évènements issus de l'Histoire moldue. Les clichés dépeignaient de manière graphique des actes de violence et de torture. Elle ignora les cris apeurés des élèves les plus jeunes présents dans la pièce.

« N'accordez jamais votre confiance aux Moldus. Leur nature même les rend imprévisible et dangereux. Ils sont capables du pire, c'est plus fort qu'eux. » expliqua Alecto.

D'un geste de sa baguette, elle repoussa les tables de la salle de cours.

« Il est nécessaire de savoir vous protéger contre leurs attaques. » dit Alecto, l'air impassible. « Passons donc directement à la pratique. »

Elle fit le tour de la pièce, observant les élèves avec insistance. Elle s'arrêta finalement devant un quatrième année de Gryffondor. Ginny le reconnut immédiatement. Il s'agissait de Dennis Creevey, l'un des plus fervents fans d'Harry.

« Toi. » dit Alecto, un sourire pervers apparaissant sur ses lèvres.

Elle posa l'un de ses longs doigts sur le torse de Dennis, appuyant sur l'insigne qui prouvait son statut de Né-Moldu.

« M-m-moi ? » dit Dennis d'une petite voix.

Il semblait tétanisé. Alecto prit son bras avec brusquerie et le força à se déplacer au milieu de la pièce.

« Des volontaires ? » demanda Alecto en se tournant vers sa classe.

Personne ne parut intéressé mais cela ne sembla pas la décourager.

« Cent points pour l'élève qui se portera volontaire. » dit-elle.

Plusieurs mains se levèrent dans la classe. Alecto fit signe à Urquhart, un élève de Serpentard, de s'approcher. Ce dernier échangea un rire avec ses amis avant d'avancer au milieu de la pièce à son tour.

« A ton avis, quels sont les meilleurs moyens de neutraliser un Moldu ? » demanda Alecto en direction d'Urquhart.

Ce dernier haussa les épaules.

« Le Stupéfixier ? » suggéra-t-il.

« C'est le sort que tu choisirais si un Moldu s'introduisait chez toi pour tuer ta famille ? » demanda Alecto en ouvrant de grands yeux interloqués.

Elle se dirigea vers le tableau et saisit l'une des images affichées avant de la brandir devant le visage d'Urquhart. L'image représentait deux personnes pendues sur une branche, devant une horde de Moldus qui souriaient devant l'objectif.

« Imagine que ce soit ta famille. Ne voudrais-tu pas les venger ? Ou les neutraliser avant qu'ils ne te neutralisent ? »

Urquhart détourna le regard de la photo, visiblement mal à l'aise.

« Un Sortilège du D-Doloris ? » suggéra Urquhart, l'air hésitant.

Soudainement, contrairement à quelques instants auparavant, il semblait moins sûr de lui. Alecto esquissa un rictus euphorique lorsqu'elle entendit sa réponse.

« Voilà qui est mieux. » clama-t-elle, l'air transi. « A toi l'honneur. »

Elle désigna Dennis d'un geste de la main.

« C'est ton Moldu, maintenant neutralise-le. » ordonna-t-elle.

Des murmures apeurés se firent entendre dans la salle de classe. Le visage de Dennis Creevey avait perdu toute couleur. Il tremblotait de terreur et observait Urquhart avec crainte, une lueur plaidante dans ses yeux.

« Allez, fils. » insista Alecto.

Urquhart leva lentement sa baguette et d'un geste tremblant, la pointa sur Dennis. Une goutte de sueur était apparue sur son front et il jeta des regards hésitants à Alecto.

« Maintenant ! » rugit Alecto, son visage déformé par la perversité.

« Endoloris. » murmura Urquhart sous les regards choqués de la classe.

Sous l'effet du sortilège, Dennis Creevey commença à se tordre dans tous les sens, gémissant de douleur. Des élèves se mirent à hurler dans la pièce, d'autres, se cachèrent les yeux pour ne pas assister à la scène.

« Arrêtez ! » s'écria Neville Londubat en se jetant sur Urquhart, faisant tomber la baguette de celui-ci au sol.

Alecto, qui observait la scène avec un ravissement non dissimulé, prit un air contrarié lorsque le sortilège fut arrêté, comme si quelqu'un avait écourté un spectacle qu'elle affectionnait particulièrement.

« Il semblerait que nous ayons un autre volontaire. » susurra-t-elle, l'air jubilant. « A ton tour. »

« N-n-non. » déclara Neville.

Alecto perdit instantanément son sourire satisfait et une lueur coléreuse passa dans ses yeux sombres.

« Qu'est-ce que tu as dit ? » demanda-t-elle, comme si elle n'avait pas saisi.

« J'ai dit non. » répéta Neville d'un ton plus affirmé.

Alecto devint enragée et elle se dirigea vers Dennis qui tremblotait au sol, le tirant avec brusquerie par le col de sa chemise d'uniforme.

« Et si je te donnais l'occasion de te défendre, Sang-de-Bourbe ? » demanda-t-elle, lui jetant un regard plein de répugnance. « Pourquoi ne pas montrer à la classe ce que vous êtes capable de faire lorsque vous en laisse l'occasion ? »

Dennis paraissait sur le point de s'évanouir.

« Allez Londubat, ne fais pas ta mauviette. » émergea la voix nasillarde de Pansy Parkinson. « Montre que tu en as dans le pantalon. »

Elle ricana bruyamment.

« Laisse-moi t'aider. » proposa Alecto.

Elle saisit sa propre baguette puis força Dennis à la tenir. Elle dirigea ensuite sa main face à Neville et lança : « Endoloris. »

Ce fut au tour de Neville de se recroqueviller au sol, tordu par la douleur. Ses yeux convulsaient dans leurs orbites et tous ses membres tremblaient d'une manière incontrôlée.

« Stop ! » s'écria Ginny avant de pouvoir s'en empêcher.

Elle regretta immédiatement son intervention lorsqu'elle vit les regards de la classe se tourner vers elle. Alecto sembla également se désintéresser de Neville et elle interrompit le sortilège, ennuyée. Elle jeta un regard vers l'uniforme de Ginny, observant l'insigne jaune qui brillait sur ses vêtements.

« J'aurais dû m'en douter. » dit Alecto lui adressant un regard révulsé. « Qu'attendre de la part de traitres à leur sang ? »

Elle se dirigea à nouveau vers le tableau noir, enjambant la figure tremblante de Neville sur le sol, sans même lui adresser un regard.

« Vos noms ? » dit-elle en direction de Ginny, puis de Neville.

« Ginny Weasley et Neville Londubat, Professeur. » répondit immédiatement Pansy Parkinson d'une voix doucereuse, avant que Ginny ne puisse prononcer la moindre parole.

Alecto sembla gratter des mots sur un parchemin posé sur son bureau.

« Fin de la leçon d'aujourd'hui. En définitive, si vous deviez gardez quelque chose de cette leçon, gardez ceci : un bon Moldu est un Moldu mort. » acheva-t-elle avant de libérer la classe.

Luna s'empressa de porter à secours à Neville et Ginny fit de même avec Creevey. Tous les membres de ce dernier tremblotaient encore et Ginny vit ses yeux se remplir de larmes. D'autres élèves se joignirent à Ginny pour aider Dennis. Les autres s'empressèrent de quitter la pièce.

« Nous devons faire quelque chose. » murmura Luna d'une voix éteinte, quelques jours plus tard dans leur dortoir. « Je ne peux pas rester les bras croisés pendant que des élèves se font torturer. »

Depuis la nouvelle répartition, elles partageaient le même dortoir dans la Salle Commune de Serdaigle. Ginny acquiesça en silence.

Les décrets d'Ombrage devenaient de plus en plus dérangeants. La veille, le quarantième décret avait interdit aux Nés-Moldu de s'adresser directement à un Sang-Pur sans autorisation expresse au préalable.

La division régnant désormais dans l'école était terrifiante. Un environnement de délation et de suspicion perpétuel hantait les couloirs de Poudlard et personne n'osait se plaindre en public, par peur de représailles.

Suite à l'incident lors du cours d'Alecto, Ginny fit profil bas, ne souhaitant pas attirer l'attention sur elle. Après une semaine sans répercussions, elle se dit qu'Alecto ne la punirait finalement pas pour son interruption inopinée.

Ce fut une grave erreur de sa part et un lundi matin, une enveloppe noire se posa devant elle lors du petit déjeuner. Plusieurs élèves lui jetèrent des regards curieux.

« De quoi s'agit-il ? » demanda Luna à ses côtés.

« Aucune idée. » murmura Ginny, fronçant les sourcils.

Elle ouvrit l'enveloppe et extirpa la note se trouvant à l'intérieur.

Cachot n°6 – Vingt-heures trente

Elle fronça les sourcils, confuse par le contenu mystérieux du parchemin. La mention des cachots fit grandir un malaise en elle. Depuis sa captivité par les Mangemorts, elle ne s'était pas rendue dans les cachots. Elle avait mis en place des spectacles d'originalité pour ne plus assister aux cours de Potions. Le plus efficace restait sans doute les produits de farces et attrapes offerts par Fred et George. En avalant une pastille, elle pouvait facilement simuler être souffrante et se réfugier à l'infirmerie. Madame Pomfresh n'avait fait aucune remarque à Ginny, semblant comprendre la situation.

« Regarde, d'autres élèves ont reçu la même enveloppe ! » indiqua Luna.

Ginny leva les yeux et constata effectivement qu'une poignée d'élèves avaient reçu la lettre mystérieuse, Neville Londubat y compris.

« Ça ne présage rien de bon… » murmura-t-elle en échangeant un long regard avec Luna.

A l'heure du déjeuner, on annonça l'instauration du quarante-et-unième décret :

Tout étudiant ne respectant pas le règlement mis en place pourra être placé en confinement pendant une durée indéterminée, put-on lire sur la dernière bannière accrochée sur le mur du Hall par Argus Rusard.

Quelques minutes avant vingt-heures trente, Ginny quitta la salle commune de Serdaigle après des encouragements de la part de Luna et se dirigea d'un pas trainant vers les cachots. A mesure qu'elle s'approchait, la nausée lui tordait le ventre.

« Tu peux le faire, Ginny. » lança-t-elle à voix basse pour s'encourager.

Elle descendit lentement les escaliers menant aux cachots. Lorsqu'elle atteint la dernière marche, elle s'interrompit, le souffle coupé. L'atmosphère glauque des cachots lui remémora les souvenirs de cette nuit traumatisante. Depuis, ses nuits étaient envahies par des cauchemars où elle se voyait revivre la scène, prisonnière entre les mains impitoyables de Fenrir Greyback.

Il lui fallut quelques minutes pour calmer ses nerfs et retrouver le contrôle de ses jambes. Tremblante, elle s'enfonça d'un pas mal assuré dans les cachots. Sa respiration s'accéléra lorsqu'elle passa devant le bureau de Rogue et elle pressa le pas, le visage livide, craignant d'être malade. Elle arriva finalement devant le cachot numéro six où Rusard, le concierge, semblait l'attendre. Miss Teigne, son fidèle animal de compagnie, ronronnait à ses pieds.

« Votre enveloppe, Weasley. » réclama Rusard. « Et votre baguette magique. »

Ginny lui tendit l'enveloppe reçut le matin même, ainsi que sa baguette, l'air hésitant. Il la parcourut rapidement du regard avant de la fourrer sans cérémonie dans sa poche. Il se dirigea ensuite vers la porte du cachot numéro six, intimant à Ginny d'y pénétrer. Le sourire pervers visible sur son visage lui fit froid dans le dos. Elle entra à l'intérieur et la porte lourde du cachot se ferma immédiatement derrière elle.

Elle observa ses alentours avec curiosité. La pièce était de taille moyenne, faiblement éclairée et pour seul mobilier, se composait d'une large armoire en bois vieilli ainsi qu'une chaise. Elle laissa échapper un soupir de soulagement. Il s'agissait probablement uniquement de confinement comme avait mentionné le décret.

« J'ai connu des heures de retenue bien plus désagréables. » murmura-t-elle d'un ton léger.

Ginny s'installa sur la chaise. Elle croisa les bras, l'air ennuyé, observant son bracelet, comme elle le faisait régulièrement désormais. Elle eut un petit pincement au cœur lorsqu'elle vit que la pierre avait pris une couleur bordeaux.

Elle n'eut pas l'occasion de s'interroger plus longtemps car un bruit se fit entendre de l'armoire à l'autre extrémité de la pièce. Elle leva les yeux et vit l'armoire bouger dans tous les sens, comme si quelque chose à l'intérieur essayait désespérément de s'en échapper. Soudainement le meuble cessa de bouger, et la porte s'ouvrit lentement, émettant un crissement désagréable.

Le cœur de Ginny s'arrêta dans sa poitrine lorsqu'elle vit un visage familier en sortir. Une chevelure et une barbe hirsute, une silhouette imposante, Fenrir Greyback lui faisait face. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire pervers qui glaça le sang de Ginny.

Elle resta immobile sur la chaise, incapable d'esquisser le moindre mouvement, ses membres tétanisés par la terreur.

« Rouquine. » dit Greyback d'une voix rauque. « Heureuse de me revoir ? »

Il avança dans sa direction tel un prédateur qui lorgnait sa proie.

« Je suis revenu finir ce que j'ai commencé. » indiqua-t-il.

« Ce n'est pas possible. » murmura Ginny ans un souffle. « Vous êtes mort. J'ai vu votre cadavre. »

Greyback éclata d'un grand rire bruyant, faisant apparaitre ses larges canines acérées.

« Si je suis mort, comment puis-je faire ça ? »

Sa main s'approcha de Ginny et il attrapa sa nuque avec sa main large. Le contact rugueux de ses doigts provoqua en Ginny une panique incontrôlable. Des flashbacks de sa captivité lui surgirent en mémoire. Elle laissa échapper un hurlement, repoussa Greyback avec toute la force dont elle était capable puis se rua vers le mur opposé.

Cela sembla davantage décupler l'hilarité du loup garou qui la regarda prendre la fuite avec un air de convoitise qui lui donna la nausée.

« Tu veux jouer à ce petit jeu ? » demanda-t-il. « Dès que je t'ai vue, j'ai su que tu étais de celles qui aiment se faire désirer. Pas d'inquiétude, nous avons tout notre temps devant nous. Tu me supplieras bientôt d'en finir avec toi. »

Ginny jeta des regards paniqués autour d'elle, à la recherche du moindre objet pouvant l'aider. Greyback se tenait entre elle et la lourde porte du cachot. Elle savait qu'elle ne pourrait pas l'ouvrir de l'intérieur.

Comme s'il avait lu dans ses pensées, Greyback se rua vers Ginny et attrapa ses cheveux d'un geste brutal.

« J'aime les femmes de caractère. Ça tombe bien, je cherche une femelle. » chuchota-t-il dans l'oreille de Ginny.

Il empestait un mélange de terre, d'humidité poisseuse et de sang qui révulsa l'estomac de Ginny.

Il la détailla de haut en bas.

« Je parie que tu me ferais une belle portée de loups. » fit-il remarquer d'un ton satisfait. « Allez, laisse-toi faire rouquine, je ne le répéterai pas à Potter, promis. »

Ginny cessa immédiatement de se débattre alors que les paroles de Greyback percutaient dans son esprit.

« Qu'est-ce que vous venez de dire ? » demanda Ginny d'une voix étrangement calme.

« J'ai dit que je ne le répéterai pas à Potter. A moins que ça l'intéresse de regarder ? » suggéra-t-il avec perversion.

Ginny serra les dents avant de lancer son pied droit derrière elle. Le talon de ses chaussures rencontra une surface dure, probablement le tibia de Greyback et il la relâcha, titubant sous la surprise.

Elle se retourna pour lui faire face.

« Vous êtes mort. » répéta-t-elle d'une voix neutre. « Rogue vous a tué. »

« Alors pourquoi je suis devant toi, en chair et en sang, hein rouquine ? » demanda-t-il.

Lorsqu'il avait mentionné Harry, Ginny avait réalisé que quelque chose n'allait pas. Cette chose devant elle n'était pas Greyback, mais un produit de son imagination et de ses peurs les plus profondes.

Elle ne pouvait plus laisser la terreur qui la consumait lorsqu'elle voyait cet individu dans son esprit et dans son sommeil prendre le dessus sur elle. Elle était lassée de devoir éviter des endroits du château pour ne pas de s'approcher du lieu de sa captivité. Elle en avait fini avec les terreurs nocturnes causées par cet individu dégoûtant.

« Riddikulus. » murmura-t-elle.

« Tu es ridicule. » dit-il avec un rire moqueur.

« Riddikulus. » répéta-t-elle.

« Pauvre idiote bornée que tu es. Riddikulus, Riddikulus. » caqueta-t-il en l'imitant.

« Riddikulus, Riddikulus, Riddikulus. » lança-t-elle, inlassablement.

D'un geste rageur, il se rua vers elle, les mains élancées devant lui, pour l'attaquer.

« RIDDIKULUS ! » hurla Ginny.

Ginny eut du mal à saisir ce qui se passa ensuite. Elle savait toutefois qu'elle était éprise d'un sentiment de rage intense et de désespoir. Son sortilège sembla fonctionner car la figure massive de Greyback se décomposa soudainement, se transformant en une créature spectrale et l'Épouvantard fut renvoyé dans l'armoire au fond de la pièce.

Le meuble trembla pendant quelques instants avant de devenir immobile. Ginny se laissa tomber sur la chaise, la respiration saccadée, confuse. Elle n'était jamais parvenue à faire de la magie sans sa baguette.

Après ce qui lui sembla une éternité, Rusard ouvrit la porte du cachot pour la laisser sortir. Il sembla ébahi, puis dépité en la trouvant tranquillement assise sur sa chaise.

« Vous ne perdez rien pour attendre, Weasley. » murmura-t-il, plein d'aversion. « Je ne m'en fais pas, je sais que vous serez bientôt de retour dans ce cachot. Et croyez-moi, je vous prépare de belles surprises pour la prochaine fois. »

Ginny ignora les menaces du concierge et se dirigea vers la sortie des cachots, l'air résolu. Désormais, elle ne serait plus une victime.

/

Hermione Granger s'ennuyait ferme. Depuis que les Mangemorts avaient infiltré l'école et en avaient pris le contrôle, sa mission était arrivée à son terme. Évidemment, elle n'avait pas pu livrer Harry Potter au Seigneur des Ténèbres, mais l'erreur n'était pas de son fait. Les Mangemorts présents cette nuit étaient les uniques fautifs ils avaient laissé Potter s'échapper alors qu'il avait été à portée de main.

Toutefois, Hermione ne se faisait aucune inquiétude. Elle savait que Potter finirait par revenir au château. Il était incapable de ne pas jouer les héros et lorsqu'il apprendrait le traitement donné aux élèves d'origine Nés-Moldu sous le joug de Dolores Ombrage, il se précipitait d'accourir pour sauver le monde.

Malheureusement pour lui, l'école était désormais remplie de Mangemorts attendant patiemment son arrivée. La prochaine fois, Potter ne s'en sortirait pas vivant. Un sentiment d'euphorie envahit Hermione à cette pensée.

Elle soupira avant refermer son exemplaire de « Rendez-le Fou de VOUS. » un ouvrage consacré à la concoction de Philtres d'amour en tous genre. La plupart des Potions ne l'avaient pas convaincue à cause des effets secondaires. Elle n'était pas pressée, Ginny finirait par être sienne et elle était prête à tout pour s'assurer que cela arriverait.

Désœuvrée, elle reposa son attention quotidienne sur les frasques d'Ombrage. La mégalomanie de cette dernière devenait dérangeante bien que risible. La veille, un décret avait ordonné que les élèves de Poufsouffle et Gryffondor, les Sang-Mêlés et les Nés-Moldus, devraient contribuer à l'effort collectif afin d'obtenir le droit d'être nourris et logés.

On interdit aux Nés-Moldu l'accès aux cours, sous le prétexte qu'ils étaient réservés aux vrais sorciers. Les Nés-Moldu furent donc réduits à différentes tâches au sein du château. Ils devaient par exemple parcourir la forêt interdite afin d'identifier les créatures magiques y vivant. Ombrage avait le projet fou d'identifier toutes les Créatures du territoire en leur apposant un numéro de série et une place dans un registre destiné au Ministère.

Les Sang-Mêlé, qui représentaient la majeure partie du corps étudiant, étaient légèrement mieux traités que les Nés-Moldu.

Les Sang-Purs ''traitres à leur sang'' reçurent plusieurs cours destinés à leur faire un lavage de cerveau pour haïr les Moldus. Il semblait qu'Ombrage avait encore espoir pour cette catégorie d'élèves. Elle semblait persuadée qu'à force de persistance et de stimuli en tout genre, ils se convertiraient en Sang-Purs idéaux.

Quant aux Sang-Purs de Serpentard, la nouvelle élite de Poudlard, ils étaient traités comme des rois et bénéficiaient de tous les privilèges. Ombrage les appelait affectueusement « l'avenir de la Nation » et ne cachait pas son favoritisme les concernant.

Au fil des semaines, un nombre croissant d'élèves commencèrent à accepter ce système inégalitaire et il était désormais rare d'entendre des complaintes. Tout le monde faisait profil bas, par peur de s'attirer des ennuis. Seuls les ex- Gryffondor semblèrent réfractaires à le suivre. Quelques courageux osèrent s'interposer aux Carrow mais un isolement prolongé dans les cachots suffit à mater les plus indomptables.

Les Professeurs faisaient de leurs mieux pour garder un semblant de normalité dans les salles de classe et d'empêcher la Brigade Inquisitoriale d'abuser de son pouvoir sur les Nés-Moldus. Sybille Trelawney, toutefois, semblait toujours dans le collimateur d'Ombrage. La Divination avait été supprimée du programme scolaire et dans sa grande bonté, Ombrage avait appointé Trelawney comme assistante du Professeur Sinistra pour les cours d'Astronomie. Trelawney était désormais réduite à ranger le matériel et les manuels. Humiliée, on l'entendait parfois cracher des critiques sévères à l'égard de la ''Direction.''

Contre toute attente, elle profitait parfois des moments d'inattention du professeur Sinistra pour donner à la classe des démonstrations de ses talents de voyante. Lors d'un cours d'Astronomie durant lequel le professeur Sinistra accompagna un Gryffondor à l'infirmerie après une mauvaise blague d'un Serpentard, Trelawney insista pour tirer les cartes de Ginny Weasley.

Hermione vit Trelawney brûler une herbe, de la sauge, semblait-t-il, dans la pièce. Hermione vit Ginny lever les yeux au ciel lorsque le professeur s'approcha de la table qu'elle partageait avec Luna Lovegood.

« Je vois… Un amour inexploré… Une grande solitude… » prédit-elle d'un ton dramatique.

Elle ferma les yeux, huma l'air autour d'elle, et commença à trembler légèrement, comme si elle était en transe.

« Je vois une chevelure rouge… Beaucoup de colère… Je vois… » continua-t-elle.

Elle ouvrit soudainement les yeux, plantant son regard dans celui de Ginny.

« La mort. » acheva-t-elle d'un ton dramatique.

Ginny leva un sourcil, observant Trelawney avec scepticisme.

« Et moi je vois un professeur dans les cachots car elle n'a pas respecté le règlement. » lança Urquhart au fond de la classe.

Des fous rires suivirent sa remarque et Trelawney s'empressa de ranger ses affaires, visiblement épouvantée par la menace. Trelawney était terrifiée par Ombrage. Urquhart parut très satisfait de lui-même.

Le weekend suivant, une sortie à Pré-au-Lard fut autorisée pour tous les élèves sauf les Nés-Moldu qui aidaient désormais les elfes de maison à s'occuper de la maintenance de l'école.

Hermione se rendit au village en compagnie de Daphné Greengrass. Apparemment, Pansy Parkinson était restée cloitrée au lit à cause de l'Oreillongoules. Daphné avait insisté pour passer l'après-midi en compagnie d'Emelyn en l'absence de Pansy.

« C'est totalement ringard de faire du shopping seule. Je ne veux pas qu'on pense que je n'ai pas d'amis. » expliqua-t-elle.

Hermione s'était empêché à grand-peine de lever les yeux au ciel. Daphné Greengrass n'avait aucune personnalité et suivait Pansy comme si elle délivrait un message divin.

« Où veux-tu aller ? » demanda Daphné une fois qu'elles furent arrivées au village.

Le mois de Mai était déjà bien entamé et le climat était des plus agréables.

« Peu importe. » répondit Hermione en haussant les épaules. »

Elle écouta distraitement les inepties de Daphné alors qu'elles marchaient dans le village. Elles croisèrent Ginny Weasley en compagnie de Luna Lovegood et Neville Londubat.

« Je vois que votre ménage à trois fonctionne toujours aussi bien. » lança Daphné d'un ton moqueur.

Ginny croisa le regard d'Hermione et cette dernière ne put s'empêcher d'éprouver un certain attachement. Ginny détourna toutefois rapidement le regard et entra dans les Trois Balais, ignorant le commentaire de Daphné.

/

Lorsque ses yeux croisèrent ceux d'Hermione, ou plutôt ceux d'Emelyn, Ginny s'empressa de détourner le regard. Elle évitait toute interaction avec Hermione comme la peste. Elle avait eu de la chance d'échapper in-extremis à son courroux et elle ne comptait pas retenter sa chance de sitôt. Elle savait qu'Hermione était capable de tout, et surtout du pire. Il était donc nécessaire qu'elle reste hors de son radar pour le moment.

Lorsque Ginny entra dans les Trois-Balais, elle sentit quelque chose lui frôler l'épaule mais ne vit personne lorsqu'elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.

Elle suivit Luna et Neville à une table isolée. Ils commandèrent une pinte de bièraubeurre chaucn et commentèrent à voix basse les récents élans de folie de Dolores Ombrage.

Le matin même, elle avait frisé la dépression nerveuse en apercevant un centaure près du parc. Apparemment, le Centaure était venu réclamer l'arrêt des rondes dans la forêt interdite par les élèves qu'Ombrage envoyait régulièrement. Il l'avait menacée d'une riposte sévère. Selon les rumeurs, il avait fallu deux heures à Rusard pour calmer Ombrage après sa crise de nerfs.

« Elle est complètement dérangée. » murmura Ginny. « Je ne peux pas croire qu'elle ait pu passer des tests psychologiques au Ministère sans que personne ne détecte son instabilité. Trelawney est complètement rationnelle à côté d'elle. »

Elle prit une nouvelle gorgée de sa bièraubeurre, s'enfonçant davantage sur la banquette.

« Certains élèves commençant à suggérer qu'on fasse quelque chose, comme la dernière fois. » dit Neville dans un chuchotement.

« Tu veux dire reformer l'A.D ? » demanda Luna, en ouvrant grand la bouche, effarée.

« Shhh. » plaida Neville en lançant autour de lui des regards paniqués.

Lorsqu'il répondit, ce fut d'une voix presque inaudible :

« Pourquoi pas ? Après tout, cela avait fonctionné la dernière fois. Nous avons réussi à la déloger. »

« L'armée de Dumbledore ? » demanda Ginny.

Deux années auparavant, elle avait eu vents de ces rumeurs. Un groupe composé d'élèves de Poudlard s'était formé dans le but de saquer Ombrage. Elle avait entendu peu de détails sur ce groupe, à l'époque clairement fermé aux Serpentard.

Neville hocha la tête et lui relata les exploits de l'A.D, deux ans plus tôt.

« Ce n'est pas une si mauvaise idée. » décréta-t-finalement.

Elle s'empara de son verre et constata avec étonnement qu'il semblait toujours aussi plein qu'une demi-heure auparavant. Elle était pourtant certaine d'avoir bu la moitié de sa boisson. Son envie pressante d'aller aux toilettes en témoignait d'ailleurs. Elle s'excusa auprès des deux autres avant de se diriger vers les toilettes de l'établissement.

Lorsqu'elle entra dans les toilettes des dames, elle entendit quelqu'un appeler son nom dans un murmure presque inaudible. Elle secoua la tête, se persuadant qu'elle entendant des voix et se dirigea vers l'une des cabines.

Soudain, elle sentit une main saisir son bras et elle fut attirée de force dans l'une des cabines.

Elle voulut crier mais une main se posa sur sa bouche, l'empêchant d'émettre le moindre son.

« Shhh, Ginny. C'est moi. » chuchota une voix, près de son oreille.

Elle se figea lorsqu'elle reconnut la voix. Son assaillant retira sa main.

« Harry ? » murmura-t-elle, interdite.

« Assurdiato. » l'entendit-elle prononcer.

« Harry, c'est toi ? » insista-t-elle.

« Oui, Gin. » répondit-il. « Écoute-moi, nous n'avons pas beaucoup de temps, quelqu'un pourrait entrer à tout moment. »

Elle hocha frénétiquement la tête, écoutant les instructions.

« Prends cette clé et sors des Trois Balais. A deux mètres, il y a une porte en fer qui te mènera à l'Auberge de l'établissement. Ne parle à personne, évite de te faire remarquer par les clients et par la réception. Monte directement sur les escaliers à ta gauche jusqu'au deuxième étage. Viens devant la porte vingt-six. » ordonna-t-il. « Tu as compris, Ginny ? »

Elle acquiesça, prise de court.

« Escaliers à ta gauche, troisième étage. Porte vingt-six. » répéta-t-il. « N'en parles à personne, y compris Neville et Luna. »

La porte du WC s'ouvrit de nouveau et elle sentit Harry relâcher sa prise. La porte des toilettes coulissa de nouveau et elle laissa son dos contre le mur, encore sous le choc.

Quelques instants plus tard, elle sortait des toilettes, la clé fermement serrée dans son poing. Elle retourna à la table de ses amis, tâchant de garder un visage impassible.

« Je crois que je vais rentrer au château plus tôt que prévu. Je suis barbouillée. » mentit-elle.

« Tu veux qu'on t'accompagne ? » proposa Luna, inquiète.

« Non, profitez de votre après-midi. Je vais m'allonger. » assura-t-elle. « A plus tard. »

Ils semblèrent la croire elle mentait sans aucune difficulté. Elle s'éloigna rapidement, se dirigeant vers la sortie du pub, comme indiqué. Elle suivit les instructions d'Harry et pénétra dans la réception de l'Auberge attenante au Pub. Elle fit de son mieux pour ne pas attirer l'attention de la sorcière à la réception et laissa ses cheveux cacher une partie de son visage.

Comme l'avait demandé Harry, elle grimpa directement les escaliers et se retrouva finalement devant la porte numéro vingt-six. Elle hésita quelques secondes en tenant la clé dans la paume de sa main. Et s'il s'agissait d'un piège ? Si cette personne n'était pas Harry ? pensa-t-elle. Elle secoua la tête. Son instinct lui disait qu'il s'agissait bien de son petit-ami. Et lorsqu'il l'avait saisie par surprise, elle avait reconnu cette odeur familière qui lui avait tant manquée.

Elle mit la clé dans la serrure et ouvrit finalement la porte, pénétrant dans la pièce. Elle se retrouva devant une petite chambre à la décoration rustique. Le mobilier était basique un grand lit à baldaquins, un large bureau ainsi qu'une étagère de rangement en bois brun.

Ce qui captiva son attention fut toutefois la personne qui se trouvait au milieu de la pièce. Elle observa avec étonnement son petit-ami, qu'elle reconnaissant désormais à peine. Son visage était beaucoup plus âgé il paraissait avoir pris une quinzaine d'années. Ses cheveux étaient longs, lui arrivant quasiment aux épaules et une barbe lui recouvrait désormais le menton.

Malgré son apparence différente, Ginny se rua dans sa direction et se jeta dans ses bras. Il la réceptionna au vol et l'encercla dans une étreinte vigoureuse.

« Oh Harry… » murmura-t-elle, la voix tremblante, le visage enfoui dans sa nuque.

Harry la serra davantage contre lui, caressant ses cheveux avec douceur. Ils restèrent dans cette position pendant ce qui sembla une éternité. Soudainement, Ginny réalisa que tous les Mangemorts étaient probablement à sa recherche.

« Tu ne peux pas être ici, c'est trop dangereux. » dit-elle, les yeux froncés. « Les Mangemorts pourraient te retrouver. »

« J'ai pris mes précautions. » rassura-t-il. « Tu ne trouves pas mon déguisement convaincant ? »

Il passa une main dans sa nouvelle longue chevelure, l'air amusé. Ginny ne put s'empêcher de rire.

« Je dois avouer que tu es plutôt séduisant. » dit-elle en observant son visage vieilli. « Je ne t'ai jamais dit que je fantasmais sur les hommes plus âgés ? »

Harry parut interloqué et elle éclata de rire. Il leva les yeux au ciel avant de sortir sa baguette magique et la pointer sur son visage. Ce dernier recouvra son apparence normale. Il perdit également ses cheveux longs, retrouvant sa chevelure indomptable.

« Et la barbe ? » demanda Ginny en désignant d'un geste de la tête son menton.

« Elle est vraie. » répondit Harry. « C'est compliqué de vivre en cavale et de me préoccuper de mon apparence. »

Ginny perdit immédiatement son sourire et l'inquiétude s'installa sur son visage.

« Comme ça se passe, dehors ? Où est ce que tu te caches ? »

« Je change de location régulièrement pour des raisons de sécurité. » expliqua-t-il avec un soupir. « Tu-Sais-Qui a infiltré le Ministère, et ils prétendent que je suis impliqué dans la mort de Dumbledore. Ils sont tous à ma recherche. »

Ginny ouvrit la bouche, horrifiée. Les journaux extérieurs étaient désormais interdits à Poudlard suite à l'un des décrets d'Ombrage.

« Ombrage est donc vraiment de retour. » ajouta-t-il, l'air sombre. « J'ai entendu ta conversation avec Luna et Neville. »

Ginny hocha la tête, l'air grave, avec de lui relater les frasques d'Ombrage et de sa garde rapprochée. Elle décrivit la répartition, le nouveau système inégalitaire, les Décrets d'Ombrage, et les frasques des Carrow. Son récit choqua Harry et une lueur de ressentiment passa dans ses yeux. Il haïssait Dolores Ombrage.

« Elle est encore plus dérangée qu'avant. » commenta-t-il d'une voix acerbe.

Ginny acquiesça avant de demander :

« Pourquoi es-tu venu ici, Harry ? »

Elle se réjouissait de pouvoir le voir. Toutefois, elle craignait pour sa sécurité dans un endroit fréquenté par les Mangemorts. Harry leva son bras, faisant apparaitre son propre bracelet, similaire à celui qu'elle portait.

« Il y a quelques jours, il a changé de couleur. Que s'est-t-il passé Ginny ? » demanda Harry avec insistance en l'observant avec attention.

« J'ai été mise en retenue. » dit-elle d'un ton évasif. « Ils m'ont enfermé dans les cachots, mais rien de grave. »

Lorsqu'elle avait lui mentionné le confinement dans les cachots, elle avait toutefois omis de mentionner sa propre expérience avec l'Épouvantard. Elle savait quel impact cela aurait sur Harry, et elle ne voulait pas l'alarmer davantage.

Harry parut rassuré et au grand soulagement de Ginny, il n'insista pas.

« Je n'arrivais pas à rester en place, je craignais qu'il te soit arrivé quelque chose. » admit-il. « Je voulais m'assurer que tu ailles bien. »

Il caressa le visage de Ginny, replaçant une mèche derrière son oreille. Ginny ferma les yeux, savourant la sensation de ce contact. Elle sentit la main d'Harry se mouvoir lentement sur sa nuque puis l'attirer à lui. Leurs lèvres se rencontrèrent dans un baiser enflammé. Elle se rapprocha de jeune homme, se serrant davantage contre son torse.

La sensation de ses mains sur son corps lui avait terriblement manqué et elle ne désirait qu'être étreinte plus fort. Avec facilité, et sans quitter ses lèvres, Harry la souleva dans ses bras. Il fit quelques pas, s'approchant de l'unique table de la pièce, collée contre le mur, et la déposa dessus. Le meuble grinça sous son poids mais Ginny ne s'en formalisa pas.

Ses jambes encerclèrent la taille d'Harry, le rapprochant davantage d'elle. Elle approfondit le baiser, laissant sa main parcourir les cheveux de son petit-ami. Harry détacha le nœud de la robe de sorcière qu'elle portait et l'envoya sur le sol, à ses pieds. Elle sentit ensuite sa main se glisser sous sa jupe d'uniforme.

« Je rêve où vos jupes d'uniforme deviennent de plus en plus courtes ? » commenta-t-il contre ses lèvres.

« Pervers. » rétorqua-t-elle, lui arrachant un rire.

« Je pose la question à des fins éducationnelles. » dit Harry, l'air faussement innocent.

Ginny laissa échapper un rire qui se transforma en gémissant alors qu'elle sentait les doigts d'Harry lui prodiguer des caresses délicieuses sous sa jupe.

Elle rejeta sa tête en arrière, soupirant de plaisir. Ses joues s'étaient rosies et elle eut l'impression que la température de la pièce avait grimpée de plusieurs degrés. Ginny plaça sa main sous le t-shirt d'Harry, parcourant son torse avec convoitise.

« Tu es trop habillé. » fit-elle remarquer, l'air malicieux, en remontant son t-shirt.

Quelques secondes plus tard, le vêtement tombait au sol. Sa propre chemise d'uniforme puis sa jupe le rejoignirent immédiatement après.

Ginny frissonna sous le contact des lèvres d'Harry sur sa nuque. Il parsema sa peau de baisers suaves et elle se sentit languir, son corps brûlant d'impatience et de désir. Harry reprit de nouveau possession de ses lèvres pour un nouveau baiser avide. Bientôt, les derniers vêtements les séparant encore furent projetés au loin dans la pièce.

« Harry… » insista Ginny d'un ton impatient, ne tenant plus.

Obéissant à sa supplication informulée, Harry entra en elle, lui provoquant une sensation grisante. Elle s'agrippa à ses épaules, enfonçant ses ongles sur dos sans le réaliser, la respiration haletante. Être de nouveau réunie avec lui de cette manière était enivrant.

Ce fut avide, passionné, brutal.

Puis, lorsqu'elle sentit une vague de plaisir parcourir ses membres, elle se laissa aller contre le torse du jeune homme, tremblante et désorientée.

Il leur fallut de longues minutes pour se défaire de leur étreinte puis Harry, avec agilité, la prit dans ses bras avant de les conduire sur le lit.

Ginny posa sa tête sur son torse, entremêlant ses jambes aux siennes avant de ronronner de satisfaction. Le son provoqua l'hilarité d'Harry.

« Si j'avais su que les hommes matures te faisaient autant d'effet, j'aurais utilisé ce sort plus tôt. » commenta-t-il d'un ton moqueur.

Elle le gratifia d'une tape sur l'épaule.

« La ferme Potter. » répondit Ginny. « Et tu devrais avoir honte d'être attiré par des jeunettes. »

Ils passèrent la demi-heure qui suivit à alterner chamailleries inoffensives et baisers fiévreux. Puis la conversation se détourna vers un sujet plus sérieux.

« Je vais devoir voyager. » annonça-t-il, reprenant son sérieux. « Les membres de l'Ordre sont en cavale un peu partout dans le Royaume-Uni et nous avons besoin d'alliés. »

« Où ? » demanda-t-elle immédiatement.

Lorsqu'elle vit l'air qui l'affichait, elle ajouta :

« Tu ne peux pas me le dire. »

« C'est pour ta sécurité, Gin. »

« Je sais. » répliqua-t-elle, l'air irrité.

Harry sembla remarquer son agacement car il s'approcha d'elle pour poser un baiser sur son front avant de poursuivre :

« Je ne t'ai pas tout dit. Si je suis venu ici, c'est aussi parce que j'ai besoin de ton aide, Ginny. »

Elle se redressa.

« Tu-Sais-Qui a ensorcelé des objets qui contiennent des morceaux de son âme. Pour le vaincre, j'ai besoin de tous les détruire. »

Lorsqu'il vit l'air effaré de Ginny, il lui expliqua l'existence d'objets nommés Horcruxes, un procédé de magie noire tellement avancé et ignoble, qu'elle en resta interdite pendant de longues minutes. Il lui révéla la raison de ses excursions avec Dumbledore. Ginny resta silencieuse durant l'intégralité du récit, essayant de garder sa contenance bien qu'elle paniquait totalement en son for intérieur.

« Le Professeur Dumbledore pensait que l'un de ces objets se trouvait à Poudlard. Un objet appartenant à Rowena Serdaigle, et probablement d'une grande valeur. » ajouta Harry. « J'ai besoin de ton aide pour le retrouver et pour le détruire. »

Une partie d'elle-même était effrayée à l'idée et l'autre ravie qu'Harry lui fasse confiance et qu'il sollicite enfin son aide dans sa lutte contre le Mage noir. Elle savait toutefois que le contexte actuel à Poudlard rendrait l'entreprise difficile. Ombrage et ses larbins contrôlaient les moindres faits et gestes des étudiants et tout écart était sévèrement réprimé.

« Neville veut reformer l'A.D » dit-elle.

« J'ai entendu votre conversation. » indiqua Harry. « Et petit conseil si vous souhaitez reformer l'A.D, assurez que personne n'écoute vos conversations ou n'ensorcèle votre Bièraubeurre. »

Il avait dit cela d'un ton moqueur et Ginny lui adressa un regard noir. Cela expliquait le mystère de son verre sans fond.

« C'était toi ? » demanda-t-elle sur un ton de reproches.

« Je n'avais pas le choix, je voulais être sûr de t'éloigner des autres. » dit-il avec un rire.

Il reprit son sérieux, semblant réfléchir puis poursuivit :

« Je pense que reformer l'A.D ne serait pas une mauvaise idée. Mais vous devrez être extrêmement prudents. Si jamais Ombrage l'apprend… »

Il ne termina pas sa phrase mais Ginny n'eut pas besoin qu'il le fasse. Elle savait ce dont Dolores Ombrage était capable. Cependant, Ginny en avait assez d'être une victime. Ces derniers mois, on l'avait victimisée, manipulée et violentée. Ce qu'elle avait enduré l'avait profondément changée et elle était décidée à ne plus se laisser faire.

Soudainement, elle réalisa que tous les évènements récents lui avaient fait oublier Hermione.

« Il faut que tu saches quelque chose à propos d'Emelyn Hawke. » commença-t-elle.

Elle prit une grande inspiration avant d'avouer :

« Emelyn est Hermione. »

Un air d'incrédulité totale apparut sur le visage d'Harry. Il semblait sous le choc.

« Hermione Granger ? » répéta-t-il.

Ginny hocha la tête avec gravité.

« Je sais, c'est complètement fou. J'ignore comment elle s'est débrouillée pour changer d'apparence. Mais elle nous a manipulés pendant des mois. »

Harry apparaissait toujours sous le choc de cette révélation inattendue. Finalement, il laissa échapper un juron d'une vulgarité rare, et secoua la tête, stupéfait. Finalement, la fureur fit place à la surprise sur son visage.

« La garce. » dit-il, serrant les dents.

Il parut enfin réaliser l'ampleur de l'imposture d'Hermione. Lui aussi avait été manipulé sans vergogne.

« Comme l'as-tu su ? »

Elle lui raconta ses suspicions, l'investigation menée avec Luna ainsi que sa confrontation avec Hermione.

« Comme se fait-il que tu ne m'en parles que maintenant ? »

« J'avais d'autres problèmes plus pressants. Tu sais, comme avoir été capturée par les Mangemorts. » rétorqua Ginny.

Il eut le bon goût de paraitre gêné.

« Très sincèrement Emelyn Granger est le cadet de mes soucis actuels. » dit-elle.

Harry ne répondit pas et elle lui jeta un regard curieux. Il paraissait plongé dans ses pensées. Soudainement, il sembla frappé d'une illumination. Ses yeux s'agrandirent d'horreur.

« Tu-Sais-Qui. » murmura-t-il à voix basse.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda Ginny.

« La nuit de l'attaque, Lestrange a dit à Dumbledore que Tu-Sais-Qui avait infiltré quelqu'un à Poudlard. Il s'agissait d'une femme. » déclara Harry.

Ce fut cette fois au tour de Ginny de jurer lourdement.

« Ça concorderait. Elle est arrivée en plein milieu d'année, personne ne sait quoi que ce soit sur elle. Elle s'est immédiatement rapprochée de toi et moi. » énuméra-t-elle. « Ça ferait totalement sens. »

Les implications que cette théorie soulevait étaient toutefois des plus dérangeantes. Comment et pourquoi Hermione Granger s'était-elle retrouvée dans le camp de Lord Voldemort ?

Elle n'eut pas besoin de chercher longtemps. Hermione était sournoise, ne supportait pas l'échec et elle prête à tout pour obtenir ce qu'elle désirait. Il n'était pas étonnant qu'elle se rapproche de Voldemort dans l'unique but d'atteindre leur ennemi commun : Harry Potter.

Hermione n'avait eu aucun scrupule à se débarrasser de tout obstacle potentiel. Le principal obstacle pour elle avait été Ginny. Cela expliquait le mal qu'elle s'était donnée pour l'écarter.

Ginny déglutit avec difficulté. Plus le temps le temps passait, plus elle réalisait le machiavélisme d'Hermione. La pensée d'avoir été aussi proche d'une personne aussi diabolique la rendait malade.

« Tu ne peux pas rester à Poudlard. » conclut soudain Harry.

Ginny sortit de sa léthargie en entendant ses paroles.

« Nous avons déjà eu cette conversation. » argua-t-elle.

« C'était avant que je sache que Granger était à Poudlard. Je sais de quoi elle capable. »

« Et tu croies que je ne le sais pas ? » rétorqua Ginny avec un rire sans joie. « J'en ai bavé à cause d'elle, rassure-toi, je sais très bien à qui j'ai à faire. »

« Ce n'est pas ce que je voulais dire. » s'empressa de rectifier Harry, réalisant qu'il empruntait un chemin dangereux. « Mais si elle sait que tu connais sa véritable identité, tu es encore plus en danger, Ginny. Qui sait ce qu'elle pourrait faire. »

« Elle ne le sait pas. Rogue lui a menti, et elle croit qu'il m'a jeté un sortilège d'Amnésie. C'est l'unique raison pour laquelle elle me laisse tranquille. Elle a eu ce qu'elle voulait. Elle s'est débarrassée de toi. »

« Et elle attend probablement ma capture avec impatience. » acheva Harry, l'air sombre.

« C'est exactement pour ça que nous devons agir au plus vite. Il faut que je retourne à Poudlard, que je retrouve cet Horx-chose et qu'on le détruise. » décréta-t-elle. « Neville et Luna et moi allons réformer l'A.D et nous débarrasser de cette cinglée d'Ombrage. »

Elle ne savait pas comme elle allait se débrouiller mais la chose lui parut plus imminente que jamais.

« Tu vas détruire Tu-Sais-Qui. » continua-t-elle. « Et on pourra enfin laisser tout ce merdier derrière nous. »

« Ça me semble être un bon plan. » déclara Harry, l'air appréciateur.

« Je sais Potter, je suis toujours celle avec les bonnes idées. » répondit Ginny, en prenant un air supérieur.

Elle se redressa, fit basculer Harry et se retrouva assise à califourchon au-dessus-de lui, féline.

« Deuxième round ? » suggéra-t-elle.

En guise de réponse, Harry l'attira vers lui pour un nouveau baiser ardent.

Lorsqu'il fut temps de se séparer, Ginny s'efforça de garder sa contenance mais l'idée d'être à nouveau séparée d'Harry sans savoir quand ils se reverraient était déchirante. Elle avait cet étrange pressentiment, lui criant intérieurement que la prochaine fois qu'ils se reverraient, tout serait différent.

Harry sembla remarquer son trouble car il l'enveloppa dans une étreinte vigoureuse.

« Tu es la personne la plus forte que je connaisse, Gin. » dit-il dans son oreille. « Je t'aime. »

« Je t'aime aussi, Harry. » chuchota-t-elle.

Elle le sentit introduire quelque chose dans la poche de sa robe de sorcière.

« La Carte du Maraudeur. » expliqua-t-il. « Tu en auras besoin. »

Ils échangèrent un dernier baiser puis, Ginny, à contrecœur, s'extirpa de son étreinte et quitta la pièce, le cœur lourd. Une fois dans les rues de de Pré-au-Lard, elle prit la direction du château, d'un pas résolu.

Elle allait organiser une levée de boucliers. Et Poudlard n'avait qu'à bien se tenir.

/

Hermione écoutait d'une oreille distraite les bavardages incessants de Daphné Greengrass. Depuis le début de l'après-midi, elle n'avait cessé de déblatérer sur des sujets insignifiants. Il ne s'agissait même pas d'une conversation, mais d'un monologue de sa part. Hermione n'avait jamais réalisé à quel point Daphné était irritante.

Elle tourna distraitement sa petite cuillère dans son thé, avant d'en avaler une gorgée. Elle jeta un regard bref à la table de Luna Lovegood. Elle était accompagnée de Londubat uniquement et Ginny semblait avoir disparu.

Soudainement, Hermione sentit une douleur vive dans sa poitrine et elle fut prise d'une violente toux. Elle toussa bruyamment, sous le regard ennuyé de Daphné. Elle semblait offusquée d'être interrompue de la sorte. Hermione l'ignora, posa sa main sur sa bouche, alors que sa toux sèche continuait.

Elle attrapa la carafe d'eau posée sur la table et s'empressa d'engloutir plusieurs gorgées. Cela ne sembla pas apaiser ses toussotements.

Le mal dans sa poitrine s'intensifia et elle sentit une oppression irradiante. Elle avait l'impression qu'on avait attrapé ses poumons à mains nues pour la serrer avec force.

« Tu as très mauvaise mine. » commenta Daphné en l'observant.

Hermione se pencha en avant et toussa de plus belle. Elle vit avec horreur des gouttes de sang atterrir sur la table.

« Salazar, c'est dégoutant. » s'écria Daphné d'un ton paniqué. « La vue du sang me rend malade. »

Plusieurs personnes aux alentours leurs jetèrent des regards circonspects.

« Je dois… rentrer… au château… » parvint à articuler Hermione entre plusieurs toussotements.

Elle se releva avec difficulté et se rua vers la porte des Trois Balais, bousculant à son passage plusieurs élèves. Daphné l'avait suivie et l'observait avec affolement.

« Qu'est-ce qu'il t'arrive ? » insista Daphné.

« Je ne sais pas. » répondit Hermione entre ses dents. « J'ai besoin d'aller à l'infirmerie. »

Elle commença à marcher à toute allure dans la rue principale du village afin de rejoindre le château. Sa toux sévère semblait d'être calmée mais la sensation d'écrasement dans son torse ne l'avait pas quittée. Elle était en sueur et son estomac la lançait violemment. Le trajet de retour jusqu'à Poudlard dura une éternité. Heureusement, Daphné garda le silence tout le long.

Lorsqu'elles aperçurent les portes de l'école, le soulagement envahit Hermione. Le malaise dans sa poitrine s'était apaisé. Une fois dans le Hall, Hermione se tourna vers Daphné.

« Je vais à l'infirmerie. »

Daphné hocha la tête avant de disparaitre en direction de l'escaliers menant aux cachots, non sans lancer un dernier regard troublé en direction d'Hermione.

Hermione s'élança à toute allure dans les couloirs vides. Contrairement à ce qu'elle avait dit, elle ne se rendit pas à l'infirmerie mais dans les toilettes condamnées du deuxième étage.

Sans surprise, les toilettes étaient vides et elle prit appui sur le lavabo central. Elle observa son reflet dans le miroir brisé face à elle et son apparence la mortifia. Son visage était pâle, sa gorge avait enflé considérablement et avait une prit teinte rougeâtre. Ses lèvres étaient rouges, et du sang séché était visible au coin de ses lèvres.

D'un geste fébrile, elle retira son pull, le laissant tomber à terre, puis desserra la cravate de son uniforme. Elle fit sauter les premiers boutons de sa chemise et écarta le vêtement, pour observer sa poitrine. Au-dessus de son soutien-gorge, jusqu'au début de sa nuque, elle pouvait voir de larges plaques écarlates sur sa peau nue.

Elle émit un hoquet paniqué à son tour, et resta prostrée face au lavabo, en plein désarroi. Elle ne pouvait pas aller à l'infirmerie.

Son esprit se mit à réfléchir rapidement, mesurant les différentes solutions qui se présentaient à elle. Au bout de quelques minutes, elle opta pour l'une d'elle. Hermione ouvrit le robinet et nettoya sa bouche maculée de sang. Elle se lava furieusement les mains puis se rhabilla à la hâte.

La lourdeur dans sa poitrine était toujours pesante, mais n'était pas aussi irradiante qu'au début. D'un pas rapide, elle se dirigea alors vers la Salle sur Demande et entra à l'intérieur. Elle avait invoqué la salle des objets perdus. C'était la première fois qu'elle y revenait depuis la nuit où les Mangemorts s'étaient introduits dans l'enceinte de l'école. Elle passa parmi une demi-douzaine de rangées avant de trouver l'objet de sa recherche. L'Armoire à Disparaitre se tenait devant elle et elle pénétra à l'intérieur, refermant la porte soigneusement derrière.

L'armoire trembla pendant quelques secondes puis redevint immobile. Elle ouvrit la porte d'un geste hâtif et s'empressa de sortir. Elle constata avec surprise qu'elle ne se trouvait pas dans l'arrière-boutique de Barjow et Burke mais dans une pièce lugubre aux murs en pierre.

Le pas hésitant, elle fit quelques pas, observant ses alentours avec crainte. Elle remarqua une porte à l'extrémité de la pièce et elle se dirigea vers elle, actionnant la poignée d'un geste précautionneux. La porte s'ouvrit sans difficulté et elle se retrouva dans un large couloir qu'elle reconnut immédiatement. Il s'agissait du repère du Seigneur des Ténèbres.

Avant qu'elle ne puisse esquisser le moindre pas, deux Mangemorts apparurent devant elle, cagoulés et leurs baguettes magiques étaient dressées devant elle.

« Qu'est-ce qu'on a là ? » demanda l'un deux, d'une voix rauque.

« Une écolière. » répondit l'autre en désignant avec sa baguette l'uniforme que portait Hermione.

« Comment es-tu entrée ici ? » demanda le premier Mangemort.

« Je cherche Rodolphus Lestrange. » répondit finalement Hermione, avec impatience.

Elle brandit son bras, retirant la manche qui le recouvrait. Elle réalisa avec frustration que sa peau était immaculée. La marque des Ténèbres avait été apposée sur son ancien corps.

« Réponds à ma question. » rugit-il en s'approchant d'Hermione, l'air menaçant.

« Attends une minute… Je te reconnais. » indiqua le deuxième Mangemort.

Il retira son masque et elle reconnut Travers. Il sembla la reconnaitre également, sous l'apparence d'Emelyn. Il l'avait vue dans la Salle sur Demande lors de l'attaque de Poudlard. Il abaissa sa baguette et elle réprima un soupir de soulagement.

« Reste ici, continue de faire ta ronde. » ordonna Travers en direction de l'autre Mangemort.

Il fit ensuite signe à Hermione de le suivre. Hermione s'empressa de s'élancer à la suite, sous le regard mauvais de l'autre Mangemort. En silence, ils traversèrent le long corridor sordide avant de s'arrêter devant une porte. Il l'ouvrit, intimant d'un geste de la tête à Hermione d'entrer à l'intérieur. Il sortit de nouveau sa baguette et la pointa sur Hermione, murmurant une incantation. Rien ne se passa.

« Donne-moi ta baguette. » ordonna-t-il.

A contrecœur, Hermione lui tendit sa baguette.

« Attends ici. Pas de coups fourrés. » dit-il avant de disparaitre, refermant la porte derrière lui dans un claquement sourd.

Hermione jeta un regard autour d'elle. Elle reconnut la pièce où Mulciber l'avait conduite, lors de sa première nuit chez les Mangemorts. Un frisson la parcourut alors que sous souvenirs lui revenaient en tête. Elle avait parcouru tant de chemin depuis cette nuit, plus de six mois auparavant.

Elle s'installa sur le banc vide à l'extrémité de la pièce. Elle sentait la douleur dans sa poitrine s'accroitre de nouveau et elle prit de grandes inspirations pour calmer la sensation d'inconfort. Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrait de nouveau, et Rodolphus Lestrange pénétra dans la pièce. Il se dirigea à la rencontre d'Hermione d'un pas rapide.

« Encore vous ? » demanda-t-il d'un ton ennuyé.

Sans un mot, Hermione défit le haut de sa chemise, laissant apparaitre les plaques sur sa nuque et sa poitrine.

« Que m'arrive-t-il ? » demanda-t-elle, une légère panique présente dans sa voix.

Le visage de Rodolphus sembla s'adoucir et elle décela dans ses yeux une lueur de pitié qui la rendit mal à l'aise.

« Vous savez ce qui m'arrive. » accusa-t-elle, dans tous ses états.

« Vous ne devriez pas être là. » avança Rodolphus.

« Je n'irai nulle part avant d'avoir eu des réponses. » rétorqua-t-elle, hargneuse. « Pourquoi ai-je l'impression de mourir à petit feu ? »

« Le sort de Transfert. » répondit Rodolphus. « Votre corps est en train de réagir. »

« Pourquoi maintenant ? »

« Car vous n'êtes plus à proximité de votre ancien corps. Pour que le sortilège fonctionne correctement, vous devez être à une certaine distance de celui-ci. »

Elle lui jeta un regard interloqué.

« Je ne comprends pas. Je croyais que mon ancien corps était ici ? » insista-t-elle, sans comprendre. « Vous m'aviez dit qu'il resterait ici jusqu'à la fin de la mission. »

« C'était un mensonge. Votre corps est à Poudlard, en sécurité. » ajouta-t-il, lorsqu'il vit l'expression horrifiée d'Hermione.

« Pourquoi ? » murmura-t-elle. « Pourquoi me l'avoir caché ? »

« Un moyen de nous assurer que vous honoreriez vos engagements. » indiqua Rodolphus d'une voix neutre.

Ses pensées défilèrent à toute allure dans son esprit. Pourquoi était-elle surprise ? Il s'agissait de Lord Voldemort et de ses partisans. Comment avait-elle pu penser une seule seconde qu'ils ne prendraient pas leurs précautions à son sujet ?

« J'ai fait ce que vous m'avez demandé. » murmura Hermione, l'air neveux. « Inversez le sort et rendez-moi mon corps originel. »

Elle n'eut besoin que d'une seconde pour comprendre la réponse sur le visage de Rodolphus.

« Le Seigneur des Ténèbres vous a demandé de lui livrer Potter. Techniquement, ça n'a pas encore été le cas. » rappela Rodolphus.

« Vous l'auriez capturé si vous n'aviez pas agi comme une bande de bras-cassés. » s'écria Hermione d'un ton enragé, la fureur lui brouillant désormais l'esprit.

Une lueur de colère apparut dans les iris de Rodolphus aux paroles d'Hermione. Il brandit sa baguette.

« Ne confondez pas ma gentillesse pour de la faiblesse. » menaça-t-il en élevant la voix.

La violente toux d'Hermione reprit, plus violemment cette fois, et elle tomba à ses genoux. La douleur, intense et vive, serra sa poitrine et se propagea dans sa mâchoire, puis dans son bras gauche. L'angoisse la submergea. Elle avait l'impression de mourir. Rodolphus la regarda avec mépris.

« Je pourrais juste vous regardez mourir. A vue d'œil, il ne vous reste pas longtemps. » lança-t-il d'une voix vicieuse.

« Non ! Je vous en prie… Je suis… désolée... » parvint-elle à articuler en levant vers lui un regard implorant.

Il murmura une incantation en direction d'Hermione et la douleur s'estompa miraculeusement. Elle lui adressa un regard reconnaissant.

« Qu'est-ce que c'était ? » demanda-t-elle alors qu'elle se relevait avec difficulté, s'appuyant sur le rebord du banc.

« Une solution de fortune. Ne vous réjouissez pas trop vite, c'est temporaire. Si vous ne retournez pas à Poudlard dans la prochaine heure, autant creuser votre tombe immédiatement. » ajouta-t-il avec dédain.

Elle haussa la tête. Il n'avait pas besoin d'insister. Une fois les explications obtenues, elle détalerait au plus vite.

« Que se passe-t-il si je reste loin de mon corps trop longtemps ? »

« Votre corps pourrira de l'intérieur. Ça commence par vos organes internes puis ça se propagera à votre cerveau. C'est actuellement ce qui en train d'arriver. » expliqua-t-il en désignant les plaques rougeâtres sur sa peau.

« Si je reste à proximité de mon ancien corps, tout rentrera dans l'ordre ? » demanda-t-elle avec nervosité.

« Les dommages sont irréversibles. » déclara Rodolphus, l'air grave. « Ce corps commence à être bien endommagé. Par expérience, je dirais qu'il ne lui reste pas plus de six mois. Et ce, seulement si vous restez à proximité de votre corps. Si vous vous éloignez de nouveau, l'espérance de vie se réduira encore drastiquement. »

Elle hocha la tête, réfléchissant à toute allure.

« Et lorsque vous capturerez Potter, vous annulez le sort, c'est bien ça ? » demanda Hermione.

« C'est ce qui était convenu, en effet. » confirma-t-il.

« Très bien. » dit-elle avant de se relever, l'air résolu.

Il sortit une baguette de sa poche et lui tendit.

« Je vous déconseille de faire ce genre d'entrée surprise à l'avenir. Vous avez eu de la chance que Travers vous ait reconnue. La prochaine fois, les autres ne vous montreront pas autant de clémence. » indiqua-t-il d'un ton impérieux. « Vous connaissez la sortie, Miss Granger. »

Il se retourna et quitta la pièce, sans un commentaire supplémentaire. Hermione essuya sa bouche, de nouveau maculée de sang, avant de se diriger à son tour vers la sortie. Elle marcha rapidement dans les couloirs. Au détour d'un couloir, elle tomba nez à nez avec un visage familier.

« Lyn ? » demanda la personne.

/

Ginny Weasley tritura nerveusement l'extrémité de sa baguette, l'air anxieux.

« Ne t'inquiète pas Ginny, tout va bien se passer. » indiqua Luna à ses côtés, l'air rêveur.

Ginny haussa les épaules puis se força à ranger sa baguette dans sa poche. Elle remit de l'ordre à sa chemise d'uniforme puis se releva, commençant à faire les cent pas dans la pièce. La Salle sur Demande s'était changée en salle d'entraînement de fortune pour l'occasion et divers instruments de Défense Contre les Forces du Mal étaient disposés dans la pièce.

« Qu'est-ce qu'il fiche ? Ça fait une demi-heure qu'il aurait dû être de retour. » grogna Ginny.

« Il sera bientôt de retour. » assura Luna.

« Je ne sais pas si c'est une bonne idée. » dit-elle en direction de Luna. « Comment être sûrs qu'on peut leur faire confiance ? »

La première réunion depuis la réforme de l'Armée de Dumbledore allait avoir lieu et pour une raison inconnue, elle était particulièrement nerveuse à l'idée. Peut-être était-ce la Serpentard en elle, mais elle n'était pas tranquille.

« Et si l'un d'eux fouine en réalité pour Ombrage ? »

« Ils étaient tous membres du groupe, il y a deux ans. Ils sont dignes de confiance. » promit Luna.

Ginny grommela des paroles inaudibles à propos de la naïveté de Luna. Cette dernière n'eut pas le temps de répliquer car la large porte de la Salle sur Demande s'ouvrit, laissant apparaitre Neville Londubat à la tête d'un groupe d'élèves.

La plupart d'entre eux étaient d'anciens Gryffondor tels que Parvati Patil, Lavande Brown, Seamus Finnigan, Dean Thomas, et les frères Creevey. Il y avait également Justin Finch-Fletchey, Susan Bones et d'autres élèves dont elle ne connaissait pas le nom. Sans surprise, aucun ancien Serpentard n'était de la partie. Tous les élèves présents lui jetèrent des regards interloqués.

« Qu'est-ce qu'elle fait là ? » demanda Lavande Brown, l'air choqué, pointant Ginny du doigt.

« C'était aussi l'idée de Ginny. » déclara Neville.

« Mais c'est une Serpentard. » fit remarquer Lavande.

Ginny s'empêcha à grand-peine de lever les yeux au ciel.

« Serdaigle. » rectifia Ginny d'une voix moqueuse en montrant l'insigne sur son uniforme. « Et je te rappelle que tu es à Serpentard, Brown. Quelle discrimination. »

Cela sembla fermer le clapet de Brown qui croisa les bras, l'air furibond.

« Avec le retour d'Ombrage, et les choses horribles qui se passent dans l'école, nous pensons que reformer l'A.D est la meilleure chose à faire. » annonça Neville, en élevant la voix.

« C'est horrible. » murmura une fille de sixième année, dont Ginny ne connaissait pas le nom. « Nous sommes traités comme des moins que rien. »

Elle paraissait désespérée.

« Morag a raison. Ça ne peut pas continuer comme ça. Ce matin, les Carrow nous ont forcés à servir de cobayes pendant un cours de Potions. » se plaignit Dean Thomas, un Né-Moldu.

« Il n'y a pas assez de places dans notre Salle commune. Tous les soirs, c'est la bataille pour avoir un lit. » ajouta Seamus Finnigan.

« Nous n'avons le droit de manger que les restes laissés par les autres maisons. » indiqua Justin Finch-Fletchey.

Tous les élèves présents dans la salle commencèrent à faire part de leurs griefs. Seuls les nouveaux Serpentard n'intervinrent pas. Après tout, ils étaient traités comme la Royauté de Poudlard.

« Nous sommes totalement conscients de la situation. » approuva Neville, l'air grave. « C'est pour ça que nous reformons l'AD. Pour nous débarrasser d'Ombrage et nous défendre contre ses larbins. »

Des murmures approbateurs s'élevèrent dans toute la pièce.

« Mais qui va nous enseigner à nous défendre ? Harry et Ron ne sont plus là. » dit Parvati Patil, l'air triste.

Neville et Luna se tournèrent vers Ginny. Elle avait gardé le silence, observant les autres discuter sans intercéder. Tous les regards de la pièce se posèrent sur elle puis les protestations s'enchaînèrent :

« Hors de question. » s'exclama Lavande.

« Plutôt mourir. » renchérit Parvati.

« Une Serpentard ? »

« Complètement insensé. »

« Tu débloques, Neville. Tu as passé trop de temps en confinement. »

« Stop. » coupa Neville, l'air tracassé. « Je sais que certains d'entre vous n'apprécient pas Ginny, mais elle est la meilleure pour le job. »

« Qu'est-ce qu'elle peut nous apprendre ? » demanda Morag d'un ton dédaigneux. « Elle est loin d'être la meilleure de la classe. »

Ginny s'avança, s'éclaircissant la gorge, puis lança :

« Écoutez, je sais que certains d'entre vous ne m'apprécient pas, voire me détestent. »

Elle jeta un regard entendu à Parvati Patil qui la regardait avec mépris avant de poursuivre :

« Mais tout cela va bien plus loin que nos stupides conflits entre maisons et tous les différends idiots que nous avons pu avoir ces dernières années. »

Personne ne rétorqua et, Ginny, gagnant un peu de courage, continua :

« Ombrage est en train de nous manipuler. Sa stratégie est de tous nous diviser. Si on la laisse continuer, elle obtiendra ce qu'elle veut. »

« Ginny a raison. » intervint Luna. « On ne peut pas laisser Ombrage torturer des élèves tout simplement à cause de leurs origines ou bien parce qu'ils osent lui tenir tête. »

« Ombrage me déteste autant que vous. Le fait que je sois une ancienne Serpentard n'y change rien. Pour elle, je ne suis qu'une stupide Sang-Pur traître à son sang. » assura Ginny.

Personne ne la contredit directement, mais elle pouvait voir dans leurs regards qu'ils n'étaient pas convaincus par son discours. Elle décida alors de rentrer dans le vif du sujet.

« Croyez-moi, Dolores Ombrage n'est rien à côté de ce qui va bientôt nous tomber dessus si nous n'agissons pas au plus vite. »

Elle reçut un lot de regards curieux et interrogateurs.

« Vous avez dû vous rendre compte que les Aurors dans l'école étaient louches. Et bien vous avez raison, ce sont tous des Mangemorts. » dit-elle. « Au service de Lord Voldemort. »

Des hoquets choqués se firent entendre. Lavande Brown plaqua la main sur la bouche, médusée.

« Tu as prononcé son nom. » glapit Morag.

« Personne n'ose dire son nom à part.. » commença Colin Creevey, choqué.

« Harry. » acheva Neville.

Ils observèrent tous Ginny, comme s'ils la voyaient pour la première fois. Elle prit davantage d'assurance face à leur nouvelle attention.

« Ce n'est qu'un nom. C'est une peur irréelle. » dit-elle. « Laissez-moi vous dire ce qui est réel. Les Mangemorts. Vous pensez qu'ils ne vous toucheront pas parce que vous êtes une bande de gamins écoliers ? »

Elle laissa échapper un rire sans joie.

« Laissez-moi vous expliquer la dure réalité des choses. Ils s'en foutent royalement. Ils n'hésiteront pas à vous torturer, vous violer et vous tuer. » poursuivit-elle, l'air sombre. « Je sais de quoi ils sont capables. Ils m'ont capturée le jour de la mort de Dumbledore. »

Elle s'arrêta, observant les élèves face à elle. Ils affichaient tous des expressions choquées.

« Oubliez les cachots et le confinement. Tout ce qui vous tient éveillés la nuit ? La forme que prend votre Épouvantard ? Ils en tireront avantage et cette fois, ça deviendra une réalité si vous osez vous opposez à eux. » acheva Ginny.

« Comment nous défendre ? » demanda Dennis Creevey d'une petite voix, intervenant pour la première fois.

Si l'un d'eux comprenait la portée des mots de Ginny, il s'agissait sans de doute de Dennis. Il avait subi un sortilège de torture de la part d'Urquhart, Alecto Carrow.

« Continuer à organiser la résistance. Contrer Ombrage et ses larbins. Nous devons faire de notre mieux pour aider Harry à partir d'ici. »

Des murmures approbateurs suivirent ses paroles.

« Comme être sûr qu'on peut te faire confiance ? Tu étais amie avec une partie de la Brigade Inquisitoriale. » rappela Dean.

« Harry a choisi Ginny. S'il lui fait confiance, alors moi aussi. » annonça Luna d'une voix rêveuse.

Ginny lui adressa un regard reconnaissant, touchée par ses mots. Les élèves échangèrent tous des regards, visiblement troublés par les paroles de Luna. Finalement, tout le monde se tourna vers Ginny.

« Excellent. » dit Neville d'un ton réjoui. « C'est officiel, l'A.D est de retour. »

« Si Weasley va remplacer Harry, je veux être sûre qu'elle en a les capacités. » lança soudainement Seamus Finnigan, d'un ton sarcastique.

Ginny lui jeta un regard ennuyé face à sa pique évidente. Toutefois, elle n'était pas étonnée. Elle savait que personne ne la respecterait sans une démonstration. Elle était loin d'avoir l'âme de leader d'Harry, mais elle n'était pas une mauvaise duelliste.

« Très bien. » concéda-t-elle finalement. « Un volontaire ? »

Contre tout attente, Parvati Patil s'avança face à Ginny. Cette dernière esquissa un rictus en voyant l'air résolu de Patil. Le souvenir de leur duel à Pré-au-Lard, quelques mois auparavant, lui revint en mémoire. A l'époque, elle entamait à peine sa relation avec Harry et par jalousie, elle avait provoqué Parvati Patil lorsqu'elle l'avait entendue mentionner son attirance envers lui. Elles avaient fait beaucoup de dégâts, ce jour-là.

Le bon vieux temps, songea Ginny en réprimant un rire. Elle regrettait l'époque où elle était confrontée à ses problèmes frivoles d'adolescente lambda. Désormais, elle montait une opposition collective pour lutter contre un gouvernement corrompu et un groupe de sorciers malfaisants.

Les deux étudiantes se firent face et s'inclinèrent avant de brandir leur baguette magique.

« Un…deux… » commença à compter Neville.

Avant même qu'il ne puisse finir, Ginny passa à l'offensive.

« Mutismus ! » s'écria-t-elle en direction de Patil. « Experliarmus ! »

Le sortilège frappa Parvati de plein fouet et la langue de celle-ci s'enroula autour d'elle-même l'empêchant d'articuler la moindre parole ou sortilège. Ginny ricana.

« Tu crois que les Mangemorts te laisseront compter jusqu'à trois avant de te tuer ? » demanda-t-elle avec moquerie. Penses-y encore. »

Parvati lui lança un regard noir. Ginny l'ignora et se tourna vers le groupe.

« Suivant ? »

Seamus Finnigan s'avança, l'air déterminé.

« Experliarmus ! » lança Seamus.

« Protego. » contra Ginny.

Le sort de Seamus rebondit contre le bouclier invoqué par Ginny. Contrairement à Patil, Finnigan semblait plus sur ses gardes. Il évita avec agilité le Maléfice du Saucisson de Ginny et contra avec un sortilège de Conjonctivite qui sembla toucher Ginny.

Les genoux de Ginny tombèrent au sol et elle se mit à gémir bruyamment, tenant son œil. Finnigan parût très satisfait de lui pendant quelques secondes puis parut décontenancé lorsqu'il vit Ginny se tordre de douleur au sol. Il s'approcha d'elle à toute à l'allure.

« Désolé Weasley, je me suis emballé… » commença-t-il.

Ginny retira sa main de son œil, qui avait à peine rougi. Seamus parût surpris mais n'eut pas le temps de réagir car Ginny fauchait son tibia à l'aide son pied, le faisant tomber.

« Rictusempra. » s'écria-t-elle dans sa direction.

Finnigan fut pris d'une crise d'hilarité extrême et il se mit à hurler de rire sur le sol, sans pouvoir s'arrêter. Ginny se releva, lui jetant un regard railleur.

« Pas trop mal. Mais il ne fallait pas baisser la garde. » commenta-t-elle.

Soudainement, elle se retourna face au groupe et lança :

« Everte statum optima ! ».

Son sortilège heurta Susan Bones qui se retrouva propulsée à l'autre bout de la pièce, avant d'atterrir contre un mur. Heureusement pour elle, un Sortilège de Coussinage avait été placé sur tous les murs. Ginny murmura « Finite. » en direction de Seamus. Il cessa de rire, et se releva, l'air furieux.

« C'est de la triche. » protesta-t-il.

« Tu ne comprends donc pas ? Ce n'est pas un jeu, Finnigan. Il n'y a pas de règles quand tu es sur le point de mourir. » rétorqua Ginny avec exaspération. « Si tu as la moindre hésitation, le moindre scrupule, tu es fichu. »

Elle se tourna face aux autres.

« Je ne suis pas Harry, et je me contrefous d'être votre Héroïne. Je ne peux rien vous promettre, j'essaie simplement de survivre. Et si vous avez l'intention de survivre comme moi, je vous conseille de sortir de votre petite mentalité de Gryffondor noble. Vous devez être prêts à vous salir les mains car les Mangemorts, eux, n'hésiteront pas. »

A ces mots, Ginny se dirigea vers la sortie de la pièce, laissant les autres élèves bouchée bée.

Le lendemain, Neville et Luna lui relatèrent les réactions des autres étudiants après son départ précipité. La première réunion de l'A.D avait visiblement fait impression.

« Je crois que ta vision des choses en a effrayé quelques-uns. » expliqua Neville.

Ginny hocha la tête. La veille, elle avait quitté la Salle Sur Demande en éprouvant une frustration grandissante. Elle les trouvait tellement naïfs et déconnectés de la réalité.

« Mais tout le monde est d'accord sur le fait que nous devons vaincre le mal pour le mal. » poursuivit Neville. « Et personne n'est plus approprié qu'un Serpentard pour nous apprendre à le faire. »

Ginny hocha de nouveau la tête la tête.

« Je vais devoir être sur mes gardes la prochaine fois. Ils seront tous prêts à m'attaquer par derrière. » dit-elle.

Elle avait lancé cela d'un ton cynique mais intérieurement, elle était soulagée d'avoir pu leur faire comprendre son point de vue. Se retrouver face à une bande d'élèves qui la méprisaient n'avait pas été simple et même si elle avait paru sûre d'elle face à eux, elle avait craint de ne pas avoir de crédibilité.

« A quand la prochaine session ? » demanda Luna avec excitation.

« La fin de la semaine ? » suggéra Neville.

Ils hochèrent tous la tête. Ils étaient installés dans le parc, non loin du Saule Cogneur qui paraissait plus calme qu'à l'accoutumée.

« Que va-t-on faire pour Ombrage et la Brigade ? » demanda Neville.

La mégalomanie d'Ombrage semblait chaque jour atteindre des sommets supplémentaires. Récemment, elle avait érigé une statue à son effigie dans le parc de Poudlard.

« Pourquoi ne pas infiltrer la Bridage Inquisitoriale ? » proposa soudainement Luna, s'attirant les regards surpris des deux autres.

« Tu es folle, Luna ? » demanda Neville avec surprise.

« Ombrage leur fait confiance. Ils ont tous les droits dans le château. Même Rusard et les Carrow les laissent agir comme bon leur semble. » expliqua Luna.

« C'est de la folie. » insista Neville.

« Ce n'est pas une si mauvaise idée. » intervint Ginny en se redressant. « Ça nous permettait de connaitre leur fonctionnement interne. Et de nous rapprocher d'Ombrage. »

Neville émit un gémissement.

« Ça va mal finir… » dit-il. « Comment comptez-vous infiltrer la brigade ? On ne peut pas juste signer un formulaire d'inscription. Je vous rappelle qu'ils nous détestent. »

« J'ai une idée. » murmura soudain Luna.

Quelques jours plus tard, Ginny sortit de la salle commune de Serdaigle, pestant dans sa barbe. Luna avait proposé qu'ils infiltrent la Brigade en prenant l'apparence de certains de leurs membres grâce au Polynectar. Elle avait suggéré pouvoir préparer la potion mais il leur manquait des ingrédients rares. Neville avait mentionné la réserve personnelle du Professeur Rogue. Après un tirage au sort stupide, Ginny avait été désignée pour la mission. Neville, lui était supposé faire le guet près des appartements de Rogue pour s'assurer qu'il ne s'approcherait pas de son bureau.

Elle marcha dans les couloirs de l'école, les yeux rivés sur la Carte du Maraudeur. Le point représentant Rusard se trouvait quelque part dans le Parc de Poudlard, aux côtés de Miss Teigne. Ombrage était dans son bureau. Elle n'eut aucune difficulté à se rendre dans les cachots en toute discrétion. Arrivée devant la porte menant au Bureau de Rogue, elle grimaça avec appréhension.

Elle sortit sa baguette magique et murmura :

« Alohomora. »

A sa grande surprise, la serrure émit un clic et s'ouvrit sans difficulté.

« Facile. » murmura-t-elle, étonnée.

Luna et elle-même avaient passé l'après-midi à réunir une dizaine de sorts pour l'aider à entrer par effraction dans la pièce.

Elle entra dans le bureau, puis se dirigea vers une seconde porte menant à la remise personnelle de Rogue. Encore une fois, un simple sort de déverrouillage lui permit de pénétrer dans la pièce.

Elle était étonnée que le Rogue ne mette pas de protection supplémentaire. L'odeur poisseuse des murs lui entra dans les narines et elle esquissa un mouvement de recul. Elle secoua la tête, se murmurant des encouragements silencieux puis entra dans la pièce.

« Lumos. » lança-t-elle d'un ton résolu, éclairant la pièce lugubre.

Plus vite elle trouverait ce qu'elle cherchait, plus vite elle pourrait quitter cet endroit macabre. L'armoire où Rogue entreposait ses ingrédients secrets était fermée par un large cadenas.

« Reducto. » dit-elle, faisant éclater les bouts de métal dans tous les sens.

L'armoire s'ouvrit, laissant apparaitre une cinquantaine de tiroirs différents, séparés par des lettres et des numéros.

« Peau de serpent d'arbre du Cap. » murmura-t-elle en observant toutes les annotations.

Elle commença à ouvrir les différents tiroirs avec précipitation, à la recherche de l'ingrédient tant convoité.

En quelques secondes, des menottes apparurent de nulle part, emprisonnant les poignets de Ginny. Elle jura lourdement, tirant avec brusquerie ses chaînes, sans succès. Elle constata avec panique que sa baguette était tombée au sol. Elle observa ses alentours avec découragement.

« La pire idée que je n'ai jamais eue. » grinça-t-elle entre ses dents.

Il avait été naïf de croire que Rogue ne prendrait pas ses dispositions. Résignée, elle se décida à patienter. Lorsqu'ils réaliseraient qu'elle ne revenait pas, Luna ou Neville viendrait probablement à sa recherche. Après ce qui lui sembla être une éternité, elle entendit du bruit dans la pièce attenante et quelqu'un entra dans la remise.

« Miss Weasley. » héla Severus Rogue, d'une voix trainante.

Il observa les mains de Ginny emprisonnées par l'armoire.

« Ne vous a-t-on jamais dit de ne pas fouiller dans les affaires d'autrui ? » interrogea-t-il avec un rictus.

Embarrassée, Ginny se mordit la lèvre nerveusement. Rogue agita sa baguette en direction de l'armoire, libérant Ginny de sa prison.

« Que faites-vous ici ? » demanda Rogue, un sourcil levé, l'air impassible.

Ginny soupira. Elle savait qu'il n'était pas nécessaire de mentir. Après tout, il l'avait prise les mains dans le sac. L'attitude de Severus Rogue la rendait parfois confuse. Elle savait toutefois qu'il l'avait sauvée des griffes de Greyback et pour cela, elle lui en serait éternellement reconnaissante.

« Je cherche de la peau de serpent d'arbre. » admit-elle finalement.

« Et pourquoi cela, si je puis me permettre ? »

« Pour une Potion. Du Polynectar. » avoua-t-elle avant de se baisser pour ramasser sa baguette magique.

Rogue, les sourcils froncés, sembla sur le point de répliquer mais un coup bruyant contre la porte du bureau se fit entendre. Ginny sursauta et sortit la Carte du Maraudeur. Avec panique, elle lut le nom de Dolores Ombrage, de l'autre côté de la porte.

« Ombrage. » murmura-t-elle, d'un ton paniqué. « Si elle me trouve ici… »

Rogue agita de nouveau sa baguette en direction de Ginny. Elle se retrouva plaquée contre le mur, dans l'impossibilité d'esquisser le moindre mouvement.

Rogue se dirigea vers le bureau, sa longue robe de sorcier virevoltant derrière lui.

« Madame la Directrice. » l'entendit-elle dire.

« Professeur Rogue. » surgit la voix guillerette d'Ombrage. « Êtes-vous seul ? »

Ginny ne parvint pas à distinguer la réponse de Rogue.

« Je suis pourtant certaine d'avoir entendu une voix. » insista Ombrage.

« Sûrement la fatigue, Madame la Directrice. Il se fait tard. » répondit Rogue d'une voix neutre. « En quoi puis-je vous aider ? »

« J'ai besoin d'une potion. » déclara Ombrage.

Avec horreur, Ginny entendit les claquements provoqués par les talons d'Ombrage se rapprocher de la remise. La silhouette courte et trapue de la nouvelle Directrice entra dans la pièce et le cœur de Ginny rata un battement. Ombrage observa la pièce d'un œil suspicieux, mais pour une raison obscure, ne sembla pas voir Ginny.

« Cela ne peut-il pas attendre demain ? » demanda Rogue, l'air toujours imperturbable.

« Absolument pas. Des cancres ont osé profaner ma statue. Argus vient de me l'apprendre, à l'instant. » rugit-elle, les joues rougies par la fureur. « J'ai besoin de Veritaserum. »

« Mon stock est vide, Madame la Directrice. » répondit Rogue, l'air stoïque. « Les Mangemorts ont endommagé ma réserve, lors de leur attaque, il y a quelques semaines. Je vous suggère de vous rapprocher d'Horace Slughorn. »

Ombrage parut courroucée par sa réponse.

« Vous feriez mieux d'en avoir à disposition la prochaine fois, Rogue. » menaça-t-elle.

Elle laissa échapper un hoquet furibond avant de quitter les lieux en trombes. Après quelques instants, Rogue libéra Ginny du sortilège et elle retrouva l'usage de ses membres.

« Comment... » dit-elle, abasourdie.

« Sortilège de Désillusion. » répondit Rogue, évasif. « L'effet se dissipera dans quelques heures. »

Ginny observa ses vêtements qui avaient pris la couleur du mur de la pièce, comme un caméléon.

« C'est la dernière fois que je vous surprends dans mon bureau sans ma permission, est-ce bien clair, Miss Weasley ? » demanda Rogue avec froideur.

Ginny s'empressa d'acquiescer. A sa grande surprise, Rogue se dirigea vers l'armoire, puis en sortit un support, contenant trois fioles. Il le tendit à Ginny.

« Polynectar. » dit-il. « Je ne veux pas savoir ce que vous comptez en faire. »

« Merci, Professeur. » dit-elle avec reconnaissance.

Elle observa les fioles contenant un liquide brunâtre et épais. Grâce à Rogue, ils allaient économiser un mois de préparation. Alors qu'elle se dirigeait vers la sortie, une idée lui vint en tête et elle fit marche arrière, se tournant à nouveau vers Rogue :

« Par tout hasard, Professeur, vous n'auriez pas de Veritaserum ? »

/

Hermione Granger aimait le contrôle. Elle ressentait ce besoin continuel d'avoir la main sur chaque aspect de son existence. Lorsque ce n'était pas le cas, l'angoisse la faisait agir de manière irréfléchie. Toutes les mauvaises décisions qu'elle avait pris dans sa vie résultaient de ce sentiment d'ambigüité qu'elle abhorrait tant. Elle savait toutefois que ses prochaines décisions seraient décisives.

Depuis les révélations de Rodolphus Lestrange, elle ressentait une panique latente. Selon Rodolphus, il restait à Hermione six mois et ce, dans le meilleur des cas de figure.

Cela signifiait que si Harry Potter n'était pas capturé dans les six prochains mois, elle allait mourir. Cette réalisation lui glaça le sang. Elle n'était pas prête à mourir, pas après tous les sacrifices, toutes les actions qu'elles avaient entreprises pour s'en sortir. Encore une fois, elle allait faire en sorte de forcer le destin et attirer Potter. Elle savait que si elle voulait toucher Potter, elle allait encore devoir passer par Ginny.

Au début, l'idée l'avait mise mal à l'aise. En effet, Ginny avait été sa cible principale durant ces derniers mois et après sa captivité par les Mangemorts, elle avait décidé de la laisser tranquille. Malgré tout, elle aimait Ginny profondément et au fond, elle ne lui souhaitait pas du mal. Les réserves d'Hermione s'étaient rapidement évanouies lorsqu'elle avait senti la douleur pressante dans sa poitrine. Par acquis de conscience, elle s'était finalement convaincue que sa survie ne lui donnait aucun autre choix.

Elle avait alors décidé de traquer les moindres gestes de Ginny Weasley. L'entreprise fut plus compliquée que prévue car Ginny semblait constamment sur ses gardes. A plusieurs reprises, Hermione dut abandonner sa filature. Un soir cependant, à la bibliothèque, elle surprit une conversation entre Ginny et Luna Lovegood qui éveilla son intérêt.

Deux jours plutôt, Hermione avait acheté une paire d'Oreilles à rallonges auprès d'Urquhart. La Brigade Inquisitoriale confisquait les accessoires de farces et attrapes détenus par les élèves. Les plus véreux d'entre eux les revendaient sur le marché noir, sous le nez d'Ombrage.

Elle posa l'extrémité de l'oreille sur l'une des étagères de la bibliothèque puis s'éloigna dans une rangée plus loin, l'autre extrémité près de son oreille.

« J'ai rassemblé des sortilèges qui pourront nous être utiles pour la prochaine réunion. » disait Lovegood.

« Parfait. » répondit Ginny d'un ton évasif.

Un long suivit ces paroles et pendant plusieurs minutes, Hermione n'entendit que le bruissement de feuilles qu'on tournait. Au bout de quelques minutes, Ginny demanda d'une voix si basse, qu'Hermione eut du mal à l'entendre :

« As-tu déjà entendu parler de l'existence d'un objet de grande valeur ayant appartenu à Rowena Serdaigle et se trouvant à Poudlard ? »

Lovegood sembla réfléchir.

« Pas que je sache. Il y a bien le Diadème, mais il a disparu il y a des siècles. » répondit-elle finalement.

« Un diadème ? Quel diadème ? » répéta Ginny.

« La légende dit qu'il rendrait plus intelligent quiconque le porterait. C'est un objet de très grande valeur. Il a été volé par Helena, la fille de Rowena. Après sa mort, personne n'a pu retrouver sa trace. »

« Intéressant. » murmura Ginny.

Hermione put déceler une once d'excitation dans la voix de Ginny.

« Pourquoi ça t'intéresse tant ? Ce n'est qu'une vieille légende. Et ça fait des siècles que personne ne l'a vu. »

« Je dois le retrouver. » chuchota Ginny avec gravité. « Je crois qu'il pourrait aider Harry à vaincre Tu-Sais-Qui. »

La conversation s'arrêta là et un nouveau silence s'installa. Hermione ne s'en formalisa pas. Elle en avait déjà assez entendu. Elle tira l'oreille à rallonge dans sa direction puis quitta discrètement la bibliothèque.

Hermione était rongée par la curiosité et par l'excitation. Quelques années plus tôt, elle avait lu une légende sur le Diadème Perdu de Rowena Serdaigle dans l'Histoire de Poudlard. Pourquoi Potter était-il tant intéressé par l'objet ? Finalement, elle s'en fichait. Elle savait juste une chose : il fallait qu'elle mettre la main dessus avant Ginny.

Les jours suivants, elle tenta de se renseigner sur le Diadème. Elle apprit par le Baron Sanglant, le fantôme de Serpentard, que la Dame Grise était la dernière personne à avoir vu l'objet. La Dame Grise n'était autre qu'Helena Serdaigle, la propre fille de la fondatrice. Le Baron lui indiqua d'un ton ennuyé que la Dame Grise pouvait être aperçue près de la Tour de Serdaigle.

Hermione savait que les élèves n'étaient pas autorisés à fréquenter d'autres salles communes que celles de leurs maisons. Depuis que des élèves avaient profané la statue bien-aimée d'Ombrage, elle était devenue encore plus exécrable qu'à son habitude. Les Né-Moldus étaient bien sûr les victimes principales de son courroux.

Sa paranoïa la conduisit à faire des changements drastiques dans la répartition des élèves. Elle estimait que certains élèves de Serpentard n'étaient pas les Sang-Purs idéals qu'elle espérait. Parvati Patil et Lavande Brown furent reclassées à Serdaigle.

La menace du reclassement sembla fonctionner rapidement. Si un reclassement de Serpentard et Serdaigle était supportable, un reclassement dans les autres maisons était, quant à lui, peu désirable.

Hermione offrit trente gallions à Urquhart, un membre de la Brigade Inquisitoriale, en échange d'une faveur. Il l'accompagna devant la Salle Commune de Serdaigle.

« Pas plus de vingt minutes. » prévint-il en jetant autour de lui des regards méfiants. « Tu n'as pas le droit d'être ici. Si tu te fais chopper, je nierai mon implication, pigé ? »

Hermione hocha la tête. Urquhart lui tendit un insigne jaune, celui que portaient habituellement les élèves de Serdaigle. Elle retira son propre insigne et le remplaça par celui offert par Urquhart. Le portrait de la salle commune la laissa ensuite entrer. Elle monta rapidement les escaliers de la Tour. Une porte donnait à accès de la Salle Commune mais elle continua à monter les escaliers, se retrouvant bientôt en haut de la tour.

Elle entendit une voix faible chuchoter un air affligé et elle aperçut la silhouette spectrale de la Dame Grise, le fantôme de Serdaigle. Elle s'approcha d'un pas précautionneux.

« Helena ? » demanda-t-elle.

Le fantôme s'interrompit et lui adressa un regard méfiant.

« Vous ne devriez pas être ici après le couvre-feu. » prévint Helena.

« Je sais. » murmura Hermione d'une voix douce. « Je suis ici pour vous aider. »

« M'aider ? » demanda Helena, avec surprise. « Je n'ai pas besoin d'aide. »

« Ombrage va vous saquer de cet endroit. »

« Ce n'est pas possible, elle n'a aucun pouvoir sur les êtres comme moi. »

« Au contraire. » dit Hermione. « Vous savez qu'elle déteste toutes les personnes qui ne sont pas comme elle. Elle a finalement trouvé un moyen de neutraliser les fantômes. »

Tout le monde était conscient de la haine viscérale qu'Ombrage vouait aux fantômes de l'école par la faute de Peeves.

« Poudlard est ma maison. » indiqua Helena. « Il n'y a aucun endroit où je souhaiterais être. »

« Vous n'aurez pas le choix. » assura Hermione. « Ombrage va bientôt organiser votre capture. Vous allez être enfermée dans un endroit spécial du Ministère désigné pour les fantômes. Vous serez privée de votre liberté. »

Les yeux d'Helena se plissèrent et elle jeta un regard suspicieux à Hermione. Cette dernière vit toutefois une lueur de nervosité dans ses yeux translucides.

« Pourquoi me dire cela ? Vous ne me connaissez pas. » dit Helena. « Pourquoi voudriez-vous m'aider ? »

« Harry Potter veut neutraliser Ombrage et il a besoin d'aide de votre part. » dit Hermione. « Il cherche un objet qui vous a appartenu, il y a plusieurs siècles. Un diadème. En échange de son aide. »

Les yeux d'Helena se remplir de colère.

« Je le savais. Vous êtes après le diadème de ma mère. » rugit-elle.

« Je ne suis que le messager d'Harry Potter. » insista Hermione d'une voix calme.

« Dites-lui lui donc qu'il ne l'obtiendra jamais. » s'écria Helena avec fureur.

« Je lui dirais bien mais voyez-vous il est en fuite car le Seigneur des Ténèbres est à sa poursuite. Je ne fais que transmettre le message. »

Hermione ne manqua pas le changement d'expression sur le visage d'Helena. Les paroles d'Hermione semblèrent l'impacter. Curieuse, Hermione profita de cette ouverture et lança :

« C'est ce que vous souhaitez n'est-ce pas ? L'aider à détruire Lord Voldemort ? »

« Ne prononcez pas son nom. » implora Helena, l'air bouleversée. « C'est un monstre, il l'a profané avec sa magie noire. »

Ses yeux s'était soudainement rétrécis de rage.

« Le Seigneur des Ténèbres détenait le diadème de votre mère ? » demanda Hermione avec incrédulité.

La conversation prenait une tournure des plus surprenantes. Depuis le début de la conversation, elle n'avait cessé d'improviser devant Helena, ne sachant pas comment obtenir les informations désirées. Les paroles d'Helena toutefois, lui prouvaient que l'histoire allait bien au-delà de ce qu'elle avait imaginé.

Si le Seigneur des Ténèbres était également après ce fameux diadème, cela signifiait qu'il avait une propriété spéciale. L'obtenir signifiait pour Hermione une assurance supplémentaire. Dans le cas de figure où les Mangemorts ne captureraient pas Harry Potter dans les mois qu'il restait à vivre à Hermione, elle pourrait utiliser cet objet pour obtenir ce qu'elle désirait. L'idée lui paraissait dangereusement folle, mais elle était à court de solutions. Elle ne plaçait aucune confiance en Rodolphus et il était nécessaire qu'elle ait un plan de secours.

« Il l'a dissimulé quelque part, ici. » admit Helena.

Hermione eut du mal à cacher son excitation en entendant sa réponse.

« Où ça ? » demanda Hermione.

Helena ne répondit pas et l'impatience d'Hermione s'accrut. Elle fit de son mieux pour ne pas montrer son agacement grandissant. Elle décida d'adopter une nouvelle stratégie devant le silence du fantôme.

« Comment avez-vous pu le laisser profaner son diadème favori ? » demanda-t-elle d'une voix doucereuse. « Rowena vous faisait confiance et vous avez l'avez trahie. Que dirait-elle si elle savait que sa fille a provoqué la mort d'innocents ? Et que vous protégez l'homme derrière ces horreurs ? »

Elle vit le coin des lèvres d'Helene trembler légèrement.

« Je ne voulais pas… » commença Helena, la voix frémissante. « Elle avait tout. Ils la respectaient tous, son intelligence, sa beauté, j'en avais assez de vivre dans son ombre. »

Des larmes transparentes coulaient abondamment sur ses joues pâles.

« Je pensais qu'il me rendrait aussi intéressante qu'elle, qu'ils me regarderaient enfin. Ça n'a jamais été le cas. » continua-t-elle. « Elle est morte avant de pouvoir réaliser sa dernière volonté, revoir sa fille déloyale. »

Elle pleurait désormais bruyamment, le visage dissimulé dans son mouchoir.

« Mais vous êtes finalement revenue. Après votre mort. » insista Hermione, sans la moindre once d'empathie. « Quand le Seigneur des Ténèbres a-t-il retrouvé le Diadème ? »

« Il comprenait, il avait les mots. Il prétendait en avoir besoin pour réformer notre société. Je lui ai révélé sa cachette. » dit Helena. « Il a menti et l'a rempli de magie noire infâme. »

« Où est-il désormais ? Où est le Diadème ? » demanda avidement Hermione.

« L'objet est ici, caché dans le château. Si vous devez demander, jamais vous ne le saurez. Si vous savez, il suffit de demander. » dit Helena avant de disparaitre, ses lamentations résonnant dans la nuit silencieuse.

Hermione se rua à nouveau dans les escaliers de la Tour, qu'elle descendit à toute vitesse. Quelques secondes plus tard, elle retrouvait Urquhart à l'entrée.

« Ce n'est pas trop tôt. J'avais dit vingt minutes. » commença-t-il d'une voix ennuyée.

« Conduis-moi au cinquième étage. » réclama Hermione avec impatience.

« Quoi ? Ce n'était pas ce qui qu'on avait conclu, princesse. » protesta Urquhart. « Si tu veux que je t'emmène ailleurs, ça va te coûter… »

« Impero. » lança Hermione.

Urquhart s'interrompit, et son regard devint vide.

« Conduis-moi au septième étage. » ordonna-t-elle.

Désormais docile, Urquhart fit ce qu'on lui avait ordonné. Ils arrivèrent rapidement au septième étage, près de l'ouverture de la Salle sur Demande.

« L'objet est ici, caché dans le château. Si vous devez demander, jamais vous ne le saurez. Si vous savez, il suffit de demander. » avait dit la Dame Grise.

Hermione n'avait eu besoin que d'une demie seconde pour comprendre sa phrase cryptique. Elle fit les cent pas devant le mur lisse et une entrée apparut devant elle. Ils pénétrèrent dans la salle des Objets Perdus et Hermione se tourna vers Urquhart. Elle fouilla dans sa poche, extirpant la copie d'une page de l'Histoire de Poudlard. Elle brandit l'image devant Urquhart.

« Cet objet est caché quelque part dans cette pièce. Aide-moi à le retrouver. » ordonna-t-elle.

Sans sourciller, Urquhart se mit à déambuler parmi les rangées, à la recherche du Diadème. Ils passèrent les deux heures suivantes à explorer les moindres recoins de la pièce. Soudain, Hermione entendit le bruit d'une étagère qui tombait puis les gémissements de douleur d'Urquhart. Elle lâcha le panier en osier qu'elle tenait, rempli de serpents factices puis se dirigea vers l'origine du bureau. Elle trouva Urquhart à terre, se tenant le genou, le visage grimaçant de douleur.

« Abruti. » grinça-t-elle en levant les yeux au ciel.

Elle vit Urquhart pointer quelque chose du doigt à ses pieds. Sur le sol se tenait le Diadème de Rowena Serdaigle. Elle se pencha pour ramasser l'objet tant convoité et une étrange sensation parcourut son corps, la faisant frissonner.

« Je te tiens. » déclara-t-elle avec un sourire.

/

« J'ai une idée. » annonça soudain Neville.

Lui, Luna et Ginny se trouvaient dans la Salle commune de Serdaigle. Il était minuit passé et la plupart des étudiants avaient déjà rejoints leurs dortoirs.

« Pourquoi ne pas leur envoyer une lettre d'amour, leur demandant de rejoindre un endroit secret du château ? » suggéra Neville.

« Ça fonctionnerait pour Parkinson. » dit Ginny. « Mais Malfoy ne tombera pas dans ce genre de pièges débiles. »

« Il viendra si ça vient de moi. » assura soudainement Luna d'une voix rêveuse.

Ginny et Neville échangèrent un regard perplexe.

« Je m'occupe de Draco. » insista Luna.

« Très bien. » céda Ginny. « Faisons une dernière fois le tour du plan. »

Le lendemain, en début de soirée, Ginny et Luna se retrouvèrent auprès d'une salle de classe inutilisée, au sixième étage.

« Prête ? Il devrait arriver d'un moment à l'autre. » lança Ginny.

Luna hocha la tête avant d'entrer dans la salle de classe. Ginny se dirigea près d'une alcôve non loin de la pièce et se dissimula dans l'obscurité. Quelques minutes plus tard, elle reconnut la chevelure blonde de Malfoy passer devant elle avant d'entrer dans la salle de classe. Plus d'une demi-heure plus tard, Luna n'était toujours pas de retour, et Ginny tapa du pied, impatiente.

« Qu'est-ce qu'elle fiche là-dedans ? » demanda-t-elle à voix basse.

Quelques instants plus tard, Luna rejoignit Ginny dans l'alcôve, les joues rosies et la chevelure totalement échevelée.

« Ne pose pas de questions. » dit-elle à l'attention de Ginny qui s'apprêtait à répliquer.

« Je ne veux pas savoir. » répliqua Ginny. « Tu l'as ? »

Luna brandit la main, lui montrant des mèches de cheveux blond platine.

« Malfoy est endormi ? »

« A vrai dire… » commença Luna, l'air gêné.

« Luna ! »

« Il est encore conscient. Je ne pouvais pas me réduire à le faire. Après tout, une relation amoureuse est basée sur la confiance entre deux per… » déclara-t-elle d'une voix robotique, comme si elle récitait le contenu d'un grimoire scolaire.

« Luna ! » hurla Ginny, furibonde. « On ne peut pas laisser place au hasard pour l'amour de Merlin. »

« Oh, très bien. »

« Où est Malfoy ? » quémanda Ginny.

« A l'intérieur. Je lui ai demandé d'attendre cinq minutes avant de sortir. Tu sais, la discrétion et tout cela. C'est tellement excitant. » ajouta Luna.

Ginny leva les yeux au ciel avant de sortir de sa cachette et se diriger vers la salle de classe. Elle l'entrouvrit, lança la bombe soporifique à l'intérieur et ferma la porte. Elle entendit l'exclamation surprise de Malfoy derrière la porte. Elle agita sa baguette sur la serrure, lui lançant un sort de Collage. Derrière, elle pouvait entendre Malfoy essayer d'ouvrir la porte. Cela ne dura que quelques secondes et elle distingua le bruit de chaises qui tombaient. Elle défit son maléfice et entra dans la pièce. Draco Malfoy était allongé sur le sol, inconscient. Elle lança un sort de Lévitation sur lui.

« Allons-y. » ordonna Ginny à l'attention de Luna.

Son regard était rivé sur la carte du Maraudeur.

« Il n'y a personne dans le coin. » murmura-t-elle avant de se lancer à toute allure en direction du septième étage.

Elles trouvèrent Neville près d'un placard à balais. Il paraissait très nerveux.

« Tu as eu Parkinson ? »

Il haussa la tête et désigna d'un geste de la main le placard à balais. Ginny l'ouvrit et y trouva la silhouette inconsciente de Pansy Parkinson. Le matin même, ils lui avaient envoyé une lettre d'amour, lui proposant de se rencontrer à l'abri des regards, et l'avait signée avec le nom de Draco.

« Je ne peux pas croire qu'elle soit tombée dans le panier. » chuchota Neville. « Ce n'est même pas l'écriture de Malfoy. »

« Crois-moi, Parkinson est trop stupide pour s'en rendre compte. » assura Ginny, avant de faire léviter la figure endormie de Draco à l'intérieur du placard à balais, aux côtés de Pansy.

Ginny attrapa leurs deux insignes verts, tira une mèche de cheveu sur le crâne de Pansy puis observa les deux silhouettes inanimées avec réflexion.

« Draco va totalement paniquer quand il se réveillera aux cotés de Parkinson. Il va penser qu'elle a abusé de lui. » commenta-t-elle. « Désolée Malfoy. »

Elle ferma le placard à balais, avant de le sceller à l'aide de sa baguette.

« Allons-y, les bombes de Fred et George devraient les assommer pendant six heures environ. Nous devons faire au plus vite. »

Ils se réfugièrent à nouveau dans la Salle sur Demande. Ginny extirpa deux fioles de Polynectar de sa poche tendit l'une d'elles à Neville. Luna lui tendit l'un des cheveux de Draco. Ginny prit son propre flacon, desserra le bouchon puis y trempa la longue mèche de cheveu Pansy.

« Fausse blonde, j'en étais sûre. » commenta-t-elle avec un rire en observant la racine.

Elle avala le contenu entier de la fiole et Neville fit de même avec la sienne. Le goût de la potion était infect et Ginny toussa à plusieurs reprises, grimaçant de dégout. Finalement, elle sentit son visage changer, ses cheveux se raccourcir et elle gagna quelques centimètres. Luna enchanta leurs vêtements, pour les adapter à leur nouvelle morphologie.

Ginny ne put s'empêcher de jeter un coup à l'intérieur de sa chemise.

« Je savais que cette garce rembourrait ses soutiens-gorge .» dit-elle avec un rire. « Elle est tellement fausse. »

Luna lui fit de gros yeux mais Ginny l'ignora. Pansy Parkinson avait été l'une des principales instigatrices de son harcèlement par l'école entière. Elle n'avait aucun scrupule la concernant.

« Il nous reste plus qu'une heure avant la réunion de la Brigade. » informa Luna.

« Très bien. » décréta Ginny. « Neville, il est temps de répéter. »

Neville avait pris les traits de Draco Malfoy mais paraissait extrêmement mal à l'aise gauche, bien loin de l'assurance naturelle que dégageait Malfoy.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » s'enquit Neville, maladroitement.

« On va se retrouver avec une bande de Serpentard connaissant Draco depuis des années. Il faut que tu sois crédible sinon ils remarqueront la supercherie. »

« Très bien. » dit Neville. « Que dois-je faire ? »

« Imite-le, commence par la démarche. » ordonna-t-elle.

Pendant la demi-heure qui suivit, Neville tenta d'imiter Malfoy sous les regards emplis de pitié des deux autres. En toute honnêteté, la vision était triste. Il paraissait tellement gauche dans le corps de Malfoy que ça en était presque pathétique. Ginny aurait ri si elle n'était pas aussi désespérée et si l'enjeu n'était pas aussi considérable. Finalement, elle ne parvint pas à contenir sa frustration plus longtemps.

« Fais-un effort Londubat, pour l'amour de Salazar ! Personne ne va te croire si tu continues d'agir comme si tu avais un balai profondément enfoncé dans le derrière ! » s'exclama-t-elle.

Neville parut découragé et Ginny se mordit les lèvres, regrettant son accès de colère. Elle reprit d'une voix plus douce :

« Nous devons faire ça sérieusement si on veut se débarrer d'Ombrage une fois pour toutes. »

L'argument sembla persuader Neville qui hocha la tête frénétiquement. Il prit une grande inspiration puis se dirigea d'une démarche suave en direction de Ginny. Arrivée devant elle, il esquissa un rictus, plongea une main dans ses cheveux blonds, la regardant de haut en bas.

« Jolies jambes… On baise ? » proposa-t-il.

Luna et Ginny lui lancèrent des regards interloqués. Quelques secondes plus tard, elles hurlaient de rire, se tenant les côtes. Ginny manqua de tomber de sa chaise. Après de longues minutes d'hilarité, elle essuya les larmes qui avaient coulé sur le coin de ses yeux.

« Dans le mil. » dit Ginny avec admiration.

Quelques instants plus tard, Ginny et Neville, sous l'apparence de Draco Malfoy et Pansy Parkinson se retrouvaient devant le portrait menant à la salle commune de Serpentard. Le portait les laissa entrer en voyant leur insigne.

Dans la salle commune, une dizaine d'élèves étaient installés auprès des fauteuils, près de la cheminée. Ginny s'avança avec assurance près du groupe puis prit place sur l'un des sofas. Neville était resté près de la porte, ne sachant visiblement pas comment agir. Ginny réprima un grognement.

« Draco. Pourquoi tu ne t'assiérais pas à côté de moi ? » proposa-t-elle d'une voix mielleuse, battant des cils de manière insistante dans sa direction.

Il s'approcha et s'installa à ses côtés. Il se tenait droit comme un pic, ses mains posées sur sa chacune de ses cuisses. En croisant le regard de Ginny, il sembla saisir ses instructions silencieuses, et s'enfonça plus confortablement dans le sofa, imitant la position de Blaise Zabini, assis non loin de lui.

La Brigade Inquisitoriale se réunissait tous les vendredis soir pour une réunion confidentielle. En voyant la table remplie de confiseries et de bouteilles de whiskey-pur-feu, Ginny réalisa qu'il s'agissait uniquement d'un énième prétexte à la débauche.

Daphné Greengrass vint s'assoir auprès d'elle.

« Tout le monde est rentré dans son dortoir. Ils savent qu'ils n'ont pas intérêt à descendre. » ajouta-t-elle avec un rire.

« Très bien. » commença Blaise Zabini, de son éternel ton hautain. « Commençons donc. Urquhart, les comptes ? »

« On a confisqué des biens aux élèves d'une valeur de soixante-quinze gallions, cette semaine. » répondit Urquhart.

Ginny savait qu'il s'agissait d'un mensonge. Deux jours auparavant, il avait confisqué le balai de Quidditch de Demelza Robins, qui valait au minimum cent gallions.

« Ce n'est pas assez. » répliqua Nott. « A ce rythme, on ne pourra plus payer nos soirées privées à partir du mois prochain. »

Urquhart haussa les épaules.

« Je n'y peux rien, moi. En plus d'être dégoûtants, ces Sang-de-Bourbe sont pauvres. » ajouta-t-il avec un rire.

Daphné caqueta derrière et Ginny l'imita.

« Peu importe. » coupa Zabini d'un ton agacé. « A l'ordre du jour, cette semaine, nous étions supposés trouver un thème pour notre brainstorming. Draco ? »

Neville ne réagit pas. Ginny lui administra un coup de poignet dans les côtes.

« Hein, quoi ? » dit-il.

« Tu étais supposé trouver le thème pour notre brainstorming, Malfoy. » insista Zabini, l'air ennuyé.

« Oh, oui. Heu… »

Il hésita quelques instants avant de lancer :

« Comment... Hum…Comment pourrir efficacement l'existence des Nés-Moldu... Je veux dire des Sang-de-Bourbe. » se rattrapa-t-il nerveusement, les joues écarlates.

Tout le monde le fixa.

« Génialissime, mec. » commenta finalement Nott.

« Maestro ! » ajouta Crabbe, avec admiration.

« Bonne idée. » approuva Zabini. « Il est temps qu'on soit un peu plus discipliné. »

Tout le monde commença à lancer des idées en accordance avec le thème de la soirée. L'alcool commença à couler à flot, et tout le monde sembla se détendre. Ginny ne toucha pas son verre rempli à ras-bord. Elle encouragea toutefois Neville à le faire, ce qui sembla le décoincer.

Après une heure, Ginny, d'une voix doucereuse, proposa :

« J'ai une autre idée de thème de discussion. On devrait préparer un cadeau à Ombrage pour la remercier. »

Elle reçut des regards choqués en guide de réponse.

« Comme ça, elle nous donnera encore plus de pouvoirs dans l'école. » s'empressa-t-elle de rajouter.

Les autres s'échangèrent des regards perplexes, mais l'idée sembla être appréciée.

« A votre avis, qu'est-ce qui lui ferait plaisir ? » demanda Ginny. « Qu'aime-t-elle par-dessus tout ? »

« On devrait lui offrir une boite d'antidépresseurs. » commenta Daphné avec un gloussement.

« Pourquoi ? Ça lui plairait ? » demanda Ginny, levant un sourcil.

Daphné l'observa comme si elle était particulièrement obtuse.

« Évidemment Pans', tu sais bien qu'elle carbure aux antidépresseurs. »

Ils se lancèrent tous dans des idées de cadeaux pour Ombrage et Ginny obtint des informations intéressantes. Apparemment, Ombrage avalait plusieurs potions contre son anxiété générale. Elle avait un emploi du temps qu'elle suivait à la perfection et à la minute près : l'heure de son réveil, de ses repas, le nombre de fois où elle allait aux toilettes pendant la journée. Elle cultivait une peur profonde des créatures magiques, craignait toute forme de contamination et entendre des obscénités l'angoissait. Tout ce qui l'entourait devait être aligné et rangé à la perfection et elle ne trouvait que le repos qu'une fois certaines actions réalisées trois fois, un chiffre qu'elle considérait comme « sûr ». Les membres de la Brigade semblaient trouver ses troubles hilarants et s'amusaient parfois à déclencher ses obsessions.

Lorsque Daphné suggéra qu'ils commencent un Action Ou Vérité, Ginny décréta qu'il était temps de mettre un terme à l'opération. A ses côtés, Neville avait fait profil bas pendant la soirée. C'était peu commun de la part de Draco Malfoy qui avait constamment besoin d'attirer l'attention sur lui. Trop ivres, la plupart des membres de la Brigade ne s'en soucièrent pas.

Ginny se releva, faisait signe à Neville de la suivre.

« Eh bien, à plus tard. » salua maladroitement Neville, à l'attention du groupe. « Hum, Pansy ? »

Ginny s'était retournée, observant le groupe avec réflexion. Elle ne pouvait pas s'empêcher de profiter de cette occasion tombée du ciel pour donner une petite leçon à Pansy Parkinson. Elle s'éclaircît bruyamment la gorge, attirant l'attention du groupe sur elle.

« Puisqu'il est temps de se lancer des Vérités, laissez-moi vous en partager quelques-unes. » dit-elle d'une voix faussement guillerette.

Ils lui jetèrent tous des regards perplexes.

« Je fais croire à tout le monde que je suis une sainte parfaite mais j'ai astiqué le balai d'Urquhart dans les toilettes lors d'une fête, l'année dernière. Je l'ai payé pour qu'il n'en parle à personne. » déclara-t-elle, l'air tranquille.

Tout le monde parut choqué par cette révélation. Ginny se tourna vers Zabini et Nott.

« Je raconte à toute l'école que vous êtes gays parce que vous ne vous intéressez pas à moi. » poursuivit-elle.

Elle se tourna ensuite vers Daphné Greengrass.

« Daphné, je pense que tu es une trainée sans intérêt. Si j'accepte de traîner avec toi, c'est uniquement parce que ta famille est plus riche que la mienne. Je sais que tu as couché avec Draco dans mon dos. J'attends juste le meilleur moment pour te la mettre à l'envers. » assura-t-elle.

Daphné ouvrit la bouche, stupéfiée.

« En définitive, je ne suis qu'une garce mal dans sa peau qui a besoin de démolir les autres pour me sentir à la hauteur. » ajouta-t-elle. « Demain je vais nier avoir dit tout cela et prétendre que je n'étais pas dans mon état normal, mais ne me croyez pas, je ne suis qu'une pauvre menteuse ! »

Elle émit un petit rire.

« Dernière chose, je suis totalement amoureuse de Neville Londubat. » avoua-t-elle en gloussant. « Je me touche sous la douche en pensant à lui. »

Et sur ces paroles, elle sortit de la pièce, sous les regards médusés des Serpentard. Neville, à ses côtés, lui adressa un regard mêlant admiration et crainte.

« Parfois, j'oublie que tu es une Serpentard. » dit-il.

/

Sous la lumière de la lune, l'opale centrale du Diadème brillait d'une manière presque irréelle. L'objet délicatement ouvragé, portait une inscription : "Tout homme s'enrichit quand abonde l'esprit. » Hermione observa le bijou avec attention, fascinée par l'aura étrange qu'il dégageait. Il paraissait habité par une énergie extraordinaire.

La première fois qu'elle plaça le Diadème sur sa tête, elle fut traversée d'un sentiment extraordinaire et inexplicable. Elle se sentit presque comme une version améliorée d'elle-même. Plus forte, plus belle, plus intelligente. La sensation était des plus grisantes.

Elle se sentait étrangement liée au joyau. Elle avait parfois l'impression qu'il lui parlait. Il connaissait tous ses désirs profonds, ses fantasmes inavoués, ses ambitions camouflées.

Pour plus de discrétion, elle l'avait accroché à une chaîne, et le Diadème habillait désormais sa nuque. Il ne la quittait plus, et lorsqu'elle osait s'en délaisser, elle ressentait ce besoin incontrôlable de le revêtir.

Le Seigneur des Ténèbres recherchait-il ce sentiment de puissance, de facultés et de pouvoirs décuplés ? Rien n'était moins sûr. Lorsqu'elle marchait dans les couloirs, elle sentait des regards dévisager sa parure avec convoitise. Un jour, dans la Grande Salle, Daphné Greengrass approcha sa main de la nuque pour toucher l'objet sublime.

Quelques secondes plus tard, des hoquets de stupeur se firent entendre et Hermione sortit de sa torpeur lorsqu'elle vit Daphné sur le sol, la main serrant son poignet, une expression de douleur sur le visage.

« Tu es complètement folle ? Tu as failli me casser le poignet ! » hurla Daphné, gémissant de douleur.

Hermione observa Daphné avec confusion. Son poignet était devenu violet. Elle vit le Directeur de sa maison se planter devant elle, l'air impassible.

« Veuillez me suivre Miss Hawke. » ordonna-t-il avec froideur.

Hermione suivit Rogue, confuse par la scène laissée derrière eux. Quelques instants plus tard, elle se retrouva dans une pièce et reconnut son bureau.

« Peut-on savoir ce qui vous prend ? » demanda Rogue. « Pourquoi vous avez agressé Greengrass ? »

« Je ne l'ai pas touchée. » assura Hermione, confuse. « Elle a essayé de toucher mon…de me toucher et elle est tombée au sol. »

Rogue perdit son air impassible et l'observa comme si elle était dérangée.

« Vous avez serré son poignet pendant près de trente secondes et avez failli le casser, Miss Hawke. » dit-il entre ses dents.

Hermione lui adressa un regard choqué. Rogue était fou. Elle n'avait pas levé la main sur Greengrass. Il était impossible qu'elle fasse une telle chose sans le réaliser.

Il n'est pas digne de confiance, entendit-elle soudainement dans son esprit.

Elle jeta un regard méfiant à Rogue. Il mentait. Il cachait probablement son corps originel.

Ils veulent te faire croire que tu es folle, entendit-elle.

« Non. » protesta-t-elle à voix haute.

« Toute la grande salle vous a vue, Miss Granger. » insista Rogue.

Usurpateur, martela la voix dans son esprit.

D'un geste protecteur, elle posa la main sur nuque, puis s'éloigna dans un mouvement de recul. Le regard de Rogue se dirigea immédiatement vers le Diadème puis à nouveau sur son visage.

« Qu'avez-vous là, Miss ? » demanda-t-il.

« Rien. » dit-elle d'un ton agressif avant de quitter la pièce à toute allure.

Elle ne se détendit qu'une fois arrivée dans son dortoir. Elle ôta le Diadème, s'allongea sur son lit, caressant l'objet contre sa poitrine.

Les semaines suivantes, elle eut plusieurs absences. A chaque fois, elle se retrouvait dans un endroit qu'elle ne reconnaissait pas, se demandant ce qui l'y avait menée. Elle avait parfois du mal à faire la différence entre la réalité et la rêverie. Elle dut se résoudre à admettre que quelque chose clochait. Était-ce lié au sortilège de Rodolphus ? Les effets sur son cerveau apparaissaient-il plus tôt qu'il ne l'avait prédit ? Cette pensée paniqua Hermione.

Toutefois, elle ôta un jour le Diadème pour prendre une douche et elle sentit comme une lourdeur s'évaporer de ses épaules. Elle se sentit étrangement déshabillée sans sa parure et s'empressa de la porter de nouveau. Pour une raison obscure, l'objet la rassurait. Elle passait parfois plusieurs à observer l'opale centrale, fascinée.

« Miss Hawke ? » demanda une voix insistante.

Hermione sortit de sa torpeur, sursautant brusquement.

Le Professeur Slughorn l'observait d'un air perplexe. Elle remarqua que tous les regards de la pièce étaient fixés sur elle.

« Dormir en cours de Potions n'est pas autorisé. » indiqua Slughorn. « Je suis navré, mais ce sera une retenue pour vous, Miss Hawke. »

Hermione l'observa avec confusion. Elle n'avait pas eu l'impression de s'être assoupie. A vrai dire, elle n'avait même pas le souvenir d'être venue en classe. Slughorn se détourna pour continuer son cours. Plusieurs élèves jetèrent à Hermione des regards de pitié.

Ils te méprisent tous, entendit-elle.

Le lendemain, elle reçut une enveloppe noire durant le petit déjeuner. C'était la première fois qu'elle obtenait une retenue de sa scolarité. Les Sang-Pur de Serpentard n'étaient pas envoyés en confinement et elle fut simplement obligée de copier des lignes dans le bureau d'Alecto Carrow tirés d'un ouvrage nommé 49 façons de tuer un Moldu en toute impunité d'un auteur anonyme.

Les absences d'Hermione devinrent plus récurrentes et difficiles à expliquer. Elle avait l'horrible impression d'être constamment dans un rêve éveillé. Elle commença à être déconnectée de la réalité. Les voix se faisaient entendre régulièrement dans son esprit, lui murmurant des paroles angoissantes.

La fin est proche Hermione, résonna la voix dans son esprit.

Hermione secoua la tête, caressant distraitement le Diadème.

Ils te tueront, assura la voix dans son esprit. Tu dois faire quelque chose.

Elle mit ses mains sur ses tempes, fermant les yeux.

« Laisse-moi tranquille. » implora-t-elle.

Tes ennemis te traquent, ils ont vu clair dans ton jeu.

Hermione gémit. Lorsqu'elle s'efforçait d'ignorer les paroles martelées dans son esprit, une violente migraine la submergeait. Elle se rua hors de son dortoir sous les regards estomaqués de ses camarades de chambrée.

« Je deviens folle. » murmura-t-elle d'un ton désespéré.

Elle erra dans l'école, désorientée. Elle ne semblait même pas guider ses propres pas.

Laisse-moi t'aider Hermione, murmura la voix dans son esprit d'une voix suave, presque caressante. Laisse-moi prendre le contrôle.

« Non. » refusa Hermione.

Mais sa force de conviction était faible et elle sombrât de nouveau. Lorsqu'elle reprit connaissance, elle se retrouva assise dans une alcôve. L'arrière de sa tête lui faisait horriblement mal et lorsqu'elle se releva, ses jambes lui parurent lourdes, comme si elle venait de parcourir plusieurs kilomètres sans s'arrêter. Elle voulut sortir de l'alcôve mais une voix familière se fit entendre et elle resta immobile.

« Weasley, je te rappelle qu'il est interdit de traîner dans les couloirs à cette heure-ci. » lança une voix.

Elle reconnut la voix de Theodore Nott, l'un de ses condisciples.

« Tu vas me donner une retenue ? » demanda la voix de Ginny d'un ton réjoui qui étonna Hermione.

« Exactement, profite bien de ton confinement, Weasley. » indiqua Nott avec un rictus moqueur. « Allez, bouge, tu es supposée être dans ta salle commune avec les autres traitres à leur sang. »

Hermione entendit le bruit de pas qui s'éloignaient rapidement.

Suis-les, ordonna soudain la voix, retentissant à nouveau dans les tympans d'Hermione.

Hermione attendit quelques secondes avant de s'élancer discrètement à la suite de Nott et Ginny. Nott s'arrêta près d'un escalier, échangea quelques paroles avec Ginny avant de s'éloigner. Hermione attendit qu'il disparaisse de son champ de vision avant de suivre Ginny.

Après quelques minutes de poursuite, Ginny disparût soudainement de son champ de vision.

Hermione accéléra le pas pour tenter de la retrouver.

Elle sursauta lorsque Ginny réapparut de nouveau devant elle, l'observant d'un air tranquille.

« Tu me suis ? » demanda-t-elle d'une voix calme.

Elle semblait réellement intéressée par la réponse. C'était la première fois que Ginny s'adressait directement à elle depuis la nuit de l'attaque. Hermione ne put s'empêcher d'éprouver un certain attachement en l'observant.

Ginny lui manquait parfois démesurément et une partie d'elle aurait tout donné pour qu'elles retrouvent le lien fusionnel qu'elles avaient un jour partagé.

« Ca fait un bail. » dit-elle simplement. « Comment vas-tu ? »

« Bien. » répondit Ginny, l'air hésitant, comme si elle ne savait pas comment agir face à Hermione. « Je peux t'aider ? »

« Je veux simplement qu'on parle. » répondit Hermione avec sincérité.

Ginny semblait moins hostile qu'à l'accoutumée.

« De ? »

Hermione haussa les épaules, ressentant pour la première fois de la nervosité.

Elle te méprise, susurra la voix dans l'esprit d'Hermione.

Hermione secoua la tête, tentant d'éloigner ses pensées. Ginny lui jeta un regard curieux.

« J'ai une question. » déclara soudainement Ginny.

Hermione l'observa avec étonnement, puis leva un sourcil, l'encourageant à continuer.

« Pourquoi avoir trahi l'amitié de quelqu'un qui tenait réellement à toi ? » demanda Ginny d'une voix paisible.

Le ton de sa question n'était pas accusateur. Elle semblait réellement intéressée par la réponse.

Tu n'es plus rien pour elle, dit la voix. Une nuisance qui disparaitra bientôt.

« Arrête. » grommela Hermione en posant une main sur sa tempe.

« Que j'arrête quoi ? » s'étonna Ginny.

Penses-tu qu'elle t'aimera un jour ? Qu'elle te choisir plutôt que Lui ? continua la voix. Tu es condamnée à la solitude. Tu ne mérites pas d'être aimée.

« Que j'arrête quoi ? » insista Ginny avec impatience.

Bientôt, tu ne feras plus partie de son monde. Elle ne te regretta pas, au contraire.

« Non… » chuchota Hermione à voix basse.

Non ? Dans ce cas pourquoi ne pas agir ? Réclamer ce qui te revient de droit ?

« Laisse-moi… » supplia Hermione.

Observe-là bien, martela la voix avec méchanceté. Elle est tout ce que tu ne seras jamais.

« Je m'en vais. » déclara soudain Ginny, semblant mal à l'aise.

Tu vas la laisser partir ? grinça la voix avec moquerie. Tu es si faible. Pas étonnant qu'elle ne veuille pas de toi.

Ginny esquissa un geste pour s'éloigner, mais Hermione la retint par le bras, l'air implorant.

« Je veux juste qu'on parle. » insista-t-elle avec désarroi.

Elle te prend pour une dérangée. Tu ne lui inspires que de la pitié, continua la voix.

« Je pense que tu devrais aller à l'infirmerie. » lança Ginny d'une voix posée.

« Je vais bien. » répliqua Hermione d'un ton agressif.

C'est par sa faute que tu es dans cette situation. Si elle t'avait choisi, rien de cela ne te serait arrivé.

Hermione hocha la tête silencieusement, alors que ces paroles faisaient écho dans son esprit. N'était-ce pas véridique ? Si Ginny lui avait été loyale, la vie d'Hermione n'aurait pas pris ce tournant décisif.

Elle t'a mené à ta perte, murmura la voix. Mais tout n'est pas encore terminé, tu peux encore redistribuer les cartes.

D'un geste presque instinctif, Hermione posa la main sur le diadème qu'elle portait comme toujours autour de sa nuque. Les yeux de Ginny dardèrent sur le bijou, l'observant avec curiosité.

Utilise-la pour attirer Potter, suggéra la voix. S'il la croit en danger, il reviendra à Poudlard et les Mangemorts le captureront une bonne fois pour toutes.

Ginny tenta de dégager son bras de l'emprise d'Hermione. Cette dernière resserra la pression de sa main, empêchant Ginny d'y échapper. Elle croisa son regard et y décela une lueur de panique.

« Lâche-moi. » insista Ginny.

« Je ne peux pas, Ginny. » murmura Hermione d'un ton accablé. « Je n'ai pas le choix, tu dois comprendre. »

Son autre main saisit celle de Ginny, emprisonnant son poignet.

« Je…je vais t'écouter, entendu ? » dit soudainement Ginny, l'air soudainement compréhensif. « Mais lâche-moi, d'accord ? »

Elle essaie de te tromper, ne l'écoute pas.

Toutefois le ton rassurant dans la voix de Ginny persuada Hermione de la relâcher. Elle ressentait ce besoin extrême de s'expliquer, de lui faire comprendre son point de vue. Elle était fatiguée de cette vie de mensonges, de tromperies et de dissimulations.

« Je ne voulais pas qu'on en arrive là. » avoua Hermione, la voix tremblante. « Tu as tout gâché, Ginny. C'est moi que tu aurais dû choisir. »

De nouveau, elle sentit cette effroyable migraine lui marteler le crâne. Elle relâcha Ginny, posant ses mains sur ses tempes.

Immédiatement, Ginny sortit sa baguette, la pointant dans la direction d'Hermione.

Je t'avais prévenue, siffla la voix. Encore une fois, elle t'a manipulé.

« Ne t'approches plus de moi. » dit Ginny avant de s'éloigner.

C'est ta dernière chance. Si elle s'éloigne, c'est terminé pour toi.

Hermione tira lentement sa baguette puis leva les bras d'un geste tremblant.

« Stupefix. »

Sa main tremblait d'une manière incontrôlée et le sort rata sa cible, ricochant à peine près du bras de Ginny. Cette dernière se retourna, l'air surpris, brandissant sa propre baguette.

Hermione lui envoya un maléfice Cuisant et Ginny érigea un bouclier, contrant son sort. Elle répliqua avec une série de sorts, dans la direction d'Hermione, forçant cette dernière à bondir derrière une statue représentant un sorcier à l'air revêche. Hermione hurla un sortilège qui manqua de nouveau Ginny et elle se jeta sur le côté lorsqu'un sort fit exploser la tête de la statue, expulsant des morceaux de pierre dans toutes les directions.

Elle veut ta mort, chuchota la voix.

« Arrête ! » hurla Ginny dans sa direction. « Je ne veux pas te faire du mal ! »

Trop tard. Elle ne mérite plus ton indulgence, insista la voix dans l'esprit d'Hermione.

« Laisse-moi.» gémit Hermione à l'attention de la voix.

Elle se sentit soudainement partir en l'air, dans l'incapacité de bouger. Sous la surprise, elle lâcha sa baguette qui tomba au sol. Ginny lui avait lancé un sort de lévitation. Elle s'approcha, sa baguette toujours brandie dans sa direction.

La douleur dans son crâne était insoutenable. Elle gémit de nouveau, posant ses mains sur les deux côtés de son visage.

La douleur était telle que des larmes apparurent dans ses yeux, brouillant sa vision. Elle distingua toutefois l'air de pitié que lui lança Ginny.

Tu n'es rien pour elle, elle va t'achever.

« Aide-moi… » murmura Hermione d'une voix tellement basse qu'elle ne fut pas certaine de l'avoir formulée.

Que je te vienne en aide ? demanda la voix avec plaisir. Je n'attends que cela.

Hermione cessa de se débattre. Ses barrières mentales cessèrent de résister.

Laisse-moi prendre le contrôle, tu as besoin de moi.

Hermione acquiesça. Elle sentit une douleur cuisante au niveau de sa nuque. Le Diadème semblait lui bruler la peau mais elle ne réagit pas face à la douleur.

Liberacorpus, entendit-elle.

Elle se sentit soudainement tomber au sol.

« Comment as-tu fait ça ? » demanda Ginny, ses yeux agrandis de stupeur. « Comment tu t'es libérée de mon sort ? »

Hermione profita de ce moment pour ramasser sa baguette sur le sol et hurler dans la direction de Ginny

« SECTUSEMPRA ! »

Le sortilège heurta le bras de Ginny avec violence et elle tituba en arrière. De larges entailles apparurent sur la chemise de Ginny, au niveau de son avant-bras. Ginny observa son bras avec horreur et un cri de panique sortit de sa gorge. Le sang maculait désormais une partie de son vêtement.

Soudainement, lâchant un cri de rage, Hermione se jeta dans sa direction, la forçant à relâcher sa baguette. Elles luttèrent quelques secondes avant de tomber au sol. De son bras valide, Ginny envoya un coup en direction du visage d'Hermione. Son poing rencontra la mâchoire d'Hermione qui glapit de surprise. Toutefois, la douleur ne fut pas assez intense pour qu'elle délaisse son emprise sur la baguette de Ginny et elle parvint finalement à lui faire lâcher celle-ci, en appuyant sur son bras entaillé.

Sa propre baguette semblait de nouveau hors de portée et leur lutte devint exclusivement physique. Cependant, le bras violemment entaillé de Ginny l'handicapait et Hermione parvint facilement à reprendre la main sur leur lutte.

Fais-le, lui ordonna la voix, s'insinuant à nouveau dans son esprit. Donne lui ce qu'elle mérite.

D'une rage incontrôlée, Hermione attrapa la nuque de Ginny avec ses doigts, puis elle serra de toutes ses forces.

Les yeux de Ginny s'agrandirent sous la terreur et elle tenta de se débattre, agita furieusement son bras pour essayer de frapper Hermione. Elle parvint à lui atteindre le visage, le griffant violemment. Hermione sentit le gout du sang près de sa lèvre, mais elle l'ignora. La douleur était insignifiante. Cela ne suffit pas à lui faire lâcher sa prise et d'une force qu'elle ne reconnut pas, elle serra la nuque de Ginny davantage.

Souviens-toi de tout ce que tu as enduré par sa faute. Elle le mérite, lui assura la voix dans son esprit.

Hermione se sentait totalement coupée de ses émotions. Elle avait l'impression d'être hors de son corps, observant avec distance le visage de Ginny, paralysé par la frayeur.

Elle suffoquait, essayant désespéramment de se raccrocher à la vie.

« Hermione. » put-elle entendre sur les lèvres de Ginny, entre ses halètements.

Hermione desserra légèrement sa prise, ébranlée. Ginny savait donc toujours qui elle était, pensa-t-elle avec incrédulité.

Tu n'as plus le choix, indiqua la voix. Elle connait ton identité.

Les mains d'Hermione se contractèrent de nouveau, comprimant la carotide de Ginny. Elle pouvait sentir les pulsations de ses artères s'espacer au fil des secondes.

Si tu ne peux pas l'avoir, pourquoi quelqu'un le pourrait-il ?

Pourquoi Ginny n'avait-elle pas pu voir la loyauté d'Hermione, son amour conditionnel ? Elle avait été prête à tout, même du pire pour elle. Potter était-il même capable de la moitié des choses qu'elle avait entreprises pour arriver à ses fins ?

Ginny l'avait délaissée comme une vulgaire nuisance. Elle l'avait traitée comme un accessoire jetable dont elle pouvait se débarrasser comme bon lui semblait. Pas une seule fois Ginny avait pris en considération ses sentiments.

Les entailles de son sortilège avaient ouvert des trous béants sur la peau de Ginny. Son bras et une partie de cage thoracique avaient été atteints. La chemise de Ginny avait perdu son blanc immaculé et était désormais totalement trempée dans le sang.

Continue, ordonna la voix. Prouve-lui que tu es la seule maîtresse de ton destin.

Jusqu'aujourd'hui, Ginny avait tenu son cœur entre ses mains, le malmenant sans aucun remords, lui infligeant les pires souffrances morales. Hermione avait désormais le contrôle sur elle. Désormais, son amour pour Ginny ne dicterait plus ses actes.

Hermione ne savait pas depuis combien de temps elle était là, tenant le souffle de Ginny entre ses mains engourdies par l'effort. Elle avait perdu toute notion de temps. Ginny avait finalement cessé de se débattre.

Ce fut uniquement lorsqu'elle croisa son regard vide et l'étang épais de sang sous son corps qu'elle prit conscience de ce qu'elle venait de faire.

La voix dans son esprit avait disparu et Hermione sembla retourner à la réalité. Apeurée, elle ôta ses mains de la nuque de Ginny et vit de larges hématomes. La panique submergea Hermione.

« Qu'est-ce que j'ai fait ? » murmura-t-elle avec horreur, tandis que son cerveau assimilait l'information de la scène devant ses yeux.

Elle se releva maladroitement, tituba, manquant de chuter.

« Non, non, non… » murmura-t-elle, les yeux remplis de larmes. « Ginny… »

Elle entendit un son au loin et son sang se glaça. Elle prit la fuite, abandonnant derrière elle le corps sans vie de Ginny Weasley.

Fin du Chapitre