Je suis DESOLEE ! Vraiment, vraiment vraiment... J'ai eu un gros passage à vide sur absolument tous mes fandoms, toutes mes fanfics, tous mes écrits, tout ! Et... eh bien, voilà le résultat. C'est le premier chapitre que je poste depuis au moins quatre mois, c'est absolument, totalement, frustrant !

M'enfin, j'espère que le chapitre vous plaira quand même !

Je vais pas vous mentir, la suite va se faire attendre aussi... moins peut-être (on espère) mais elle va se faire attendre. Désolée d'avance ! Avec mon stage en plus (35h :pleure: ) ca devient compliqué de tout faire en une journée. Le sommeil devient complètement optionnel x')

Des bisous, des coeurs, une bonne année à vous et bonne lecture ! (et encore désolée)


Lei se réveilla en clignant lentement des yeux, incertaine du lieu où elle se trouvait. Ce fut quand une longue chevelure noire entra dans son champ de vision qu'elle se souvint d'Hakuei. Celle-ci lui avait proposé de partager une tente afin qu'elle n'ait pas à retraverser la forêt pour atteindre la ville. Lei avait accepté avec un sourire délicat et un regard secret vers Kōen qui les regardait, neutre. Sa cousine ne pouvait savoir qu'elle dormait dans sa tente lorsqu'elle n'avait pas le temps de rentrer. Elle n'avait eu le temps de regretter sa décision pourtant, en ayant profité pour faire connaissance avec Hakuei. Lei avait eu l'agréable surprise de découvrir une passion brûlante pour ses convictions sous les airs affectés de la Première Princesse. La princesse nomade se leva en frottant ses yeux, pas tout à fait réveillée, et parcourut la tente du regard. A l'image de celle de Kōen, elle était fonctionnelle, dépourvue de tout superflu. Hakuei était une vraie guerrière en dépit de son apparence gracile.

« —Bonjour Lei, tu as bien dormi ?

—Si bien que je ne parviens pas à me réveiller – plaisanta-t-elle en baillant, encore ensommeillée.

—Il y a du thé et le petit-déjeuner – répondit la voix d'Hakuei avec une note amusée. »

Elles avaient décidé d'opter pour le tutoiement après une longue discussion la veille au soir, décidant ainsi qu'elles s'acceptaient l'une l'autre sans pour autant prononcer le mot « amitié ». Lei s'approcha de la grande table recouverte de rouleaux en tout genre qui avaient été poussés de côté pour faire une place à un plateau léger. Elle remercia Hakuei qui leur servit le thé et saisit un petit gâteau pour le croquer, espérant ainsi regagner sa vivacité habituelle. Elle avait toujours été lente au réveil. Lei savoura le silence qu'aucune des princesses ne semblaient vouloir briser, mangeant silencieusement. Elle n'avait pas envie de parler, jamais le matin. Il le fallut cependant, lorsqu'Hakuei brisa le silence serein qui avait investi la tente.

« —Lei, nous avons évité le sujet hier… »

Les yeux chocolat aux reflets de miel de la magicienne se posèrent sur la conquérante de donjon avec une lueur expectative. Elle ne savait pas ce qui allait suivre mais avait un sentiment d'inévitabilité. Ce n'était visiblement pas un sujet qu'elles pouvaient taire, et ce malgré leur rencontre récente.

« —Quelle est ta relation avec mon cousin ? »

Lei reposa sa tasse calmement, son esprit réveillé par la mention de Kōen. Voilà bien une discussion qu'elle ne pensait pas avoir avant quelques jours avec sa propre cousine. Elle ne s'attendait pas à ce qu'Hakuei, Première Princesse de l'Empire de Kō, lui fasse face ainsi. Ce n'était pas une princesse qui évitait les problèmes par facilité. Pour cela, elle avait le respect de Lei. Pour cette raison également, elle ne tenterait pas d'esquiver le sujet.

« —Nous sommes amis. Pourquoi cette question ?

—Tu te soucies de lui et c'est réciproque, vos interactions le prouvent, répondit vaguement sa compagne. C'est… étonnant.

—Tant que cela ? – releva Lei avec un haussement de sourcil.

—Kōen attire les gens mais le contraire est rare – répondit calmement Hakuei. – Seuls l'Empire et la famille sont importants à ses yeux, je pense que tu le sais comme moi.

—Bien sûr – sourit doucement, sereinement, Lei. – C'est le fondement de notre relation. Je lui donne sa vengeance et il me donne la victoire de mon peuple. Qu'un accord se soit transformé en amitié est peut-être surprenant mais c'est ce qu'il s'est passé. Que comptes-tu faire ?

—Rien – la tranquillisa Hakuei avec un infime sourire semblable à celui de son cousin. – J'ai confiance en Kōen.

—J'en suis heureuse – sourit Lei, se relaxant, son regard s'adoucissant devant celle qu'elle pourrait facilement considérer un jour comme une amie. »

Hakuei reposa sa tasse alors que Lei se levait de sa chaise pour rejoindre l'espace qui lui avait été cédé pour la nuit. Elle changea sa tenue de nuit pour le kimono qu'elle avait acheté dans une boutique dans la ville afin de faire face aux nobles sans qu'ils se sentent dépréciés. Elle ne s'en serait pas occupé si elle ne s'était tenue aux côtés de Kōen et de ses généraux lorsqu'elle avait fait leur connaissance Lei ne tenait pas à tâcher la réputation du Premier Prince. Son regard de miel chocolaté tomba sur le sac qui l'accompagnait depuis le début de son voyage et un sourire fin se dessina sur ses lèvres rosées. Malgré ses récents achats, ses bagages s'étaient bien réduits depuis son départ, quatre ans auparavant. Sans compter ses provisions de nourriture qui avaient rapidement été épuisées, il y avait l'argent et un certain nombre des bijoux qui avait disparus dans les mains de marchands. Il lui en restait cependant assez pour se donner des airs de princesse. Les Kowait étaient moins cérémonieux que nombreux de peuples sédentaires mais cela rendait leurs traditions plus importantes à leurs yeux. Lei avait perdu l'attachement de son peuple à l'apparence mais elle était prête à avoir la tête lourde d'or et de pierres précieuses et son visage fardé si cela pouvait adoucir Tante Ling.

La magicienne pinça les lèvres en sortant les bijoux de son sac. Ils étincelaient d'une lueur hypnotique sous la flamme qui éclairait la tente. S'il y avait une chose qu'on ne pouvait leur enlever, c'était leur beauté. Lei repoussa distraitement une mèche envahissante derrière son oreille en réfléchissant. Son regard s'échappa vers Hakuei qui consultait une carte, une mine inquiète inscrite sur le visage. La magicienne secoua la tête en soupirant et reporta son attention sur ses bijoux. Elles avaient des préoccupations différentes mais se retrouvaient toutes deux face à la guerre. Quelle étrange pensée. Tandis que la Reine de Païmon affutait son épée, la princesse nomade choisissait ses bijoux. Et pourtant elles se préparaient toutes deux à mener bataille. Lei fit tourner la perle blanche qui terminait la tresse à gauche de son visage entre ses doigts fins et sourit légèrement. Il était temps de faire face à sa famille. Ce n'était pas des ennemis, ils finiraient par comprendre, tout comme Jing l'avait fait.

Il fallut un long moment avant qu'Hakuei n'émerge de ses parchemins stratégiques, vaguement surprise de ne pas voir Lei sortir de derrière le paravent où elle s'était réfugiée pour se préparer. Curieuse, elle alla toquer à la fine paroi et se permit de rejoindre Lei lorsqu'elle lui répondit par l'affirmative. Elle découvrit la princesse, dos à elle, parée d'un superbe kimono – malgré une coupe assez simple – qui soulignait son rang avec élégance et sans laisser le moindre doute quant au sang noble de la magicienne. Son maquillage tranchait avec cette apparence assez proche de celle de l'Empire de Kō deux traits épais d'un rouge profond étaient tracés sur ses joues et un symbole ressemblant à un œil était tracé sur son front. Ce tatouage lui faisait penser aux tatouages des habitants de l'Archipel Toran qu'elle avait étudiée avec Kōen. Cela rendait l'apparence de Lei étrange, comme pour accentuer sa différence au sein de l'armée de l'Empire de Kō. Malgré tout, le plus impressionnant était sa coiffure. Mélange harmonieux de tresses et de mèches adroitement mêlées, c'était une coiffure assez simple qui relevait la moitié de ses cheveux en un élégant chignon, laissant le reste voler élégamment dans son dos. D'élégants bijoux assortis étaient adroitement glissés aux endroits adaptés pour soutenir la coiffure sans risquer qu'elle ne s'affaisse. Par expérience, Hakuei savait que Lei avait dû glisser çà et là des liens et des épingles pour assurer la solidité du chignon mais elle restait impressionnée. Elle n'aurait jamais pu faire une telle coiffure sans l'aide de ses domestiques et encore moins improvisé dans un campement guerrier où elle ne possédait pas le centième du luxe offert par le palais.

« —Lei, tu es magnifique ! »

Celle-ci tourna sa tête vers la princesse de Kō et sourit légèrement à son expression admirative. La magicienne effleura prudemment sa coiffure, son sourire se transformant en une légère grimace sur ses lèvres au rosé naturel légèrement accentué par le maquillage.

« —Merci Hakuei, j'espère que les Anciens seront du même avis que toi. Ils sont très à cheval sur l'apparence – précisa-t-elle avec un air désabusé.

—Comment as-tu fait pour la coiffure ? J'en serais incapable seule – souffla Hakuei.

—Oh, ce n'est pas grand-chose. Les cheveux longs sont une tradition importante pour les femmes de mon peuple mais ce n'est pas pratique pour les travaux manuels. On apprend très tôt à les relever et les entortiller dans tous les sens pour les coiffer, c'est un chignon assez simple que j'ai fait. Ce sont les bijoux qui font tout l'effet.

—J'ai l'impression d'entendre mes cousines – confia Hakuei avec un piteux sourire. – Coiffures et chiffons ne sont pas vraiment ma tasse de thé.

—Tu as tes armes, j'ai les miennes – répondit Lei, rieuse de l'air désolé de la princesse. »

Hakuei agréa avec un sourire agréable et aida la princesse magicienne à ajuster son kimono et à corriger les traits rouges de son maquillage typiquement Kowait. Une fois aussi présentable qu'elle pouvait l'être dans ces conditions exceptionnelles, Lei sortit de l'arrière du paravent pour rejoindre Hakuei qui était retournée dans la partie centrale pour arranger ses papiers. Lei aurait pu gagner la tente du Premier Prince seule mais pour une mystérieuse raison la Première Princesse de Kō avait insisté pour l'accompagner. Lei n'ayant trouvé aucune objection malgré sa confusion, ce fut ainsi décidé.

La Première Princesse des Kowait inspira avant de sortir de la tente, se concentrant sur son sang-froid pour rester calme. Voilà bien longtemps qu'elle n'avait pas paradée en tant que princesse et elle redécouvrait avec un léger désappointement que l'appréhension de sa jeunesse n'avait pas disparu. Voilà aussi la raison pour laquelle elle était si sûre de ne pas faire une reine convenable pour son peuple qui aimait tant les démonstrations. Lei n'aimait pas se donner en spectacle pour le bon plaisir d'un tiers. Cependant, tout comme elle s'y pliait étant jeune, elle s'y plierait à présent. L'enjeu était trop grand pour se défiler comme elle l'avait fait de si nombreuses fois durant son adolescence.

« —Tu es prête ?

—Allons-y. »

Un air noble, presque distant, se dessina sur le visage de la Première Princesse des Kowait, atténué par un sourire aimable qu'elle adressait à Hakuei. Celle-ci regardait le changement qui s'opérait chez sa compagne en songeant qu'il n'y avait personne plus différente de Kōen. Alors qu'il avait embrassé son rôle de Premier Prince lorsqu'il l'avait fallu, Lei ne cessait de se battre contre son statut pour gagner une liberté qu'elle avait touché du bout des doigts ces dernières années. Et pourtant, ils avaient le même sens du devoir ils feraient ce qu'il faudrait pour protéger leur peuple. Hakuei comprit mieux la raison pour laquelle Kōen privilégiait la discussion plutôt que les armes dans cette situation. Malgré leur amitié, que la brune avait décelée profonde, Lei n'hésiterait pas à se mettre en travers de sa route, quitte à lui enlever une occasion d'accomplir sa vengeance.

Les murmures les accompagnèrent alors que les deux femmes parcouraient le court trajet qui séparaient la tente d'Hakuei de celle de Kōen. Le sourire de Lei s'accentua légèrement en réponse à l'agitation que son apparence provoquait. Elle avait presque oublié que c'était la première fois qu'ils la voyaient telle qu'elle était, une princesse, et non comme une vagabonde amie du prince. Elle faisait sensation. Elles arrivèrent bien vite à leur objectif et Lei s'empressa d'entrer dans la tente après avoir été annoncée comme le devait le protocole.

Kōen était penché avec quelques généraux sur une pile de papiers et cartes en ce qui semblait être un désordre organisé. Lei fronça les sourcils en décelant les cernes sous ses yeux. Elle aurait pu le parier, il n'avait certainement dormi que quelques heures, s'il avait dormi. La princesse ne fit cependant aucun commentaire là-dessus et cacha son mécontentement derrière un sourire.

« —Bonjour Kōen, messieurs. Avez-vous bien dormi ? »

Kōen entendit parfaitement la pointe d'acier sous ses paroles et ses yeux étincelèrent brièvement d'amusement. Son amusement premier se transforma cependant bien vite en surprise lorsqu'il vit la princesse. Il ne l'avait jamais vu si apprêté, elle n'en avait jamais pris la peine pour les rencontres avec la noblesse des villes alentours. Son maquillage trahissait son caractère si peu conventionnel, sauvage, malgré ce que sous-entendait son kimono et sa coiffure sans défaut son charme ne s'en trouvait que décuplé. Sa surprise se mua en admiration alors qu'il se redressait de ses papiers pour la regarder en face. La Première Princesse Kowait perçut le changement et ses malicieux yeux de chocolat et d'étincelles d'or confrontèrent les prunelles aux nuances de la couleur du coucher de soleil avec délice. Ses lèvres rosées esquissèrent un sourire joueur et elle s'inclina légèrement avec malice, sans pouvoir retenir son rire léger lorsque Kōen inclina la tête en réponse avec un fin sourire.

« —Ce fut une nuit paisible de notre côté. Et vous ?

—De même, cher cousin, de même. »

Un sourire contenant un monde d'amusement jouait sur les lèvres d'Hakuei qui avait regardé la réaction de son cousin avec délice. Elle ne l'avait vu réagir ainsi à la vue d'une femme depuis une éternité et avait parfaitement compris la discussion silencieuse des deux amis, du moins de la part de son cousin. Kōen ne disait jamais ce qu'il pensait, ou très peu, son entourage devait apprendre à lire entre les lignes pour le comprendre. Hakuei n'avait pas toujours été particulièrement proche de son cousin, celui-ci restant le plus souvent avec ses défunts frères aînés, mais elle excellait dans l'art de lire l'esprit de Kōen depuis leur plus jeune âge. Elle avait la nette sensation que la princesse Kowait n'avait pas non plus manqué le message dans ses yeux non plus, si son rire cristallin était une indication.

« —Eh bien, j'espère que tu as dormi dans toutes ces heures nocturnes – le provoqua légèrement Lei. Elle ne le laissa pas répondre malgré la malice de ses yeux rouge au rosé de l'aube et enchaîna sur un tout autre sujet, craignant que le temps ne leur soit compté. – Peut-on appeler Thaïs ? Nous aurons besoin de sa coopération pour les négociations. »

Kōen hocha la tête et donna un ordre à un homme qui se tenait dans un coin de la pièce. Un messager, comprit Lei en le voyant s'élancer immédiatement. La suite fut un mélange d'organisation et de désordre pour préparer les négociations. Lei mit un frein immédiat aux velléités conquérantes des généraux et axa la conversation sur une alliance. Kōen appuya sa décision et les généraux n'osèrent plus élever leur voix contre celle de la princesse nomade après les arguments pleins d'autorités que leur avait livré le ton froid de leur prince. Thaïs arriva et accepta d'aider Lei – malgré une certaine réticence – dès que celle-ci l'eut informé de l'objectif véritable du Premier Prince, à l'abri des oreilles indiscrètes. Hakuei et les généraux approfondissaient certains sujets que Lei n'écoutait pas, concentrée à polir les arguments qu'elle opposerait aux Anciens avec Kōen et Jing, qu'elle avait joint au début de la réunion. Une heure avant l'audience, ils arrivèrent à quelque chose qui les satisfaisait plus ou moins tous les trois mais l'animosité de Jing envers Kōen et le mécontentement de celui-ci face à certains choix diplomatiques se ressentaient. Lei soupira finalement en massant sa nuque qui devenait raide sous le poids de ses bijoux. Jing portait les mêmes joyaux pour décorer une coiffure plus élaborée mais Lei avait perdu l'habitude, en quatre ans, d'avoir de lourds ornements au sommet de sa tête.

« —Arrêtons-nous là – proposa-t-elle. – Le soleil sera bientôt au zénith et nous avons nos grandes lignes. Ça ne sert à rien de tenter de prédire ce qu'il se passera. Allons nous reposer et changeons-nous les idées avant que la bataille ne commence. S'ils n'ont pas changé, les Anciens seront casse-pieds et nous aurons besoin d'un bon état d'esprit pour les faire plier.

—Très bien – accepta Jing. – Il faut que je m'occupe de certaines choses avant cette réunion de toute façon. Prince Kōen, Lei, à plus tard. »

Jing coupa la communication et Lei s'affaissa légèrement en soupirant avant de se redresser et de remettre son masque souriant. Le maquillage aidait mais il ne cachait pas entièrement la fatigue qu'avait provoqué ces houleuses dernières heures. Kōen et elle étaient assis sur des coussins devant une table basse où reposait l'Œil des Rukhs et Lei ferma les yeux en se levant, étirant ses jambes ankylosées.

« —Une promenade ? – proposa Kōen avec une lueur légèrement moqueuse dans son regard d'aube.

—Ce serait divin – sourit douloureusement Lei. – Ils n'auront pas besoin de toi ici ?

—Ils se débrouilleront très bien sans moi. Allons-y. »

Lei acquiesça avec un sourire et le suivit hors de la tente sous les regards curieux des gardes en faction. Ils s'éloignèrent paisiblement du camp, marchant dans la plaine en prenant garde à rester dans le champ de vision des sentinelles, au cas où il y aurait un problème. Ils marchaient un silence serein, Lei savourait ce moment de paix après l'agitation et les conflits matinaux. Elle espérait que les Anciens seraient conciliants, sans se faire trop d'illusion. Les Kowait n'étaient pas réputés pour leur ouverture aux autres peuples, se contentant depuis mille ans de vivre à l'orée du monde. L'Empire de Kō, à contrario, était une nation jeune mais s'était forgé une place de choix – et de sang – dans l'histoire du monde.

Les deux héritiers déambulèrent paisiblement, une conversation détendue sur les lèvres. Le rire de la princesse éclatait comme du cristal par moment et le prince restait silencieux, un léger sourire et une nuance secrète dans son regard. Lorsque Lei la captait son souffle se coupait, émerveillée par ce qu'elle voyait et ce qu'elle devinait hypnotisée par le regard aux nuances d'aube rosé qui se mouvaient en une danse infinie. Qui disait de ce prince qu'il était impassible était aveugle. Parfois, il arrivait que ce soit Kōen qui se taise soudainement, au milieu d'une phrase ou d'un mot, alors que sa compagne rayonnait à ses côtés. Parée de beaux atours à la mode de Kō, maquillée d'une façon dont il n'avait pas l'habitude, l'étrangeté de Lei sautait aux yeux et ne la rendait que plus belle, exotique dans sa singularité. Dans ces moments-là, alors qu'il était envoûté, Lei le regardait avec son regard de chocolat pétillant d'or, plein de malice et d'un autre sentiment qui naissait lentement dans le secret de leur cœur.

Bien trop vite cependant, il fallut qu'ils retournent au camp. Il leur fallait se restaurer avant de passer aux négociations qui s'annonçaient âpres. Devant la table basse où ils étaient agenouillés, Thaïs et Hakuei à leurs côtés, survint la première dispute dont elles furent témoins depuis leur arrivée. Il n'y eut ni cris ni spectacle, simplement une froideur de glace et des yeux brûlant de colère. En premier lieu, un simple ordre, qui suscita l'irritation de la princesse magicienne.

« — Mange Lei.

—Je n'ai pas faim. »

Une réplique, rapide, sèche. Preuve s'il en était que cette discussion revenait souvent entre les deux personnages royaux et qu'ils en étaient tous les deux agacés. Kōen, dont les yeux étaient baissés sur son assiette tout ce temps, les releva lentement pour les poser sur la femme qui lui faisait face. Celle-ci le regardait fixement, droite, le menton levé, autant d'indices qu'elle était décidée.

« —Sois raisonnable. »

Homme de peu de mots, il fallait le connaître pour saisir toute la portée de sa pensée. Hakuei y parvenait sans même y faire attention, habituée depuis son enfance à son cousin. Lei le comprenait également, développement naturel de la direction que prenait leur relation. Elle entendit l'inquiétude qui dictait ses mots et l'ignora sciemment.

« —Je ne veux pas entendre ça venant de toi. »

La tension qui s'était élevée entre les deux héritiers, glaciale, se reflétait dans leurs expressions figées dans un masque impénétrable et leurs yeux froids. A cet instant, plus qu'à n'importe quel moment de complicité, Hakuei se dit que Kōen et Lei se ressemblaient énormément. Et pour la seconde fois de sa vie, Thaïs fut effrayée par sa lointaine cousine. Elle retrouvait dans cette attitude la femme terrifiante qui l'avait libéré alors qu'elle jouait la comédie pour les nobles de la ville. Ils continuaient à se confronter du regard lorsqu'Hakuei émit une discrète toux pour amener l'attention sur elle. Le visage grave, les yeux sévères, la Première Princesse de Kō prit la parole.

« —Ce n'est pas le moment pour les conflits. Vous devrez présenter front commun devant le Conseil Kowait, cessez cette mascarade. »

Thaïs, spectatrice, regarda ces trois personnages au charisme incroyable se confronter du regard. Dans le silence pesant qui s'était installé, Lei tourna lentement son regard glacé vers cette femme qu'elle appelait amie depuis la veille au soir. Kōen, lui, continua de toiser la princesse magicienne un moment jusqu'à tourner également le poids de son regard vers sa cousine. Hakuei ne daigna pas frémir, Thaïs le fit pour elle, admirative de la combativité et de la détermination de la princesse conquérante. L'atmosphère pesante ne s'allégea pas d'un iota, pourtant, progressivement, les épaules de Lei se détendirent et son visage perdit son impassibilité. Elle parvint à faire émerger un sourire pacifique sur ses lèvres alors même que ses yeux ne perdaient rien de leur aspect colérique.

« —Tu as raison, Hakuei. Faisons la paix – proposa-t-elle à Kōen.

—Très bien – agréa-t-il facilement, trop, soupçonna Thaïs. »

Hakuei hocha la tête, visiblement satisfaite de ce statut quo, alors que Thaïs se demandait ce qu'elle avait raté. Les regards sévères de Kōen et Lei se séparèrent finalement alors que la princesse lui persiflait quelque chose qui fit briller une étincelle inquiétante dans le regard du prince. Thaïs se mordit la lèvre, se demandant si elle devait intervenir si elle en avait le droit. Finalement elle resta silencieuse et le repas passa ainsi, Lei ne mangeant que quelques raisins, Kōen ruminant son irritation et Hakuei mangeant paisiblement en les ignorant. Thaïs elle-même ne prit qu'un fruit, l'appétit coupé.

Lorsqu'il fallut se réinstaller devant l'Œil des Rukhs, Lei et Kōen parurent faire des miracles de maîtrise de soi aux yeux de Thaïs. Alors que les yeux de Lei regagnaient la chaleur qui faisait briller le miel dans son regard chocolat, ceux de Kōen perdirent leur aspect colérique pour ne garder que sa neutralité habituelle. Le Premier Prince de Kō et la Première Princesse Kowait s'installèrent côte à côte devant l'objet magique, la Première Princesse de Kō quelques pas derrière, en dehors du champ, Thaïs à ses côtés. Lei avait argué que les gradés ne feraient que gêner leur négociation, certains aspects n'étant pas officiels, et les deux personnages royaux de Kō avaient agréés malgré une certaine réticence de la part d'Hakuei. Ils étaient tous debout cette fois-ci, l'Œil posé sur un meuble en hauteur. Le sort qui allait être lancé serait légèrement différent des précédents, projetant l'image en-dehors de la sphère plutôt que refléter l'image dedans. Ce devait être Jing qui les contacterait, Lei n'étant pas suffisamment experte dans cette magie.

L'Œil s'illumina rapidement d'une lumière bleue et deux personnes furent magiquement projetées devant eux. Une jeune femme à la noble allure et aux yeux d'un noir si profond qu'il semblait absorber toute lumière, impression accentuée en cet instant par sa gravité. A côté d'elle, une vieille femme recourbée sur un sceptre d'or majestueux dont les rides prononcées ne cachaient pas la vivacité de son regard d'ébène. Aucun des participants ne s'inclina et une atmosphère pesante s'abattit sur la scène jusqu'à ce que le sourire de Lei rayonne sur ses lèvres roses.

« —Tante Ling, ça fait longtemps ! Tu m'as manqué.

—Toi aussi, tu m'as manqué petite Lei – s'adoucit légèrement la vieille femme. Cela ne dura pas cependant et elle se renfrogna de nouveau, le regard fixé sur Kōen. — C'est un drôle de cadeau de retour que tu nous fais là. »

Lei hocha la tête, toute légèreté fanée, gravité à nouveau palpable malgré son léger sourire destiné à alléger l'atmosphère. Elle se tourna à demi vers son ami, le désignant d'un geste de main, tandis qu'il gardait son regard sévère fixé sur les deux Kowait.

—Laisse-moi te présenter Ren Kōen, Premier Prince de l'Empire de Kō. Ren Hakuei, première Princesse de Kō est également présente.

—C'est Kō qui abrite et nourrit Al-Thamen – siffla Ling – pourquoi proposer une alliance avec eux ? De tous, nous pensions que vous proposeriez plutôt le Roi des Sept Mers.

—Le roi Sinbad partage certes nos idéaux, maman, mais il est d'une utilité moindre contre Al-Thamen. Sa puissance, si elle ne nous permet pas d'accéder à l'Organisation, ne nous sert à rien.

—Et si Kō est infesté par l'Organisation, ça ne veut pas dire qu'ils n'en pâtissent pas non plus. Kōen veut les faire tomber tout autant que nous.

—Cesse d'exagérer pour m'amadouer, jeune fille. »

La vieille femme planta son regard d'ébène dans les yeux déterminés de sa nièce qui lui renvoya son regard, tout aussi agressive que son aînée. Kōen restait silencieux à ses côtés, observant la confrontation, sachant que son intervention n'était pas encore nécessaire. Les deux cousines devaient d'abord faire plier la vieille femme et le Conseil qu'elle représentait avant qu'il ne puisse exposer ses raisons, ses objectifs et les détails de l'alliance qu'il proposait et cela ne se ferait que dans un deuxième temps, s'ils arrivaient à être invité à faire face au Conseil.

« —Le fait est que nous sommes inutiles – intervint Jing, faisant cesser l'affrontement visuel des deux membres de sa famille. – Pendant que nous restons cantonnés à notre posture défensive, Al-Thamen place ses pions et de nombreux gouvernements sont déjà tombés sous sa coupe. Si nous parvenons à adopter la même stratégie qu'eux alors nous pourrons contrer leur avancée.

—Nous n'avons pas leurs moyens.

—L'alliance avec Kō intervient ici – dit Lei, reprenant le flambeau. – Cela nous donne les moyens de placer les Enfants d'Isis à des endroits stratégiques sur une grand partie de la planète. Nous pouvons aussi envoyer des émissaires vers d'autres pays neutres, en tant que conseillers ou ambassadeurs. Nous sommes nombreux, plus que ce que les sédentaires s'imaginent, et chaque Enfant d'Isis, quelque soit sa puissance, sa caste ou son opinion, nous aidera. Tu le sais aussi bien que nous.

—Nous pouvons devenir indispensables à l'Empire de la même manière qu'Al-Thamen, nous pouvons appuyer leurs princes et princesse conquérantes et les aider dans les donjons. Nous pouvons envoyer nos guerriers les soutenir et nos érudits les aider à se développer. Nous pouvons servir d'appui en lieu et place d'Al-Thamen et les évincer.

—Ne le faites pas paraître plus simple que ça ne l'est. »

Lei et Jing échangèrent un regard, un éclat satisfait dans les yeux, alors que la protestation renfrognée de Tante Ling était moins sincère. Elle était touchée par leurs arguments et si elle l'était alors le reste du Conseil l'était également. Bien évidemment que c'était simplifié, il n'y avait pas moyen que les Enfants d'Isis remplacent aussi facilement les envoyés d'Al-Thamen, c'était un projet sur le long terme qui ferait tout exploser à sa conclusion. Pourtant c'était la meilleure stratégie qu'ils avaient trouvée. Quoiqu'en dise le Premier Prince, il était évident que Kō s'appuyait beaucoup sur l'Organisation pour sa conquête du monde, les évincer serait compliqué et extrêmement long. Mais c'était possible.

« —Ren Kōen est mon allié, Tante Ling – reprit la Première Princesse Kowait. – Et ce depuis longtemps. Je le connais, je connais ses aspirations. Les Kowait peuvent avoir confiance en lui, il est sincère dans sa proposition.

—Et le reste de l'Empire ?

—Nous allons garder cette alliance secrète dans un premier temps – s'exprima pour la première fois Ren Kōen. – L'Organisation est partout et personne ne sait à quel point elle est étendue, même dans mon armée. Lorsque ce sera le moment, nous réfléchirons à comment la rendre publique. Aujourd'hui une alliance serait mal accueillie.

—Nous aimerions rencontrer le Conseil, Tante Ling. Au terme de cette rencontre, et ce même si une alliance est conclue, nous dirons que ça a échoué.

—Tu n'as aucun doute sur le fait que nous accueillons les prince et princesse – observa Ling.

—C'est du bon sens. Nous avons enfin une chance, une meilleure chance que depuis des dizaines d'années, et vous le savez.

—Laissez-nous en discuter. »

Ling s'écarta du champ de projection de l'Œil des Rukhs et Lei se permit de jeter un regard inquiet sur sa cousine. Celle-ci s'était détournée et regardait le Conseil, les sourcils froncés, inquiète. Lei agrippa le tissu de son kimono, la nervosité courant dans ses veines. Elle avait sous-estimé la méfiance dont les Kowait faisaient preuve envers les étrangers, plus encore envers Kō. Une main se posa sur son bras et le regard de Lei quitta Jing pour se tourner vers Kōen. Si ses traits étaient impassibles, son regard aux milles nuances d'aube s'adoucit en se posant sur elle et Lei esquissa un sourire destiné à le rassurer. Il se pencha légèrement vers elle pour lui murmurer quelques mots. Un sourire plus sincère se glissa sur les lèvres de la magicienne alors que ses mains desserraient leur prise sur le tissu. Son regard chocolat aux paillettes d'or brilla d'un éclat chaleureux et Kōen hocha la tête, comprenant et recevant ses remerciements.

Quelques instants plus tard, Ling revint devant eux avec un étrange regard, Jing souriant doucement à ses côtés. Leur attention se tourna vers elles, plus détendus tous deux malgré la nervosité qui habitait toujours Lei. La vieille femme sembla se redresser de quelques centimètres avant de claquer son sceptre contre le sol, ce qui ne fit qu'un bruit sourd.

« —Très bien, le Conseil des Enfants d'Isis que je représente aujourd'hui accepte de rencontrer Ren Kōen.

—Merci Tante Ling – soupira Lei de soulagement alors que Kōen inclinait brièvement la tête. – Thaïs sera avec nous dans ce voyage.

—Vous les avez retrouvés ? »

L'énergie et l'espoir que Ling avait mit dans sa voix semblaient la rajeunir alors qu'elle rayonnait. Et, même si son sourire se teinta de tristesse et fana légèrement lorsque Lei secoua la tête, elle resta heureuse de cette nouvelle.

« —Elle est la seule survivante.

—Tu l'as purifié ?

—Bien sûr – sourit Lei.

—Bien. Nous serons demain au sud de la ville où loge l'armée.

—Nous vous trouverons, assura Lei.

—Et toi, as-tu été purifiée avant ton deuil ? »

La question prit Lei au dépourvu elle oubliait toujours les yeux observateurs de sa famille. Elle avait pourtant les mêmes. Son regard s'écarquilla brièvement avant de se détourner de sa tante et sa cousine qui la regardaient patiemment. Elle avait oublié que sa tresse était voyante et ce même si elle avait dissimulé la perle dans sa coiffure. Elle se mordit les lèvres, hésitant à répondre pour une raison méconnue. Il y avait tellement peu de gens au courant pour l'instant, elle avait oublié qu'elles ne savaient rien. Que ces quatre ans durant, il n'y avait eu aucun contact entre elles et que certains évènements autour desquels sa vie tournaient leur était inconnus.

« —Je…

—Lei. »

L'injonction de Kōen lui fit relever les yeux. Elle tomba dans deux orbes aux milles nuances d'aube, bien plus chaleureux qu'elle ne les avait trouvés la première fois qu'elle l'avait vu. Ils se connaissaient depuis quatre ans, ils étaient devenus proches. Suffisamment pour qu'elle puisse à présent déchiffrer les sentiments qui tournoyaient dans le rouge presque rose de son regard. Sa chaleur enveloppa le cœur blessé de Lei et celle-ci relâcha le souffle qu'elle ignorait retenir. Lui, était au courant. De tout, ou de tout ce qui était important. Et il lui rappelait qu'elle n'était pas face à des ennemis, que Ling et Jing étaient sa famille, qu'elle pouvait leur dire et qu'elle ne devait pas avoir honte, jamais, de ce qu'elle avait vécu.

Les pépites d'or qui se noyaient dans le chocolat de son regard étincelèrent d'un éclat reconnaissant et d'un sentiment autre qu'ils voyaient se développer avec patience dans le regard de l'autre. Lorsque Lei tourna son regard vers les deux femmes de sa famille, son regard était clair et leurs traits s'étaient adoucis en un même doux sourire.

« —Non, Tante Ling. Je n'ai pas été purifiée – répondit finalement Lei.

—Il faudra remédier à cela. »

Le regard maternel qu'elle posa sur sa nièce réchauffa son cœur blessé et le sourire chaleureux qu'elle lui adressa éteignit ses doutes. Lei avait soudainement hâte de se mettre en route, de retrouver sa précieuse cousine et sa mère de substitution. Hâte de les serrer contre son cœur et de pleurer tout son soûl pour son enfant qui n'avait jamais pu naître et pour toutes les choses horribles et pour toutes les choses magnifiques dont elle avait été témoin durant son voyage. Hâte de retrouver cette maison qu'elle chérissait tant, quand bien même son âme n'appartenait plus à cette vie.

« —A bientôt – salua-t-elle finalement dans un souffle. »

Jing et Ling lui retournèrent son salut, Kōen hocha la tête avec un mot de politesse, et la lumière de l'Œil des Rukhs s'éteignit doucement.

Le reste de la journée fut consacrée à la préparation de la visite des Koweit. Lei refusa de les aider à prévoir les actes du Conseil ou à les localiser précisément. Tout d'abord parce qu'elle n'était pas certaine qu'ils réagiraient comme elle l'avait prédit. Ensuite parce qu'elle n'avait pas confiance en tout l'état-major. Cela provoqua des tensions entre les deux princesses mais Kōen trancha en la faveur de Lei. Favoritisme pour certains, ce n'était qu'une stratégie. Lei et Thaïs étaient les seules à pouvoir les mener aux Kowait et l'une comme l'autre pouvait les quitter du jour au lendemain si elle sentait une menace sur leur peuple. Certes, Ling avait parlé du sud, mais c'était bien vague pour qui n'était pas Kowait. Ceux-ci semblaient avoir une boussole dans le cœur qui pointait toujours dans la direction de leur peuple. Lei en avait déjà parlé au prince, lors d'une de ces nuits où Kōen l'hébergeait dans sa tente parce qu'elle était trop lasse pour regagner la ville. Nuits qui faisaient le scandale des généraux et le ravissement des soldats qui se régalaient de plaisanteries et ragots. Quiconque médisait sur les commères n'avait jamais vu de soldats ennuyés s'intéresser à quelque chose.

Le soir venu, Hakuei renouvela son invitation à partager sa tente avec Lei. Si des tensions étaient apparues lors de l'après-midi, les deux princesses avaient fait la paix lorsqu'il avait fallu défendre l'intérêt du peu influent peuple Kowait pour l'immense Empire de Kō auprès des haut-gradés. Elles étaient ressorties satisfaites et réconciliées comme au premier jour. S'il restait une réserve, cela n'était dû qu'à leurs hauts rangs et leur appartenance à des civilisations trop différentes. Sédentaires et nomades se témoignaient rarement une confiance totale. Lei hésita, tentée de refuser l'invitation. Certes pas pour regagner la ville, comme le pensait certainement Hakuei, mais pour passer la nuit avec Kōen. Elle jaugea ses options, considéra le choix politiquement correct et refusa avec un sourire délicieux et des paillettes d'or dans son regard chocolat. Elle avait à parler avec le prince et cela lui donnait une excuse en or.

Ainsi elle se retrouva dans la tente du Premier Prince de Kō, pour la première fois seuls depuis deux jours. Tous deux face à face, de part et d'autre de la petite table où ils avaient mangé un peu plus tôt, ils se dévisageaient. Graves, sévères, se rappelant des tensions de la journée, sachant qu'elles étaient futiles. La princesse plongea son regard dans celui d'un rouge pâle presque rose du prince et se trouva hypnotisé par les nuances qui y tourbillonnaient sous la surface. L'effet que lui faisait ce regard aux couleurs du couchant semblait ne jamais disparaître. Lei ne le voulait de toute façon pas. Elle aimait ses yeux.

« —J'ai été surpris que tu refuses la proposition d'Hakuei.

—Ces deux derniers jours ont été si remplis que j'ai l'impression que ça fait des semaines qu'on ne s'est pas parlé – expliqua Lei en haussant les épaules. – Et j'ai envie de te parler sans toutes les tensions politiques externes. »

Les traits du prince s'adoucirent et un discret sourire se forma sur ses lèvres. Le regard de la princesse gagna en chaleur alors qu'un voile rose recouvrait ses pommettes. Elle se racla la gorge, sans détourner ses yeux du prince, et reprit la parole.

« —J'ai aussi une vraie demande. Qui va t'accompagner demain ?

—Je compte y aller seul.

—Hakuei ne te laissera jamais faire. Elle n'a aucune raison de faire confiance aux Kowait et tu ne le devrais pas non plus. C'est un excès de confiance ridicule Kōen.

—Tu seras avec moi.

—Ce n'est pas… – rougit Lei.

—Ta cousine est de notre côté et je doute que le Conseil soit si opposé à cette alliance qu'il le dit. Ils ont accepté facilement. Tu n'as même pas eu besoin de Thaïs.

—Cela ne change rien. Les autres Kowait peuvent attaquer et cela pourrait déclencher un conflit. Ce serait pour le moins… regrettable – inspira Lei en desserrant les dents. »

Kōen lui opposa simplement un sourire confiant et Lei fronça les sourcils. Ils s'affrontèrent ainsi quelques instants, yeux dans les yeux, volonté contre volonté pour une raison bien plus importante que leur futile querelle précédente. Lei finit pourtant par détourner les yeux du regard étincelant du prince et soupira signe irréfutable de défaite.

« —Quelle tête de mule tu fais. »

Ignorant le grommellement de la princesse, Kōen sourit et embraya sur un autre sujet de conversation. Lei leva les yeux au ciel, résignée, mais un sourire apparut bien vite sur ses lèvres alors qu'elle se plongeait dans la discussion. Discuter de l'histoire avec Kōen avait toujours été l'un de ses passe-temps favoris et sa vision était si opposée de la sienne que le tout était d'une richesse qu'elle n'aurait soupçonné en le voyant la première fois.

L'implacable Premier Prince de l'Empire de Kō avait bien des facettes derrière son regard effrayant.