Note de l'Auteure : Le chapitre initialement prévu étant trop long, j'ai décidé de le séparer en deux parties. Il reste donc (encore) deux chapitres après celui-ci.

Merci infiniment à Dumby95 pour sa relecture de ce chapitre :)

XII. Levée de boucliers

Severus Rogue appréciait son dimanche soir. Il profitait habituellement de sa journée libre pour se détendre après une semaine éreintante, passée à enseigner à des élèves incapables de produire le moindre sortilège correct. Depuis le départ du Professeur McGonagall après l'attaque des Mangemorts, Dolores Ombrage l'avait mandaté pour enseigner la Métamorphoses. Elle avait fait rayer la Défense contre les Forces du Mal du programme scolaire au profit d'un cours nommé Techniques de magie alternative, enseigné par Amycus Carrow. Il s'agissait d'une appellation large pour déguiser la magie noire enseignée aux élèves.

Severus s'enfonça plus confortablement dans son fauteuil, profitant du silence agréable autour de lui. Ce moment de calme fut brusquement ébranlé lorsqu'il entendit des coups bruyants contre la porte de son bureau. Il resta immobile. S'il restait silencieux, peut-être son visiteur s'en irait-il ?

Les coups ne cessèrent toutefois pas et il dut se résoudre à quitter son fauteuil pour ouvrir la porte, l'air mécontent. Emelyn Hawke apparut dans l'encadrement de la porte. Alors que Severus s'apprêtait à lui faire une remarque désobligeante, il s'interrompit en apercevant le désarroi sur son visage.

« Miss Hawke ? » demanda Severus avec perplexité. « Que vous est-il arrivé ? »

Son visage était pâle et boursoufflé, comme si on l'avait violemment frappée. Son nez, sa bouche, ses cheveux et ses mains étaient maculés de sang. Si son apparence physique était inquiétante, ce n'était rien face à la détresse psychologique dans laquelle elle semblait être.

Ses yeux s'agrandirent de surprise lorsqu'elle se rua dans sa direction, s'agrippant à sa robe de sorcier, implorante.

« Aidez-moi. » dit-elle dans un murmure, la voix tremblante.

Horrifié, il la vit perdre pied et il la retint, l'empêchant de s'effondrer sur le sol. Il agita sa baguette en direction d'un meuble et ce dernier se métamorphosa en fauteuil. D'un pas précautionneux, il la mena vers le sofa et l'aida à s'y installer. Elle enfouit son visage dans ses mains. Severus vit plusieurs éraflures sur ces dernières, des traces de lutte, semblait-il. Un sentiment d'inconfort l'envahit alors qu'il l'observait avec attention.

« Miss Granger. » dit-il finalement avec fermeté. « Que s'est-t-il passé ? »

« Elle n'arrêtait pas… Je ne voulais pas… Elle m'a forcé. » hoqueta Hermione.

« De qui parlez-vous ? » demanda Severus, sans comprendre.

Granger était erratique et ses paroles ne faisaient aucun sens.

« La voix… Ginny… Oh Ginny. » poursuivit-elle dans un murmure.

Elle commença à sangloter de manière incontrôlée et le malaise de Severus s'accrut.

« Qu'est-il arrivé à Miss Weasley ? » demanda-t-il d'un ton incertain, comme s'il n'était pas sûr de vouloir connaître la réponse.

Hermione releva la tête, croisant son regard. Son visage ruisselait de larmes et il put déceler toute sa vulnérabilité derrière ses yeux embués. Les paroles qu'elle prononça ensuite le remplirent d'effroi.

« Je…Je l'ai tuée. »

Le cerveau de Severus mit plusieurs secondes avant d'enregistrer l'information correctement. Il perdit son habituel masque d'impassibilité et le choc défigura son visage. Il ne pouvait pas croire ce qu'il entendait.

« Où est Miss Weasley ? » demanda-t-il, d'une voix incertaine.

Hermione ne répondit pas, recroquevillée sur elle-même, éprise d'une violente crise de sanglots. Severus sortit sa baguette, la pointant sur elle. Il entra dans son esprit. Les images qu'il y vit étaient saccadées, incompréhensibles. Il reconnut un visage enfantin, celui de Ginny Weasley, semblait-il. Elle paraissait avoir quelques années de moins.

« Amies pour toujours ? » disait-elle en éclatant d'un rire cristallin.

Il vit ensuite Ginny Weasley, plus âgée, étreindre Harry Potter. Les images suivantes furent semblables à des flashs. Les regards effrayés d'Icarius et Jane Granger. Le visage émacié de Lord Voldemort arborant un sourire de convoitise. Un diadème luisant sous le reflet de la lune. Une figure inanimée sur le sol, noyée dans une large flaque de sang épais et des mains autour de sa nuque. Le vrai visage d'Hermione Granger, immobile, plongée dans un sommeil artificiel, dans une pièce obscure.

Il s'extirpa de son esprit désorienté et chancelant. Il réalisa que le dernier souvenir était l'un des siens. Face à lui, Hermione s'était recroquevillée davantage, semblant bouleversée par cette intrusion forcée de son esprit. L'horreur envahit Severus alors qu'une image lui revenait à l'esprit. Ginny Weasley était morte. Et Hermione Granger était responsable.

Hermione se redressa soudainement, se ruant près de son bureau et s'agenouilla sur le sol, tirant la corbeille placée près du meuble. Elle déversa le contenu de son estomac à l'intérieur et Severus resta immobile, discernant au loin les hoquets d'Hermione.

Albus Dumbledore s'était lourdement trompé. Durant son vivant, il avait été persuadé qu'il pourrait sauver Hermione Granger d'elle-même. Dumbledore avait toujours eu cet espoir ridicule, cette illusion grandiose de pouvoir sauver les personnes l'entourant de leur côté sombre. Il avait recueilli Tom Jedusor comme un animal perdu, lui avait offert un toit et une éducation, espérant secrètement lui donner un avenir meilleur. Puis c'était Severus lui-même que Dumbledore avait tenté de secourir. À cette époque, il n'avait été que l'ombre de lui-même, après avoir trahi la seule femme qu'il n'avait jamais aimé. Dumbledore avait cru pouvoir épargner Granger. Ce faisant, il l'avait fait céder à ses pires démons et une innocente en avait sévèrement payé le prix.

La panique submergea Severus lorsqu'il pensa à Harry Potter. La dernière bataille contre le Mage noir s'approchait et il n'osait pas imaginer la réaction lorsqu'il apprendrait la mort de Ginny Weasley.

Il se tourna vers Hermione, à ses pieds. Elle s'était adossée contre le bureau, le visage hagard, les yeux toujours emplis de larmes.

« Je ne voulais pas… » murmurait-elle à voix basse.

Elle triturait nerveusement un objet autour de sa nuque. Severus reconnut le diadème aperçu dans son esprit.

« Elle m'a forcée… La voix… » poursuivit Hermione en secouant la tête, comme si elle tentait de se persuader de la véracité de ses paroles.

Lorsqu'il s'approcha d'elle et qu'il tira l'objet d'un geste brusque, elle ne protesta pas, toujours en état de choc. Dès qu'il toucha l'objet, il ressentit un sentiment déplaisant. L'objet était habité de magie noire.

« Où est le corps de Miss Weasley ? » demanda-t-il d'une voix ferme.

/

Plusieurs heures étaient passées lorsqu'on retrouva son corps sans vie. Son visage avait perdu toute couleur, sa peau s'était endurcie et ses yeux étaient ouverts, rivés vers un point qu'elle ne verrait désormais plus.

Quelques semaines auparavant

« Ombrage a officiellement perdu la tête. » annonça Neville Londubat en entrant dans la Salle sur Demande.

Ginny Weasley, en grande discussion avec Luna Lovegood, s'interrompit et leva un sourcil interrogateur dans sa direction.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda-t-elle avec curiosité.

« Vous n'avez pas encore entendu parler du cinquante-huitième décret ? » demanda Neville, surpris.

Les deux étudiantes secouèrent la tête, confuses.

« Chaque Sang-Pur de Serpentard se verra assigné un Né-Moldu pour se faire assister. » expliqua Neville avec une grimace.

« Quoi ? » s'enquit Ginny, incrédule. « Qu'est-ce que tu veux dire, ''se faire assister'' ? »

« Accéder à toutes leurs demandes personnelles. » indiqua Neville sous les regards médusés des deux autres.

« Je ne peux pas le croire, c'est complètement fou. Même Ombrage n'est pas aussi… » commença Ginny.

Elle s'interrompit. En fait, c'était exactement le genre de choses que Dolores Ombrage était capable de faire. À chaque fois que Ginny pensait que sa folie avait atteint des sommets, Ombrage sortait une nouvelle frasque, encore plus perverse et dérangée que la précédente.

« Ce soir, elle va assigner les paires, avant le dîner. » poursuivit Neville, semblant frémir à l'idée.

La Salle sur Demande s'ouvrit de nouveau, laissant entrer d'autres élèves qui parlaient avec animation, visiblement révoltés.

« Vous avez entendu la nouvelle ? » demanda Seamus Finnigan, l'air furieux.

« Ombrage est folle à lier. » assura Lavande Brown.

« Qu'est-ce qu'on va faire ? » demanda timidement Dennis Creevey.

« On devrait attendre de voir comment ça va se passer. » suggéra Parvati. « Peut-être que ça ne sera pas aussi horrible qu'on ne le pense. »

« C'est facile pour toi, de dire ça. Tu ne vas pas devenir le larbin de quelqu'un. » répliqua Dean Thomas d'un ton sec.

Parvati parut blessée par ses paroles mais elle garda le silence, croisant les bras.

« C'est horrible. » gémit Morag MacDougal, accablée.

Tout le monde acquiesça gravement. Ce jour-là, la réunion de l'A.D fut bien plus silencieuse que d'habitude. Tout le monde semblait appréhender l'arrivée du dîner. Ginny décida d'écourter la séance plus tôt que prévue, décrétant que rien de bon n'en sortirait.

Quelques heures plus tard, lorsqu'elle entra dans la Grande Salle en compagnie de Luna et Neville, Ombrage était postée au centre de l'estrade, observant les élèves de son air faussement bienveillant.

« Hum hum. » dit-elle finalement, entraînant le silence dans toute la pièce.

Elle tourna la tête en direction de Rusard, qui s'empressa de s'approcher d'elle, lui tendant un parchemin qu'elle déplia avec satisfaction.

« Dans une optique d'échange et de collaboration inter-maisons, certains d'entre vous seront désormais assignés par paires. » annonça-t-elle d'une voix guillerette.

« Collaboration inter-maisons, mon derrière. » commenta Neville à voix basse.

« Les mentors seront chargés d'apprendre à leur protégé les usages et les coutumes de notre communauté. » expliqua-t-elle.

Elle entama une longue tirade expliquant les bienfaits de ce nouveau système et mentionnant l'impact positif qu'il aurait sur l'école. Elle évoqua des mots tels que ''partage'', ''apprentissage'' ou encore ''contribution''

Son discours fut tellement bien rodé, qu'une partie des élèves sembla croire qu'il s'agissait d'une réelle volonté de sa part de rassembler les maisons, divisées depuis la nouvelle répartition.

Dès le lendemain, on commença à croiser des binômes étranges dans les couloirs de l'école, composé à chaque fois d'un élève de Serpentard ainsi qu'un élève de Gryffondor. Ginny croisa Dennis Creevey en compagnie d'Urquhart près du stade de Quidditch. Lorsqu'Ombrage avait annoncé leur nouveau binôme, Alecto Carrow avait ricané derrière elle. Dennis, lui, était devenue blanc comme un linge et avait paru sur le point de s'évanouir.

Avec ce décret, Ombrage avait officiellement donné le droit aux Serpentard de maltraiter les Nés-Moldus. Les ''mentors'' possédaient désormais un droit de punition sur leurs protégés.

Certains chanceux avaient été attribués à des Sang-Pur sympathiques tels que Padma Patil ou Ernie Macmillan.

« C'est de l'esclavage. » murmura Luna d'un ton plein d'effroi. « Qui sait ce qu'ils leur font faire ? »

Alors qu'elles se dirigeaient vers la salle commune de Serdaigle, elles croisèrent Vincent Crabbe avec un Né-Moldu de deuxième année qui arborait un air terrifié. Ginny se sentit nauséeuse en pensant au calvaire que Crabbe lui faisait probablement subir.

Arrivées dans la salle commune, elles aperçurent un groupe d'élèves attroupés près de la cheminée, discutant à voix basse.

« Que se passe-t-il ? » demanda Luna à l'adresse de Neville, qui faisait partie du groupe.

Pour seule réponse, il désigna d'un geste de la tête l'autre extrémité de la pièce, où une élève était assise sur une table, à l'écart. Les yeux de Ginny s'écarquillèrent de surprise lorsqu'elle reconnut l'étudiante.

« Parkinson ? » s'exclama-t-elle, effarée.

« Elle a été déclassée la nuit dernière. » intervint Romilda Vane, qui avait visiblement entendu la question de Luna.

Elle émit un petit rire moqueur.

« Apparemment, elle s'est mise à dos les membres de la Brigade Inquisitoriale. » poursuivit-elle. « Je me demande bien pourquoi. »

Ginny, elle, savait exactement pourquoi Pansy Parkinson avait reçu les foudres de ses anciens camarades. Grâce au Polynectar, elle avait usurpé son identité et ne s'était pas gênée pour lui laisser un cadeau de départ.

« Enfin une justice dans cette école. » ajouta Romilda d'un ton satisfait avant de s'éloigner.

Comme si elle avait senti des regards sur elle, Parkinson se tourna vers eux. Ses joues prirent une couleur cramoisie, probablement partagée entre l'embarras et la fureur. Ginny détourna les yeux. Elle avait d'autres chats à fouetter que les problèmes de popularité de Pansy Parkinson.

« Je dois absolument trouver ce diadème. » chuchota-t-elle à voix basse à l'attention de Luna.

Ginny savait qu'il était impératif qu'elle retrouve cet objet pour Harry. Elles avaient épuisé toutes les ressources disponibles pour trouver des informations sur la localisation possible du Diadème de Rowena Serdaigle, sans succès. Pour une raison obscure, le fantôme de Serdaigle, la Dame Grise, était introuvable. La dernière personne l'ayant vue dans les couloirs du château avait indiqué qu'elle s'était enfoncée dans la Forêt Interdite, murmurant des paroles à propos d'une ''trahison impardonnable.''

D'autre part, il devenait extrêmement compliqué de se balader dans les couloirs. Ombrage avait fait restreindre des parties entières du château, et la Brigade Inquisitoriale opérait une dictature totale dans l'enceinte de Poudlard.

« Nous allons le trouver. » déclara Luna, d'une voix rassurante. « Mais nous ne pourrons pas agir librement tant qu'Ombrage et ses laquais seront dans le coin. Il faut d'abord qu'on se débarrasse d'elle. »

Les réunions de l'A.D devinrent alors une priorité. Les membres se rencontraient désormais plusieurs fois par semaine, tous désireux à apprendre à se défendre. Certains d'entre eux étaient toujours réticents à accepter le leadership de Ginny, notamment Parvati Patil et Lavande Brown qui n'hésitaient pas à lancer à voix haute des réflexions acerbes lui étant clairement destinées.

Ginny les ignora, étonnée par son propre self-control. Les enjeux étaient considérables et elle n'avait plus l'énergie de s'enliser dans des rivalités frivoles. Ses conflits récents avec Hermione Granger, Pansy Parkinson ou Romilda Vane ne lui avaient apporté que des ennuis et elle était bien décidée à les éviter.

Probablement révoltés par la dernière lubie d'Ombrage envers les Nés-Moldus, tous les membres de l'A.D semblèrent redoubler d'efforts pendant les réunions. Peu à peu, le groupe s'agrandit grâce au bouche à oreilles et bientôt, l'A.D fut composé de plus d'une centaine d'élèves.

« Je ne sais pas si on peut faire confiance à tous ces gens. Je ne connais pas la moitié d'entre eux. » avoua Ginny à l'adresse de Neville et Luna.

Elle observait d'un air incertain les élèves se jetant des sortilèges à tout va dans la Salle sur Demande. L'organisation des réunions était devenue problématique. La plupart des membres étaient désormais des Nés-Moldus et leurs baguettes magiques leur avaient été confisquée par Ombrage dès son arrivée dans l'école. Les semblants de baguettes qu'ils possédaient désormais ne leur permettaient pas de réaliser les sorts de défense les plus basiques.

Ginny avait alors instauré un système tournant, où les élèves possédant une baguette magique fonctionnelle les prêtaient aux Nés-Moldus pendant une partie des réunions. Le système avait plutôt bien fonctionné au début, mais les rangs grandissants de l'A.D étaient rapidement devenu un problème.

« Ils sont tous là parce qu'ils se sont faits maltraités par Ombrage d'une manière ou d'autre. » fit remarquer Luna.

Ginny plissa les yeux, frustrée et peu convaincue.

« Si ce n'est pas l'un d'eux qui nous dénonce, Ombrage et les Carrow finiront par se douter de quelque chose. Après tout, le quart de l'école disparait sans raison pendant deux heures trois fois par semaine. » poursuivit-elle. « Ce n'est pas discret. »

« Pourquoi ne pas se séparer en plusieurs groupes ? » suggéra Neville. « Nous attirerions moins l'attention. »

Ginny hocha la tête lentement.

« Et certains d'entre nous pourraient même s'assurer d'occuper l'attention de la Brigade et des Carrow pendant ce temps-là. » dit-elle. « Bonne idée, Nev. »

Elle entendit des rires sonores de l'autre côté de la pièce et se retourna, levant un sourcil. Tous les étudiants s'étaient attroupés autour de quelque chose et s'esclaffaient bruyamment. Ginny se dirigea vers le groupe, se frayant un chemin parmi les élèves, Luna et Neville sur ses talons.

Deux élèves arboraient des masques représentant un visage qui lui sembla familier. Elle reconnut le visage joufflu de Dolores Ombrage, caricaturé pour ressembler à enfant capricieux en train de geindre.

« …atteinte à la réglementation en vigueur et à l'ordre public. » disait l'un des imitateurs en singeant grossièrement la voix fluette d'Ombrage.

Le second élève portant le masque poursuivit :

« Harry Potter est un délinquant juvénile devenu terroriste. Le prochain qui prononcera son nom et répandra ses idées sera envoyé en confinement pendant une semaine. » dit-il en sautillant sur place, comme un enfant capricieux n'ayant pas obtenu satisfaction.

Ginny rejoignit l'hilarité générale.

« Ces masques sont géniaux ! » s'exclama Neville.

« Merci, j'ai pensé que ça remonterait un peu le moral. » répondit Dean Thomas en retirant le masque de son visage, l'air satisfait.

À ses côtés, Seamus Finnigan fit de même. Le stratagème de Dean sembla fonctionner car l'ambiance fut plus détendue pendant le reste de la réunion.

La bonne humeur fut de courte durée. Dès le lendemain, alors qu'elle se rendait à son cours de Sortilèges, Ginny fut interceptée par Neville. Il était accompagné par Dennis Creevey dont le teint était livide et qui tremblait comme une feuille.

« De quoi s'agit-il ? » demanda Ginny en fronçant les sourcils.

Elle regardait Dennis avec inquiétude mais sa question était destinée à Neville. Ce dernier ne répondit pas immédiatement à sa question et elle posa son attention sur lui. Il jetait des regards alarmés autour de lui. Ginny tapa du pied, avec impatience.

« J'ai un cours dans trois minutes, Neville. » dit Ginny avec agacement. « Quel est le problème ? »

« Urquhart. » répondit Neville à voix basse. « Il se doute de l'existence de l'A.D. »

Urquhart avait été assigné comme le ''mentor'' de Dennis Creevey et Ginny savait qu'il n'était qu'une question de temps avant que cela ne dégénère. Urquhart était une petite frappe assoiffée de pouvoir et de reconnaissance et prenait un malin plaisir à maltraiter les Nés-Moldus grâce à son statut de Sang-Pur et à son appartenance à la Bridage Inquisitoriale.

« Quoi ? » répéta Ginny, paniquée. « Comment ? »

« Il a vu Dennis passer un mot à son frère pendant le déjeuner. C'était la prochaine l'heure de la prochaine réunion. Colin a perdu son gallion. » ajouta Neville.

« Et alors ? Tu ne pouvais pas inventer une excuse ? » demanda Ginny en se tournant vers Dennis, l'observant comme s'il était particulièrement obtus.

« J…J'avais ensorcelé le parchemin. Cela a éveillé ses soupçons. Il…Il m'a forcé à retirer le sortilège. » balbutia Dennis d'une voix chevrotante. « Il m'a demandé ce dont il s'agissait et menacé de me torturer et de m'envoyer chez les Carrow si je ne disais pas la vérité. »

« Je suis sûre qu'on peut arranger ça. Il faut simplement qu'on invente une excuse plausible… » commença Ginny.

« Dennis s'est enfui après ses menaces. » ajouta Neville avec une grimace. « Cela n'a fait que confirmer les doutes d'Urquhart. Toute la Brigade est à la recherche de Dennis. »

Ginny jura copieusement. Elle posa ses mains sur ses tempes, tentant de calmer l'agacement extrême qui s'était insinué en elle.

« Nous devons faire quelque chose avant qu'il ne le retrouve. » poursuivit Neville.

« Je ne veux pas être torturé » commença à geindre Dennis. « Urquhart peut faire tout ce qu'il veut avec moi. »

Les mentors avaient désormais un droit de punition sur les Nés-Moldus s'ils l'estimaient nécessaire. Qui savait ce qu'Urquhart serait prêt à faire pour pousser Dennis à cracher le morceau. La pensée du premier cours de Défense contre les Moldus avec Alecto Carrow lui revint en mémoire.

« Je dois réfléchir à un plan. » articula finalement Ginny. « En attendant, allez dans la salle commune et n'y sortez pas avant que je vous rejoigne. Entendu ? »

Neville hocha frénétiquement de la tête puis s'éloigna précipitamment, Dennis sur ses talons. Ginny s'empressa de rejoindre son cours de Sortilèges et expliqua à voix basse la situation à Luna.

Comment Dennis avait-il pu être aussi stupide ? Elle avait passé des heures à sermonner les membres de l'A.D sur l'importance de la discrétion. Ils ne devaient pas parler des réunions.

Après leur cours, Ginny et Luna se ruèrent dans la Salle sur Demande pour y retrouver Dennis et Neville.

« Je ne vois qu'une solution. » lança Ginny. « Tu dois disparaitre. »

« Di-disparaitre ? » répéta Dennis, sans comprendre.

« On ne peut pas prendre le risque qu'Urquhart te retrouve. Il te fera probablement cracher le morceau en quelques secondes. » poursuivit-elle, acerbe.

« Mais où va-t-il aller ? »

Ginny désigna d'un geste de la main les alentours.

« Ici. Cette pièce lui fournira tout ce dont il a besoin. » dit Ginny.

« Mais tout le monde va se demander où il est ? Ombrage, les professeurs, les autres ? » argua Neville.

« Ce n'est pas vraiment mon problème. » répliqua Ginny, hérissée.

Neville lui adressa un regard réprobateur. Ginny leva les yeux au ciel.

« Très bien, on trouvera une raison plausible pour expliquer sa disparition. » déclara Ginny d'un ton excédé.

Elle se tourna vers Dennis qui semblait sur le point de pleurer.

« Il faut que tu restes tranquille ici, jusqu'à nouvel ordre. Pas de vague et pas d'autres stupidités, compris ? » insista-t-elle.

« Compris. » assura Dennis d'une petite voix.

« Personne ne doit savoir qu'il est ici, pas même les autres de l'A.D, y compris son frère. » ordonna Ginny à l'adresse de Luna et Neville.

Ils hochèrent la tête gravement et Ginny se détourna en direction de la porte.

« Les réunions de l'A.D sont annulées jusqu'à nouvel ordre. Faites passer le message aux autres. » ordonna-t-elle avant de quitter la pièce.

La disparition soudaine de Dennis Creevey fut remarquée dès le lendemain, probablement signalée par Urquhart. On interrogea les amis proches de Dennis mais ils furent incapables d'apporter de réponse à la Brigade et à Rusard.

Trois jours après la dernière apparition publique de Dennis, Hagrid pénétra dans la Grande Salle pendant le déjeuner, l'air totalement paniqué. Il se rua vers la table des Professeurs et secoua ce qui ressemblait à une robe de sorcier déchiquetée. Ombrage lui adressa un regard impérieux et l'observa comme s'il était porteur d'une maladie particulièrement contagieuse. Rogue fut le premier à se lever et s'empara du vêtement.

L'entrée bruyante d'Hagrid n'était pas passée inaperçue et la majorité des regards de la Grande Salle étaient désormais rivés sur la table des Professeurs.

Les élèves les plus proches pouvaient entendre la conversation des Professeurs et la nouvelle se répandit comme une trainée de poudre dans le reste de la pièce.

« Hagrid a retrouvé la robe de sorcier de Dennis près de la forêt interdite, elle était totalement déchiquetée. » murmura Romilda Vane à la tablée.

Plusieurs hoquets effrayés se firent entendre et Ginny tourna la tête en direction de la table de Gryffondor. Ses yeux tombèrent sur Colin Creevey dont le visage était devenu blanc comme un linge. Il paraissait épouvanté.

Un malaise s'insinua en Ginny. Dennis Creevey était-il sorti de la Salle sur Demande alors qu'elle le lui avait formellement interdit ? Elle sentit une main sur se poser sur son épaule et elle se tourna vers Luna qui l'observait d'un air tranquille. Elle désigna les portes d'un geste discret avant de se lever et de quitter la Grande Salle, Ginny sur ses talons.

« C'est moi qui ai posé sa robe de sorcier là-bas, après mon cours de Soins aux Créatures Magiques. » murmura Luna une fois qu'elles furent sorties. « Dennis est toujours en sécurité. Neville est avec lui en ce moment même. »

Ginny retint un soupir de soulagement.

« J'ai pensé que ça détournerait l'attention d'Ombrage et la Brigade. » expliqua Luna. « Ils vont probablement penser qu'il est arrivé quelque chose de grave dans la Forêt. »

« Bien vu. » commenta Ginny, l'air appréciateur. « Et personne ne le cherchera dans l'enceinte de l'école. C'est un peu extrême mais bien vu. »

Quelques instants plus tard, elles se retrouvèrent dans la Salle sur Demande. La pièce ressemblait désormais à un mélange entre dortoir spacieux et salle de jeux pour adolescent pré-pubère. Neville et Dennis discutaient avec animation devant ce qui semblait être un trou béant dans le mur.

« C'est quoi, ce bazar ? » demanda Ginny d'un ton effaré en observant la cavité.

L'ouverte était large et semblait s'enfoncer sur plusieurs mètres, comme un tunnel. Neville se retourna dans sa direction, un air surexcité luisant dans ses yeux.

« Regardez ce que nous avons découvert. » annonça-t-il fièrement en pointant son doigt en direction du trou béant.

Pour toute réponse, il reçut des regards confus de la part de Ginny et Luna.

« C'est un passage secret. » déclara-t-il, plein de frénésie. « Vers l'extérieur. »

« J'étais affamé, et pour une raison inconnue, impossible de faire apparaître de la nourriture dans cette salle. » expliqua Dennis.

Il semblait bien plus joyeux que quelques jours auparavant.

« C'est une exception à la loi de Gamp sur la métamorphose élémentaire. » intervint Luna avec flegme. « Il est impossible de conjurer de la nourriture. »

« Euh, oui, merci. » dit Dennis en lui lançant un regard perplexe. « J'avais tellement faim que je me suis mis à penser à toutes sortes de plats. Et soudainement, ce passage est apparu de nulle part. »

Ginny jeta un regard méfiant en direction du tunnel.

« On ne sait pas où il mène, ça pourrait être dangereux ou… » commença-t-elle.

Elle s'interrompit lorsqu'elle vit Dennis et Neville échanger un long regard embarrassé.

« Mais bien évidemment, les nobles Gryffondor que vous êtes ne se posent jamais de question. » grommela-t-elle en levant les yeux au ciel. « Alors, où mène-t-il ? »

« La Tête de Sanglier. » répondit Neville, plein d'entrain. « C'est un pub un peu mal famé de Pré-Au-Lard. Le gérant, Abelforth, nous a donné des vivres. Et tu sais quoi, Ginny ? Il connait Harry. ».

/

Philippa Rakepick appréhendait les débuts de semaine. Si bien que le lundi matin était désormais la source d'une anxiété profonde. Alfie, son mari, parlait de syndrome d'épuisement professionnel pour décrire l'état de son épouse et, entre deux bouchées de tourte à l'oignon, l'exhortait à prendre quelques jours de congés.

« Pourquoi ne pas prendre quelques jours de repos chez ma mère ? Son cottage est en pleine nature, pas de voisins à dix kilomètres à la ronde. » suggérait-t-il d'une voix distraite, les yeux rivés sur son exemplaire de la Gazette du Sorcier.

S'il y avait quelque chose que Philippa abhorrait plus que son travail, il s'agissait probablement de sa belle-mère. Elle cessa donc de se plaindre auprès de son mari. Les responsabilités du quotidien ne lui laissaient malheureusement pas la possibilité d'abandonner son emploi. Alfie était un homme simple, sans grand ambition et aussi aimable qu'il eut été, son emploi chez la petite boutique Scribenpenne ne suffirait pas à rembourser le prêt immobilier ni la scolarité de leurs enfants.

Philippa n'avait pas toujours détesté son emploi, bien au contraire. Les deux décennies qu'elle avait passé au Département de la justice magique avaient été relativement épanouissantes. Tout avait changé le jour où son chef, Pius Thicknesse, avait été nommé à la tête du gouvernement provisoire du Ministère de la Magie. Il avait insisté pour que Philippa soit également transférée. Ce fut ainsi qu'elle fut promue assistante exécutive du Ministre de la Magie.

M. Thicknesse changea du jour au lendemain. Si on lui avait demandé son avis, Philippa aurait même prétendu qu'il ne s'agissait plus de la même personne. De son chef habituellement dynamique, pétulant et bien disposé, il ne restait qu'un homme impassible, distant et apathique.

Plus étrange encore, son entourage changea totalement et il était désormais constamment entouré d'individus dont les inclinations étaient connues pour être douteuses. Corban Yaxley, en particulier, semblait être devenu un conseiller proche de M. Thicknesse et restait parfois de longues heures dans le bureau du Ministre. Chacune de ses visites était suivie par de nouvelles mesures au sein du Ministère, notamment la création de la Commission d'enregistrement des Nés-Moldus, l'instauration d'un couvre-feu dans les villages traditionnellement habités par des familles sorcières ou bien la nomination de Dolores Ombrage à la Direction de Poudlard.

Lorsque son chef lui avait demandé de rédiger le communiqué officiel, Philippa était restée mortifiée de longues minutes devant son parchemin vierge. Ombrage était connue pour ses méthodes radicales et ses penchants suprématistes, et Philippa ne se faisait aucun doute sur le type de leadership qu'elle allait instaurer dans l'école. Hope, la petite dernière de Philippa, avait entamé sa deuxième année, et Philippa n'était pas tranquille à l'idée de laisser sa fille dans ce contexte. Son malaise ne fit que grandir au fil des semaines lorsqu'elle dût faire signer les propositions de Décrets d'Éducation d'Ombrage au Ministre.

Son anxiété atteignit son summum lorsqu'elle lu la proposition du Décret numéro cinquante-huit, visant à assembler des élèves par paires, selon leur statut de sang dans une volonté d'échange inter-maisons. Évidemment, Philippa avait lu entre les lignes et rapidement compris le subterfuge.

Ce jour-là, Philippa décida d'agir. Cela commença par du sabotage discret. Elle ''oubliait'' d'envoyer certains courriers ou de les tamponner avec le seau officiel du Ministère. Lorsque certaines personnes faisaient des demandes de rendez-vous avec le Ministère, elle lui inventait des empêchements et prétendait que son agenda était déjà chargé pour les jours à venir.

Puis Philippa réalisa qu'une fois qu'Ombrage en aurait terminé avec les Nés-Moldus de Poudlard, son attention se poserait irrémédiablement sur les Sang-Mêlés. Cette pensée empêcha Philippa de fermer l'œil pendant deux jours de suite. De retour au bureau, elle décida de passer à la vitesse supérieure.

Elle commença à s'intéresser aux dossiers confidentiels transmis au Ministre de la part du Bureau des Aurors et du Département des Mystères. Elle était régulièrement désignée pour faire des copies et organiser les dossiers et elle en profita pour lire certains d'entre eux avec attention.

Elle apprit ainsi que le Ministère possédait des dossiers détaillés de tous les individus affiliés à l'Ordre du Phénix, classés par ordre de ''dangerosité.'' La plupart d'entre eux étaient en fuite et leurs dossiers mentionnaient leurs dernières apparitions en public ou les adresses de leurs proches. Des filatures étaient organisées auprès des proches des membres considérés comme une menace pour le gouvernement.

Philippa s'intéressa ensuite aux membres non confirmés, des individus dont l'affiliation à l'Ordre n'avaient jamais pu être prouvée mais sur lesquels le Ministère préférait garder à l'œil pour des raisons de sécurité. L'un des dossiers attira particulièrement son attention et Philippa, prenant son courage à deux mains, se décida à agir.

« Ms Rakepick, envoyez une réponse au Ministre de la Magie de la Birmanie. Je ne pourrais malheureusement pas assister à sa cérémonie d'investiture. » demanda Pius Thicknesse d'une voix distraite.

« C'est son cinquième mandat, Monsieur le Ministre, et probablement pas le dernier. Je suis persuadée que vous pourrez assister à la prochaine. » commenta Philippa d'une voix faussement joyeuse.

Elle jeta un regard peu assuré en direction de sa montre. Celle-ci affichait déjà neuf heures passées. Elle retint un soupir de soulagement lorsqu'elle vit le Ministère revêtir sa veste et attraper son attaché-case.

« C'est l'anniversaire de votre épouse, demain, Monsieur le Ministre. » rappela Philippa. « Un bouquet de fleurs lui sera envoyé de votre part et j'ai également réservé une table pour deux dans son restaurant préféré pour sept heure trente. »

« Parfait, parfait. » déclara le Ministre d'une voix absente. « Passez un bon week-end, Patricia. »

Il ferma son bureau puis disparu dans l'ascenseur le plus proche. Philippa ne se formalisa pas d'avoir été appelée par un prénom différent. Elle attendit quelques minutes, puis fourra précipitamment ses affaires dans son sac à main et se dirigea à son tour vers la sortie. Les couloirs du Ministère étaient déserts et elle grimaça, comme à chaque fois qu'elle marchait devant le monument situé au centre de l'Atrium. Il représentait deux sorciers à l'air hautain assis sur des corps entassés de victimes moldues. Les mots « La Magie est puissance. » parachevait cette vision macabre.

Elle transplana dans un quartier résidentiel aux allures tranquilles, sa baguette fermement serrée dans sa main droite. D'un pas rapide, elle traversa la rue, le talon de ses chaussures provoquant un claquement sonore dans la nuit silencieuse. Son cœur battait à toute allure dans sa poitrine et elle ne cessait de jeter des regards anxieux autour d'elle, terrifiée à l'idée d'être reconnue ou suivie.

Elle tenta de se rassurer. Elle avait pris ses précautions. Elle avait parcouru tous les emplois du temps de filature des Aurors et s'était débrouillée pour échanger deux dossiers. Aucun Auror ne serait ici, ce soir. Du moins, c'est ce qu'elle espérait. Après cinq minutes de marche, elle se retrouva devant une maison modeste aux briques rouges. Elle appuya sur la sonnette qui émit un son strident. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit, laissant apparaitre une femme d'une quarantaine d'années, à la silhouette frêle. La femme l'observa avec perplexité.

« Emmeline Vance ? » dit Philippa.

La femme l'observa avec méfiance, et ses yeux se froncèrent.

« Qui êtes-vous ? » demanda-t-elle.

Philippa jeta un regard peu assuré par-dessus son épaule.

« Philippa Rakepick. » répondit Philippa, fébrile. « Puis-je entrer ? C'est important. »

La femme semblait sur la réserve mais son expression sembla s'adoucir lorsqu'elle croisa le regard empli de détresse de Philippe. Elle s'effaça, l'invitant à pénétrer dans la maison. Philippa se précipita d'entrer, soulagée. Elle se retrouva dans un Hall aux murs jaunes, où des portraits de famille avaient été accrochés.

« Comment-puis je vous aider ? » questionna la femme.

« Je suis désolée de vous importuner à cette heure tardive mais je ne savais pas vers qui d'autre me tourner. » révéla nerveusement Philippa, crispant sa main sur la lanière de son sac à main.

Elle prit une grande inspiration, tentant de regagner sa contenance.

« Je sais que vous êtes affiliée à l'Ordre du Phénix. » déclara Philippa.

Presque immédiatement, l'expression du visage d'Emmeline Vance se durcit et elle sembla sur la défensive.

« Je ne vois pas de quoi vous parlez. » dit-elle d'une voix glaciale. « Sortez de ma maison. »

« Non ! » s'exclama Philippa, paniquée.

Elle ouvrit son sac d'un geste agité puis en sortit un feuillet qu'elle tendit à Emmeline d'une main tremblante.

« Si vous ne me croyez pas, regardez ça. » insista-t-elle d'une voix implorante.

Emmeline sembla longuement hésiter mais elle s'empara tout de même du dossier. À mesure qu'elle parcourait les pages, Philippa pouvait voir l'évolution de ses émotions. D'abord la surprise, puis la colère, l'effroi et enfin, de la résignation.

« Où avez-vous trouvé ça ? » demanda Emmeline d'une voix étrangement calme.

« Je…je travaille au Ministère. Je suis l'assistante personnelle de Pius Thicknesse. » déclara Philippe, soulagée de constater qu'Emmeline semblait la croire.

Elle pointa un doigt fébrile sur le dossier.

« Ils ont des dossiers similaires sur tous les autres membres, y compris ceux sur qui ils ont seulement des suspicions, comme vous. » continua Philippa. « Ils vous surveillent de très près. »

« Pourquoi me dire tout cela ? » demanda Emmeline, confuse.

« Je ne peux pas rester les bras croisés et ignorer toutes ces horreurs. Il se passe des choses atroces. Au Ministère, à Poudlard, dans nos communautés. »

Philippa desserra l'écharpe brodée autour de sa nuque, extirpant le collier qu'elle portait. Il s'agissait d'un pendentif en or blanc. Elle ouvrit le médaillon et le tendit à Emmeline.

« Ce sont mes filles, Verity et Hope. » dit-elle. « Verity est l'ainée. Elle a fini sa scolarité l'année dernière et a trouvé un emploi dans une boutique de farces et attrapes, sur le Chemin de Traverse. Ma petite dernière, Hope est en deuxième année à Poudlard. »

Emmeline observa la photo gravée dans le pendentif d'un air interdit.

« Je sais que vous avez également une fille, je l'ai vu dans votre dossier. C'est pour ça que je suis venue vous trouver. Je savais que vous pourriez comprendre ma situation. » assura Philippa avec espoir.

Emmeline ferma finalement le médaillon et le tendit Philippa d'un geste résolu.

« Puis-je vous proposer une tasse de thé ? » demanda-t-elle finalement.

Une demi-heure plus tard, elles étaient assises sur les fauteuils du séjour. Philippa s'était détendue et tenait sa tasse de thé d'un geste plus serein. Elle observait Emmeline avec un air préoccupé, consciente que sa proposition était des plus surprenantes.

« Si je comprends bien. » récapitula Emmeline. « Vous seriez prête à espionner votre chef, le Ministre de la Magie, pour aider l'Ordre du Phénix ? »

« Je vous donnerai toutes les informations auxquelles je pourrais accéder. Toutes les communications destinées au Ministre, passent par moi. Je rédige tous ses courriers, gère l'ensemble de son emploi du temps. Je sais exactement qui il rencontre, quand et à quel endroit. Par Merlin, j'ai même l'accès à son compte personnel chez Gringotts. » ajouta Philippa.

Emmeline émit un petit rire, comme si cette remarque était particulièrement cocasse.

« Je vous ferai tout parvenir, si ça peut vous aider vous et les membres de l'Ordre. » poursuivit Philippa.

« Ce que vous proposez est dangereux, vous en avez conscience ? »

« Je sais. Je pourrais perdre mon travail, ou même pire… » dit Philippa d'un ton désespéré.

« Nous sommes en guerre. » rappela Emmeline, l'air grave. « Si vous êtes prise la main dans le sac, on considérera cela comme de la trahison. »

« Je ne peux pas continuer ainsi. Si je dois prendre des risques pour protéger ma famille, je suis prête à le faire. Les Nés-Moldus sont la cible actuelle. Une fois qu'ils en auront terminé avec eux, qu'est-ce qui leur empêchera de s'en prendre aux Sang-Mêlés, comme moi et ma famille ? » avança Philippe, ses membres frissonnants à l'idée.

« Et le Ministre ? Pensez-vous vous vraiment qu'il n'y verra que du feu ? »

« Cela fait vingt ans que je travaille avec Pius Thicknesse, il a entièrement confiance en moi et je ne lui ai jamais donné de raison de douter de ma loyauté. » avoua Philippa. « Mais cet homme ? Ce n'est pas mon chef. Il lui ressemble, parle comme lui, occupe son bureau, mais je peux vous garantir qu'il ne s'agit pas de l'homme que j'ai loyalement assisté pendant ces deux décennies. »

Philippa avec affirmé cela avec une force de conviction qui l'étonna elle-même. Même Emmeline Vance sembla éberluée de sa soudaine véhémence. Un faible s'étira sur son visage.

« Dans ce cas, il semblerait que nous ayons un accord. » annonça Emmeline Vance d'un ton satisfait, en prenant une nouvelle gorgée de sa tasse de thé.

/

En temps normal, Callum Urquhart adorait les samedis soir. Ils étaient synonymes de liberté, de divertissement et de chasse. Traquer le moindre faux-pas des Nés-Moldu était devenu son activité favorite. Il adorait voir la lueur d'effroi dans leurs yeux lorsqu'ils réalisaient qu'ils auraient des problèmes.

Étudier à Poudlard n'avait jamais été aussi amusant. Il remerciait chaque jour Dolores Ombrage pour sa vision et son engagement pour la cause des Sang-Pur. Depuis son arrivée, l'ordre des choses avait enfin été rétabli et Callum était ravi de ne plus devoir contempler cette fascination répugnante que l'ancien directeur, Albus Dumbledore, semblait vouer aux descendants de Moldus.

Ce samedi soir, toutefois, Callum était d'humeur noire. Trois jours auparavant, Dennis Creevey, l'objet principal de son amusement avait disparu sans aucune explication. On avait retrouvé l'un de ses vêtements arrachés près de la forêt interdite et les rumeurs circulant dans l'établissement impliquaient toutes des créatures féroces.

« J'ai entendu dire que ton petit protégé s'est fait dévorer par une araignée géante. » avait lancé Theodore Nott d'une voix doucereuse, la veille, lors du déjeuner. « Pas trop triste, Cal ? »

Callum avait balayé le commentaire d'une blague nonchalante mais intérieurement, sa contrariété n'avait fait que grandir. Dennis Creevey avait mystérieusement disparu après un échange animé avec Callum. Ce dernier avait proféré des menaces particulières sanglantes. Callum l'avait vu passé discrètement un morceau de parchemin à son frère ainé, et lorsqu'il l'avait interrogé, l'imbécile s'était confondu en justifications pathétiques. Callum savait que Creevey cachait quelque chose et il était résolu à connaître la vérité. Malheureusement, la disparition inexpliquée du Gryffondor avait mis court à ses plans.

Callum était loin d'être stupide et un morceau de tissu déchiré ne serait pas suffisant pour ôter ses doutes. Alors qu'il marchait dans les couloirs du château, son insigne de la Brigade Inquisitoriale luisant sur son uniforme, Callum pensait à toutes les tortures qu'il ferait subir à son protégé désobéissant. Après tout, en tant que mentor, il lui incombait de lui inculquer certains principes importants. Il paierait le prix fort pour son insubordination.

Comme si une entité supérieure avait entendu ses pensées, au détour d'un couloir, il croisa un élève devant une salle de classe. Il tentait visiblement d'entrer à l'intérieur mais la porte resta résolument close. L'étudiant laissa échapper une exclamation accablée et envoya son pied droit en direction de la porte. Callum resta en retrait, observant l'étudiant répéter le même manège sur d'autres portes. Après quelques minutes, il reconnut le visage de l'élève et un rictus s'étira sur ses lèvres. Il s'avança d'un pas assuré dans sa direction, sifflant tranquillement.

« Tiens, tiens, tiens. Dans les couloirs après le couvre-feu sans aucune autorisation. Tu sais ce que ça signifie, Creevey, n'est-ce pas ? » demanda Callum d'une voix faussement consternée.

Colin Creevey sursauta en entendant sa voix et se retourna, arborant désormais un air comparable à un animal traqué. Il commença à balbutier des paroles incompréhensibles, et son teint devint blême.

« Épargne ta salive, Sang-de-Bourbe. » dit Callum avec méchanceté.

« Je ne faisais rien de mal, je te le jure. » assura Colin d'une voix paniquée. « Je cherche simplement mon frère. »

L'expression de son visage devint chagrinée. Le sourire de Callum s'agrandit.

« Une vraie petite famille de rebelles, n'est-ce pas ? Entre ça et vos gènes désolants, vous cumulez. » déclara Callum avec mépris. « Ton frère était incapable de suivre les règles et regarde où ça l'a mené. »

Les yeux de Creevey s'agrandirent.

« Tu sais ce qui est arrivé à Dennis ? » demanda-t-il d'une voix tremblante.

La lueur d'espoir qui apparut dans ses yeux naïfs donna des idées à Callum. Après tout, les samedis soir devenaient de plus en plus ennuyeux car les élèves n'osaient plus enfreindre le règlement de l'école. Sa ronde s'annonçait longue et il n'avait qu'une envie, se distraire. Cet imbécile de Colin Creevey allait lui en offrir l'occasion.

« Si je sais ce qui arrivé à ce mioche ? Peut-être. » déclara Callum d'une voix doucereuse. « Peut-être même que je sais où il se trouve. »

Il faillit éclater de rire lorsqu'il vit l'expression béate de Creevey.

« Je t'en supplie, aide-moi, je ferais absolument tout ce que tu voudras. » implora-t-il.

Voilà qui devient intéressant, pensa Callum avec satisfaction. La soirée ne s'annonçait pas si mauvaise, finalement.

« Tu ferais tout ? » renchérit Callum.

Creevey hocha frénétiquement de la tête, l'air suppliant. Callum l'observa de haut en bas, pensif. Jusqu'où cet imbécile serait prêt à aller pour retrouver son frère ? Après tout, Callum méritait bien quelques dommages et intérêts. Dennis Creevey était supposé être à son service et remplir chacune de ses demandes. Et s'il n'était pas là pour le faire, Callum n'aurait aucun problème à le remplacer par son benêt de frère.

« A vrai dire, je sais exactement ce que tu pourrais faire. » annonça Callum.

Callum Urquhart avait un secret. Il l'avait réalisé pour la première fois l'année dernière, lors d'une fête organisée par les Serpentard. Il avait été particulièrement ivre ce soir-là, et lorsqu'il s'était retrouvé enfermé dans les toilettes en compagnie de Pansy Parkinson, il s'était réjoui à l'idée d'enfin conclure avec une fille.

Il avait longtemps spéculé sur ses premiers ébats avec la gent féminine. Ce qu'il n'avait pas imaginé, toutefois, c'était de se retrouver devant Parkinson, le pantalon baissé et être incapable d'éprouver la moindre excitation.

Pansy, complètement ivre, à genoux devant lui, n'avait pas semblé remarqué son trouble. Il avait toutefois admiré sa persistance devant son manque de motivation. Il avait prétexté une excuse minable, avait reboutonné son pantalon à toute vitesse et avait quitté la pièce, humilié.

À son grand soulagement, Pansy Parkinson avait frôlé le coma éthylique cette nuit-là et n'avait gardé que des bribes de souvenirs de leur interaction. Elle semblait avoir une vision totalement différente des évènements que celle de Callum. Elle lui avait même glissé une bourse remplie de gallions et lui avait fait promettre de ne rien dire à personne, désireuse de garder sa réputation. Soulagé, il avait glissé la bourse dans ses poches, heureux de constater qu'elle ne se souvenait plus de sa performance.

Il avait d'abord blâmé la situation sur sa consommation excessive d'alcool et avait continué sa vie comme si de rien n'était. Puis, à la soirée suivante, il s'était retrouvé dans une situation quasiment identique. La différence principale résidait dans le fait qu'il s'était retrouvé en compagnie de son condisciple Graham Pritchard et qu'il n'avait eu, cette fois, aucune difficulté à prouver son contentement.

Devant le regard suppliant de Colin Creevey, il avait une idée bien précise de ce qu'il comptait lui demander.

« La faveur doit être à la hauteur de l'information. » commenta Callum, faisant mine de réfléchir.

Creevey lui adressa un regard incertain. Callum fit quelque pas dans sa direction et Creevey, esquissa un mouvement de recul. Il se retrouva le dos contre le mur en pierre, et déglutit devant le regard empli de convoitise de Callum.

« Hey ! » s'exclama soudainement une voix derrière eux. « Que se passe-t-il, ici ? »

Contrarié, Callum détourna le regard et vit Neville Londubat s'approcher d'eux, les sourcils froncés. Il ne manqua pas le regard soulagé qu'arbora Creevey.

« Londubat, dans les couloirs, après le couvre-feu autorisé. Ma foi, c'est le jackpot, ce soir. » commenta Callum.

« Qu'est-ce que tu lui veux ? » demanda Londubat en désignant Creevey.

« Ce n'est pas ton problème, débile. Et ici, c'est moi qui pose les questions. » grinça Callum avec exaspération.

Il était particulièrement excédé par cette interruption de Londubat.

« Et une soirée en confinement t'aiderait à remettre tes idées en place. » poursuivit Callum, venimeux. « Rappelle-toi de qui fait les règles, ici. »

Londubat sembla enragé mais il garda le silence. Même lui n'était pas assez stupide pour tenter quoi que ce soit.

« Très bien, je retourne à ma salle commune. Toi aussi, Colin ? » dit-il finalement.

Callum s'apprêta à répliquer mais Creevey le devança :

« Il sait où est Dennis. » intervint soudainement Creevey. « Il allait me le dire. »

Londubat parut décontenancé et les observa tour à tour.

« Personne ne sait où est Dennis. » dit-il d'une voix lente.

« Détrompe-toi, Londubat. » déclara Callum d'une voix satisfaite. « Et maintenant dégage d'ici avant que je n'ajoute à ton confinement une soirée en compagnie des Carrow. »

Il se tourna ensuite vers Creevey.

« Où en étions-nous ? » dit-il à son adresse. « Ah oui, on parlait de ce que cette information allait te coûter. »

Londubat ne semblait pas vouloir bouger.

« Qu'est-ce que tu comptes lui demander ? » insista-t-il.

« Est-ce que je te demande si ta grand-mère joue au Quidditch ? » demanda Callum, ulcéré.

« Je sais que tu essaies de lui faire du chantage et… » commença Londubat.

« Je t'arrête tout de suite, blaireau. Je ne sais pas quel Billywig t'a piqué pour te donner autant d'audace, mais tu vas vite t'écraser et rentrer dans ta salle commune. » menaça Callum avec fureur.

« Je m'en vais, si tu laisses Colin partir également. » dit Londubat, s'en se démonter.

« S'il te plaît Neville, laisse tomber. » plaida Creevey, mortifié. « Tu vas avoir des ennuis. »

« Il ment, Colin. Il ne sait pas où est Dennis, crois-moi. » insista Londubat avec insistance, jetant un regard entendu en direction de Creevey.

Callum ne manqua pas son regard et réalisa que Londubat savait qu'il mentait. Et l'unique raison de son assurance était claire. Il savait où était Dennis Creevey. Colin Creevey sembla comprendre le également et Callum vit une lueur de soulagement passer dans son regard.

« Je…je vais retrouver dans mon dortoir, également. » dit soudainement Creevey.

« Absolument pas. » argua Callum avec rage. « Et vous allez me dire immédiatement où se cache ce fils de putain. »

Il esquissa un geste pour attraper sa baguette mais Londubat fut plus rapide et brandit la sienne, hurlant une incantation dans sa direction. Le sortilège frappa Callum de plein fouet et une substance verdâtre commença à couler abondamment de ses oreilles. Il laissa échapper une exclamation de dégoût et posa sa main sur l'une des oreilles pour tenter d'arrêter le flux.

« Tu es mort, Londubat. » parvint-il à articuler d'une voix menaçante en levant sa baguette.

Cette fois, ce fut au tour de Creevey de réagir et il lança un Maléfice du Saucisson en direction de Callum qui tomba au sol, immobilisé. Bien qu'il soit incapable de bouger, il entendit toutefois les pas précipités de ses assaillants qui s'éloignaient.

/

La Tête de Sanglier était l'un de ces endroits mal famés probablement fréquenté par des truands. Ce fut la première pensée de Ginny lorsqu'elle pénétra dans le pub. L'intérieur de l'établissement était humide et l'air colportait une désagréable odeur de chèvre humide.

Le tunnel l'avait menée vers ce qui semblait être une arrière cuisine et elle observa les alentours d'un air précautionneux. Alors qu'elle traversait la pièce, elle heurta l'extrémité d'une vieille casserole qui tomba au sol, provoquant un claquement sonore. Elle se figea et jura à voix basse.

Le boucan ne sembla pas passer inaperçu car elle entendit des pas s'approcher et quelques instants plus tard, un homme âgé à l'allure délabré pénétra dans la pièce. Il avait des yeux d'un bleu vif et de longs cheveux gris et filandreux recouvraient ses épaules. Son visage sembla vaguement familier à Ginny. Il jeta un regard à l'entrée du tunnel puis sur Ginny avant de se diriger vers un placard et d'en tirer un plateau en bois. Il commença à s'affairer dans la cuisine, ignorant Ginny.

« Hum hum. » lança Ginny, s'éclaircissant bruyamment la gorge. « Vous êtes Abelforth ? »

« Ça dépend. » répondit l'homme sans lui adresser un regard. « Qui le demande ? »

« Neville et Dennis m'ont parlé de vous. » répondit Ginny avec hésitation.

« Je ne sais pas ce qu'ils vous ont raconté mais mon pub n'est pas un moulin à vent. » grogna-t-il dans sa longue barbe. « Et encore moins un squat pour une bande d'adolescents rebelles en cavale. »

Il lança un sortilège d'attraction en direction d'un large sac contenant des pommes de terre. Le sac atterrit sur la table et il ensorcela un couteau qui commença à éplucher la peau.

« Je l'ai dit à vos petits camarades et je vous le répète à vous, Miss. Ce que vous faîtes là-bas est une très mauvaise idée. Vous pourriez avoir de très graves ennuis. Si j'étais à votre place, je me tiendrais à carreau. » assura-t-il.

« Techniquement, vous avez aidé Neville et Dennis. Ça signifie que vous êtes dans le même sac. » fit remarquer Ginny d'une voix faussement innocente.

Abelforth se tourna vers elle, la jaugeant du regard avant de secouer la tête et de se diriger vers la porte de la pièce. Ginny s'empressa de le suivre.

« Attendez. » plaida-t-elle.

« J'ai de la clientèle. » répliqua-t-il en désignant d'un geste de la tête les tables du bar.

Ginny observa la salle principale du pub avec perplexité. Seule une table était occupée par un ivrogne qui ronflait bruyamment devant une large pinte de bière vide.

« Écoutez, j'ai juste besoin d'une faveur. Je vous promets de ne plus vous importuner après ça. » insista Ginny.

« C'est exactement ce que m'ont dit vos amis. Ils sont revenus trois fois depuis. » lança Abelforth d'un ton bourru. « Fichez le camp. »

Ginny prit un air embarrassé. La situation à Poudlard était devenue problématique. Neville et Colin Creevey avaient eu une mauvaise confrontation avec Urquhart. Ils avaient ensuite élu domicile dans la Salle sur Demande, en compagnie de Dennis. Depuis, Seamus Finnigan et Dean Thomas les avaient rejoints, après une altercation musclée avec Crabbe et Goyle.

« Très bien, mais dans ce cas sachez que le ministère va recevoir un renseignement anonyme signalant que vous fournissez de l'alcool à des mineurs. » informa Ginny d'une voix doucereuse.

« Je ne sers pas de mômes. » assura Abelforth avec dédain.

« Pourtant Seamus a ramené une bouteille de whisky-pur-feu lors de sa dernière visite. » fit remarquer Ginny, en observant tranquillement ses ongles.

Du coin de l'œil elle vit Abelforth se pencher sous le bar, comme pour observer quelque chose. Lorsqu'il se redressa, son visage arborait une expression irritée.

« Satané petit… » commença-t-il.

Le reste de sa phrase fut couvert par un ronflement sonore de la part du seul client du pub.

« Très bien, qu'est-ce que voulez ? » demanda finalement Abelforth, d'un ton résigné.

« L'accès à votre cheminée. » répondit immédiatement Ginny.

« Absolument pas. »

« Vous avez accepté ! » rugit Ginny, l'air mécontent.

« Le réseau des cheminées est surveillé. La mienne est probablement mise sur écoute. » expliqua Abelforth d'un ton évasif. « Et je ne peux pas prendre le risque que le ministère pense que j'essaie de contacter Harry Potter de ma cheminée. »

La bouche de Ginny s'ouvrit, stupéfiée par les paroles du vieil homme.

« Comment…comment savez-vous… » balbutia-t-elle.

« L'un de vos petits acolytes a prononcé votre nom dans la conversation. » indiqua-t-il. « Je me souviens également que Potter vous a mentionnée, à une ou où de reprises. J'ai une bonne mémoire. »

Il l'observa avec réflexion.

« Les cheveux ont confirmé le reste, Miss Weasley. » acheva-t-il.

« Vous connaissez vraiment Harry ? » demanda Ginny d'une voix éteinte, toujours sous le choc. « Est-ce que vous savez où il se trouve ? Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ? »

Elle assena l'homme de questions pendant qu'il remplissait un verre de brandy.

« Épargnez votre salive, ma jolie. Je n'ai pas vu Potter depuis un moment. Il n'est pas assez bête pour revenir dans le coin, du moins je l'espère. »

Un élan de soulagement envahit Ginny. Elle ne connaissait pas cet homme, elle le trouvait même très désagréable mais le fait qu'il connaisse Harry et qu'elle ait même été un sujet de discussion entre eux la remplissait de joie.

« Vous devez m'aider à le contacter. » plaida Ginny.

Il secoua vivement la tête.

« Vous êtes sourde ? Le Ministère traque toutes les personnes qui ont été proches d'Albus, de près ou de loin. » répéta-t-il en la regardant comme si elle était obtuse.

La lèvre de Ginny commença à trembler de rage et de découragement. Un long silence s'installa entre eux, seulement interrompu par les ronflements réguliers du client endormi.

« Je peux peut-être faire quelque chose. » dit soudainement Abelforth, l'air pensif.

Ginny leva les yeux vers lui, confuse. Il vida d'une traite son verre.

« Ces histoires que j'entends sur cette folle furieuse de Dolores Ombrage sont vraies ? » demanda-t-il avec curiosité.

Ginny hocha la tête.

« Il y a quinze ans, elle a tenté de fermer mon pub pendant des mois. La clientèle n'était pas à son goût, voyez-vous. » indiqua-il avec dédain. « Je recevais une visite du service des Régulations des lieux publics tous les deux jours à cause de son acharnement. Oui, il y avait quelques rats qui traînaient dans le coin et alors ? Qu'on les laisse vivre en paix, pour l'amour de Merlin. »

Ginny écouta ses divagations d'un air perplexe.

« Je m'égare. Quoi qu'il en soit, si je ne peux pas vous aider à communiquer avec Potter, je peux vous aider à vous débarrasser d'elle. » assura-t-il.

Il se pencha une nouvelle fois sous son bar puis en extirpa une boite maculée de poussière. Cette dernière émit un ''clic'' lorsqu'il l'ouvrit et il farfouilla pendant de longues secondes à l'intérieur. Il en sortit finalement une clé qu'il tendit à Ginny. Elle l'observa avec attention. Une gargouille avait été gravée sur la clef. L'image lui parut étrangement familière. Elle se souvint ensuite qu'elle avait vu une gargouille semblable devant le bureau d'Albus Dumbledore.

« Tenez. » dit Abelforth. « C'est ce qu'il aurait voulu. »

/

Dolores Ombrage haïssait le dimanche. Il s'agissait du septième jour de la semaine, et le chiffre sept provoquait en elle une anxiété palpable. Pour Dolores, il était synonyme de malchance, de fléau et de mésaventures en tout genre. Pour apaiser ses appréhensions, elle tentait de rester occupée toute la journée, attendant impatiemment l'arrivée du Lundi.

« Vous avez fermé l'accès à la volière ? » demanda-t-elle à l'attention de Rusard, tandis qu'ils marchaient dans le Hall principal de l'école.

La veille, la porte d'entrée à la volière était restée ouverte et une demi-douzaine de chouettes s'étaient engouffrées dans les couloirs du château. Dolores avait frisé la crise cardiaque lorsque l'une d'elle était passé à quelques centimètres de sa tête. Elle détestait les oiseaux.

« Oui, madame la Directrice. » assura Rusard.

« Je ne veux plus les voir en liberté dans le château. C'est totalement antihygiénique. N'oubliez pas de demander aux elfes de dégraisser une nouvelle fois les sols. » soutint Dolores.

« Entendu, Madame. » déclara Rusard.

« Vous êtes certain d'avoir fermé à la volière ? » demanda une nouvelle fois Dolores.

« Absolument, Madame. Totalement scellée. » confirma Rusard.

« Excellent. »

D'un œil sondeur, elle inspecta les couloirs vides, à la recherche de la moindre atteinte au règlement. Elle se rappela soudain du deuxième tiroir de son bureau. L'avait-elle fermé correctement en quittant la pièce ?

« Nous avons encore eu des problèmes avec les centaures, Madame. » dit soudain Rusard d'une voix hésitante. « Ils ont menacé d'attaquer si des élèves s'approchaient encore de leur territoire. »

« Leur territoire ? » répéta Dolores avec un rire sans joie. « Qu'ils ne s'y trompent pas, il s'agit d'un terrain règlementé par le Ministère de la Magie. »

Un rictus satisfait apparut sur son visage. Le matin même, elle avait envoyé la proposition du Décret numéro cinquante-neuf, destiné à chasser toutes les créatures non humaines de l'enceinte de Poudlard et des environs, y compris la forêt interdite. Elle ne laisserait pas un troupeau d'hybrides stupides faire la loi sur une zone règlementée.

« La volière est close ? » demanda Dolores.

Rusard hocha frénétiquement de la tête, provoquant un sourire sur les lèvres minces de Dolores. Argus Rusard, malgré ses origines douteuses, avait presque gagné son respect. Contrairement à la plupart de ses semblables, il savait où se trouvait sa place : au service des Sorciers bien-nés.

L'image de son tiroir ouvert lui revint soudainement en tête et elle ne put s'empêcher de grimacer à l'idée.

« Continuez le travail de surveillance, j'ai oublié quelque chose dans mon bureau. » indiqua-t-elle en s'éloignant à toute vitesse.

Elle compta ses pas lorsqu'elle grimpa les marches de l'escalier en colimaçon menant au bureau directorial. Elle vérifia le deuxième tiroir du meuble et constata avec soulagement qu'il était bien clos. Dolores s'installa à son bureau, mettant de l'ordre aux papiers déjà parfaitement rangés. Elle jeta un regard à l'horloge accrochée sur le mur d'en face. 18:58, affichait-elle.

Deux minutes, pensa-t-elle en coulant un nouveau regard vers l'horloge.

Elle compta cent vingt secondes dans son esprit puis jeta un troisième regard à l'horloge qui affichait désormais sept heures du soir. Elle ouvrit son tiroir et en extirpa une boite à rangement pour potions. Ses doigts parcourent la première rangée et elle s'empara de la fiole sur laquelle avait été étiquetée un morceau de parchemin affichant la date du jour.

Elle ouvrit le couvercle puis but le contenu d'une traite. Le soulagement l'envahit presque instantanément lorsqu'elle sentit le liquide entrer dans sa gorge. Elle nettoya la fiole à l'aide d'un sortilège et rangea soigneusement la boite qu'elle plaça dans le tiroir.

Il lui restait vingt-neuf minutes avant sept-heures trente, l'heure à laquelle elle dînait chaque jour. Elle en profita pour mettre de l'ordre aux papiers sur son bureau.

« Experlliarmus. » entendit-t-elle soudainement.

Sa baguette magique s'éleva dans l'air puis disparut au fond du bureau, derrière une étagère remplie d'ouvrages anciens.

Dolores se releva brusquement, aux aguets. Elle entendit un rire étouffé et son cœur commença à battre à toute allure dans sa poitrine.

« Qui…qui est là ? » demanda-t-elle, d'une voix qu'elle tenta de rendre assurée.

Pour seule réponse, elle vit un livre tomber d'une étagère.

« Montrez-vous ! » ordonna-t-elle d'une voix paniquée.

Avec horreur, elle vit un livre foncer à toute vitesse dans sa direction. Il fut suivi d'un second, puis d'un troisième et avant qu'elle n'ait le temps de prononcer la moindre parole, une douzaine d'ouvrages furent largués dans sa direction. Elle hurla, et fondit sous le large bureau en bois massif afin de s'y réfugier.

« Arrêtez cela immédiatement, vous me faites peur ! » s'exclama-t-elle.

Elle jeta un regard en direction de l'escalier. Si elle était assez rapide, elle pourrait atteindre la sortie et s'enfuir. Elle prit une grande inspiration et commença à ramper à quatre pattes end direction de l'entrée du bureau. Presque immédiatement, les livres reprirent leur assaut et elle reçut le coin d'un manuel de Divination au coin de la tête puis ce fut le noir complet.

Lorsque Dolores émergea de nouveau, elle constata qu'elle se trouvait de nouveau sur sa chaise, devant son bureau. La première pensée qui lui vint à l'esprit fut qu'il s'agissait d'un simple cauchemar. Puis, lorsqu'elle tenta de se relever, elle réalisa que des lianes entouraient ses épaules et ses bras, l'emprisonnant au siège. L'un des commodes du bureau vibrait de manière incontrôlée, comme si quelqu'un essayait d'en sortir.

« Bien dormi ? » demanda une voix à sa gauche.

Dolores tourna la tête et vit deux silhouettes vêtues de larges capes noires. Les deux personnes portaient un masque étrange. Dolores plissa les yeux avant de reconnaitre le visage qu'ils représentaient. Il s'agissait de son visage, tordu en une expression pleurnicharde.

« Vous aimez ? » insista de nouveau. « Ils font ressortir tout votre charme, vous ne trouvez pas ? »

La tonalité de la voix était étrange, comme si elle avait été modifiée par un sortilège.

« Détachez-moi sur le champ. » s'écria Dolores d'une voix furibonde.

« Mais on vient à peine de commencer. » protesta la personne masquée.

« Qui êtes-vous et que voulez-vous ? » demanda Dolores.

« Appelez-moi… Daphné. Et vous pouvez appeler mon camarade, Blaise. » répondit la dénommée Daphné en faisant mine de réfléchir.

Ils s'installèrent sur les deux sièges derrière le bureau, faisant face à Dolores.

« Que voulez-vous ? » demanda Dolores alors qu'elle observait ''Daphné'' jouer tranquillement avec les instruments posés sur le bureau.

Elle semblait s'amuser à mettre du désordre dans les papiers parfaitement organisés de Dolores.

« J'ai envie qu'on apprenne à se connaître un peu mieux. » répondit Daphné.

Elle tenait la baguette magique de Dolores entre ses doigts et la faisait tournoyer d'un geste distrait.

« On va jouer à un jeu, Dolores. » suggéra-t-elle d'une voix excitée. « Je vais vous poser quelques questions et j'attends que vous soyez totalement honnête avec nous. »

« Comment vous appelez-vous ? » demanda le dénommé Blaise qui avait parlé pour la première fois.

« Dolores Jean Ombrage. » répondit Dolores, l'air mal à l'aise.

« Quel âge avez-vous ? »

« Quarante-deux ans. » répondit-t-elle immédiatement.

Elle laissa échapper un hoquet de stupeur. Elle ne savait pas ce qui l'avait poussé à répondre. Cela faisait plus de cinq ans qu'elle prétendait avoir trente-cinq ans.

« Je vois que le Veritaserum fonctionne. » lança Blaise en direction de Daphné.

Les yeux de Dolores s'agrandirent d'horreur.

« Veritaserum ? » répéta-t-elle, la panique clairement audible dans sa voix.

« Parfait. » déclara Daphné en pointant sa baguette en direction de Dolores. « Sonorus. »

« Que faites-vous ? » demanda Dolores.

« C'est moi qui pose les questions, Dolly. » répliqua Daphné.

Dolores grimaça à l'appellation.

« Blaise, qu'as-tu toujours voulu savoir sur Dolores ? Pose toutes les questions qui te brulent la langue. » suggéra Daphné.

« Quel est votre problème avec les Nés-Moldu ? » demanda Blaise.

« Ils ont volé la magie qu'ils possèdent, ils ne méritent pas de connaître les secrets de notre communauté. » répondit Dolores.

« Wow, vous croyez donc réellement à vos sottises, je suis impressionnée. » déclara Daphné. « Et moi qui était persuadée qu'un Né-Moldu s'était moqué de votre coiffure pendant votre enfance et que vous étiez rancunière. En parlant de coiffure, c'est votre couleur naturelle ? »

« C'est une perruque, je perds mes cheveux à cause de mon anxiété. » avoua Dolores.

« Navrée dans l'entendre. » répondit Daphné d'une voix indifférente. « Revenons aux choses sérieuses. Où sont les baguettes que vous avez confisqués aux élèves Nés-Moldu ? »

« Dans la boîte près de l'étagère de droite. »

Elle vit Blaise se relever et se diriger vers l'étagère.

« Alohomora. » dit-il, faisant sauter le cadenas de la boite. « Elles sont toutes ici. »

« Merci Dolly, j'apprécie vraiment votre coopération. » dit Daphné d'une voix réjouie.

« Ne m'appelez pas comme ça. » rugit Dolores, les joues rougies de colère.

« Pourquoi pas ? Je trouve que cela vous va comme un gant, au contraire. »

« Mon minable de père m'appelait ainsi, je hais ce surnom. » cracha Dolores, sans pouvoir s'en empêcher.

« Je vois Dolores. En conflit avec l'image paternelle, pas vrai ? » demanda Daphné d'un ton condescendant. « Je crois que nous commençons à comprendre l'origine de vos problèmes. »

D'un geste insouciant, elle s'empara d'un parchemin sur le bureau et le froissa avant de le lancer en direction de la corbeille. Le papier manqua la corbeille et tomba sur le sol. Dolores grimaça.

« Racontez-moi tout, Dolores. Votre entreteniez des relations difficiles avec votre paternel, c'est ça ? »

« Mon père était un bon à rien, un incapable sans la moindre once d'ambition. Il n'a jamais rien accompli de son existence minable. » répondit Dolores avec dégoût.

« Et votre mère ? »

Dolores serra les lèvres, faisant de tout son possible pour ne pas répondre. Ses membres commencèrent à trembler.

« Vous essayez de nous cacher quelque chose, Dolores ? Il ne sert à rien de résister, vous êtes en train de vous faire du mal. »

« Une bécasse mal-née sans rien dans la tête. Elle était incapable de gérer un foyer convenablement. La meilleure décision de sa vie a été de nous quitter pour retrouver ses semblables. » soutint Dolores avec emportement.

Parler de ses parents, des individus qu'elle détestait jusqu'à la moelle, la mettait toujours hors d'elle.

« Ses semblables ? » répéta Blaise, l'air confus.

« Des Moldus ! » hurla Dolores avant de pouvoir s'empêcher.

Blaise et Daphné échangèrent un regard qu'elle imagina choqué.

« Des Moldus ? » répéta Daphné d'une voix lente. « Votre mère était Moldue ? »

Elle laissa échapper un juron d'une vulgarité rare. Puis soudainement, elle se tourna vers Dolores.

« Cela fait de vous une Sang-Mêlé. » déduisit-elle avec effarement, comme si elle peinait à le croire.

Des larmes de rage se formèrent au coin des yeux de Dolores. Elle était parvenue à cacher le secret sur ses origines depuis des décennies. Elle avait fait falsifier ses documents familiaux, s'était inventée des liens avec des familles de Sang-Pur reconnues et avait coupé les ponts avec toutes les personnes de sa jeunesse pour s'assurer que personne n'apprendrait ses origines douteuses.

Elle vouait une haine profonde à ses géniteurs. Son père était un paresseux pitoyable et sa mère une gourgandine frivole et désordonnée. À leur divorce, Ellen était retournée vivre parmi les Modus en compagnie de son fils, abandonnant sa fille. Pendant toutes ces années, elle n'avait jamais tenté de contacter Dolores, et l'avait laissée prendre la responsabilité de son père ivrogne.

« Sourdinam. » énonça Daphné en direction de la nuque de Dolores. « L'école vous remercie pour ces révélations bouleversantes, Dolores. »

Elle se dirigea vers la porte du bureau, Blaise sur ses talons. Une nouvelle fois, la commode se mit à qui commença à vibrer frénétiquement.

« Qu'est-ce qu'i l'intérieur ? » demanda Dolores, la gorge sèche et les yeux terrorisés.

Daphné agita sa baguette en direction de la commode, libérant la créature qui s'y trouvait.

« Profitez-de votre confinement. » dit-elle d'une voix guillerette avant de quitter la pièce.

/

« Faut-il embrasser beaucoup de grenouilles avant de trouver un Prince ? » lança la voix traînante de Draco Malfoy, la sortant de sa léthargie. « Lecture intéressante. »

Elle referma son magazine et leva les yeux dans sa direction.

« Dois-je le prendre personnellement ? » demanda Draco, levant un sourcil.

« Non, à moins que tu sois une grenouille ? » suggéra-t-elle d'un ton neutre.

« Étant donné que tu m'as embrassé à plusieurs reprises ces dernières semaines, j'ai tendance à le prendre personnellement, Lovegood. » poursuivit-il.

« Navrée de l'entendre. » répondit Luna d'une voix joyeuse.

Elle décroisa les jambes, s'étirant longuement sur l'herbe épaisse du parc de l'école. Elle repositionna ses lunettes de soleil favorites ornées de pierre vertes, l'une de ses créations. Le soleil tapait particulièrement fort aujourd'hui, et elle ferma les yeux, savourant la sensation sur son visage.

« Tu sais Lovegood, ce n'est pas une façon de traiter tes soupirants. » reprit Draco en s'installant à ses côtés dans l'herbe.

Il jeta un regard derrière lui, comme s'il s'attendait à ce que quelqu'un surgisse soudainement derrière un arbre. Luna afficha une expression désolée.

« Je ne pensais pas te vexer. Après tout, tu n'es pas un modèle d'amabilité avec tes conquêtes. » ajouta-t-elle.

Elle avait lancé cela d'un ton neutre, comme s'il s'agissait d'une simple affirmation.

« Du moins c'est ce qu'elles disent. » ajouta Luna.

« Des critiques venant d'anciennes amantes éconduites. Rien de très objectif. » assura-t-il en balayant l'air avec sa main.

Il jeta à nouveau un regard derrière puis continua :

« Et crois-moi, lorsque je suis avec une fille, je la traite comme si elle était la seule femme au monde. » assura-t-il avec un clin d'œil.

Il sembla ensuite se remémorer un souvenir désagréable.

« Le problème, c'est qu'elles ne comprennent pas que lorsque c'est terminé, il n'y a plus rien à ajouter. Nous avons vécu d'excellents moments, mais il est temps de passer à autre chose. » ajouta-t-il en haussant les épaules.

« Peut-être que ça aiderait si tu étais honnête avec elle dès le départ ? » suggéra Luna.

Il secoua la tête.

« Ça saboterait mes chances. » dit-il en tournant la nuque pour observer un point derrière son épaule.

« Tu t'es fait piqué par un Chizpurfle ? » demanda Luna avec intérêt en s'approchant de la nuque de Draco pour l'observer avec attention.

« Quoi ? » demanda-t-il, confus.

« En général, ils provoquent une élasticité de la peau. » expliqua Luna avec sérieux. « Tu n'arrêtes pas de tourner la nuque, tu as peut-être été piqué. »

« Non, j'essaie d'éviter quelqu'un. » dit-il, d'un ton ennuyé. « Ombrage m'a assigné Orla Quirke. C'était amusant au début, mais elle est devenue une vraie plaie. »

Luna l'écoutait distraitement, les yeux toujours rivés sur sa nuque, à la recherche d'une piqure de Chizpurfle. Sa peau semblait toutefois intacte.

« Lovegood, c'est la pire tentative de flirt à laquelle j'assisté dans ma vie. » fit remarquer Draco avec un rictus. « Tu aurais pu me le dire si tu voulais qu'on s'emballe. »

Et sans lui laisser le temps de répliquer, il posa ses lèvres sur les siennes et lui donna un baiser particulièrement passionné. Lorsqu'il s'écarta d'elle, Luna resta chancelante quelques secondes.

« J'espère que ton Prince fera mieux que ça. » dit-il avec un sourire arrogant avant de se relever puis de s'éloigner en direction du château.

Lorsque Luna entra dans sa salle commune, elle était encore dans les nuages mais fut rapidement ramenée à la réalité lorsque Ginny lui attrapa le bras, l'entrainant vers la porte.

« Où étais-tu ? » demanda Ginny d'un ton ennuyé. « On s'était mises d'accord pour se rejoindre il y a une demi-heure. »

« Dans le parc. » répondit Luna d'un ton rêveur alors qu'elles passaient le trou du portrait et s'engageaient dans les couloirs.

« Encore avec Malfoy, je suppose ? » devina Ginny.

Luna hocha la tête.

« Tu sais Luna, je pourrais te donner au moins cinquante bonnes raisons pour lesquelles ce garçon n'est pas pour toi. Malheureusement, je n'ai pas le temps. » ajouta Ginny.

Comme à son habitude, depuis ces dernières semaines, Ginny était à cran. Elle semblait constamment à fleur de peau. Luna comprenait son sentiment. Elle était sans nouvelles d'Harry Potter, son petit-ami, depuis des semaines. Il était en cavale, inlassablement pourchassé par les sorciers les plus dangereux du pays. D'autre part, la situation actuelle à Poudlard n'était pas une source de quiétude et depuis qu'ils avaient reformé l'A.D, beaucoup d'élèves plaçaient leur espoir sur Ginny. Elle était probablement sous pression. Luna tentait de l'aider autant qu'elle pouvait mais elle se sentait parfois impuissante face au désarroi de Ginny.

Elles se retrouvèrent rapidement dans la Salle sur Demande, désormais habitée par une trentaine d'élèves. Ils s'étaient tous attirés les foudres d'Ombrage, des Carrow ou bien des membres de la Brigade Inquisitoriale. L'endroit ressemblait désormais à une colonie de vacances.

« Vous voilà, enfin. » lança Neville dès qu'il les vit entrer.

« Luna faisait du tourisme dans le parc. » répondit Ginny.

Luna les vit échanger un regard entendu.

« Malfoy ? » devina Neville.

« Qui d'autre ? » déclara Ginny.

« Vous savez, Draco est plus intéressant que ce qu'il laisse penser. » intervint Luna.

« Personne n'en doute, Luna. » répondit Ginny avec ironie. « Je parie que le fond de sa gorge est particulièrement captivant. »

Neville laissa échapper un rire mais s'interrompit immédiatement en apercevant les sourcils froncés de Luna.

« Passons aux sérieuses. » dit-il en se raclant la gorge. « Ginny, tu as pu tout récupérer ? »

Ginny hocha la tête puis commença à trifouiller dans son sac qui avait fait l'objet d'un sort d'Extension indétectable. Elle en sortit une boite d'où provenait des sons étouffés.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Luna.

« Un Épouvantard. Je l'ai récupéré dans l'un des cachots. » expliqua-t-elle. « D'ailleurs Nott et Zabini m'ont vu traîner dans les cachots, j'espère qu'ils ne feront pas le rapprochement. »

« Il reste encore de la place, ici. » lança Neville en haussant les épaules. « Hey Dean ? »

Dean Thomas sauta de son hamac et les rejoignit.

« Il est temps ? » demanda-t-il.

Neville acquiesça gravement. Dean lui tendit alors les deux masques représentant le visage d'Ombrage qu'il avait créés.

« Bon courage, tout le monde apprécie l'effort que vous faites pour la cause. » déclara Dean en posant une main sur l'épaule de Neville.

« Nev, je peux récupérer ton hamac si vous vous faites prendre ? » demanda la voix de Seamus Finnigan, non loin d'eux, sur le ton de la plaisanterie.

« Désolé, je l'ai déjà promis à Dean. Il me l'a demandé en premier. Après tout, c'est lui qui a créé ces masques. » répondit Neville.

Dean esquissa un sourire contrit, avant de s'éloigner en direction de son meilleur ami.

« Il nous reste deux heures pour nous introduire dans le bureau et tout préparer. C'est bientôt l'heure de ses potions calmantes. » rappela Ginny.

Après leur infiltration de la Brigade Inquisitoriale, ils avaient observé les habitudes quotidiennes de Dolores Ombrage. Les Serpentard n'avaient pas menti, Ombrage suivait un emploi du temps d'une discipline militaire.

« Nous avons le Veritaserum que m'a donné Rogue, la clé du bureau, l'Épouvantard, les masques. » compta Ginny, semblant anxieuse. « Je crois que nous sommes prêts. »

« Tu as encore le Polynectar que t'as donné Rogue ? Il restait une fiole, n'est-ce pas ? » demanda Luna.

« Oui, pourquoi ? » s'étonna Ginny.

« Tu as dit que Nott et Zabini t'avaient vu dans les cachots. Après tout ça, ils pourront facilement faire le rapprochement. » élucida Luna.

Ginny continua de l'observer, l'air confus, ne voyant visiblement pas où elle voulait en venir.

« Je pourrais prendre ton apparence et être sûre que la Brigade Inquisitoriale te voie pendant que vous êtes dans le bureau d'Ombrage. Je pourrais être ton alibi. »

« Ce n'est pas une mauvaise idée. » fit remarquer Neville.

Ginny, elle, ne semblait pas emballée, mais Luna vit dans son regard qu'elle n'avait pas l'énergie de contester.

« Très bien. » accepta-t-elle finalement.

Elle fouilla dans son sac et en sortit la dernière fiole de Polynectar. Elle tira ensuite l'une de ses longues mèches rouges puis les tendit à Luna. Cette dernière les plaça soigneusement dans sa poche.

« Bonne chance. » lança Luna en étreignant Ginny, puis Neville.

Elle espérait que tout se passerait au mieux pour eux. Après avoir reçu des encouragements de la part de tous les élèves présents dans la Salle sur Demande, Ginny et Neville quittèrent la pièce.

« Je n'arrive pas à croire qu'ils vont confronter Ombrage. » murmura Dennis Creevey, les yeux pleins d'admiration.

« Ils vont se faire attraper. » lança Seamus, sur le ton de l'évidence.

« À votre avis, comment les punira Ombrage, si c'est le cas ? » interrogea Dean d'un ton curieux.

« Un mois de confinement dans les cachots. » dit Colin Creevey.

« Ils seront probablement déclassés et deviendront les larbins personnels de Crabbe et Goyle. » ajouta Seamus. « Je ne sais pas ce que je préférerais, sincèrement. »

Toute la pièce sembla réfléchir. Après quelques secondes, tout le monde sembla s'accorder sur le fait qu'un mois de confinement dans les cachots était préférable à se faire assigner Crabbe et Goyle comme ''mentors.''

Deux heures après le dîner, comme prévu, Luna avala le Polynectar dans son dortoir. Le goût de la potion lui rappela vaguement de la réglisse et quelques secondes plus tard, elle observa les traits de Ginny Weasley dans le reflet du miroir. La sensation était étrange mais elle ne s'attarda pas plus longtemps dans la pièce. Elle avait un temps limité pour se faire voir par le maximum de membres de la Brigade. Le couvre-feu avait déjà sonné et elle savait qu'ils faisaient leurs rondes habituelles dans les couloirs dans l'espoir de trouver des élèves hors de leur dortoir pour les punir.

Au bout d'à peine dix minutes dans les couloirs, elle croisa Théodore Nott.

« Weasley, je te rappelle qu'il est interdit de traîner dans les couloirs à cette heure-ci. » dit-il d'un ton glacial.

« Tu vas me donner une retenue ? » demanda Luna, d'une voix réjouie.

« Exactement, profite bien de ton confinement, Weasley. » indiqua Nott avec un rictus moqueur. « Allez, bouge, tu es supposée être dans ta salle commune avec les autres traitres à leur sang. »

Il fit signe à Luna de le suivre. Arrivés devant un escalier, il se tourna dans sa direction et lança :

« Tu recevras ton invitation pour les cachots demain sans faute. » assura-t-il d'une voix mauvaise avant de s'éloigner.

Luna l'observa tandis que sa silhouette disparaissait à l'étage inférieur et elle retint un soupir de soulagement.

« Désolée, Ginny. » pensa-t-elle.

Ginny ne serait probablement heureuse d'écoper d'une retenue mais elle possédait désormais un alibi solide. Luna reprit sa marche, d'un pas tranquille.

Après quelques secondes, elle entendit distinctement des pas qui n'étaient pas les siens. Elle ralentit le pas et les pas semblèrent également s'arrêter. Elle réalisa qu'on la suivait. Elle continua sa marche, puis lorsqu'elle vit une alcôve se profiler non loin d'elle, elle s'y engouffra.

Elle entendit les pas reprendre de manière plus rapide et lorsqu'elle les entendit se rapprocher de sa cachette, elle en sortit. Elle se retrouva face au visage surpris d'Emelyn Hawke. Elle l'observa d'un air tranquille, détaillant son visage avec réflexion. Elle savait que derrière cette apparence candide se trouvait Hermione Granger.

Luna ne l'avait jamais vraiment connue. Hermione Granger était l'une de ces élèves populaires jalousée de tous et qui n'accordait aucune attention à des personnes comme Luna. Les seules interactions qu'elles avaient échangées se résumaient probablement à des regards de pitié et de mépris de la part de Granger à son égard. Ginny avait passé de longues heures à lui raconter ses déboires avec cette fille, et Luna savait qu'elle n'était qu'une source d'ennuis.

« Tu me suis ? » demanda Luna, avec calme.

Pourquoi Hermione éprouvait-elle le besoin de suivre Ginny ? N'avait-elle pas déjà obtenu ce qu'elle voulait de sa part ? Elle avait saboté sa relation avec Harry Potter et l'avait rendu détestée des autres élèves de l'école. Hermione l'observa avec une expression que Luna trouvait étrange. Cela ressemblait presque à de l'attachement.

« Ça fait un bail. » dit-elle simplement. « Comment vas-tu ? »

Luna, surprise de sa question, lui adressa un regard hésitant. Elle savait que Ginny ne serait pas heureuse à l'idée qu'elle communique avec Hermione Granger sous son apparence.

« Bien. » répondit, finalement Luna. « Je peux t'aider ? »

« Je veux simplement qu'on parle. » répondit Hermione.

Luna put déceler de la sincérité dans ses paroles. Elle se détendit.

« De ? » demanda Luna.

Elle vit Hermione hausser les épaules. Elle secoua soudainement la tête et ses yeux devinrent fuyants. Elle semblait nerveuse.

« J'ai une question. » demanda soudainement Luna, avant de pouvoir s'en empêcher. « Pourquoi avoir trahi l'amitié de quelqu'un qui tenait réellement à toi ? »

Elle s'était toujours demandée pourquoi Hermione avait consacré autant de temps et d'énergie pour faire du mal à Ginny Weasley. Sa relation avec Harry Potter était probablement la raison principale, mais Luna était persuadée qu'il y avait autre chose, un secret plus profond, que Ginny ne souhaitait pas lui révéler.

« Arrête. » dit Hermione en posant une main sur sa tempe, comme si elle était douloureuse.

« Que j'arrête quoi ? » demanda Luna avec étonnement.

Hermione semblait présente physiquement mais son esprit paraissait totalement déconnecté. Luna avait presque l'impression qu'elle s'était adressée à quelqu'un d'autre.

« Que j'arrête quoi ? » insista-t-elle tout de même.

« Non… » chuchota Hermione à voix basse. « Laisse-moi… »

Elle avait prononcé ces paroles d'un ton implorant. Un malaise envahit immédiatement Luna. Hermione ne paraissait pas dans son assiette.

« Je m'en vais. » dit Luna avant d'esquisser un geste pour s'éloigner. Ses yeux s'agrandirent de surprise lorsqu'elle sentit la main d'Hermione attraper son bras.

« Je veux juste qu'on parle. » insista-t-elle avec désarroi.

« Je pense que tu devrais aller à l'infirmerie. » suggéra Luna d'une voix qu'elle tenta de rendre détachée.

En son for intérieur, toutefois, elle commençait à s'alarmer sérieusement.

« Je vais bien. » répliqua Hermione avec une soudaine agressivité soudaine.

Elle hocha la tête, comme si elle approuvait des paroles silencieuses. Puis Hermione posa la main sur sa nuque et toucha un bijou pendu à son cou. Luna observa l'opale centrale avec curiosité. Elle avait déjà vu cet objet quelque part. Elle n'était toutefois pas là pour s'extasier sur sa parure et elle tenta de dégagea son bras de l'emprise d'Hermione. Cette dernière resserra sa prise, l'empêcher de s'échapper. Leurs regards se croisèrent et la panique envahit Luna. Il y avait quelque chose dans son regard, une lueur déchainée, qui n'annonçait rien de bon.

« Lâche-moi. » ordonna Luna.

« Je ne peux pas, Ginny. » murmura Hermione d'un ton accablé. « Je n'ai pas le choix, tu dois comprendre. »

Son autre main saisit celle de Luna, emprisonnant son poignet. Luna était affolée par la situation, mais elle savait qu'elle devait garder son calme devant Hermione. Elle s'efforça de prendre un air compréhensif.

« Je…je vais t'écouter, entendu ? Mais lâche-moi, d'accord ? » dit-elle d'un ton qu'elle tenta de rendre rassurant.

Hermione sembla se calmer immédiatement en entendant les paroles de Luna. Elle paraissait au bord des larmes.

« Je ne voulais pas qu'on en arrive là. » avoua Hermione, la voix tremblante. « Tu as tout gâché, Ginny. C'est moi que tu aurais dû choisir. »

Elle relâcha Luna, qui resta immobile sous le choix de ses paroles. « C'est moi que tu aurais dû choisir. » avait-elle dit.

Se pouvait-il qu'Hermione ait des sentiments envers Ginny ? Cela expliquerait tellement de choses, pensa Luna. Cela signifiait également que Ginny n'était pas en sécurité face à elle, surtout dans son état actuel, proche du désespoir. Luna leva sa baguette et la tendit dans sa direction.

« Ne t'approche plus de moi. » dit-elle d'une voix tremblante.

Puis elle se retourna et s'empressa de s'éloigner, désireuse de d'écarter au plus vite de sa présence pesante.

« Stupéfix. » entendit-elle soudainement dans son dos.

Le sort ne l'atteint pas et ricocha à peine sur son bras. Luna se retourna, ébahie, sa baguette brandie. Hermione l'attaqua de nouveau, lui envoyant à maléfice Cuisant. Cette fois, Luna était préparée et elle érigea un bouclier, contrant facilement le sortilège. Elle l'assaillit d'une série de sortilèges mais Hermione fonça tête baissée derrière une statue et les sortilèges de Luna firent exploser la tête de la statue, faisant expulser de larges morceaux de pierre dans toutes les directions.

« Arrête ! » hurla Luna. « Je ne veux pas te faire du mal ! »

Hermione ne semblait même pas l'écouter.

« Laisse-moi. » gémit Hermione, comme si elle s'adressait à une personne invisible.

Luna lança un sort de Lévitation dans sa direction et Hermione se retrouva projetée en l'air, dans l'impossibilité de s'échapper. Sa baguette tomba au sol.

Avec horreur, Luna l'observant tandis qu'elle tenait son visage dans ses mains et gémissait bruyamment, comme si elle était éprise d'une migraine insoutenable. Luna s'approcha, ne sachant pas comment agir. Des larmes étaient apparues dans les yeux d'Hermione et un élan de pitié parcourut Luna.

« Aide-moi… » murmura Hermione d'une voix si basse que Luna n'était pas certaine que les paroles lui étaient destinées.

Elle cessa soudainement de bouger et hocha la tête. Son regard était devenu vide. Jamais de sa vie Luna n'avait quelqu'un paraitre aussi vulnérable. Les yeux de Luna s'écarquillèrent de stupeur lorsqu'Hermione tomba au sol. Impossible, pensa Luna. Elle n'avait pas lancé le contre-sort.

« Comment as-tu fait ça ? » demanda Luna, avec effarement. « Comment tu t'es libérée de mon sort ? »

Encore sous le choc, Luna réalisa trop tard qu'Hermione venait de ramasser sa baguette tomée au sol et elle n'eut pas le temps de réagir lorsqu'elle hurla un sort dans la direction de Luna.

« SECTUSEMPRA ! »

Son sortilège atteignit le bras de Luna et elle fit quelques pas en arrière, surprise par la violence du sort. Elle sentit une douleur insoutenable sur ses bras, comme si quelqu'un arrachait sa peau avec un objet tranchant, l'entaillant profondément jusqu'à sa chair. Un cri de panique surgit de sa gorge lorsqu'elle vit ses vêtements se maculer de sang.

Elle vit Hermione se ruer dans sa direction et elles tombèrent sol, la baguette de Luna roulant non loin d'elles. Luna tenta d'envoyer un coup en direction du visage de son assaillante. Son poing serré toucha la mâchoire d'Hermione mais cela ne fut pas suffisant pour qu'elle lâche prise.

Luna sentit une douleur atroce dans ses membres lorsqu'Hermione écrasa son bras entaillé. La douleur était insoutenable pour Luna et elle se sentit au bord de l'inconscience. Des mains se refermèrent autour de sa nuque, lui provoquant un hoquet.

Je vais mourir, pensa Luna, démunie.

Alors que la douleur l'envahissant, des visages apparurent dans son esprit. Ceux de son père, de Neville Londubat de de Ginny Weasley qui lui souriaient chaleureusement. Elle réalisa avec horreur qu'elle ne reverrait peut-être plus.

Cette pensée lui donna un aplomb soudain et elle leva son bras valide, tentant de frapper Hermione. Ses doigts griffèrent violemment son visage, et elle sentit un morceau de peau sous ses ongles.

Luna tenta de se débattre de toutes ses forces, pour se raccrocher à la vie et aux visages de ses proches. Ses yeux embrumés croisèrent ceux d'Hermione. Elle paraissait possédée, et ses yeux ne montraient désormais plus aucune émotion.

« Hermione. » murmura Luna, entre ses suffocations.

L'appel sembla ébranler Hermione et Luna sentit sa prise se desserrer. Puis une rage intense apparut dans ses yeux et ses mains se resserrent à nouveau autour de la nuque de Luna.

Les visages commencèrent à disparaitre lentement de l'esprit de Luna et des larmes apparurent dans ses yeux. Ces derniers mois avaient été les meilleurs de sa vie. Elle avait enfin des amis. Ils lui avaient montrée qu'elle aussi méritait d'être aimée et soutenue. Les circonstances qui les avaient rapprochés n'avaient pas été particulièrement heureuses. Cependant, pour rien au monde, elle ne les aurait changées. Son esprit divagua ensuite sur le visage de Draco Malfoy. Aurait-elle, un jour, eu sa chance avec lui ? Quel genre de vie aurait-elle vécu ? Aurait-elle eu des enfants, des petits enfants ?

Tout cela n'importait plus, pensa Luna alors qu'elle arrêtait de se débattre. Si mourir aujourd'hui signifiait qu'elle protégeait les gens qu'elle aimait le plus, elle était prête.

Immédiatement, un visage qu'elle pas vu depuis des années, apparut dans son esprit. Sa mère, souriante, accueillante, aimante. Un bonheur immense l'envahit alors qu'elle réalisait qu'elles allaient enfin se retrouver.

Ce fut la dernière pensée de Luna Lovegood alors que la vie abandonnait définitivement son corps.

Fin du Chapitre

Luna… ; _ ;