Note de l'Auteure :

Ce chapitre est extrêmement long (sérieux - vraiment vraiment long !) Je dirais qu'il représente environ 3 heures 30 de lecture. J'ai essayé de marquer les pauses à des endroits stratégiques au niveau de l'intrigue pour faciliter une lecture en plusieurs fois.

D'autre part, j'insiste sur le caractère particulièrement dérangeant/violent de certains passages de ce chapitre. Le rating Mature s'applique particulièrement ici.

Je remercie Dumby95 encore une fois pour sa relecture et correction de ce chapitre (t'es le meilleur !)

Bonne lecture !

Chapitre XIII. L'Avocat du Diable

« Je répète ma question, où est Harry Potter ? »

La voix de Travers, menaçante, résonna dans toute la pièce, provoquant un écho sonore. Il faisait face à un homme suspendu par les poignets à l'aide de cordes acérées. Des liens lui entouraient fermement les mains et les pieds, limitant sa capacité à bouger. Son visage était désormais à peine reconnaissable, endommagé par les longues heures de torture qu'il avait enduré.

Posté près de l'encadrudre de la porte barricadée, Rodolphus Lestrange observait le prisonnier, une expression frustrée sur le visage. Cela faisait bientôt quarante-huit heures qu'il était en captivité et Rodolphus ne put s'empêcher d'admirer sa résistance psychologique.

Il avait été privé de nourriture, d'eau et de sommeil. On l'avait également forcé à rester immobile dans des positions inconfortables, sous une lumière aveuglante perpétuelle. Son corps affichait désormais les stigmates de profondes mutilations. La surface de sa peau était brulée et des entailles caverneuses étaient visibles sur ses membres. Faute de soin, certaines blessures s'étaient infectées, causant l'apparition d'abcès et de pus.

L'homme n'avait pas énoncé le moindre mot depuis le début de sa captivité. Cela avait provoqué le courroux de Travers qui avait redoublé d'efforts pour faire souffrir l'homme. Les seuls sons qui sortaient de sa gorge étaient des gémissements de douleur.

Rodolphus sortit de sa léthargie lorsqu'il entendit Travers éructer un cri de rage. Il vit ce dernier brandir sa baguette en direction du prisonnier dont le corps commença à trembler de façon incontrôlée, comme s'il recevait une violente décharge. Quelques secondes plus tard, il cessa de convulser et son corps balança pathétiquement dans le vide. Travers s'approcha de lui et posa sa baguette sur sa nuque.

« Mort ? » demanda Rodolphus.

« Inconscient. » répondit Travers en se détournant de l'homme.

Travers s'avança dans sa direction, arborant un air soucieux que Rodolphus ne lui connaissait pas.

« Je n'ai jamais vu un homme résister aussi longtemps. » admit Travers.

« Dans ce cas-là, il va falloir essayer d'autres méthodes et sortir des sentiers battus, Travers. » lança Rodolphus d'un ton glacial. « C'est un membre éminent de l'Ordre du Phénix, il sait où se trouve Potter, j'en suis persuadé. »

« Et s'il ne dit rien ? Il ne tiendra pas longtemps si je continue sur cette lancée. » fit remarquer Travers.

Rodolphus s'apprêtait à répliquer lorsqu'il sentit une brûlure intense au niveau de son avant-bras. Il tira la manche de sa robe de sorcier, faisant apparaitre la Marque des Ténèbres. Le tatouage luisait faiblement, comme à chaque fois qu'il était convoqué par le Seigneur des Ténèbres.

La brûlure de la Marque s'intensifia et il réprima un gémissement de douleur. Plus il résistait à l'appel, plus la douleur était ardente. Sans le moindre commentaire en direction de Travers, Rodolphus transplana dans un ''pop'' sonore. Il apparut dans une salle de réunion dans laquelle se dressait une longue table en bois ancien. Il constata que d'autres Mangemorts apparaissaient à leur tour dans la pièce.

« Que se passe-il ? » demanda Corban Yaxley, les sourcils froncés.

Rodolphus haussa les épaules, observant les Mangemorts dans la pièce avec appréhension. Il s'agissait uniquement des fidèles formant le cercle restreint du Seigneur des Ténèbres. Une porte s'ouvrit à la volée et Lord Voldemort pénétra dans la pièce, faisant face à ses fidèles, un air de contrariété extrême défigurant son visage creusé. Bellatrix Lestrange pénétra dans la pièce à sa suite, telle une ombre. Elle ne prit pas la peine de jeter un regard dans la direction de son mari.

Habitué à cette attitude de la part de son épouse, il ne s'en formalisa guère et reposa son attention sur le Seigneur des Ténèbres dont la tempe tremblait imperceptiblement, signe évident d'agacement.

« Hier soir, Harry Potter a été aperçu au Ministère de la Magie. » annonça-t-il d'une voix glaciale.

Des murmures s'élevèrent parmi la douzaine de fidèles présents dans la pièce.

« Potter est recherché par notre collectif ainsi que tous les Aurors du Royaume-Uni. » indiqua-t-il d'une voix lente.

Il commença à parcourir la pièce d'un pas feutré, observant chacun de ses fidèles.

« Potter, le dissident le plus recherché du Royaume-Uni a réussi à vagabonder sans difficulté dans un bâtiment à haute sécurité sans être appréhendé. » poursuivit-il, un rictus au coin des lèvres.

Il s'arrêta devant Yaxley, dardant sur lui un regard noir.

« A votre avis, quel genre de message cela transmet-il ? » demanda-t-il entre ses dents.

Ses yeux sombres défilaient sur tous les occupants de la pièce, comme s'il s'attendait à ce que l'un d'eux réponde à sa question. Personne n'osa prendre la parole. Rodolphus vit des gouttes sueur perler sur la nuque de Yaxley. Ce dernier avait été nommé Directeur du Département de la Justice Magique lors de la prise de pouvoir. Il était responsable de la sécurité du Ministère et coordonnait le Bureau des Aurors.

« Cela signifie que je suis entouré par des incompétents. Une bande de plaisantins incapables de trouver un garçon de dix-sept ans. » assena-t-il, d'une voix emplie de révulsion.

Il brandit soudainement sa baguette et Rodolphus vit plusieurs Mangemorts tressaillir devant son geste. Le Seigneur des Ténèbres était connu pour sa nature impulsive. Il avait déjà ôté la vie pour de simples contrariétés. À la vue des visages pâles et des expressions angoissées, chacun des Mangemorts présents dans la pièce en avait pleinement conscience.

« Harry Potter pense qu'il peut me défier. Chacune des attaques de son groupe de rebelles est un affront supplémentaire. » cracha-t-il d'un ton hargneux. « Et pendant ce temps-là, mes fidèles paradent sans se soucier du monde tandis que mon régime est menacé par une bande d'adorateurs de Moldus. »

Sa mâchoire se contracta et il laissa échapper une exclamation de rage.

« M-m-maître… Rookwood était de garde. Il était supposé arrêter Potter et ses compagnons. Il s'est laissé désarmer et l'a laissé s'échapper. » lança la voix de Corban Yaxley.

Rodolphus ne fut pas surpris de l'attitude de Yaxley. Pour sauver sa peau, il n'aurait aucun scrupule à donner Augustus Rookwood en pâture aux fauves. Il aurait probablement vendu sa propre mère s'il savait que cela lui rapportait quelque chose de valeur en échange. Rodolphus jeta un regard bref aux autres Mangemorts dans la pièce. Il constata que Rookwood n'était pas présent pour se défendre face aux accusations.

« Maître. » intervint soudainement Rodolphus.

Ce dernier reçut des regards interloqués de la part des autres Mangemorts. Bellatrix leva les yeux vers lui, l'observant avec hauteur. On aurait pu s'attendre à ce que Bellatrix montre un peu d'attachement envers son époux. Lorsqu'elle regardait Rodolphus, toutefois, c'était avec un mélange d'agacement et de mépris constants. Le regard d'une femme qui s'était contentée d'un deuxième choix.

« Il y a eu quelques…progrès, Maître. » poursuivit Rodolphus avec hésitation.

Lord Voldemort leva ses yeux sombres dans sa direction, l'invitant à poursuivre :

« Un proche d'Harry Potter a été capturé. Il s'agit d'un membre important de l'Ordre du Phoenix. Il est actuellement interrogé. » expliqua Rodolphus d'une voix ferme.

Il sentit soudainement une douleur aigue près du côté gauche de sa tête. Le Seigneur des Ténèbres tentait de sonder son esprit mais ses défenses naturelles essayaient de lutter face à la force de l'invasion. Rodolphus retira ses barrières mentales, donnant l'accès total au Lord. Lorsqu'il sortit de son esprit, Lord Voldemort arborait un rictus.

« Enfin une nouvelle intéressante. » dit-il, semblant jubiler. « Mène-moi au prisonnier. »

Rodolphus acquiesça et son regard croisa celui de son épouse. Il put reconnaitre quelque chose dans son regard – de la jalousie, semblait-il.

« Laissez-moi vous y accompagner, Maître. » intervint-elle.

Lorsqu'elle s'adressait au Seigneur des Ténèbres, l'adoration était discernable dans sa voix. Rodolphus ne put s'empêcher d'éprouver du ressentiment. Les seules fois où elle témoignait de l'attachement envers lui, c'était uniquement parce qu'elle souhaitait obtenir quelque chose. Tout son respect, sa considération et son attention étaient portés vers le Lord, l'homme qu'elle désirait secrètement.

Ils transplanèrent devant une grange abandonnée de Great Houghton, dans le South Yorkshire. Dans l'obscurité, le bâtiment paraissait plus glauque qu'à l'accoutumée. Une pluie torrentielle s'était abattue sur la ville et la pleine lune luisait distinctement dans le ciel. Leurs pieds s'enfonçaient dans la terre humide alors qu'ils s'avançaient devant la large bâtisse.

Le Seigneur des Ténèbres menait la marche et il ne sembla pas la remarquer lorsque Bellatrix posa une main sur l'avant-bras de Rodolphus, l'intimant à ralentir.

« Pourquoi ne suis-je pas au courant ? » demanda-t-elle avec irritation entre ses dents.

« Travers ne connaissait pas son identité lorsqu'il l'a capturé. Je l'ai reconnu en venant ici, il y a quelques heures. »

« Tu aurais dû me prévenir immédiatement. » dit-elle d'une voix furieuse.

« Pour que tu puisses faire le rapport toi-même, j'imagine ? Tu ne rates jamais une occasion de vouloir te faire remarquer. » lança Rodolphus avec sarcasme.

Il pouvait apercevoir la fureur dans les yeux sombres de son épouse. Une partie de lui appréciait la faire sortir de ses gonds. Face à son indifférence, la colère était préférable. Il avait presque l'impression de pouvoir lui faire ressentir une véritable émotion.

En guise de réponse, elle lui adressa un regard empli de mépris puis accéléra le pas, à la suite du Seigneur des Ténèbres.

Lorsqu'ils arrivèrent à l'entrée de la grange, ce dernier agita sa baguette, faisant coulisser la large entrée de celle-ci. Étrangement, l'intérieur de la pièce était plongé dans l'obscurité et il ne distinguait pas ses alentours.

« Travers ? » demanda Rodolphus, sa voix résonnant dans un silence morbide.

A ses côtés, il entendit la voix de Bellatrix murmurer un sort et une lumière brillante émana de sa baguette, éclairant la pièce.

Rodolphus conjura de la lumière à son tour et ses yeux tombèrent sur une silhouette inerte au sol. Lorsqu'il s'approcha, Rodolphus reconnut les vêtements de Travers. L'homme paraissait inconscient.

« Travers ? » répéta-t-il, hésitant.

Il s'agenouilla et tira son bras pour le retourner. Un cri de dégoût sortit de sa gorge alors qu'il observait le visage de l'homme. Sa face avait été déchiquetée et un trou béant rempli de chair et de sang était visible.

« Il est mort.» annonça Rodolphus, d'une voix grave.

Un silence suivit ses paroles. Surpris par leur manque de réactivité, il se retourna vers Bellatrix et Lord Voldemort. Leurs dos étaient tournés, faisant face à quelque chose.

Un grondement résonna dans la nuit noire.

/

Hermione observait la porte close du bureau les yeux vides. Elle était assise sur le sol glacé, le dos appuyé contre l'un des pieds du bureau de Rogue. Elle ne savait pas depuis combien de temps il avait disparu, la laissant seule. Elle avait l'impression d'avoir été sortie de force d'un cauchemar. Malheureusement pour elle, elle aurait préféré se trouver dans ce cauchemar plutôt que faire face à cette réalité difficile.

Ginny Weasley était morte et elle en était l'unique responsable.

Cette pensa lui retourna de nouveau l'estomac et ses yeux se remplirent de larmes. Ses sanglots redoublèrent lorsqu'elle réalisa qu'elle venait de perdre la seule personne qui comptait encore pour elle. Chacune des décisions et des actions qu'elle avait entreprises ces derniers mois étaient tournées autour d'un seul objectif, récupérer Ginny. Continuer valait-il même la peine ?

Sans Ginny, plus rien n'avait de sens.

La porte du bureau s'ouvrit à la volée, la faisant sursauter. Severus Rogue entra de nouveau dans la pièce. Lorsqu'elle lui avait annoncé la mort de Ginny, il avait paru profondément ébranlé. Son visage n'affichait désormais aucune émotion.

« Vous l'avez trouvée ? » demanda Hermione, à voix basse. « Est-elle… »

Elle s'interrompit, ne parvenant pas à terminer sa phrase. Sa voix lui parût étranglée et lointaine. Une lueur d'espoir avait grandi en elle lorsqu'elle avait vu le Professeur entrer dans la pièce, arborant un calme olympien.

« Miss Weasley nous a quitté. » annonça-t-il d'une voix grave.

L'espoir infime qui s'était insinuée en elle s'évanouit instantanément, remplacée par un pincement douloureux dans sa poitrine.

Il referma la porte derrière lui, avant de se diriger vers son bureau et s'installer sur le siège.

« Vous réalisez les implications de vos actes, Miss Granger ? » demanda-t-il d'une voix lente, étrangement calme.

Hermione resta silencieuse, alors que les paroles de Rogue résonnaient dans son esprit. Elle n'avait pas eu besoin de lui pour réaliser quoi que ce soit. Lorsque ses mains avaient relâché le corps sans vie de Ginny Weasley, la réalité l'avait frappée en plein visage.

« Dans quelques instants, son corps sera découvert. » continua Rogue d'un ton factuel. « Ils essaieront de comprendre ce qui s'est passé. Il leur faudra peu de temps pour vous retrouver. »

Hermione sentit la panique saisir chaque recoin de son esprit.

« Vous devez disparaître avant que l'on ne vous retrouve. » poursuivit Rogue avec placide.

« Je n'ai nulle part où aller, je ne peux pas quitter Poudlard. » articula Hermione avec difficulté.

Si elle s'éloignait de nouveau de l'enceinte de l'école, elle se risquait à une mort certaine. A cause de sort de Transfert, elle devait être à proximité de son corps originel. Malheureusement pour elle, elle ignorait où celui-ci se trouvait.

« Je vais vous aider. » annonça Rogue. « A une condition. »

Hermione leva les yeux vers lui, acquiesçant lentement. Elle n'avait plus d'autre choix, elle en était consciente.

Rogue sembla chercher quelque chose dans la poche de sa robe de sorcier et extirpa le Diadème de Rowena Serdaigle qu'il posa sur son bureau. Hermione observa l'objet avec attention. L'opale centrale luisait fébrilement. De nouveau, elle se sentit étrangement attirée par la parure.

« Miss Granger ! » s'exclama la voix de Rogue.

Hermione détacha avec réticence ses yeux du Diadème et reporta son attention sur Rogue qui la regardait les sourcils froncés.

« Je veux que vous me relatiez exactement ce qui s'est passé. Et je veux savoir d'où vient cet objet. » quémanda-t-il en désignant d'un geste de la tête le Diadème.

Après quelques instants d'hésitation, Hermione commença son récit. La douleur atroce qui l'avait saisie soudainement lors de la sortie à Pré-au-Lard, son escapade au repère des Mangemorts, ainsi que les révélations de Rodolphus Lestrange sur l'espérance de vie qui restait à Hermione. Rogue ne parut pas surpris et elle réalisa qu'il était probablement au courant depuis le début.

Elle lui relata son désespoir, la nécessité de trouver une solution et la conversation qu'elle avait surprise entre Ginny et Luna Lovegood au sujet du Diadème. A ces paroles, elle vit Rogue bouger dans son siège, l'air inconfortable. Il regagna toutefois bien rapidement son masque de froideur.

« Elle prétendait que Potter cherchait cet objet, qu'il pourrait l'aider dans sa lutte contre le Seigneur des Ténèbres. Je savais qu'il fallait que je le retrouve avant elle. Je pensais pouvoir m'en servir comme garantie contre les Mangemorts. » expliqua-t-elle, lui relatant sa discussion avec la Dame Grise.

« Le Seigneur des Ténèbres avait caché cet objet ? » demanda Rogue, avec surprise.

Hermione hocha la tête et ils observèrent le Diadème en silence pendant de longues secondes.

« Lorsque j'ai commencé à le porter, j'ai su immédiatement qu'il y avait quelque chose. » admit Hermione.

« Quelque chose ? » répéta Rogue, sans comprendre.

« Comme une présence. Je ne peux pas l'expliquer. Puis j'ai commencé à entendre cette…cette voix. »

« Une voix ? »

« Elle me parlait sans cesse, me murmurait des paroles horribles. J'ai commencé à avoir des absences… Et ce soir, je… »

Elle ne termina pas sa phrase et la vision du corps de Ginny Weasley s'imposa dans son esprit. Les larmes remplirent à nouveau ses yeux déjà rougis.

« Vous devez m'aider. » plaida-t-elle entre deux sanglots, le regard implorant.

Rogue l'observa longuement, comme s'il mesurait le pour et le contre. Après quelques instants, il se releva.

« Suivez-moi, Miss Granger. Je vais vous mener à votre corps. » annonça-t-il.

/

La porte claqua d'un coup sec, faisant sursauter Philippa Rakepick. Le Ministre venait d'entrer dans le bureau, un air particulièrement soucieux sur le visage.

« Annulez tous mes rendez-vous de la journée. » annonça-t-il d'un ton impatient.

Philippa ouvrit la bouche, estomaquée.

« Mais Monsieur le Ministre… » commença-t-elle.

« Faites-ce que je vous demande. » ordonna Thicknesse d'une voix hargneuse, l'air dans tous ses états. « L'heure est grave, réunissez la cellule de crise pour une réunion d'urgence. »

« Entendu, Monsieur. Que se passe-t-il ? » demanda Philippa, confuse.

« Une étudiante de Poudlard a été assassinée. » dit-il d'une voix blanche.

Les yeux de Philippa s'agrandirent et la plume qu'elle tenait entre les doigts tomba au sol. Elle observa le Ministre d'un air horrifié.

« Quel est son nom ? » demanda-t-elle d'une voix tremblante.

« Lindy Lovelace…Lisa Loveday… » répondit Le Ministre avec impatience. « Quelque chose du genre. »

Philippa réprima son soupir de soulagement. Pendant une fraction de seconde, elle avait redouté entendre le nom de sa propre fille, scolarisée à Poudlard.

« Qu'est-ce que vous attendez, Patricia ? » s'impatienta Thicknesse.

Philippa s'empressa de se ruer hors du bureau. Une heure plus tard, un groupe de sorciers se retrouva installé autour d'une large table de réunion. La cellule de crise du Ministre se composait de conseillers proches, de l'attaché de presse du gouvernement et de représentants du département de la Justice Magique. Philippa avait été mandatée pour faire le compte rendu de la réunion.

« Que savons-nous, jusqu'à présent ? » demanda le Ministre d'une voix préoccupée.

« Le corps de Luna Lovegood, une étudiante de sixième année a été retrouvée par un étudiant aux alentours de dix-heures du soir, la nuit dernière. » annonça une femme nommée Therasia Hopkins, investigatrice au Bureau des Aurors. « Les professeurs ont été alertés quelques instants plus tard. »

« Avons-nous plus d'informations sur le décès ? »

« Selon les premiers résultats de l'enquête, la piste criminelle est évoquée. Lovegood a été brutalement attaquée et son corps présente les signes d'une altercation particulièrement violente. » continua Therasia. « Aucune piste sur l'auteur, pour le moment. »

Thicknesse grimaça et Philippa vit une goutte de sueur rouler sur le côté droit de son visage.

« Lovegood… J'ai déjà entendu ce nom quelque part. » dit-il en fronçant les sourcils.

« Luna Lovegood était la fille de Xenophilius Lovegood, propriétaire du journal Le Chicaneur. »

« Le Chicaneur ? » répéta Thicknesse. « Il ne s'agit pas de ce torchon qui publie des âneries ? »

« Le Chicaneur est également connu pour ses récents articles fervents contre votre gouvernement, Monsieur le Ministre. » lança un homme massif au menton proéminant.

« Certains journaux ont déjà eu vent de l'affaire. » annonça l'attaché de presse du Ministre. « Et les premières… rumeurs se font entendre. »

« Quelles rumeurs ? » demanda Thicknesse, confus.

Les occupants de la pièce échangèrent des regards gênés puis finalement, Therasia Hopkins déclara :

« Qu'il s'agit d'un assassinat orchestré par le Gouvernement pour punir Lovegood après ses récentes publications. »

Philippa vit une expression médusée apparaitre sur le visage du Ministre.

« La direction de Poudlard sera mise en cause après cet incident. Et comme vous le savez, le gouvernement a placé Dolores Ombrage à la direction de l'école. » continua l'attaché de presse.

Thicknesse laissa échapper un juron.

« Où est Dolores ? Qu'elle se présente ici, immédiatement. » s'exclama-t-il d'un ton furieux.

Une fois encore, les regards des conseillers se firent fuyants, comme s'ils craignaient d'annoncer une nouvelle déplaisante au Ministre. Thicknesse sembla également le remarquer.

« Où est Dolores Ombrage ? » répéta-t-il, d'humeur massacrante.

« Dolores Ombrage a été internée en urgence à Sainte Mangouste plus tôt dans la nuit. Le concierge de l'école l'a retrouvée enfermée dans son bureau, dans un état de trouble anxieux sévère. Apparemment, elle était incapable de prononcer des paroles cohérentes. » expliqua Therasia.

Le poing de Pius Thicknesse s'abattit violemment sur la table, faisant sursauter les occupants de la pièce. Jamais Philippa n'avait vu son chef dans un état semblable.

« Et à présent ? » demanda-t-il finalement, l'air éprouvé.

La cellule de crise s'empressa de former un plan d'urgence pour pallier la situation critique. Philippa s'appliqua à noter chacune des initiatives préconisées par l'entourage du Ministre. Elle prétexta devoir organiser la commande du déjeuner pour pouvoir quitter la pièce. On lui accorda à peine à regard alors qu'elle sortait de la salle de réunion. Elle se dirigea vers la sortie du Ministère et transplana.

Elle se retrouva devant une demeure qu'elle avait régulièrement fréquenté ces dernières semaines. Son doigt pressa la sonnette de la maison et elle tapa du pied impatiemment, jetant des regards méfiants autour d'elle. La porte s'ouvrit et ses yeux tombèrent sur le visage perplexe d'Emmeline Vance.

« Nous avions convenu de ne plus se retrouver ici. » commença-t-elle à protester.

Philippa ignora ses paroles et entra dans la maison avec empressement.

« Je n'ai pas le temps de discuter, je dois retourner au Ministère. Tenez. » dit-Philippa en lui tendit une copie de ses notes.

« De quoi s'agit-il ? » demanda Emmeline, sans comprendre.

« Le détail d'un plan d'urgence déployé par la cellule de crise du Ministère. Si vous voulez atteindre le gouvernement, c'est maintenant ou jamais. » assura-t-elle avant de quitter la maison, sous le regard hagard d'Emmeline Vance.

Lorsqu'elle fut de retour devant la salle de réunion, elle prit une grande inspiration puis pénétra à nouveau dans la pièce. Elle reçut quelques regards, qui, lorsqu'ils la reconnurent, l'ignorèrent de nouveau. Un seul regard resta posé sur elle. Le cœur de Philippa faillit rater un battement lorsqu'elle croisa les yeux sombres de Corban Yaxley. Il avait probablement rejoint le reste du groupe pendant l'absence de Philippa.

Un sentiment de malaise s'insinua en elle mais elle feignit le calme tandis qu'elle se dirigeait de nouveau vers son siège. Yaxley avait pris le siège se situant à côté de celui de Philippa et il lui lança un regard sondeur tandis qu'elle s'asseyait.

Cet homme lui avait toujours fait froid dans le dos. Désormais qu'elle savait qu'il était un fervent partisan du Mage noir, elle était glacée de terreur à chaque qu'elle le croisait dans les couloirs du Ministère. Elle tenta d'ignorer son malaise et se concentra sur le Ministre.

Dans la journée, devant un groupe de journalistes, le Ministre fit part de ses sincères condoléances à la famille Lovegood.

« Aucun parent ne devrait craindre la sécurité de ses enfants à Poudlard. Sachez que le Ministère mettra toutes les ressources nécessaires pour retrouver l'auteur de ce crime haineux. » dit-il.

« Monsieur le Ministre ? La victime est la fille de Xenophilius Lovegood, un journaliste réputé pour ses critiques virulentes au sujet de votre gouvernement. Que pensez-vous des rumeurs vous tenant comme responsable ? »

« Il s'agit là d'accusations infondées et totalement ridicules. Je vous demande à tous de respecter cette période de deuil. Il s'agit d'une perte immense. »

« Qu'en est-il des rumeurs concernant la direction de l'école ? Certains élèves auraient été victimes d'abus de la part du corps enseignant. » demanda un autre journaliste.

Des questions commencèrent à fuser dans toute l'assemblée mais l'attaché de presse du Ministre coupa rapidement court aux interrogations

« Le Ministre doit retourner à ses occupations, je vais prendre les questions suivantes. » indiqua-t-il.

Philippa suivit le Ministre tandis qu'une demi-douzaine d'Aurors l'escortaient par la porte de derrière.

« Comment ai-je été ? » demanda Thicknesse, une fois rentrés dans son bureau, tandis qu'il se laissait choir sur le siège ministériel, l'air éprouvé.

Philippa plaqua un sourire faussement complaisant sur son visage et déclara d'une voix ferme :

« Vous étiez parfait, monsieur le Ministre. »

/

« Depuis quand ? » demanda Harry Potter.

Il avait parlé d'un ton étrangement calme au vu des circonstances. Remus Lupin, se retourna d'un geste brusque, visiblement surpris de la présence d'Harry dans la pièce.

Avec empressement, Remus commença à reboutonner les boutons de sa chemise. Une grimace de douleur défigura son visage et il stoppa son geste. Harry s'approcha.

« Laisse-moi voir. » demanda-t-il.

Remus sembla hésitant mais il consentit à retirer sa chemise. Des bandages épais entouraient sa taille. A travers les ligatures, Harry put voir une large tâche d'une couleur violacée.

« Crois-moi, tu ne veux pas regarder. » assura Remus avec un rire sans joie. « Surtout après avoir déjeuné. »

Sa tentative d'humour laissa Harry de marbre et il darda sur Remus un regard troublé.

« Depuis quand ? » répéta-t-il.

« La nuit où les Mangemorts ont attaqué Poudlard. Je me suis battu en duel avec Bellatrix Lestrange. L'un de ses sorts m'a touché. » admit Remus d'une voix dépitée. « Sirius avait raison à son sujet, c'est une duelliste vicieuse. »

« Il faut qu'on t'emmène dans un hôpital. »

« Ça ne sert à rien. » déclara Remus avec un soupir déconfit. « Fol-Œil a déjà regardé. C'est de la magie noire, il n'y a rien qu'on puisse faire. Ça va continuer à s'infecter et se répandre. Il ne me reste plus très longtemps. »

Ce fut comme si on avait jeté un seau d'eau glacé sur Harry. Les paroles de Remus furent semblables à une lame acérée enfoncée dans sa poitrine.

Il n'avait pas encore terminé de faire le deuil d'Albus Dumbledore. Comment pouvait-il se préparer à la disparition de Remus, l'un des seuls parents qu'il lui restait ?

« Je suis désolé Harry. » déclara Remus d'une voix sincère alors qu'il se rhabillait, dissimulant sa blessure.

Harry ne répondit pas et il resta immobile de longues secondes, incapable d'intégrer la nouvelle. Remus ne comprenait-il pas ? Il n'avait que faire de ses excuses. Ce dont il avait besoin c'était de sa présence. Ils l'avaient tous quitté, ses parents, son parrain, Dumbledore et maintenant Remus ? Combien de personnes seraient encore tuées par la faute de Voldemort ? Combien de pertes devrait-il encore endurer ?

« Tonks est au courant ? » demanda soudainement Harry d'une voix éteinte.

Le regard de Remus se fit fuyant et il parut embarrassé.

« Elle ne sait pas. » dit Harry d'un ton factuel. « Quand comptais-tu lui en parler ? Est-ce que tu comptais même lui en parler ? »

La colère était désormais discernable dans la voix d'Harry et il regardait Remus, l'air dur. Ce dernier afficha une expression honteuse.

« J'allais lui en parler, je voulais trouver le bon moment. » se défendit Remus.

« Le bon moment ? » répéta Harry, incrédule. « Nous risquons la mort tous les jours, tu penses réellement qu'il y a un bon moment ? »

« Harry, je dois accepter le fait que je vais mourir et que je ne verrais pas mon fils naître, pardonne-moi si je ne prends pas les meilleures décisions ces derniers jours. »

Une vague de culpabilité envahit Harry après les paroles de Remus. Il se sentit soudainement coupable de l'avoir attaqué de la sorte. Il ne pouvait qu'imaginer l'état d'esprit dans lequel il se trouvait.

« Je vais lui en parler. » assura Remus.

Harry hocha la tête, puis détourna le regard, ne sachant pas quoi ajouter.

« Je sais ce que tu ressens Harry. Crois-moi, je ne veux pas vous abandonner. » dit Remus, semblant tiraillé. « Il me reste encore quelques semaines, peut-être quelques mois si je suis chanceux. Mais si je dois partir, je veux m'assurer que le monde que je laisse derrière moi sera meilleur. »

« C'est mal parti. » ne put s'empêcher de répliquer Harry, d'un ton cynique.

Voldemort avait placé ses pions au Ministère de la Magie et à Poudlard. L'Ordre du Phénix était traqué par les Aurors et les Mangemorts de toute part. Quant à lui, il était désormais considéré comme l'indésirable numéro un du pays. Les membres de l'Ordre étaient forcés de vivre en cavale, pourchassés comme des renégats.

« Il faut passer à l'offensive, redistribuer les cartes. » déclara Remus d'une voix déterminée. « Ils s'attendent à ce que nous restions terrés comme des rats. Il est temps qu'on fasse peur aux Mangemorts. »

Il se redressa et lança à Harry un regard intense. Il semblait avoir regagné son énergie.

« Ces derniers jours, j'ai eu le temps de cogiter et j'ai eu une idée. »

Harry leva un sourcil, l'encourageant à continuer.

« Me faire capturer. » annonça Remus.

Il reçut un regard interloqué de la part d'Harry. Ce dernier l'observait comme s'il était devenu fou.

« C'est une plaisanterie ? » demanda Harry, médusé.

Remus secoua la tête.

« Je sais, ça parait insensé, mais écoute-moi. Si jamais ils me capturent, ils chercheront à obtenir des informations sur l'endroit où tu trouves. »

« Ils te tortureront jusqu'à ce que tu leur donnes l'information. » répliqua Harry sur le ton de l'évidence, observant Remus comme s'il avait dit quelque chose de particulièrement stupide.

« Je sais bien, Harry. Mais ils ne me tueront pas avant d'obtenir les informations. Et la pleine lune approche. »

Harry lui adressa un regard confondu. Ses paroles ne faisaient plus aucun sens. Il observa Remus avec attention, cherchant les signes d'une fièvre éventuelle justifiant sa folie soudaine.

« La pleine lune, Harry. » répéta Remus avec insistance. « Cela signifie que je vais me transformer. Aucun sort, aucun lien ne parviendra à me contrôler. Une fois transformé, les Mangemorts n'auront aucun pouvoir sur moi, c'est moi qui aurai le dessus. »

« Très bien, mais avant ta transformation, qu'est-ce qui te fait penser que tu pourras supporter ce qu'ils te feront subir ? Même si tu ne dis rien, ils ont des moyens de te faire parler. Veritaserum, Imperium, Legilimancie et j'en passe. »

« Fidelitas. » argumenta immédiatement Remus. « Le sortilège m'empêchera de révéler quoi que ce soit. Pendant ce temps, l'attention ne sera pas posée sur vous et ça vous donnera une chance. »

« C'est une mauvaise idée, Remus. C'est trop risqué et je ne… »

« Nous n'avons plus le loisir de penser aux risques, Harry. Bientôt, Tu-Sais-Qui obtiendra un contrôle total et lorsqu'il nous aura tous tués, il s'affichera publiquement devant la communauté magique. Attaquons-le pendant que sa domination n'est pas encore totale et qu'il se cache derrière des pantins. » intercéda Remus.

Les jours qui suivirent, Remus ne sembla pas se défaire de son idée. Harry avait espéré qu'il retrouverait la raison mais cela ne fut pas le cas. Après une énième tentative de persuasion de la part de Remus, Harry déclara :

« Tu sais ce que j'en pense, mais ce n'est pas uniquement ma décision. Tu peux exposer ton idée au reste de l'Ordre et nous procéderons à un vote. »

Le soir-même, la majorité des membres de L'ordre se retrouvèrent à l'occasion d'une réunion. Le quartier général actuel se situait dans une maison abandonnée, appartenant à un oncle éloigné de Kingsley Shacklebolt. L'endroit était situé près d'une île appelée St-Georges, dans les Bermudes.

« Qui est en faveur ? » demanda Harry.

Les membres se jetèrent des regards hésitants puis lentement, des mains commencèrent à s'élever dans les airs. Avec horreur, Harry constata que les trois-quarts des membres présents étaient en faveur.

« Je crois que c'est clair. » commenta Remus.

Impuissant, Harry laissa échapper un soupir. On entendit soudain un sanglot étouffé dans la pièce et Harry tourna la tête. Son regard tomba sur le visage de Tonks, en larmes, l'air bouleversée. Elle se rua hors de la pièce, sous les regards des autres membres. Remus s'empressa de la suivre et un long silence s'abattit dans la pièce.

« Il est temps de déloger Vous-Savez-Qui. » commenta Alastor Maugrey.

/

« Ginny ? » demanda la voix de Neville Londubat. « Il est temps. »

Ginny ne réagit pas immédiatement, gardant ses yeux résolument fixés sur le parchemin devant elle. Les mots inscrits à l'encre noire lui paraissaient lointains et insipides.

« Ginny, tu viens ? » demanda de nouveau Neville.

Ginny hocha la tête silencieusement puis se releva, attrapant le parchemin et le froissa dans son poing serré. Elle suivit Neville hors de la salle commune et ils s'engagèrent dans les couloirs en silence. Ginny en fut reconnaissante, elle ne se sentait pas capable d'articuler des paroles cohérentes. Ces derniers jours, elle avait été plongée dans une léthargie sévère et rien ne semblait pouvoir l'extirper de son inertie.

Ils se retrouvèrent bientôt dans le Hall de Poudlard, devant les Grandes Portes donnant accès à l'extérieur et lorsqu'elle aperçut la lumière transperçante du jour, elle se figea sur place.

« Je ne peux pas le faire. » murmura-t-elle paniquée, les jambes flageolantes.

« Tu as besoin de lui dire au revoir. » dit Neville, d'une voix attristée.

« Je n'arrive pas à croire qu'elle soit partie. » dit Ginny d'une voix tremblante, en désarroi. « Ce n'était pas censé se passer comme ça. »

Neville ne répondit, et son visage afficha la même tristesse. Ginny sentit une main se glisser dans la sienne puis elle fut attirée dans une étreinte.

« Tous ses amis sont là pour la voir une dernière fois. C'est ce qu'elle aurait voulu. » assura Neville avant de relâcher Ginny.

Elle acquiesça et ils sortirent du château, se retrouvant dans le parc. Pour l'occasion, des dizaines de rangées avaient été installées devant le château et un chemin de lys blancs, menant à une large arche décorée d'un arrangement de fleurs. Lorsque Ginny aperçut le cercueil, au loin, elle resserra la main de Neville. Ce dernier la conduisit vers un sorcier qu'elle reconnut immédiatement. De longs cheveux d'un blond cendré recouvraient ses épaules et lorsqu'il tourna la tête dans sa direction, elle fut perturbée par leur ressemblance. Elle eut presque l'impression de retrouver Luna dans les yeux de l'homme.

« M. Lovegood. » salua Neville d'un ton plat. « Nous voulions vous présenter nos sincères condoléances. Ginny et moi étions des amis de Luna. »

« Merci, jeunes gens. » répondit Xenophilius. « Ma Luna me parlait souvent de vous. Vous étiez ses amis proches. »

Alors qu'il prononçait ces paroles, il jetait des apeurés autour de lui. Il paraissait particulièrement harassé. Le Professeur Filtwick apparut soudainement à leurs côtés.

« M. Lovegood, la délégation du Ministère vient d'arriver. Le Ministre souhaite personnellement vous présenter ses condoléances. » indiqua Filtwick.

Xenophilius parut perdu, mais il hocha la tête.

« Ah…Très bien, allons-y. Merci à vous d'être venus, Luna aurait été heureuse de voir qu'elle était autant appréciée. » dit-il à l'attention de Ginny et Neville avant de s'éloigner.

Ginny le suivit du regard et aperçut un large groupe de sorciers portant l'insigne du Ministère de la Magie. Parmi eux se tenait Pius Thicknesse, l'actuel Ministre.

« Des Aurors. » murmura Neville à voix basse en direction de Ginny. « Et le Ministre de la Magie. Pourquoi sont-ils ici ? »

Ginny haussa les épaules sans détacher son regard de la délégation. Pourquoi venaient-ils assister aux funérailles d'une écolière ? Pour une raison qu'elle ne comprenait pas, elle éprouvait un mauvais pressentiment à leur sujet. Elle vit le Ministre poser une main réconfortante sur l'épaule du père de Luna. Elle voyait ses lèvres articuler des paroles, probablement des condoléances polies. Dans son regard et son langage corporel toutefois, elle ne ressentait aucune compassion.

« Allons-nous asseoir. » suggéra Neville, en montrant l'une des rangées.

Quasiment toute l'école assistait aux funérailles et les sièges se remplissaient rapidement. Ginny savait que peu d'entre eux avait un jour adressé la parole à Luna Lovegood. Les seules interactions partagées se résumaient probablement à des moqueries ou des regards de pitié pour elle. Une colère soudaine envahit Ginny à cette pensée. Elle suivit néanmoins Neville vers l'une des rangées de sièges et s'installa sur l'un d'eux.

« Comment tu te sens ? » demanda Neville en lui adressant un regard anxieux. « Tu crois que ça va aller ? »

Elle hocha la tête en guise de réponse. Elle ne se sentait pas capable d'entretenir une conversation pour le moment. Elle savait qu'elle allait devoir prononcer des paroles importantes dans quelques instants, et l'idée même lui provoquait une nausée extrême.

Les obsèques débutèrent et Ginny vit avec étonnement le Ministre de la Magie se présenter devant l'audience. Il mentionna son « immense émotion » suite à cette disparition et se dit « bouleversé par cette tragédie. »

Son discours se porta ensuite sur l'importance de rester soudés dans ces « moments de peine » et de laisser les autorités apporter de la « lumière » face à ces évènements. Ginny jeta un regard perplexe en direction du père de Luna Lovegood. Ce dernier regardait le sol, et ne semblait pas porter attention au discours du Ministre.

A l'issue d'un long discours débonnaire sur la bienveillance du Ministère, Thicknesse rejoignit finalement son siège sous les regards perplexes de l'assemblée. Il avait à peine mentionné Luna et il paraissait évident que son intervention avait un objectif précis.

Neville rejoignit l'estrade installée pour l'occasion pour prononcer quelques mots au sujet de Luna. Colin Creevey fit de même et même Dennis Creevey, qui connaissait à peine Luna, se leva pour l'honorer devant toute l'école.

Lorsqu'il rejoignit de nouveau sa place, Filtwick énonça le nom de Ginny et lorsqu'elle se releva pour rejoindre le pupitre, elle se sentit étrangement apathique. Elle faillit trébucher en grimpant les quelques marches menant à l'estrade. Un Auror posté à quelques centimètres attrapa son bras, l'empêchant de s'étaler de tout son long. Surprise par la vitesse avec laquelle il avait réagi, elle lui lança un regard interloqué. Il lui fit un signe de la tête et même si elle n'en était pas certaine, elle eut l'impression qu'il avait serré son bras, comme pour la réconforter.

Elle rejoignit finalement le pupitre et fit face à toute l'assemblée. Tous les regards étaient rivés sur elle, l'observant avec appréhension. Elle déglutit face à l'attention qu'elle reçut. Certains regards étaient bienveillants (elle reconnut les visages des membres de l'A.D) et d'autres étaient clairement emplis d'hostilité, venant principalement de la Brigade.

Depuis le départ précipité de Dolores Ombrage, l'atmosphère de l'école avait drastiquement changé. Filius Filtwick faisait désormais office de Directeur par intérim et avait invalidé certains des décrets lancés par Ombrage. Les Nés-Moldus n'étaient désormais plus forcés d'être au service des élèves de Sang-Pur et le confinement avait été interdit, au grand dam des Carrow. Les élèves mis en quarantaine dans la Salle sur Demande avaient finalement pu en sortir et ne craignaient aucunes représailles de la part de la Brigade Inquisitoriale, dissolue par Filtwick.

Ginny défroissa le morceau de parchemin qu'elle avait serré dans son point formé. Pour une raison inconnue, les mots inscrits dessus lui paraissaient tellement fades. Luna méritait tellement mieux. Elle froissa à nouveau le parchemin et prit une grande respiration.

« Luna Lovegood et moi-même sommes devenues amies il y a seulement quelques mois. Comme beaucoup d'entre vous, je l'ai ignorée et méprisée pendant des années parce qu'elle était différente. » admit Ginny, l'air incertain.

Sa voix résonnait désormais clairement dans le parc.

« Quand je me suis retrouvée plus bas que terre, constamment rabaissée par les élèves de cette école, Luna Lovegood est la seule personne qui a refusé de me juger. » poursuivit Ginny. « Elle ne s'est pas souciée pas de ma réputation auprès des autres, elle m'a acceptée exactement comme j'étais, avec tous mes défauts. »

Elle esquissa un sourire en repensant à leurs premières conversations.

« Je n'ai pas été particulièrement agréable avec Luna, je dois l'avouer. Maintenait que j'y pense, j'ignore pourquoi elle a tellement insisté pour devenir mon amie. » ajouta-t-elle l'ai pensif. « Ça n'a plus d'importance car je suis heureuse qu'elle l'ait fait. »

Elle se sentait soudainement moins nerveuse et d'une voix plus affirmée elle continua :

« Luna était une belle âme. Elle était le genre de personne dont la gentillesse n'avait pas de limite et pas de contrepartie. Si j'ai un regret, c'est de ne pas m'en être rendue compte plus tôt. » dit-elle.

Elle jeta un regard à l'assemblée qui l'écoutait avec attention.

« Je ne comprends pas pourquoi quelqu'un aurait pu lui vouloir du mal au point de… » commença-t-elle.

Elle ne parvint pas à terminer à sa phrase et une boule lui obstrua la gorge.

« Elle mérite que justice lui soit faite. » acheva-t-elle avant de quitter l'estrade et retrouver son siège.

Lorsqu'elle retrouva son siège, elle croisa le regard de Xenophilius Lovegood. Elle décela quelque chose dans son regard – de la reconnaissance semblait-il.

A ses côtés, elle entendit la voix de Neville chuchoter des paroles mais elle les distingua à peine. Elle passa le reste des funérailles dans un état léthargique.

Le cercueil de Luna était ouvert et on autorisa l'assemblée à voir le corps une dernière fois. Avec appréhension, Ginny s'approcha du cercueil. Elle était effrayée à l'idée de ce qu'elle allait voir. A sa grande surprise, l'apparence de Luna était exactement le même. Malgré une pâleur peu naturelle, elle semblait presque en train de dormir.

« Tu vas tellement me manquer… » murmura-t-elle au bout des lèvres avant de s'éloigner.

Elle se dirigea vers le château, impatiente de quitter cette atmosphère étouffante. Elle se mit à courir dans les couloirs à en perdre en haleine. Elle s'engouffra dans la première salle classe inutilisée qu'elle put trouvée et fondit en larmes. Elle avait réussi à retenir ses larmes jusqu'à cet instant, mais elle n'avait plus l'énergie de le faire.

Elle entendit soudainement des pas derrière la porte de la salle de cours et elle leva les yeux. La porte s'ouvrit et un homme pénétra dans la pièce. Elle reconnut l'Auror qui l'avait empêchée de trébucher quelques instants plus tôt.

« C'était un beau discours. » dit-il d'une voix sincère.

Elle lui jeta un regard mal assuré, incertaine de l'attitude à adopter. Pourquoi l'avait-il suivi ? Et pourquoi la regardait-il ainsi ? Étrangement, quelque chose dans son regard la persuadait de ne pas se méfier.

« Merci. » articula Ginny d'une voix hésitante. « Qu'est-ce que vous voulez ? »

Il sortit sa baguette magique et l'agita en direction de la porte qui se verrouilla. Immédiatement, la panique envahit Ginny et elle esquissa un mouvement de recul.

« Ginny, n'aie pas peur. » dit l'homme d'une voix calme.

Elle se détendit aussitôt. Elle reconnaitrait cette intonation de voix partout. La manière dont il prononçait son prénom était unique.

« Harry ? » demanda-t-elle.

« John Dawlish, aujourd'hui. » rectifia-t-il avec un sourire au coin des lèvres.

Soulagée, elle se dirigea vers lui et il l'étreignit. Il était un peu étrange pour elle de le toucher alors qu'il avait l'apparence d'un homme inconnu, d'au moins vingt ans son aîné. Elle ne s'en formalisa pas – la présence d'Harry était inespérée.

« Je suis désolé pour Luna. » dit-il d'une voix accablée.

« Je n'arrive pas à croire qu'elle soit partie. » avoua Ginny, sentant les larmes à nouveau couler sur ses joues.

Ils restèrent ainsi enlacés pendant de longues minutes et lorsque Ginny s'extirpa de l'étreinte, elle fut soulagée de constater qu'Harry avait retrouvé son apparence originelle.

« Polynectar ? » demanda-t-elle.

Il hocha la tête puis jeta un regard impatient à la montre autour de son poignet.

« Je vais devoir y aller, les autres m'attendent. » dit-il avec une grimace.

« Les autres ? »

« Le reste de l'Ordre. » expliqua-t-il rapidement. « Je reviendrai te voir dès que j'en ai l'occasion. En attendant, j'ai besoin que tu rassembles les autres membres de l'A.D pour trouver l'Horcruxe de Voldemort. »

Il sortit une fiole de la poche de sa robe de sorcier.

« Très bien mais… » commença-t-elle.

Harry posa ses lèvres, l'empêchant de terminer sa phrase. Puis il ôta le bouchon de la fiole et en avala le contenu dans son intégralité. Quelques secondes plus tard, il retrouvait l'apparence de John Dawlish. Il étreignit de nouveau sa main avant de disparaitre de la pièce, la laissant seule.

/

Pius Thicknesse observa le bureau anciennement occupé par Albus Dumbledore d'un air pensif.

« Merci Monsieur le Ministre pour l'organisation de ces funérailles grandioses. » lança la voix fluette de Filius Filtwick.

Thicknesse reporta son attention sur le vieil homme qui lui faisait face. Il était tellement minuscule que sa tête dépassait à peine du bureau. Thicknesse placarda un sourire forcé sur son visage.

« Bien sûr, bien sûr. C'est la moindre chose après cette perte tragique. » répondit Thicknesse sans la moindre once de peine dans la voix. « Où est le père de la victime ? J'avais espéré qu'il puisse également être présent. »

« Xenophilius est bouleversé, comme vous pouvez l'imaginer Monsieur le Ministre. Il fait encore ses adieux à sa fille. »

« Oh, bien. » répondit Thicknesse, tentant de dissimuler son impatience. « Dans ce cas, permettez-moi… »

Il fit signe à Philippa de s'approcher. Cette dernière s'empressa de s'avancer vers le bureau directorial et de sortir un parchemin de son attaché-case.

« Vous n'êtes pas sans savoir que des rumeurs ridicules ont été lancées sur le gouvernement après la disparition de Miss Lovegood. » déclara Thicknesse. « La Directrice en fonction pendant le drame n'étant pas en mesure de commenter publiquement, il est nécessaire qu'un représentant de Poudlard assure à la presse que le gouvernement est impliqué activement dans la résolution de ce crime. Il est nécessaire de montrer un front soudé devant nos détracteurs. »

« Que voulez-vous dire ? » demanda Filtwick.

« Je suis certain que vous avez des ambitions, Professeur. Que diriez-vous d'être à la tête de l'école ? » proposa Thicknesse.

« A la direction ? » demanda Filtwick, incrédule.

« Absolument. Je peux l'organiser très facilement, en échange de votre soutien envers mon gouvernement devant notre communauté. » continua Thicknesse d'un ton impatient.

« Toutes mes excuses Monsieur le Ministre, mais Poudlard n'encensera jamais les actions de votre gouvernement. » répondit l'homme d'un ton bienveillant.

Malgré sa silhouette courte et frêle, il parlait d'une voix assurée qui imposait un certain respect.

« Je vous demande pardon ? » demanda Thicknesse en lançant un regard surpris à Filtwick.

« Poudlard n'encensera jamais un gouvernement contrôlé par Vous-Savez-Qui. » poursuivit Filtwick de sa voix fluette. « Dolores Ombrage en a fait la triste l'expérience. »

Le Ministre ouvrit la bouche, interdit par l'audace de l'homme face à lui. Ses yeux s'assombrirent sous la colère.

« Ne vous méprenez pas sur vos responsabilités. C'est le gouvernement qui décide du sort de cette école. Et je viens de décider que vous n'étiez pas apte à assurer ce poste. »

Il tourna la tête en direction des deux Aurors présents dans la pièce.

« Saisissez-le. » ordonna-t-il d'une voix furieuse.

Les Aurors brandirent leurs baguettes magiques, s'avançant dangereusement vers le bureau, sous le regard satisfait de Thicknesse. Devant lui, Filtwick ne semblait pas intimidé et son visage n'avait pas perdu son expression tranquille.

Thicknesse sentit soudainement des cordes rugueuses s'enrouler autour de ses mains. Dérouté, il tourna la tête vers l'un des Aurors.

« Qu'est-ce que… Relâchez-moi immédiatement. » exigea-t-il d'une voix impérieuse.

« L'espoir fait vivre, Thicknesse. » répliqua l'un des Aurors, du nom de Williamson.

Thicknesse tourna la tête vers le second Auror.

« Arrêtez-le immédiatement et détachez-moi. » dit-il entre ses dents, le visage désormais rougi par la colère.

« Je ne pense pas, monsieur le Ministre. » répondit Gawain Robards d'une voix remplie de sarcasme.

Il agita sa baguette dans la direction de Thicknesse et ce dernier se retrouva propulsé dans un siège, fermement emprisonné par des lianes. Il se tourna vers son assistante qui s'était rapprochée du mur. Elle paraissait dans tous ses états.

« Patricia... » commença Thicknesse.

« Philippa ! » rugit-elle avec emportement.

« Trêve de banalités. » lança Williamson d'un ton agacé.

« Les autres sont en chemin. » informa Robards.

« Que faites-vous ? Que voulez-vous ? » demanda Thicknesse, l'air apeuré. « Libérez-moi sur-le-champ. »

« Ferme ton clapet, Thicknesse. » gronda Williamson d'une voix menaçante. « Ou je te ferais taire. »

Avant que Thicknesse ne puisse répliquer, la porte du bureau directorial s'ouvrit à nouveau et une demi-douzaine de personnes entrèrent dans la pièce. Un élan de soulagement parcourut Thicknesse lorsqu'il reconnut les visages familiers d'Aurors du Ministère. Son soulagement s'évanouit immédiatement lorsqu'il se rendit compte que personne ne semblait se formaliser de voir le Ministre de la Magie attaché sur un siège.

« Pas trop tôt. » commenta Williamson.

« Il ne nous reste pas beaucoup de temps. » dit une Auror en jetant un regard entendu en direction de Thicknesse.

« Il faut le libérer de l'Impérium. »

« Avec joie. » lança Williamson, un sourire sadique apparaissant au coin de ses lèvres.

En quelques pas, il fut devant Thicknesse et assena un violent coup sur son visage. Thicknesse laissa échapper un hoquet de douleur lorsque le poing serré de Williamson rencontra sa mâchoire. Philippa lâcha un cri apeuré.

« Alastor ! » s'exclama la voix d'un Auror, excédé.

Williamson haussa les épaules.

« Je pensais que ça lui remettrait les idées en place. » se justifia-t-il.

« Seule la personne qui l'a soumise à l'Imperium peut l'en délivrer, à moins qu'il s'en délivre seul. » dit Robards.

« Tout le monde sait qu'il faut avoir un mental d'acier pour s'en libérer seul. Il en est incapable. » cracha Williamson, irrité. « Ça fait longtemps que ce pitre a perdu sa paire de… »

« Alastor ! » s'écria à nouveau un Auror.

Thicknesse avait l'impression d'être dans un mauvais rêve. C'était la seule manière d'expliquer la scène irréaliste se déroulant devant ses yeux.

« Je ne sais pas ce que vous racontez. Détachez-moi immédiatement et je vous promets qu'il n'y aura pas de répercussions conséquentes. » promit-il en observant les occupants de la pièce tour à tour.

Ses paroles furent ignorées.

« Le seul moyen de le libérer est d'utiliser un autre Impardonnable. » s'éleva soudainement la voix du Professeur Filtwick.

Tous les regards de la pièce se tournèrent dans sa direction, y compris celui de Pius Thicknesse. Il commença soudainement à avoir très chaud et il sentit une goutte de transpiration perler sur son front.

« Mais enfin, c'est insensé. » protesta-t-il en tentant de se libérer de ses liens. « Je suis votre Ministre de la Magie et je vous ordonne de… »

Il ne termina pas sa phrase car Williamson s'approcha et pointa sa baguette sur lui.

« Endoloris. » dit-il d'une voix neutre.

Une douleur insoutenable frappa Pius Thicknesse, parcourant chacune des cellules de son corps. La douleur fut telle qu'il eut l'impression de perdre conscience. Ses membres furent saisis de spasmes incontrôlables et il se contorsionna sur le siège, ses yeux roulants dans leurs orbites.

« Maugrey, assez ! » parvint-il à distinguer.

La douleur cessa soudainement mais Pius resta avachi sur la chaise, ses membres encore engourdis par la douleur. S'en suivit un sentiment curieux, comme s'il venait de se réveiller d'un sommeil particulièrement profond. Il cligna les yeux, observant les personnes face à lui avec incrédulité.

« Où suis-je ? » demanda Pius, confus.

« Vous ne vous souvenez pas d'être venu ici, à Poudlard ? » demanda Robards.

Pius secoua la tête.

« Mes souvenirs sont flous. » admit-il, se sentant exténué.

« Vous êtes à Poudlard. Il y a quelques mois, Corban Yaxley vous a soumis à l'Imperium et s'est servi de votre position au Ministère pour organiser un coup d'état. » commenta Robards.

Robards lui donna un résumé rapide des évènements, sous le regard médusé de Pius.

« Grâce à votre assistante, nous sommes parvenus à prendre l'apparence de votre délégation d'Aurors. Ils ne seront probablement pas hors-circuit encore très longtemps. Nous n'avons plus beaucoup de temps pour agir. » dit Robards.

Soudainement, le visage de Robards sembla se métamorphoser. Il perdit ses cheveux d'un noir brillant, sa peau s'assombrit considérablement, et il prit une dizaine de centimètres. Quelques secondes plus tard, à l'endroit où s'était tenu Gawain Robards, se trouvait désormais la silhouette imposante de Kingsley Shacklebolt. Tout à tour, les visages des occupants de la pièce changèrent et retrouvèrent leur apparence normale. Pius reconnut d'autres visages familiers : Emmeline Vance, Arthur Weasley, Dedalus Diggle, Alastor Maugrey. Ce dernier introduisit on œil magique dans son orbite et darda sur Pius un regard hostile.

« Agir ? » répéta Pius, sans comprendre.

« Vous êtes le Ministre, vous avez le pouvoir d'annuler les avis de recherches contre Harry Potter et l'Ordre du Phénix. Vous pouvez annuler tous les décrets ratifiés ces derniers mois. L'exécution des dissidents, la commission d'enregistrement des Nés-Moldus et j'en passe. » expliqua Kingsley.

Pius secoua la tête, lançant un regard interloqué à l'homme.

« Nous sommes au Royaume-Uni pas en Birmanie, Shacklebolt. Le Ministre de la Magie n'a pas vocation à abroger des textes de lois. Il y a des règles, un dispositif officiel et… »

« Pas dans ce nouveau régime, Thicknesse. » coupa sèchement Maugrey. « Le Magenmagot a accordé les pleins pouvoirs à l'exécutif en ces temps de crises. D'ailleurs, votre première disposition a été de le dissoudre immédiatement. »

« Vous avez le pouvoir de tout arrêter, Monsieur le Ministre. » s'éleva une autre voix.

Kingsley et Maugrey s'écartèrent et Harry Potter s'avança devant Pius.

« Si vous ne le faites pas, Lord Voldemort aura gagné et il pourra bientôt régner sur notre communauté publiquement. » déclara Harry.

Pius ouvrit la bouche, désemparé.

« Entendu. » dit-il finalement.

Un faible sourire se dessina sur les lèvres d'Harry et il tourna la tête en direction de Philippa qui s'empressa de s'approcher de Pius. Elle extirpa une liasse de parchemins qu'elle posa sur le bureau, devant Pius. Maugrey agita sa baguette et les lianes emprisonnant Pius disparurent immédiatement.

« Je suis tellement heureuse de vous voir de retour, M. Thicknesse. » murmura-t-elle d'une voix tremblante d'émotion tandis qu'elle lui tendait une plume.

« Vous avez été très courageuse Philippa. » assura Pius d'un ton empli fierté.

Il trempa la plume dans l'encrier et se pencha sur le premier parchemin.

« Mais je crains qu'il nous faille plus de courage pour la suite. » dit-il.

/

Lord Voldemort observa la silhouette inconsciente de la créature devant lui, l'air dégouté. La bête était une monstruosité, une créature contre-nature. Elle avait démontré une résistance incroyable toutefois, et il avait fallu une énergie magique importante pour le neutraliser. Les Loup-Garous étaient presque naturellement résistants à la Magie. La bête n'avait toutefois pas pu résister indéfiniment face aux assauts répétés de trois sorciers particulièrement puissants. Il posa ensuite l'attention sur la Baguette de Sureau l'observant d'un air contemplatif. Pourquoi avait-il cette étrange impression, ce sentiment désagréable de ne pas la posséder réellement ?

« Sous sa force humaine, nous n'avons pas réussi à lui soutirer d'informations. » déclara Rodolphus Lestrange, l'air lessivé, le sortant de ses pensées.

Un filet de sang coulait sur sa lèvre et il l'épongea avec le revers de sa robe de sorcier.

« Étranges créatures… » commenta Voldemort, d'une voix pensive tandis qu'il observait le loup-garou. « Leurs défenses naturelles leur confère une forme physique supérieure. Leur esprit est toutefois faible et manipulable. Rien de très surprenant. Il ne s'agit que d'une bête grotesque et abrutie, au fond. »

« Travers soupçonnait la présence d'un charme de Fidelius. Il était dans l'incapacité de révéler la localisation des autres membres de l'Ordre. » informa Rodolphus.

« L'homme est lié à la magie et ne peut en déjouer ses effets. La bête en revanche... » dit Voldemort à voix basse.

Il s'introduisit dans la tête du Loup-Garou. Si ce dernier avait été conscient, l'entreprise se serait probablement révélée impossible. Inconscient toutefois, ses défenses étaient comparables à celle d'un enfant innocent.

Les pensées de la créature étaient confuses. Il s'agissait d'un mélange décousu, impliquant des escapades dans la nuit noire, des chaines en métal le tenant fermement et des regards horrifiés d'inconnus. Son esprit était différent de celui d'un humain. Il semblait composé de plusieurs épaisseurs différentes. Avec insistance, Voldemort parvint à forcer ces couches mentales superposées et accéder à des pensées plus humaines. Une femme aux cheveux roses riant à gorge déployée semblait occuper une place importante dans l'esprit. Il distingua autre chose, un endroit lointain, une île éloignée et le visage d'Harry Potter.

« Enfin. » déclara Voldemort d'une voix réjouie tandis qu'il quittait son esprit. « Bellatrix, prépare un Portoloin. Nous quittons le pays. »

« Entendu, Maître. Et la bête ? » demanda-t-elle. « Puis-je le tuer ? »

Elle avait parlé avec l'enthousiasme d'une petite fille empressée de s'amuser avec son jouet favori. Voldemort esquissa un rictus.

« Pas encore, nous avons encore besoin de lui. » dit-il. « N'aie crainte, tu pourras en faire ce que tu souhaites ensuite, Bella. »

Le sourire de Bellatrix s'élargit et elle adressa à Voldemort un regard empli de reconnaissance.

Il fallut seulement quelques heures pour obtenir un Portoloin international. Le jour s'était levé et le Loup-Garou avait repris son apparence humaine. Il était toujours inconscient et des chaînes liaient ses mains et ses pieds. Bellatrix avait réuni une douzaine de Mangemorts pour l'expédition.

Lorsqu'ils actionnèrent le Portoloin, ils se retrouvèrent devant une large bâtisse en pierre bistrée. Une large allée de palmiers donnait l'accès à la demeure et celle-ci surplombait une plage. Le cadre était idyllique.

« L'Ordre du Phénix prenait donc des vacances. » commenta Voldemort avec ironie.

Des rires s'élevèrent parmi ses partisans et il leva la main, intimant le silence. Les rires cessèrent immédiatement et ils avancèrent devant la porte principale de la maison. Bellatrix donna des instructions silencieuses et certains des Mangemorts firent le tour du bâtiment. Quelques minutes plus tard, l'assaut était donné et une explosion fracassante se fit entendre derrière les portes de la demeure.

Voldemort pénétra dans ce qui semblait être un salon et observa les alentours avec intérêt. Quelques minutes plus tard, les Mangemorts pénétraient également dans la pièce.

« Toute la maison a été explorée, Maître. » annonça Bellatrix. « Regardez ce que nous avons trouvé. »

Elle tenait une femme fermement par les cheveux et elle la poussa violemment en direction du sol.

« Nymphadora Tonks. » cracha-t-elle avec un dégout manifeste. « C'est la progéniture de ma dégénérée de sœur avec un Moldu infâme. Celle-ci a épousé Remus Lupin. »

« Tout s'éclaircit. » commenta Voldemort en observant le visage tremblant de Tonks.

Il prit place sur un sofa confortable, et fit signe à la captive de prendre place face à lui.

« Asseyez-vous, je vous prie. » intima-t-il.

Tonks parut hésiter et elle jeta des regards peu assurés autour d'elle. Bellatrix pointa sa baguette sur sa nuque et la femme rejoignit le fauteuil. Son visage était pâle et elle garda les yeux rivés en direction du sol.

« Pardonnez mes hommes pour cette entrée fracassante. » lança Voldemort d'une voix modulée. « Nymphadora, c'est bien cela ? »

« Tonks. » rectifia-t-elle immédiatement.

« Dans ce cas, Tonks, laissez-moi vous faire part de mes intentions. J'ai des questions quelque peu pressantes et j'attends des réponses claires de votre part. Ainsi qu'une totale collaboration. » poursuivit Voldemort, d'une voix tranquille.

« Je ne vous dirais rien. » répliqua Tonks.

« Je ne souhaitais vraiment pas en arriver là, Tonks. Ma foi, j'avais l'impression que vous seriez disposée à vous montrer intelligente et coopérative. Je constate que j'ai eu tort. » dit Voldemort, sans la moindre contrariété. « Rodolphus. »

Rodolphus Lestrange quitta la pièce et revint quelques instants plus tard, tirant la silhouette inconsciente de Remus Lupin. Son corps était maculé de sang séché et de saleté. Des blessures profondes étaient visibles sur sa peau. Un cri sortit de la gorge de Tonks et elle tenta de se ruer vers son mari. Bellatrix la stoppa immédiatement grâce à un sort.

« J'imagine que vous avez besoin d'un peu de motivation. » suggéra Voldemort avec satisfaction.

Les yeux de Tonks s'étaient remplis de larmes et elle observait son mari avec une terreur évidente. Voldemort sortit sa baguette magique, la caressant distraitement.

/

Eric Munch laissa échapper un grognement bourru alors qu'il dépliait le papier enroulant son déjeuner.

« Encore de la nourriture pour Demiguise. » pesta-t-il dans sa barbe.

Il observa d'un air dépité le récipient composé de salades, tomates et autres aliments sains. Il regrettait l'époque où de délicieux sandwichs à la dinde et à la mayonnaise lui tenaient compagnie durant sa pause déjeuner. Malheureusement pour lui, son épouse Ruth avait mis toute la famille au régime. Lorsqu'il osait faire une remarque sur leurs nouvelles habitudes alimentaires, elle lui rappelait son taux de cholestérol et pointait du doigt son ventre bedonnant. Il plongea sa fourchette dans une tomate à contrecœur.

« Tu as entendu la nouvelle ? » demanda une voix derrière lui.

Une femme s'installa à ses côtés dans le réfectoire du Ministère. Bessie Caldwell était employée au service des usages abusifs de la magie et raffolait des ragots.

« Thicknesse s'est rendu à Poudlard pour l'enterrement de l'étudiante assassinée. » annonça Bessie.

Eric haussa les épaules. Il ne comprenait pas en quoi cette nouvelle avait de l'intérêt.

« Tout le monde sait qu'il essaie de sauver les meubles après la nomination d'Ombrage. La mettre à la direction d'une école alors qu'elle est complètement cinglée. » ajouta Bessie à voix basse. « Je ne regrette pas mon choix de ne pas avoir fait d'enfant. »

Eric écouta Bessie d'une oreille distraite tandis qu'elle le tenait informé des dernières intrigues de bureau au sein du Ministère. Pendant ses trente années de loyaux services au ministère de la Magie, Eric Munch avait habilement évité toute implication dans les bavardages de ses collègues. Au fond, il était un homme simple et les petits jeux politiques l'embrouillaient autant qu'ils le fatiguaient.

« Tu ne termines pas ton sandwich ? » demanda-t-il avec espoir tandis que Bessie se relevait, laissant son sandwich inachevé sur son plateau.

« Non, sers-toi. » dit Bessie avant de s'éloigner.

Lorsqu'Eric retourna à son poste, ce fut le ventre plus rempli et plus heureux. Son collègue lui fit un signe de la tête avant de se lever à son tour pour prendre sa pause déjeuner.

Eric Munch travaillait en tant que sorcier-vigile à l'entrée du Ministre. Tous les visiteurs passaient devant sa sonde de Sincérité avant de se voir octroyer un badge pour pénétrer dans les locaux.

Comme chaque jour, il sortit son exemplaire de la Gazette du Sorcier afin de continuer sa partie de Mots-Croisés à la page trente-six. Il constata avec agacement que les lettres s'étaient de nouveau déplacées pendant son absence.

Le luminaire de la cabine commença à clignoter, signalant l'approche de visiteurs. Eric referma son journal puis attrapa sa sonde de Sincérité. Ses yeux se plissèrent lorsqu'il distingua un groupe d'individus vêtus de longues capes noires. Tandis qu'ils s'approchaient, il constata avec panique qu'ils portaient tous des masques. Il agita sa baguette, murmurant un sort pour alerter la sécurité du bâtiment. Lorsque les individus masqués se retrouvèrent à sa hauteur, il sortit de la cabine pour leur faire face. Lorsqu'il s'adressa à eux, il tenta de rendre sa voix assurée.

« Vous devez retirer vos masques et fournir votre identification avant d'aller plus loin. » informa-t-il.

Un silence suivit ses paroles puis des rires gras s'élèvent parmi le groupe. Mal à l'aise, Eric commença à jeter des regards peu assurés derrière lui. Pourquoi les Aurors n'étaient pas encore présents ? Il avait pourtant donné le signal.

« Allons, allons. » lança une voix contrôlée. « Ne soyez pas désagréable mes chers amis. Ce brave homme ne fait que son travail. »

L'homme s'approcha d'Eric et posa sa baguette magique sur son masque. Ce dernier disparut et Eric ne parvint pas à réprimer un hoquet de stupeur lorsqu'il vit le visage de l'homme. Un teint cadavérique, des yeux d'un rouge sanguin et deux fentes à la place de son nez.

« Je suis Lord Voldemort. » indiqua-t-il l'homme devant l'expression horrifiée d'Eric. « Menez-moi au Ministre. »

Il n'avait pas parlé d'une voix menaçante et pourtant, pour une raison obscure, Eric se sentait forcé d'exécuter ses ordres.

« S-s-suivez-moi. » dit-il d'une voix blanche, le corps tremblant.

Il se retourna et s'engagea dans l'Atrium. Derrière lui, il entendait les pas de Vous-Savez-Qui et de ses partisans.

« Trouvez Potter. » entendit-il.

Du coin de l'œil, Eric vit les Mangemorts se séparer et lorsqu'il atteignit l'un des ascenseurs il constata que seul Lord Voldemort et une femme l'avaient suivi. Il la reconnut immédiatement. Bellatrix Lestrange avait fait la Une de la Gazette pendant des mois après son évasion d'Azkaban.

Dans l'ascenseur, ils croisèrent deux employés dont les yeux s'écarquillèrent de terreur lorsqu'ils aperçurent Voldemort. Ils se ruèrent vers la sortie et Eric se retrouva seul en compagnie des deux individus tandis que l'ascenseur débutait sa montée. Comme à chaque fois, les rouages provoquaient un bruit tonitruant mais Eric l'entendit à peine, le visage aussi pâle qu'un linge immaculé.

Il avait l'impression d'être dans une autre dimension. Comment était-il possible d'expliquer la situation dans laquelle il se trouvait ? Lord Voldemort et ses partisans flânaient dans les couloirs du Ministère de la Magie et personne ne semblait alarmé.

Lorsqu'ils arrivèrent au Département de la Justice Magique, Eric pria silencieusement pour croiser des Aurors. A sa grande déception, ils ne croisèrent que la réceptionniste du service. Étrangement, elle ne sembla pas tiquer en apercevant Lord Voldemort devant elle. Ses yeux étaient vides.

« Ces… personnes souhaitent voir le Ministre de la Magie. » dit Eric d'une voix aiguë.

« Le Ministre est en réunion depuis ce matin avec tous les Aurors du Département. Ils ne doivent pas être dérangés. » répondit la femme d'une voix robotique.

Avant qu'Eric ne puisse répondre, Bellatrix Lestrange s'était avancée en direction de la réceptionniste et tendit sa baguette sur sa nuque.

« Où sont-ils ? » demanda-t-elle, l'air impatient.

« Le Ministre est en réunion depuis ce matin avec tous les Aurors du Département. Ils ne doivent pas être dérangés. » répéta la réceptionniste d'une voix monocorde.

« Charme de Confusion. » dit Bellatrix avec irritation. « Finite Incantatem. »

La réceptionniste sembla retrouver ses esprits. Quelques secondes plus tard, elle laissait échapper un hurlement en reconnaissant les visiteurs. Un sort de Mutisme de Bellatrix Lestrange la réduisit au silence instantanément.

« Où est le Ministre ? » demanda Lord Voldemort d'une voix calme.

D'une main tremblante, la réceptionniste désigna une large porte en bois. Lord Voldemort brandit sa baguette et l'agita devant la porte qui s'évapora. A l'intérieur, une large salle de réunion, composée d'une large table en bois. Plus d'une cinquantaine de personnes se trouvaient dans la pièce. Certains étaient affalés sur les chaises autour de la table, la tête posée contre le sol, semblant endormis. D'autres personnes gisaient sur le sol, visiblement inconscientes. Eric reconnut immédiatement les Aurors du Département. Un vapeur d'une teinte verdâtre était visible dans l'air au-dessus de leurs têtes et commença à se dissiper à travers l'ouverture de la pièce, désormais privée de porte.

« Gaz somnolant. » dit la voix de Lord Voldemort à ses côtés. « L'œuvre de l'Ordre du Phénix, sans aucun doute. »

Alors qu'il avait semblé tranquille quelques instants plus tôt, Eric put déceler une colère grandissante dans la voix du mage noir.

Deux Mangemorts firent irruption dans la pièce.

« Maître. » héla l'un d'eux. « Le Ministre et une délégation d'Aurors sont allés à Poudlard. »

Le visage de Voldemort se défigura en une expression coléreuse. Il paraissait désormais épris d'une rage extrême et Eric sentit immédiatement son sang se glacer.

Lord Voldemort sortit en trombe de la pièce, sa longue robe de sorcier virevoltant sur son passage, et ses partisans à sa suite. Il fallut quelques minutes à Eric pour qu'il puisse bouger de nouveau. Le sort de Mutisme de la réceptionniste avait été levé et il entendait ses cris lui parvenir aux oreilles de manière lointaine. Il sentit une chaleur étrange dans ses jambes tremblantes. Lorsqu'il baissa les yeux, il aperçut une tâche humide au niveau de son pantalon et vit de l'urine couler sur ses chaussures.

/

« Ça fait des heures qu'on cherche, Ginny. Autant chercher un vif d'or invisible dans le Parc, on le trouverait plus rapidement. » fit remarquer Colin Creevey d'un ton plaintif.

Tous les membres de l'A.D avaient été réquisitionnés pour trouver le Diadème de Rowena Serdaigle. Depuis plusieurs heures, ils fouillaient tous les recoins accessibles du château.

« Tu es sûre que cet objet se trouve ici ? » demanda Seamus Finnigan.

Ginny hocha la tête.

« Harry a dit qu'il se trouvait dans l'école. » répondit Ginny d'une voix plus cassante qu'elle ne l'aurait souhaité.

Les autres élèves échangèrent des regards entendus.

« Faisons-une pause pour aujourd'hui, il est tard. Nous reprendrons les recherches demain. » suggéra Neville pour temporiser la situation. « Ginny, je peux te parler ? »

Les membres de l'A.D s'empressèrent de rejoindre leur salle commune et leurs dortoirs respectifs, visiblement soulagés d'obtenir un instant de répit.

« Colin n'a pas tort. » déclara Neville d'un ton prudent. « Je pense que si nous avions plus d'informations… »

« Je n'ai pas plus d'informations, Neville. » coupa Ginny.

Elle se laissa choir sur l'un des sofas de la salle commune de Serdaigle, l'air dépité. Jamais elle ne s'était sentie aussi découragée. Elle savait qu'en venant ici, Harry et l'Ordre avaient pris des risques conséquents. Que se passerait-il s'ils ne trouvaient pas l'Horcruxe ?

« Ginny ? » demanda à nouveau Neville, la sortant de ses pensées.

Elle leva les yeux dans sa direction, l'invitant à continuer.

« J'attendais que les autres s'en aillent pour te le dire mais Morag MacDougal est sortie de l'infirmerie. » annonça Neville.

Ginny lui jeta un regard surpris. Morag MacDougal avait découvert le corps de Luna Lovegood. Depuis, elle avait été prise sous l'aile de l'infirmière car elle avait été particulièrement secouée.

« J'ai discuté avec elle. » poursuivit Neville d'un ton grave. « Elle était encore secouée mais elle a accepté de m'en parler. Elle n'a vu personne, mais lorsqu'elle a alerté les professeurs, elle a dit qu'ils avaient trouvé une baguette magique près du corps de Luna. Une autre baguette. »

Ginny ouvrit la bouche, interdite, alors que son cerveau tentait d'enregistrer ces nouvelles informations.

« Lorsque les Aurors sont arrivés et l'ont interrogée, elle les a vus emporter les preuves. » indiqua Neville. « Si le tueur a laissé sa baguette, ils pourront facilement remonter à lui. »

Ginny ne répondit pas, plongée dans ses pensées. L'assassin de Luna aurait-il été assez stupide pour laisser sa baguette magique derrière lui, près du corps de sa victime ? Celui lui semblait difficile à croire.

« Je vais me coucher. » informa Neville, en baillant. « Tu penses pouvoir obtenir plus d'infos de la part d'Harry ? »

Ginny haussa la tête distraitement. Elle avait informé Neville de la présence d'Harry et certains membres de l'Ordre du Phénix dans le château. Les autres étudiants pensaient qu'ils s'agissaient de la garde rapprochée du Ministre de la Magie.

Lorsque Neville remonta dans le dortoir des garçons, Ginny fouilla dans la poche de son pull et extirpa la Carte du Maraudeur.

« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. » murmura-t-elle, révélant le contenu dissimulé de la carte.

Elle inspecta les couloirs du château, à la recherche du moindre élément suspect. Rien ne lui sembla singulier. La seule pièce où de l'agitation régnait était l'ancien bureau de Directeur. Plusieurs noms appartenant à des membres de L'Ordre du Phénix étaient visibles. Apercevoir le point nommé Harry Potter la rassura.

Dans la salle commune des Serpentard, elle vit Draco Malfoy seul dans un coin et elle se demanda vaguement s'il allait bien. Elle ne l'avait pas croisé depuis la mort de Luna. Draco et Luna avaient entretenu une relation des plus singulières et elle se demandait s'il serait affecté par sa disparition.

Dans l'un des cachots, elle vit Alecto et Amycus Carrow faire les cent pas. L'Ordre les avait probablement neutralisés. Son regard continuer d'errer dans les cachots et elle fronça les sourcils lorsque ses yeux de posèrent sur le bureau de Severus Rogue. A côté du point représentant le Directeur de Serpentard se trouvait Hermione Granger. Avec surprise, elle vit le point de cette dernière disparaitre complètement de la carte. Cela lui parut étrange mais elle refusa de s'attarder plus longtemps sur la question. Ajouter Hermione Granger à la liste de ses préoccupations n'était pas une bonne idée. Elle reporta son attention sur le bureau de Dumbledore.

Quelques heures plus tard, elle sentit un effleurement sur sa jambe elle se réveilla brusquement. Il lui fallut plusieurs secondes pour revenir à la réalité. Elle s'était visiblement endormie sur le sofa de la salle commune, et la carte du Maraudeur était tombée à ses pieds. Elle vit le chat de Luna ronronner à ses pieds et son cœur se serra en voyant l'animal.

Elle sentit soudainement une main sur son épaule et elle sursauta, manquant de tomber du sofa. Harry Potter apparut devant elle, sa cape d'invisibilité glissant de ses épaules.

« Désolé. » dit-il en s'installa à ses côtés sur le sofa.

Elle vit de larges cernes sous ses yeux. Il semblait ne pas avoir dormi depuis longtemps.

« Je ne suis officiellement plus l'homme le plus recherché du pays. » dit-il d'un ton léger.

Ginny fronça les sourcils, sans comprendre.

« Le Ministre a levé les avis de recherches contre l'Ordre du Phénix. » expliqua-t-il.

« Vraiment ? » demanda Ginny, interloquée. « Comment est-ce possible ? »

« Une grâce exceptionnelle de la part de notre Ministre. » dit Harry avec un rire. « Hâte que Voldemort l'apprenne. »

Il avait lancé cela d'un ton satisfait et Ginny put déceler une lueur de défiance dans ses paroles.

« Nous n'avons toujours pas trouvé l'Horcruxe. » admit Ginny avec ennui. « La recherche serait plus efficace si nous avions plus d'informations. »

« J'en suis conscient. » déclara Harry, hochant la tête avec gravité. « Malheureusement, je t'ai dit tout ce que je savais. Dumbledore avait des fortes suspicions sur la nature des Horcruxes. Jusqu'à présent, ses suspicions se sont avérées correctes. »

« Est-ce Tu-Sais-Qui sait que certains d'entre eux ont été détruits ? » demanda Ginny.

« Probablement pas. » répondit Harry. « Ce qui nous laisse un peu de temps pour retrouver les deux derniers et les détruire avant qu'il ne le réalise. »

Un silence s'installa et Ginny ne put s'empêcher d'imaginer ce qui arriverait s'ils les morceaux d'âme de Voldemort n'étaient pas détruits. Une pensée morbide s'installa dans son esprit : celle d'Harry allongé dans un cercueil identique à celui de Luna, le teint pâle. Elle se souvint ensuite des paroles de Neville quelques heures plus tôt.

« Les Aurors retrouvé une baguette près du corps de Luna. » déclara-t-elle d'une voix blanche.

Harry ne répondit pas et Ginny tourna la tête dans sa direction. Il regardait devant lui et elle eut la désagréable impression qu'il évitait son regard.

« Harry… Est-ce que tu es courant ? » demanda-t-elle d'une voix lente.

« Je ne voulais pas encore t'en parler. Je sais que tu es encore très affectée par la mort de Luna et… » commença-t-il d'un ton hésita.

« Harry, de qui s'agit-il ? » coupa Ginny d'un ton sec.

« La baguette était enregistrée au nom d'Emelyn Hawke. » admit Harry dans un souffle.

Il observa Ginny avec attention, semblant redouter sa réaction. Ginny s'était figée. Plusieurs pensées se bousculaient dans son esprit et bien qu'elles soient confuses, elles menaient toutes à la même conclusion. Elle se leva d'un bond sous le regard alarmé Harry.

« Ginny, qu'est-ce que tu fais ? » demanda-t-il en se levant à son tour.

« J'ai besoin de voir Rogue. » répondit Ginny d'une voix étrangement posée.

Elle ramassa la carte du Maraudeur tombée au sol et se dirigea vers la porte de la salle commune, Harry sur ses talons.

« Rogue ? » répéta-t-il, sans comprendre. « Pourquoi ? »

Ginny ne répondit pas, les yeux rivés sur la carte. Elle sentit la main d'Harry lui attraper le bras mais elle se dégagea d'un geste brusque.

« Je veux juste discuter, Harry. Essayer de comprendre. » dit-elle d'un ton cinglant.

Harry sembla abandonner. Il savait qu'il était inutile d'essayer de la dissuader lorsqu'elle était dans cet état d'esprit.

Il était tard et les couloirs étaient déserts. Le chemin se fit dans le silence et ils arrivèrent rapidement dans les cachots. D'un geste décidé, Ginny frappa bruyamment devant la porte du bureau de Rogue. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit, laissant apparaître le visage surpris de Severus Rogue.

« Potter, Weasley. Quelle visite inattendue. »

Harry lui lança un regard penaud. Ginny, elle, ne prit pas la peine de répondre et s'avança dans le bureau, sans attendre d'y être invitée. Elle jeta un regard circulaire dans la pièce, comme si elle cherchait quelque chose. Rogue et Harry suivirent chacun de ses gestes, décontenancés.

Ginny se tourna vers Rogue et croisa les bras.

« Où est-elle ? » demanda-t-elle d'une voix impatiente.

« De qui parlez-vous Miss Weasley ? » demanda Severus, impassible.

« Hermione Granger. » répondit Ginny sur le ton de l'évidence.

« Qu'est-ce qui vous fait croire que je connais les allées et venues de Miss Granger ? » répliqua Severus.

« Nous allons écourter la partie où vous me prenez pour une idiote et passer directement à l'essentiel, si ça ne vous dérange pas. » coupa Ginny d'un ton glacial.

Harry lui jeta un regard interloqué mais elle l'ignora royalement.

« Elle était ici il y a quelques heures. » continua Ginny d'un ton factuel.

« C'est la vérité ? » demanda soudainement Harry, en fronçant les sourcils en direction de Rogue.

Rogue ne répondit pas et Ginny sentit la fureur lentement monter dans son esprit.

« Sa baguette magique a été trouvée près du corps de Luna. » dit-elle en tentant d'apaiser la rage dans sa voix. « Vous allez prétendre que vous ne savez rien à ce sujet ? »

« J'en suis absolument conscient, c'est moi qui l'ai posée à cet endroit. » admit Severus avec un calme olympien.

Sa révélation décrocha des expressions abasourdies de la part d'Harry et Ginny.

« Pourquoi ? » demanda Harry, comme s'il n'en croyait pas ses oreilles.

« Il y a quelques jours, Miss Granger s'est présentée dans mon bureau extrêmement bouleversée prétendant que Miss Weasley avait été tuée. » expliqua Rogue sous le regard horrifié d'Harry. « Je suis allé sur les lieux pour m'en assurer. Je pensais qu'il y avait une chance que vous ne soyez pas morte. Effectivement, vous ne l'étiez pas, Miss Weasley. A votre place, j'ai trouvé le corps de Miss Lovegood. »

L'estomac de Ginny se révulsa. Le jour en question, Luna avait pris l'apparence de Ginny pour lui fournir un alibi tandis qu'elle se débarrassait de Dolores Ombrage.

« Très bien. Mais ça n'explique pas pourquoi vous avez placé la baguette de Granger à cet endroit. » insista Harry.

« Lorsque je me suis introduit dans l'esprit de Miss Granger, j'ai obtenu un certain nombre d'informations. Elle a attaqué Miss Lovegood. Son esprit était confus et il semble qu'elle ait agit sous l'emprise d'une magie noire particulièrement puissante. »

Il se dirigea vers son bureau et en extirpa une étoffe. Lorsqu'il la déplia, ils aperçurent avec surprise le Diadème de Rowena Serdaigle.

« Où avez-trouvez ça ? » demanda Harry, abasourdi, en s'approchant de l'objet.

Il l'observa avec attention puis avec prudence, posa un doigt dessus. Il le retira immédiatement, comme si le Diadème l'avait brulé. Il l'attrapa à l'aide de l'étoffe, faisant attention à ne pas le toucher.

« Miss Granger était en sa possession. Il est évident qu'il est habité d'une magie noire particulièrement morbide. Je suis persuadé que c'est la raison pour laquelle Miss Granger s'en est prise à Miss Lovegood. Cet objet a même réussi à lui donner une vision distordue de la réalité. Elle était persuadée qu'il s'agissait de vous, Miss Weasley. »

« C'est parce que Luna avait pris mon apparence grâce à du Polynectar. » répondit Ginny d'une voix éteinte. « Hermione s'en est pris à elle, en voulant me faire du mal. »

La culpabilité l'envahit tandis qu'elle pensait au calvaire qu'avait dû subir Luna. Cette dernière avait simplement voulu aider Ginny.

« Ginny… » intervint Harry, devinant visiblement ses pensées actuelles.

« J'ai placé sa baguette près du corps pour être certain qu'on puisse remonter à elle. » acheva Severus.

« Foutaises. » répliqua Ginny avec rage. « Vous êtes en contact avec, vous savez où elle est, vous la protégez. »

« Miss Granger est…perturbée. » répliqua Severus, les lèvres plissées. « Il est mieux pour tout le monde qu'elle reste en retrait en attendant que tout se tasse. »

« Que tout se tasse ? » répéta Ginny, sans croire ce qu'elle entendait. « Elle a assassiné quelqu'un. »

Elle se rapprocha de Severus, pointant un doigt accusateur sur lui.

« Vous et Dumbledore saviez exactement de quoi elle était capable et vous avez choisi de la laisser agir en toute impunité depuis des mois. » rugit-elle. « Elle n'a cessé de faire du mal aux gens autour d'elle et vous l'avez laissée faire car cela arrangeait vos plans. Et maintenant une innocente est morte par votre faute. »

Sa fureur était telle qu'elle tremblait désormais de rage.

« Vous saviez parfaitement qu'elle me droguait, qu'elle nous manipulait Harry et moi. Elle a fait entrer les Mangemorts dans cette école. Luna est morte. » continua-t-elle, des larmes de fureur apparaissant dans ses yeux.

Devant elle, Severus Rogue était resté inflexible. Elle ne pouvait plus supporter l'air impassible qu'il affichait.

« Mais ça vous importe peu, n'est-ce pas ? Vous n'avez aucun problème à jouer avec nos vies comme si nous étions des pions sans intérêt. Vous me dégoutez. » cracha Ginny.

« Je comprends que vous soyez affectée… » commença Severus d'un ton neutre.

Avant qu'elle ne puisse se contrôler, Ginny s'avança vers lui et elle assena son poing serré en direction de son visage. Elle ne réalisa l'ampleur du geste que lorsqu'elle vit la lueur de stupeur extrême sur le visage de Rogue.

Ginny sentit Harry attraper son bras et se placer devant elle, comme pour mettre la distance entre elle et Rogue. Elle vit Rogue passer sa main sur sa joue rougie par le coup et elle ne put s'empêcher d'éprouver un plaisir malsain. Elle ne regrettait par son écart de violence. Elle avait éprouvé le besoin de lui faire ressentir la peine et la colère qu'elle ressentait actuellement. Comment pouvait-il rester aussi imperturbable alors qu'elle souffrait tant ?

Avant que l'un d'eux ne puisse prononcer la moindre parole, Harry tomba soudainement au sol, laissant échapper un hurlement. Paniqués, Ginny et Severus l'observèrent tandis qu'il gémissait de douleur, ses mains pressées sur sa cicatrice.

« Harry, qu'est-ce que tu as ? » demanda Ginny, inquiète, en s'agenouillant à ses côtés.

« Il est furieux… » dit-il d'un ton saccadé.

« De qui tu parles ? »

« Voldemort… Il sait… » parvint-il à articuler entre deux hoquets de douleur.

« Cessez immédiatement la connexion, Potter. » ordonna Rogue qui semblait avoir retrouvé sa contenance. « Fermez votre esprit. »

« Il n'est pas dans mon esprit, je suis dans le sien. » répliqua Harry. « Il est furieux, il a peur… Il se doute de… »

Harry garda le silence et ses yeux regardaient un point dans le vide, comme si son esprit était absent.

« Le serpent. » énonça Harry dans un souffle.

/

Si on avait un jour dit à Neville Londubat qu'il serait à la tête d'un groupe de résistants étudiants, il aurait probablement ri au nez de la personne. Pourtant, lorsque Ginny était venue le trouver dans son dortoir, l'air paniqué, et lui avait demandé de rassembler tous les élèves de l'A.D, c'était devenu une réalité.

« Il est temps, Neville. » avait-elle dit.

Neville avait immédiatement saisi la gravité de la situation. Lorsqu'il avait pris la décision de reformer l'A.D, il avait su que cette fois, les implications seraient sérieuses. Les longues heures passées dans la Salle sur Demande à s'entrainer inlassablement avec le reste du groupe ne seraient pas vaines.

Neville sortit son faux gallion de sa poche puis posa sa baguette sur la pièce dorée. Des instructions apparurent sur le gallion et celui-ci commença à surchauffer. Il savait que la plupart des élèves de l'A.D gardaient leur gallion proche et répondraient rapidement à l'appel.

Un quart d'heure plus tard, il observa la Salle sur Demande avec fierté tandis une soixantaine d'élèves se tenaient face à lui, à peine réveillés, l'observant avec appréhension.

« Merci d'avoir répondu à l'appel aussi vite. » dit Neville.

« Que se passe-t-il ? » demanda Seamus Finnigan avec curiosité.

« Le moment pour lequel nous nous sommes préparés est arrivé. » annonça Neville avec gravité.

Quelques élèves échangèrent des regards confus.

« D'une minute à l'autre, les Mangemorts vont essayer d'entrer dans le château. » annonça Neville.

Des hoquets apeurés émergèrent de toute part. Certains élèves avaient perdu toute couleur et affichaient des expressions terrifiées.

« Nous devons tout faire pour les empêcher de le faire. Je vais être honnête avec vous, ce ne sera pas une partie de plaisir. Les Mangemorts ne nous ferons aucun cadeau s'ils voient que nous essayons de leur résister. » poursuivit Neville d'un ton sombre.

Il soupira et lança :

« Je vous laisse une dernière fois le choix. Si vous ne vous en sentez pas capable, c'est le moment où jamais de partir. »

Un long silence s'installa puis quelques élèves commencèrent à quitter la pièce, la tête baissée.

« Padma ! » lança Parvati Patil d'un ton implorant en direction de sa sœur jumelle qui s'était avancée pour sortir.

Padma lui jeta un regard désolé avant de quitter la pièce. Parvati parut bouleversée et Lavande Brown posa son bras autour de ses épaules. Les rangs de l'A.D continuèrent à se vider lentement et bientôt, il ne resta qu'une quarantaine d'élèves.

Neville ne cligna pas des yeux face à la perte de la majorité de son effectif. Après tout, il savait qu'il pourrait compter sur les personnes restantes.

« Suivez-moi. » ordonna-t-il.

Il conduisit le groupe hors de la Salle sur Demande. L'école était déserte et le trajet se fit dans un silence appréhensif. Arrivés devant les portes closes de la Grande Salle, Neville laissa échapper un soupir décidé puis il ouvrit les portes.

Les quatre tables de la Grande Salle avaient disparu, laissant place à une large table centrale. La pièce n'était toutefois pas vide. Harry Potter se tenait devant la table, accompagné d'un groupe de personnes. Neville reconnut certains visages familiers : Alastor Maugrey, Kingsley Shacklebolt, l'intégralité de la famille Weasley et des professeurs tels que Rogue, Filtwick, McGonagall ou encore Trelawney. Les autres, qu'il ne parvint pas à identifier, étaient probablement d'autres membres de l'Ordre du Phénix.

Il vit Ginny assise sur un coin de la table et elle lui adressa un hochement reconnaissant de la tête. Pius Thicknesse, le Ministre de la Magie était également présent, aux côtés du père de Luna. Il discutait à voix basse avec une femme à la silhouette menue et au visage préoccupé.

Derrière Neville, les membres de l'A.D semblèrent médusés.

« Harry ! Ron ! » s'exclama Dean Thomas avec excitation. « Je savais que vous reviendriez. »

Les autres élèves semblèrent partager la même excitation tandis qu'Harry et Ron venaient à leur rencontre. Neville constata avec plaisir que ces retrouvailles semblèrent redonner un regain d'énergie et de motivation à tous les membres de l'A.D.

« Hope ! » entendit-il soudainement derrière, lui.

Il s'agissait de la femme aux côtés du Ministre de la Magie. Neville vit Hope Rakepick, une deuxième année, se ruer en direction de la femme. Cette dernière l'étreignit fermement.

« C'est sa mère. » informa la voix de Ron. « Et l'assistante du Ministre. »

Neville se retourna et Ron posa sa main sur son épaule.

« Content de te voir, mon vieux. » déclara Ron avec un sourire.

Comme Harry, Ron paraissait avoir pris un coup de vieux. Neville ne pouvait qu'imaginer ce qu'ils avaient traversé depuis leur fuite de l'école, la nuit où les Mangemorts s'étaient introduits dans le château. Les deux jeunes semblaient avoir subi un changement profond et leurs visages paraissaient marqués par une maturité qui l'intimida.

« Ginny nous a raconté tout ce que vous avez fait avec l'A.D. Ce coup avec Ombrage, c'était du grand art, Nev. » poursuivit Ron, une lueur d'admiration dans les yeux.

Les oreilles de Neville virèrent au rouge. Il n'était pas habitué à recevoir de tels éloges.

Quelques minutes plus tard, les retrouvailles prirent fin et une atmosphère plus pesante remplit la pièce. Les membres de l'A.D rejoignirent reste de l'Ordre du Phénix près de la table centrale. Harry Potter fit face à l'Assemblée et d'une voix grave, déclara :

« Merci à tous d'avoir répondu à cet appel. J'aurais aimé que nous soyons réunis en d'autres circonstances, mais ce n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui. » dit-il.

Dans un geste presque instinctif, il passa sa main sur la cicatrice luisant sur son front.

« Lord Voldemort a eu connaissance de ma présence à Poudlard. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il n'arrive pour me défier. Ce qu'il ne se doute pas, toutefois, c'est que nous serons préparés à son arrivée. » poursuivit Harry.

Alastor Maugrey émit un grognement approbateur suite à ces paroles.

« Voldemort essaiera de vous manipuler, de vous retourner contre moi. Diviser est ce qu'il sait faire de mieux. Tant que nous restons unis et que nous travaillons ensemble, nous aurons une chance contre les Mangemorts. » assura Harry avec conviction.

Neville observa les autres tandis qu'ils écoutaient Harry. Tous les yeux étaient rivés dans sa direction, écoutant ses paroles avec avidité. Neville avait toujours admiré cette aisance qu'il possédait. Harry Potter était un meneur naturel. Il avait tellement évolué depuis la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, près de sept ans plus tôt. Neville se souvenait du garçon gringalet, mal-nourri, trop petit pour son âge, totalement indifférent à son statut de célébrité.

Harry Potter avait toujours été loyal envers ses proches, juste à l'attention de ses pairs, courageux face à l'adversité. Lorsqu'il était confronté à des choix difficiles, il savait prendre les bonnes décisions, ne tentant pas d'obtenir de gains personnels ni la gloire. Il savait quand se mettre en avant lorsqu'il fallait aider les autres et quand rester en retrait pour écouter les conseils des personnes plus avisées.

Alors qu'il l'observait parler avec assurance à l'Assemblée réunie dans la Grande Salle, Neville Londubat réalisa qu'il était fier de se battre aux côtés d'Harry Potter.

« Aujourd'hui, c'est aussi pour notre futur que nous luttons. Le droit de faire nos propres choix, le droit de vivre tous égaux en dépit de nos origines ou de notre statut social. Voldemort veut nous retirer ces libertés et nous asservir. S'il gagne cette bataille, il instaurera un régime où les libertés individuelles ne seront accordées qu'à une minorité de la société pendant que le reste de notre communauté vivra dans la terreur perpétuelle. Une bande d'esclaves au service de son élite sans valeur et sans pitié. Réfléchissez-bien : est-ce un monde dans lequel vous souhaitez vivre ? »

Des négations se firent entendre parmi l'audience.

« Nous avons déjà perdu trop de compagnons dans notre lutte. Je suis persuadé qu'ils seraient avec nous s'ils en avaient la possibilité. Prouvons-leur qu'ils n'ont pas perdu la vie pour une cause vaine. » dit-il.

Le cœur de Neville se serra tandis qu'il pensait à ses parents, condamnés à vie dans des lits d'hôpital pour avoir défendu la cause. Harry avait également perdu ses parents et son parrain. Des centaines d'autres personnes avaient péri : Luna, Albus Dumbledore, Amélia Bones et bien d'autres encore.

« Je ne peux pas vous promettre que nous sortirons tous indemnes mais je peux vous assurer une chose, tant que je serai en vie, mon combat ne cessera pas. » acheva Harry.

Des applaudissements et des exclamations approbatrices suivirent ses paroles. Molly Weasley essuya une larme au coin de ses yeux humides. Puis la résistance commença à s'organiser. Jamais Neville n'avait ressenti autant de soutien, de détermination et d'énergie dans une pièce. On forma plusieurs groupes avec des objectifs différents, tous menés par des membres éminents de l'Ordre. Harry demanda à Neville et Ginny leur opinion tandis qu'ils répartissaient les membres de l'A.D dans chacun des groupes selon leurs aptitudes.

« Vous connaissez mieux que quiconque les forces et les faiblesses de chacun, je vous fais entièrement confiance. » assura Harry avant de s'éloigner, ignorant les protestations de Neville.

Ce dernier ne put s'empêcher d'être intimidé devant les membres de L'Ordre. Puis finalement, il suivit l'exemple de Ginny qui ne paraissait pas partager ses doutes sur ses capacités de leadership. Finalement, il gagna confiance en lui tandis que Kingsley Shacklebolt et Charlie Weasley écoutaient ses suggestions avec attention.

Tous les groups furent assignés à des rôles différents, visant à remplir des objectifs spécifiques pendant la bataille. L'un d'eux, mené par Filtwick, avait été mandaté pour ériger des défenses supplémentaires autour de l'école. Un autre, mené par McGonagall, fut composé d'élèves d'A.D particulièrement doués en Métamorphoses. Un troisième groupe, composé des jumeaux Weasley et de Seamus Finnigan complotaient au fond de la grande salle avec excitation devant de larges explosifs artisanaux.

Trelawney ainsi que les élèves les plus jeunes furent chargés de garder le reste de l'école en sécurité. Par ordre de Filtwick, l'accès aux salles communes serait totalement fermé. Seuls les elfes de maison auraient la possibilité de donner l'accès aux différentes salles communes. Rogue insista pour qu'une double protection soit installée dans la salle commune de Serpentard.

« Ça évitera les mauvaises surprises. » commenta-t-il de sa voix froide.

Neville savait que plusieurs enfants de Mangemorts étaient scolarisés à Poudlard et il n'était probablement pas sécurisé de les laisser vagabonder sans surveillance dans les couloirs de l'école.

Deux heures plus tard, tandis que tous les groupes étaient formés et que tout le monde était clair sur son rôle à jouer, Harry prit Neville et Ginny à part dans une petite salle attenante à la Grande Salle.

Le Choixpeau était posé sur une table et ils observèrent Harry avec appréhension tandis qu'il s'emparait du vieux couvre-chef.

« Ce n'est pas le moment pour une nouvelle répartition, Harry. » lança Ginny en levant un sourcil. « Même si je sais que tu as toujours regretté de ne pas avoir été réparti dans la maison la plus cool de l'école, j'ai nommé Serpentard. »

Harry tourna les yeux vers elle et un sourire amusé apparut au coin de ses lèvres. Puis il tendit le Choixpeau au à Neville qui s'en empara, l'air confus. Harry s'attendait-il à ce qu'il le pose sur sa tête ?

« Mets ta main à l'intérieur. » ordonna Harry.

Neville s'exécuta et fourra sa main à l'intérieur du couvre-chef. Il ne toucha que du vide et il observa Harry avec perplexité. Soudainement, ses doigts touchèrent une surface glacée et métallique. Il fronça les sourcils, saisissant ce qui semblait être un manche et le tira hors du château. Une épée en argent pur, dont le manche était incrusté de rubis. Neville leva les yeux vers Harry, comme pour lui demander des explications. Harry arborait un air satisfait tandis qu'il observait Neville avec l'épée.

« L'épée de Godric Gryffondor. » déclara-t-il. « Elle n'apparait qu'aux vrais Gryffondors. Les plus méritants. »

Neville sentit une chaleur dans sa poitrine devant les paroles d'Harry. Lui, méritant ? Harry se tourna vers Ginny :

« Alors, quelle est la maison la plus cool, maintenant ? » demanda-t-il d'un ton hilare.

Ginny lui tira la langue.

« Pourquoi me la donnes-tu, Harry ? » demanda Neville avec curiosité.

« J'ai une mission importante pour toi, Neville. » dit-il.

/

« Maître ? » s'éleva une voix tremblante, interrompant la discussion en cours.

Lord Voldemort leva les yeux des plans disposés sur la table et son regard se posa sur un homme court à l'allure crasseuse.

« Que veux-tu, Pettigrow ? Ne vois-tu donc pas que nous sommes occupés ? » demanda Voldemort avec agacement.

Pettigrow abaissa la tête en signe de soumission.

« Vous m'aviez demandé de vous prévenir en cas de progrès. » dit-il de sa voix grinçante.

« Eh bien ? »

« Nous avons tenté d'utiliser l'Armoire à Disparaître pour nous introduire à Poudlard, mais cela n'a pas fonctionné. Il semblerait que l'autre armoire ait été détruite. » expliqua Pettigrow d'une voix haut-perchée.

Entendre la voix grinçante de Peter Pettigrow était relativement déplaisant. Lorsqu'elle apportait de mauvaises nouvelles, l'irritation ne faisait qu'accroire de manière exponentielle. Bellatrix Lestrange agita sa baguette en direction de la porte qui se ferma d'un coup sec, forçant Pettigrow à sortir de la pièce. On entendit un hoquet de protestation derrière la porte.

« Cela ne change pas nos plans, Maître. Nous aurons simplement besoin davantage de temps pour entrer dans l'école. »

« Le temps est une ressource dont nous ne disposons pas. » répliqua Voldemort en l'observant comme si elle était obtuse. « Potter pourrait quitter Poudlard d'une seconde à l'autre et m'échapper une fois encore. »

« Nos hommes envoyés en éclaireur ont indiqué que des protections venaient d'être érigées autour du domaine. Potter y est encore probablement, ainsi que les autres membres de l'Ordre. » lança Rodolphus Lestrange.

Voldemort laissa ses longs doigts filandreux parcourir les plans de Poudlard déposés devant lui. Pourquoi Potter était-il à Poudlard ? Que cherchait-il ? Un désagréable doute l'envahit. Se pouvait-il que Potter sache ? Qu'il ait découvert son secret le mieux gardé ?

Impossible, pensa Voldemort. Potter ne pouvait connaitre l'existence des Horcruxes. Et si quand bien même c'était le cas, ils étaient toujours intacts. Si ce n'était pas le cas, l'aurait senti.

Incapable de supporter plus longtemps le doute, il transplana soudainement, laissant ses fidèles interloqués. Ses pieds prirent terre près des ruines de la maison des Gaunt, sa famille maternelle.

Il se dirigea vers l'endroit où était enterré sa possession. Son cœur faillit s'arrêter lorsqu'il trouva le coffre vide. La panique s'insinua lentement en lui. Se pouvait-il que quelqu'un ait trouvé l'objet en venant fouiller dans les ruines ?

Il transplana de nouveau dans le repaire des Mangemorts et s'avança vers Bellatrix et Rodolphus, l'air agité.

« Est-elle en sécurité ? » demanda-t-il, à voix basse.

« De qui parlez-vous Maître ? »

« La coupe que je vous ai confiée, il y a des années de cela. Celle qui est cachée dans votre coffre-fort. » demanda-t-il avec agacement.

Il ne manqua pas le regard qu'ils échangèrent. Il n'attendit pas la répondre et s'introduisit dans l'esprit de Bellatrix. Il sentit ses défenses mentales s'affaisser et il vit des bribes d'images. Certains souvenirs le concernaient mais il les ignora, à la recherche des visions qui l'intéressaient. Soudainement, la vision d'une discussion houleuse avec un Gobelin intervint dans son esprit.

« Nous avons fait l'inventaire Madame Lestrange, rien de valeur ne semble avoir été dérobé à part une vieille coupe. » disait le Gobelin qui semblait transpirer sous la nervosité.

« Pas un mot de tout cela à quiconque, vous entendez ? » disait Bellatrix d'une voix coléreuse.

Voldemort s'extirpa de son esprit, la tempe frémissante, la colère déformant son visage.

« Maître… » implora Bellatrix, paniquée. « J'ignorais que cet objet avait de la valeur… »

Voldemort fulminait. Ses yeux rouges s'étaient assombris sous la contrariété.

« Maître… » glapit une voix.

On vit une traînée verte en direction de la porte puis on entendit une chute. Près de la porte, gisait désormais la silhouette de Peter Pettigrow, inerte. Encore une fois, il avait choisi le mauvais moment pour manifester sa présence indésirable. Voldemort abaissa sa baguette sous les regards interloqués des fidèles présents dans la salle.

Bellatrix s'était agenouillée à ses pieds et se confondait en lamentations et en supplications. Il se dégagea d'un geste brusque, la forçant à relâcher le pan de sa robe de sorcier puis quitta la pièce, enjambant la dépouille de Pettigrow.

« Je ne veux plus voir cet idiot à mon retour. » dit-il d'un ton glacial tandis qu'il disparaissait de la pièce.

Potter savait. Il avait réussi à découvrir son secret. Combien d'Horcruxes avait-il déjà découvert ? Avaient-ils été détruits ? Il fit les cent pas, fulminant, incapable de chasser ce sentiment de vulnérabilité qu'il abhorrait tant.

Comment Harry Potter pouvait-il avoir les moyens de le détruire, lui, le mage le plus puissant de l'univers ? Tous ceux qui avaient tenté de s'opposer à lui avaient rencontré un destin tragique. Même Albus Dumbledore, son plus grand rival, avait péri, emportant avec lui la dernière chance qu'avait l'Ordre du Phénix de le détruire.

Non, il ne devait pas laisser le doute l'envahir. Il était à l'aube d'une révolution. Sa quête de pouvoir allait finalement le mener à la pleine puissance. Une ère où seuls les sorciers méritants et purs subsisteraient. Un monde où il serait idolâtré et craint par tous. Il ne laisserait rien aller à l'encontre de ses objectifs. Aujourd'hui, Harry Potter périrait de sa propre main.

Il invoqua Nagini. Il devait la garder proche, la protéger. Le Serpent géant apparut dans la pièce, s'enroulant à ses pieds. Un sentiment de soulagement l'envahit tandis qu'il observait son compagnon fidèle.

« Reste proche. » lui susurra-t-il en Fourchelang.

Quelques instants plus tard, lorsqu'il retourna auprès des Mangemorts, un silence s'abattit dans la pièce tandis que ses fidèles l'observaient avec appréhension, tentant de jauger si sa fureur était toujours d'actualité. Ils semblèrent tous s'apaiser après quelques minutes. Même Bellatrix qui était restée à l'écart sembla soulagée.

Ils transplanèrent aux alentours de Pré-au-Lard. Les rues étroites du village étaient désertes et plongées dans un silence de mort. On apercevait quelques fenêtres éclairées et à leur passage, des rideaux furent brusquement tirés.

Tandis qu'ils s'approchaient de l'enceinte de l'école, il aperçut l'imposante bâtisse. Cela faisait des années qu'il n'avait pas visité l'endroit. Poudlard lui avait toujours conféré une nostalgie particulière. Il distingua clairement le champ d'énergie magique entourant le domaine. Ils avaient invoqué de puissants sortilèges de défense pour s'assurer qu'ils n'entreraient pas. Potter cherchait probablement à gagner du temps.

« Tu ne fais que retarder ton heure fatidique, Potter. » dit-il en levant sa baguette en direction du champ magique.

Tous ses fidèles l'imitèrent et il fallut près de deux heures pour venir à bout des protections érigées autour de l'école. Lorsqu'une brèche se fendit dans le champ, on entendit des cris de victoire et les Mangemorts se précipitèrent en direction de la brèche. Le parc de Poudlard était vide.

« Tuez tous ceux qui se mettront sur votre chemin. Ramenez Potter vivant. » ordonna Lord Voldemort.

La horde de Mangemorts se ruèrent en direction du château. Alors qu'ils avaient traversé la moitié du parc, on entendit un craquement bruyant semblable à un éclair dans le ciel. L'un des Mangemorts tomba au sol.

« Ils sont dans les airs ! » hurla la voix de Dolohov.

Voldemort leva les vers le ciel. Une brume épaisse les surplombait et rendait la visibilité difficile. Des lumières venant du brouillard épais se dirigeaient vers le sol. Il réalisa qu'il s'agissait d'un florilège de sortilèges jetés dans leur direction. Immédiatement, ses fidèles les plus proches, l'entourèrent. Ils étaient restés à ses côtés lorsqu'ils avaient donné l'assaut aux autres. Rodolphus érigea un bouclier au-dessus du petit groupe.

Les autres Mangemorts, au loin, avaient cessé leur chevauchée vers la bâtisse et jetaient désormais des sorts en direction du ciel. Dans les airs, leurs assaillants étaient à peine visibles, dissimulés par la brume épaisse. Rowle parvint à toucher l'un d'eux et on vit une ombre chuter. La personne s'écrasa dans les branches d'un arbre.

Rodolphus Lestrange brandit sa baguette et s'exclama en direction du brouillard :

« Excandesco maxima ! »

Une trainée de feu jaillit de sa baguette en direction du ciel. A cause de la fumée produite par son sortilège, la masse brumeuse s'intensifia. Quelques secondes plus tard, on entendit des cris déchirants venant des airs. On vit deux silhouettes commencer à tomber du ciel, des balais magiques leur faisant suite. L'une des silhouettes avait pris feu et ses hurlements résonnèrent dans la nuit noire. Elle s'écrasa contre la cabane du garde-chasse. Le toit en chaume prit feu en quelques secondes seulement, l'incendie se propagea dans toute la cahutte. Des aboiements provinrent de la cabane et après quelques secondes, le silence s'installa à nouveau et seul le crépitement du feu vint le briser.

Des cris victorieux jaillirent de toute part parmi les Mangemorts. Dans les airs, les sortilèges avaient cessé.

« Morsmordre ! » s'exclama une voix.

La Marque des Ténèbres apparut dans le ciel, au-dessus de la maison du garde-chasse. Voldemort observa avec satisfaction tandis que ses fidèles s'avançaient vers les portes de l'école.

Tu ne perds rien pour attendre Potter, pensa Voldemort avec plaisir. Aujourd'hui, il n'aurait de repos tant qu'il ne verrait pas Potter assister à la mort de tous ses proches.

/

Le balai de Ginny perdait de l'altitude rapidement, la faisant dangereusement se rapprocher du sol. Le manche avait pris feu, touché par un sortilège. Avec agilité, elle parvint à viser l'extrémité du balai et à éteindre la partie enflammée. Elle fut ensuite capable de stabiliser son balai afin d'atterrir en douceur. Elle entendit quelqu'un tomber dans des feuillages près d'elle. Dean Thomas émergea d'un bosquet, l'extrémité de sa robe de sorcier en feu. Ginny agita sa baguette dans sa direction et de l'eau en jaillit.

Ils entendirent un hurlement et tournèrent la tête d'un geste synchronisé. Une élève dont les vêtements avaient pris feu s'écrasa violemment contre la cabane d'Hagrid et un incendie se déclara dans la Chaumière.

Ils observèrent la scène avec horreur. En quelques secondes seulement, le feu s'était propagé.

« Ginny ! » entendit-elle derrière-elle.

Son frère Charlie accourut dans sa direction, son balai dans une main. Il ne semblait ne pas avoir été touché par les sorts des Mangemorts. A côtés de lui, un élève de Gryffondor nommé Ritchie Coote, marchait difficilement. Lorsqu'ils arrivèrent à leur hauteur, elle vit le visage bouleversé du garçon.

« C'était Demelza. » chuchota-t-il d'une voix éteinte au montrant le feu crépitant.

« Où sont les autres ? » demanda Ginny en direction Charlie.

« Nous avons perdus trois personnes. » dit-il d'une voix grave.

« Jimmy est tombé dans un arbre, peut-être qu'il est encore viv… » commença Ritchie.

« Non, c'est trop risqué. On s'en tient au plan. » refusa immédiatement Ginny d'une voix ferme.

Elle n'allait pas laisser la bravoure stupide des Gryffondor la tuer. Personne ne sembla vouloir insister. Ginny, en compagnie de Charlie et d'un groupe d'élèves doués en vol avaient survolé le parc au-dessus des Mangemorts dès qu'ils avaient détruit les protections autour de l'école. Cachés par une brume épaisse ainsi que des charmes de Désillusion, ils avaient pu les prendre par surprise et en neutraliser quelques-uns. Jimmy Peakes avait été le premier à être touché et avait chuté d'une distance élevée. Il était probablement mort sur le coup.

« Allons-y ! » ordonna Ginny. « Thomas, ton balai est-il toujours fonctionnel ? »

Dean haussa la tête et Ginny monta sur son balai à sa suite tandis que Ritchie faisait de même sur le balai de Charlie. Dissimulés par la fumée, Ils s'élevèrent à nouveau dans la brume et se dirigèrent vers les hauteurs du château. Au sol, les Mangemorts accouraient vers l'école et dans le ciel, la Marque des Ténèbres luisait clairement.

Ils s'engouffrèrent dans le château par la Tour d'Astronomie. Alors qu'ils descendaient les marches de la tour à toute l'allure, ils entendirent une détonation tonitruante. Ginny tenta de s'accrocher aux pierres du mur tandis que le sol tremblait sous ses pieds. Lorsque le tremblement cessa, elle reprit sa course folle derrière Charlie et les autres. Ils arrivèrent devant les portes principales du château.

« Écartez-vous des portes ! » hurla la voix de Fred Weasley positionné à l'autre extrémité du grand couloir.

Des dizaines de statues et d'armures étaient entreposées devant eux, servant de barricades. Une nouvelle détonation se fit entendre à quelques mètres de Ginny. Les grandes portes tremblèrent de nouveau et ils se ruèrent en direction des barricades. Minerva McGonagall, les jumeaux Weasley, Seamus Finnigan étaient dissimulés derrière. Seamus sembla soulagé lorsqu'il vit Dean.

« Où sont les autres ? » demanda-t-il.

Dean secoua la tête, l'air grave.

« Ils sont encore plus nombreux qu'on ne le pensait. » informa Charlie d'un ton grave. « Entre cent cinquante et deux cent, probablement. »

George jura.

« Nous avons réussi à en neutraliser quelques-uns mais ça va être encore plus difficile que ce que l'on pensait. » dit Charlie.

« Pas d'inquiétude, nous avons sorti l'artillerie lourde pour les accueillir. » assura Fred, un large sourire malicieux au coin des lèvres. « Ils vont regretter d'avoir ouvert ces portes. »

« Ils ont des trolls. » apprit Ritchie Coote, semblant terrifié.

« Qu'est-ce qu'un rassemblement de trolls et de Mangemorts dans une école ? » demanda George.

Le reste de la blague fut couvert pas un nouveau tremblement. Cette fois, les grandes portes lâchèrent sous les assauts répétés de leurs ennemis et elles s'ouvrirent dans un bruissement tonitruant, laissant apparaitre une horde de silhouettes encapuchonnées ainsi que de larges figures faisant trois fois la taille des Mangemorts.

A peine eurent-ils franchis les portes qu'une déflagration retentit. Les portes s'envolèrent en éclat, envoyant de larges débris dans tous les sens. Ginny entendit des hurlements. L'un des débris pénétra dans l'œil d'un troll et il émit un gémissement guttural. Sa figure massive sembla tituber et il tomba en arrière, s'écrasant contre un groupe de Mangemorts. Seamus et Dean poussèrent des cris victorieux.

« Bienvenue à Poudlard. Au menu ce soir, ragoût de Mangemorts. » annonça Fred d'une voix pompeuse.

La première ligne de Mangemorts semblait avoir succombé à l'exposition. Toutefois, les Mangemorts à la suite n'avaient pas été affectés par la détonation et Ginny constata avec horreur qu'ils courraient à toute vitesse dans leur direction, plus enragés que jamais. Ginny commença à lancer des sortilèges dans leur direction.

« Piertotum Locomotor ! » entendit-elle McGonagall hurler.

Immédiatement, elle sentit l'armure derrière laquelle elle s'était réfugiée bouger.

« Armures et statues de Poudlard, protégez votre école ! » ordonna McGonagall d'un ton déterminé.

Interloquée, Ginny vit les statues prendre lentement vie, articulant leurs membres sculptés par la pierre. Ils s'avancèrent en direction des Mangemorts, brandissant des boucliers et des épées pour attaquer.

« Wow, c'est génial professeur ! » commenta Seamus avec admiration.

McGonagall lui adressa un clin d'œil, l'air satisfaite.

Contrairement aux humains, les armures ne souffraient pas des attaques sur leurs membres. Malgré des morceaux de bras, ou de têtes détruites par les sorts des Mangemorts, les armures continuaient d'avancer dans leur direction, imperturbables.

« Regardez ça ! » hurla Dean avec excitation.

Au loin, près des portes désormais détruites, Ginny vit une large statue s'approcher d'un pas lourd. Elle reconnut la statue qu'avait érigée Dolores Ombrage à sa propre effigie. L'incantation de McGonagall l'avait probablement réveillée et elle s'était ralliée à ses condisciples pour protéger l'école.

Alors qu'elle balayait les assaillants grâce à de larges coups de pieds, Ginny vit l'un des trolls s'approcher de la statue, arborant un air particulièrement stupide sur son visage repoussant. Il observait la statue d'Ombrage avec intérêt, comme s'il s'agissait d'un plat appétissant. Puis, il débuta un manège étrange, consistant à grogner et à bomber son torse poilu devant elle, comme s'il cherchait à l'impressionner.

« Je rêve où cet imbécile est en train de lui faire une danse nuptiale ? » demanda Fred à dégoût. « J'ai l'impression qu'on va assister à une scène hautement inappropriée si personne ne l'arrête. »

Même certains Mangemorts cessèrent leurs attaques pour observer ce manège des plus insolites. Au bout de quelques secondes, toutefois, ils reprirent leurs sortilèges, en direction de la statue d'Ombrage cette fois, plus large et plus imposante que les autres statues de l'école. Le troll de montagne émit un rugissement contrarié et commença à charger les Mangemorts qui tentaient d'attaquer sa dulcinée.

Un Mangemort parvint à détruire le buste de la statue d'Ombrage et grâce à un sortilège d'attraction, assomma le Troll des montagnes avec. Sonné, ce dernier tituba et tomba contre le mur le plus proche.

« Ils ne les retiendront plus très longtemps. » déclara Charlie. « Il faut rejoindre les autres ! »

En effet, les armures étaient détruites tour à tour, explosant face aux sorts de Réduction des Mangemorts. Ginny s'engagea à la suite des autres tandis qu'ils battaient en retraite. Sa respiration était haletante et son cœur battait à toute vitesse. Alors qu'ils arrivaient à l'extrémité du Hall, les corridors se séparaient en trois directions différentes et ils se séparèrent. Ginny s'élança dans les escaliers, suivie par Charlie qui aidait Ritchie Coote dont la jambe semblait fracturée. A l'étage, ils retrouvèrent les visages appréhensifs et inquiets de certains élèves de l'A.D.

« Où sont les Mangemorts ? Nous avons entendu plusieurs détonations. » murmura Parvati Patil d'une voix chevrotante.

« Ils arrivent. » répondit Ginny d'une voix ferme.

Elle n'osait pas leur donner de détails sur les scènes qui s'étaient déroulées devant ses yeux par peur de les effrayer. Les Mangemorts étaient plus nombreux que ce qu'ils avaient prévu mais cela ne changerait en rien leur stratégie. Leur objectif principal était de les avoir par l'usure, et de détourner leur attention par divers stratagèmes afin de les affaiblir pour la bataille frontale.

« La détonation venait d'une explosion causée par mes frères. Leurs trolls sont morts. » assura-t-elle d'un ton enjoué. « Ils n'ont aucune chance. »

Charlie lui lança un regard surpris qu'elle ignora. Les paroles de Ginny semblèrent soulager les élèves. Elle ne ressentait aucun scrupule à légèrement embellir la situation. Elle savait que cela serait bon pour le moral des troupes.

Tout le monde attendit patiemment à son poste. On entendait au loin des détonations et Ginny serra sa prise sur sa baguette. Des bruits de pas se rapprochaient. Sa respiration s'accéléra. Elle tendit l'oreille, attendant le signal.

« Maintenant ! » hurla la voix de Colin Creevey.

Ginny releva la tête, se penchant devant la rampe donnant vue sur l'étage inférieur. Un groupe de Mangemorts, plus restreint cette fois, se dirigea vers les escaliers. Les élèves commencèrent à lancèrent les boules explosives fournies par Fred et George. Elles s'écrasèrent sur les marches de l'escalier, et un gaz vaporeux en jaillit, contaminant l'air. Cela fut suffisant pour créer de la confusion. Les Mangemorts tentaient de contourner les fumigations dans l'air. L'un d'eux commença à tousser bruyamment et Ginny en profita pour lui lancer un sort de Lacération.

A ses côtés, tous les autres élèves envoyaient des rafales de sortilèges en direction de leurs ennemis. Ils avaient l'avantage d'être en hauteur et les Mangemorts peinaient à effectuer leur avancée sur les escaliers.

Ginny savait qu'ils se rendraient bientôt compte que le gaz était inoffensif. Il s'agissait uniquement d'un subterfuge provenant de la boutique de ses frères. Le gaz, inventé lors de leur scolarité, était destiné à créer la panique et la confusion. Ce n'était qu'une fois qu'ils avaient sécurisé l'endroit que les professeurs réalisaient qu'il s'agissait d'une farce. Elle vit un Mangemort agiter sa baguette en direction de sa bouche et un masque translucide apparut devant son visage. Bientôt, plusieurs d'entre eux l'imitèrent. Elle fut surprise par une trainée violette qui la rafla et toucha Morag de plein fouet.

Morag commença à toucher son visage, les mains tremblantes. Avec horreur, Ginny constata que ses yeux, son nez et sa bouche avait disparu et que son visage n'était qu'une surface lisse. Des hoquets étouffés se faisaient entendre et elle commença s'agiter dans toutes les directions, comme si elle ne pouvait plus respirer. Privée de sa vue, Morag tenta de courir en direction de la rampe et elle chuta par-dessus celle-ci.

Ginny n'eut pas la possibilité de lui venir en aide. Les Mangemorts gagnaient du terrain sur l'escalier, réduisant la distance entre les deux groupes. Elle se baissa pour éviter les sorts qu'ils lançaient.

« L'escalier ! » hurla Charlie. « Il faut le détruire. »

Ginny réagit immédiatement. Elle s'élança vers la bordure de l'escalier.

« REDUCTO ! » hurla-t-elle.

Parvati Patil semblait avoir eu le même reflexe que Ginny. Leur sortilège combiné ne fut toutefois pas suffisant pour causer un dégât sérieux à l'escalier. L'escalier décida néanmoins de se mouvoir et décolla sa surface lentement, faisant trébucher certains Mangemorts. L'escalier changea brusquement de direction et se raccommoda à la mezzanine opposée.

Ginny et Parvati, debout sur l'extrémité de l'escalier, chutèrent lorsqu'il se décolla. Elles parvinrent toutes les deux à se rattraper à l'extrémité de la mezzanine. Un sort fut lancé près des oreilles de Ginny, détruisant la paroi sur laquelle elle s'était accrochée. Elle se sentit tomber dans le vide. Alors qu'elle s'attendait à s'écraser violemment sur le sol, sa chute s'arrêta à quelques centimètres du sol avant se terminer avec douceur.

« De rien, Weasley. » dit la voix de Parvati, à ses côtés.

Ginny lui adressa un regard reconnaissant. Elle releva la tête. Un trou remplaçait désormais l'escalier et les deux camps se livraient bataille sur leurs côtés respectifs. Ginny observa les alentours avec panique, cherchant un moyen de remonter. Elles ne pouvaient pas utiliser les escaliers qui montaient directement à la mezzanine occupée par les Mangemorts.

Elle n'eut pas le loisir d'y réfléchir plus longtemps car des pas s'approchaient à toute vitesse.

« Cours ! » ordonna Ginny.

Elles passèrent devant la silhouette inerte de Morag, à moitié couverte par des débris. Elles ne s'arrêtèrent qu'une fois arrivées dans le Hall principal. L'entrée était vide. Le cœur de Ginny rata un battement. Cela signifiait que tous les Mangemorts s'étaient introduits dans le château.

« Que fait-on ? » demanda Parvati, un frémissement dans la voix.

« Il faut retrouver les autres. » dit Ginny en se remettant à courir.

Elle était hors d'haleine, ses joues étaient rougies par l'effort mais l'adrénaline l'aidait à ignorer son état.

Un BANG strident retentit au fond du couloir et elles échangèrent un regard apeuré. Le visage d'Harry et de ses proches s'imposèrent dans son esprit et la terreur lui contorsionna l'estomac. Ne pas savoir dans quelle situation ils se trouvaient actuellement l'angoissait profondément. Elle s'élança dans la direction d'où provenait le bruit, Parvati sur ses talons.

Elle sentit un sortilège ricocher à ses pieds et elle se jeta sur le mur le plus proche. Derrière elles, deux Mangemorts s'étaient lancés à leur poursuite. Elle hurla un sort en direction de l'un deux. Des larges créatures ailées faillirent de l'extrémité de sa baguette et foncèrent dans la direction du Mangemort. Elle reconnut son visage. Il s'agissait de Rookwood, l'un des Mangemorts qui s'étaient évadés d'Azkaban, deux ans auparavant. Les chauves-furies agressèrent vicieusement l'homme, plantant leurs becs acérés dans sa nuque et son visage. Le second Mangemort, lui, parvint à éviter l'assaut des chauve furies et s'attaqua à Parvati. Seule, elle n'était pas à la hauteur d'un sorcier aussi expérimenté. En unissant ses forces avec Ginny, elles parvinrent toutefois à le mettre en difficulté.

Ginny ne remarqua pas Rookwood s'était momentanément défait des chauves-furies. Elle sentit un sortilège toucher sa main, provoquant une douleur cuisante qui dura seulement une fraction de secondes. Elle l'ignora, invoquant de nouveau les Chauve-Furies dans la direction du Mangemort. Cette fois ci, les créatures ailées furent plus petites mais plus nombreuses. Rookwood tituba sous les assauts répétés des créatures. Elle tourna le regard vers le second Mangemort. Une trainée verte fila à la vitesse de la lumière. Il tomba au sol. Elle tourna les yeux vers Parvati dont la baguette était levée. Sa bouche était ouverte et elle tourna les yeux vers Ginny, choquée.

« Non, ce n'était pas vous, fillette. » lança une voix grommeleuse derrière elle.

Ginny se retourna et pour la première fois depuis des heures, le soulagement l'envahit. Abelforth Dumbledore se tenait derrière elle, sa baguette brandie.

« Vous ? » dit Ginny avec un rire nerveux.

« Fermez la bouche, vous risquez d'avaler un Billywig. Et croyez-moi, ce n'est pas une expérience plaisante. » dit-il.

Ginny éclata de rire. Elle était tellement soulagée qu'elle aurait pu lui sauter au cou.

« Weasley ? » dit soudainement Parvati, la voix tremblante.

Ginny se tourna dans sa direction. Le visage de Parvati était livide, comme si elle venait de croiser un mort. Ginny fronça les sourcils.

« Ta m…main. » bredouilla Parvati, une expression nauséeuse sur ses traits.

Ginny abaissa le regard sur sa main. Du sang en coulait abondamment, maculant le sol sous ses pieds ainsi que ses chaussures. Elle resta figée sur place alors qu'elle réalisait que l'un de doigts avait été totalement sectionné. Immédiatement, elle sentit une douleur violente. Quelques instants plus tard, ce fut le noir total.

Lorsqu'elle reprit connaissance, elle se retrouva allongée dans un sofa moelleux. En plissant les yeux, elle reconnut des bannières d'un rouge vif. Autour d'elle, elle distinguait des voix mais ne parvenait pas à comprendre leurs paroles. Elle se redressa et grimaça de douleur. Son bras entier était endolori. Paniquée, elle jeta un regard à sa main complètement couverte par un bandage. Elle réalisé qu'un sort de Givre avait été apposé sur sa main car elle distinguait les picotements dus au froid.

« Ginny ! » hoqueta une voix qu'elle identifia comme appartenant à sa mère. « Comment te sens-tu ? »

Ginny ne répondit pas, incapable de décrire son état.

« Il vous a salement amochée. » dit Abelforth avec une grimace. « Mais avec un peu de chance, on pourra sauver votre doigt. »

Ginny écouta à peine ses paroles, observant ses alentours avec appréhension. Ils se trouvaient visiblement dans la salle commune de Gryffondor. La pièce était occupée par une vingtaine de personnes, quelques membres de l'Ordre et des élèves de l'A.D.

« Où sont les autres ? Que s'est-il passé ? »

« Lorsque nous nous sommes séparés, nous avons rejoint le deuxième groupe près des cachots. Les Mangemorts se sont aussi séparés. Je pense que la plupart d'entre eux ont pris notre couloir, comme prévu. Les explosifs les attendaient bien sagement. » expliqua George avec satisfaction. « Ensuite nous avons commencé les duels. Tu aurais dû voir Maugrey, c'était impressionnant. Il a dû en tuer dix à lui seul avant de mourir. »

« Maugrey est mort ? » demanda Charlie, apparaissant derrière Ginny.

George hocha la tête, gravement.

« Ensuite, ça a été le bazar. Il y a eu une énorme détonation, je ne suis pas certain d'où elle venait mais tout le monde a commencé à courir dans tous les sens, même Mangemorts. »

« Et le troisième groupe ? » demanda Ginny.

« Ils n'ont eu aucun mal à se débarrasser des Mangemorts qui ont pris leur direction. Aucune perte de leur côté. »

Ginny fut soulagé. Harry faisait partie du groupe en question.

« Quand vous êtes tombées, notre groupe battu en retraite. » expliqua Charlie d'un ton harassé. « Je vous ai vues courir, je savais que vous n'aviez rien. Mais certains élèves ont commencé à paniquer et se sont dispersés un peu partout pour fuir les Mangemorts. »

Un long silence s'installa. Ni Colin, ni Dennis qui étaient dans son groupe avec Charlie ne se trouvaient pas la pièce. Elle se sentit nauséeuse.

« Et ensuite ? »

« Il s'est passé un truc étrange. Il y a eu une sorte d'alarme et les Mangemorts ont également battu en retraite. » répondit Fred avec perplexité. « Ils sont dans le parc à l'heure actuelle. »

« Pourquoi ont-ils fait ça ? » demanda Ginny, interloquée.

« Pas la moindre idée. »

Le trou du portrait coulissa, laissant entrer un large groupe de personnes. Les battements de cœur de Ginny s'apaisèrent lorsqu'elle vit Harry et son père parmi eux. A part des égratignures sur les bras, Harry paraissait en pleine forme. Il se dirigea immédiatement dans sa direction et s'agenouilla près d'elle, au niveau du sofa. Il vit sa main plâtrée et l'inquiétude passa dans son regard.

« Je vais bien. » assura-t-elle avant qu'il ne puisse prononcer la moindre parole.

« Que se passe-t-il, dehors ? » demanda Fred aux nouveaux arrivants.

« Les autres survivants se sont réfugiés dans la Salle sur Demande. » expliqua Ron, rembruni.

Un filet de sang coulait de sa tête et un large hématome était visible sur son front.

« Pourquoi Tu-Sais-Qui a-t-il rappelé ses Mangemorts ? » demanda Charlie.

« Car il a quelque chose en tête. » répondit Harry, l'air sombre. « Ce n'était qu'un avant-goût. Il ne pensait pas que nous serions aussi préparés et qu'on parviendrait à les repousser aussi longtemps. L'attaque frontale n'a pas fonctionné, il va tenter quelque chose d'autre. »

Il reçut des regards estomaqués des autres occupants de la pièce.

« Comment le sais-tu ? » demanda Bill, étonné.

Harry ne répondit pas et se releva d'un bon, commençant à faire les cent pas dans la pièce, l'air préoccupé.

« Il ne faut pas lui laisser le temps de fomenter un autre plan. » murmura-t-il entre ses dents.

Ginny se releva avec difficulté. Elle ignora ses vertiges et se dirigea vers Harry. De sa main valide, elle attrapa la sienne et le mena dans l'escalier menant aux dortoirs des garçons. Elle se retourna vers lui, un air résolu sur le visage.

« Tu dois bloquer ton esprit Harry. » dit-elle avec fermeté. « Il va s'en servir pour te manipuler. »

« Il prépare un sale coup, je le sens. » dit-il, l'air anxieux.

« Ça n'a pas d'importance. Nous sommes préparés. Nous sommes sur nos gardes. Ne le laisse pas te monter à la tête, pas maintenant. » plaida Ginny.

Contre toute attente, il acquiesça, sans protester.

« Ils sont le double de ce à quoi nous étions préparés, et pourtant regarde-nous. » poursuivit-elle.

Ses paroles semblaient calmer Harry.

« Promets-moi une chose, Harry. Peu importe ce qu'il arrive, on s'en tient au plan. » dit-elle d'une voix ferme. « Promets-le-moi. »

« Promis. » assura-t-il.

Il prit le visage de Ginny dans ses mains puis déposa ses lèvres sur les siennes. Elle lui rendit son baiser avec ardeur. Les mains d'Harry attrapèrent sa taille et il l'attira à lui, l'enveloppant dans une étreinte ferme.

Elle ressentit une dimension particulière durant leur baiser. Elle voulait lui transmettre son amour inconditionnel et sa loyauté absolue. Lui montrer qu'elle était totalement, entièrement, éperdument sienne. Lui assurer qu'il trouverait toujours un pilier en sa présence.

Ils se séparèrent finalement et Harry posa son front sur le sien. Ginny ferma les yeux tandis qu'elle sentait ses doigts parcourir son visage, comme s'il tentait d'en mémoriser les moindres traits.

« Reviens-moi. » murmura-t-elle alors qu'il l'étreignait de nouveau.

Quelques instants plus tard, ils pénétraient à nouveau dans la salle commune.

« Harry Potter. » s'éleva soudainement une voix austère, résonnant clairement dans toute la pièce dans un écho.

Ginny frissonna alors qu'elle réalisait à qui appartenait la voix.

« Encore une fois, tu as laissé tes amis périr pour toi. » résonna la voix glaçante de Lord Voldemort. « Ta lâcheté n'est plus à prouver. »

Ginny vit Harry serrer les poings.

« Dans mon infiniment bonté, j'ai décidé de t'accorder une autre chance. Rejoins-moi dans une heure et je laisserai la vie à tes amis embourbés dans cette cause vouée à l'échec. Affronte-moi et j'épargnerai ton compagnon lycanthrope ainsi que sa femme. » poursuivit Voldemort.

Un silence de mort s'abattit dans la salle commune. Tous les regards étaient rivés sur Harry dont le visage avait pâli.

« C'est un piège. N'y allez pas, Potter. » plaida Dedalus Diggle.

« Il tient Lupin et Tonks en otage. » répliqua Fred.

« Remus savait ce qu'il risquait lorsqu'il s'est fait capturer. » déclara Kingsley de sa voix grave.

« Tonks est enceinte ! » intervint Fleur Delacour d'une voix choquée. « Comment pouvez-vous… »

« Assez. » coupa Harry, interrompant les débats. « J'ai pris ma décision. »

/

Une heure, pensa-t-il avec satisfaction. Dans une heure, Harry Potter serait mort.

Les Mangemorts s'étaient rassemblés dans le parc après leur assaut. Sa contrariété avait grandi lorsqu'il avait vu le nombre de pertes parmi ses fidèles. Puis, lorsqu'il avait réalisé que leurs ennemis avaient essuyé des pertes aussi conséquentes, il s'était apaisé. Cela avait peu d'importance. Le collectif de Potter était principalement composé de jeunes rebelles qui ne pourraient rien faire face à ces hommes. De plus, il savait comment affaiblir Potter.

Il fit tourner la Baguette de Sureau entre ses doigts filiformes. Il ne pouvait pas prendre de risques, ce soir. Pour parvenir à ses fins, Lord Voldemort devrait disposer toute la puissance nécessaire.

« Bella. » appela-t-il d'une voix suave.

Immédiatement, Bellatrix Lestrange se présenta à ses côtés.

« Maître ? » répondit-elle.

« Suis-moi. » ordonna-t-il, tandis qu'il s'éloignant du reste du groupe.

Elle s'écarta de Rodolphus et s'empressa de le suivre tandis qu'ils s'approchaient de l'arbre gigantesque planté dans le parc. Il lança un sort d'Entrave en direction du Saule Cogneur et l'arbre resta immobile. Ils accédèrent au passage secret dissimulé dans le tronc de l'arbre et pénètrent dans un long tunnel sombre. Ils gardèrent le silence tandis qu'ils traversaient la longue galerie. Ils arrivèrent finalement dans l'intérieur de la Cabane Hurlante dont les fenêtres étaient barricadées. Une odeur humide flottait dans l'air et au fond de la pièce circulaire, un serpent géant était recroquevillé sur lui-même.

« Que se passe-il, Maître ? » demanda Bellatrix d'un ton hésitant.

Voldemort resta silencieux et observa d'un air pensif la baguette serrée dans sa main.

« Vois-tu Bella, cette baguette est considérée comme supérieure à toutes les autres baguettes jamais fabriquées. » dit-il finalement. « Elle ne connait que la puissance, n'obéit qu'au pouvoir. »

« Et vous le possédez, Maître. » clama-t-elle avec adoration.

Si fidèle, si soumise, pensa Voldemort. Il serait presque triste de s'en séparer.

« C'est ce que je pensais également. Pourtant, j'ai le sentiment qu'elle me…résiste. » dit-il.

Bellatrix parut confuse.

« La baguette de Sureau n'obéit comme il se doit qu'à son vrai maître. Elle appartient au sorcier qui a tué son dernier propriétaire. Sais-tu qui était le dernier propriétaire, Bella ? » demanda Voldemort d'une voix sereine.

Bellatrix secoua la tête.

« Je l'ignore maître. » répondit-elle.

« Albus Dumbledore était son dernier propriétaire. Tu l'as tué, cela signifie donc que tu es la Maîtresse de la Baguette de Sureau. » poursuivit-il. « Tant que tu vivras, elle ne m'obéira pas pleinement. »

Le visage de Bellatrix afficha une surprise extrême. Elle tomba à ses genoux.

« Maître… » murmura-t-elle d'une voix presque inaudible.

« Tu as été ma servante la plus loyale et la plus dévouée. »

Des larmes apparurent au coin des lèvres de Bellatrix.

« Maître… Je ne vis que pour vous servir. C'est un honneur indescriptible pour moi de vous soutenir dans votre quête du pouvoir absolu. » dit-elle d'une voix tremblante d'émotions.

Bellatrix s'abîma dans une révérence si profonde que sa tête se trouva plus basse que le pan de la robe de sorcier de Voldemort.

« Sache que je serai éternellement reconnaissant pour ton sacrifice. » déclara-t-il d'une voix neutre. « Mais moi seul peut vivre à tout jamais. »

Il détourna la tête en direction du serpent géant.

« Nagini. » susurra-t-il en Fourchelang « Tue. »

Le reptile ondula progressivement sur le sol, s'approchant dangereusement de Bellatrix. Il se releva ensuite et l'attaqua d'un geste brusque et vigoureux, plantant ses crochets puissants dans la poitrine de Bellatrix à plusieurs reprises.

Voldemort lui lança un dernier regard tandis qu'elle agonisait sur le sol, les yeux grands ouverts, son sang épais recouvrant le sol. Lorsqu'elle lâcha son dernier souffle, il quitta le tunnel, Nagini à sa suite.

Une fois de retour dans le parc, un rictus satisfait se dessina sur son visage émacié. Il était désormais le seul et unique maître de la Baguette de la Destinée.

Un brouhaha se fit soudainement entendre parmi les Mangemorts et il tourna la tête, cherchant des yeux ce qui provoquait cette agitation. Il vit Severus Rogue être accueilli avec enthousiasme par ses fidèles. Il était accompagné d'Amycus et d'Alecto Carrow. Cette dernière tenait un adolescent par sa chemise. Ce dernier avait le visage blême.

« Maître. » salua Rogue d'un ton calme. « Nous sommes venus vous rejoindre pour la fin. »

« Tu rejoins finalement ton camp, Severus. » dit-il avec plaisir.

Durant toutes ces années, Severus Rogue avait parfaitement joué son rôle d'agent double. Il avait gagné la confiance d'Albus Dumbledore pour mieux le duper. Son allégeance était en réalité envers Lord Voldemort. Voldemort posa sa main sur l'épaule de Severus.

« Tu pourras enfin exprimer tes réelles aspirations. Ta dévotion sera amplement récompensée. »

Severus avait fait preuve d'une dévotion sans limite. Il serait appointé comme bras droit pour remplacer Bellatrix.

« Potter ? » demanda Voldemort.

« Il va venir. » assura Severus. « Avant de vous rejoindre, j'ai réussi à libérer les Carrow. Les membres de l'Ordre du Phénix les avaient enfermés dans les cachots. Cet imbécile faisait le guet à l'entrée. » ajouta-t-il d'un ton sarcastique, lançant un regard empli de dégoût à l'adolescent.

« De qui s'agit-il ? » demanda Voldemort avec intérêt, observant le jeune homme.

« Neville Londubat. » répondit Rogue avec mépris. « Dois-je le tuer ? Je pensais qu'il serait un autre moyen d'amadouer Potter. »

Voldemort secoua la tête.

« Non, non, laisse-le observer la fin tragique d'Harry Potter. Je veux qu'il voie de ses propres yeux la cause vaine dans laquelle il s'est enlisé. » déclara-t-il.

Un son de cloche se fit entendre, provenant de la Tour de L'Horloge.

« Il est temps. » indiqua Voldemort. « Allons-y. »

Suivi d'une poignée de Mangemorts, il s'enfonça dans la Forêt interdite. Plusieurs minutes passèrent alors qu'ils attendaient dans l'obscurité des bois. Finalement, il distingua le bruit de feuillages et vit une silhouette s'approcher d'entre les arbres. Il reconnut immédiatement Harry Potter. Il était seul, et son visage affichait une expression déterminée.

« Harry Potter. » accueillit Voldemort.

« Voldemort. » répondit Potter avec calme.

Des hoquets choqués émanèrent des quelques fidèles qui l'avaient suivi dans la Forêt Interdite.

« Harry, non. » murmura Neville Londubat d'une voix tremblante.

« Je crois comprendre que tu es venu chercher quelque chose. » déclara Voldemort avec un rictus.

Il fit un geste de la main en direction de ses fidèles. Walden Macnair et Augustus Rookwood s'approchèrent du groupe, poussant devant eux deux prisonniers. Avec satisfaction, Voldemort observa Potter tandis qu'il jetait des regards impuissants vers Remus Lupin et Nymphadora Tonks. Lupin était dans un état chaotique. Il tenait à peine sur ses jambes. Son visage n'était presque plus reconnaissable, endolori par de profonds stigmates. Tonks n'était pas touchée physiquement mais semblait glacée de peur.

« Comme promis, Potter, voici tes amis. » annonça Voldemort.

« Harry, ne reste pas ici. » s'écria Tonks, avec désespoir.

« Laissez-les partir. » demanda Harry.

« Les laisser partir ? » répéta Voldemort, pensif. « Puisque tu insistes, Potter. »

Il posa sa baguette sur la nuque de Remus.

« Laceratio. »

Une lame invisible lacéra la nuque de Lupin et un étang de sang jaillit de sa gorge écorchée, envoyant une giclée de sang partout autour de lui. Bientôt, du sang sortait de sa bouche et de sa bouche tandis qu'il tremblait incontrôlablement. Un hurlement déchirant éructa de la gorge de Tonks. Elle se débattit de toutes ses forces, s'extirpant de l'emprise de Rodolphus et se rua vers son mari.

« Remus…Remus. » sanglotait-elle. « Non…Non… »

Elle tenta désespérément de poser ses mains pour arrêter le flux interminable de sang qui coulait de la nuque lacérée de l'homme. Des Mangemorts commencèrent à rire à gorge déployée devant la détresse de Tonks.

Voldemort observait Potter avec jouissance. Ce dernier s'était laissé tomber sur ses genoux, observant la scène avec impuissance. Il se délectait de la souffrance extrême que le visage de Potter affichait. Le tuer n'était pas suffisant, non. Il voulait détruire sa force de conviction, le dépouiller de son bonheur, rompre tous ses espoirs. Alors qu'il observait Potter, les yeux vides, diminué par la douleur, il ressentit une satisfaction indescriptible. Harry Potter n'était enfin que l'ombre de lui-même. Et maintenant, décida Lord Voldemort, il serait prêt à mourir.

« Avada Kedavra ! » hurla-t-il dans la direction de Potter.

La trainée verte frappa Potter en pleine poitrine et il s'effondra immédiatement sur le sol. Le corps de Voldemort tremblait sous l'adrénaline, sa respiration s'était accélérée et ses yeux paraissaient plus sombres que jamais.

Tous les Mangemorts avaient cessé de rire, observant la figure immobile d'Harry Potter.

« Est-il mort ? » demanda Voldemort dans un souffle, sans décoller son regard du corps.

Sa baguette était toujours brandie. Il entendit des pas se précipiter dans sa direction et vit l'un de ses Mangemorts s'approcher du corps.

« Maître, il est mort ! Harry Potter est mort. » se délecta finalement Amycus Carrow avec excitation.

Les Mangemorts se fendirent en exclamations de joies autour de lui et Lord Voldemort abaissa sa baguette. C'était terminé. Harry Potter était mort. Son ascension était totale.

« MONSTRE ! » hurla la voix de Tonks derrière lui.

Il se tourna lentement dans sa direction, arborant un sourire de contentement. Des larmes ruisselaient sur ses joues et elle tenait la dépouille mutilée de son mari contre sa poitrine maculée de sang. Macnair brandit sa baguette dans sa direction, menaçant.

« Allons, allons. Nous ne sommes pas des bêtes cruelles. » déclara Voldemort avec un rictus. « Elle porte un enfant. »

Il se tourna vers elle, une expression impérieuse sur le visage.

« Je te laisserai la vie. Ton enfant va grandir dans une nouvelle ère. » assura-t-il d'un ton faussement bienveillant. « Réjouis-toi. »

Il observa ses fidèles avec satisfaction puis son regard tomba sur Neville Londubat qui observait le cadavre de Potter avec horreur.

« Tes amis vont assister à l'ampleur de mon pouvoir, ce soir. » informa-t-il d'une voix doucereuse. « Retournons auprès de nos compagnons pour partager notre victoire. Severus, le corps de Potter. »

Severus agita sa baguette en direction de la dépouille d'Harry Potter et fit léviter le corps tandis qu'ils quittaient de la Forêt Interdite.

Lorsqu'ils rejoignirent de nouveau le parc, Voldemort constata que les membres de l'Ordre du Phénix étaient sortis à la suite de Potter et se livraient désormais bataille avec ses fidèles.

« HARRY ? » hurla une adolescente avec horreur.

La bataille cessa immédiatement et un silence de mort s'abattit tandis que Voldemort s'avançait parmi les combattants, derrière le corps de Potter qui lévitait devant lui. Nagini le suivait de près.

« Harry Potter est mort. » annonça-t-il avec tranquillité. « Il est inutile de résister plus longtemps. Beaucoup d'entre vous ont déjà perdu la vie pour une cause perdue. »

Il observa ses ennemis avec circonspection.

« Je vous laisse le choix. Rejoignez-moi et vous serez épargnés. » assura Voldemort d'un ton apaisé.

Des murmures se firent entendre dans l'immensité du parc.

« Jamais. » cracha l'adolescente qui avait hurlé le nom de Potter à leur approche.

Contrarié, il darda sur elle un regard sévère. Cette petite insolente allait payer le prix de son impertinence. Il ferait d'elle un exemple face à tous ces rebelles. S'ils refusaient de le rejoindre par conviction, ils le feraient par peur. Il brandit sa baguette dans sa direction, furieux. Avant qu'il ne puisse lancer un sortilège, il entendit un craquement derrière lui. Il fit volet face et vit Amycus Carrow, les yeux vides, hurler un sort dans la direction de Macnair à ses côtés. Ce dernier s'affala au sol. Les secondes suivantes semblèrent se dérouler au ralenti.

A son tour, Alecto Carrow, arborant le même air vide, relâcha Neville Londubat et commença à lancer des sorts en direction des Mangemorts. Londubat se mit à courir, et un vieux chapeau se matérialisa dans ses mains. Il tira à l'intérieur et extirpa une large épée. Il était déjà trop tard lorsque Voldemort comprit ses intentions. Neville Londubat brandit l'épée de Gryffondor et l'assena avec force en direction de Nagini, découpant sa tête.

Voldemort lâcha un hurlement déchirant.

Autour de lui, les membres de l'Ordre du Phénix avait recommencé à lancer des sorts en direction des Mangemorts. Il se tourna vers Rogue qui l'observait d'un air insondable. Il vit une lueur étrange dans son regard – de la haine.

« Toi… » demanda Voldemort, estomaqué.

Un rictus apparut sur les lèvres minces de Severus Rogue et il désigna d'un geste de la tête quelqu'un. Voldemort se retourna d'un geste vif et ses yeux s'écarquillèrent d'horreur lorsqu'il croisa le regard d'Harry Potter, debout face à lui, bien vivant.

« Potter ? Impossible, tu es mort. » s'écria-t-il, les yeux révulsés par la rage.

« Permettez-moi d'être d'un autre avis. » répondit Potter avec froideur.

« Je t'ai tué…Tu…Je… » balbutia-t-il.

Pour la première fois de sa vie, les mots manquaient à Lord Voldemort.

« On perd ses mots, Tom ? » demanda Potter avec sarcasme.

A l'aide de sa baguette, il érigea un bouclier qui les entoura, les rendant inaccessibles aux combats qui faisaient rage autour d'eux.

« J'imagine que tu cherches des explications. » dit Potter. « Tu t'es finalement rendu compte que nous connaissions l'existence de ton petit secret, n'est-ce pas ? Tes fameux Horcruxes. Mais il était déjà trop tard quand tu l'as réalisé. Dumbledore et moi-même avions déjà détruit la plupart d'entre eux avant que tes sbires prennent le contrôle du Ministère et de Poudlard. D'ailleurs, je tiens à te remercier. Je n'aurais jamais deviné que le serpent était l'un de tes Horcruxes si tu ne m'avais pas donné libre accès à ton esprit. »

La main de Voldemort tremblait de rage tandis qu'il écoutait les paroles de Potter.

« Lorsque tu as tué mes parents et que tu as essayé de m'achever pour réaliser la prophétie, tu n'as pas réalisé que tu avais créé un autre Horcruxe. Une partie de ton âme s'est retrouvée en moi. C'est pour cette raison que nous partagions cette connexion. Nos baguettes magiques respectives étaient jumelles, et tu étais dans l'incapacité d'utiliser la tienne pour me tuer. » poursuivit Harry d'une voix placide. « Alors tu as trouvé une autre solution. La Baguette de Sureau. »

Voldemort était toujours immobile.

« Tu as entendu les histoires la concernant alors tu l'as cherchée inlassablement. Tu as finalement appris que Dumbledore la possédait mais tu savais qu'il serait quasiment impossible de l'obtenir, et tu ne voulais pas prendre de risque inutile en l'affrontant. Encore une fois, tu as envoyé tes esclaves et tu as finalement obtenu la baguette après sa mort. Mais elle te résistait, n'est-ce pas ? Tu n'as jamais réussi à libérer sa pleine puissance, l'étendue de ses capacités. »

« Je suis l'unique maître de la Baguette de Sureau, Potter. Elle appartient à celui qui tue son propriétaire. J'ai tué Bellatrix. » grinça Voldemort avec fureur.

« C'est bien le problème, Tom. Tu étais persuadé que Bellatrix était la Maitresse de la Baguette car elle a tué Albus Dumbledore. Malheureusement pour toi, Dumbledore n'était plus le possesseur de la baguette lorsque Bellatrix l'a exécuté. »

Voldemort secoua la tête. Les paroles de Potter ne faisaient aucun sens.

« Lorsque les Mangemorts ont introduit l'école ce soir-là, trois d'entre eux nous ont embusqué dans le bureau de Dumbledore. Les Lestrange et Augustus Rookwood. Il y a une eu une explosion et dans la confusion, Rookwood s'est retrouvé seul avec Dumbledore. Il était extrêmement affaibli ce soir et Rookwood n'a eu aucun mal à désarmer Dumbledore et à le faire prisonnier pour le livrer en pâture à tes sbires. »

Rookwood avait désarmé Dumbledore ? pensa Voldemort avec choc.

« Il n'est pas nécessaire de tuer l'ancien propriétaire pour prendre possession de la baguette. Le désarmer suffit amplement. Tu comprends tout maintenant, Tom, n'est-ce-pas ? Bellatrix n'était pas la Maitresse de la Baguette de Sureau, Augustus Rookwood l'était. »

Potter lâcha un ricanement.

« Patience, ce n'est pas terminé, c'est la partie que je préfère. L'Ordre du Phénix avait une infiltré au Ministère, très proche du Ministre lui-même. Grâce à elle, nous avons obtenu toutes les informations du bureau des Aurors dont tu contrôlais les rênes, discrètement. Nous étions au courant de tout. Qui était à notre recherche, à quel moment, leurs méthodes de travail et de filature. Il a été facile pour moi et quelques membres de l'Ordre du Phénix de nous infiltrer au Ministre de la Magie. Je savais donc que Rookwood serait présent ce jour-là. Je n'ai eu aucun mal à le désarmer. »

L'horreur se dessina sur le visage de Voldemort.

« Exactement Tom, je suis le véritable maître de la Baguette du Sureau. Elle n'obéit qu'à moi et il sera impossible de me tuer avec tant que j'en serai le propriétaire légitime. Lorsque tu as lancé le sort de la mort sur moi, la Baguette a refusé de tuer son propre maitre. Elle a alors tué la seule entité qu'elle pouvait – la partie de ton âme qui s'est insinuée en moi. » continua Potter. « Tu ne parviendras jamais à me tuer avec cette baguette. »

Prétendre que Lord Voldemort était choqué aurait sans doute été un euphémisme. Ses yeux rouges étaient écarquillés et sa bouche entrouverte.

« Pendant toutes ces années, tu n'as pas cessé de me sous-estimer. Mais tu n'as pas réalisé que je n'ai jamais planifié de te combattre seul. Tous ces gens que tu vois autour de nous sont prêts à se sacrifier pour vous empêcher de nous réduire en esclavage. Ce sont eux qui font ma force. Tu n'as jamais compris la force de l'amour ou de l'amitié. Tu ne connais que la solitude et tu préfères réduire tes fidèles à la servitude. Regarde-les maintenant. » insista Potter d'un ton dur.

Voldemort observa leurs alentours. A travers le champ magique qu'avait érigé Potter, ils voyaient ses Mangemorts tomber un à un face aux attaques de leurs ennemis. Il remarqua que les rangs de leurs adversaires s'étaient soudainement gonflés.

« Les Aurors du Ministère. » informa Potter, répondant à son interrogation silencieuse. « Pius Thicknesse n'est plus votre marionnette. C'est la fin, Tom. »

« Jamais. » hurla Voldemort avec fureur, les dents serrés.

Jamais il ne laisserait Potter et sa bande d'incrédules prendre le pas sur lui. Il avait sacrifié une vie entière à la recherche du pouvoir ultime. Il avait repoussé les limites de la mort. Il brandit sa baguette en direction de Potter.

« AVEDA KEDAVRA ! » hurla-t-il, à plein poumons, immergeant toute sa magie dans le sortilège.

« INVERTATUR ! » hurla Harry au même moment.

La Baguette de Sureau se plia soudainement, son extrémité se retrouvant devant le visage de Lord Voldemort. La dernière chose qu'il distingua fut une trainée verte qui le heurta en plein visage.

Son corps se décomposa alors en particules minuscules qui s'envolèrent, emportées au gré du vent.

Le champ magique autour d'Harry s'évapora. Quelques secondes plus tard, Harry sentit des bras l'étreindre avec vigueur et il distingua l'odeur familière de Ginny. Elle l'observait avec émotion et incrédulité. Elle avait le visage le plus beau qu'il lui avait été donné de voir, pensa-t-il.

« Tu as réussi, Harry ! » s'écria-t-elle, entre le rire et les larmes.

Il cligna des yeux à plusieurs reprises, alors que son cerveau enregistrait finalement l'information. Lord Voldemort était vaincu.

/

« Une Gazette du Sorcier, s'il-vous plaît. » demanda Niall Cunningham.

« Ça vous fera sept noises, m'sieur. » indiqua le vendeur en extirpant un exemplaire du journal de son sac.

« Sept noises ? » répéta Niall, interloqué. « Le mois dernier, il coûtait six noises. »

« C'est le nouveau prix, m'sieur. » répondit le vendeur qui commençait à s'agacer. « Vous le voulez, oui ou non ? J'ai des clients qui s'impatientent. »

Niall tourna la tête et vit une troupe d'employés du Ministère lui jeter des regards impatients.

« Ça ira. » rétorqua-t-il avec mauvaise humeur avant de se diriger vers l'entrée des employés du Ministère de la Magie Britannique. « Bonjour Eric. Peux-tu croire qu'ils ont encore augmenté le prix de la Gazette ? Ça devient du vol organisé. »

Eric Munch, le sorcier-vigile, lui adressa un regard penaud tandis qu'il passait sa sonde de Sincérité devant Niall.

« J'ai encore celui d'hier si tu veux. » l'informa Eric en lui tendant un exemplaire froissé de la Gazette du Sorcier.

Niall le remercia distraitement et s'empara du journal avec satisfaction, ravi d'avoir fait des économies. Tant pis, s'il apprenait les nouvelles avec un décalage de vingt-quatre heures. Comme chaque matin, il prit l'ascenseur pour rejoindre le second étage, au Département de la Justice Magique.

Niall Cunningham n'avait pas toujours été aussi avare. Huit ans auparavant, un divorce difficile l'avait rendu sans un sou et la suite, elle, s'était révélée affreusement clichée. Une dépression nerveuse, une consommation excessive de whisky-pur-feu avait conduit à son renvoi de son ancien cabinet. Après quelques années au fond du gouffre, il avait réussi à remonter la pente difficilement. Il avait retrouvé un emploi au Ministère et bien que la paie annuelle soit minable, elle était suffisante pour qu'il puisse payer la pension alimentaire de son fils et se loger dans un vieux taudis bruyant situé au-dessus du Chaudron Baveur. Désormais, il économisait des gallions là où il le pouvait, tandis que son ex-femme paradait dans les beaux quartiers de Londres au bras d'un étalon dix ans plus jeune qu'elle.

Il salua distraitement la réceptionniste du département puis se dirigea vers le Bureau des Mages de Loi où il travaillait. Niall était avocat commis d'office au Ministère et traitait principalement des petites affaires liées à la petite délinquance : actes de vandalisme divers, usages de la Magie devant des Moldus ou bien des infractions liées à des escroqueries.

« Cunningham. » héla la voix de McKinnon, son superviseur « J'ai un dossier pour toi. »

McKinnon posa un large dossier sur le bureau de Niall.

« J'ai déjà trop de dossiers en cours. » protesta immédiatement Niall en désignant une large de pile de dossiers posé sur sa table.

« C'est une urgence. Je l'avais assigné à Roberts mais il ne pourra pas s'en charger. Accident du travail. » indiqua McKinnon. « L'audience préliminaire est demain matin. Il faut que tu ailles voir le client à Azkaban dans l'heure qui suit. »

Niall grommela des complaintes inaudibles à l'encontre de son chef tandis qu'il s'éloignait et claquait la porte de son bureau derrière lui. Niall observa le parchemin avec agacement.

« Accident du travail, tu parles. » grommela-t-il.

Il rangea le dossier dans son attaché-case et se dirigea vers la sortie du bureau. Une demi-heure plus tard, il se retrouvait dans un bureau austère et humide d'Azkaban, la prison des sorciers.

Il avait toujours détesté l'endroit. Heureusement pour lui, ses affaires ne nécessitaient quasiment jamais qu'il s'y rende. Les délits de ses clients étant relativement superficiels et il était rare qu'ils soient incarcérés. Le garde lui indiqua qu'il pourrait voir son client dans une heure et Niall acquiesça distraitement avant de sortir son exemplaire de la Gazette, daté de la veille.

L'article à la Une mentionnait le premier anniversaire de la fin de la guerre et la victoire d'Harry Potter sur Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. A l'occasion de la commémoration, Kingsley Shacklebolt, le nouveau Ministre de la Magie, avait organisé une célébration de trois jours et inauguré le Jour des Survivants. Une statue symbolique à la mémoire des victimes de la guerre avait été érigée au Ministère de la Magie.

« Ce mémorial est un symbole de paix, de réconciliation nationale, de solidarité et de prospérité. N'oublions jamais les hommes et les femmes qui ont sacrifié leurs vies pour apporter la paix dans notre communauté." clamait l'article, citant les paroles du Ministre.

Une double page de la Gazette remémorait également les victimes. Les yeux de Niall défilèrent parmi la longue liste. Certains des noms lui étaient familiers. Alastor Maugrey, Philippa Rakepick, anciennement employés au Ministère. Il reconnut le nom de Dedalus Diggle, un client qu'il avait représenté à plusieurs reprises à cause de ses atteintes répétées au Code international du secret magique. Un malaise le parcourut lorsqu'il vit le nom d'adolescents qui avaient perdu la vie durant la Bataille Finale. Lavande Brown, Colin Creevey, Jimmy Peakes, Seamus Finnigan, Hannah Abbot et bien d'autres encore. Il ne connaissait pas ces noms mais ne pouvait qu'imaginer la douleur de leur entourage.

Il referma son journal et jeta un coup d'œil rapide à sa montre. Plus qu'une demi-heure avant l'arrivée de son client. Il ouvrit son attaché case et en extirpa le dossier. Une photo avait été adjointe au dossier. Il fut surpris de son jeune âge. Hermione Granger, dix-neuf ans. Probablement encore une adolescente influencée par de mauvaises relations, pensa-t-il.

Alors qu'il parcourait le dossier posé devant lui, ses yeux s'écarquillèrent. Il s'était attendu à une affaire ordinaire mais il fut interloqué par les chefs d'accusation et ses antécédents : homicide involontaire, usurpation d'identité, incendie criminel par complicité, voies de fait contre un Auror entrainant des lésions corporelles, entrée par effraction, lut-il avec horreur.

Le dossier mentionnait que l'accusée avait subi un transfert de l'esprit pas le biais de ''magie non identifiée mais vraisemblablement noire et illégale''

Il grimaça lorsqu'il vit des clichés explicites du corps de la victime. Mort par strangulation, disait le dossier, décrivant les nombreuses blessures de l'adolescente. Il n'était pas encore arrivé au quart du dossier lorsque la porte de la pièce s'ouvrit, laissant apparaître un garde. A sa suite, une jeune femme à l'apparence frêle entra dans la salle.

Hermione Granger était loin de l'image qu'on pouvait se faire d'une dangereuse criminelle. Un visage angélique, une silhouette menue et une expression vive lui donnaient un air presque innocent. Sous la supervision du garde, elle prit place sur le siège face à Niall, posant ses mains liées par une corde magique sur la table, devant elle.

« Vous avez une heure. » lança le garde avant de quitter la pièce, refermant la porte en acier d'un geste brusque.

Niall tendit sa main en direction de la jeune femme.

« Je suis Niall Cunningham, votre avocat. » se présenta-t-il d'une voix claire.

« Je n'ai pas demandé d'avocat, je n'ai pas les moyens de vous payer. » répondit-elle d'une voix tranquille, sans serrer sa main.

« La présence d'un avocat pour vous représenter est obligatoire. Le Ministère met à disposition des magistraux commis d'office pour les clients n'ayant pas la possibilité d'en obtenir. » expliqua-t-il avec patience.

Elle hocha la tête et l'observa avec curiosité.

« J'ai parcouru votre dossier. Les faits dont vous êtes accusée sont graves. » indiqua-t-il avec sérieux. « L'homicide involontaire est passable d'une peine allant jusqu'à vingt ans de réclusion et compte tenus des autres chefs d'accusation, cette peine pourrait aller jusqu'à… »

« Vous aimez les histoires, monsieur Cunningham ? » coupa Hermione d'un ton paisible.

Il s'arrêta, l'observa avec étonnement.

« Je ne vois pas en quoi cela est pertinent mais… »

« Lorsque j'étais plus jeune, mes parents me lisaient constamment des histoires. Mon père possède une bibliothèque gigantesque, voyez-vous. Ma mère affectionnait particulièrement les contes d'enfants. Babbity Lapina et la Souche qui Gloussait et Le Sorcier au cœur velu étaient ses préférés. Mon père, lui, préfère les épopées de sorciers illustres tels que Almeric Sawbridge ou bien Andros L'Invincible. » raconta-t-elle « Lorsque j'ai appris à lire, j'ai pu choisir mes propres lectures. J'ai rapidement fait la différence entre les histoires et la réalité. »

« Je ne suis pas certain de vous suivre. » dit Niall avec confusion.

« Ce que je veux dire, monsieur Cunningham, c'est que ce dossier ne contient que des histoires. Un amas de fabulations racontés par des gens qui ne savent rien de moi. » lança Hermione avec un rictus. « Et je ne laisserai personne me définir en quelques pages. »

Niall ouvrit la bouche, déconcerté. Puis, les paroles que prononçait souvent son père lui revinrent en mémoire ''N'oublie jamais la première chose que dit une femme à son sujet. C'est la chose la plus cruciale que tu as besoin de savoir sur elle.''

Même lorsqu'il quitta la prison, il ne parvint pas à se défaire de ce sentiment étrange qui l'avait parcouru depuis son entrevue avec Hermione Granger. Malgré son jeune âge, il avait eu l'impression d'avoir conversé avec une personne extrêmement rationnelle et éloquente bien qu'égocentrique et ayant un sens grandiose de sa propre valeur.

« J'ai appris que McKinnon t'avait assigné le cas Granger. » dit Miranda Clarke, l'une de ses collègues, à voix basse.

Il fronça les sourcils devant son air empli de pitié.

« Roberts m'en avait parlé avant son absence. Apparemment, il s'agit d'une sale affaire, et des gens importants sont impliqués dedans. Si tu veux mon avis, Roberts voulait s'éviter du stress. » ajouta-t-elle avant de s'éloigner, sa tasse de thé dans les mains.

Il passa le reste de la journée et une partie de la nuit le nez plongé dans le dossier d'Hermione Granger. Il comprit ce qu'elle avait voulu dire lorsqu'elle avait prétendu que le dossier ne la définissait pas. Il contenait uniquement de déclarations de la part de témoins. Elle avait apparemment refusé de donner une déposition officielle, une année auparavant, lors de son arrestation. Depuis, elle était incarcérée à Azkaban.

Le lendemain, il se présenta seul à l'audience préliminaire. La veille, elle avait maintenu qu'il était inutile qu'elle s'y présente, étant donné que l'issue était évidente. Lors de cette audience, l'accusation serait chargée de présenter des éléments inculpant l'accusée pour décider de la tenue d'un procès. A la vue de l'épaisseur du dossier et des innombrables preuves et témoins, Niall était conscient qu'il ne s'agissait là que d'une formalité.

Il pénétra dans la large salle où se tenait l'audience préliminaire et s'installa à la table. Des pas se firent entendre et il releva la tête. Son regard se posa sur une femme brune, à la figure élancée. Elle portait un tailleur strict et visiblement couteux, couvert par une longue robe de sorcière d'un bleu sombre, portant un insigne qu'il reconnaissait parfaitement. Le bruit de ses talons hauts résonna dans toute la pièce tandis qu'elle s'avançait en direction de la table.

Senestra Picquery était connue de tous les Mages de Loi du Royaume-Uni. Elle avait la réputation d'être impitoyable dans les affaires qu'elle gérait et n'hésitait pas à utiliser des méthodes douteuses pour arriver à ses fins. Senestra Picquery darda sur lui un regard dédaigneux, le toisant de haut en bas et il se sentit mal à l'aise dans son costume miteux. Il était rare que Niall soit confronté à ce type d'avocats réputés.

La porte s'ouvrit de nouveau et l'un des juges du Magenmagot entra dans la pièce, arborant un air impatient avant de prendre place à l'extrémité de la table. A ses côtés, une greffière prenait des notes tandis qu'il présentait l'affaire.

« Je vois que les deux parties ont préconisé la tenue d'un procès pour cette affaire, cela sera donc plus rapide que prévu. Anabel, les signatures… » commença le juge d'une voix désintéressée en se tournant vers la greffière.

« En réalité, l'accusation souhaite apporter de nouveaux éléments dans cette affaire. » intervint Senestra d'une voix doucereuse.

« Quels sont-ils ? » demanda le juge, visiblement contrarié de constater qu'il serait mandaté plus longtemps que prévu.

« Grâce à l'obtention de deux nouveaux témoignages clé, nous souhaiterons établir des amendements dans les chefs d'accusation. » annonça-t-elle avec satisfaction.

Elle fit glisser une liasse de parchemins en direction du juge.

« Ces deux dépositions mentionnent l'administration, par l'accusée à l'une des témoins, de potions contenant des substances psychotropes de nature à créer et entretenir une dépendance. En vue de ce facteur aggravant et des témoignages récents, l'accusation souhaite changer le chef d'inculpation homicide involontaire par meurtre au premier degré. » poursuivit-elle.

La bouche de Niall s'ouvrit de stupeur. Le meurtre au premier degré supposait que l'acte était prémédité. Cela impliquait également un autre type de condamnation.

« L'accusation sollicite donc la peine maximale. Le Baiser du Détraqueur. » acheva Senestra d'un ton satisfait, posant un air impérieux sur Niall.

Lorsqu'il entra dans son bureau, une heure plus tard, il se laissa tomber sur sa chaise, l'air dépité. Quelques secondes plus tard, Miranda Clarke était à son bureau pour s'enquérir des nouvelles.

« Quel requin. » commenta-t-elle d'un ton mêlant crainte et admiration. « Il parait que Senestra Picquery mange des gens comme nous au petit-déjeuner. »

« Ce n'est pas tout. Elle a introduit deux nouveaux témoins. Et l'un d'eux est Harry Potter. » dit Niall, en secouant la tête.

« Harry Potter ? » répéta Miranda avec effarement.

Elle laissa échapper une injure particulièrement vulgaire, s'attirant le regard courroucé de la réceptionniste du service.

« Cette affaire est vraiment un évènement si même Harry Potter sort de son terrier. »

Après la guerre et sa victoire contre le mage noir, Harry Potter s'était fait extrêmement discret. Il était apparu à quelques rares reprises aux côtés du Ministre de la Magie mais les rares informations qu'on entendait sur lui étaient des ragots à la crédibilité douteuse provenant de divers tabloïds britanniques.

Le lendemain, il se rendit à Azkaban pour faire un compte rendu de l'audience préliminaire à sa cliente. Hermione Granger ne tiqua pas lorsqu'il lui exposa la nouvelle peine qu'elle encourait. La seule chose qui sembla attirer son attention fut la mention de l'une des témoins.

« Ginny Weasley va témoigner ? » demanda-t-elle, sortant de sa léthargie.

« Elle vous accuse de l'avoir droguée pendant des mois avec des substances illégales. Ils vont prétendre que vous avez planifié le meurtre de Ginny Weasley pendant des mois. »

« Mais Ginny n'est pas morte. » rappela Hermione.

« Mais vous pensiez qu'il s'agissait d'elle lors des faits. » dit Niall. « C'est sur cet élément que l'accusation va porter sa stratégie. »

« Peuvent-ils le prouver ? » demanda Hermione. « Que Lovegood avait l'apparence de Ginny ? Après tout, si j'avais conscience qu'il s'agissait de Lovegood, l'argument de la préméditation tombe à l'eau, n'est-ce pas ? »

« Les traces de Polynectar retrouvées dans son organisme n'offriront aucun doute. Le témoignage de votre ancien professeur, également. » répondit Niall.

Elle soupira puis fixa le mur derrière lui, comme si elle était en pleine réflexion. Quelques minutes plus tard, elle semblait retrouver ses esprits et son regard se posa sur Niall.

« Que suggérez-vous dans ce cas ? » demanda-t-elle.

« Il va falloir prioriser. Les chefs d'inculpation sont nombreux et assez conséquents. L'objectif est évidemment de vous éviter l'exécution donc nous allons nous concentrer sur l'accusation de meurtre. De façon réaliste, vous serez condamnées pour lesvoies de fait et l'entrée par effraction. »

Quelques mois précédant le meurtre, Hermione Granger avait participé à une attaque en compagnie d'un groupe de Mangemorts qui s'étaient introduits chez Isaac Padmoore, un officier haut placé du bureau des Aurors pour l'assassiner lui et son épouse.

Étant donné qu'un Auror avait identifié Granger sur les lieux du crime, elle avait peu de chance d'échapper à une condamnation pour ces accusations.

« Il ne s'agit pas de prouver que vous avez tué Luna Lovegood ou non, les preuves sont accablantes et irréfutables. Ce sur quoi je vous propose de jouer est sur la préméditation de l'acte ainsi que votre état durant les faits. » conclut Niall.

« Vous pensez que j'ai une chance ? »

« Je vais être réaliste avec vous, Miss Granger, ce ne sera pas un procès facile. L'accusation est prête à tout pour vous envoyer à l'échafaud. » admit Niall d'un ton sérieux.

Le reste de la conversation fut écourtée par l'arrivée du garde qui leur signifia que l'heure était terminée. Durant les semaines suivantes, Niall se plongea totalement dans l'affaire, délaissant ses autres dossiers.

« Je ne t'ai jamais vu travailler aussi dur. » commenta un jour Miranda avec étonnement. « Quand es-tu rentré chez toi pour la dernière fois, Cunningham ? Il faut que tu prennes des douches, de temps en temps. »

Il était désormais récurrent que Niall reste au bureau très tard afin d'avancer sur son dossier. Pour la première fois depuis des années, il trouvait à nouveau de l'intérêt à son travail. Il s'agissait de l'affaire la plus sérieuse qu'on lui avait assignée depuis son entrée au Bureau des Mages de Loi.

« D'un côté, je te comprends. C'est peut-être le cas de ta carrière. » poursuivit Miranda d'un ton rêveur. « Si tu t'en sors bien, finis les cas de dégradations de la voie publique et les transplanages en état d'ivresse. Oh tiens, déjà six heures. C'est mon signal. A lundi, Cunningham. »

Miranda quitta le bureau, laissant Niall reposer son attention sur sa lecture.

Pendant les semaines précédant l'ouverture du procès, il tenta de cerner la personnalité de sa cliente. Hermione Granger semblait constamment dans le contrôle et il peinait parfois à comprendre ses réelles intentions. Pendant certaines de leurs sessions, elle pouvait se montrer particulièrement coopérative. D'autres fois, elle se murait dans un silence de mort, ignorant presque sa présence. Il lui arrivait ensuite d'avoir des discours complètement saugrenus et narcissiques, comme si elle était dotée d'une vérité que les autres ne comprenaient pas. Plus curieux encore, elle semblait accorder une importance étrange aux détails logistiques autour du procès à venir.

« Combien de temps va-t-il durer ? » demanda-t-elle.

« En vue des circonstances, probablement trois semaines. » répondit Niall avec calme.

Hermione Granger était dans l'incapacité de quitter la prison sans risque pour sa santé. Le sort de Transfert qu'elle avait subi l'empêchait de se retrouver à une certaine distance de son corps originel. Le Juge-Sorcier avait préconisé un dispositif particulier pour escorter son corps originel au Ministère. Pour des raisons de sécurité, cela nécessitait des ressources particulières.

« Trois semaines. » répéta-t-elle, plongée dans ses pensées.

« Le Magenmagot va faire appel à un Médicomage spécialisé pour une évaluation psychologique. » informa-t-il.

Elle sembla immédiatement sortir de son inertie.

« Le témoignage d'un expert peut se révéler décisif. » avança-t-il.

« Vous voulez que je plaide la folie ? » demanda Hermione avec un rire moqueur au coin des lèvres.

« L'incapacité à reconnaitre le bien du mal au moment des faits. » rectifia Niall. « Vous étiez dans un état second, sous l'influence de magie noire. Mais nous allons devoir le prouver. »

La veille du premier jour du procès, Niall croisa Senestra Picquery dans les couloirs du Ministère. Comme lui, elle venait probablement réaliser les dernières formalités administratives.

« Cunningham. » héla-t-elle de sa voix condescendante. « Je ne pensais pas que vous seriez encore sur cette affaire. Au fond je vous comprends, cela doit vous changer des fonds de chaudrons illégaux. »

Elle lui jeta un regard hautain avant de s'éloigner. Niall grinça des dents tandis qu'elle disparaissait, réprimant une remarque désagréable à son sujet. Il retrouva Hermione Granger plus tard dans la matinée à Azkaban. Il s'agissait de leur dernière session avant le début du procès et elle lui parut étrangement calme et détachée alors qu'il lui rappelait le déroulement des évènements à venir.

« L'accusation a choisi Harry Potter comme premier témoin. » indiqua Niall avec une grimace. « L'ordre de passage des témoins est fondamental. Stratégiquement, il est commun de commencer et terminer fort, de manière à impacter les membres du jury. »

Il avait lu toutes les dépositions des différents témoins. Le témoignage d'Harry Potter n'était pas le plus impactant dans cette affaire. Pourquoi Senestra Picquery l'avait-elle choisi pour se présenter à la barre en première position ?

« Comment vous sentez-vous ? » demanda finalement Niall.

« Étrangement excitée. C'est la première fois que je vais quitter cet endroit depuis mon incarcération. Je ne l'ai pas revue, depuis. » répondit Hermione d'un air contemplatif.

Il décela de la nostalgie sur son visage. Elle porta la même expression lorsqu'elle se retrouva sur le banc des accusés. L'audience avait réuni le Magenmagot dans sa totalité, ce qui l'étonna. Durant l'année précédente, des multitudes de procès s'étaient succédés, faisant comparaitre des Mangemorts réputés, dont les crimes étaient considérablement pires que ceux d'Hermione Granger.

Niall observa le reste des participants. A l'accusation, Senestra Picquery conversait à voix basse avec Xenophilius Lovegood, le père de la victime. Le procès était ouvert au public et quelques curieux étaient dans les bancs. La porte s'ouvrit et Niall entendit des chuchotements dans l'assemblée. Harry Potter venait d'entrer dans la pièce et il se dirigea vers le banc de témoins. Il arborait une expression impassible mais Niall ne manqua pas le regard qu'il jeta en direction d'Hermione Granger.

Le Président-sorcier du Magenmagot quémanda le calme dans la pièce afin de débuter officiellement le procès. Après les formalités d'usage, Senestra Picquery se présenta au centre de la pièce, faisant face aux membres du Magenmagot. Elle dégageait une assurance évidente.

« Luna Lovegood était une adolescente ordinaire. Une jeune fille vive et éclairée, respirant la joie de vivre. Ses préoccupations étaient des plus communes. Passer du temps avec ses amis, s'adonner à ses passe-temps favoris, la lecture et les créatures magiques rares. Mais Luna n'était pas seulement une jeune fille ordinaire. Elle faisait preuve d'une bravoure extraordinaire. Avec l'aide de ses amis proches, elle a tenté de mettre un terme à un régime injuste et abusif, instauré dans son école. Luna Lovegood détestait l'injustice et croyait en un monde meilleur pour tous les sorciers, en dépit de leurs origines. » indiqua Senestra d'une voix posée.

Elle leva sa baguette et une brume épaisse apparut dans l'air, face au jury, affichant le visage souriant de Luna Lovegood.

« Le quotidien de Luna Lovegood a été brusquement bousculé la nuit du 14 juin 1998 lorsque l'accusée ici présente, Hermione Granger, l'a sauvagement assassinée avec la pire cruauté qui soit. » poursuivit Senestra d'un ton dramatique.

Dans les airs, le visage translucide et souriant de Luna Lovegood disparut, remplacée par une représentation de son corps inerte.

« Voici l'état dans lequel a été retrouvé le corps de Luna Lovegood lorsqu'Hermione Granger, un individu dénué de tout sens moral, en a terminé avec elle. » indiqua Senestra.

Niall observa le jury avec attention. Certains membres du Magenmagot n'avaient pas pu retenir des expressions consternées en voyant le corps de la victime.

« Imaginez le calvaire que cette jeune fille innocente a subi pendant qu'un monstre, dans l'indifférence la plus totale, s'est déchainé sans aucun contrôle sur son corps sans défense. »

Niall tourna le regard vers Hermione qui était de restée de marbre, ne semblant pas ébranlée par le discours de Picquery.

« Luna a essayé de se défendre, et les nombreuses pièces à conviction apportées dans le cadre de l'enquête, le prouvent. Elle a tenté désespérément de se raccrocher à la vie, littéralement et figurativement, agrippant son agresseur avec toute sa force pour survivre. Luna pleure, Luna plaide, Luna supplie. Mais Luna se trouve face à un monstre. » déclara Senestra d'une voix ferme.

Elle désigna Hermione Granger du doigt.

« Honorables membres du Magenmagot, nous allons vous démontrer par les preuves nombreuses et irréfutables que non seulement Hermione Granger est une violente psychopathe mais qu'elle avait également l'intention et la volonté de causer la mort en cette soirée du 14 juin 1998. Et c'est une innocente, Luna Lovegood, qui en a fait les frais. » acheva Senestra. « Hermione Granger est dangereuse pour la société et il ne devrait avoir qu'une seule issue à ce procès, la peine capitale. »

Senestra reprit sa place, lançant au passage un regard empli de dédain à Niall. Ce dernier se releva et s'avança vers le jury, s'efforçant de garder sa contenante et d'apparaître confiant.

« Par une nuit froide et glaçante de novembre, alors qu'elle cherchait de l'aide, le quotidien d'Hermione Granger a été chamboulé lorsqu'elle s'est retrouvée dans les griffes du Mage le plus dangereux connu de notre communauté. Imaginez une jeune fille perdue, vulnérable, loin de ses proches, approchée par des prédateurs dangereux, maîtres dans l'art de la tromperie manipulation. » commença-t-il, observant les jurés tour à tour. « Lorsqu'Hermione Granger a réalisé ce qui lui arrivait, il déjà trop tard. Contre son gré, elle a été embourbée dans un collectif prônant la haine et ne fonctionnant que par la peur. »

Il se tourna vers elle.

« L'instinct de survie. C'est ce qui a animé Hermione Granger lorsqu'elle s'est retrouvée prisonnière des Mangemorts. Mettez-vous seulement une minute à sa place. Que feriez-vous si le mage le plus puissant de tous les temps vous menaçait des pires tortures si vous n'adhériez pas à ses ordres ? » continua-t-il avec sérieux, se retournant vers le jury. « C'est la peur de mourir et des répercussions qui a contraint Hermione Granger à s'introduire à Poudlard sous une nouvelle identité. »

Niall fit une pause pour l'effet dramatique avant de reprendre son discours d'ouverture.

« L'accusation essaie de faire passer ma cliente pour une forcenée égocentrique sans émotions qui aurait préparé pendant des mois le meurtre de la personne à qui elle tenait le plus, résultant finalement à la mort de la victime à sa place. La vérité, c'est que l'accusation s'est empressée d'établir une conclusion. Ils ont ensuite tenté de reconstituer des faits pour s'accorder avec ladite conclusion. Honorables membres du Magenmagot, vous allez vous rendre compte que leur version des faits est pleine d'incohérences et qu'elle ne te tient pas la route. Il n'y a aucune preuve tangible ou factuelle prouvant qu'Hermione Granger avait l'intention de tuer qui que ce soit. »

Il se tourna vers Senestra Picquery qui arborait un rictus.

« Rappelez-vous, l'accusation ici présente devra prouver que l'incident a été prémédité, au-delà de tout doute raisonnable. » poursuivit-il. « Mais ils ne seront pas en mesure de le faire car la vérité est tout autre. Cette nuit du dimanche 14 juin 1998, Hermione Granger s'est retrouvée sous l'effet d'un artefact d'une magie noire impressionnante. Elle n'était pas dans son état normal lorsqu'elle a croisé Luna Lovegood, sous l'apparence de Ginny Weasley. Elle ne devrait pas être tenue coupable pour ce qui a été un tragique accident. »

Il s'arrêta là, lançant un dernier regard au jury avant de reprendre sa place. Les différentes pièces à convictions physiques de l'affaire furent présentées une à une puis on appela le premier témoin à la barre.

Harry Potter se présenta devant le Magenmagot, arborant un air serein.

« M. Potter, est-il vrai que vous avez vaincu Lord Voldemort le vendredi 19 juin 1998 ? » demanda Senestra Picquery.

« C'est exact. » répondit Harry, placide.

« Vous avez un long passé avec les Mangemorts, pouvez-vous nous en dire plus ? »

« Voldemort a assassiné mes parents en voulant s'en prendre à moi, il y a dix-neuf ans. » expliqua Harry d'un ton posé. « Lorsqu'il a repris vie, il y a quatre ans, il a tenté à plusieurs reprises de me tuer. »

« S'agissait-il de tentatives directes ? »

« Non, il est toujours passé par d'autres personnes, jusqu'au jour de la Bataille Finale. » admit-il d'une voix calme.

« L'accusée ici présente était-elle l'une de ces personnes ? » demanda Senestra.

« Oui. »

« Quels étaient vos rapports avec Hermione Granger ? Et pourquoi selon-vous, l'a-t-on choisi pour essayer de s'en prendre à vous, M. Potter ? »

« Nous étions des camarades de classes à Poudlard. Nous n'avions peu de rapports pendant les six premières années. Elle m'ignorait la plupart du temps et je faisais de même. » informa Harry.

« Qu'est-ce qui a changé ? » s'enquit Senestra.

« J'ai commencé à fréquenter Ginny Weasley, son ancienne meilleure amie. Lorsque Granger s'en est rendu compte, son comportement envers moi a totalement changé. »

« C'est-à-dire ? »

« Menaces, intimidations diverses et variées. Elle s'est introduite dans ma chambre sans mon accord. Elle est même allée jusqu'à prendre l'apparence d'une autre élève pour persuader Ginny de me quitter. » indiqua-t-il.

« Ce que vous décrivez là est un comportement plutôt grave. Pourquoi l'accusée se serait donnée autant de mal ? »

« Car elle est amoureuse de Ginny. » répondit Potter.

Des murmures se firent entendre dans l'assemblée. Le président-sorcier souffla dans son sifflet pour faire revenir le calme dans la pièce.

« L'accusée éprouve donc des sentiments amoureux envers votre petit-amie. » répéta Senestra.

Elle garda le silence, souhaitant visiblement faire enregistrer l'information à l'assemblée.

« Qu'en est-il de l'affiliation de l'accusée au collectif des Mangemorts ? Quels étaient les motivations de l'accusée, selon vous ? » interrogea Senestra.

« Elle n'a pas rejoint le camp des Mangemorts par conviction. Elle y a simplement trouvé son intérêt. »

« Et de quel intérêt s'agit-il ? »

« Elle a conclu un marché avec Voldemort car cela lui permettait de se débarrasser de moi. Et récupérer Ginny. »

Lorsque ce fut au tour de la défense d'interroger le témoin, Niall tenta de cacher sa frustration. En appelant Harry Potter à la barre comme premier témoin, Senestra Picquery avait très bien joué ses cartes. Harry Potter était le sauveur de la communauté magique britannique, le Survivant de la Nation. Il était intouchable. Il était la raison pour laquelle ce procès avait réuni le Magenmagot dans sa totalité.

Niall savait qu'il ne pourrait pas contrer le témoignage de Potter de manière significative. Essayer d'attaquer sa crédibilité aurait un effet contre-productif. Il tenta alors de se concentrer sur un élément du discours de Potter.

« M. Potter, vous avez indiqué qu'Hermione Granger était en possession d'un Horcruxe. Pouvez-vous nous expliquer en détail ce dont il s'agit et nous en dire plus sur votre expérience avec ces objets ? » interrogea Niall.

« Il s'agit d'un procédé magique particulièrement noir et maléfique. Un sorcier dissimule une partie de son âme dans un objet pour éviter la mort. C'est ce que Voldemort a utilisé pour s'assurer l'immortalité. » expliqua Potter.

Il était évident qu'Harry Potter avait été préparé. Son discours, son langage corporel, ses intonations ne trahissaient aucun stress et aucune nervosité. Telle qu'il connaissait Senestra Picquery, elle avait probablement fait appel à son large réseau d'experts en relations publiques pour l'entraîner.

« Pouvez-vous nous expliquer ce qui est nécessaire de faire pour créer un tel artefact, monsieur Potter ? »

« L'Horcruxe ne peut être créé qu'en assassinant un autre être humain, tout en utilisant un sortilège spécifique qui permet de placer un fragment de son âme dans l'objet en question. » répondit Harry.

Des exclamations choquées jaillirent dans la pièce.

« Cela signifie que la quantité de magie noire présente dans cet objet est particulièrement importante. » devina Niall.

« Elle contient le morceau d'âme d'un individu capable de donner la mort pour devenir immortel, alors oui. » répondit Harry, sur le ton de l'évidence.

Niall se dirigea vers la table où étaient disposées les preuves. Il pointa le Diadème de Rowena Serdaigle, désormais réduit en lambeaux.

« Cet objet contenait donc un fragment d'âme de Vous-Savez-Qui et s'est retrouvé en possession d'Hermione Granger. Plusieurs témoins ont décrit l'attitude de ma cliente comme étant étrange durant cette période. Des camarades, des professeurs, notamment. Compte tenu de votre connaissance des Horcruxes, comment l'expliquez-vous ? »

« Les Horcruxes peuvent avoir des effets sur l'humeur. Ils affectent certaines personnes plus que d'autres. » répondit Harry.

« Cela signifie que ma cliente a pu être affectée par la magie noire de cet objet ? » déduisit Niall.

Pour la première fois depuis le début de l'interrogation, Niall vit une expression inconfortable sur le visage d'Harry Potter.

« En théorie… » commença-t-il, visiblement mal à l'aise.

« Pouvez-vous répondre à ma question de manière claire, monsieur Potter ? » coupa Niall.

« Oui. Mais l'Horcruxe ne fait qu'exacerber des sentiments et des idées déjà présentes. » répliqua Potter, sans pouvoir dissimuler son agacement.

« Merci pour votre témoignage. Ce sera tout, monsieur le président. » acheva Niall.

Quelques jours plus tard, ce fut au tour de Severus Rogue de comparaitre. Si Niall avait eu l'impression de se retrouver devant quelqu'un de bien entrainé devant Potter, il eut la sensation d'être face à un mur de froideur avec Severus Rogue.

Interrogée par Senestra Picquery, Rogue relata en détail la chronologie de la mission d'Hermione Granger. Niall savait que ce témoignage était décisif pour l'accusation. Il s'agissait d'un témoin clé, et les sources de ses informations venaient directement de ses conversations avec les différentes parties. Il était également la première personne vers qui Hermione s'était retournée après les faits.

Lorsque ce fut à son tour d'interroger le témoin, Niall observa Rogue de longues secondes, puis demanda :

« Vous décrieriez-vous comme quelqu'un d'honnête, monsieur Rogue ? »

Rogue sembla perplexe devant sa question mais son impassibilité reprit rapidement le dessus.

« Oui. »

« Pourtant vous avez joué un rôle d'agent double pendant les vingt dernières années. » indiqua Niall d'un ton pragmatique.

« En effet. »

« Donc pendant des années, vous avez réussi à tromper le mage le plus dangereux du pays et le persuader de votre loyauté envers lui. Vous avez donc une certaine facilité à l'art de la manipulation et du mensonge. » déduisit Niall.

Senestra objecta immédiatement sur la pertinence de la remarque. Niall fut forcé de changer de stratégie.

« Vous avez expliqué précédemment que ma cliente semblait fragile psychologiquement. Avez-vous songé une fois à l'aider ? »

« Je me suis assuré de veiller sur Granger pendant toute sa mission. » affirma-t-il.

« Vous avez également expliqué que vous étiez conscient que ma cliente administrait des substances illégales à Ginevra Weasley, pourquoi ne pas l'en avoir empêchée ? »

« Cela aurait pu mettre en danger la mission. » répondit Rogue.

« Quelle mission ? » insista Niall.

« Ma mission. » répondit Rogue avec froideur.

« Si je comprends bien, en toute connaissance de cette information, vous avez décidé de ne pas agir. » énonça Niall.

« Tout a été découvert lorsque Miss Weasley a fait un malaise. Je savais que Miss Granger ne pourrait pas continuer à la droguer. » indiqua Rogue.

Niall se dirigea à nouveau vers la table où étaient entreposées les pièces à conviction. Il désigna un manuel épais.

« Pourriez-vous décrire cet objet à la Cour, s'il-vous-plaît ? » quémanda-t-il.

« Il s'agit d'un manuel de Potions. » répondit Rogue avec froideur.

« Il est inscrit que ce grimoire appartient au ''Prince de Sang-Mêlé. '' Connaissez-vous l'identité de cet individu ? » demanda Niall en l'observant avec intensité.

« C'est moi-même. » admit Rogue.

« Il semblerait que des inscriptions aient été ajoutés sur plusieurs pages. De quoi s'agit-il ? »

« Il s'agit de la modification de certains ingrédients. Changer la composition de certains potions afin de les améliorer. Il s'agissait d'un passe-temps lorsque j'étais moi-même à Poudlard. »

Niall hocha la tête avant de prendre un parchemin sur le bureau près de son attaché-case.

« L'Élixir d'Euphorie peut provoquer une addiction sévère s'il est consommé en grande quantité. L'un des effets secondaires est l'apparition d'une paranoïa aigue. » lut-il à haute voix. « C'est l'une des notes que vous avez ajouté à votre manuel. Est-ce la potion la composition utilisée par ma cliente ? »

« C'est effectivement la version de cette potion qu'a utilisé Miss Granger pour droguer Miss Weasley. »

« Les doses prescrites par votre ''version'' de cet élixir sont-elles légales ? » interrogea Niall.

« Non. »

« Comment ma cliente s'est-elle retrouvée en possession de ce manuel ? »

« Je l'ignore. »

« Vous prétendez donc que ma cliente s'est retrouvée en possession tout à fait par hasard d'un manuel de votre propriété contenant des compositions dangereuses ? »

« Comme je l'ai dit, je l'ignore. »

« Vous avez donc laissé trainer ce manuel dans un endroit facilement accessible à ma cliente ? Dans une école ? Où il aurait pu être découvert et utilisé par n'importe quel élève ? » insista Niall.

La lueur courroucée dans le regard de Rogue le fit sourire intérieurement.

Les séances suivantes du procès virent passer des témoins moins importants mais dont la présence était supposée renforcer les arguments de la défense et de l'accusation et reconstituer la nuit de l'homicide. Draco Malfoy, Romilda Vane, Theodore Nott donnèrent ainsi leurs témoignages. Une fillette fut également appelé à témoigner. Il s'agissait de la fille d'Isaac Padmoore, seule survivante du massacre qu'avait causé les Mangemorts en décembre 1997, à Tinworth. Elle expliqua la manière dont Hermione Granger était rentrée dans sa chambre et lui avait ordonné de se cacher pour qu'elle ne soit pas repérée par les autres Mangemorts.

« Nous avons probablement gagné des points avec ce témoignage émotionnel » affirma Niall avec satisfaction dans l'une des salles austères d'Azkaban. « Une orpheline témoignant de votre moralité ne peut qu'être positif. Cela vous donne un côté très humain. »

Hermione hocha de la tête distraitement, semblant à peine écouter ses paroles.

« Combien de temps reste-t-il avant le verdict ? » demanda-t-elle d'un ton préoccupé.

« Deux semaines mais nous avons encore beaucoup de… »

« Pensez-vous qu'on puisse le décaler ? » coupa-t-elle, ignorant ses paroles.

« Sans raison valable, c'est peu probable. » indiqua Niall.

« Si je me sens mal après tous ces déplacements, ils accepteront, n'est-ce pas ? » insista Hermione.

« C'est le cas ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.

Il avait peu d'informations sur la condition d'Hermione Granger. On lui avait expliqué que son corps originel devait être à proximité.

« Pouvez-vous essayer de prolonger le procès ? » interrogea-t-elle.

Niall soupira sans conviction mais fit tout de même la demande lorsqu'il rentra au Ministère après leur entrevue. A sa grande surprise, la motion fut acceptée par le Magenmagot ainsi que l'accusation.

« Ils ne veulent pas prendre de risque de devoir annuler si jamais un problème de santé survenait pour l'accusée. » devina Miranda Clarke, sa collègue. « Ils ont tout intérêt à s'assurer qu'elle est en pleine forme. »

Niall hocha la tête. Après tout, cela lui donnait également deux semaines supplémentaires pour se préparer et souffler un peu. Sa vie avait complètement été retournée depuis le début de cette affaire. Il était éreinté.

« J'ai entendu McKinnon dire qu'il était impressionné par ta manière de gérer cette affaire. Tu aurais dû voir Roberts, il était vert de jalousie. Il est rentré mardi après son ''accident de travail'' » ajouta Miranda avec un ricanement.

Le lundi suivant fut un jour important pour l'affaire car des experts furent appelé à témoigner. Un mage-légiste fournit des détails sur l'autopsie pratiquée sur le corps de la victime.

« La victime présentait de larges contusions et entailles sur les bras, la poitrine, ainsi que la tête. » expliqua-t-il en agitant sa baguette devant un large parchemin où était affiché la représentation d'un corps et de blessures. « Des entailles ont été constatées à ces endroits précis. Certains muscles ont été perforés, notamment au niveau du grand pectoral, jusqu'au biceps brachial. »

« Comment ont été administrées ces entailles ? » interrogea Senestra.

« A l'aide d'un sort, vraisemblablement. Mes premières conclusions mentionnaient l'usage d'un sort semblable à un sort de Lacération. Cela a été confirmé par l'analyse de la baguette de l'accusée. »

« Le cause de la mort est toutefois la strangulation, n'est-ce pas ? » indiqua Senestra d'un ton factuel.

« En effet. Les traces de strangulation peuvent parfois être difficiles à constater quelques instants après le décès. En général, il faut dix à douze heures pour qu'elles soient bien visibles. Elles prennent une couleur jaunâtre et on peut clairement voir la pression de doigts, notamment du pouce sur le cou de la victime. » indiqua-t-il en montrant son schéma.

« Quelles sont les autres constatations de votre rapport ? » demanda Senestra.

« Le corps de la victime affichait des traces de lutte. Premièrement des ecchymoses importantes sur ses bras, ce qui laisse penser qu'elle a tenté de se défendre contre l'agresseur. Sa tête présentait également des contusions suite à des chocs répétés sur le sol. Sous ses ongles, nous avons pu prélever des fragments de peau et de sang correspondant à l'accusée. »

« Il a donc s'agit d'une mort extrêmement violente ? » devina Senestra.

« Sans l'ombre d'un doute. La strangulation n'est pas un acte anodin. Beaucoup de personnes pensent qu'il suffit d'étrangler une personne pendant quelques instants afin de causer la mort mais ce n'est pas le cas. Tuer quelqu'un par strangulation est un procédé long, difficile et demande une force importante. La victime va toujours tenter de se défendre. L'agresseur a en général besoin de s'aider d'autres violences, ce qui a été le cas de l'accusée. » expliqua le mage-légiste.

Ce fut ensuite au tour d'un psychomage de se retrouver à la barre.

« Vous avez réalisé l'évaluation psychologique sur l'accusée peu de temps avant le procès. Quel a été votre diagnostic ? » demanda Senestra.

« L'accusée présente certains traits assimilés à un trouble de la personnalité dyssociale. » répondit la psychomage.

« Pouvez-vous vous expliquer ce dont il s'agit ? »

« Il s'agit d'un trouble de la personnalité qui se traduit par un comportement antisocial, un manque d'empathie et une absence totale de remords. » expliqua la psychomage. « En général, ces personnes ne ressentent rien pour les autres et n'ont donc aucun mal à faire du mal à quelqu'un d'autre, que ce soit physiquement ou moralement. Elles peinent à établir des relations sociales durables et n'avouent jamais leur culpabilité. »

« Vous avez trouvé ces traits chez l'accusée ? »

« Elle a montré un narcissisme extrême et une tendance à rationaliser les conséquences de ces comportements. Elle fait également preuve d'une instabilité affective ainsi que d'une impulsivité comportementale. »

Lorsque Niall se présenta devant la psychomage, il arbora une expression inquisitrice.

« Avez-vous lu le dossier d'Emelyn Hawke, la propriétaire du corps où l'esprit de ma cliente réside actuellement ? »

« J'ai bien peur que non. » répondit le psychomage en secouant la tête.

Niall s'empara d'un parchemin.

« La patiente présente un trouble de la personnalité antisociale prenant son origine dans l'enfance du fait de maltraitances et violences importantes. » récita-t-il. « Emelyn Hawke s'est retrouvée hospitalisée dans un établissement psychologique pendant sept ans. Est-ce le même type de comportement qu'on retrouve dans le trouble que vous décriviez précédemment ? »

La psychomage acquiesça.

« Ma cliente partage le corps de cette personne et nous avons peu d'informations sur le type de magie qui les lie. Pensez-vous que les comportements d'Emelyn Hawke puissent avoir une incidence sur ceux d'Hermione Granger ? »

La psychomage fut complètement médusée par la question de Niall.

« Je…Non…Je ne pense pas. » répondit-elle finalement, perplexe.

« J'ai remarqué que vous avez hésité avant de répondre. Est-ce parce que vous doutiez de votre réponse ? » accusa Niall.

« Non, non. »

« Pouvez-vous donc nous assurez aujourd'hui, sous serment, que cette possibilité est totalement impossible ? »

« Je ne pourrais pas l'affirmer avec sûreté. Cette éventualité ne peut pas être prouvée. »

« Mais le contraire ne peut pas être démontré, non plus, n'est-ce pas ? » insista Niall.

« En effet. » répondit la psychomage, visiblement hésitante.

« Ce sera tout pour la défense. » indiqua Niall avant de se détourner, l'air satisfait.

La stratégie suivante de l'accusation lui fit grincer des dents et pour une raison inconnue, sembla profondément ébranler Hermione Granger.

« Non. » dit-elle d'une voix blanche.

« Le Président-sorcier a déjà accepté la motion. Vos parents vont être introduits comme des témoins. » déclara Niall. « Y'a-t-il quelque chose que je devrais savoir et qui pourrait nous mettre en difficulté ? »

Niall l'observa avec intensité tandis qu'elle grattait nerveusement une extrémité de la vieille table en bois. Elle secoua finalement la tête.

« Très bien. » dit-il, lui jetant un regard curieux, peu convaincu par sa réponse.

Elle se mura dans le silence pendant le reste de l'entrevue et Niall décida d'écourter la séance. Deux jours avant la comparution des parents de sa cliente, Niall fut attaqué dès son arrivée au bureau par Miranda Clarke qui lui bondit dessus.

« Tu as lu le journal ? Je n'arrive pas y croire. » dit-elle.

« Non, pourquoi ? » s'étonna-t-il.

« Un incendie s'est déclaré dans une maison de l'Essex la nuit dernière. Les occupants de la maison sont décédés. » dit-elle.

Il leva un sourcil, sans voir où elle souhaitait en venir.

« Regarde ça. » dit-elle en posant un exemplaire ouvert de La Gazette du Sorcier sur son bureau. Regarde le nom des victimes. Icarius et Jane Granger. »

La mort du couple Granger provoqua un tollé. On commença à parler de ''complot'' dans les couloirs du Ministère et il ne se passait pas une heure sans que Niall se fasse interroger sur le sujet.

« Ça ne peut pas être une coïncidence. » disait Miranda en secoua la tête, tandis qu'elle mastiquait énergiquement un bâton en réglisse.

Si Niall avait d'abord décrit les réactions de ses pairs face à cet accident comme étant ridicules, il fut à son tour envahi par le doute en voyant l'attitude de sa cliente.

Bien loin d'être bouleversée par la mort de ses parents, Hermione Granger affichait une bonne humeur qu'il ne lui avait jamais connue. Tandis qu'il observait l''indifférence froide de sa cliente, les paroles qu'avaient prononcées le psychomage pendant le procès lui revinrent en mémoire et il ressentit un profond malaise.

« Il ne reste plus que le témoignage de Miss Weasley et le vôtre. » informa Niall, tentant d'ignorer le sentiment désagréable qui l'avait envahi. « Puis les discours de clôture avant le verdict final. »

« Pensez-vous qu'on puisse avancer la date des prochaines étapes, cette fois ? »

Il ouvrit la bouche, interloqué par sa demande.

« Pourquoi Merlin ferions-nous… » commença-t-il.

« J'en ai assez de cet endroit. » admit-elle avec un soupir lassé.

Niall ferma la bouche, l'observant avec surprise. Ne comprenait-elle pas les implications de cette affaire ? Les accusations accablantes qui reposaient sur elle ? L'éventuelle issue fatale de ce procès ?

Il était abasourdi par son attitude. Elle avait presque parlé comme si elle s'attendait à sortir de prison.

L'avant dernier jour avant le verdict, Niall vit une jeune femme inconnue se présenter aux côtés d'Harry Potter. Ce dernier avait assisté à tous les jours du procès, sans exception. Il n'eut pas besoin de longtemps pour deviner la nature des rapports qu'ils entretenaient. Le langage corporel de Potter était sans équivoque. Il se tenait dans à quelques centimètres d'elle seulement, dans une position presque protectrice.

Lorsqu'on appela Ginevra Weasley à la barre, elle se leva et s'approcha d'un pas assuré du siège des témoins. Niall l'observa avec attention tandis qu'elle se présentait au Magenmagot. Elle dégageait une beauté sauvage et il ne fut pas étonné qu'elle fasse tourner les têtes de Potter et de sa cliente. Niall coula un regard vers cette dernière. Il fut surpris de la voir regarder Ginny Weasley avec fascination. Pendant tout son procès, elle avait monté peu d'émotions et s'était montrée particulièrement désintéressée. Aujourd'hui, toutefois, son visage trahissait l'émoi.

« Pouvez-vous nous décrire la nature de vos relations avec l'accusée ? » interrogea Senestra Picquery.

« Hermione était comme une sœur pour moi. Je l'admirais, et pendant une période, j'aurais absolument tout fait pour elle. » répondit Ginny avec sincérité.

« Pourquoi cet usage du passé ? »

« Car elle a changé du jour en lendemain, et j'ai découvert sa vraie nature. » répondit Ginny.

Sous les questions ciblées de Senestra Picquery, elle décrivit l'évolution de leurs relations durant les dernières années puis la dégradation de leurs rapports lorsqu'elle avait entamé une relation amoureuse avec Harry Potter. Contrairement au reste de l'accusation, elle ne fit pas passer Hermione Granger pour une forcenée mais une amoureuse transie, désespérée, incapable de refréner ses impulsions émotionnelles et d'accepter le rejet.

Elle relata ensuite sa relation avec ''Emelyn Hawke'' et le calvaire qu'elle avait vécu par sa faute. Elle décrivit explicitement les effets de son addiction, des conséquences que cette dernière avait eu sur sa vie sociale, sa relation avec Potter et sa santé physique. Lorsqu'on lui demanda de décrire ses relations avec la victime, on vit des larmes couler sur son visage.

Une fois son témoignage terminé, Niall compris immédiatement pourquoi Senestra Picquery l'avait fait comparaître en dernière position. L'objectif de son témoignage était visiblement de faire appel aux émotions du jury et elle joua son rôle parfaitement. Elle réussit même de manière habile à rappeler son implication et celle de la victime dans la lutte contre le Mage noir.

« Miss Weasley, que pensez-vous des sentiments que ma cliente éprouvait à votre sujet ? » demanda Niall quand son tour se présenta.

« Je ne suis pas sûre de comprendre la question. »

« Comment avez-vous réagi lorsqu'elle ma cliente vous a avoué ses sentiments ? » reformula-t-il.

« J'étais surprise. Et choquée. »

« Donc vous n'avez jamais suspecté la nature de ses émotions à votre égard ? » demanda Niall.

Elle secoua la tête.

« Honorables membres du Magenmagot, j'aimerais présenter les pièces à conviction suivantes fournies lors de l'audience préliminaire. »

Le Président-sorcier acquiesça et Niall réclama l'installation d'une Pensine géante. Un liquide translucide apparut dans les airs et à l'aide de sa baguette, il extirpa les souvenirs d'une fiole en verre.

Il était peu commun que les souvenirs soient utilisés durant les procès. Ils étaient rarement considérés comme des preuves tangibles, à cause de leur nature même et la possibilité qu'ils soient falsifiés. Dans cette situation, Niall s'en moquait. Il ne souhaitait pas prouver quoi ce que ce soit avec ces souvenirs. Son intention était ailleurs. Il voulait déstabiliser Ginny Weasley.

Le premier souvenir montra une salle commune à Poudlard. Hermione Granger caressait amoureusement les cheveux de Ginny Weasley tandis qu'elles discutaient avec animation. Le décor changea et un second souvenir apparut. Les deux femmes s'étreignant dans l'eau en petite tenue et riant à gorge déployée. Le troisième souvenir, lui, les afficha dans une cabine d'essayage. Les mains d'Hermione Granger caressait sensuellement les bras de Ginny Weasley tandis qu'elles échangeaient un regard dans le miroir.

Pendant le défilement des souvenirs, Niall n'avait pas cessé de regarder Ginny Weasley. Son expression était devenue blême et lorsque la brume dans les airs s'évapora, elle darda sur Niall un regard médusé.

« Vous prétendez donc que vous n'aviez pas connaissance des sentiments de ma cliente à votre égard ? » répéta Niall avec insistance.

Elle secoua la tête.

« Pourtant les comportements affichés dans ces souvenirs sont sans équivoques. Pensez-vous que de telles démonstrations d'affection sont une preuve d'amitié ? »

« Je ne savais pas…Je n'avais aucune idée… » commença-t-elle à se justifier.

« Vous savez ce que je pense Miss Weasley ? Que saviez-vous exactement que Miss Granger était attirée par vous et que vous avez entretenu cette attirance en sachant pertinemment qu'elle ne serait jamais réciproque. » soutint Niall.

Une nouvelle fois, Senestra Picquery objecta et Niall adressa un regard entendu dans sa direction.

« C'est complètement faux. » répliqua Ginny. « Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Je n'ai jamais... »

« Ne répondez pas, Miss Weasley. » coupa Senestra d'un ton sec.

Dès lors, il sentit Ginny Weasley perdre toute sa contenance et il en profita pour l'attaquer davantage. Il évoqua ses antécédents avec certains de ses condisciples.

« Avez-vous un jour décrit vos conquêtes comme de ''vulgaires mouchoirs, après la première utilisation, direction les ordures'' ? »

« C'était une plaisanterie. » protesta-t-elle avec un rire nerveux.

« Pourtant, c'était exactement la manière dont vous les traitiez, n'est-ce pas ? » demanda-t-il. « Est-ce que cela vous fait rire, Miss Weasley ? »

Elle perdit immédiatement son expression hilare.

« J'étais stupide et immature, je l'admets. » dit-elle d'une voix agacée. « Mais êtes-vous réellement en train de prétendre que mon comportement a mené tout ce qui est arrivé ? Luna est morte pour l'amour de Merlin. Et c'est uniquement de sa faute. »

Elle avait pointé le doigt dans la direction d'Hermione Granger, les joues rouges de colère.

« Elle n'est pas amoureuse de moi, c'est juste de l'obsession morbide. Elle ne sera jamais capable d'aimer qui que ce soit à part elle-même. » s'exclama-t-elle avec fureur, la voix tremblante d'émotions.

Le Président-Sorcier mit fin au témoignage et ordonna une pause. Ginny Weasley fut escortée hors de la salle par Harry Potter et son expression affichait une colère noire.

« Ça va être à votre tour. » indiqua Niall avec satisfaction tandis qu'il prenait place aux côtés de sa cliente.

La sortie en trombe de Ginny Weasley et sa véhémence dans une cour de justice ne jouerait pas en faveur de l'accusation. Hermione hocha la tête en guise de réponse.

Une heure plus tard, le procès put reprendre et Hermione Granger se présenta à la barre. Ginny Weasley s'était calmée et était revenue dans la pièce en compagnie de Potter. Elle observait Hermione avec une colère évidente. Cette fois, ce fut au tour de Niall de commencer à interroger le témoin.

« Miss Granger, décrivez-nous la nuit des faits du 14 juin 1998. »

Hermione expliqua qu'elle avait des souvenirs vagues de ce jour-là. Les semaines précédentes, elle avait été victime d'absences importantes, causées par l'Horcruxe qu'elle portait. Elle décrivit la voix angoissante qu'elle entendait constamment, les horreurs qu'elle lui susurrait continuellement. Elle mentionna les bribes de souvenir de l'incident en lui-même. Sous l'emprise du Diadème, elle s'était retrouvée comme déconnectée de son propre corps et lorsqu'elle s'était réveillée, il avait été trop tard.

Il l'interrogea ensuite sur son séjour chez les Mangemorts et le déroulement de sa mission à Poudlard. Elle resta calme et coopérative tandis qu'elle donnait le même discours qu'ils avaient préparé pendant les jours précédents.

Puis vint le contre-interrogatoire et Niall retint son souffle. Il savait que Senestra Picquery miserait tout sur cet interrogatoire.

« Miss Granger… » commença-t-elle d'une voix doucereuse.

« Je ne vais pas répondre à vos questions. » coupa Hermione d'une voix posée.

Elle s'attira le regard horrifié de la part de Niall et des regards perplexes des autres. Senestra s'éclaircit la gorge.

« Miss Granger, il s'agit d'une Cour de Justice et de ce fait, vous êtes priée de… »

« Je ne vais pas répondre à vos questions. » répéta de nouveau Hermione. « Mais je vais vous dire la vérité. »

Senestra, interdite, se tourna par reflexe vers Niall qui affichait la même expression. Qu'était-elle en train de faire ?

« Si vous me l'autorisez, bien sûr. » poursuivit-elle en se tournant vers le Président-sorcier. « Après tout, pourquoi perdre du temps alors que nous pouvons directement passer aux aveux ? »

Les membres du Magenmagot s'échangèrent des regards perplexes. Harry Potter et Ginny affichaient des expressions choquées.

« Allez-y. » autorisa finalement le Président-sorcier, à la surprise de toute l'assemblée.

« Pour commencer, je n'avais pas l'intention de tuer Luna Lovegood, elle s'est retrouvée au mauvais moment, au mauvais endroit. J'éprouverais presque des remords si je n'étais pas un individu dénué de la moindre empathie. » imita-t-elle avec sarcasme.

Elle jeta un regard moqueur en direction de la psychomage, au fond de la pièce. Cette dernière ne réagit pas, l'air hagard, les yeux rivés devant elle.

« Quant à la préméditation de mon acte, j'imagine que c'est en parti vrai. Mais Ginny n'était pas mon objectif, pour être totalement honnête avec vous. Avant l'épisode de l'Horcruxe c'était Potter que je voulais supprimer. » admit-elle avec tranquillité.

Des hoquets de stupeur se firent entendre de toute part.

« Tout allait parfaitement bien avant qu'il ne s'immisce dans nos vies. » indiqua-t-elle en serrant les dents. « Je n'ai jamais compris ce que Ginny lui trouvait, d'ailleurs. A part son arrogance, sa bravoure et sa stupidité, il n'a rien de spécial. D'ailleurs, si votre fameux Survivant n'avait pas été tellement aussi facile à manipuler, rien de tout cela ne serait arrivé. Lovegood serait probablement encore présente pour nous parler de ces Ronflaks Cornus. » ajouta Hermione d'une voix moqueuse.

Elle observa l'assemblée avec dédain.

« Oui, j'ai drogué Ginny. Oui, j'ai soumis des élèves à l'effet de l'impérium. Oui, j'ai constamment menti, manipulé les autres autour de moi pour arriver à mes fins. Je n'ai aucun regret. Pour vous dire la vérité, j'éprouve même une certaine jouissance en y pensant. » admit-elle.

Elle semblait se délecter de l'attention rivée dans sa direction.

« Je ne suis pas celle que vous croyez. Vous ne savez absolument rien sur moi. Vous n'avez pas la moindre idée de ce que j'ai vécu. Aucun témoin, aucun expert ne peut me décrire. Vous pensez pouvoir décider de mon sort ? Croyez-moi j'ai toujours eu une longueur d'avance sur vous. Toujours. »

Niall était mortifié. Hermione Granger était dérangée, ce fait ne faisait plus aucun doute. Elle se releva puis retourna sur le banc des accusés, sous les regards choqués de l'audience.

Le Président-sorcier fut le premier à sortir de sa torpeur et demanda aux avocats de fournir leur discours de clôture. Lorsque vint le tour de Niall, il répété le discours qu'il avait préparé avec dépit et sans conviction, impatient de quitter cette farce cauchemardesque.

Pendant que les membres du Magenmagot délibéraient, tout le reste de l'Assemblée fut priée de quitter la pièce. Il suivit les gardes tandis qu'ils menaient sa cliente à une cellule du ministre en attendant le verdict final.

Lorsqu'il se trouva devant elle, il l'observa de longues minutes. Il songeait à l'investissement personnel qu'il avait impliqué dans cette affaire. Les nuits blanches, les frustrations constantes, l'attaque de témoins tout à fait honnêtes dans l'unique but de la défendre. Et c'était ainsi qu'il était remercié ? Il était furieux, voulait lui hurler les pires injures à la figure mais devant son air détendu, il n'y parvint pas. A quoi bon ? Au final, n'était-il pas mieux qu'elle obtienne la peine capitale ? La dernière demi-heure lui avait prouvé l'étendue de sa dangerosité et son mépris évident pour les autres. Elle s'amusait, manipulait constamment et n'affichait aucune valeur à la vie humaine. Ce genre d'individu n'était pas capable de vivre en société.

« Je sais que vous êtes surpris par mon témoignage, mais j'avais besoin de le faire. » dit-elle soudainement, interrompant le silence. Je voulais qu'on écoute mon histoire, leur montrer que j'exerce encore un contrôle sur leur vie. »

« Cela fait des semaines que nous entendons des gens raconter que vous êtes une psychopathe sans cœur. Pourquoi subir ça ? Pourquoi ne pas avoir dit la vérité dès le début ? Que cherchiez-vous ? » demanda-il avec frustration.

Bien des années plus tard, il n'oublierait pas le regard calculateur d'Hermione Granger tandis qu'elle se penchait dans sa direction et d'une voix glaçante, déclarait :

« Du temps. »

Les délibérations durèrent un quart d'heure seulement et toute l'assemblée fut conviée à entrer de nouveau.

« L'accusée est reconnue est coupable du meurtre avec préméditation de Luna Lovegood et condamnée à la peine capitale, le Baiser du Détraqueur. » énonça Le Président-sorcier.

Peu surpris du verdict, il écouta à peine les condamnations pour les autres chefs d'accusation. Il jeta un regard vers Hermione qui fixait un point devant elle, l'air étrangement vide. Des soupirs de soulagement se firent entendre dans toute l'assemblée. Sans un mot, Niall ramassa ses affaires, les fourra sans cérémonie dans son attaché-case et se dirigea vers la sortie. Il croisa le regard de Ginny Weasley et il se sentit honteux face au mépris silencieux qu'il put y lire.

« Cunningham ! » s'exclama une voix derrière lui.

Il se retourna et ses yeux tombèrent sur le visage satisfait de Senestra Picquery.

« Félicitations. Si ça ne vous dérange pas, j'aimerais me passer de vos remarques désobligeantes, aujourd'hui » dit-il d'un ton bougon.

Pour toute réponse, elle lui tendit une carte de visite.

« Vous m'avez surprise, Cunningham. Je n'aurais jamais imaginé que vous aviez autant de potentiel. Je n'aurais pas obtenu un autre verdict en défendant une forcenée de la sorte. » assura-t-elle. « Contactez-moi. »

Niall l'observa la bouche ouverte tandis qu'elle lui adressait un regard entendu puis s'éloignait pour retrouver le père de la victime. Les dernières paroles qu'il entendit alors qu'il quittait la salle d'audience furent celles de Ginny Weasley.

« C'est fini. »

Fin du Chapitre

J'espère que vous avez apprécié ce chapitre riches en émotions :) J'ai adoré l'écrire ! Le prochain chapitre sera l'épilogue.

Deux petits disclaimers au sujet de ce chapitre :

1. Concernant le procès, je me suis documentée en me basant sur les éléments mentionnés dans le Potterverse, les systèmes judiciaires de plusieurs pays ainsi que mon imagination. Cela n'a pas vocation à être la représentation d'un procès 100% réaliste mais j'ai fait des recherches afin de le rendre le plus crédible possible.

2. Les troubles mentaux sont un sujet sérieux. J'ai essayé de dépeindre avec le plus de réalisme possible - encore une fois, je ne suis pas une spécialiste et je m'excuse d'avance si mon approche a pu heurter certaines personnes.

N'hésite pas à laisser un commentaire, je suis curieuse de savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre !

A bientôt,

Black Lagoon