Bonjour à tous !
Voici le premier chapitre, au titre équivoque. Je sais que nombre d'entre vous attendaient cet instant, et j'espère qu'il vous sierra !
La Demeure Weber datait de la renaissance et avait été entretenue au fil des siècles par les propriétaires et la vieille famille qui y vivait. Vendue alors que les Weber retournaient dans leur pays d'origine, l'Allemagne, au milieu du XVIIème siècle, les nouveaux habitants avaient dû cohabiter avec un fantôme et une branche de la famille de domestiques, restés pour les servir. Les Weber avaient réintégré la demeure familiale en 1802, après une alliance mariant l'un de leurs fils avec l'aînée des occupants d'alors. Il s'agissait d'un Manoir chargé d'histoire et d'émotions et pour cette raison, il s'élevait dans la campagne anglaise, splendide et toujours en excellent état. Sa façade jaune pâle paraissait scintiller lorsque le soleil daignait sortir des nuages, et ses jardins à la françaises charmaient visiteurs, domestiques et habitants.
Lucifer Potter n'avait pas fait exception à la règle. Ses yeux noisette s'étaient mis à briller lorsqu'il avait posé les pieds derrières la haute grille d'entrée, puis dans le somptueux hall comprenant un escalier en bois sculpté, de vieux animaux incongrus empaillés et des fenêtres bordées de vitraux jaunes et orangés qui donnaient à l'endroit une luminosité chaleureuse et ensoleillée.
Malgré l'avancée tardive dans le XXème siècle, les Weber avaient gardé les coutumes moldues aristocratiques caractéristiques d'avant-guerre. Ils se changeaient pour les repas, passaient du temps dans le salon avant d'aller dormir, et n'employaient aucun elfe de maison. Autrefois influente famille en Allemagne et au Royaume-Uni, les mariages avec des sorciers, des cracmols ou des moldus leur avaient fait perdre le statut de sang pur au Magenmagot, ce qu'aucun d'entre eux n'avait réellement déploré. Ils s'étaient retirés de la vie politique avec satisfaction et gardaient une certaine distance avec les sangs-purs, repoussant les demandes de mariages arrangés depuis leur retour, et gardant secret le lien entretenu avec les coutumes moldus. Considérés comme l'une des plus vieilles familles sangs-purs par la communauté magique et par eux-mêmes, dans un sursaut d'orgueil familial, ils ne faisaient néanmoins pas partie de la Vingtaine importante restant.
C'était un tout autre monde que Lucifer avait ainsi découvert en répondant à l'invitation de son meilleur ami. Il avait compris pourquoi leurs langages s'harmonisaient tant, et pourquoi la famille Weber ne partageait pas les croyances de Voldemort et de certaines autres familles. Il s'était montré perdu devant les multiples pièces de la Demeure, les changements de vêtements imposés avant le déjeuner et le dîner, ainsi que le valet de pied qui disposait les couverts et lui servait eau et nourriture.
Noah se délectait de l'émerveillement de son meilleur ami. Ses yeux d'acier luisaient lorsqu'ils se posaient sur le garçon roux en costume, et il riait allègrement de ses questions et de ses regards désarçonnés.
Lucifer était arrivé au début de la deuxième semaine de juillet, et ne devait repartir que le lendemain de son anniversaire. Les deux garçons passaient leurs journées ensemble, à explorer, réexplorer, lire, discuter, et même parfois, à voler dans le parc, où s'élevaient des pins suffisamment hauts pour les dissimuler aux regards des moldus qui se promenaient dans les sentiers ou conduisaient sur la route passant à quelques miles de la Demeure. Noah rattrapait les semaines de cours manquées lorsqu'il avait été pétrifié, et Lucifer lisait tout ce qui était à portée de bras dans l'immense bibliothèque des Weber, aidant son ami et reprenant ses notes de cours dès que nécessaire.
Une semaine seulement s'était écoulée, et ils avaient tant vagabondé dans les couloirs qu'il n'étaient pas encore allés voir Cygnus Weber. Tous deux redoutaient autant qu'ils désiraient cette entrevue. Le fantôme pouvait refuser de leur répondre, n'être pas d'humeur à parlementer avec deux jeunes adolescents surexcités, et si les révélations de son histoire pouvaient s'avérer primordiales, elles risquaient fort de les atterrer, et ils le savaient. Avec les évènements du dernier trimestre, ils se sentaient heureux de jouir d'un peu de répit et de profiter simplement du bonheur d'être ensemble, en vie, dans un manoir qui constituait un gigantesque labyrinthe et terrain de jeu.
Le dîner déconcertait toujours autant Lucifer. Habitué à faire la cuisine, une activité qui le détendait considérablement, il peinait à ne pas se servir lui-même et à voir son verre rempli dès qu'il le vidait. Par ailleurs, il craignait toujours de tâcher les vêtements que son meilleur ami lui prêtait pour l'occasion. Pernelle était particulièrement belle ce samedi soir. Elle portait une robe légère d'une couleur saphir qui dénudait ses épaules, et le collier aux armoiries de la famille que les deux adultes portaient retombait délicatement juste au dessus du col, par ajustement magique. Ses longs cheveux bruns ondulés avaient été noués en chignon, mais deux mèches retombaient de chaque côté de son visage. Au bout de la table, Ebezener portait une longue robe de sorcier pourpre en velours sertie de perles noires, et Lucifer se demanda pour la énième fois comment il faisait pour supporter la chaleur. Son collier retombait fièrement entre ses pectoraux, et il regardait sa femme avec un doux sourire semblable à celui de son fils. Ses longs cheveux noirs étaient noués d'un ruban assorti aux pierres. Noah, comme ses parents, se tenait assis bien droit dans sa veste noire brodée d'or que faisait ressortir sa chemise aux couleurs solaires. Une mèche lui tombait devant les cheveux et il la remit derrière son oreille d'un élégant mouvement de la main, poussant Lucifer à se demander si les cheveux longs lui iraient bien. Le premier soir, il s'était senti mal à l'aise dans le costume de jais et la chemise bicolore de son meilleur ami, mais malgré leur richesse et leur noblesse, les Weber étaient accueillants, absolument adorables, et leur naturel l'avait détendu.
-Sais tu ce que tu feras en Août, Lucifer ? s'enquit Pernelle en découpant avec souplesse un morceau de poulet mariné.
Ses bracelets d'argent tintèrent. La nourriture faisait partie de ce que le rouquin préférait ici : légère et raffinée, telle qu'il ne l'avait jamais goûtée. Il reposa le couteau qu'il tenait –le couteau à beurre, avec lequel il ne parvenait donc pas à découper son propre plat-. Comment faisaient-ils tous pour se souvenir quelle cuillère utiliser à quelle occasion, quelle fourchette était mieux pour l'entrée ?
-James vient me chercher deux semaines avant la rentrée, répondit-il, aussi poli et timide que les autres jours. Je demeurerai à Privet Drive, en compagnie de ma tante durant le temps qui précède.
Noah et lui échangèrent un regard entendu. Son ami lui avait proposé de rester jusqu'à ce que James daigne le prendre, mais son père et Dumbledore lui intimaient de retourner chez sa tante, car le lien de sang le protégeait face à Voldemort et ses comparses, et surtout, il désirait passer quelques jours avec Pétunia. Leurs liens se renforçaient et se délitaient de manière étrange, mais Lucifer l'aimait à sa manière entière et dévolue, quoi que réservée car son enfance n'avait pas été si rose. Elle ne l'avait pas laissé l'aimer, il avait réfréné son amour, et parfois, il espérait pouvoir le laisser s'étendre.
Ils ne virent pas le regard tout aussi entendu des adultes devant eux. Pernelle et Ebezener ne pouvaient être très présents pour leur fils, mais ils avaient toujours tenté de lui montrer qu'il était désiré et aimé.
Lire assis au bord des fontaines alors que le soleil surmontait sa timidité pour se dégager des nuages était toujours un véritable plaisir. Comme Noah l'avait prédit un an auparavant, son ami adorait cet endroit, et ils lisaient une main dans l'eau et l'autre tournant les pages de leurs livres.
-Il faudra que nous nous décidions à aller voir Cygnus, soupira Noah en levant les yeux vers la fenêtre où se trouvait le fantôme.
Le manoir était en contre jour, et les larmes montèrent aux yeux de Lucifer alors qu'il le contemplait, discernant une silhouette brumeuse dans la pièce.
-Crois-tu qu'il nous attende ? s'enquit le jeune Potter.
-Oui.
Il les scrutait sans doute. Lucifer admirait Cygnus pour ce qu'il savait de lui, parce qu'il se tenait informé de ses héritiers, de leurs présence, de leur vie, parce qu'il s'était dressé contre les ennemis de son ami pour ce qu'il croyait juste. Il redoutait son jugement. Mépriserait-il leur curiosité ? Leur dirait-il que leur entreprise était vouée à l'échec, qu'ils ne pouvaient pas retracer l'Histoire ? Refuserait-il leurs questions ? Ou bien sauraient-ils ce qui s'était réellement passé ?
-Il est celui qui m'a autorisé à fouiller l'Ancienne salle commune, rappela Noah en voyant les nuages dans les yeux de son meilleur ami.
-Nous sommes si près du but, murmura Lucifer. Nous devons savoir… Et ensuite, que ferons nous, Noah ? Ils voulaient être remémorés.
-Nous devons demander à Cygnus. S'il désire que nous racontions ce que nous savons, ou que nous l'écrivions, et bien nous le ferons. Nous devons respecter sa volonté.
IIs laissèrent leur regard dans le vague, silencieux, réfléchissant. Une chouette vint soudain se poser devant Lucifer, qui sursauta en reconnaissant Hedwige, la hulotte de son jumeau. D'une main tremblante, il se saisit de la lettre qu'elle lui tendait, ses deux yeux jaunes clignant d'un air de reproche devant son hésitation.
-Tu peux rejoindre Cygne, au premier étage, si tu le désires, offrit Noah à la chouette.
Hedwige hulula en guise de remerciement et s'envola vers la Demeure. Le jeune Weber posa une main sur le bras de son ami, réconfort discret.
Salut Lucifer !
J'espère que tu passes de bonnes vacances. Tu es chez Noah, il me semble, c'est cool. Je veux dire, je suis content pour toi, je sais qu'il t'a manqué et c'est un très bon ami pour toi, je crois.
J'aurais aimé te voir plus longtemps au mois d'Août, mais je suis conscient que tu dois retourner chez les Dursleys à cause de la barrière du sang. J'aurais aimé voir Ron, également, mais sa famille a gagné le grand prix de la loterie du Gallion, et ils sont en Egypte, pour aller voir son frère Bill. Je suis heureux pour eux, mais lui et Hermione me manquent.
Puisque je passe mon mois de juillet à m'entraîner, Papa et moi partons durant les deux semaines de latence, en Allemagne dans une ville moldue ou Maman l'avait emmené avant notre naissance.
L'année prochaine… peut-être pourras-tu venir avec nous ? Tu aimes explorer et visiter, n'est-ce pas ?
Je t'avais promis une photo de Maman, mais il faut que je la duplique, je te l'enverrai dès que ce sera fait.
Tu lui ressembles, sais-tu ? Hormis les cheveux, tu as certains traits du visage très fin, les mêmes que les siens.
Elle aimait lire, et était curieuse, comme toi. Plus enjouée et plus forte, peut-être, quoi que vous pouvez tous les deux être très obstinés, ou déterminés. Tu lui ressembles vraiment sur certains points.
Passe de bonnes vacances, Lucifer, et n'hésite pas à utiliser Hedwige pour me répondre.
Harry
L'écriture était hachée, la plume que son frère avait utilisé avait laissé des tâches d'encre sur certaines lettres. Il ne voyait pas l'arrogance qu'Harry pouvait parfois afficher dans ces mots si précieux, juste cette hésitation qui ne savait pas comment s'y prendre, et peut-être un léger égocentrisme. En tombant sur le papier, les larmes du rouquin agrandirent certaines tâches.
-Lucifer ? s'exclama Noah. Oh, Lucifer, qu'y a-t-il ?
-Harry, murmura-t-il, la gorge si nouée qu'il parvenait à peine à parler. Il est…
Il lui tendit la lettre, et son meilleur ami la lut attentivement alors que lui-même tentait vainement de refouler ses larmes, entre rire et désespoir.
-Lucifer.
Noah le prit dans ses bras, et Lucifer le serra à s'en faire mal.
-Il me laisse de l'espoir. Dumbledore m'a conseillé de ne pas abandonner, mais si… je ne supporterais pas… Et s'il décidait que je voulais sa gloire une nouvelle fois ? Et… Il m'a écrit. Je n'ai jamais vraiment entendu parler de Maman, et… elle devait être…
Ses nuits à Poudlard avaient parfois été hantées par les interrogations. Lily l'aurait-elle aimé, ou bien aurait-elle été aussi indifférente que James ? Harry et son père aimaient profondément cette femme qu'il n'avait pas connue. A quoi ressemblait-elle ? Noah le serra aussi fort que lui.
-Tout va bien, Lucifer, souffla-t-il. Détends toi. Profite. Harry manque un peu de tact, mais il t'a écrit. Vous pourrez apprendre à vous connaître.
-Il a raison, Noah. Tu es le meilleur ami que je puisse avoir.
Le garçon le relâcha et lui sourit sincèrement.
-La réciproque est vraie, Lucifer, n'en doutes jamais.
Le soleil se couchait, et ils devraient bientôt dîner, et avant, se changer. Ils regagnèrent la Demeure.
Depuis une fenêtre du premier étage, Cygnus Weber n'avait pas détaché son regard d'eux depuis le début de l'après midi.
Ce ne fut que quelques jours plus tard qu'ils se décidèrent à rendre visite à Cygnus. Durant l'exploration émerveillée de la Demeure par Lucifer, ils étaient passés dans la plus vieille aile de la maison, aux pièces mal chauffées par les cheminées rarement allumées et aux allures du XIXème siècle puisque certains objets avaient été conservés –l'ancienne garçonnière, la nurserie, les salles où le précepteur enseignait aux héritiers et enfants des domestiques humains avant qu'ils ne se rendent à l'école. Lucifer y avait rencontré son premier elfe de maison, vêtu d'un torchon noir aux armoiries des Weber.
-Ils sont quatre, avait indiqué Noah, et ils font le ménage et accompagnent mes parents dans leurs voyages.
Son visage s'était figé, et sa voix avait été trop distante pour que Lucifer ne s'en aperçoive pas. Il s'était contenté de poser la main sur l'épaule de son ami, et de lui demander de lui parler de l'histoire d'un tableau. Noah était parfois distant et une partie de lui restait mystérieuse, mais le rouquin s'était promis de tout faire pour savoir et l'aider.
La pièce était telle que Noah la lui avait décrite, aux murs jaune pâles, au parquet de bois usé et le sol submergé de vieux objets hétéroclites. Les elfes avaient cependant du y faire le ménage, car aucun grain de poussière ne subsistait, et les fenêtres paraissaient entièrement transparentes. Et, dos à eux comme si jamais il ne bougeait, flottant à quelques centimètres du sol, le fantôme de Cygnus Weber. Il portait des bas et une culotte bouffante, son plastron avait tout du noble renaissant, et ses longs cheveux ondulés descendaient irrégulièrement sur la fraise autour de son coup. Noah s'avança prudemment.
-Bonjour monseigneur, déclara-t-il avec déférence.
-Je me demandais quand tu viendrais, Noah Estivius Weber. Je vous ai observé ces derniers jours. Tu as finalement la courtoisie de venir me saluer.
Il avait une voix cynique et rauque mais relativement supportable. Lucifer s'avança, le cœur battant, les questions revenant avec force dans son esprit.
-Je suis navré, monseigneur, intervint-il.
Cygnus se retourna, et il put observer à loisir son menton pointu, ses lèvres fines et ses traits durs. Instinctivement, il tomba au sol, un genou à terre.
-J'appréhendais notre rencontre. Noah a jugé préférable de me laisser du temps, car je suis plus à même de réfléchir quand mon esprit est entièrement focalisé sur le sujet.
Il se rendit compte que la fin pouvait sembler impolie et rougit.
-Honnête, loyal et possédant de l'humilité, commenta le fantôme. Il est tel que tu le décrivais, et un véritable Poufsouffle. Relève toi, Lucifer Potter. Je suis un noble mais en aucun cas relié à la famille royale, bien que j'apprécie l'honneur.
Le garçon sentit ses joues le brûler un peu pus. Noah lui prit la main et son rythme cardiaque ralentit. Le fantôme les scruta et ses yeux descendirent sur leurs doigts liés.
-Sache que c'est un honneur moi pour moi de t'accueillir dans cette maison, déclara-t-il enfin. Votre relation fusionnelle reçoit ma bénédiction.
Noah se tendit et fronça les sourcils, décontenancé.
-Souviens toi de ce que ta gouvernante t'a appris, le tança durement Cygnus.
Le garçon écarquilla ses grands yeux.
-Je suis navré, sir. Nous vous remercions profondément.
Lucifer se sentait perdu, mais une pression de son ami lui indiqua qu'il lui expliquerait plus tard ce dont il s'agissait. Cygnus flottait toujours au dessus du sol, plus près d'eux, mais ne semblait pas vouloir leur faciliter la tâche, et les questions brûlaient les lèvres de Lucifer. Il respira deux fois et se lança.
-Nous voudrions vous parler des évènements de l'année 1574.
Le visage de Cygnus resta imperturbable.
-Ainsi il ne s'agit plus de l'Ancienne Salle Commune, et vous êtes parvenus au point où vous comprenez que cette histoire est plus large.
-Nos recherches nous l'ont enseigné, murmura Noah en inclinant la tête. Nous avons fouillé l'Ancienne Salle Commune, par votre autorisation, et trouvé parchemins, écrits, et traces…
Cygnus hocha sèchement la tête.
-Pourriez-vous nous dire ce qu'il s'est réellement passé cette nuit là ?
-Non.
La brusquerie de la réponse blessa Lucifer, qui sentit sa gorge se nouer. Cygnus retourna à la fenêtre.
-Je ne suis plus le jeune homme que vous voudriez interroger. La Nuit reste intacte dans mon esprit mais je refuse de la ressasser et mon point de vue serait biaisé. Lorsque mes études se finirent, je pris le rôle d'héritier de la Demeure Weber et je gérais les tenanciers, me mariais et eu quatre enfants. Tu descends de Duncan Weber, mon premier né, et il a bien trop porté sur ses épaules. L'Histoire a été endormie et je n'ai jamais réveillé son souvenir, pas plus que mon fils. Jamais il ne m'a interrogé sur l'origine de son prénom et je lui en tint rancœur jusqu'à ta venue. Je ne suis plus celui que vous recherchez, et Alexan, William et Duncan ont disparu depuis longtemps sans plus de traces de l'Histoire.
Quelques secondes s'écoulèrent.
-N'existe pas d'autres livres d'Alexan Lupin ? s'enquit Lucifer. Nous avons trouvé un écrit de sa part, ainsi qu'un extrait de son journal.
-Le journal d'Alexan… murmura Cygnus, et l'ombre d'un sourire naquit sur son visage. De tous ceux qui furent fascinés par la Magie, il est l'un des noms restés les plus célèbres, l'un des noms que vous rencontrerez si vos études vous conduisent vers le Département des Mystères. Ses livres ne vous apporteront rien sur notre salle commune, si ce n'est quelques allusions à la mémoire collective.
-Nous n'allons pas rester sans rien faire, prévint Noah, respectueusement mais déterminé et digne. Nous devons savoir et reconstruire.
-Je ne nourris aucun doute à ce sujet, Noah Estivius Weber. Je suis convaincu que vous réussirez, qu'importe le temps que vous prendrez. Et je ne vous interdit pas de continuer. Réfléchissez, usez de votre esprit, de votre intuition, et de mes informations. Des traces ont été laissées, qui seront plus partiales que le témoignage que vous désirez.
La sévérité du fantôme tranchait avec son discours et les décontenançait. Ils s'avancèrent jusqu'à se trouver à ses côtés.
-Ils refusaient d'être oubliés, rappela le jeune Potter. Vous êtes l'un des seuls restants. Lorsque nous saurons, voulez vous que nous laissions dormir l'Histoire ou que nous la réveillons ?
Un nouveau sourire, infime, se peignit sur les lèvres de l'homme.
-Vous apprendrez qu'il est difficile d'outre passer les convictions profondes de certains, et que lorsque l'humain ne réfléchit pas assez, modifier les circonstances sont aisées. Vous pouvez réveiller l'histoire, jeunes Poufsouffles. Ramenez l'Ancienne Salle Commune dans les mémoires, témoignez, écrivez. Vous avez la connaissance entre vos mains, soyez prudents mais rétablissez la justice.
Le silence revint, sans qu'aucun puisse penser à autre chose.
-Nous allons nous retirer, Sir, offrit Noah. Nous vous remercions de vos réponses.
-Vous êtes autorisés à revenir me voir, déclara Cygnus. N'oubliez jamais que, quelque soit l'histoire, elle peut être modifiée, modelée, et que ce sont les vainqueurs qui l'écrivent. N'oubliez jamais qu'il existe plusieurs versions, et que seuls les faits sont objectifs et les détails facilement oubliés.
Muets, les deux garçons hochèrent la tête, puis sortirent de la pièce, refermant doucement la porte avec l'impression de porter le poids des mémoires sur leurs épaules.
Ils se rendirent dans la bibliothèque et se laissèrent tomber sur les fauteuils, secoués, méditant en silence sur les remarques sibyllines et les informations fournies à demi mot par le fantôme. Noah était livide.
-Nous le noterons, promit Lucifer, et nous analyserons. Nous réveillerons l'Histoire, Noah, je te le promets.
-Il nous a confié une tâche, Lucifer, prévint son meilleur ami, et sa voix était hachée et rauque. Il est mon ancêtre et il attends de moi que je réussisse car je porte l'héritage familial.
-Noah… Je te promets que tu n'es pas seul, et que je ferais tout pour que nous y parvenions.
Le garçon se tourna tristement vers lui, et remit en place sa mèche rebelle, ses yeux d'aciers luisant de larmes.
-Oh Lucifer… Il s'agit de codes, vois-tu ? Les mots ont un pouvoir particulier dans les familles comme la notre, autant que les actes. J'aime cette Demeure ainsi que mes parents, j'aime mon héritage familial, mais il est des fois où je souhaiterais qu'il en ait été autrement. La culture moldue que nous portons m'a fait me sentir seul durant mon enfance, car je fus éduqué par ma gouvernante, et que mes parents voyageaient. Il existe tant de codes, de lois sociales dont je dois me souvenir, et c'est un monde auquel tu n'appartiens pas. Je suis navré Lucifer, je suis heureux que tu le découvres et je ne voulais pas que tu apprennes ces aspects de sitôt.
-Noah… tenta-t-il, ses propres yeux embués de larmes.
Ils étaient secoués par l'entrevue, sensibilisés à l'extrême. Lucifer passa une main sur ses yeux, et vint se placer près de son ami, se sentant gagné par le désespoir.
-Comment puis-je te faire comprendre que je serais toujours là pour toi ? Notre amitié ne fonctionne pas uniquement sur le réconfort que tu m'apportes quand Harry et James… Noah, je suis là, même lorsque les choses sont moins agréables. Et je comprends que tu désires plus de simplicité, ce n'est pas parce que je n'ai pas été particulièrement bien traité par ma famille et que je suis bien moins riche que je vais te le reprocher. Je suis là, Noah.
Son meilleur ami s'accrocha à lui comme si sa vie en dépendait, et resta un long moment à murmurer, à attendre que ses sanglots se calment. Enfin, le jeune Weber se releva et essuya ses joues striées de larmes.
-Je vais devoir me laver avant le dîner, soupira-t-il. Lucifer, merci.
Le rouquin se contenta de lui presser le bras en guise de réponse. Ils se levèrent péniblement et gagnèrent l'une des luxueuses salles de bains de la Demeure.
-Que voulais dire Cygnus en nous donnant sa bénédiction ? l'interrogea-t-il enfin.
Les yeux de son meilleur ami luirent, de joie cette fois.
-Ceci signifie qu'il approuve notre amitié et qu'en tant qu'ancêtre, si mes parents venaient à me la reprocher, ils pourraient intervenir auprès de lui pour savoir que faire. Une sorte de protection si tu désires. C'est également un honneur fourni et une marque de respect envers toi.
Il laissa couleur l'eau du robinet et soupira.
-Il s'agit d'une vieille marque, je l'avais complètement oubliée, et mes parents ne sont pas aussi vieux jeu que le voudrait la tradition –elle se dilue au fil des générations, mon père n'a pas été élevé ainsi, il a obtenu le titre d'héritier parce qu'il est l'aîné mais c'est tout-. Ils ne s'interposeront pas dans mes fréquentations ni dans un quelconque contrat de mariage, mais Cygnus vient du XVIème siècle, et l'importance est plus grande pour lui que pour nous. Il te faut simplement savoir qu'il t'apprécie.
Lucifer sentit une vague de chaleur le parcourir, touché et heureux.
La fin du mois de Juillet arriva très vite, entre leurs devoirs de vacances, recherches annexes, moments de détentes et l'analyse complète des paroles de Cygnus qu'ils durent comparer avec leurs notes de l'année précédente. Lucifer et Noah profitèrent pleinement de cette dernière journée, chahutant dans les longs corridors de la Demeure et s'éclaboussant mutuellement près des fontaines. Finalement souper arriva, et les deux garçons durent monter dans les chambres afin de se changer. Ils attendirent patiemment Valdez, le jeune valet à peine sorti de Poudlard qui s'occupait de les aider dans cette tâche. La chambre de Noah était spacieuse, avec un parquet de bois clair, des dorures aux fenêtres et une peinture orangée au mur. Sur une étagère trônaient les figures du zodiac que son meilleur ami lui avait offert au Noël précédent, une bibliothèque aussi claire que le sol était remplie à ras bord de livres en tous genres, y compris moldus. Un dessus de lit dans une matière très douce orné d'un organigramme celtique recouvrait l'énorme lit moelleux refait au carré par les elfes. Seuls deux posters décoraient les murs : un joueur de Quidditch d'une équipe méconnue et une peinture représentant une vieille apothicaire qui administrait une potion à une patiente, datant du moyen-âge, et ramenée de France lors d'un des voyages de Pernelle. Les lieux étaient douillets mais toutefois vides. Valdez entra, droit, et les deux garçons le saluèrent.
-J'aurais aimé remettre… commença Lucifer, mais le valet l'interrompit.
-Vos vêtements de ce soir ont été prévus il y a quelques jours déjà, héritier Potter.
Les joues du rouquin s'enflammèrent, comme chaque fois que le valet lui donnait ce titre. Des deux, ce serait Harry qui hériterait, et il doutait que James prenne même la peine de s'encombrer des formalités des autres vieilles familles, d'autant plus que le sang de Lily les avait mêlés. Valdez sortit du placard un pantalon blanc parfaitement coupé, une chemise noire brodée d'or aux armoiries des Weber, et la veste assortie. Noah enleva rapidement sa robe pourpre décontractée, dévoilant un corps masculin en train de se construire : ses pectoraux commençaient à se tracer, et son ventre un peu mou dû au manque d'exercice sportif se tendait un peu au niveau des abdos. Valdez boutonna la chemise du garçon, s'assura que le pantalon fut droit et toujours immaculé, et l'habilla de la veste, terminant par la brosse allouée à la tâche. Ce fut ensuite au tour de Lucifer, qui posa les yeux sur son propre corps, changé également depuis le début de l'été. Comme nombre de garçons, ils n'avaient pas réellement pris en taille, en revanche, ses épaules surplombant un corps déjà trapu avaient commencé à se carrer, deux lignes se dessinaient, un peu plus faiblement, entre ses deux tétons, et les traits de ses joues s'étaient affinés tandis que sa mâchoire se renforçait. Il avait coupé ses cheveux, qui tombaient désormais juste au niveau de son menton, puis de façon souple au niveau de la nuque. Il enfila le pantalon posé à son attention, surpris de sentir une matière souple et plus adaptée aux robes. Il était doré, presque brillant, et quelques spirales et lignes d'une nuance plus claire le parcouraient. La chemise d'un blanc cassé possédait un nœud papillon de cette même subtilité, et la veste qui tombait un peu plus bas que ses derniers vertèbres était aussi noire et droite que celles auxquelles il était habitué. Il se sentit gêné lorsque Valdez s'approcha de lui pour remettre son col et aplatir un pli, ne parvenant pas à se faire à cette intimité professionnelle.
-Joyeux anniversaire, Lucifer, murmura Noah à son oreille en posant une main sur son épaule. La tenue est tienne.
Le garçon ouvrit de grands yeux, et remarqua qu'elle était parfaitement coupée sur lui.
-Noah… Merci. Je… Elle est magnifique. Merci.
Il avait la gorge nouée de reconnaissance, mais son ami se contenta de lui sourire avant de l'attirer vers les escaliers.
Jamais encore Lucifer n'avait eu si somptueux dîner d'anniversaire. La soirée était chaude, les étoiles brillaient dans le ciel dégagé, et ils discutaient allègrement. Une chaleur intense se diffusait depuis ses organes vitaux jusqu'au reste de son corps, dans une émotion qu'il avait effleuré tout le long du mois et qu'il mit un long moment avant de reconnaître : le bonheur. Il se sentait tout simplement heureux, sans efforts et sans réflexion, et aurait voulu que le temps se ralentisse. Lorsqu'ils passèrent dans la pièce adjacente, Pernelle lui tendit un petit présent, adroitement enveloppé. Surpris, du fait qu'il possède déjà une tenue magnifique, le garçon cligna plusieurs fois des yeux avant de pouvoir la remercier. Noah sourit et ajouta son présent dans les mains de son ami. Le jeune Potter, les doigts tremblants, ouvrit précautionneusement le premier cadeau. Il s'agissait d'un pendentif, dont la fine chaîne d'argent était assez longue pour qu'il puisse le dissimuler sous ses vêtements s'il le désirait, sculpté en nacre et de la forme d'un blaireau, aux yeux d'une pierre jaune plus claire que celles utilisées dans le sablier des Poufsouffles. Il le contempla un instant, puis, tenant à peine sur ses jambes, ouvrit le présent de son meilleur ami, et sourit lorsqu'il découvrit une boîte d'un tarot magique aux ornements celtiques. Sa vue se brouilla et une larme lui tomba sur la main.
-Lucifer ? s'enquit Ebezener avec inquiétude.
Il maudit son corps pour le trahir de la sorte, ses lèvres tremblantes et sa gorge trop douloureuse.
-Je vous remercie, articula-t-il. Pour cette soirée, pour ce mois… Merci. J'ignore quoi ajouter.
-C'est parfait, le rassura doucement Noah, qui lui passa le collier autour du cou.
Ils discutèrent avec les adultes jusqu'à être envoyés à l'étage. Tous deux s'étendirent sur le grand lit de Noah, Lucifer sentant encore l'émotion le secouer. Les Weber étaient riches, il le savait, et il se sentait profondément embarrassé des luxueux présents qu'il avait reçu, mais, pire, il voulait pleurer, parce que cette soirée avait été organisée autour de lui uniquement, et pour lui uniquement, et il s'agissait d'une chose qu'il n'avait jamais connue. Pour la première fois, il lui semblait réaliser qu'il ne vivait pas juste à travers et pour les autres, comme un fardeau forcé, mais qu'il était aimé pour lui, qu'il vivait, existait. Une sensation nouvelle et bouleversante pour l'enfant qu'il avait été et l'adulte qui se construisait. Il aurait voulu l'expliquer à son meilleur ami, mais il se trouvait incapable de parler et de même bouger, et Noah semblait conscient de l'importance de ce qui se passait en lui. Il se contenta de lui prendre la main et de la serrer, et ils restèrent allongés en diagonales sur le drap aux motifs celtiques jusqu'à ce qu'Hedwige et Audelune entrent dans la pièce. Ils se redressèrent alors que la chouette blanche déposait une épaisse enveloppe sur les genoux du rouquin. Noah les pris en charge, et Lucifer ouvrit la lettre d'Audelune, priant pour que James n'ait rien écrit qui vienne mettre à terme à ce sentiment si étrange qui se diffusait en lui.
Lucifer,
Toi et Harry entrez dans votre treizième année, et le temps où vous apprendrez plus que de simples sorts bénins n'est plus très loin –bien que Harry en maîtrise déjà un certain nombre.
Nous aurons deux séances d'entraînement fin Août, au cours desquelles je t'apprendrais de nouvelles choses, et j'espère que tu t'amélioreras et pourras ainsi défendre Harry.
Poudlard est redevenu calme et le professeur de Défense qu'à cette fois engagé Dumbledore sera, en plus d'être compétent, autre chose qu'un mage noir. Le pays redouble de prudence, et les élèves du château seront de nouveau en sécurité.
Si d'aventure Voldemort revenait, j'ose espérer qu'après avoir frôlé la mort et mis Harry dans des situations inconfortables l'année précédente, tu te tiendras en dehors de son chemin et le protégera.
Ce qui m'amène à l'année dernière, où tu as enfin réussi à t'approprier une gloire, et j'espère que tu es satisfait. Je veux que tu comprennes que tu dois laisser Harry faire. Il est le Survivant et le héros, et tu es un sorcier ordinaire, et rien ne pourra le changer. Sa situation est loin d'être enviable et je ne parviens pas à comprendre pourquoi tu tiens tant que ça à suivre ses traces impressionnantes.
Quoi qu'il en soit, je t'accueillerais avec plaisir les deux dernières semaines d'Août. Laisse à Harry l'espace dont il a besoin et accepte qu'il ne veut pas forcément de toi à ses côtés. Il a vécu dix ans sans frère, il est normal qu'il éprouve des réticences à ce que cela change.
J'espère que tu te conduis convenablement chez les Weber, aide aux tâches ménagères et les remercie sincèrement. Les Dursleys ne t'ont sans doute pas appris les bonnes manières, mais je ne tolérerais pas que mon fils soit un jeune ingrat, aussi je te prie de faire des efforts.
James
Lucier reposa la lettre. Il inspira profondément.
-Joyeux Anniversaire, marmonna-t-il ironiquement. Je devrais finir par… il s'agit plus ou moins…
Une décharge de rage le fit froisser la lettre.
-Il ne sait rien de mon éducation ! Pétunia ne m'a rien passé, rien ! Je suis parfaitement apte à me conduire en société.
Hedwige hulula et il se rappela qu'il avait une lettre de son jumeau. Pour son anniversaire, pour la première fois. Qu'avait à lui dire Harry ? Serait-il aussi violent que James ? Détruirait-il les espoirs forgés par sa dernière missive ? Il décacheta l'enveloppe.
Joyeux anniversaire Lucifer !
Je ne sais pas vraiment ce que tu aimes, et je t'avais promis une photo de Maman. J'en ai ajouté trois autres. J'espère qu'elles te plairont.
A dans deux semaines. Peut-être pourront nous voler ensemble ? Je ne sais pas si tu aimes ça, mais tu te débrouillais plutôt bien dans mes souvenirs, quand tu as capturé la clef volante.
Ton frère,
Harry
Lucifer ne se rappela de respirer que lorsque son corps relâcha la pression. L'écriture et la syntaxe demeuraient hésitantes, et la plume avait été si crispée lors des derniers mots qu'elle en arrachait presque le papier. Harry lui avait écrit, souhaité leur anniversaire, et la perfection de cette soirée fut atteinte. Il manqua de nouveau d'air en prenant en main les photos mentionnées.
La première ressemblait à une photo d'identité, en plus grand. Lily regardait sérieusement l'objectif, ses épaules témoignaient de sa respiration, et puis elle leva les yeux au ciel… avant de les poser sur son fils. Ses lèvres s'étirèrent et ses yeux émeraudes se radoucirent. Et les larmes que retenait Lucifer jaillirent. Elle avait des traits fins, des traits qu'il retrouvait dans le miroir de la salle de bain. Un menton un peu plus pointu que le sien, les mêmes tâches de rousseur, la même teinte de cheveux naturels, brillants. Elle flamboyait, rayonnait d'une personnalité aussi douce que malicieuse, et son cœur se gonfla. Il ne détacha son regard d'elle que pour observer les trois autres.
Il s'agissait pour l'une d'elle d'un exemplaire de la photo posée sur la table de nuit d'Harry, et il fut touché qu'il se soit souvenu de ce détail. James tenait Lily par la taille, elle riait et nichait sa tête dans la nuque de son mari, et Lucifer et Harry, dans leurs bras, cherchaient à nouer leurs mains. Tous les quatre se trouvaient dans un monde à part. Et Lucifer, examinant scrupuleusement chaque détail, remarqua que son jumeau et lui avaient été très semblables, bébés. Certes, il devait être un peu plus petit que son frère, et ses traits n'étaient pas aussi ronds, déjà plus fins, et leurs couleurs d'yeux et de cheveux différaient, mais il dégageait d'eux une ressemblance évidente.
La troisième était la photo de mariage de leurs parents. Lily était resplendissante dans sa robe, James particulièrement séduisant dans son costume aux touches sorcières. Quelques visages inconnus s'ajoutaient au paysage, dont un près des mariés, anguleux, séduisant, aux longs cheveux de jais.
Il n'en restait qu'une et ses mains tremblaient. Il la découvrit d'un coup. Il s'agissait d'un cliché pris dans l'instantané du moment, dans une salle circulaire aux murs écarlates, comprenant une cheminée au lointain et des fauteuils bordeaux, et Lucifer supposa qu'il devait s'agit de la salle commune des Gryffondors. Une Lily d'environ quinze ans, dans sa robe d'écolière, un badge épinglé sur la poitrine, riait allègrement avec l'une de ses amies. Elle se retourna soudain vers l'objectif, et son visage adolescent se transforma soudain en un mépris courroucé, et Lucifer eut un coup au cœur.
-Elle était furieuse contre celui qui a pris la photo, diagnostiqua Noah, enlevant un stress intense à son ami.
Il hocha la tête, posa les photographies sur le sol, et les contempla longuement. Il découvrait sa mère. Il découvrait plusieurs parties d'elle. Il se redécouvrait tout petit. Il découvrait l'amour profond qui avait uni James et Lily, et compris pourquoi son père demeurait en deuil.
Et puis, au bout d'un long moment, il sourit. Heureux.
