Bonjour à tous !

Merci pour ceux qui mon laissé des reviews, vous êtes adorables !

Nous voici dans la deuxième partie des vacances, du côté des Potter ! J'espère que vous apprécierez !


Le chauffeur des Weber ramena Lucifer à Privet Drive le lendemain. Noah, comme à l'aller, écarquilla les yeux devant les lotissements moldus toujours si semblables. Les deux garçons se saluèrent, Lucifer remerciant une nouvelle fois son ami pour ces trois semaines. Il se glissa hors de la voiture, Korrigan feulant dans sa cage et traînant sa malle jusque sous le porche. Son chat avait passé les derniers jours à vagabonder dans la nature, chasser oiseaux et rongeurs et explorer la Demeure, parfois en compagnie de son humain, et il n'appréciait pas du tout ce retour à la norme moldue.

Il frappa doucement puis rentra discrètement. Sa tante l'attendait, néanmoins, l'ayant certainement vu arriver par la fenêtre.

-Vernon est allé chercher Marge à la gare, l'accueillit-elle.

Le cœur du garçon manqua un battement puis se serra devant la froideur de Pétunia. Leurs relations s'étaient réchauffées lorsqu'il était revenu de Poudlard, mais peut-être partir aussi longtemps avait-il été une erreur ?

-Monte ranger tes affaires, et rejoins moi à la cuisine, ajouta-t-elle, déjà plus neutre.

Elle savait qu'il aimait l'aider à la préparation des repas, et il lui offrit un sourire sincère avant d'obtempérer. Lorsqu'il redescendit, une planche à découper, un économe et des pommes de terres l'attendaient.

-Coupe les en rond, fit la voix de sa tante, occupée à faire la vaisselle.

Il se mit à la tâche, d'abord silencieusement, s'entraînant à rester concentré, de sorte que ses potions soient mieux préparées lorsqu'il retournerait dans les cachots de Poudlard. Après de longues minutes de silence, néanmoins, il ne put retenir ses questions et son flux de paroles, et se lança.

-Ton été se passe-t-il bien ?

-Il s'est écoulé comme à l'accoutumée, rétorqua Pétunia. Nous sommes partis au parc d'attraction pour l'anniversaire de Duddy.

Il se mordilla la lèvre et son couteau éplucha sa pomme de terre un peu trop profondément.

-Marge n'avait pas d'autres semaines pour venir.

La voix de sa tante résonna de nouveau, et il l'analysa comme un regret de les imposer l'un à l'autre.

-Ce n'est rien, répondit-il. Je tenterai de garder mon calme. A présent que je sais que je suis un sorcier, je ferais attention à ne déclencher aucun incident magique.

La sœur de Vernon l'avait toujours méprisé. Elle gâtait Dudley en lui lançant des regards triomphants et Lucifer se demandait toujours pourquoi il n'était pas apte à être aimé. Les chiens qu'elle gardait toujours avec elle avaient attiré des ennuis au rouquin, et il avait fait preuve de magie accidentelle accrue chaque fois que Marge avait été dans les parages. Lorsqu'il avait été en âge de comprendre les conversations adultes, il avait rapidement analysé que la femme le considérait comme un enfant dont le père était trop chômeur et trop violent pour s'occuper de lui, bon à placer aux services sociaux, et le détestait autant pour ses parents, déchets de la société que dépeignait Vernon, appuyé par Pétunia, que pour son calme et sa curiosité, impropres à un enfant et surtout, à un petit garçon.

-T'es-tu détendu chez… Noah ?

La question fusa, aigre, hésitante, et le garçon sourit malgré lui.

-Leur Demeure est exceptionnelle, murmura-t-il, rêveur. Ce sont des nobles, avec des domestiques et des traditions. Pernelle et Ebenezer sont explorateurs et chercheurs et voyagent dans le monde entier, mais ils étaient là et nous avons beaucoup discuté.

Sa tante se retourna, curieuse et il discerna une pointe d'envie chez elle. Ses yeux gris le transperçaient.

-Tu sembles avoir passé de bons moments, approuva-t-elle.

-Oui.

Ces simples phrases, rares, qui montraient qu'elle se souciait de lui réchauffaient son cœur en quête d'amour.

-J'ai reçu mes lettres pour Poudlard, glissa-t-il, conscient qu'il ne pourrait plus lui demander dès que son oncle serait revenu. En troisième année, nous pouvons, avec l'autorisation de nos parents ou de nos tuteurs, aller visiter le village de Pré-Au-Lard, qui se trouve non loin. Puis-je m'y rendre ?

La mère de Noah l'avait aussitôt signée, et les yeux de son meilleur ami s'étaient mis à briller. Les adultes s'étaient néanmoins retenus de leur fournir trop de détails, arguant qu'ils en profiteraient mieux en découvrant par eux-mêmes. Il s'était tourmenté, ignorant si sa tante accepterait de le laisser y aller. Le silence qui suivit sa requête fut tellement long, que son cœur commença à marteler douloureusement sa poitrine. Il se fustigea mentalement.

-N'est-ce pas à James de faire ça ?

La phrase frappa son neveu de plein fouet et il perdit toute couleur.

-Je ne… Je n'ai même pas… Je ne me suis pas posé la question. Tu es celle qui m'élève.

Le silence qui suivit fut encore plus pesant, uniquement entrecoupé par le couteau qui tranchait régulièrement les pommes de terres, avec une fougue nerveuse. Les mains de l'adolescent tremblaient.

-Je ne veux pas te voir en dehors du château en dehors de ces visites organisées. Et je t'interdis de recommencer les mêmes exploits que l'année précédente.

Lucifer releva la tête incrédule.

-Lave toi les mains et va me chercher ton papier, le houspilla-t-elle, jetant un coup d'œil à la fenêtre pour vérifier que son mari ne revenait pas.

Décontenancé, il s'exécuta.

Il avait rapidement poussé la valise contre son lit et libéré Korrigan. Le chat courrait toujours partout dans la maison, et il réalisa soudain que la cohabitation entre les molosses de Marge et lui ne serait pas possible. Il allait devoir l'enfermer durant une semaine, et son animal ne le supporterait pas. Il grimaça et ouvrit rapidement sa malle. Son regard fut attiré par un paquet blanc posé sur le lit. Lorsque Lucifer l'ouvrit, il découvrit un exemplaire des Œuvres Complètes de W. Shakespeare. Il dut s'asseoir en comprenant que le présent venait de sa tante, pour son anniversaire. Ces dernières années, elle touchait toujours juste. Les larmes lui brouillèrent la vue et il résista à la tentation de se plonger dans le théâtre moldu.

-Merci, murmura-t-il en lui tendant l'autorisation. Shakespeare… Je l'emporterai à Poudlard.

Elle hocha légèrement la tête, puis signa l'autorisation.


Dudley avait passé l'après-midi à jouer à la Playstation, mais lorsque la porte d'entrée s'ouvrit sur sa tante et son père, il se trouvait à son poste, prêt à être couverts de baisers mouillés et de billets. Marge jeta sa valise à Lucifer, qui la réceptionna tant bien que mal et la monta dans la chambre de son oncle et sa tante –tous deux dormiraient sur le canapé durant la semaine-.

Et l'enfer de Lucifer commença.

Il passa le plus clair de son temps dans sa chambre à dévorer Shakespeare, s'arrêtant de temps à autres pour laisser les phrases en vieil anglais rouler sur sa langue et ne descendant que pour aider sa tante à préparer les repas. Marge, Vernon et Dudley étant réunis, les quantités devenaient presque aussi importantes que chez les Weasleys, qui avaient sept enfants. Lucifer se moquait de ce détail, il s'améliorait sur les sauces et conversait à mi-voix avec sa tante, des tenues qu'il enfilait à chaque dîner chez les Weber, des domestiques ayant trait à la vieille culture anglaise et du jardin parfaitement entretenu. Il brûlait d'envie de lui parler des lettres de Harry et des photos de sa mère, de la sœur de sa tante, mais il redoutait profondément sa réaction. Considérerait-elle qu'il la trahissait ? Voudrait-elle les voir ? Souffrirait-elle ? Ignorerait-elle tout simplement ses paroles ? Chaque fois qu'il se trouvait en sa compagnie, le sujet lui mettait les lèvres à vif.

Durant le temps des repas, néanmoins, il ne pouvait échapper à Marge. Elle le gratifia le premier jour d'un « Tu es toujours là, toi », auquel il répondit par un simple hochement de tête, digne et calme. Et dès le deuxième jour, à midi, elle passa à l'attaque. Cracher sur les parents de Lucifer et sur sa situation semblait éclairer son quotidien. Lucifer se trouvait en face de sa tante, tenant sa fourchette d'une manière élégante qu'il avait acquise durant son séjour chez les Weber, droit et silencieux. Il se répétait les derniers passages de Hamlet, le sacrifice qu'Horacio avait voulu faire lorsque son meilleur ami mourait, et Hamlet qui l'avait stoppé afin qu'il perpétue la mémoire. Il pouvait aisément se représenter la scène avec Noah dans le rôle d'Hamlet.

La voix de Marge dirigée contre lui ne le prit pas par surprise, mais il s'intima formellement de rester calme. Son oncle et sa tante ne lui pardonneraient jamais un esclandre.

-Ton bon à rien de père ne t'a toujours pas récupéré ? lança-t-elle. Tu as du mérite, Vernon, je le dis à chaque fois. Si on m'avait imposé un gamin comme celui là, je l'aurais vite renvoyé d'où il venait, avec une belle correction en prime.

Lucifer serra les poings et inspira profondément. Ce n'était que l'avis de Marge. Elle n'importait pas.

-Je ne comprends pas pourquoi tu ne l'as pas inscrit à St Brutus, Vernon. On lui aurait appris à être un homme. Cette manie perverse de se teindre les cheveux.

Le visage du garçon s'embrasa. Il prit une bouchée supplémentaire, mais elle eut du mal à passer.

-Enfin, ce n'est pas de votre faute, bien sûr, s'il est comme il est. Ca vient du sang, on le voit très bien dans l'élevage des chiens. S'il y a quelque chose de tordu chez la mère, on retrouvera la même tare chez ses chiots.

Qu'elle critique James lui tordait l'estomac, mais les dernières photos de sa mère lui apportaient des preuves qu'il s'agissait sans doute d'une personne douce et adorable. Il se tendit et serra les dents, tentant à tout prix de se contenir.

-Ta sœur avait une tare en elle Pétunia, ne le prends pas personnellement, mais tu en attesteras, pour que l'on retrouve chez cet enfant un nom et un caractère pareil…

Lucifer inspira profondément, ce qui fut une erreur puisqu'il eut aussitôt la sensation d'être pris au piège. Les verres se mirent à trembler. Tous les regards se braquèrent sur lui.

-C'est certain, déclara très rapidement l'oncle Vernon. Marge, tu as entendu parler de ce prisonnier qui s'est échappé ? Que penses-tu de cette histoire ?

La fureur fit place à l'étonnement, et Lucifer retourna à son monde théâtral. La curiosité le dévorait néanmoins, puisqu'il avait vaguement aperçu l'homme à la télévision la veille. Sirius Black, expliquait le présentateur avant de rappeler le numéro vert, était dangereux, complètement fou, et armé. Il semblait fou sur la photo fournie, en effet, avec son visage crispé et ses yeux hantés, ses longs cheveux noirs emmêlés et sa barbe sale.

-Le monde part dans tous les sens, répliqua Marge. Des criminels de la sorte, on devrait les mettre sur une chaise électrique, ça éviterait que l'on se retrouve avec de pareilles situations. Lorsqu'un de mes chiens, je me rappelle…

Elle manquait d'humanité, songea rageusement Lucifer en se levant pour débarrasser. Si Sirius Black était fou avant, pourquoi n'avait-il pas été interné ? Et dans l'autre cas, pouvait-on considérer que la prison l'avait rendu fou, et asservissait l'homme en le traitant pire qu'un chien ? Il croisa le regard éteint de sa tante et les remords naquirent au creux de son estomac. Il avait failli se trahir, sans égards pour elle.

La semaine suivit son cours, aux repas insupportables, aux journées longues, sans pouvoir contacter Noah ni Harry –si jamais un hibou se présentait à Privet Drive durant le séjour de Marge…-. Le dernier dîner fut intéressant et particulièrement complexe à préparer, si bien que Pétunia ne le laissa faire que l'épluchage et les sauces et non la confection.

-Harry m'a envoyé des photos de Maman.

Ses nerfs avaient été à vifs, il n'avait plus la possibilité de parler depuis une semaine, sauf dans cette cuisine, et les mots jaillirent en un soulagement intense. Il se tança violemment aussitôt après. Un couteau tomba à terre, et il se précipita pour le ramasser et le laver. Ses genoux heurtèrent ceux de sa tante. L'ombre dans son regard ne laissait rien présager de bon.

–Je ne voulais pas… bredouilla-t-il. Mais elles bougent. Les photos. Une de son mariage, une d'identité, une où nous sommes tous les quatre et une… dans la salle commune de Gryffondor.

Pétunia se releva dangereusement, et il recula, sentant les larmes affluer et se maudissant pour cela.

-Si tu désires les voir, je peux te les montrer, offrit-il néanmoins. Vous partagez certains traits, au niveau des pommettes. Je l'ignorais. Est-ce que… Est-ce que tu as des photos, également ? Elle me manque. J'ignore si elle… Si vous…

Il ne savait rien de leurs relations avant sa mort, réalisa-t-il brusquement. Pétunia méprisait James, et il l'avait quelque fois entendu mépriser Lily, avant qu'il ne rentre à Poudlard. Venait-il de commettre un impardonnable impair ? Sa tante demeurait incroyablement silencieuse et il souhaita qu'elle fasse comme si elle ne l'avait pas entendu, comme tant d'autres fois.

-Je n'ai rien gardé de Lily, déclara sèchement Pétunia. Remets toi à la tâche.

Il inspira en un hoquet et obtempéra. La cuisine redevint silencieuse.

-Je suis désolé, murmura-t-il.

Il n'obtint aucune réponse.

Beaucoup de vin fut servi ce soir là. Après le repas, Pétunia proposa un café, du thé, du cognac, et Lucifer vint l'aider et se servit un thé au citron, désirant profiter des vapeurs brûlantes. Marge tenait un verre de cognac à la main. Elle avait le teint très rouge.

-Ca fait plaisir de te voir aussi bien bâti, Dudley ! Tu deviendras un bel homme, fort et honorable. Quant à l'autre, là…

Lucifer se fichait pas mal de l'avis que Marge avait sur lui. La famille de Noah l'appréciait, Pétunia…

-Vous aurez de la chance s'il ne devient pas un pervers, avec ses manières et son comportement.

L'attaque porta, finalement, tant il ne s'attendait pas à ce qu'elle prenne cette forme.

-Oh bien sûr, vous n'y serez pour rien, quoi que vous puissiez faire, ainsi que je le disais, il y a quelque chose de pourri en lui. Rien que le nom apporte le mal. Ses parents désiraient visiblement qu'il tombe dans les quartiers les plus mal famés de Londres !

-Mon nom veut dire Porteur de Lumière.

Sa voix était étrangement atone alors qu'il bouillonnait de rage. Il avait haï ce nom jusqu'à son entrée dans le monde magique, jusqu'à ce que James lui explique pourquoi lui et Lily y avaient tant tenu.

-Qu'est-ce que tu as, toi ? La vérité ne te plaît pas ? Tes parents étaient des vauriens. Ta mère est morte, et tu es ici, à manger le pain d'honnêtes gens parce que ton père est un chômeur alcoolique incapable de s'occuper de toi.

Lucifer encaissa l'attaque contre James mais se mit à trembler de rage et des larmes furieuses voilèrent sa vue. Son père ne le traitait pas toujours bien, il était arrogant et ne jurait que par son jumeau, mais il était un Auror respectable, et pour ce qu'il en avait vu, un excellent duelliste et un homme patient dans l'enseignement.

-Quant à ta mère, enchaîna-t-elle, eh bien il suffit de te regarder pour comprendre qu'elle avait une tare. Quelque chose de malsain en elle.

-Ma sœur se serait occupée de lui, dit sèchement Pétunia. Il n'aurait pas plus mal tourné qu'ici.

Lucifer leva deux yeux incrédules vers elle, et Dudley eut un glapissement interloqué, mais ni Marge, ni Vernon, ne semblèrent avoir entendu, et pour cause : la femme enflait, comme un ballon. Lucifer sentit son cœur s'arrêter et ne parvint plus à respirer.

-MARGE ! hurla son oncle.

Enfin, le rouquin sentit sa rage éclater. Il vivait à Privet Drive depuis douze ans, et elle parvenait toujours à lui faire sentir qu'il n'était qu'un être vil et méprisable. Elle ne le connaissait pas et le jugeait pour des choses fausses dont, si elles s'étaient avérées réelles, il n'aurait pas été responsable. A présent, elle flottait haut dans le ciel. Et sa tante la dévisageait avec effarement. La nausée le prit, il fila au dehors et tenta de la ramener de toutes ses forces, mais il demeurait trop furieux pour pouvoir y changer quoi que ce soit. Entre les buissons, il discerna une forme imposante et sombre, dont les grands yeux le fixèrent et il sentit son estomac se contracter de nouveau.

-Lucifer !

Son prénom résonna, et le ramena brutalement à la réalité. Il était si rarement utilisé, ici. Il se retourna, béant de douleur et de désolation.

-Rentre. Il me semble t'avoir déjà dit que je ne veux pas te voir dehors sans autorisation.

Il voulut protester, mais sa gorge se noua et ses jambes tremblèrent. Sa tante l'attendait, sévère, depuis le porche et, des larmes striant ses joues, il trouva la force de marcher jusqu'au Hall.

-Rends lui immédiatement sa forme normale ! beugla son oncle.

-Je ne peux pas, gémit-il. Je ne peux pas, j'ai essayé, je ne sais pas. Elle a insulté mes parents, elle m'a insulté, et j'étais furieux.

Il se reprit, et toisa son oncle.

-Je ne peux me contrôler lorsque l'on insulte les personnes que j'aime.

La loyauté des Poufsouffles, si puissante, avait déjà fait des siennes ces derniers jours, allant de plusieurs cheveux blancs dans les cheveux de Marge à un pied de chaise cédant sous son poids.


L'affaire eut des répercussions avec le monde de la Magie. Des oubliators durent intervenir, et il s'excusa platement, expliquant pourquoi il n'avait pas su se contrôler. On lui adressa un avertissement de principe, mais les oubliators, sans doute habitués à des frasques plus graves, se contentèrent d'un sourire amical. Ils lui conseillèrent néanmoins de rester à l'intérieur de la maison et de garder un maximum son calme.

Pétunia ne lui en voulait pas. Lucifer demeurait abasourdi par le fait qu'elle ait pris sa défense, et ne sachant comment la remercier. Il entendit des conversations nocturnes entre les adultes qui n'avaient pas l'air agréables et la culpabilité mordante lui serra une nouvelle fois les entrailles. Vernon retourna travailler, Dudley l'évita tant il avait peur de devenir également un ballon, et il se retrouva dans la cuisine, dans un silence un peu trop pesant parfois, qui s'estompa peu à peu lorsque sa tante le questionna sur les jardins de la Demeure Weber. Il ne s'agissait que de conversations triviales, mais elles demeuraient un lien entre eux, témoignage de quelque chose qui se construisait depuis qu'il était revenu de Poudlard pour la première fois, déjà annoncé par les attentions qu'elle lui accordait auparavant. Pétunia s'occupait de lui depuis toujours et saisissait l'occasion de le connaître durant ces quelques semaines d'été, et il en ressentait une étrange chaleur caractéristique dans la poitrine.

Il se leva barbouillé le matin où James vint le chercher. Sans grand enthousiasme, il fit rentrer Korrigan de force dans son panier, récoltant plusieurs griffures aux mains, et ferma sa malle, vérifiant qu'il détenait ses livres, les parchemins trempés dans le philtre de houx et le coffret de potions. Il sourit en retrouvant son magiceomètre, délaissé durant l'été, et le remit en sûreté dans une poche intérieure. Enfin, il descendit dans la cuisine et s'assit à la table où son cousin et son oncle mangeaient avidement une part de cake cuisinée par Pétunia. Il ne lui en restait plus mais il n'en avait cure : il se sentait incapable de supporter de la nourriture sur sa langue.

-Il vaut mieux pour toi qu'il n'arrive plus aucun incident jusqu'à ta majorité, mon garçon, menaça Vernon, où je te renvoies directement chez ton bon à rien de père.

Lucifer ne répondit pas et demanda à sa tante la permission de sortir de table d'un regard. Il surprit une expression pincée sur son visage, qu'elle effaça dès que son neveu tourna la tête vers elle, et l'autorisa d'un sec hochement de tête.

James sonna à dix heures piles, comme à l'accoutumée. Son fils se tenait déjà prêt dans l'entrée, près de sa tante, en silence. L'homme l'accueillit d'un sourire qui n'atteignit pas ses yeux. Lucifer sentit son estomac se contracter un peu plus. Korrigan laissa échapper un miaulement de mécontentement. Le garçon se tourna vers sa tante.

-Merci, murmura-t-il, trop bas pour que quiconque d'autre l'entende. A l'année prochaine.

-Il vaudrait mieux, répliqua-t-elle, lui rappelant l'avertissement donné au début des vacances.

Il eut un faible sourire puis attrapa le bras de son père, et la désagréable sensation du transplanage d'escorte le submergea.

Ils atterrirent dans le Manoir Potter, où Harry les attendait dans l'entrée. En apercevant son jumeau, il lui adressa un sourire hésitant, et le monde de Lucifer parut s'éclairer alors qu'il lui rendait son salut. Il libéra de suite Korrigan, qui fila à l'autre bout de la maison en crachant, reprochant ostensiblement à son humain son séjour en panier.

-Monte donc déposer tes affaires, Lucifer, dit James. Je vais préparer les boissons, et nous parlerons.

Le rouquin déglutit difficilement puis acquiesça, un voile de tristesse l'enveloppant. Lorsqu'il revint, trois verres de jus de citrouille étaient rituellement posés sur la table basse. Il soupira intérieurement, l'arôme lui chatouillant les narines et faisant naître chez lui une nausée amplifiée par l'expectative de la discussion et du séjour. Il s'assit poliment, droit. L'ambiance qui régnait dans la maison était inhabituellement lourde. James et Harry paraissaient aussi sombres l'un que l'autre, plongés dans leurs pensées, et des questions qu'il n'oserait jamais poser se multiplièrent dans l'esprit de Lucifer. Que s'était-il passé ? S'étaient-ils disputés ? Harry avait-il, de nouveau, changé d'avis à son propos ? Son estomac se contracta si fort qu'il dut serrer les mâchoires pour éviter une violente nausée. Voldemort était-il revenu durant les deux semaines passées à Privet Drive ?

-Lucifer… commença James. Tu m'as mis dans un grand embarras en gonflant Marjorie Dursley l'autre soir. J'ai un poste à responsabilités au Ministère, et que mon propre fils viole le code du secret Magique et ne puisse se contrôler…

L'adolescent serra les dents et inspira profondément, mais ses instincts de révoltes revenaient déjà. Ce que lui reprochait James était justifié, certes, pourtant, il n'écoutait pas sa version des faits et partait du principe que son fils avait désiré se rebeller.

-Je ne sais ce que tu attendais, Lucifer, si tu désirais attirer sur toi l'attention du Ministère ou si tu es simplement un enfant incontrôlable. Je vais devoir prendre des mesures.

Des larmes de rage et de frustration lui montèrent aux yeux. Pourquoi les accusations de Marge contre son père l'avaient-elles tant mis en colère, quand il lui lançait de si violentes phrases à la figure.

-Elle a passé la semaine à insulter mes parents chômeurs, alcooliques et incapables de s'occuper de moi ! s'écria-t-il.

James fronça les sourcils, mais les mots sortaient, fusaient, déversant la fureur qu'il n'avait pu exprimer jusqu'alors.

-Elle ne cessait de parler de M –Lily comme une dégénérée, dont j'avais hérité les tares ! J'ai du supporter de m'entendre dire que j'étais un pervers, dont le mal venait de ma mère et de mon prénom ! Toute la semaine j'ai enduré ses piques et elle en rajoutait chaque fois. J'ai explosé, certes, mais n'importe qui en aurait fait de même !

Il tremblait de rage et s'apprêtait à se lever pour fuir quand il s'aperçut que le visage de son père était devenu livide.

-Vraiment ? siffla l'homme entre ses dents.

Il se redressa, reprit une contenance, et observa son fils comme s'il le voyait pour la première fois, durant ce qui sembla être une éternité. Enfin, un sourire se peignit sur ses lèvres.

-Elle était déjà énorme, avant ? s'enquit-il tranquillement.

Il apparaissait une lueur nouvelle dans ses yeux, étrangement excitée. Lucifer se tendit, désarçonné et effrayé.

-Bien, conclut James, et il éclata de rire.

Lucifer regarda son jumeau dans l'espoir d'une explication, mais Harry fronçait les sourcils, blême et faussement affligé. James reprit son sérieux et dévisagea de nouveau son enfant.

-Ne refais plus ça, soupira-t-il, mais quelque chose dans sa voix sonnait faux. Lucifer, ta mère était une femme absolument exceptionnelle, et tu ne peux en douter, jamais. Elle était la personne la plus douce que je connaisse, la plus compréhensive, magnifique, autant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Si quelqu'un avait une tare dans sa famille, c'était Pétunia, qui l'a toujours jalousée, et à en voir son fils, le temps n'arrange pas les choses.

Lucifer était perdu dans ce flot d'informations et de venin.

-Tante Pétunia a grandi, répondit-il vivement, et mûri. Elle est devenu une adulte intéressante, et elle m'a élevé.

Elle se souciait de lui plus que n'importe quel autre adulte, particulièrement James, bien qu'elle ne le montre que rarement. La température de la pièce parut chuter.

-Les Dursleys haïssent les sorciers, déclara James avec irritation. Ils t'ont pris sous leur toit durant dix ans, certes, et ils t'ont rendu jaloux, peu apte au combat et dépendant.

Toute nausée avait disparu chez Lucifer, ne restait plus en lui qu'une rage brûlante et tourbillonnante dans son sang. Peu importait qu'il se dresse contre son père, il était en train d'insulter sa tante.

-Tu n'avais qu'à t'en charger, cracha-t-il. Nul n'a eu à se plaindre de mon comportement à l'école. Mes notes sont bonnes, mes recherches complémentaires appréciées, les Weber n'ont jamais critiqué mon éducation.

James perdit toutes couleurs.

-Il est temps que nous discutions, jeune homme. Harry, laisse nous, s'il te plaît.

-Papa…

Devant le regard furibond de leur père, le Survivant s'éclipsa à regret, avec un regard en direction de son jumeau que celui-ci ne put décrypter.

Lucifer tremblait. Il se leva, conscient qu'il serait plus à même de gérer sa fureur ainsi. Les verres sur la table tremblaient de nouveau.

-Maintenant, écoute moi bien, jeune homme, déclara James d'un ton polaire. Je ne veux plus jamais rien entendre concernant mes méthodes d'éducations et ma décision. J'ai fait ce qui était le mieux pour vous deux. Dans l'ombre de Harry, tu n'aurais jamais pu évoluer, et tu l'aurais entravé, ainsi que tu le fais depuis votre entrée à Poudlard. Jamais je n'ai regretté ma décision, et je suis même convaincu d'avoir bien fait quand je vois vos relations aujourd'hui.

Lucifer sentit son monde basculer et les contours autour de lui devinrent flous.

-Tu es toujours à la recherche d'attention et d'amour, et, certes, les Dursleys t'en ont donné, mais ils ont fait de toi un enfant gâté. Je suis plus proche d'Harry car j'ai vécu à ses côtés douze ans durant et qu'il a besoin de moi. Combien de fois devrais-je te répéter ton rôle ? Tu es un bouclier, mais ça ne veut pas dire coller ton frère comme tu le fais, et récupérer une partie de sa gloire. Ses efforts sont tels que c'en est profondément injuste pour lui. Je ne me répèterais pas, Lucifer, je peux te supprimer l'argent que tu emportes à Poudlard, te priver de sorties ici ou te confiner dans ta chambre, et écrire à Pétunia pour l'avertir de tes punitions. Si tu recommences, une seule fois, une seule, m'entends tu, à faire ce que je te reproche, je sévirais. Il est temps que tu apprennes à te comporter en adulte.

Lucifer sentait son air se réduire, mais il savait qu'une gorgée trop grande déclencherait un phénomène d'asphyxie et de panique. La fureur le tétanisé, et la table entière tremblait désormais.

-Est-ce compris ?

Il était incapable d'ouvrir la bouche. Incapable d'acquiescer à ces mots qu'il trouvait révoltant, incapable de mentir. Honnête, l'avait qualifié Cygnus Weber. Loyal, également.

-J'ai entendu.

Puis il monta les escaliers aussi vite que possible, bousculant au passage son jumeau, et fonça vers les toilettes du premier, où il vomit, le corps secoué de spasmes.

Korrigan vint se frotter à lui, réconfortant, laissant des poils roux et blancs sur son jean moldu. Ses cheveux, coupés et non teints, atteignaient son menton et avaient été souillés. Il grimaça et tenta de se relever pour aller les laver, mais un nouveau spasme le secoua. Sa gorge était à l'agonie alors qu'il réprimait ses hurlements et sa fureur. La porte s'ouvrit, et Harry vint s'agenouiller à ses côtés sur le carrelage glacé. Lucifer fut incapable de prononcer un mot, et un nouveau spasme le secoua alors qu'il rendait tripes et boyaux. Son frère attrapa ses cheveux et les porta en arrière.

-Je suis désolé, dit Harry.

Les larmes roulaient sur les joues du rouquin, et son jumeau l'aida à se lever pour le guider jusqu'à la salle de bains, où il se nettoya le visage, toujours muet.

-Je… Je n'ai jamais voulu être le Survivant, fit la voix si familière de son jumeau derrière lui.

Lucifer leva les yeux vers son reflet. Il se tenait un peu en retrait, ses cheveux ébouriffés coupés bien plus courts que les siens, son visage ayant perdu quelques rondeurs enfantines et s'affinant légèrement. Les transformations adolescentes qui avaient rendu la mâchoire du rouquin un peu plus carrée avaient fait de même chez Harry, et leur appartenance à la même famille était désormais indéniable.

-Moi non plus, cracha-t-il d'un voix rauque à peine reconnaissable.

Harry recula et son visage s'assombrit. Lucifer craignit qu'il ne parte, reprenant son arrogance et sa distance coutumière.

-Sans Voldemort, soupira Harry, nous aurions vécu ensemble, avec Maman et Papa.

Auraient-ils été heureux ? Ou James l'aurait-il renié lors de sa répartition à Poufsouffle ? Ou avant ça, alors qu'il serait apparu qu'il n'était pas le fils modèle, aimant le Quidditch, tête brûlée et joyeux ? Lucifer ne répondit pas, emporté dans ses hypothèses douloureuses et dans sa tristesse.


James restait un adulte et un père, et il ne revint pas sur leur désagréable entrevue. Il trouva à Lucifer un ancien balai de Harry lorsque les deux garçons émirent le souhait de voler dans le jardin, avec un air satisfait sur le visage. Le rouquin n'était pas aussi doué que son frère sur un balai mais il appréciait la vitesse et la sensation du vent dans ses cheveux, de son esprit qui s'effaçait pour laisser place à l'adrénaline. Il ne se sentait pas toujours très à l'aise et ne serait pas resté dans les airs des heures durant mais il s'amusait.

-Je pensais que tu n'aimais pas voler, déclara distraitement Harry alors qu'il revenaient vers la maison après une course que Lucifer avait perdue.

-Tu ne m'as jamais posé la question, observa-t-il. Je n'ai jamais tenté les essais mais c'est principalement parce que l'équipe était formée jusqu'à présent, et que je n'y ai jamais pensé. Je ne suis pas sûr que le Quidditch soit un sport fait pour moi.

-Tu es un Potter, nous avons le Quidditch dans le sang ! s'exclama Harry, puis il se figea un instant.

Un léger sourire vint terminer sa phrase, incertain, moqueur, plaisantin. Lucifer frémit et son corps réagit aussitôt de façon coutumière : son cœur se serra et l'angoisse naquit au creux de son estomac.

-Je ne t'ai jamais posé la question, c'est vrai, marmonna son jumeau.

Il fixait le sol et son frère le devina embarrassé.

-Alors… Qu'est-ce que tu n'aimes vraiment pas ?

-Le tennis.

Harry roula des yeux, et Lucifer lui expliqua rapidement le concept.

-Je n'aime pas particulièrement regarder des matchs à la télévision. Les pratiquer en cours ce n'était pas désagréable mais je n'irais pas en faire moi-même. Mais le tennis, et tous les sports à raquette… Je n'en ai jamais compris l'intérêt, à vrai dire. Le pire reste celui sur table.

-Du tennis sur table ?

Harry paraissait si désarçonné par l'idée que c'en devint comique. Ils rirent tous deux de ce jeu dont ils ne voyaient ni l'un ni l'autre l'intérêt, puis le silence revint et Lucifer demanda, avec hésitation, dans un murmure :

-Et toi, Harry ? Que n'aimes-tu vraiment pas ?

-Je hais Voldemort, répondit son jumeau dans une phrase si monocorde qu'elle avait sans doute été répétée des milliers de fois.

La tristesse envahit aussitôt le rouquin. Pourquoi son frère devait-il penser à Voldemort en premier lieu ? Sa jeunesse ne comportait-elle pas d'autres éléments, plus banals, plus légers ?

-Je ne te demande pas une réponse sortie d'une interview, ou même de ce que tu hais, je te parle de goûts personnels.

Les prunelles vertes du Survivant s'assombrirent dangereusement et un silence pesant s'installa, tout au long duquel Lucifer craignit de devoir encaisser une tirade sur sa jalousie et le fait qu'ils n'étaient ni frères ni amis.

-Je n'aime pas faire mes devoirs, déclara enfin Harry. Hermione doit nous harceler, Ron et moi, afin que nous nous y mettions. De manière générale, les cours ne sont pas mon activité favorite, à l'exception de la Défense Contre les Forces du Mal, et encore, avec un professeur compétent ou des ouvrages intéressants.

Lucifer accueillit l'information avec surprise et reconnaissance. Il ne partageait que peu de cours avec les Gryffondors et ne s'était jamais réellement intéressé à la scolarité de son jumeau, qu'il supposait plus doué parce que, de manière générale, les gens pensaient que Harry était plus doué.

-En fait, j'aime bien la pratique, se corrigea-t-il, mais la théorie m'ennuie au plus haut point. Là où tu fais des recherches, n'est-ce pas ? Nous sommes en quelques sortes complémentaires.

Une agréable chaleur envahit aussitôt Lucifer malgré la bruine de l'été anglais.

-Je serais toujours à tes côtés, Harry, répondit-il simplement.

Son jumeau détourna la tête, mais il murmura un remerciement, et les deux garçons se décidèrent enfin à rentrer se mettre à l'abri.


La rentrée approchait mais l'humeur de James ne s'améliorait pas. A de nombreuses reprises, Lucifer le surpris plongé dans ses pensées et ruminant. S'il avait organisé deux sorties pour ses fils au cours des deux semaines, elles avaient été courtes et il tournait comme Korrigan dans sa cage dans le Manoir Potter. Les séances d'entraînement de Harry s'étaient faite bien plus récurrentes et Lucifer y fut convié bien trop de fois à son goût. Il en ressortait épuisé moralement et physiquement avec l'impression que son jumeau le surpasserai toujours.

Les multiples questions de l'adolescent à ce sujet trouvèrent des réponses quelques jours avant leur retour à Poudlard. Ils ne s'étaient toujours pas rendus au Chemin de Traverse, et il aborda le sujet des fournitures de classe.

-Vous pourrez les commander par Audelune, déclara sèchement leur père. Ou je m'en chargerais demain. Je dois faire un saut au travail.

Il s'était rendu au Ministère la semaine précédente et en était revenu la mine sombre. La scène qui avait suivi marquait toujours douloureusement Lucifer : il s'était senti plus exclu qu'à l'accoutumée, et Harry et James s'étaient pelotonnés l'un contre l'autre dans le canapé, ignorant superbement sa présence. Korrigan avait passé la nuit blotti contre son cou à lui faire profiter de sa chaleur, mais son cœur gardait un pincement qui refusait de se dissiper. Au cours des dix jours écoulés, Harry et lui avaient échangé bien plus qu'au cours des deux dernières années, et il réalisa avec un nouveau coup au cœur qu'il existait d'autres problèmes à son mal être. Il ne pouvait reprocher à son frère ses prunelles émeraudes qui scintillaient chaque fois que James le complimentait, chaque action qu'il faisait pour lui et qui ravissaient cet adolescent qui aimait profondément son père. Lucifer était exclu du lien fusionnel qui s'était construit entre eux, et même si Harry le tolérait, il ne pourrait jamais faire partie de leur monde diptyque. Le pire restait qu'il ne parvenait pas à le regretter amèrement, à en éprouver de la rancœur, car il savait qu'il ne pouvait rien y changer. Il l'acceptait mais cette acceptation ne se faisait pas sans douleur ni prise de conscience.

-J'aurais aimé acheter de nouveaux livre et prendre un peu d'argent pour cette année, répondit Lucifer.

-Papa, s'il te plaît. Il ne va rien nous arriver.

Le ton de Harry se situait sur une note étrange entre supplique et colère. James darda sur lui un regard furieux.

-Il pourrait vous arriver bien trop de choses, Harry, à toi en premier.

-Tu m'as toujours répéter qu'on devait vivre au maximum, que le risque était ce qui pimentait la vie, répliqua son fils. Tout le monde va aller à Pré-Au-Lard, et je ne peux pas avoir mon autorisation signée parce que tu as peur, alors qu'il faudrait que Sirius soit fou pour se montrer si près de Dumbledore !

Lucifer tiqua au nom, et son esprit se mit aussitôt à tourbillonner. Que venait faire Sirius Black dans la conversation ? Comment James le connaissait-il ? De toute évidence, ce criminel échappé était en réalité un sorcier. Avait-il rejoint Voldemort ? Pourquoi, sinon, Harry aurait-il été plus visé que les autres ? L'éclat de colère de son frère le surprit, mais il se souvint du tempérament de feu dont il avait souvent fait preuve.

-Assieds-toi, Harry ! siffla James. Ni toi, ni Lucifer n'irez à Pré-Au-Lard, et je ne reviendrais pas là-dessus. Tu ignores de quoi Sirius est capable ! Il était l'un des meilleurs élèves de notre promotion, nous étions les meilleurs élèves. Ce qu'il a appris auprès de Voldemort l'aura rendu plus dangereux encore.

Harry bouillait ostensiblement, mais Lucifer ne put empêcher les mots de sortir plus longtemps.

-James, quelle est la situation avec Sirius Black ? Quel lien Harry, et toi avez-vous avec lui ?

Sa voix, à l'instar du reste de son corps, était parfaitement calme. Le conflit ne paraissait pas le concerner, bien que James l'ait mentionné, et sa curiosité maladive avait pris le dessus sur le reste.

-Toi qui lis tout, tu devrais le savoir, cracha Harry, si violemment que Lucifer crut se retrouver deux ans auparavant.

Il sentit sa gorge se nouer. Avait-il perdu le mince lien qui se construisait ?

-Plus encore, ajouta James, glacial et furieux, il s'agit de l'histoire de ta famille. Que tu ignores ces détails… Tes moldus ne te l'ont pas appris, soit, mais tu n'as manifesté aucune curiosité par toi-même.

Très jeune, le garçon avait appris à taire ses questions incessantes, et la seule fois où il avait posé une question à son père sur Lily, il n'avait reçu que regards furieux et blessé. Il sentit son propre sang s'embraser, pourtant il sut qu'il devait rester calme s'il désirait des réponses. James envoya valser sa chaise en se levant, abandonnant son repas, et reprenant une démarche de fauve en cage.

-Sirius et moi étions les meilleurs amis du monde, ou du moins le croyais-je. Il avait été réparti à Gryffondor quand toute sa famille était à Serpentard. Il ne montrait aucun vice, aucun dégoût pour les moldus. Nous étions quatre amis. Il est venu habiter chez moi quand ses parents l'ont renié, il est le parrain… C'est tout naturellement que je me suis tourné vers lui quand il a fallu nous cacher de Voldemort. Nous avons été mis sous Fidelitas, Lily, Harry, moi… et toi.

Sa voix se brisa, se hacha.

-Je hais cette histoire, Lucifer, j'aurais aimé que tu lises des livres sur Harry plutôt que de me demander les réponses. Tu en achètes tant et tu t'intéresses à la gloire de ton frère, pourquoi n'as-tu pas pu te renseigner là-dessus ?

Il criait à moitié, hystérique, et ses reproches mordants frappaient autant l'adolescent roux que des gifles. Devant l'injustice du discours, il se leva, les poings serrés, bouillonnant d'une fureur ô combien familière mais semblant décuplée.

-Une semaine après le Fidelitas, Voldemort était ici. J'ai ordonné à Lily de fuir avec vous, mais vous étiez deux, et le transplanage nécessite du calme… Il est monté. Et Harry l'a vaincu. Mon fils de un an, ton frère, a fait en sorte que ce que celui que je croyais mon meilleur ami a tenté de détruire ne le soit pas, tu m'entends ? Je ne laisserais personne d'autre tenter de détruire ma famille. Harry est notre espoir. Il t'a protégé et s'est protégé au moment où j'aurais pu tout perdre.

La fierté se disputait à l'horreur sur le visage de l'homme, qui semblait parti ailleurs, et l'espace d'un instant, Lucifer comprit pourquoi James l'avait déposé chez les Dursleys et pourquoi il encensait autant le Survivant.

-Et Sirius a été emprisonné ? Comment a-t-il pu en sortir ?

-Oh, mais il a eu le temps de poignarder tous ses amis avant d'être attrapé, Lucifer.

La haine dans sa voix était atroce.

-Il a tué Peter, le petit Peter que nous trois avions toujours protégé. Il a achevé de tout renverser, prouvant que le sang prévaut sur l'éducation. La famille Black a le noir ancré au plus profond de son âme. Et quand je me suis réveillé à Saint Mangouste, sans aucun souvenir des deux dernières semaines, croyant Lily et mes enfants en sécurité… Dumbledore m'a appris que seul Remus me restait. Remus, de qui j'ai fini par m'éloigner pour me concentrer uniquement sur Harry car Voldemort reviendrait, alors mon enfant devrait sauver le monde. Sirius a ruiné tout ce que nous essayions de construire ! Je ne le laisserais pas vous prendre de nouveau, lorsqu'il s'est échappé pour terminer le travail de son maître, et s'il doit te tuer avec Lucifer, il le fera. Pour atteindre Harry, pour achever de tout me prendre. C'est pourquoi tu es consigné à l'intérieur de Poudlard jusqu'à ce qu'il soit attrapé. Il peut se servir de toi en tant qu'appât.

Le discours avait baissé la température de la pièce, et les deux jumeaux s'étaient figés. Leur fureur se dissipa au profit de la peur, et les sentiments de Lucifer s'affolèrent. Une sueur glacée coula le long de son dos, ses tripes se tordirent d'angoisse, la pièce se mit à tourner. Pour la première fois, il comprit ce que Harry devait ressentir depuis la disparition de Voldemort : la menace au dessus de sa tête d'une mort imminente.

-Voldemort était au pouvoir lorsque vous étiez à l'école, et tu n'aurais jamais accepté d'être consigné au Château ! s'exclama Harry. Je refuse de l'être, je vais étouffer ! Je veux pouvoir découvrir Pré Au Lard en compagnie de Ron et Hermione, savoir ce que sont les sorties entre amis, voir la Cabane Hurlante !

James avait repris pied dans la réalité durant le silence, et il toisa son fils.

-Harry, ce combat est inutile pour toi. Je ne signerais ni ton autorisation, ni celle de Lucifer, et aucun de vous deux ne mettra un pied en dehors de Poudlard.

Lucifer et Harry se tenaient en face l'un de l'autre, mais leurs postures et leurs regards étaient un parfait miroir, mélange entre peur et détermination. Le rouquin revit son frère, avant de rentrer à Poudlard, puis dans le train, et face aux adolescents de son âge. Il avait déduit depuis longtemps que l'entraînement et sa célébrité avaient tenu son jumeau à l'écart des autres et qu'il avait été entouré essentiellement d'adultes, principalement de James, durant son enfance. Harry désirait vivre, et Poudlard permettait cette liberté.

-C'est injuste, commenta-t-il. J'irais à Pré-Au-Lard, mon autorisation est signée. Harry devrait pouvoir en profiter aussi. Si Sirius Black n'est pas rattrapé avant cinq ans, dix ans, va-t-il réellement passer ses journées enfermé jusqu'à sa majorité ?

James se tourna vers lui, ayant perdu toutes couleurs.

-Votre sécurité importe plus que des sorties. Et je suis ton père, j'ai autorité sur tes sorties. Tu n'iras pas à Pré-Au-Lard, je ne sais qui tu as trouvé pour signer cette autorisation mais elle est caduque.

-Ma tante l'a signée, elle est ma tutrice, celle qui m'élève, et elle a une autorité sur moi, répliqua Lucifer. Pourquoi nous empêcher de vivre ? Pourquoi passer ses jours dans la terreur d'une éventualité ?

-Je suis ton père, siffla James, dans un calme aussi glacial que dangereux. J'écrirais à Albus et au professeur Chourave pour leur indiquer que je n'ai pas donné mon autorisation. Dès que Sirius sera mort…

De nouveau, la haine fut forte et dérangeante. Lucifer réalisa qu'il supprimait l'autorité de Pétunia de la même manière qu'il balayait l'idée qu'il puisse lui être loyal. Il vit rouge et sa frustration explosa.

-Alors il en est ainsi ? Tu m'abandonnes, et je n'ai droit qu'aux mauvais côtés de l'autorité parentale ? L'injustice est si grande… Toute la paternité ou rien, mais non, tu me ballades entre toi et Pétunia, tu n'interviens que lorsque Harry est mis dans l'ombre par moi, sans jamais voir ce que je fais, sans jamais voir mes succès !

Cette fois la gifle fut physique.

-Tu oses prétendre que je t'ai abandonné ? Tu oses…

Le discours fut le même qu'à l'accoutumée, et des larmes de rages coulaient sur les joues de l'adolescent.

-C'est pour ta sécurité, pour votre sécurité, et c'est ainsi. A présent, débarrassez.

L'homme se détourna puis pris la direction du jardin. Lucifer se tourna vers son jumeau, prêt à déverser le reste de son venin, mais le visage sombre de ce dernier l'en dissuada.

-Après tous ses récits ! cracha Harry. Je sais que l'amitié n'est qu'une valeur provisoire mais je veux en profiter !

Il se mit à empiler les assiettes brutalement, et Lucifer le suivit, au bord de la nausée, posa les verres dans l'évier, passa un coup sur la table, puis monta les escaliers pour se réfugier dans la salle de bain en claquant violemment la porte.

Il s'assit contre l'immense baignoire, sur le carrelage froid, et laissa échapper le reste de sa fureur. Les lavabos s'animèrent, et ses ongles qu'il avait pris l'habitude de couper griffèrent ses poignets sans trop de résultats. Korrigan sauta sur la poignée de porte et vint se poser sur ses genoux en ronronnant, obligeant le rouquin à se calmer. Sa peau le brûlait et tout son corps criait à l'injustice. Harry poussa la porte en plus grand, la referma, et s'appuya contre le lavabo, le visage toujours aussi fermé.

-Papa t'aime.

La phrase aurait dû réchauffer le cœur de Lucifer mais sa rage empêcha l'émotion de le pénétrer.

-Il… Oh, laisse tomber, veux-tu ?

Harry monologuait et son frère ravala une réplique acerbe. Le Survivant tremblait de fureur.

-Tu aurais préféré être à ma place ?

-Combien de fois devrais-je te dire que je ne suis pas jaloux ?

Ils étaient comme chien et loups, prêts à bondir et se défiant d'un regard où brûlait une colère intense.

-Je ne te parle pas de ma célébrité et de ma gloire ou tu ce que tu veux ! Je te parle de ma place ici, près de Papa, pendant que j'aurais été celui laissé chez les Dursleys !

-Être à ta place est intrinsèquement lié à ta célébrité dont je ne veux pas ! Et sans ce fait, non, je n'aurais pas aimé être ici. J'aurais voulu que nous soyons tous les deux élevés par James, que nous grandissions ensemble, parce que nous sommes jumeaux !

Harry se laissa glisser contre le placard sous le lavabo et grimaça quand l'une des poignets lui rentra dans le dos.

-C'est ça, hein ? Papa t'a abandonné et tu es la victime injuste.

-Jamais je n'ai…

-Tu es le frère le moins aimé, le frère dans l'ombre, qu'il charge de tous les maux alors que tu ne voulais que m'aider, c'est ça, Lucifer ?

Il ancra leurs yeux, lui interdisant de les baisser d'une expression de défi, mais Lucifer perçut la sincère interrogation dans sa voix.

-James ne voit que par le prisme selon lequel je veux ta gloire, répliqua-t-il. Il ne m'accuse que lorsque tu es en jeu.

Harry parut un instant ragaillardi.

-Et tu es toujours en jeu, car tu veux toujours m'aider. Pourquoi, Lucifer ?

Pourquoi, en effet ? Pourquoi tenait-il tant à son frère qu'il sentait presque lorsqu'il était en danger ? Qu'il l'observait et déduisait aisément ce qu'il allait faire ? Pourquoi s'acharnait-il malgré la violence qu'il recevait en échange ? La photo sur laquelle lui et Harry, enfants, cherchaient à joindre leurs mains apparut dans sa mémoire comme un flash, avant de disparaître.

-Parce que je t'aime. Tu es mon jumeau, que tu le veuilles ou non, c'est un fait. Et je t'aime parce que tu es mon frère. Je t'aime depuis notre naissance, depuis avant. Ca ne changera jamais, Harry, quoi que tu dises, peu importe le nombre de fois ou tu me rejetteras, lorsque tu en auras besoin, je serais là.

-Et c'est toi qui décides quand j'en ai besoin ? Tu agis par amour, comme Maman. Tu lui ressemble, et tu es si différent, si… toi.

Ils laissèrent échapper un rire mêlé de sanglots.

-Papa pense toujours que tu veux ma gloire.

-Et toi ?

Son ton était beaucoup trop suppliant mais il ne tremblait pas. L'avis de James comptait moins que celui de son jumeau. Harry se tordit les mains.

-Noah a raison, tu es mon frère, et rien ne pourra jamais le changer, et tu es mon jumeau. Ca signifie que tu es à mes côtés. Nous sommes jumeaux.

L'emploi du nous exalta le rouquin, qui discerna l'acceptation derrière.


Harry finit par obtenir que James les emmène sur le Chemin de Traverse, et Lucifer emporta une cinquantaine de Gallions malgré l'interdiction de se rendre à Pré-Au-Lard. Il investit dans des ouvrages historiques sur les temps Elizabéthain, sous le regard intrigué de son frère, et également dans un essai d'Alexan Lupin, déterminé à analyser les notes malgré tout et curieux de toucher un peu cet individu dont il possédait une page d'un journal intime : Protections et Liens Magiques. Le reste lui servirait, que la légitimité de sa tante en tant que tutrice soit reconnue ou qu'il doive commander des cadeaux pour Noël par l'un des hiboux de l'école.

Enfin, les quinze jours au Manoir Potter furent écoulés. Noah lui manquait atrocement et il étouffait dans la morosité furieuse de James face à l'évasion de celui qui l'avait trahi. Il désirait ardemment retrouver Poufsouffle et comprendre ce qui s'était passé dans l'Ancienne Salle Commune.