Bonjour à tous !
Je suis... un peu déçue, à vrai dire. Je n'ai eu que très peu de retours sur le chapitre précédent... Je sais que la rentrée nous occupe tous beaucoup, mais c'est toujours un peu décourageant. Est-ce parce que le chapitre ne vous a pas plu ? Que certaines choses sont trop redondantes ? N'hésitez pas à m'en faire part.
Ce chapitre-ci est, j'en suis désolée, un chapitre de transition. Nous rentrons à Poudlard, découvrons les nouveaux professeurs, et les intrigues se mettent en place. Il est néanmoins nécessaire, avec de nombreux éléments importants, et j'espère qu'il vous plaira. Malgré tout.
James fut particulièrement agité toute la matinée. Il arborait un air sombre et menaçant, et une posture droite et fermée, et Lucifer songea une nouvelle fois qu'il devait être un bon Auror. Harry et lui ne savaient pas vraiment comment se comporter l'un avec l'autre depuis leur conversation dans la salle de bains, et sitôt que le petit déjeuner fut pris, il se réfugia dans sa chambre pour vérifier sa valise, capturer Korrigan et s'assurer que son autorisation signée était en sécurité. Quoi qu'ait pu en dire son père, sa tante possédait une légitimité qui lui importait.
Il redescendit à l'appel de James et croisa un Harry tendu et fermé sa poitrine se serra douloureusement. L'homme les fit asseoir sur le canapé, et les deux frères échangèrent un regard qui, s'il rassura Lucifer, le fit craindre pour la suite.
-Bien, commença James. Ces derniers jours, je vous ai appris des sorts défensifs et offensifs, et je veux que vous continuiez à les appliquer.
Harry avait sans doute enduré une telle formation toute ses vacances, et Lucifer restait courbatu des dernières séances d'entraînement particulièrement intensives, où James exigeait le meilleur de lui. Jusqu'alors, l'utilité de ces séances demeurait floue lors de leurs deux rencontres avec Lord Voldemort, ils avaient dû réagir à l'instinct, et selon des compétences qu'ils n'avaient jamais abordées auparavant.
-Que ce soit clair : Sirius est assoiffé de vengeance et de votre sang. Il m'a trahi et rien ne l'arrêtera puisqu'il désire s'en prendre à Harry pour terminer le travail que Voldemort n'a pas réussi, et à Lucifer pour mieux nous atteindre et nous affaiblir. Je vous veux dans les calèches dès que le train s'arrête à Pré-Au-Lard, puis dans le Château jusqu'aux vacances. En aucun cas vous ne devrez vous trouver dans le Parc seul. Harry, tu resteras avec ton équipe lors des entraînements de Quidditch, et tu rentreras aussitôt après. Il est hors de question qu'il puisse vous faire du mal, suis-je clair ? Lucifer, je t'interdis de te mettre en danger, car même si tu n'es pas le Survivant, tu serviras d'otage.
Le discours prononcé d'une voix ferme et glaciale témoignait de la peur de James de les perdre, et le Poufsouffle eut à ce moment la certitude qu'il tenait à lui. Il privilégierait toujours Harry et le voyait comme le jumeau moins doué, moins social, assoiffé de gloire et jaloux, mais il restait son fils. Il regretta amèrement que cela ne lui apporte que les inconvénients.
-Lucifer, n'essaie pas d'accomplir un acte héroïque en arrêtant Sirius, et s'il advenait qu'il confronte Harry, je t'ordonne d'aller chercher un adulte plutôt que de tenter de le vaincre seul. Tu en mourrais sans en retirer aucune gloire.
Il serra les dents, sachant que si le cas se présentait, il désobéirait. Son corps et son âme hurleraient à la pensée que son jumeau meure et il se ruerait à ses côtés quoi qu'il en coûte. Il avait néanmoins appris que protester ne le mènerait à rien et subit le discours en silence.
-Si Sirius est arrêté, lança Harry, je pourrais aller à Pré-Au-Lard ?
James le fusilla du regard.
-Ta sécurité m'importe plus qu'une sortie futile, le tança-t-il.
Son fils braqua deux émeraudes furibondes sur lui, mais il ne lâcha pas prise.
-Je ne veux rien recevoir de l'école cette année, avertit-il. Menez une scolarité normale et sereine, suis-je clair ?
Lucifer songea à l'Ancienne Salle Commune, à ses mystères, et à Noah. Il ne briserait aucune règle en enquêtant dessus, et l'Histoire ne risquait pas de le mettre en danger.
-Même si c'est parce que j'ai déshabillé publiquement Malefoy ? s'enquit son frère avec une fausse candeur.
Il aimait profondément son père, et le rouquin fut une nouvelle fois témoin de leur relation fusionnelle : malgré leur désaccord, il riait, plaisantait et cherchait amour et approbation, qu'il obtint. James se détendit aussitôt et rejeta la tête en arrière dans un éclat de rire.
-Je ferais une exception, plaisanta-t-il en ébouriffant la tignasse de jais de son enfant.
Il jeta un coup d'oeil à l'horloge et son expression s'altéra légèrement.
-Nous partons ! Il est presque l'heure.
Lucifer prit le panier de son chat miaulant désespérément, et une douce chaleur envahit sa poitrine. Bientôt, il serait de nouveau auprès de son meilleur ami, dans la confortable salle commune des Poufsouffles.
Ils arrivèrent juste à temps à la gare, leurs chariots tintant alors qu'ils couraient, s'attirant le regards des moldus. Les feulements de Korrigan retentissaient dans King's Cross, et Hedwige lui lançait des regards furibonds tout en se lissant les plumes et en se redressant. Lucifer rougit mais se promit de rassurer son chat dès qu'ils se trouveraient dans le train.
Hermione et Ron attendaient anxieusement Harry devant le premier wagon Noah se tenait à leur côtés, et ils discutaient de façon assez tendue. James et ses fils s'arrêtèrent, essoufflés, et les adolescents le saluèrent respectueusement. Molly et Arthur Weasley lui adressèrent des signes de la main, mais leurs propres enfants les tenaient occupés. Ginny paraissait entièrement remise, au grand soulagement de Lucifer, qui lui adressa un sourire. Les yeux de la fillette se tournèrent instinctivement vers Harry, et ses joues prirent feu avant qu'elle ne réponde au rouquin. Le train annonça le départ quelques instants plus tard, et les adolescents sautèrent dans le wagon. Harry embrassa James, et Lucifer étreignit avec force son meilleur ami, qui le serra en retour.
-Je suis heureux de te revoir, lui glissa Noah à l'oreille.
-Tu m'as manqué. J'ai tant de choses à te raconter... J'ai emporté Shakespeare avec moi, bien sûr, et j'ai longuement réfléchi aux paroles de Cygnus...
Ils marchaient dans le train qui commençait à s'ébranler. Les compartiments qui les entouraient étaient pleins.
-Venez, celui-ci est vide, commenta Hermione.
Les deux Poufsouffles réalisèrent à ce moment qu'ils se trouvaient toujours en compagnie d'Harry et de ses amis, mais le Survivant n'avait pas l'air contrarié. Il fixait le vide, pâle et songeur.
-Harry ? murmura son frère.
Le Gryffondor se tendit et il se prépara instinctivement à la phrase cinglante qui suivrait. A sa surprise, son jumeau se contenta de le fusiller du regard.
-Tout va bien, répliqua-t-il sèchement.
Noah vint poser sa main sur l'épaule de Lucifer, qui la pressa, et referma la porte. Lorsqu'il se retourna, il constata avec stupéfaction que le compartiment n'était pas entièrement vide. Un homme dormait profondément, appuyé contre la vitre, avec un léger ronflement. Ses cheveux châtain clair tiraient vers le gris, et son visage blafard témoignait sa fatigue.
-Qui est-ce à votre avis ? Demanda Ron.
Pourquoi un homme adulte éprouvait-il le besoin de venir par le Poudlard Express ? Les professeurs ne prenaient-ils d'ordinaire pas leur poste avant les élèves ? Pourquoi semblait-il si fragile ? Lucifer et Noah échangèrent un regard, et le rouquin s'assit à côté de son ami, sur la même banquette que l'étranger, avant de le fixer longuement dans l'espoir de l'analyser.
-Nous devrions trouver un autre compartiment.
La voix hachée de Harry alerta son jumeau, qui tourna vivement la tête et grimaça lorsque son cou lui fit sentir que ses muscles n'avaient pas apprécié. Si le Survivant avait auparavant eu le teint pâle, il était désormais blême, les lèvres pincées et ses prunelles vertes naufragées. Il semblait sur le point de vomir. Lucifer fut debout en un mouvement pour venir près de lui, mais le garçon le repoussa et il tomba alors que le rythme saccadé du train le déséquilibrait. Noah s'agenouilla aussitôt près de lui et fusilla son jumeau du regard.
-Quelles que soient tes motivations, rien ne justifie que tu le blesse physiquement, déclara-t-il d'une voix polaire.
Harry garda les yeux rivés vers l'homme.
-Harry ? S'enquit Hermione avec inquiétude, ignorant délibérément le conflit qui se déroulait devant ses yeux. Que se passe-t-il ? Tu connais cet homme ? R. .
Lucifer sursauta, et Noah l'aida à se hisser sur la banquette avant de prendre sa main dans la sienne, leurs pensées tournées vers un essai et un extrait de journal intime.
-C'était l'un des amis de Papa.
La voix du garçon était rauque et sifflante. Il paraissait avoir du mal à trouver de l'air.
-Il s'appelle Remus Lupin. Il était l'un des... Maraudeurs, de leur bande. Il est le dernier ami restant de Papa, mais il l'a trahi également à sa manière. Je me souviens de ses visites au Manoir Potter, quand j'étais enfant, et puis il a tout simplement arrêté de venir.
-Harry, intervint Hermione avec douceur, mais la nuance inquiète de sa voix se faisait proéminente, il s'agit du quatrième dont tu nous as parlé, n'est ce pas ? Sirius Black, Peter Pettigrow, et Remus Lupin.
-Si Sirius Black veut te tuer, il est logique que Dumbledore veuille quelqu'un qui le connaisse dans l'enceinte de l'école, commenta Ron.
Harry se dégagea pour aller s'appuyer contre la vitre transparente du wagon. Lucifer buvait la scène des yeux et des oreilles, fasciné et amer, écoutant son frère raconter une histoire familiale qu'il aurait dû connaître. L'injustice le révolta et il pressa un peu plus fort la main de son ami tout en s'incitant au calme.
-Papa ne sait pas qu'il est là, murmura Harry, les yeux fermés, tremblant de tout son corps. Il s'y serait opposé, il...
Sa voix mourut dans sa gorge. Ses amis fixaient le sol, mal à l'aise, n'ayant pas l'habitude de le voir aussi ouvertement fragile.
-Le poste de Défense est maudit, commenta Lucifer, et Dumbledore doit avoir du mal à trouver des professeurs. Peut-être Remus Lupin est-il réellement bon, ou peut-être désire-t-il en effet nous protéger de Sirius Black.
-Tu ne peux rien y faire, ajouta calmement Noah.
Ils reçurent un regard noir du Survivant sur le point d'exploser. Un silence pesant s'installa, durant lequel chacun se plongea dans ses pensées. Les doigts des deux Poufsouffles étaient toujours étroitement liés, et ils s'interrogeaient dans un ensemble silencieux sur le rapport entre l'homme assis à leurs côtés et Alexan Lupin. Etait-il son descendant direct ? Ou le nom était-il suffisamment répandu au Royaume Uni pour qu'ils ne soient pas de la même famille ? Un miaulement furieux de Korrigan les fit sursauter, et Lucifer s'aperçut avec culpabilité qu'il en avait oublié son chat. Il le libéra, prêt à recevoir des griffures sur les mains et le visage. Il n'échappa pas à quelques marques du félin furieux, mais celui-ci se désintéressa de lui quelques secondes plus tard pour bondir sur les genoux d'Hermione et le panier qu'elle tenait dans lequel se reposait une énorme boule de poils orange. Les deux animaux s'observèrent un instant, et Korrigan passa sa patte dans les trous alors que l'animal de la jeune fille se détournait paresseusement. Hermione ouvrit la cage.
-Ne laisse pas sortir ce truc là ! s'exclama aussitôt le jeune Weasley.
L'énorme chat bondit sur ses genoux, suivi de près par un Korrigan curieux. La poche de Ron se mit à trembler furieusement.
-Reprenez vos animaux ! Croûtard va mourir de peur ! Allez, fichez le camp.
Lucifer avait abandonné deux ans auparavant l'idée d'avoir le moindre ascendant sur son chat, quant à Hermione, elle prit aussitôt le parti du sien.
-Arrête un peu ! ordonna-t-elle sèchement.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Harry en sortant enfin de son apathie. Depuis quand tu as un chat ?
-Je l'ai acheté hier au Chemin de Traverse, répondit la jeune fille avec ravissement. Il est magnifique, n'est-ce pas ?
Ron ouvrit la bouche, mais elle le prit de cours.
-Ron est persuadé que Pattenrond veut du mal à son rat, ajouta-t-elle en levant les yeux au ciel. Mais il ne fait pas exprès de l'effrayer, n'est ce pas Pattenrond ?
Elle grattouilla le menton du félin, qui se mit à ronronner bruyamment, et Korrigan sauta sur les genoux de son humain, braquant ses yeux sur lui comme pour quémander le même traitement.
La présence de Remus Lupin eut au moins l'avantage de couper court à une dispute entre Harry et Malefoy lorsque le Serpentard et ses yeux acolytes vinrent semer querelle dans le compartiment. L'après-midi se passa entre moments de silences gênés et discussions banales sur l'année à venir et les vacances. Le récit de Ron sur l'Egypte les fascina néanmoins tous. La nuit tombait lentement, Noah s'endormait sur l'épaule de son meilleur ami, qui s'était plongé un peu plus tôt dans La Mégère Apprivoisée et laissait échapper quelques rires devant la plume de Shakespeare.
Une secousse les fit tous sursauter alors que le train ralentissait ostensiblement.
-Parfait, lança Ron, je meure de faim ! Vivement le festin.
-Ca m'étonnerait qu'on y soit déjà, murmura Hermione en regardant nerveusement sa montre.
La pluie tombait drue et le vent cognait contre les parois. Lucifer sentit son estomac se retourner et plongea instinctivement la main dans sa poche de blouson, où se trouvait son Magiceomètre. Korrigan et Pattenrond crachaient en direction des vitres.
-Lucifer ? souffla Noah à son oreille.
Forte Présence, « Etre Magi/Somb » indiquait l'instrument sans se stabiliser. La combinaison des sources laissait présager un danger.
-Sortez vos baguettes, déclara-t-il calmement.
Son esprit s'agitait à toute allure. Les autres obéirent sans poser de questions et Harry sortit regarder ce qui se passait. Une autre secousse finale avant que le train ne s'arrête provoqua des chutes et des cris, et le rouquin trébucha sur le sol avant de se relever, alerte. Toutes les lumières s'étaient éteintes.
-Noah ? s'exclama-t-il, tâtonnant à la recherche de la main de son ami.
Il trouva des doigts trop longs et trop frais pour appartenir au Poufsouffle.
-C'est moi, lui indiqua Ron avec un certain malaise dans la voix. Qu'est-ce qu'il se passe ?
-Je suis là, Lucifer, lança Noah, et leurs mains se nouèrent enfin.
-Bon sang, siffla Harry.
Son jumeau se tenait toujours debout, en déduisit Lucifer.
-Lumos !
Leur cri commun les fit s'éblouir mutuellement, et leurs yeux s'accrochèrent. Harry semblait attendre quelque chose de sa part, mais il ne parvenait pas à trouver quoi.
-Il y a du mouvement, commenta Ron. On dirait que quelqu'un monte...
-On sera prêt à l'accueillir, répliqua le Survivant. Aide Noah et Lucifer à se relever.
La porte s'ouvrit au même moment, et Neville trébucha à son tour, entraînant Harry dans sa chute, qui pesta entre ses dents.
-Salut Neville, lança-t-il, alors qu'Hermione aidait les garçons à se relever.
Le miaulement furieux de Korrigan résonna dans le wagon, et Lucifer mit un coup d'épaule à quelqu'un en essayant d'attraper son chat pour le rassurer.
-Aïe, je crois que tu m'as fendu la lèvre, gémit Hermione. Entre Ron et toi...
-Désolé.
Pattenrond poussa un sifflement furieux quand Neville faillit s'asseoir sur lui, et Korrigan refusa d'être tenu par son humain. Ginny ouvrit la porte du compartiment et s'annonça, et de nouveaux heurts dans le noir eurent lieu.
-Assied toi, ordonna Ron, viens.
-Je suis là, indiqua la voix de Harry.
-Ginny...
-Silence ! ordonna une voix rauque.
Remus Lupin paraissait réveillé. Tous obtempérèrent aussitôt, et une poignée de flammes jaillit au creux de la main de l'homme, réchauffant l'atmosphère glaciale qui s'installait peu à peu.
-Baissez vos baguettes, ajouta-t-il en se levant. Lancez Nox, vous risquez d'avoir besoin d'un autre sort.
Il enjamba les pieds, mais la porte du compartiment s'ouvrit avant qu'il ne l'atteigne. Harry bondit de sa banquette et Lucifer et Noah suivirent aussitôt, puis Ron et Hermione. A la lueur des flammes vacillantes néanmoins, tous firent face à un ennemi qu'ils ne connaissaient pas. Il était immense, flottant au dessus du sol et vêtu d'une longue cape noire. Le froid commença à engourdir les sens de Lucifer, alors que les questions bouillonnaient dans son esprit. Qu'était cette créature ? Etait-elle un ennemi ? Une nouvelle forme de Voldemort. Il se redressa et raffermit sa prise sur sa baguette, son autre main tenant toujours celle de Noah à s'en faire mal. Son jumeau et lui se tenaient ensemble devant la porte, sans même s'être rendu compte qu'ils avaient instinctivement réagi en miroir. Alors la créature ouvrit ce qui semblait lui servir de bouche, un pan de sa cagoule, et un brouillard givrant s'infiltra chez le jeune Potter.
Des cris lui parvenaient et son premier réflexe fut de bondir pour en sauver leurs auteurs, mais il était paralysé.
-Je vous en prie, pas mes enfants ! Tuez moi à leur place, tuez nous, mais pas nos enfants !
Un long rire glacé lui donna l'impression de lâcher prise. Un son étrange à ses oreilles lui parut pire que les autres et une pensée cohérente se forma dans son esprit : Harry. Son jumeau, son précieux frère...
-Lucifer ! Lucifer !
La voix affolée de Noah le tira du brouillard.
-Harry ?
-Il va bien, il est...
Etait-ce une intonation blessée dans la voix de son meilleur ami ? Lucifer serra ses doigts, incapable de se concentrer. Il n'avait plus la notion d'espace ni de temps et ignorait où il se trouvait. Il papillonna des paupières alors que Noah et Neville le hissaient sur la banquette.
-Que s'est-il passé ? demanda-t-il.
-Qui a crié ? ajouta la voix de son frère.
Un étrange silence envahit le compartiment, entrecoupé par des bruits de morceaux de nourriture cassée.
-Personne n'a crié... commença Ron.
-Bien sûr que si ! s'exclama Harry. Quelqu'un est blessé...
-Harry... Lucifer et toi êtes devenus pâles... vous avez convulsé, et puis... hésita Hermione.
-Vous vous êtes évanouis, déclara fermement Noah.
Les regards de tous ceux présents passaient d'un jumeau à l'autre avec inquiétude.
-J'ai entendu une femme, murmura Lucifer, la voix rauque, et Harry.
-Il n'a rien dit, Lucifer, tenta Hermione.
Les deux frères se regardèrent, et furent coupés dans leur champ de vision par Remus Lupin, qui leur distribua à tous du chocolat.
-Mangez le, cela vous fera du bien, déclara-t-il de son étrange voix rauque. Il s'agissait d'un détraqueur, et il recherchait Sirius Black.
Lucifer détailla l'homme. Très pâle, il était impeccablement rasé mais des cernes noirs entouraient ses yeux noisette, et ses cheveux grisonnants auraient eu besoin de soins, malgré une coupe fraîche. Il paraissait n'avoir que la peau sur les os, et son manteau rapiécé trop grand tombait sur ses épaules maigre. Le professeur croisa son regard, et ce fut une intense seconde, où diverses émotions illuminèrent les prunelles âgées, avant qu'il ne dévisage soudainement les autres.
-Excusez-moi, je dois aller dire un mot... au machiniste. Mangez. Si vous avez besoin...
-Merci, siffla Harry.
Remus Lupin lui jeta un coup d'oeil rapide, trop rapide, puis referma la porte. Il les observa un instant à travers la vitre avant de partir. Son regard accrocha une nouvelle fois celui de Lucifer.
-Harry... commença timidement Hermione.
-Mange, souffla Noah à l'oreille de Lucifer. Je t'expliquerait ce soir.
Le garçon obéit et croqua dans un bout de chocolat. Une agréable chaleur envahit aussitôt son corps, annihilant toute sensation glaciale qu'avait pu laisser la créature.
Le trajet en train se poursuivit dans un étrange silence. Le professeur Lupin revint, adressa un faible sourire aux élèves, et s'enquit de leur santé. Le long des dix minutes restantes, Lucifer sentit le regard de l'homme lui brûler la nuque, alors qu'il se blottissait contre Noah, qui paraissait sincèrement ébranlé, et qu'il passait une main autour de ses épaules.
Le professeur McGonagall conduisit Harry, Lucifer et Hermione à son bureau, où l'attendait la directrice de maison des Poufsouffle dès qu'ils furent arrivés à Poudlard, et l'infirmière se précipita pour les examiner. Les trois femmes désapprouvaient hautement les détraqueurs, il était aisé de le déduire aux regards qu'elles échangeaient alors qu'elles s'inquiétaient pour les deux garçons. Ils durent ensuite sortir tandis que les adultes s'entretenaient avec Hermione, ce qui fit froncer les sourcils au rouquin. Avait-elle des ennuis ? Les jumeaux demeurèrent près de la porte un instant, en silence. La chaleur de Harry brûlait les bras trempés de pluie de Lucifer, qui lançait des regards à son jumeau. Toute couleur avait déserté son visage depuis l'attaque des détraqueurs.
-Qu'as-tu entendu ? s'enquit-il.
Sa propre voix demeurait rauque et méconnaissable. Il crut un instant que son frère ne répondrait pas, mais le Survivant soupira et ses épaules s'affaissèrent.
-Des cris... des suppliques indistinctes. J'ai tenté de les aider mais je ne pouvais pas bouger, et j'ai pensé à...
Il s'interrompit brutalement, et détourna la tête.
-Mais tu les as entendu aussi, Lucifer, lança-t-il. Nous avons entendu la même chose. Je ne suis pas fou.
-Personne n'a dit que tu l'étais, répliqua le jeune Poufsouffle.
Les cris de la femme, désespérés, suppliants, lui revinrent en mémoire et il s'adossa contre le mur.
-J'ai entendu une femme supplier. Elle... Elle suppliait pour la vie de ses enfants. Et il y a eu un long rire glacé.
Ses yeux se remplirent de larmes et il se haït pour cette faiblesse, essuyant ses yeux d'un revers d'une manche humide, sans grand résultat. Il sursauta violemment en se rendant compte que la respiration haletant de son jumeau s'était soudainement suspendue. Il fit face à un Harry plus livide que jamais, au bord de la nausée, les yeux remplis des mêmes larmes que les siennes. Le silence se fit plus pesant encore, les yeux verts naufragés du Gryffondor inquiétant le rouquin à tel point qu'il envisagea de le gifler pour le faire réagir. Mais soudain, une respiration trop profonde, trop brutale sortit de la bouche du Survivant.
-Oh merde. Oh, bordel...
Les jurons se faisaient très présents dans son vocabulaire ces temps-ci, et James ne cessait de le reprendre dessus, mais en cet instant précis, Lucifer comprit que Harry savait parfaitement ce qui s'était produit. Il posa une main hésitante sur son épaule et s'aperçut qu'il tremblait.
-Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu t'en souviens ? Pourquoi est-ce que toi...
Les phrases désordonnées qui sortaient de ses lèvres et ses questions incessantes dénotaient des points communs insoupçonnés entre eux.
-Harry, murmura-t-il en tentant de l'apaiser.
-Je vais vomir.
-Mrs Pomfresh est juste...
-Non !
Le cri fier et le regard noir qu'il reçut ressemblaient déjà plus au garçon qu'il connaissait. Harry respira encore trop fort et trop rapidement quelques instants, puis il parut se calmer.
-Tu as entendu Maman. Le rire glacé est l'une des caractéristiques de Voldemort, Papa me l'a toujours enseigné. Les détraqueurs sont les gardiens d'Azkaban, ils cherchaient Sirius, mais ils ont des capacités... Tu as revécu la nuit où Maman est morte, la nuit où j'ai vaincu Voldemort.
Sa voix s'étranglait toujours dans sa gorge et il piétinait avec agitation, mais son ton légèrement supérieur et son redressement d'épaules indiquaient qu'il avait au moins retrouvé ses esprits. Lucifer au contraire, fut pris de vertige. La terreur dans la voix de cette femme, de leur mère, de Lily, dont on lui avait tant parlé... Il sentit ses jambes peiner à supporter son poids.
-Pourquoi est-ce toi qui a ce souvenir le plus précis ? murmura Harry.
Lucifer fut incapable de répondre à cette question au même moment, Hermione sortit du bureau du professeur McGonagall, visiblement ravie. Ses traits s'affaissèrent lorsqu'elle dévisagea les deux garçons, mais ils se reprirent sans un mot et rejoignirent les autres dans la Grande Salle.
Ils avaient manqué la répartition, mais Lucifer n'en eut cure il se glissa entre Noah et Sally-Ann, et sourit timidement à Susan, qui l'inspectait avec curiosité. Il serra la main de son meilleur ami, et Sally-Ann lui frotta doucement le dos tandis que Dumbledore se lançait dans une diatribe sur les Détraqueurs. A son ton grave et son expression sombre, il paraissait évident qu'il n'était pas ravi de la décision du Ministère. Il annonça ensuite la prise de poste de Remus Lupin, puis de Rubeus Hagrid, et Noah et Lucifer applaudirent joyeusement, heureux de voir leur soirée égayée. Hagrid semblait sincèrement heureux.
Retrouver la Salle Commune des Poufsouffle enchanta le jeune Potter, qui se laissa tomber aux pieds d'un immense fauteuil près de la cheminée et savoura la chaleur des flammes et de la pièce. Quelques sixièmes années occupèrent le canapé en riant relativement fort. Cedric Diggory était assis au milieu, et deux de ses amis ébouriffaient ses cheveux alors qu'il tentait de se dégager, gêné.
-Tu as été nommé Capitaine, Ced ! Sois un peu fier, moins humble ! lança une fille avec un certain agacement.
-Je n'ai même pas fait mes preuves, répliqua le jeune homme en haussant les épaules.
Sally-Ann se jucha sur un accoudoir et ses pieds vinrent taquiner l'épaule du rouquin.
-Tu ne me racontes même pas tes vacances ? se plaignit-elle, mais sa voix était un brin trop taquine pour qu'elle ne soit réellement blessée.
-Je t'ai envoyé des lettres, répondit-il, un peu inquiet.
Il reçut un coup un peu plus fort dans le creux de l'épaule et grimaça.
-Je sais, idiot. Il n'empêche que tu ne m'as quasiment pas adressé la parole depuis qu'on s'est retrouvés, et j'aurais bien aimé vous voir, Noah et toi, dans le train.
Le sérieux dans son ton l'alerta et il se retourna.
-T'es-tu disputée avec Susan ?
-Mais non ! Tu crois que je ne viens te voir que quand je suis toute seule ?
Se sentant légèrement perdu, mais restant suffisamment lucide pour sentir qu'elle était vexée, il se leva pour se mettre à sa hauteur. Elle avait quelques boutons d'acnés, mais son visage commençait à perdre de sa rondeur, tout en gardant ses traits doux.
-Je sais que non, affirma-t-il. Je suis navré si je t'ai offensée. J'ai passé le voyage en compagnie de Harry et ses amis, et les Détraqueurs...
-Avec Harry ? Je croyais que vous étiez en rivalité ?
Elle demeurait la fillette naïve qu'il connaissait, mais une partie de lui s'agaça qu'elle ne connaisse pas l'évolution de sa relation avec son frère jumeau. Noah était assis par terre, silencieux et plongé dans ses pensées, et Lucifer hésita à lui proposer d'aller dans le dortoir. Sally-Ann claqua des doigts devant ses yeux.
-Lucifer ! Excuses acceptées, mais réponds moi un peu ! Qu'est-ce qu'il s'est passé avec ces Détraqueurs ? J'ai entendu quelques Serpentards répandre des rumeurs et se moquer de vous mais...
-Je ne sais pas, marmonna-t-il.
Pourquoi avait-il entendu sa mère hurler ? Pourquoi la première pensée lui venant avait-elle été pour son jumeau, comme toujours ? Pourquoi Harry n'avait-il eu que de faibles échos ? Pourquoi les autres n'avaient-ils rien entendu ? Noah le savait et comptait lui expliquer, mais tant de questions demeuraient, notamment en ce qui concernait le Magiceomètre, et l'origine de ces choses.
-Ce sont d'horribles trucs, n'est-ce pas ? soupira l'adolescente. Si mes parents apprenaient...
-Que s'est-il passé ?
Ses yeux ne le regardaient plus, et son corps s'affaissa.
-Pas grand chose, avertit-elle. J'ai l'impression que nous nous éloignons, ils sont terrifiés car persuadés qu'à ma crise d'ado je fuguerai pour me réfugier dans le monde magique... Nous sommes très mal à l'aise les uns vis à vis des autres et ma mère est enceinte.
-En effet, pas grand chose, commenta Noah depuis le sol, une empreinte d'ironie dans ses intentions.
Sally-Ann rosit et sauta à terre, entre fureur et amusement.
-Vous deux savez très bien que c'est compliqué pour moi ! Je refuse d'en parler en plein milieu de la Salle Commune, et je n'ai d'ailleurs aucune envie de dialoguer là dessus !
Elle rejeta ses cheveux ondulés, que Lucifer voyait détachés pour la première fois, en arrière et s'en vint retrouver Susan, qui plaisantait avec Hannah en jouant à la bataille explosive. Un instant ébahi, le rouquin s'agenouilla auprès de Noah.
-Allons dans le dortoir, suggéra-t-il.
Son meilleur ami hocha la tête et se leva. Il serra son épaule un peu plus fort que d'habitude tandis qu'ils marchaient côte à côte.
Leurs valises avaient été déposées au pied de leurs lits, et ni Ernie, ni Justin n'avaient encore rejoint le dortoir. La porte ronde se referma sur Noah et Lucifer, et ils gagnèrent le fond de la pièce. Noah n'allait pas bien, Lucifer sentait sa détresse émaner de lui comme si elle était sienne, créant une angoisse dans sa propre gorge. Les deux garçons s'assirent sur l'épais dessus de lit du jeune Weber et demeurèrent un instant silencieux. Les jambes du rouquin se balançaient nerveusement.
-Noah ? murmura-t-il enfin.
-J'ai eu si peur.
Sa voix était rauque, et il ne paraissait pas désireux de poursuivre la conversation, laissant son ami désemparé et anxieux.
-Qu'as-tu, Noah ?
Le garçon tourna vers lui ses yeux métalliques où luisaient du reproche, et Lucifer eut un mouvement de recul, alarmé.
-Je serais toujours là pour toi, Lucifer, et pourtant, seul Harry semble importer parfois.
Les mots se coincèrent dans sa gorge sans qu'il puisse réfuter. Il ouvrit la bouche, incapable de répondre, sentant la culpabilité le submerger. Il ne trouva rien à dire que son meilleur ami ne sache déjà, et rien ne vint à son esprit qui puisse le réconforter.
-Noah, je...
Il se trouvait à court de mots, à courts de questions, ignorant comment répondre à cette information, ignorant même si elle comportait une part de vérité.
-Je ne peux pas te dire que ce n'est rien, dit Noah d'une voix atone.
Il paraissait irrémédiablement blessé.
-Je... Harry... Toi... Noah... Noah, tu es mon meilleur ami, et sans toi je...
-Je le sais, Lucifer. J'ai juste du mal à avaler la situation pour le moment.
-Entre Harry et toi...
A qui irait sa loyauté ? Si Noah et Harry s'affrontaient sur un champ de bataille, aux côtés de qui se rangerait-il ? S'il ne pouvait sauver que l'un d'entre eux, lequel choisirait-il ? Il ferma un instant les yeux en se rendant compte qu'il ne pouvait répondre à ces questions. Simplement les envisager le rendait nauséeux.
-Les liens du sang, soupira Noah.
-Je ne sais pas, avoua Lucifer. Je ne sais pas.
L'expression de son meilleur ami lorsqu'il avait appelé son jumeau après son réveil lui revint soudainement et enfin, son esprit devint assez clair pour qu'il puisse s'exprimer.
-J'ai cessé de vivre quand tu as été pétrifié. J'ai vécu dans la terreur que Harry le soit, mais je n'ai jamais imaginé que toi...
Sans Noah. Une situation qu'il ne pouvait envisager, si douloureuse qu'y penser le déchirait.
-Noah, j'ai entendu Harry, lorsque je me suis évanoui. Je ne sais pas ce qui s'est passé, j'ai simplement entendu ma mère supplier Voldemort de la tuer à notre place, puis Harry, non loin...
Les mots s'étranglèrent, incapables de passer.
-Je ne peux imaginer que tu ne sois pas à mes côtés. Et quoi qu'il arrive, je serais toujours aux tiens. Toujours.
Un léger et triste sourire vint étirer les lèvres du jeune Weber.
-Tu ne sais pas dans quoi tu t'engages.
-Oh, Noah...
Cédant à son impulsion, il enserra de ses bras le garçon triste qu'il sentait encore hanté par la mission confiée par Cygnus.
-Tu as mon entière loyauté.
Noah eut un léger rire, semblable à un sanglot.
-Tu es mon meilleur ami, et je tiens plus à toi qu'à n'importe qui d'autre, Harry au même niveau.
Les mots sonnèrent si justes que Lucifer sut qu'ils étaient réels. Jamais il ne pourrait choisir entre son jumeau et son meilleur ami. Le premier était son frère, son égal, son jumeau. Le lien avec Noah s'était construit, renforcé, mais il était puissant. Inébranlable.
-Nous réussirons, promit-il à l'oreille du garçon. Nous dévoilerons l'Histoire, et nous la rétablirons. Tu ne seras jamais seul.
Noah pressa ses mains contre les bras qui le maintenaient et s'adossa contre lui, se détendant enfin. Un long moment silencieux s'écoula avant qu'il ne reprenne d'une voix apaisée :
-Les détraqueurs ont des effets différents sur chacun d'entre nous, mais ils provoquent toujours une sensation de désespoir. Ils te glacent l'âme, te donnent l'impression que tu ne seras plus jamais heureux. Parce que Harry et toi avez connu des événements traumatisants, ils vous affectent plus et vous font revivre vos pires souvenirs.
Ils respiraient à l'unisson, s'insufflaient mutuellement une chaleur humaine réconfortante.
-Mes souvenirs sont plus clairs que ceux d'Harry.
Même sans le voir, dans le dortoir éteint, il devina le sourire de son meilleur ami au son de sa voix.
-Harry a vécu auprès d'un père aimant, qui le protégeait et lui a donné une enfance joyeuse malgré tout. Tu es toujours en quête d'amour, Lucifer, pour de nombreuses raisons, dont je n'ai sans doute pas la moitié, et tu portes une fragilité accentuée par les rejets et le manque d'amour.
Le garçon cligna des yeux plusieurs fois, estomaqué. Noah ne lui apprenait rien que son inconscient n'ait assimilé, mais l'entendre rendait les faits concrets et lui renvoyait en pleine figure. Sa vue se brouilla.
-Je suis là, moi aussi, jura Noah.
Et les pressions mutuelles se firent plus fortes.
Leur rentrée se fit avec un peu plus d'excitation que la précédente. Si les deux garçons avaient hâte de pouvoir trouver du temps libre pour enfin percer la bulle de mystère qui entourait l'Ancienne Salle Commune de leur maison, l'arrivée de nouvelles matières attisaient leur curiosité. Noah découvrit l'Arithmancie dès neuf heures le premier jour, tandis que le monde des Runes s'ouvrait à Lucifer l'après-midi.
Ils entrèrent dans la salle de classe les yeux brillants en compagnie de quelques autres élèves, toutes maisons confondues. L'apprentissage d'une nouvelle langue avec un alphabet inhabituel n'attirait pas vraiment des adolescents. La vue des lieux fit naître un sourire joyeux sur tous les visages néanmoins : alors qu'ils s'étaient attendus à une vieille salle poussiéreuse, ils se trouvaient dans une pièce dont le mur du fond était recouvert d'une tapisserie aux teintes bleues représentant des chercheurs et des scribes au Moyen-Âge. Près des fenêtres qui donnaient sur le patio se trouvaient entassés de lourds dictionnaires runiques, et de hautes tables carrées meublaient le milieu de la salle.
-Bienvenue ! lança une voix aussi rauque que sèche paraissant venir de nulle part.
Ils sursautèrent et une silhouette se détacha du fond de la salle.
-Tout comme vous, je finissais de déjeuner, ajouta le professeur. Prenez place face à la tapisserie je vous prie, ces tables sont pratiques en groupe mais encombrantes pour les présentations.
A cette heure de la journée, la silhouette se trouvait en contre jour, et Lucifer plissa les yeux pour tenter de détailler leur enseignant. Il se plaça entre Noah et une Serdaigle -Lisa Turpin, si sa mémoire ne lui faisait pas défaut-, et observa le visage crispé d'un moine éclairé par un soleil couchant. Le professeur se plaça au centre. Ses cheveux entre gris et blond tombaient derrière ses épaules et des rides prononcés marquaient son visage dur. Deux prunelles claires les dévisagèrent, et ses lèvres fines s'étirèrent en un sourire appréciateur. L'enseignant portait une simple robe de sorcier grise et classe qui s'arrêtait juste à ses chevilles. Homme ou femme ? Se demanda Lucifer pour la troisième fois depuis qu'il avait entendu la voix. Il s'agissait d'une personne ayant fumé une bonne partie de sa vie, ainsi que le suggéraient les sons qui émanaient de sa gorge, mais le visage marqué par les années et l'absence de formes physiques importantes laissait planer le doute. Il jeta un regard aux autres, dont l'expression indiquait clairement l'interrogation présente.
-Je suis le professeur Lhowaz. Il est agréable de constater que l'Etude des Runes attire encore plus de trois étudiants.
Quelques rires se firent entendre, et Lucifer remarqua à cet instant la présence d'Hermione. Elle lui adressa un sourire avant de reporter son attention sur l'enseignant.
-Nous passerons le premier trimestre à étudier l'histoire des Runes ainsi que leur utilité dans le monde sorcier, puis vous acquerrez quelques bases. Cette année sera pour vous une année de découverte, nous entamerons les subtilité et l'utilisation en profondeur l'année prochaine, jusqu'aux Buses. Regardez cette splendide tapisserie ! Non contente d'être une œuvre d'art, il s'agit également d'une pièce précieuse pour l'Histoire...
Une heure durant, Lhowaz débita un nombre impressionnant d'informations et son visage se métamorphosa. Un sourire vint l'illuminer, faisant disparaître ses rides, et ses yeux perçants se mirent à luire de passion. Le professeur paraissait appartenir à un autre monde, un autre temps.
-Prenez des notes ! Vous en aurez besoin tout au long de vos études dans cette classe !
Ce fut la seule interruption du cours, et Lucifer se senti porté par sa passion, et sentit en lui la chaleur familière d'une curiosité pour un intérêt nouveau. A quelques sièges de lui, Hermione notait frénétiquement le moindre mot, tandis qu'il regrettait de ne pas pouvoir se laisser porter par les mots qui les enveloppaient et ressemblaient plus à une histoire contée qu'à un cours.
Les mauvaises nouvelles se répandirent dans la semaine. Sally-Ann était tendue et légèrement agressive, et le premier cours d'Hagrid avait résulté avec un élève blessé et un possible renvoi. Lucifer se sentit peiné. Le garde-chasse aimait les animaux fantastiques, et il avait semblé sincèrement heureux d'enseigner. Au cours de ses deux premières années à Poudlard, lui et Noah n'avaient été que rarement confrontés à Malefoy, mais cette histoire les irrita.
-De ce que nous savons de lui, je crois qu'il n'en rajoute dans l'espoir de faire renvoyer Hagrid.
Les yeux de son meilleur ami brillaient de fureur.
-C'est déshonorant, Lucifer ! Et nul ne peut rien y faire, car malheureusement, des hippogriffes peuvent être trop dangereux pour des troisièmes années...
Le rouquin posa une main sur son épaule et tourna une page de La Tempête. Ils se trouvaient à la bibliothèque, leurs devoirs achevés et l'heure du dîner approchant.
-Mon premier cours de Soins aux Créatures Magiques aura lieux demain. Je proposerais à Hagrid de le voir samedi, pour le thé.
Noah lui offrit un sourire.
-C'est sans doute la meilleur solution... Et dimanche nous pourrons retourner dans l'Ancienne Salle Commune.
Lucifer sentit l'excitation le gagner, et entrelaça ses doigts dans ceux de son ami. Ils trouveraient. Ils retraceraient le fil exact des événements.
Il avança à la lisière de la forêt interdite, se sentant étrangement seul sans la présence de son meilleur ami à ses côtés. Les douloureux souvenir du dernier trimestre lui revinrent mais il les repoussa. Susan et Sally-Ann marchaient à ses côtés, et ils aperçurent rapidement Hagrid. Il ne restait rien chez lui de la joie affichée au banquet de début d'année : voûté, les yeux injectés de sang et cernés, toute confiance en lui paraissait l'avoir quitté.
-Bonjour Hagrid ! le saluèrent-ils avec toute la joie qu'ils possédaient.
-Bonjour, marmonna-t-il. Je crois que les autres ne sont pas encore arrivés... C'est pas étonnant, ils doivent craindre...
-Ils ont sans doute été retardés par leur dernier cours, déclara fermement Sally-Ann.
Lucifer lui lança un regard étrange. Elle lui paraissait plus affirmée mais il n'était pas sûr d'apprécier sa mâchoire continuellement crispée et ses jointures livides. Les Serdaigle arrivèrent en effet quelques minutes plus tard, s'excusant pour le retard engendré par leur professeur de Divination, et leur premier cours sur les animaux fantastiques commença. Il fut malheureusement ennuyeux : Hagrid leur présenta mollement des Verracrasse et leur proposa de les nourrir. L'esprit du jeune Potter, laissé inoccupé, commença à tourbillonner. Il n'avait pas eu le temps de voir son jumeau, et il aurait désiré obtenir sa version sur l'incident impliquant Malefoy. Harry regrettait-il qu'ils se soient rapprochés, à présent qu'ils étaient retournés à Poudlard ? Il secoua la tête, sachant que cette assertion n'était motivée que par la crainte. Où se trouvait Sirius Black ? Que s'était-il réellement passé pour qu'un ami en vende un autre à Voldemort, signant sa mort et celle de ses deux enfants ? Il sentit sa poitrine se compresser à cette idée tandis que le visage de Noah s'imposait à lui. Il savait qu'il mourait sans hésiter pour que son meilleur ami continue à vivre, pour qu'il soit heureux. Le trahir serait plus douloureux que n'importe quelle torture, et si insoutenable que jamais il n'y survivrait... Les cheveux de Sally-Ann, noués en une seule longue tresse, effleurèrent ses doigts et il se tourna vers elle.
-M'en-veux tu ? S'enquit-il.
Elle arrêta son activité inintéressante et se redressa avec un soupir.
-Je ne veux pas que vous vous mêliez de ce qui se passe dans ma famille, siffla-t-elle. J'aurais juste aimé rentrer à Poudlard et passer du temps avec vous !
-Sally-Ann... Nous nous inquiétons, c'est normal. Ta famille a été en dehors de la...
-Je ne veux pas en parler ! s'écria-t-elle, rejetant son corps en arrière avec fureur. Bon sang, Lucifer ! Ca ne vous regarde pas, et je prend tout ça très bien !
-Une des qualités des Poufsouffles est d'être honnête, remarqua-t-il.
A la violence avec laquelle son amie réagit, il se crut sur le point de recevoir une gifle.
-Et la loyauté et la patience !
Tous les regards se tournèrent vers eux, et il sentit son visage s'embraser. Hagrid s'avança vers eux d'un air inquiet.
-Je suis désolé, murmura le rouquin, j'aurais du me concentrer sur les verracrasse.
Le visage défait de l'homme le désola.
-Nous voulions venir prendre le thé avec Noah, Samedi, est-ce possible ?
Un frémissement de la barbe indiqua qu'il avait réussi à faire sourire le professeur.
-Bien sûr. Si ton amie veut venir...
-Uniquement s'il se tait !
Le calme dont avait fait preuve le garçon jusqu'à présent s'évapora alors qu'Hagrid s'éloignait en souriant de plus belle.
-Je ne voulais que t'aider ! s'exclama-t-il. Nous nous inquiétons pour toi ! Tu as peur que l'enfant mette une barrière définitive entre toi et ta famille, et tu as envie de gérer ça toute seule pour te permettre d'ignorer ta colère ! Ne la passe pas sur moi, Sally-Ann, je n'y suis pour rien ! Si tu désires devenir aigrie, ainsi soit-il, mais je déteste cela !
-Tu me déteste, Lucifer ? Très bien, je te débarrasse de moi, puisque tu es trop intolérant pour accepter le changement chez des amis ! Je vais pouvoir me passer de tes jérémiades !
Il reçut le coup comme une gifle et recula. Les larmes lui montèrent aux yeux et ses poumons manquèrent d'air tandis que celui qu'il inhalait semblait douloureux et jamais suffisant. Sally-Ann s'éloigna de lui, et il s'efforça de rester debout.
Il rejoignit Noah sitôt que le cours fut achevé et son meilleur ami le prit dans se bras, lui tenant la main alors qu'ils se rendaient à leur premier cours de Défense Contre les Forces du Mal avec Remus Lupin. Le mal-être du rouquin ne diminua pas. Etait-il lié à Alexan Lupin ? Allait-il tenter de lui parler ? Faire référence à son amitié avec James Potter ?
L'homme paraissait s'être reposé, et il les mena jusque dans la salle des professeurs, où ils durent affronter un épouvantard. Lucifer ignorait ce qu'était sa plus grande peur et comment la tourner en ridicule. Les dix minutes de réflexion constituèrent pour lui une véritable torture... Il songea aux Détraqueurs, à James, puis son estomac se tordit violemment à la pensée de la mort d'Harry... et de Noah... Son cœur déjà malmené s'accéléra et trop tôt ce fut son tour.
L'épouvantard se transforma dans un CRAC ! et le cadavre de son meilleur ami apparut sur le sol. Il se sentit défaillir.
-R-Ridikulus !
CRAC ! Un autre corps remplaça celui de Noah. Harry, le visage en sang, paraissait si fragile...
-Je suis là, Lucifer.
Le souffle chaud de son ami le rasséréna... Quelque chose de drôle... De simple, d'enfantin, quelque chose qui pouvait ressembler à Harry dans l'intimité du Manoir Potter...
-RIDIKULUS !
Son cri fit sursauter tous ceux présents, et l'épouvantard se redressa soudain avec un « BOUH », et l'épouvantard-Harry éclata de rire, à l'instar des autres. Ce fut en tremblant légèrement que Lucifer rejoignit les rangs de ceux qui étaient passés. Noah se trouvait devant ce qui ressemblait au fantôme de Cygnus Weber.
-Une seule de tes actions pourrait attirer la honte sur des siècles...
-Ridikulus !
L'épouvantard se retrouva affublé d'un costume déguisé et souffla dans un objet qui produisit un cri strident. L'assemblée éclata de rire, et il commença à se retransformer en un globe argenté avant de faire face à un Serdaigle.
La séance parut lourde chaque fois que les Poufsouffle passaient. Leur sens de la loyauté les rendait plus vulnérables aux avis de leurs proches et aux pertes humaines, et aussi bien Noah que Lucifer reçurent des étreintes de réconfort.
-La pression familiale, murmura le rouquin à l'adresse du jeune Weber.
-Elle est immense, mais j'apprends à la maîtriser... Oh, Lucifer... Tu es si loyal... Peut-être trop pour ton bien... Lucifer... Ne pense pas que je ne tiens pas à toi, mais je n'ai pas peur de te perdre. L'imaginer serait... Je serais toujours là pour toi, et je sais que c'est réciproque.
Le garçon roux serra les doigts de son ami un peu plus fort alors que le regard du professeur Lupin s'arrêtait sur eux, son visage livide ostensiblement troublé.
Ils jouaient aux bavboules dans un coin de la salle commune pour se relaxer après cette journée éreintante lorsque Sally-Ann s'approcha d'eux.
-Que veux-tu ? l'accueillit Noah d'un ton glacial.
Sa main vint se poser, protectrice, sur l'avant bras de son ami. Lucifer se contenta de lever son visage vers elle, espérant que leur amitié soit toujours présente.
-Je m'en veux énormément, Lucifer ! déclara-t-elle. Je pense toujours que tu te mêles de ce qui ne te regarde pas, simplement parce que tu es persuadé de pouvoir être utile...
Noah se raidit.
-Mais je sais que tu fais ça par loyauté, et je me suis montré purement méchante. J'ai détesté ça, je voulais simplement me défouler, et tes paroles ont remué le couteau dans la plaie. Je suis vraiment désolée.
-D'accord, répondit-il, s'efforçant de sourire.
Se plaignait-il autant ? Etait-ce pour cela que son oncle, son cousin, sa tante, le trouvaient insupportable ? Que James le détestait et était persuadé qu'il jalousait son jumeau ? Qu'il agaçait Harry ?
-C'est simplement... Je suis furieuse contre eux, et je ne veux pas que ça se sache, vous m'entendez ? Je ne peux même pas leur dire à quel point j'ai peur !
Lucifer lui prit une main et la pressa. Il ne comprenait que trop bien ce qu'elle ressentait. La jeune fille s'assit près d'eux.
-Je suis vraiment désolée, Lucifer. Ton amitié importe pour moi, et je détesterai qu'elle s'arrête !
Il lui sourit, puis lui proposa de jouer avec eux. Leur première semaine à Poudlard s'achevait, et l'année promettait d'être agitée, mais il était bien entouré. Et Harry et lui seraient ensemble.
