Bonjour à tous !

Un grand merci à Lecteur pour sa review : Merci pour ton retour, d'être là, et de me soutenir.

Voici le quatrième chapitre, et devinez quoi... Pour une fois, il est pile au milieu ! Et oui, le troisième tome fait un chapitre de plus que les deux autres. Eheh.

En espérant qu'il vous plaise !


La routine reprit rapidement sa place, et Octobre fut là sans que Lucifer et Noah ne s'en aperçoivent. Ils étaient redescendus dans l'Ancienne Salle Commune, se remémorant ce que leur avait raconté Cygnus Weber et la mission implicite dont ils étaient désormais chargés. Assis sur les marches inégales de l'escalier tournant, les deux garçons avaient contemplé les vestiges d'un passé invisible, se demandant comment retracer loyalement l'Histoire. La tristesse s'empara peu à peu d'eux, et le manque d'informations ostensibles supplémentaires les fit espacer leurs visites dans les lieux qui leur paraissaient de plus en plus lugubres. Ils choisirent à la place de trouver le courage d'aborder le professeur Binns pour lui demander des informations et relancer leurs recherches.

Une excitation perceptible parcourut l'école lorsque la première sortie à Pré-Au-Lard fut annoncée pour le week-end d'Halloween. La rancoeur envers son père saisit brutalement Lucifer à la gorge et il s'efforça de se calmer, effrayé par la violence du sentiment. Sa tante qui l'élevait depuis plus de dix ans lui en avait donné l'autorisation, et son père avait balayé tout lien entre eux d'un revers de la main et d'une simple phrase.

-J'aimerais que vous me donniez vos autorisations le plus rapidement possible, déclara le professeur Chourave à la fin d'un cours de botanique.

Lucifer se sentit déchiré. Il possédait le formulaire, et les liens noués avec sa tante lui étaient précieux et de plus en plus forts. Elle l'avait signée et l'émotion qui était passée entre eux le bouleversait toujours. Néanmoins, bafouer l'autorité de son père revenait, à long terme, à renoncer à créer le moindre lien et à être aimé de lui. A qui devait aller sa loyauté ? Il aimait Pétunia, et il aimait James, malgré lui, et la déchirure provoquée à sa poitrine le fit haleter. Noah posa une main sur son épaule, et il croisa les prunelles émeraudes de son jumeau qui flamboyaient de la même injustice qu'il ressentait. Harry serra les poings, et Hermione voulut l'entraîner vers la sortie, mais il maintint son regard ancré dans celui de son frère, puis hocha la tête. Le rouquin sentit sa poitrine s'ouvrir et lui permettre de respirer.

-Viens, murmura Noah.

Ils se dirigèrent vers leur directrice de maison alors que leurs camarades se dépêchaient de se rendre en cours de Potions, et Lucifer lui tendit son formulaire d'une main tremblante. Il admira la signature si nette et si appuyée, faite au stylo bille sur le parchemin sorcier et un sourire se peignit sur son visage. Le professeur Chourave pris l'autorisation de Noah, et consulta celle de Lucifer. Son visage rond eut une expression indéchiffrable.

-Lucifer, déclara-t-elle tristement, nous avons reçu un courrier de James Potter spécifiant que ni votre frère ni vous n'aviez l'autorisation de sortir du château.

La rage afflua brusquement dans ses veines tandis que sa gorge se nouait.

-Je vis avec ma tante depuis ma première année de vie ! Elle m'élève, me nourris, m'écoute ! Cela constitue plus que ce que James fait pour moi ! Ma tante est responsable de moi, plus légitimement que...

Les mots s'étranglèrent dans sa trachée. Pourquoi étaient-ils aussi durs à prononcer ? Aussi cruellement vrais ? Il ne supportait pas de les entendre, de les verbaliser. Les larmes brouillèrent sa vue tandis qu'il demeurait ancré dans le sol, furibond, les doigts de Noah caressant doucement les siens, les malaxant pour l'aider. Le professeur Chourave secoua la tête et lui adressa un sourire sincèrement triste.

-Pétunia Dursley n'a jamais obtenu votre garde légalement, Lucifer. James Potter est responsable de vous, et il a l'autorité légale, qui ne peut être outrepassée.

Elle posa les formulaires et déplaça une plante en pots dont les mâchoires se refermèrent sur du vide avec déception.

-Etant donné les circonstances actuelles, avec Sirius Black en liberté et à votre recherche, je ne peux qu'appuyer la décision de James car elle vous protège. Nous devons respecter la loi, aussi injuste soit-elle. Mais cela ne veut pas dire que vous ne devez pas être proche de votre tante et l'aimer, au contraire. Nul ne pourra jamais entraver ce qui vous lie.

La fureur du jeune Potter augmenta avant de s'évanouir complètement lorsqu'il lut entre les lignes du discours de sa directrice. Elle n'approuvait pas que James le prive des liens construits avec Pétunia.

-Pourquoi ai-je les inconvénients et aucun avantage ? murmura le rouquin d'une voix étranglée.

-Il va vous falloir construire vous-même les avantage, Lucifer, et je suis certain que vous pouvez compter sur Noah.

La voix ferme de la femme avait pour but de l'empêcher de sombrer dans la mélancolie, mais il se contenta d'un léger hochement de tête, ni refus ni assentiment.

.

Sally-Ann comprenait le désarroi dans lequel la situation l'avait plongé, et elle le soutint tout en se montrant acerbe dès qu'il s'enfermait dans sa morosité.

-Franchement, Lucifer ! Tu as la vie entière pour découvrir Pré-Au-Lard, profite au moins de Poudlard !

Elle contrebalançait, comme l'année précédente, sa tendance à se laisser aller à la mélancolie. Le rouquin décida de vivre comme il l'avait fait jusqu'alors, suivant les cours, et s'intéressant aux mystères passionnants que proposaient le château. Il salua Mimi Geignarde en passant devant ses toilettes, observa avec attention accrue un gigantesque miroir aux reflets étranges, et retourna prendre le thé chez Hagrid en compagnie de ses deux amis.

-Je voudrais redescendre, déclara-t-il à Noah la semaine précédent Halloween. Bien qu'il est probable que nous ne trouvions rien de nouveau, si nous prenons nos notes et essayons de retracer ce que nous savons...

Il s'était glissé dans le lit de son meilleur ami après que Justin et Ernie se soient endormis. Les lits de Poufsouffle demeuraient plus grands que ceux des autres maisons, mais avec la croissance des deux garçons, il leur devenait difficile d'y tenir confortablement, et ils se collèrent l'un à l'autre, leurs souffles se mélangeant.

-Je sais, répondit doucement son ami. Je n'aime pas avoir l'impression de laisser tomber ainsi, alors que nous avons tant de temps libre.

Ils se comprenaient en un regard, une respiration. Sally-Ann était leur amie, mais rien ne venait jamais entraver leur lien fusionnel, si puissant qu'il pouvait en devenir dangereux. Lucifer ferma les yeux dans le noir, détendu et apaisé.

-Je ne veux pas te laisser seul le week-end prochain.

Rouvrant les yeux, le rouquin put discerner dans la nuit claire et étoilée les prunelles métallique luisant de loyauté de son meilleur ami, et les traits de son visage formant un léger sourire et sans aucune souffrance, aucun regret.

-Je resterai à lire Shakespeare. Vas-y, Noah. Tu es aussi curieux de l'Histoire de la Cabane Hurlante que moi, et j'aimerais goûter des friandises magiques. Sally-Ann et Susan nous le feront regretter si on les laisses seules.

La main de Noah trouva la sienne et la pressa.

-Découvrir la nouveauté en ta compagnie possède une atmosphère que je n'obtiendrai pas ailleurs. Que ce ne soit pas le cas cette année...

-Lorsque je le pourrais... je te promets qu'on se rendra à la Cabane Hurlante pour l'inspecter.

Son ami rit doucement, et la pression sur sa main se fit plus forte. Lucifer regagna son lit quelques instants plus tard et mit quelques secondes à s'habituer aux draps frais. Il se sentait heureux, avec Noah à ses côtés, Harry qui ne se trouvait pas si loin et Poudlard qui demeurait aussi passionnante qu'au premier jour. Le garçon se saisit de la photo qui se trouvait dans ses affaires et agita sa baguette pour lancer un Lumos, après avoir fermé ses rideaux pour ne pas éblouir ses compagnons de dortoir. Il contempla Lily, James, Harry et lui à la lumière argentée. Leur mère riait et ses yeux verts, si semblables à ceux de son jumeau, brillaient d'une joie pure et d'amour, tandis que sa main effleurait celle de leur père. Et Harry et lui... Leurs petites mains se cherchaient. Fasciné par les détails de l'image qu'il connaissait pourtant par cœur, il plongea peu à peu dans le sommeil.


Ils empruntèrent les escaliers de l'Ancienne Salle Commune la veille d'Halloween. La salle leur parut aussi lugubre qu'à l'accoutumée mais ils accueillirent avec joie son odeur renfermée si familière et son atmosphère chargée d'histoire. Observant, effleurant à peine les fauteuils, les meubles et la cheminée, ils retrouvèrent les messages d'adieu gravés derrière les escaliers. Lorsqu'ils se retrouvèrent près des dortoir des filles, ils échangèrent un même regard. Le malaise s'emparait toujours d'eux d'importants indices qui relanceraient leur enquête pouvaient s'y trouver, mais enfreindre une telle barrière leur paraissait impossible. En s''approchant, un détail alerta Lucifer. Il connaissait la pièce par cœur, mais cet angle donnait un nouveau point de vue, et, à moitié dissimulé par un meuble, de sorte qu'ils n'auraient pu le voir sans oser marcher près du dortoir des filles, se trouvait un morceau de parchemin. Il marcha précautionneusement dans sa direction, et retint une exclamation de surprise en reconnaissant l'écriture.

-Alexan Lupin, dit-il, et sa voix résonna dans les lieux.

Il s'agissait d'un autre morceau de son journal, ainsi que l'indiquait les trois mots écrits en en-tête.

-Il devait être distrait, souffla Noah.

Le respect et l'émotion rendaient sa voix tremblante. Le parchemin paraissait plus fragile que celui retrouvé dans le lit, laissé à l'air libre et au passage, et les deux garçons s'abstinrent d'y toucher, craignant qu'il ne se réduise en poussière au moindre mouvement. Lucifer se contorsionna pour le lire tandis que Noah prenait une plume pour réécrire l'extrait.

17 Avril 1574

J'aimerais pouvoir de nouveau rire, et entendre les autres faire de même. Je ne supporte plus de voir le visage de Duncan ainsi fermé.

L'état d'Elizabeth Ière s'est aujourd'hui aggravé, et je crains ce qu'il adviendra si elle meurt. Seul William, Cygnus et moi savons ce qu'il adviendrait si les vieilles familles apprenaient la vérité.

Oh, par Merlin, je n'en puis plus. Les regards des professeurs sont vrillés sur Duncan, les une des journaux relatent chaque jours l'avancée de la maladie de la Reine, et la Gazette elle-même fait déjà des plans et des hypothèses sur ce que représenterai l'arrivée d'un sorcier sur le trône.

Duncan ne doit jamais régner. La situation politique est bien trop instable et les vieille familles en profiteraient instantanément.

Jamais, jamais, jamais Duncan ne doit régner ! Il risquerait la mort à chaque seconde, et une manipulation si habile et si discrète que le peuple anglais n'aurait plus sa place sur le sol. Nous deviendrions un empire sorcier.

Selon William, je panique. J'aimerais qu'il se débarrasse de sa manie de lire par dessus mon épaule.

Je ne panique pas sans raison.

L'idéologie d'un sang-pur et d'une suprémacie magique enfle dans le Royaume Uni. Il s'agissait d'un événement inévitable depuis que nous avons interdit les baguettes aux êtres magiques non-sorcier.

Nous avons toutes les raisons d'être persuadés qu'Elizabeth Ière a été empoisonnée. Son état se dégrade par palliers, et ce que nous savons de sa maladie ressemble à notre théorie.

Les vieilles familles ne cessent de contacter Duncan, et elles sont venues le voir deux fois le mois dernier. Elles se montrent menaçantes.

TOUT ce qui à trait à cette potentielle succession fait choux gras dans la Gazette. Tout ! A l'exception bien sûr de notre théorie empoisonnée.

Lucifer se redressa, grimaçant lorsque son cou endolori lui fit regretter les positions dans lesquelles il avait forcé son corps.

-Ici s'arrête le jour, murmura-t-il. Noah. Si Elizabeth Ière a été empoisonnée, si les vieilles familles voulaient autant le pouvoir... Il s'agit d'un complot pour mettre Duncan Rey-Tudors sur le trône. Et... et s'il s'avère réellement l'enfant d'Elizabeth Ière, le danger était plus grand encore.

Noah finit d'écrire et leurs yeux s'ancrèrent. Ils étaient livides. Ils entrevoyaient une facette de l'humanité qu'ils ignoraient jusqu'à présent. Une facette impitoyable, calculatrice et dangereuse, qui entachait leur innocence. Ils entraient dans les coulisses d'un complot.


Lucifer accompagna les autres troisième année de Poufsouffle jusqu'au Hall, puis s'adossa contre l'un des piliers en pierre avec mélancolie. Se retrouver seul dans un château désert faisait naître en lui une curieuse sensation, entre liberté et tristesse. Il se décida à aller à la bibliothèque et croisa Harry dans un couloir. Les deux garçons se tinrent face à l'autre, maladroits dans leur corps, ne sachant comment interagir. Le Gryffondor avait les cheveux plus en bataille qu'à l'accoutumée, l'air frustré et serrait les poings. Reconnaissant la mauvaise humeur de son jumeau, Lucifer hésita à parler, se demandant s'il risquait de se faire envoyer sur les roses. Néanmoins, il s'agissait de Harry, et il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter ni de l'aimer.

-Hannah prétend que Sirius Black a été vu non loin d'ici.

-Ce sont les rumeurs, siffla Harry, mais il ne viendra jamais à Pré-Au-Lard. C'est plein de Détraqueurs. Et même si c'est dangereux, j'aimerais vivre comme les autres, une fois de temps en temps !

Le Poufsouffle recula devant l'agressivité qui émanait de son frère.

-Tu n'as pas eu une enfance facile, n'est-ce pas ? Je sais que James et toi êtes proches, mais tu n'as jamais eu d'amis avant d'entrer à Poudlard.

Les mots sortirent de sa bouche sans qu'il puisse les contrôler. Ils enflaient dans sa poitrine et son esprit depuis la première fois que Harry s'était trouvé sur le quai de la voie 9 ¾. Depuis qu'il connaissait cet aspect fragile de son jumeau, populaire et adulé, mais qui n'avait que deux amis, et pas les plus appréciés de sa promotion. Il aurait aisément pu être l'un des étudiants les plus brillants, mais il avait choisi Ron Weasley et Hermione Granger, pour qui ils étaient et non ce qu'ils représentaient, et ils le lui rendaient.

-J'ai été heureux, répliqua son jumeau, sur la défensive. J'ai réellement été heureux. Je ne savait pas ce qu'était jouer avec des enfants de mon âge, et Papa a pris soin de moi à chaque instant. J'ai assisté à des matchs, et il m'a tenu à l'écart d'une célébrité encombrante.

-Tu profites quand même des avantages, sourit amèrement Lucifer. Je suppose qu'il faut une contrepartie à cette menace constante.

James devait apprécier la célébrité de son fils, contrôlée et protégée. Harry avait dû s'entraîner et craindre pour sa vie dès son plus jeune âge.

-Parfois ça me gênerais moins que tu t'inquiètes pour moi si tu pensais à toi, lâcha le Gryffondor.

Lucifer tressaillit et son cœur manqua un battement.

-C'est... des fois... comme si tu vivais par procuration, comme si seule ma vie importait, par rapport à la tienne. Comme si tu n'aurais jamais dû naître et que ton seul rôle est de me protéger. Je ne veux pas de ça.

Les larmes montèrent aux yeux du rouquin, qui s'efforça de les réprimer. Lorsqu'il remarqua les yeux brouillés de son frère, Harry eut un mouvement de recul, ostensiblement très mal à l'aise.

-Aujourd'hui, je veux dire. Avant... nous n'avons pas été élevés comme des frères. Pourtant...

La gorge de Lucifer se nouait un peu plus fort à chacun de ses mots et il serrait les dents à s'en faire mal pour empêcher les larmes de couler.

-Je veux dire... J'ai eu une enfance heureuse, mais pas toi, et tu es là à t'inquiéter et à analyser ce que j'ai vécu, et le pire, c'est que tu touches juste.

-Je veux juste être là pour toi, et je le serais, Harry, quoi qu'il arrive.

Sa voix fut par miracle ferme. Lucifer inspira profondément.

-Si vivre avec vous signifie que j'aurais sans cesse été laissé dans l'ombre, forcé de te protéger, alors je ne regrette pas d'avoir été chez les Dursley. Pétunia a pris soin de moi à sa manière, et je suis libre de décider moi-même ce que je veux faire. Je te protège parce que tu es mon jumeau, parce que quoi qu'il arrive...

Les mots s'étranglèrent dans sa gorge mais il reprit.

-Je le choisis sans le choisir. Nous sommes jumeaux. Jamais je ne pourrais te laisser. Il s'agit de quelque chose d'ancré en moi.

Le regard d'Harry le fuyait, et ses joues rosissaient tandis qu'il faisait passer son poids d'une jambe sur l'autre.

-Bon sang, Lucifer ! Je sais... Je comprends.

Le lien muet passa entre eux, comme lorsqu'ils se trouvaient à la poursuite de la Pierre Philosophale ou dans la Chambre des Secrets. Les mains liées, ensemble, comme depuis avant même leur naissance. Les larmes qui roulaient sur les joues du rouquin se révélaient plus apaisantes que douloureuses.

Ils passaient dans le bureau du professeur Lupin, marchant dans Poudlard faute d'une meilleure idée d'occupation, muets et gênés par une distance entre eux qu'ils ne pouvaient résoudre, proches par des sentiments qu'ils ignoraient, lorsque l'homme les appela. La porte de son bureau était ouverte tandis qu'il corrigeait des copies, et il les remarqua.

-Harry, Lucifer ? Que faites vous là ?

Ils se retournèrent d'un même mouvement, mais alors que la posture du Poufsouffle se faisait respectueuse, son frère se recula et se tendit instantanément. L'homme se leva et s'approcha d'eux.

-Nous marchons, répliqua le Gryffondor. Les autres sont à Pré-Au-Lard.

Lupin soupira et passa une main dans ses cheveux. Les cernes sous ses yeux atteignaient ses joues il paraissait malade et épuisé.

-Je suppose que votre père a jugé plus prudent que vous restiez en sécurité à Poudlard.

-Ne faites pas comme si vous ne le connaissiez pas, s'exclama Harry avec fureur.

Lucifer le fusilla du regard, comprenant sa rancoeur mais désapprouvant son comportement par rapport à un professeur.

-C'est exact, répondit-t-il calmement.

L'homme leur ouvrit la porte en grand.

-Je suis navré, Harry. James et moi nous sommes tant éloignés que je ne peux m'adresser à vous comme si nous nous connaissions. Je suis néanmoins votre professeur. J'ai reçu un strangulot pour le prochain cours, voulez vous l'examiner ?

La curiosité saisit Lucifer qui saisit l'occasion d'observer la créature sans une foule d'élèves se pressant autour. Harry hésita et défia Lupin du regard mais rentra néanmoins dans le bureau. Au fond de la pièce, il y avait un grand aquarium dans lequel une répugnante créature verdâtre, hérissée de petites cornes pointues, faisait des grimaces contre la paroi de verre en déployant ses doigts longs et fins.

-C'est un démon des eaux, dit Lupin en contemplant le strangulot d'un air songeur. Nous n'aurons pas trop de mal avec lui. Il suffit de savoir briser son étreinte. Vous avez vu ses doigts extrêmement longs ? Ils sont puissants, mais fragiles.

Le strangulot montra ses dents, puis alla se réfugier sous un enchevêtrement d'herbes aquatiques.

-Une tasse de thé ? proposa Lupin en cherchant sa bouilloire des yeux. J'étais sur le point de m'en faire.

Une boisson paraissait la bienvenue dans cette atmosphère de tensions et ils acceptèrent. La méfiance du jeune Gryffondor envahissait la pièce, perceptible même pour un inconnu.

-Je voulais vous demander, déclara-t-il, pourquoi m'avoir empêché de vaincre l'épouvantard ?

Lucifer se tourna vivement vers lui, renversant au passage quelques gouttes brûlantes sur ses cuisses.

-Je pensais que cela paraîtrait évident, répondit-il en haussa les sourcils, surpris. J'imagine que l'épouvantard aurait pris l'aspect de Lord Voldemort. Je ne suis pas sûr du tout qu'il s'agisse d'une bonne idée de le voir se matérialiser devant une classe paniquée. Les épouvantard peuvent être dangereux et se nourrissent de la peur.

-Je n'ai pas peur de Voldemort, répliqua Harry. Je me suis tout de suite souvenu... du Détraqueur.

Il paraissait assez mal à l'aise, haïssant la faiblesse dans laquelle ces créatures le repoussaient. Lupin resta silencieux un instant, buvant une gorgée de thé.

-Je vois. Ainsi, ce dont vous avez le plus peur, c'est de la peur elle-même. C'est une preuve de grande sagesse, Harry.

Décontenancé, le garçon fixa son professeur.

-Vous m'avez laissé affronter l'épouvantard, murmura Lucifer.

Le silence lui répondit.

-Vous et Harry avez été séparés depuis des années. J'ignorais que vous étiez proches. Je n'ai entendu dire que récemment que vous aviez été à ses côtés lorsqu'il se trouvait en danger.

La main de Harry trembla lorsqu'il reposa la tasse sur le bureau. Lucifer hocha lentement la tête, les yeux rivés sur le sol.

-Votre épouvantard est la preuve d'une immense loyauté, Lucifer. Je suis impressionné ce sont plutôt des peurs d'adultes, et pas de tous.

Le garçon écarquilla les yeux, sentant l'interrogation de son jumeau.

-Ton cadavre. Celui de Noah.

La respiration d'Harry se suspendit quelques secondes, mais le rouquin ne parvint pas à s'arracher au fascinantes lignes du parquet en bois foncé.

-Les Détraqueurs vous affectent... commença l'homme avant que des coups à la porte ne retentissent.

Le professeur Rogue entra dans la pièce. Son regard noir se fit presque meurtrier lorsque son regard passa sur Lupin, sur Harry, sur Lucifer. Il fournit une potion à son collègue, et l'esprit de Lucifer se mit aussitôt à tourbillonner.

-Rogue s'intéresse à la magie noire, rappela Harry.

-Vraiment ? répondit distraitement leur professeur. Quoi qu'il en soit, il est très compétent dans son domaine, et il me rend un grand service en préparant une potion particulièrement compliquée.

Lupin était réellement malade, réalisa Lucifer, mais pourquoi leur infirmière ne pouvait-elle pas le soigner ? Quelle maladie requerrait une potion particulière et irréalisable, hormis par un professionnel ? Les deux frères prirent congé quelques minutes plus tard, et se retrouvèrent devant le bureau avec appréhension.

-Il est plein de tact, remarqua doucement Lucifer en réponse à la méfiance toujours présente d'Harry, et il sait faire la part des choses.

Il découvrait qu'il appréciait l'homme malgré le passif entre lui et son père, sa famille.


Noah lui avait rapporté de quoi satisfaire au moins une partie de sa curiosité maladive. Assis dans le dortoir au milieu de Gnomes au poivre, de sucettes au sang, d'une bouteille de bièraubeurre et d'autres friandises excentriques, Lucifer écoutait son ami lui décrire la Cabane Hurlante et les boutiques du village. Il fut bientôt l'heure de dîner, et le somptueux banquet d'Halloween le ravit jusqu'à ce qu'il morde dans une part de gâteau orangée. Le goût de citrouille emplit sa bouche et il eut un haut le cœur en l'avalant. Sally-Ann et Susan éclatèrent de rire, et Noah lui adressa un sourire amusé.

-Je pensais que c'était à la carotte, maugréa-t-il.

Il grimaça devant les verres plein de liquide orangée et se débattit pour trouver un pichet d'eau, ses dents râpant contre sa langue pour se débarrasser de l'immonde saveur.

-Tiens, lui conseilla Sally-Ann, poussant vers lui une part de pudding chocolaté dans lequel il mordit avec reconnaissance.

Il sentit le regard pétillant de son amie sur lui, et lorsqu'il releva les yeux, elle se mordit avidement la joue avant de céder à un nouvel éclat de rire.

-Désolée ! Oh, Lucifer, tu devrais voir ta tête !

Il ne parvint pas à se défaire du goût de toute la soirée et les deux filles gloussèrent chaque fois qu'il s'humecta les lèvres avec une grimace. Rassasié, les Poufsouffles regagnèrent leur salle commune et Noah et Lucifer se retirèrent dans le dortoir. Cédric Diggory surgit quelques minutes plus tard, hors d'haleine et les sourcils froncés par l'inquiétude. Les deux garçons se tendirent aussitôt, et la main du rouquin glissa vers son magiceomètre.

-Vous êtes seuls ? s'enquit le Préfet dont le calme tranchait avec son souffle court et son regard inquiet.

-Ernie est à la salle de bains.

-Je m'en charge. Descendez calmement rejoindre le professeur Chourave, nous dormirons dans la Grande Salle ce soir. Sirius Black a pénétré dans Poudlard, et nous devons mettre les élèves en sécurité.

Une sueur glacée coula le long de la colonne de Lucifer, qui tenta de maintenir une respiration raisonnable. Noah lui prit la main et ils se dirigèrent d'un pas incertain vers le reste de leur maison.

Les Gryffondors se trouvaient déjà dans la Grande Salle, visiblement secoués, et les Serpentards et les Serdaigle les rejoignirent peu après, décontenancés.

-Lucifer, l'apostropha la directrice, nous allons chercher Black dans le château. Ne bougez pas, et restez près de Mr Weber et Miss Perks.

La brutale prise de conscience que l'homme se trouvait là pour lui le fit se stopper soudainement.

-Harry ? s'enquit-t-il d'une voix rauque.

-Mr Potter est en sécurité avec sa maison.

Une partie de l'inquiétude qui le submergeait s'évanouit, mais son estomac se tordit douloureusement alors que Dumbledore faisait apparaître de moelleux sacs et couchages violets. Jamais encore il n'avait été la cible directe du danger. Sirius venait pour lui et son jumeau, pour les livrer en pâture à un mage noire ou achever son travail. Sirius Black, qui avait été l'un des plus proches amis de leur père. L'équation ne pouvait se résoudre dans l'esprit du jeune Poufsouffle. Comment pouvait-on trahir ? Comment pouvait-on jouir de la mort d'un ami, et la provoquer avec joie ? Il sentit ses jambes trembler, et Noah le rattrapa alors qu'elles cédaient sous son poids.

-Je d-dois voir Harry. Noah, c'est Halloween. Notre mère est morte il y a douze ans jour pour jour, et c'est sans doute délibérément que Sirius Black a choisi aujourd'hui pour entrer à Poudlard et nous traquer.

Son meilleur ami passa un bras autour de sa poitrine et le contint fermement.

-Respire, Lucifer. Tu ne tiens plus debout. Allons-y, il se trouve un peu à l'écart.

Ils traversèrent la Grande Salle, tous les regards braqués sur eux. Harry se tenait contre le mur, livide de fureur et de rage, le deuil voilant ses prunelles émeraudes.

-Il voulait me tuer, cracha le Survivant en avisant son frère. Il a déchiqueté le tableau de la Grosse Dame. Je regrettes qu'il ne soit pas entré. Je l'aurais affronté et vaincu au même titre que j'ai vaincu Voldemort !

-Harry... gémit Hermione.

Il se tourna vers elle, flamboyant de rage.

-Ma maman est morte à Halloween.

La haine suintait par toutes les pores de sa peau.

-Il nous a vendus à Voldemort, tous les quatre. S'il avait réussi, nous ne serions par là. Si Voldemort avait trouvé Lucifer sans moi, il ne serait pas là. Si Papa ne s'était pas jeté sur Voldemort, l'empêchant d'utiliser sa baguette, il serait mort et nous serions orphelins. Il a partagé le dortoir des Gryffondors pendant des années avec ses amis, et il les a tués de ses propres mains ou vendus.

La fureur dans sa voix la rendait puissante, et plusieurs élèves se tournèrent vers eux. Percy hurla l'extinction des feux, mais Harry n'y prêta pas attention.

-Ce n'est même plus un être humain. Le respect a disparu de sa personnalité, l'éthique également.

Aucun des quatre autres ne broncha. La peine et l'horreur gonflaient le cœur de Lucifer. Maladroitement, il tendit une main à son frère. Harry la contempla quelques trop longues secondes puis ses doigts moites s'entremêlèrent à ceux de son jumeau.

-Ne pars pas à se recherche pour me protéger, l'avertit le Survivant avec toute sa rage.

-Si tu te trouves face à lui, je serais là.

Harry ne répondit pas, et Percy vint leur ordonner de rejoindre leurs camarades de maison. Noah et Lucifer s'emmitouflèrent dans les sacs de couchages, et se collèrent l'un à l'autre. Incapable de dormir, le jeune Potter fixa le plafond étoilé. Noah se réveilla vers deux heures du matin et sortit sa main de la chaleur rassurante de la couette pour la passer sur la joue humide de son ami.

-Comment peut-on ? murmura le rouquin. Il a vécu des années avec ses personnes, ils étaient amis... Comment a-t-il pu ne serait-ce qu'envisager de le faire ? Passer à l'acte ? Est-ce que l'amitié est si... futile ?

Son estomac se tordit et sa gorge lui parut transpercée d'un pique. Les larmes dévalèrent sur le creux formés par ses cernes, les fines bosses de ses joues, et se logèrent dans son cou, où se trouvait la peau fine et rougie d'une blessure causée par la démolition de la chambre ce funeste soir de 1981. La main de Noah suivit leur trajet, douce et réconfortante, et les larmes continuèrent de couler durant son sommeil perturbé.


La rumeur se répandit comme une traînée de poudre dans Poudlard, et les élucubrations sur la façon dont s'y était pris le criminel pour pénétrer dans les lieux occupèrent les repas, dans des hypothèses toutes plus absurdes les unes que les autres. La semaine qui suivit perturba profondément Lucifer. Les professeurs ne le lâchaient pas du regard, et les préfets de sa maison l'escortaient discrètement jusqu'à ses salles de cours. D'après ses observations, son jumeau vivait la même expérience et n'en était pas plus heureux que lui. Cette attention constante et ces regards perçants achevèrent de le convaincre que jamais il n'aurait voulu de la célébrité de son jumeau. Ses conversations avec Noah ne lui paraissaient plus privées, et il étouffait. L'attitude de l'ancien ami de son père le bouleversait. Les deux garçons décidèrent de reprendre leurs activités et de s'aérer l'esprit, et ils abordèrent le professeur Binns juste avant qu'il ne puisse quitter sa salle de classe en traversant le tableau. Le fantôme se retourna, choqué que deux élèves s'adressent à lui, et ses yeux opaques les traversèrent comme s'il les voyait pour la première fois.

-Nous voulions vous parler d'un passage historique peu abordé, déclara Noah. Pourriez vous nous dire ce que vous savez de l'année 1574 et plus généralement, de la fin du XVIème siècle en Angleterre ?

-Je donnes ces cours aux Quatrième Année, répliqua sèchement l'homme. Les révoltes gobelines faisaient rage, et cela me prendrai trop de temps de tout récapituler.

-Le pays était dans un piteux état, se souvint Lucifer dans un flash. Le ministère devait à la fois gérer la fureur des gobelins et leurs revendications pour porter des baguettes et les Vieilles Familles et pour épargner des scandales politiques et continuer de profiter de l'influence sorcière, ils se sont concentrés sur les Gobelins.

Le fantôme s'éleva de quelques centimètres pour mieux contempler son élève.

-C'est exact. La séparation avec les moldus se faisait de plus en plus virulente, et les Vieilles Familles assoiffées de pouvoir ont tenté plusieurs complots tels que l'évincement de la reine, la mise en place d'un pouvoir principal sorcier, lâcher des loups-garous sur les enfants des nés-moldus qui risquaient de devenir puissant et de vouloir un régime qui leur paraissait plus juste.

Binns parlait d'une voix monocorde et sèche. De toute évidence, il jugeait ces faits bien moins intéressants que le combat entre Enund le Crasseux et Grook le Vil. Ce faisant, il ne pouvait se rendre compte que les deux élèves buvaient ses paroles, horrifiés et fascinés.

-Les plus âgés comme les plus jeunes étaient divisés, et Poudlard a risqué de courir à sa perte. Les liens qui apparaissaient entre les sorciers et la famille royale compliquaient les choses. Bien entendu, les complots ont échoué, et la reine a régné encore de nombreuses années, après quoi les héritiers légaux ont repris le trône, tous des moldus, tandis que le Ministère continuait de veiller sur les sorciers. La frontière entre les deux mondes n'a jamais été aussi proche qu'en 1574, mais elle s'est brutalement résorbée. Et maintenant, je vais retourner à mon travail.

Il disparut, et le silence se mit à régner dans la salle de classe. Le ministère, en ne s'occupant que des Gobelins, avait permis aux Vieilles Familles de gagner en puissance dans l'ombre et de mettre la chaos dans Poudlard. La situation s'était rétablie brutalement, dans un événement oublié qu'ils devaient aujourd'hui mettre en lumière. Le professeur d'Histoire de la Magie venait de leur fournir un élément manquant : le contexte précis. Les précieuses informations venaient appuyer la thèse de l'empoisonnement et de la filiation de Duncan Rey-Tudor avec Elizabeth Ière.

-Cela a dû être insupportable, murmura Noah. Ces mois passés à Poudlard, où tous pouvait basculer.

-Il existait tant de complots, renchérit son ami sur le même ton. Comment peut-on vivre alors que plusieurs tentatives d'assassinats sont en train de se mettre en place ?

-Le pouvoir, Lucifer. Il existe toujours des personnes dans l'ombre qui détiennent un indice, une ficelle, qui empêchent de retrouver la vérité ou de stopper l'engrenage et d'autres qui font échouer les mécanismes.

Les deux garçons échangèrent un regard, où l'effarement se disputait à la tristesse. Si l'histoire les passionnaient, ils se retrouvaient tous deux trop impliqués pour ne pas la prendre à cœur. Le funeste destin des élèves de Poufsouffle les touchait profondément.


La vie reprit peu à peu son cours, hormis une absence inexpliquée du professeur Lupin, remplacé par un Rogue véhément qui leur livra un cours sur les loups-garous tout en décriant son collègue. L'esprit de Lucifer divagua sur les quelques mots prononcés par Binns au sujet de ces créatures, et il leva la main. Le directeur de Serpentard l'ignora tant qu'il put, puis ses orbes noires flamboyèrent alors qu'il l'autorisait à formuler son interrogation.

-Professeur, quel est l'intérêt de lâcher des loups-garous sur... des ennemis politiques ? Puisqu'ils sont incontrôlables, n'est-il pas risqué de faire courir le risque de mort à tout une partie de la population, et créer de nouveaux lycaons ne risque-t-il pas de faire retomber la vengeance sur soi ?

La classe suspendit son souffle, et Hannah et Susan grimacèrent à sa question. L'expression de haine sur le visage de Rogue disparut pour laisser place à quelque chose ressemblant à de la surprise décontenancée. Son masque impassible remplaça bientôt toute émotion, et il marcha sur l'estrade avant de répondre d'un ton doucereux.

-Usuellement, la menace de lâcher des loups-garous sur une famille suffit à la faire se rendre. Dans le cas contraire, la punition organisée dissuadera les prochains ennemis de résister. Les bénéfices sont... intéressants, pour ceux qui recourent à une telle pratique.

-Ils sont ignobles, murmura le garçon roux au bord de la nausée.

Les orbes noires de Rogue se posèrent sur lui, indescriptibles, puis il reprit son cours. La haine qui émanait de lui vers Lucifer depuis qu'il l'avait surpris dans le bureau du professeur Lupin en compagnie de son jumeau se dissipa à partir de ce cours.

La frénésie dans l'école était indéniablement également liée au premier match de Quidditch de la saison, qui verrait s'affronter Poufsouffle et Gryffondor. Les Serpentards avaient prétendu que leur attrapeur était toujours mal en point, et Malefoy s'amusait à décrire tout haut ce qui pendait au nez de Hagrid lorsque la décision finale serait prise. Il récolta quelques maléfices et finit à l'infirmerie tandis qu'Harry fut mis en retenue par un professeur McGonagall très en colère. Lorsque Lucifer, Susan et Noah se retrouvèrent au bas des dortoir en ce samedi de Novembre, Sally-Ann, emmitouflée dans une couverture et confortablement installée dans un fauteuil moelleux, leur adressa un sourire malicieux.

-Il pleut des cordes, se moqua-t-elle gentiment. Je pense que vous irez réclamer de la Pimentine à l'infirmerie dès demain.

Ils maugréèrent mais rejoignirent tout de même le terrain de Quidditch, finissant trempés jusqu'aux os avant même que le match commence. Les mains rougies de Lucifer lui faisaient mal et ses cheveux plaqués contre son crâne devraient être lavés le soir-même, car ils recevaient également de la boue. Les joueurs étaient à peine visible, et Gryffondor mena bientôt de cinquante points. Les Poufsouffles continuaient d'applaudir leur équipe Diggory avait constitué une force de groupe qui manquait encore d'entraînement, mais qui surpassait de loin celle des deux années précédentes. Le temps s'assombrissait de secondes en secondes et nul ne fut surpris lorsque le capitaine de Gryffondor demanda une pause.

-Ca devient dangereux ! hurla Susan pour se faire entendre malgré la pluie battante. Tu crois qu'ils vont stopper le match ?

Un éclair illumina le ciel et l'orage se mit à gronder.

-Je ne crois pas, répondit Noah, une expression concernée sur le visage. Le Quidditch est trop sacré aux yeux de beaucoup pour que le mauvais temps l'annule.

-C'est stupide ! s'écria-t-elle, ramenant une mèche de cheveux boueux derrière son oreille.

Ils frissonnaient tous, et il ne faisait désormais aucun doute que les prédictions de Sally-Ann se réaliseraient. Lorsqu'ils reprirent, Lucifer constata que son jumeau avait dû se débrouiller pour améliorer sa vision car il paraissait désormais voler aussi bien qu'à l'accoutumée, devenant un réel challenge pour leur préfet. Le temps devint plus glacial encore et du givre commença à se former sur les rambardes des spectateurs. Une gigantesque forme noire s'avança sur le terrain, et le garçon reconnut les détraqueurs. Un brouillard glacé s'empara de lui en quelques secondes, et il ferma les yeux pour tenter de bloquer la sensation, tétanisé, incapable du moindre mouvement.

Harry était en l'air ! Harry s'évanouirait, et de si haut, une telle chute le tuerait. Il n'y survivrait pas. Il avait échoué à protéger son jumeau, se trouvait inutile...


-Je vous en prie, pas mes enfants ! Tuez moi à leur place, tuez nous, mais pas nos enfants !

-Pousse toi espèce d'idiote ! Allez, pousse toi !

-Pas mes fils ! Ne touchez pas à Lucifer et Harry !

Un long rire glacé, et la conscience trop vive de son jumeau, de son frère, Harry, Harry, Harry...

-HARRY !


Le son sortit de sa gorge puissant, douloureux, et il se redressa brutalement pour se rendre compte qu'il se trouvait dans un lit. Il sentit l'odeur de son meilleur ami et sa présence rassurante à ses côtés et distingua des tâches rouges qui devaient être l'équipe de Quidditch.

-Il va bien, Lucifer, souffla Noah. Il est simplement sonné. Oh, Lucifer...

Le ton bouleversé de l'autre garçon l'alerta, et il papillonna des yeux pour éclaircir son esprit et sa vue. Le visage trempé, strié de boue et de larmes, Noah se trouvait sur une chaise, bouleversé.

-Noah !

Il leva le bras et son meilleur ami s'accrocha à sa main comme s'il avait failli le perdre définitivement.

-Tu t'es mis à convulser, et Harry est tombé, et tu convulsais toujours à terre, les yeux révulsés...

Jamais son meilleur ami n'avait paru si fragile, et Lucifer serra ses doigts aussi fort qu'il le put.

-Je suis là. Je suis là... Les détraqueurs...

Il inspira profondément, comprenant soudain pourquoi ils constituaient la plus grande peur de son frère.

-Chaque fois j'ai l'impression de tout perdre, puis j'entends ma mère qui supplie de nous épargner... d'épargner ses enfants...

Il déglutit difficilement. Il s'agissait de la preuve concrète que sa mère les aimait tous les deux passionnément, que si elle avait survécu, il n'aurait pas été ainsi mis à l'écart.

-Elle m'aimait.

Noah fondit sur lui pour l'entourer de ses bras, se faisant sévèrement réprimander par Mrs Pomfresh.

-Et il y a Harry à côté de moi, Harry...

Il s'interrompit un instant pour chercher ses mots.

-C'est comme si nous nous trouvions dans le même berceau lorsque Voldemort est entré dans la chambre. Comme si nous avions toujours été ensemble jusqu'à cet instant, jusqu'à ce que le statut de Survivant nous sépare. La seule chose dont je suis conscient est qu'Harry est en danger.

Il se releva, repoussant délicatement l'étreinte de son meilleur ami avant de lui prendre les mains. Ils restèrent un long moment silencieux, partageant un soutien mutuel.

L'infirmière les garda jusqu'à la fin du week-end. Harry ne supportait pas que les détraqueurs constituent pour lui une faiblesse, et il ne parvenait pas à accepter que son jumeau entende plus que lui.

-Je ne veux pas que ça puisse causer un échec pour moi ! Je dois trouver comment les affronter, et je ne peux attendre juillet !

Il se trouvait dans le lit face à Lucifer, qui leva les yeux du Marchand de Venise pour planter ses yeux dans ceux de son jumeau.

-Désires-tu que je t'aide ?

-Tu ne peux pas ! Et ce n'est pas ton rôle.

-Il ne t'est pas venu à l'idée que je puisse avoir envie d'apprendre à me protéger des détraqueurs ?

La substance argentée qui avait surgi de la baguette de Lupin dans le train l'intriguait profondément. Elle ressemblait tant à ce qui entourait le node de la Tour d'Astronomie qu'il attendait avec impatience de pouvoir découvrir ce dont il s'agissait.

-Je suppose que Papa te l'apprendra de toutes façons, pour que tu...

Harry s'interrompit.

-Je pense que ces entraînement peuvent être utiles, tu sais. Ils t'ont aidés dans la Chambre.

Lucifer hocha la tête, résigné. L'enseignement de son père, s'il se révélait bon, lui donnait l'impression d'être inutile et incapable de le satisfaire.

Pourtant, avec tout ce qui se profilait, il savait qu'il devait être préparé. Si Black et les détraqueurs se trouvaient en même temps face à eux, le Poufsouffle se devait d'être capable de combattre l'un et de repousser les autres. Et Harry ne rejetait plus sa présence. Noah franchit la porte de l'infirmerie, ayant terminé de déjeuner, et ils commencèrent à réécrire les informations données par Binns. Lucifer ne se sentait pas serein, mais il avait connu bien pire.