Bonjour !
On est à un chapitre par mois. Je crois qu'on va pouvoir rester à ce rythme jusqu'à la fin du tome 3. Ensuite... Ensuite, eh bien, je vous parlerai un peu de la suite.
Voilà, nous en sommes officiellement à la moitié de Devoir de Mémoire. J'ai le sensation que l'intérêt pour Une Lueur d'en l'Ombre a diminué, peut-être parce que le principal mystère n'a toujours pas trouvé de réponse, peut-être parce que je met un peu trop de temps à publier les chapitres, peut-être pour autre chose. Cela modifie légèrement la donne mais m'a donné des idées intéressantes.
Pour ceux qui sont restés jusqu'ici, votre attente se termine. L'apogée en ce qui concerne l'Ancienne Salle Commune aura lieu dans le prochain chapitre, que vous découvrirez donc en Février. Merci à vous, qui êtes restés aussi longtemps et m'avez soutenue.
J'espère que cette ambiance de Noël un peu tardive vous plaira ! Bon chapitre !
Les vacances de Noël approchaient, et avec, le dernier week-end à Pré-Au-Lard de l'année. La rancoeur de Lucifer à l'égard de James revint soudainement lorsqu'il songea qu'il aurait pu choisir un cadeau pour Noah et Sally-Ann en dehors d'un catalogue mais également, pour une fois, trouver quelque chose qui siérait à sa tante. Il sortait de botanique lorsque son jumeau l'aborda, à sa plus grande stupéfaction.
-Lucifer...
Harry jeta un regard nerveux à Noah, Sally-Ann et Susan, et la jeunes Bones leva les yeux au ciel avant de traîner leurs amis un peu en arrière. La main de Lucifer effleura les doigts de Noah pour le retenir, mais son meilleur ami lui adressa un sourire et partit discuter un peu plus loin.
-Je te parles même quand Hermione et Ron sont là, fit remarquer le rouquin.
Il se tança aussitôt intérieurement, craignant d'avoir ranimé le conflit entre son frère et lui. Les prunelles émeraudes du Survivant étincelèrent de fureur.
-Ce n'est pas exactement vrai, et je sais que Noah le sait déjà de toutes façons, mais j'aimerais éviter que ça fasse le tour de l'école ! J'ai été demandé à Lupin de m'apprendre à me défendre contre les Détraqueurs, et il a accepté... Je pensais... que ça pourrait t'intéresser...
L'hésitation trahissait son incertitude quant à la proposition, mais Lucifer sentit une chaleur nouvelle l'envahir. Harry venait rarement le voir de son plein gré, et il avait pensé à lui dans une problématique qui les concernait tous les deux il paraissait ne plus considérer que son jumeau était une personne inutile à protéger et acceptait sa présence à ses côtés. Le visage pâle du Poufsouffle s'illumina et son jumeau détourna le regard, mal à l'aise.
-J'accepte avec plaisir ! s'exclama-t-il. Crois-tu que nous allons apprendre à produire cette brume blanche ? Elle est absolument fascinante ! Je me demande ce qu'elle représente ? Elle me rappelle...
Il s'interrompit brusquement dans ses réflexions. Son frère avait légèrement reculé, peu accoutumé à ces interrogations florissantes et à cette curiosité insatiable.
-Nous... Nous ne pourrons pas commencer avant les fêtes, vu qu'il est malade, mais je te dirais dès qu'un rendez-vous sera fixé.
Le Survivant hocha la tête avec incertitude, puis pris maladroitement congé. Les amis de Lucifer le rejoignirent, mais il resta silencieux, méditant la situation. Il craignait toujours que son jumeau ne change d'avis et le rejette violemment. Pourtant, leurs relations commençaient à s'améliorer. Il attrapa la main de Noah et la pressa, lui faisant passer son impatience et sa tension.
Le professeur McGonagall passa dans les classes pour leur demander de s'inscrire, ou non, sur la liste des élèves qui demeuraient au château durant les fêtes. Les parents de Noah prenaient le temps de se reposer en Angleterre avant de repartir en expédition, aussi le garçon décida-t-il de retourner à la Demeure Weber. Lucifer se demanda comment réagirait sa tante s'il revenait et décida qu'il ne désirait pas le savoir. Par ailleurs, devoir admettre que James avait sapé son autorité lui était inconcevable.
-Viens, Lucifer, lui enjoignit son meilleur ami. Mes parents ne seront pas mécontents de te revoir, et que tu me tiennes occupé pendant ces deux longues semaines !
Ses yeux gris brillaient de bonheur à l'idée de revoir si tôt ses parents. Il parlait un peu trop fort dans la salle de Binns, et tous les regards s'étaient tournés vers eux -à l'exception du fantôme qui continuait son monologue-.
-Ma gouvernante devrait être là également, je vais pouvoir te la présenter !
Noah paraissait si aérien soudainement, si heureux, que Lucifer sentit un large sourire se peindre sur son visage et accepta l'invitation sans plus de réflexion.
-Tu verras la Demeure sous la neige, elle est sublime ! Bien sûr, les fontaines sont gelées, mais ça ne rend les jardins que plus beaux, et la luminosité des pièces en est tout à fait changée ! Sans compter la décoration du Hall et du living-room.
Il marchait rapidement dans les couloirs glaciaux, la main de son meilleur ami dans la sienne, l'entraînant au rythme de ses pas vers la Grande Salle pour y prendre leur dîner.
-Ils te manquent réellement, murmura Lucifer. Je n'avais jamais compris à quel point. Je suis sincèrement désolé.
Noah secoua énergiquement la tête.
-Tous les élèves de Poudlard ne voient leurs parents que trois fois dans l'année, ne t'inquiètes pas pour cela. Je suis habitué à les voir partir en voyage, j'ai été élevé ainsi... Ils me manquent, c'est la vérité, parfois j'aurais préféré vivre dans une chaumière et que ce soient eux qui prennent en charge mon éducation, mais je suis fier d'être leur fils, et rien ne pourra jamais me faire regretter qu'ils soient Pernelle et Ebezener Weber.
Il se stoppa légèrement aux portes du Hall pour se tourner vers son meilleur ami.
-Tu me soutiens dans les moments difficiles, tu m'écoutes... Ne t'excuse pas, reprit-il, plus sérieux.
Ils entrèrent dans la Grande Salle épaule contre épaule mais mains déliées. Les lieux avaient été décorés avec de petites fées enchantées, un sapin aussi énorme qu'à l'accoutumée et le plafond magique de la salle faisait tomber une délicate neige blanche sur les élèves. Les deux garçons s'assirent en face de leurs amies.
-J'ai l'impression que tout le monde rentre cette année, constata Susan.
-Pas moi, déclara Sally-Ann.
Son annonce fut suivi d'un silence et l'atmosphère se refroidit légèrement.
-Je crois que tu devrais rentrer, répliqua Noah. Rien ne sera différent des autres Noëls. Le bébé n'est pas encore né.
Comme toujours, l'allusion à la grossesse de sa mère déclencha une série de réactions physiques chez l'adolescente qui se tendit, serra les dents et fusilla celui qui avait osé mentionner le problème du regard.
-Tout ça ne te regarde pas.
Susan secoua la tête pour signaler au garçon de s'arrêter là, mais Noah se redressa légèrement et acheva de découper le steak à point dans son assiette.
-Tu es en train de te couper de ta famille parce que tu as peur que ce bébé ne soit pas magique ou qu'il le soit.
-Tu t'aventures sur un chemin dangereux, Noah, siffla Sally-Ann.
Lucifer fronça les sourcils devant les jointures devenues blanches de son meilleur ami, et devant cette expression déterminée qu'il lui connaissait.
-Tu as tellement peur qu'ils s'éloignent de toi que tu as décidé toi-même de ruiner toute relation avec eux. C'est indigne d'un Poufsouffle.
Susan hoqueta, Lucifer retint son souffle. En chien de faïence, les deux troisièmes années se fixaient comme des loups près à bondir.
-Connard.
L'insulte réponse fusa, miracle au vu des dents si serrées de la jeune Perks. Elle tira sa baguette, la considéra, puis décida qu'il valait mieux envoyer au visage du garçon le contenu de son assiette. Noah se retrouva couvert de ragoût brûlant et laissa échapper un cri de douleur. Lucifer considéra froidement son amie, puis lui tourna le dos et s'appliqua à aider Noah à enlever la sauce de son visage écarlate. Une sensation poisseuse et fraîche le fit tressaillir alors qu'un liquide coulait le long de sa colonne vertébrale. Il compris que Sally-Ann venait également de lui envoyer de la nourriture mais au moins il ne souffrait pas. L'odeur qui parvint à ses narines le fit néanmoins hoqueter de dégoût, et il se retourna vivement pour voir qu'elle tenait un pichet de jus de citrouille entre les mains, et le fixait avec fureur, comme prête à l'étrangler.
-Tu es jalouse, comprit-il.
Il regretta une nouvelle fois de ne pas savoir tenir sa langue, et se reçut le reste du verre de la jeune fille, qui coula le long de ses lèvres et lui donna la nausée. Susan attrapa les poignets de son amie.
-Ca suffit ! ordonna-t-elle. Ils sont stupides et pas très adroits, mais tu te donnes en spectacle et ça n-ne v-alait pas le c-oup...
Elle trébucha sur la fin de sa phrase, et se mordit la lèvre. Le cœur au bord des lèvres, Lucifer se rendit compte qu'elle s'empêchait d'éclater de rire. Ils devaient avoir l'air fin, ainsi couverts de nourriture, tous les regards braqués sur eux. Ses joues s'embrasèrent.
-Que se passe-t-il ici, pour l'amour d'Helga ? s'exclama le professeur Chourave.
Elle paraissait furieuse.
-Vingt-points en moins pour Poufsouffle, tempêta-t-elle. Quelle image êtes-vous en train de renvoyer ? Notre maison est unie quoi qu'il arrive ! Si vous n'y parvenez pas, une retenue collective pour régler vos différents pourrait vous forcer à discuter convenablement ?
Lucifer ouvrit la bouche pour s'expliquer mais baissa les yeux devant le regard sévère de sa directrice de maison.
-Potter, Weber, filez vous nettoyer, reprit-elle radoucie. Miss Perks... Venez dans mon bureau.
Sally-Ann, les poignets rougis à force d'être maintenue par Susan, hocha la tête et suivit le professeur de Botanique. Ses yeux noisettes flamboyaient toujours de fureur.
Lucifer laissa Noah passer sous l'eau tiède sa peau brûlée et meurtrie, attrapant juste un verre d'eau pour se débarrasser du jus de citrouilles. Il enleva prestement sa robe de sorcier, soupirant en constatant qu'elle empesterait le dortoir jusqu'à ce que les elfes de maisons viennent les nettoyer. Son meilleur ami ressortit, des marques écarlates toujours présentes sur son visage et ses mains.
-Je vais avoir faim jusqu'au matin, soupira-t-il alors que Lucifer l'examinait.
-Désires-tu aller à l'infirmerie ? Ces plaques m'ont l'air douloureuses.
-Ca ira, le remercia-t-il. Tu devrais aller te doucher.
Scrutant quelques secondes de plus les brûlures, le jeune Potter se glissa ensuite dans la salle de bains et utilisa le savon avec délectation. Il sortit les cheveux humides et les constata roux depuis... depuis un an quasiment. Avait-il toujours besoin de les teindre ? La boîte offerte par James l'année précédente contenait encore quelques teintures amusantes et surtout, un tube vert et un bleu, d'excellente qualité. Il se promit de les emporter chez Noah. En ressortant, il constata que son ami grimaçait lorsqu'il pliait les doigts.
-Ne veux-tu vraiment pas...
-Nous sommes dans une école de magie, Lucifer. Il m'est arrivé bien plus grave que de recevoir de la viande bouillante sur la peau !
Malgré lui, le rouquin sentit ses commissures se relever. A présent qu'il était débarrassé du liquide, la situation avait quelque chose de comique. La fureur et la souffrance de leur amie en revanche, beaucoup moins.
-Tu as été un peu dur... lui reprocha-t-il. Et je crois que je n'ai pas été diplomate.
-Ce n'est pas un qualificatif que je t'attribuerais, répliqua son ami depuis son lit avant de se tourner vers lui. Je ne supporte pas... ah ! Je déteste la façon dont elle se détache de sa famille, alors qu'ils sont sensés être les premiers à qui elle a été loyale ! Ils l'aiment, il est aisé de voir qu'elle a eu une enfance aimée et relativement paisible !
-« Indigne de Poufsouffle », Noah. C'était violent au delà du nécessaire.
Le garçon chassa une mèche d'un mouvement agacé.
-Je n'ai pas envie de me disputer avec toi, Lucifer. Je lui ait dit sincèrement ce que je pensais...
Il médita quelques instants, et son visage s'assombrit. Son meilleur ami vint s'asseoir à ses côtés.
-Je l'aurais pris aussi violemment, voir plus. S'il existe une insulte pour un Poufsouffle...
-Peut-être était-ce dur, admit-il avec réluctance.
Lucifer posa une main sur son épaule, et Noah se détendit aussitôt.
Mrs Chourave dut trouver les mots justes, car Sally-Ann retourna finalement chez elle pour les fêtes. Sous l'injonction de Susan, ni Lucifer ni Noah ne firent le moindre commentaire. Ils s'espacèrent les uns des autres, l'ambiance étant devenue presque glaciale entre eux. Sally-Ann s'était contentée de les informer que leur directrice de maison ajournait leur retenue à quatre, mais qu'ils devaient se montrer irréprochables jusqu'à la fin du semestre.
Le week-end à Pré-Au-Lard vit se rassembler toute l'école devant le Hall d'entrée. Noah avait promis à Lucifer de rentrer dès que possible, mais il devait trouver des présents pour Noël, ce dont son meilleur ami convint aisément. Résigné à feuilleter une nouvelle édition du même magasine de commande par hibou que l'année précédente, le rouquin accompagna son meilleur ami jusqu'au dehors, pressa sa main et le laissa s'éloigner seul dans la neige, le cœur serré par l'angoisse. Il haïssait savoir Noah sans personne à ses côtés, plus encore depuis qu'il avait été pétrifié l'année précédente. L'enthousiasme qui avait jadis régné entre Sally-Ann et eux leur manquait, mais ils ne parvenaient pas à passer outre l'incident. Se retrouvant seul sur le porche en compagnie de son jumeau, les deux Potter échangèrent un regard, haussèrent les épaules de concert, et prirent un chemin au hasard dans le château.
-Il me faudrait un nouveau balai pour Noël, soupira Harry. Le Saule Cogneur a détruit mon Eclair de Feu... Ca craint. Je crois que j'aurais aimé autre chose, et... il me manquera. Ce balai. J'ai testé le modèle, et le remplacer pour un modèle identique ne me semble pas... juste.
Il hésitait toujours avec maladresse, et même si Lucifer songea un instant qu'il pouvait ressembler à Dudley, à ne pas s'inquiéter du prix des choses, mais son attachement matériel le toucha.
-Je suis désolé, offrit-il en tâtant le magiceomètre dont il ne se séparait jamais.
-Tu n'y es pour rien, répliqua son frère avec un nouveau haussement d'épaules.
Ils étaient arrivé au deuxième étage près de la statue de la sorcière borgne. Un mouvement les mit tous deux en alertes, et deux silhouettes identiques surgirent devant eux. Lucifer reconnut sans mal Fred et Georges Weasley.
-Je croyais que vous vouliez dévaliser Zonko ? grommela Harry.
Il enfonça les mains dans ses poches lui non plus n'avait pas digéré l'interdiction de James. Les jumeaux échangèrent un regard complice.
-On voulait te donner quelque chose d'amusant avant d'y aller, sourit l'un d'eux avec un clin d'oeil mystérieux. Viens voir. Lucifer, je crois que ça peut t'intéresser aussi, puisque tu es autant coincé ici qu'Harry.
Sous leurs yeux et remarques sceptiques, se dévoila sous leurs yeux la Carte du Maraudeurs. Extatiques, les jumeaux Weasleys leur expliquèrent le concept, et Lucifer passa ses doigts sur leurs noms et sur les personnes en train de se déplacer quelques centimètres plus loin, hypnotisé. Fred et Georges exposèrent la manière de s'en servir, puis disparurent en les saluant joyeusement aussi soudainement qu'ils étaient apparus. Harry ne prononça mot durant de longues minutes, au point où Lucifer approcha timidement sa main de son épaule son frère se retourna brutalement et il le gifla par inadvertance.
-Exc...
-Tu devrais la prendre.
Effaré à l'idée d'avoir blessé, même à peine, son jumeau, le Poufsouffle mit quelques secondes à emmagasiner l'information débitée sur un ton ferme et égal.
-Elle t'a été donnée.
-Ecoutes...
Harry lui attrapa le poignet, et l'entraîna jusqu'à une salle de classe désaffectée.
-Promets moi que tu ne répéteras pas ces informations !
-Simplement à Noah.
Harry eut un soupir exaspéré.
-Est-ce qu'il y a une seule information qui ne passe pas par vous deux ? Bon sang ! Ecoute moi... Tu devrais le savoir, de toutes façons... Si jamais... tu l'aurais su... Les Maraudeurs... C'est le nom que prenaient Papa et ses amis à Poudlard. Je l'ai déjà entendu cracher dessus : « Les Maraudeurs, inséparables... ». Je ne sais pas à quoi font référence les surnoms, j'ignorais qu'ils en avaient et je suppose qu'ils les ont simplement utilisés pour signer mais... Cette carte lui appartenait probablement. A lui, Lupin, Black, Peter.
Il lui fourra le parchemin dans la main, mais Lucifer ne referma pas ses doigts dessus.
-Harry... Ils te l'ont donnée. James... t'aime, tu es son fils plus que...
Les mots s'étranglaient toujours quoi qu'il fasse, peu importe le nombre de fois où il tentait de se raisonner, et ses yeux le brûlaient.
-Nous sommes deux, et j'ai hérité de la cape. Papa t'aime aussi, sans quoi il ne t'aurait jamais interdit d'aller à Pré-Au-Lard. Il m'a donné un héritage familiale, tu devrais avoir le deuxième. Sans compter que... tu aurais dû avoir l'autorisation de t'y rendre. Et... Au moins, tu cesseras de me suivre partout et de t'inquiéter si tu peux voir où je suis. Je veux juste ta promesse que tu ne m'espionnera pas et que tu te contenteras de te rassurer en cas d'urgence.
Le raisonnement paraissait tout à fait logique. Lucifer sentit sa gorge se nouer, et referma enfin sa prise sur le parchemin.
-Ceci étant, je veux venir à Pré-Au-Lard aujourd'hui. Je vais chercher la cape, on se cachera dessous.
Il fila jusqu'à la Salle Commune des Gryffondor, laissant son jumeau bouleversé, les yeux trop humides, et légèrement perdu.
Jamais Lucifer n'avait eu l'honneur de se glisser sous la cape d'invisibilité. Il contempla avec stupéfaction l'absence de son corps, tandis que son jumeau protestait contre sa lenteur.
-Je n'ai pas d'argent sur moi, constata le Poufsouffle.
S'il pouvait trouver quelque chose pour sa tante...
-J'en ai pris. N'insinue même pas que tu ne veux pas que je paies pour toi, j'ai suffisamment de Gallions pour me le permettre, et Papa t'encourage toujours à te servir dans notre coffre.
Son frère referma la bouche et hocha la tête, lui emboîtant le pas, songeur. James considérait qu'il faisait partie de sa famille, non seulement en terme d'autorité mais également sur son entretien. Il avait accès à la fortune Potter.
-Viens ! s'impatienta Harry.
Ils s'engouffrèrent dans le passage. Lucifer n'était pas habitué à se déplacer de cette manière : leur pas devait être régulé exactement au même rythme, et la cape entravait leurs mouvements. Ils faillirent se faire repérer en se frayant un chemin hors de la cave d'Honeydukes et trouvèrent Ron et Hermione en train de chercher des sucreries pour Harry. La jeune fille étouffa un cri lorsque son ami lui glissa un mot à l'oreille, et se trouva entièrement déconcertée. Lucifer laissa son jumeau discuter avec ses amis et contempla l'immense boutique de nourriture qui s'offrait à lui. S'il parvenait à trouver quelque chose de peu sucré, qui ne soit pas ostensiblement magique mais qui ne puisse être trouvé dans le monde moldu, il pourrait sans soucis l'envoyer à sa tante pour Noël. Son regard fut attiré par des Fondants du Chaudron dont il se délectait à chaque voyage à bord du Poudlard Express, ainsi que par des sculptures de lait glacées qui ne fondaient jamais. Il choisit celle représentant le village de Pré-Au-Lard en miniature et Ron se chargea d'ajouter ses demandes à ses achats.
-Où allons-nous ? s'enquit gaiement Harry. J'ai fait tous mes achats par magasine, inutile que Papa se doute de quoi que ce soit.
-Harry... commença Hermione en se mordant la lèvre.
-Tu vas me dénoncer ? sourit-il.
-Bien sûr que non, mais la carte... Et quand même, tu n'as pas l'autorisation. Sirius Black est dangereux, Harry.
-Elle est à Lucifer... A condition que je puisse la lui emprunter de temps à autre !
Il souriait et sautillait, et si son jumeau sentait l'allégresse l'envahir à le voir aussi enfantin et léger, il comprenait les arguments de la Gryffondor.
-Allez Hermione, laisse les profiter, conseilla Ron. Il y a la Cabane Hurlante... Et Zonko... Sinon, puisqu'il fait froid, nous pourrions aller aux Trois Balais.
Pré-Au-Lard ressemblait à une carte postale, ainsi recouverte de neige et de décorations, mais au bout d'une dizaine de minutes dehors avec un vent de blizzard qui soufflait et rougissait leurs extrémités, ils décidèrent effectivement de se réfugier dans le Pub.
-Noah... murmura Lucifer.
Son ami lui en voudrait-il de ne pas avoir exploré en sa compagnie, pour sa première sortie dans le village ? S'inquiéterait-il en rentrant au dortoir de ne le voir ni dans la Salle Commune ni à la bibliothèque ?
-Tu vas devoir rester avec moi, commenta son jumeau sur le même ton. Nous n'avons qu'une cape.
Il ne se rendait sans doute pas compte de son ton autoritaire, et Lucifer tenta de ne pas en prendre ombrage. Il inspira profondément et suivi les trois autres jusqu'aux Trois Balais.
Hermione était une excellente sorcière, avec des réflexes aiguisés. Lorsque Ron partit chercher les boissons en rougissant, elle déplaça très légèrement le sapin afin de camoufler les deux jeunes rebelles. Le jeune Weasley ramena quatre chopes de Biéraubeure, et Lucifer y trempa les lèvres prudemment avant de décider qu'il s'agissait pour le moment de la meilleure des boissons sorcières qu'il ait goûtées. Sa chaleur réconfortante s'infiltra dans son corps et il se détendit très légèrement. La cape d'invisibilité forçait son jumeau à se coller contre lui et il sentait chacun de ses mouvements, chaque souffle de sa poitrine. Il s'agissait de la première fois qu'il expérimentait cette proximité avec son frère et sa gorge se noua.
Quelques instants plus tard, Hagrid, les professeur Flitwick et McGonagall et un homme que Lucifer n'avait jamais vu mais qu'il comprit rapidement être le ministre entrèrent dans le pub, et il se fustigea mentalement de ne pas avoir pensé à une telle éventualité. A en juger par la façon dont les muscles de son jumeau se tendaient, il n'était pas le seul. Les adultes prirent place, burent joyeusement, puis entamèrent une discussion avec Mme Rosmerta, qui portait sur Sirius Black. Intrigué et poussé par sa curiosité maladive, Lucifer ferma les yeux pour entendre et enregistrer chaque nuance de la conversation.
-Black et Potter, les chefs de leur petite bande. Tous les deux très brillants, bien sûr – exceptionnellement brillants, en vérité – mais je crois que jamais aucun élève ne nous a causé autant d'ennuis que ces deux-là.
-Je n'en suis pas sûr, dit Hagrid avec un petit rire. Fred et George Weasley peuvent également prétendre au titre.
-On aurait dit que Black et Potter étaient deux frères ! intervint le professeur Flitwick. Absolument inséparables !
-Sans aucun doute, répondit Fudge. Potter avait une confiance absolue en Black. Et c'était toujours vrai quand ils ont quitté l'école. Black était témoin au mariage de James et de Lily...
Lucifer rouvrit prestement les paupières, et il lui sembla que la pièce autour de lui tournait. Comment avaient-ils pu être si proches, alors que Sirius les avait trahis, et que James parlait si froidement de lui aujourd'hui ? Comment la valeur de l'amitié pouvait-elle être réduite à néant ? Il sentit son estomac se nouer et éloigna prestement le verre de sa porter. Harry posa une main sur sa cuisse, et l'agrippa pour lui intimer de rester immobile et silencieux.
-Mais il n'a pas réussi à s'enfuir, n'est-ce pas ? reprit Madame Rosmerta avec une certaine satisfaction. Le ministère de la Magie l'a attrapé le lendemain !
-Si seulement nous avions pu ! soupira Fudge avec amertume. Ce n'est pas nous qui l'avons retrouvé. C'est Peter Pettigrow, un autre ami des Potter. Fou de chagrin et sachant que Black avait été le Gardien du Secret des Potter, il s'est lancé tout seul à sa poursuite.
-Pettigrow... C'était ce petit garçon grassouillet qui traînait toujours derrière eux ?
-Il avait un véritable culte pour Black et Potter, murmura le professeur McGonagall. Mais il n'était pas du tout à leur niveau. Il m'est arrivé d'être assez sévère avec lui. Vous imaginez à quel point je... je le regrette aujourd'hui.
-Misérable traître abject et répugnant, rugit Hagrid. Il ne lui a pas suffit d'essayer de tuer ses amis et son filleul, il a aussi privé l'autre enfant de son parrain ! James était vivant, mais Pettigrow a sans doute voulu protéger Lucifer au cas où ce... cet assassin ! parvenait jusqu'à lui.
Le jeune Poufsouffle s'étrangla, et sa gorge lui parut léchée par des flammes. Les ongles de son frère broyaient sa cuisse. Le reste du récit expliqua la façon dont l'homme était mort en héros, réduit en miette au point où seul un doigt, restitué à sa mère en même temps que l'Ordre de Merlin à titre posthume, avait été retrouvé. Une larme roula sur la joue du rouquin alors que la conversation repartait sur Sirius et ses objectifs : retrouver et rejoindre Voldemort et l'aider à récupérer sa puissance passée.
Enfin, les adultes se levèrent et partirent dans un tourbillon de neige. Hermione et Ron fixaient Harry et Lucifer.
Ils sortirent collés l'un contre l'autre, muets mais connaissant parfaitement leurs sentiments mutuels. Il s'agissait d'une entente compassionnelle, instinctive, qu'ils n'avaient expérimenté que deux fois, dans des situations extrêmes. Lucifer pleurait. Les poings de son jumeaux étaient livides et avaient laissé des traces sanglantes sur sa cuisse.
-Je le retrouverais, promit férocement Harry. Je le tuerais.
-Je serais... là.
Il n'eut pas la force d'articuler autre chose ou même de raisonner son frère si impulsif et si déterminé.
-Papa ne me l'a jamais dit, souffla Harry, et sa voix brisée trahissait tant de souffrance que la poitrine de son jumeau se compressa un peu plus. Il était mon parrain, et je l'ignorais. Je suis celui qui doit vaincre Voldemort, et mon parrain est l'un de ses sbires.
Il rit, d'un rire cruel et sans joie.
-Quelle ironie !
Lucifer attrapa son poignet et l'encercla de ses doigts avant de le presser. Son propre parrain était mort plus aucun adulte dans le monde magique ne se souciait de lui ni ne pouvait l'aimer. Jamais il ne pourrait le connaître, entendre le son de sa voix, le regarder et espérer une complicité... Les larmes dégoulinaient sur son écharpe. Les doigts gelés de son frère tenaient sa main.
-Je n'arrive pas à croire que Papa ne m'ait rien dit ! Pourquoi ? Pourquoi il ne me fait pas confiance, pourquoi est-ce qu'il ne voit pas que tu...
Il s'interrompit brusquement, lâcha brutalement son jumeau et recula, les larmes aux yeux, en proie à une colère intense.
-Harry !
Lucifer anticipa sa fuite et lui attrapa le bras. Son frère chercha à se dégager violemment mais il tint bon.
-Je veux être seul, Lucifer ! Ca n'a rien à voir avec toi ! Laisse moi !
Il relâcha son emprise et Harry se saisit rageusement de sa cape, marchant rapidement vers Honeydukes, puis dans les couloirs de Poudlard jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus se faire prendre, sans un mot.
Le Poudlard Express ramenait énormément d'élèves pour les fêtes il s'agissait d'un phénomène que Lucifer n'avait jamais encore pu voir. Noah lui avait reproché de ne pas au moins avoir laissé un mot qui lui aurait permis de ne pas s'inquiéter, mais l'état de son ami lui paraissait si alarmant qu'il s'en était tenu là. Le rouquin pleurait, sans vraiment parvenir à arrêter et même lui finissait par ne plus comprendre pourquoi. Il se sentait simplement bouleversé, et Noah se trouvait démuni et en proie au même chagrin. Avait-ce été de voir son jumeau furieux et blessé ? De se rendre compte que James et Lily lui avaient choisi un parrain parmi leurs amis les plus proches, qu'il avait un jour compté de la même manière que son frère ? De savoir que le seul adulte qui aurait pu se soucier de lui s'était lui aussi fait assassiner ? Ou cette boule dans la gorge qui empirait chaque fois qu'il songeait que James avait été trahi par un ami proche, aussi proche peut-être que Noah et lui... ? Sally-Ann et Susan s'étaient assises dans le même compartiment. La jeune Perks avait le teint pâle, d'immenses cernes sous les joues et les bras croisés, mais elle fixait Lucifer avec inquiétude et il lut une pointe de détresse sur son visage.
-Je sais pas, répondit Noah à la question muette de Susan. Je ne supporte pas de le voir comme ça, et...
Sa voix se brisa et le rouquin attrapa sa main pour la presser.
-C'est stupide, répliqua-t-il, et sa voix rauque lui érafla la gorge. Je n'arrive juste pas à arrêter...
Noah savait, bien entendu. Il lui avait rapporté la conversation entière.
-Prend une longue inspiration, répondit Susan. Souffle. Une deuxième. Doucement.
Il obtempéra et sentit ses poumons recevoir enfin l'air nécessaire. Suivant le rythme imposé par la jeune fille, il respira et ses yeux, bien qu'humides, commencèrent enfin à s'assécher.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
La question de Sally-Ann possédait une touche abrupte, fantôme de la tension qui régnait entre eux, mais elle s'inquiétait profondément. Lucifer hésita légèrement.
-J'ai surpris une conversation à propos de Sirius Black.
Il ne mentionna pas qu'il avait enfreint l'interdiction de ne pas se rendre à Pré-Au-Lard, mais conta son récit et parvint à ne pas recommencer à pleurer. Noah était pressé contre lui, soutien indéfectible et essentiel. Sally-Ann le dévisagea.
-Tu es trop loyal, Lucifer.
Un sourire se forma sur ses lèvres, que franchit bientôt un rire nerveux.
-Tu avais tellement l'air... déconfit avec tout ce jus de citrouille...
Il s'agissait de sa manière d'éponger l'incident qui les avait divisés, et ils retrouvèrent en quelques heures l'atmosphère coutumière de franche camaraderie entre eux.
-Je ne peux pas t'aider, ni Susan, ni même Noah, ajouta-t-elle férocement. Il y a certaines choses que tu ne peux pas comprendre, qui n'entrent pas dans ton mode de fonctionnement.
Elles parvinrent à lui changer les idées. Lorsque le père de son meilleur ami vint les récupérer à King's Cross, Lucifer prit la décision de tenter de comprendre comment quelqu'un d'aussi proche avait pu trahir de la sorte.
Retrouver la Demeure Weber l'enchanta. Les jardins recouverts de neige et les fontaines gelées attirèrent son attention la luminosité nouvelle et aveuglante de l'hiver lui fit voir les lieux sous un autre angle. Korrigan le suivit dans tous les couloirs, refusant de poser une patte sur la poudreuse blanche, et les deux garçons firent la rencontre du personnel qui avait été en déplacement durant l'été. Pernelle et Ebenezer organisaient une soirée pour le Nouvel An, mais Noël serait dédié à la famille et aux domestiques.
Noah et Lucifer décidèrent d'aller saluer Cygnus Weber le lendemain de leur arrivée. Le fantôme fixait toujours les jardins, prisonnier de ses souvenirs.
-Nous peinons à avancer, admit le jeune Weber après s'être incliné.
Ils avaient terminé de passer les dortoirs au peigne fin, et si leurs recherches sur le contexte historique avançaient et qu'ils étaient parvenus à des conclusions intéressantes, ils ne parvenaient toujours pas à retracer les événements de la soirée où tout avait dégénéré.
-Vous pensez qu'il vous manque une pièce du puzzle, les tança Cygnus de sa voix cinglante. Regardez les faits dans leur ensemble, n'attendez pas une information magique qui fera que tout s'éclairera ! Lorsque vous parviendrez enfin à trouver les dernières traces, il vous manquera toujours l'essentiel !
Le garçon aux cheveux noirs serra les poings et l'esprit de Lucifer commença à tourbillonner à toute vitesse. L'Histoire, le contexte, les personnes, constituaient une donnée nécessaire. Il posa une main apaisante sur l'épaule de son meilleur ami puis braqua ses prunelles sur le fantôme.
-Nous travaillons sur l'essentiel, sur le contexte.
-Bien.
Il se détourna, et retourna à la contemplation des jardins.
-Je vous l'ai indiqué, je ne suis plus celui que vous cherchez, ni même l'écho du passé. Réveillez l'Histoire, mais ne venez pas m'importuner avec votre avancement. Je suis le fantôme de ton ancêtre, Noah Estivius Weber, la fonction que j'accepte consiste à informer ceux qui daignent venir me voir et à parler au nom des Weber. Le devoir de Mémoire appartient aux vivants, pas aux morts.
Si son ami parut découragé et blessé, les mots firent écho chez Lucifer à ce qu'il avait appris à l'école primaire moldue, aux sites que certains devaient visiter. Ils sortirent respectueusement de la pièce et il emmena Noah dans l'ancienne garçonnière glaciale.
-Cygnus Weber soulève un point important, murmura-t-il. Que ferons nous une fois que l'Histoire sera réveillée ? Comment instaurer un devoir de mémoire ?
Noah se laissa glisser sur le sol, las et vide d'espoir.
-Je l'ignore, Lucifer. La tâche qui nous a été confiée par mon ancêtre est immense, mais parce que nous avons pris la décision de comprendre, la mémoire nous en incombe.
Son meilleur ami s'assit près de lui et il posa sa tête contre son épaule.
-Nous y parviendrons, promit-il.
-Bien sûr que nous y parviendrons, acquiesça férocement Noah.
Ils perceraient à jour les complots et éclaireraient les derniers points sombres. Ils s'y consacreraient jusqu'à y parvenir.
Les cadeaux avaient été disposés au pied du sapin, ce qui rappela à Lucifer ses Noël à Privet Drive. La montagne de cadeaux que recevait toujours Dudley -l'exclusivité de sa liste, sans aucune surprise- prenait le salon entier et Lucifer se demandait dans ses jeunes années quelle monstruosité il avait commis pour ne pas être autant digne de l'attention du Père Noël que son cousin. Il recevait toujours deux présents, l'un plus conséquent que l'autre. La pile à son nom ce matin là le comblait de joie et lui donnait l'impression d'enfin avoir trouvé sa place en entrant dans le monde magique. Il s'agenouilla et sourit en constatant qu'il avait reçu autant de lettres que de cadeaux. Le premier venait de Sally-Ann.
Lucifer,
Joyeux Noël.
Je tiens à toi, même si nous sommes en froid, sache le. Essaie un peu de voir plus loin que le bout de ton nez.
Je suis sincère, Lucifer, je te souhaite un joyeux Noël, et j'ai hâte de te voir à la rentrée.
Sally-Ann.
La lettre avait été rédigée avant qu'ils ne partent du château et il s'en trouva touché. Il lui avait envoyé un anti-stress magique sous la forme d'une peluche boursouf qui dégageait une chaleur apaisante et s'illuminait de blanc si la personne s'agaçait trop. En retour, il découvrit une cassette audio d'Iron Maiden, l'un des groupes préférés de la jeune fille et il se promit de l'écouter dès son retour à Privet Drive -un jour où son cousin et son oncle seraient de sortie-. La seconde lettre provenait de son jumeau, et il peina à l'ouvrir, ses doigts tremblant d'appréhension.
Lucifer,
Je pense que tu dois te torturer, mais je répète que ça n'a rien à voir avec toi. C'est dur à avaler, d'accord ? Je sais que pour toi aussi, mais je ne veux pas de réconfort, juste régler ça de mon côté.
Je suis de retour au Manoir Potter. Je ne compte pas confronter Papa à ce sujet. Il ne m'a rien dit, c'est son choix. Je ne cautionne pas, je ne veux juste pas en parler.
J'espère que ce que je t'ai pris te plaira -Hermione m'a aidé à le choisir- et que tu passes un bon moment chez les Weber !
Joyeux Noël !
Ton frère,
Harry
Il éprouva un intense soulagement et un poids s'ôta de ses épaules. Il commençait à comprendre que son jumeau s'était habitué à se débrouiller seul, à ne parler de ses tracas qu'à James. Ouvrant l'emballage doré, il découvrit un lourd livre recouvert de velours bleu intitulé « Enigmes, puzzles et codes ». Ses yeux noisette s'agrandirent quand en l'ouvrant, il découvrit des doubles pages recouvertes de photos, de loupes et d'anciennes écritures. Il serra l'ouvrage contre son cœur. A ses côtés, Noah fixait les yeux brillants le bracelet aux pendants celtes qu'il lui avait offert. Les trois objets accrochés possédaient des vertus protectrices et préventives pour son porteur. Lucifer avait également reçu un parfum masculin de la part de son père, accompagnée d'une lettre aussi agréable qu'à l'accoutumée, un coffret rassemblant La Tempête, Le Songe d'Une Nuit d'Eté et Hamlet en cassette vidéo de la part de sa tante -et il devina avec émotion qu'il serait autorisé à utiliser le téléviseur en juillet-, une nouvelle tenue de la part des Weber, et un simple ruban à accrocher à la cheville de la part de son meilleur ami ou plutôt quatre, des couleurs des quatre maisons.
-Je sais que tu aimes les curiosités magique, murmura Naoh à son oreille. Je ne vais rien te dire dessus, tu devras les essayer toi même. Ils n'ont rien de dangereux, mais des effets... Intéressants. Et qui ne diminuent pas avant très longtemps.
Touché par ce présent simple mais profond représentatif de leur amitié, Lucifer entrelaça leurs doigts.
Il restait un présent. Un long paquet avec le nom de Lucifer inscrit dessus, d'une écriture inconnue et sans lettre. Fronçant les sourcils, le rouquin l'ouvrit précautionneusement. Lorsque la forme s'en dégagea plus nettement, il se figea et se mit à trembler, aussi fébrile que stupéfait. Il s'agissait d'un Eclair de Feu. Décontenancé, il caressa le splendide balai, se demandant de qui il provenait et surtout, pourquoi. Tout le Royaume Uni savait que c'était Harry le plus jeune attrapeur depuis un siècle, absolument excellent, passionné de Quidditch. Lucifer aimait voler et regarder des matchs mais il ne possédait pas le même don que son frère.
-Lucifer ?
Noah se pencha vers lui, tout aussi surpris et légèrement anxieux.
-Je ne sais pas... Ca ne peut être James. Ni Harry. Lupin est bien trop pauvre... Noah, qui m'a envoyé ça ?
Pernelle surprit leur conversation et se pencha vers eux, ses boucles de bronze chatouillant le cou du jeune Potter.
-Puis-je ?
Lucifer souleva le précieux présent et le remit à la mère de son ami, qui appela son mari.
-Ebezener, je pense que nous devrions examiner ceci avant d'autoriser Lucifer à l'utiliser.
Le rouquin releva la tête, alarmé, et Pernelle le considéra gravement.
-Sirius Black désire vous atteindre, ton frère et toi, n'est-ce pas ? Un tel balai est puissant et dangereux si un quelconque maléfice a été apposé dessus. Nous devons vérifier que ta sécurité n'est pas en danger.
L'air s'accrocha à la gorge du garçon, et il peina à trouver comment respirer, son souffle augmentant d'intensité à chaque goulée. Noah le serra aussitôt dans ses bras.
-Tout va bien, Lucifer. Nous ne sommes pas sûrs... n'est-ce pas ? Maman ?
Pernelle ébouriffa gentiment les cheveux de son fils, puis caressa le dos de son jeune hôte.
-Cela reste une possibilité, Noah, répondit fermement la femme.
-Ne laissez pas ceci gâcher votre Noël, intervint Ebezener. Vous avez reçu de magnifiques présents, profitez en et oubliez l'Eclair de Feu jusqu'à ce que nous vous le rendions.
-Ne vous sentez pas obligé... murmura Lucifer. Je suppose que vérifier un balai prend du temps...
Les deux époux échangèrent un regard aussi malicieux qu'excité, un mélange étrange pour deux adultes d'apparence si stricte.
-Ne t'inquiètes pas pour cela. Nous adorons percer les mystères, répliqua Pernelle.
Ils partageaient ce trait avec leur fils. Durant la journée entière, ils distraient les deux garçons, au point qu'ils finirent par aller se coucher épuisés et ne pensant plus à l'étrange cadeau.
Noah avait expliqué dans une lettre à ses parents que Black en voulait aux Potter, ce qui provoqua chez Lucifer diverses émotions étrangement dérangeantes. Il n'avait pas envisagé que son meilleur ami se confie à ses parents, n'ayant pas d'adultes à qui se référer en cas de situations de ce genre.
Les vacances se terminèrent joyeusement. La soirée organisée pour le Nouvel An décontenança le rouquin, qui vit moldus et sorciers se mêler dans le plus grand secret, et des liens appartenant à un autre monde que le sien se nouer. D'autres adolescents furent présents et ils échangèrent autant qu'ils le purent sans mentionner Poudlard ni la magie dans un dialecte de noble particulièrement intéressant mais qui le fit se sentir un peu en marge. Pernelle et Ebenezer lui remirent l'Eclair de Feu le lendemain, lui assurant qu'il pouvait l'utiliser sans crainte, et il s'interrogea une nouvelle fois sur la personne lui ayant offert un présent si somptueux. Noah et lui passèrent néanmoins le dernier jour des vacances à voler rapidement et s'offrir quelques belles frayeurs.
Ce fut avec beaucoup plus d'allégresse qu'à l'aller qu'ils prirent le Poudlard Express pour retourner au château.
Le professeur Lupin n'avait pas oublié sa promesse, et lors du premier cours de Défense Contre les Forces du Mal de l'année, il indiqua à Lucifer que lui et Harry avaient rendez-vous le jeudi soir à huit heures. Oubliant entièrement Sirius Black, l'esprit du Poufsouffle se focalisa sur cette lumière blanche et envoûtante qu'il pourrait enfin faire apparaître. Il se présenta au bureau de l'homme juste à l'heure, où il retrouva son jumeau piétinant d'impatience.
-Je réussirais ! déclara férocement Harry. Je le dois. Je ne peux pas laisser Voldemort utiliser une telle arme contre moi, et Black non plus.
Lucifer se trouva incapable de répondre. Lupin ouvrit la porte et les accueillit avec un doux sourire.
-Bonsoir. Entrez, tous les deux.
Il leur expliqua le principe du sort et son nom « Patronus » que le rouquin fit rouler sur sa langue, en savourant les sonorités, les prévint de la difficulté de la tâche, puis leur donna la formule. Le jeune Poufsouffle ferma les yeux, cherchant dans ses souvenirs les moments où il avait été le plus heureux... L'année précédente, lorsque sa tante l'avait emmené dans un bar près de King's Cross ? La première fois où Noah et lui s'étaient tenus l'un contre l'autre dans l'immense fauteuil près de la cheminée ? Dans la Chambre des Secrets, alors que son jumeau et lui se prenaient la main, enfin réunis ? Non, il fallait quelque chose de pur, quelque chose qui ne soit pas teinté de tristesse... Ce moment, durant le semestre, où Noah et lui s'étaient retrouvés dans son lit le soir pour bavarder des secrets de Poudlard, excités par les découvertes de l'Ancienne Salle Commune... Il songea au rire de son ami, à sa chaleur corporelle, à son odeur savonnée parce qu'il sortait de la douche...
-Spero Patronum !
Une légère brume blanche s'éleva de sa baguette, pour se dissiper rapidement. Il la contempla confus puis leva les yeux vers Lupin, qui souriait.
-Vous savez, c'est un excellent résultat pour quelqu'un qui jette le sort pour la première fois.
De nouveau, Lucifer s'immergea dans sa mémoire affective et ses souvenirs, et il parvint à rendre sa brume plus compacte, de la même manière que son jumeau.
-Nous allons essayer face à un Détraqueur, déclara l'homme. Lucifer, reculez, vous ferez face à un épouvantard et il faut qu'il perçoive Harry.
Devant la logique de l'explication et la voix douce du professeur, le rouquin ne put que concéder et reculer sans se sentir heurté. Une immense forme sombre surgit de la malle...
-Spero Patronum !
Une brume blanche commença à envahir son esprit. Harry hurlait le sort, à ses côtés...
-Spero Patronum...
Pas mes enfants ! PAS MES FILS ! HARRY ! LUCIFER ! Harry hurlait, Harry se trouvait à ses côtés, Harry...
-Lucifer. Lucifer, réveillez-vous. Harry. Harry, ouvrez les yeux. Doucement, Lucifer.
Il se redressa, chamboulé. Lily avait prononcé son nom, d'un ton si puissant, si désespéré... Lupin leur donna des chocogrenouilles.
-Je dois choisir un souvenir plus puissant ! s'exclama Harry.
Il jeta un regard à son jumeau puis fixa la malle.
-Tu t'es évanoui si rapidement... Professeur, pourquoi les Détraqueurs l'affectent-ils plus que moi ?
Lucifer baissa aussitôt les yeux et tenta de se concentrer sur un autre de ses souvenirs avec Noah. Celui, si apaisant, où ils s'étaient retrouvés dans le node... Le moment, durant l'été, où il avait découvert les photos que son jumeau lui envoyait pour leur anniversaire... Des larmes perlèrent au coin de ses cils. Le professeur Lupin prit une profonde inspiration, et la réponse fut plus longue à venir qu'à l'accoutumée.
-Les Détraqueurs vous affectent tous deux car vous avez subi plus d'épreuves que la plupart des sorciers, mêmes adultes. Mais vous, Harry... vous avez vécu auprès de James qui a fait tout son possible pour que votre enfance soit la plus heureuse possible. Auprès de son oncle et sa tante, et avec l'éloignement de James, Lucifer a connu moins de bonheur que vous, ce qui le rend plus vulnérable. Il est possible qu'il soit plus sensible, également.
Le Poufsouffle s'interdit de regarder son jumeau néanmoins il entendit sa respiration se couper brusquement et le sentit se tendre à ses côtés. Les larmes coulaient désormais sur ses joues. Remus Lupin connaissait son histoire et avait été l'ami de leur père. Approuvait-il sa décision ?
-Réessayons ! déclara Harry d'une voix forte.
Il tremblait, ses intonations demeuraient rauque, mais il se remit debout.
Les essais ne furent pas réellement plus concluants, bien qu'à la fin, ils parviennent à faire taire les voix de leurs esprits.
Lucifer regagna son dortoir bouleversé, mais Sally-Ann, Susan et Noah l'attendaient dans la salle commune pour lui proposer une compétition amicale de bavboules.
Il n'était pas malheureux. Il vivait auprès de son meilleur ami, et ses relations avec son jumeau s'amélioraient, ils apprenaient à se connaître.
Alors pourquoi la boule dans sa gorge refusait-elle de diminuer ? Pourquoi ressentait-il si souvent cette détresse intense ?
Il rit lorsqu'il bouscula la bille de Susan et que celle-ci lui cracha un liquide écoeurant au visage qui se mêla aux larmes séchées. Il avait passé des épreuves et en passerait d'autres, aux côtés d'Harry et avec Noah.
