Nous y sommes. Enfin. D'ici quelques lignes, vous découvrirez ce qui s'est produit en 1574. Après deux tomes d'attente et quelques indices de temps à autres, vous allez enfin savoir. J'espère que vous en ressortirez dans le même état que nos deux Poufsouffles.
Merci à Lerugamine pour son commentaire.
A Reader : Merci beaucoup, ton commentaire me fait très plaisir. Ne t'inquiètes pas, le quatrième tome est en train de se déployer lentement. En ce qui concerne les parrains, tu découvriras cela dans le dénouement il me semble^^.
En espérant que la Nuit ne vous fasse pas passer à côté des Patronus quand même... C'est parti.
La fin du mois de Janvier arriva rapidement. Chaque jeudi, Harry et Lucifer s'entraînaient au sortilège du Patronus avec l'aide du professeur Lupin, mais ils ne parvenaient pas à un résultat satisfaisant. Les deux garçons ressortaient du cours un peu plus frustrés à chaque fois.
-Vous faites d'énormes progrès ! les rassura l'homme. Vous ne vous évanouissez plus. Il faut simplement vous armer de patience et d'un peu de confiance.
Entre ces séances, Lucifer effectuait des recherches complémentaires pour ses devoirs, explorait le château en discutant avec son meilleur ami et s'inquiétait pour Sally-Ann. Ils étaient redevenus proches, mais l'adolescente ne disait mot sur ses vacances de Noël, ses parents ou même le bébé à venir. Echaudé par leur dernière altercation, le rouquin n'osait poser les dizaines de questions qui se bousculaient sur ses lèvres et se torturait en silence.
-Elle ne me dit rien non plus, remarqua Susan alors qu'ils se rendaient au match des Serdaigles contre les Serpentards. Mais il est inutile de la forcer, les garçons, parce que sa bouche est close à ce sujet. Vous pouvez juste être là et attendre poliment qu'elle aborde le sujet.
Sa voix un peu trop ferme les fit se sentir nerveux et ils reportèrent leur attention sur les joueurs qui commençaient à évoluer sur le terrain. Serpentard l'emporta de peu, signant la fin de la possibilité que Poufsouffle remporte la coupe de Quidditch.
Assis au coin du feu en compagnie de tous les autres troisièmes années, Lucifer dévorait La Lamentable Tragédie de Titus Andronicus. Hannah et Ernie dissertaient sur l'Etude des Moldus, aidés par Justin et Sally-Ann Susan et Noah tentaient de terminer leurs devoirs d'Arithmancie. Le rouquin ne prêtait aucune attention au bavardage jovial qui l'entourait. La première pièce écrite par Shakespeare reposait sur l'Honneur, et il effleurait la loyauté et l'honneur avec une sensibilité nouvelle, comprenant certaines réactions de son meilleur ami et remettant en question sa propre loyauté. Jusqu'où irait-il pour venger un affront fait à son jumeau, à son meilleur ami ? Commettrait-il les pires atrocités pour les soulager après que leur vie soit réduite à un enfer insoutenable ? De temps en temps, il attirait les regards de ses camarades sur lui par un léger rire, car la pièce était avant tout très ironique et il en appréciait les subtilités. Ainsi entouré, la chaleur des flammes le réconfortant, il se sentait parfaitement serein et ses pensées dérivèrent vers les patronus. Devait-il s'inspirer de cette sensation, choisir ce nouveau souvenir pour parvenir enfin à le lancer ? Son esprit ne connaissait jamais de repos.
Harry paraissait épuisé lorsqu'il le retrouva devant le bureau du professeur Lupin, mais relativement joyeux. Il disputerait le match de Quidditch contre Serdaigle le samedi suivant, et les choses paraissaient bien se profiler pour l'équipe de Gryffondor.
-J'ai eu un Eclair de Feu pour Noël, déclara abruptement Lucifer.
Nul ne le savait, et il ne l'avait pas ressorti de sa valise depuis qu'il était rentré de chez les Weber. Son frère tressaillit, et eut un léger mouvement de recul en levant les yeux vers lui.
-Qui te l'a offert ? Papa ?
-Je ne sais pas.
Plus il y réfléchissait, plus il songeait à Remus Lupin ou à James, mais pour quelle raison son père se serait-il tu à ce sujet ? Pour ne pas froisser Harry, le rendre jaloux que son frère soit traité de la même manière que lui ? Parce qu'il ne savait pas s'y prendre avec son deuxième enfant ?
-C'était obligé cette couleur de cheveux ? grogna Harry, agacé.
Les cheveux de Lucifer avaient été coupés juste à son menton par la gouvernante de Noah, qui s'était aussi chargée de raccourcir ceux de son ami malgré ses protestations, et il avait profité de la soirée calme de la veille pour les teindre en un bleu électrique qui figurait dans le coffret offert par son père l'année précédente. Il reconnaissait l'excellente qualité et s'en sentait reconnaissant et plus perturbé encore . La question de l'Eclair de Feu tournoyait d'autant plus furieusement dans son esprit.
-Je me sens bien, se justifia-t-il. Je ne fais pas cela pour vous courroucer, sais-tu ? J'agis ainsi depuis mes six ans. Je ressens un bien être quand mes cheveux sont teints, j'existe.
-C'est très voyant, Lucifer. Ca te fait sans doute exister tu n'es plus invisible.
Il se prit la réplique comme un coup et recula, mais Harry ne parut pas s'en apercevoir. La porte s'ouvrit à ce moment là et c'est un professeur Lupin incroyablement pâle et cerné qui leur ouvrit.
-Ah, vous êtes là... Entrez.
L'insinuation de son jumeau résonnait à ses oreilles et le garçon serra les doigts sur sa baguette. Il existait et vivait. Une rage nouvelle parcourait ses veines, une détermination puissante de parvenir à lancer ce sortilège. Il inspira profondément et rassembla ses souvenirs avec Noah dans la Demeure Weber. Il se souvint de cette soirée d'anniversaire qui avait été organisée uniquement pour lui, où pour la première fois il n'avait pas éprouvé la sensation de déranger. Du collier de blaireau de nacre suspendu à son cou qui tombait délicatement sur son torse, sous sa robe de sorcier, du regard brillant de son meilleur ami, de la gentillesse d'Ebenezer et Pernelle, comme si une soirée en son honneur était parfaitement normale.
-Spero Patronum !
Sa baguette se mit à vibrer et une forme immense et corporelle en sortit. Elle prit vit et se mit à flotter devant lui, l'entourant de sa lumière protectrice si semblable au node, l'apaisant, et il découvrit l'animal, émerveillé, puis il éclata d'un rire joyeux et libérateur. Un cygne, que pouvait-ce être d'autre ? La bénédiction de Cygnus Weber et un lien avec Noah, qui hantait ses meilleurs souvenirs.
-Excellent ! cria Lupin.
Il le maintint tant qu'il put, puis son poignet commença à fatiguer et il relâcha le sort, épuisé et couvert de sueur. Le visage fatigué de l'homme était illuminé et il secouait la tête avec une once de fierté.
-Splendide, Lucifer. Il va désormais falloir que vous y parveniez face à un Détraqueur, mais vous pouvez être fier.
Cette sensation plus puissante que la satisfaction qui enflait dans son torse, cette impression extatique de pouvoir parvenir à tout vaincre... Lucifer souriait. Heureux. Harry, resté en arrière plan, fixait sa baguette, mais lorsqu'il leva ses prunelles émeraudes sur son frère, nulle hostilité n'y brillait. Il se contenta de se concentrer plus intensément encore afin de réussir, et lorsque Lupin fit réapparaître le Détraqueur, un magnifique cerf les protégea des effets. Le visage de l'homme perdit toute couleur mais il se reprit pour féliciter le Gryffondor.
Gryffondor remporta le match contre Serdaigle, et Harry fit une démonstration du sortilège de Patronus contre un Détraqueur qui se révéla être Malefoy. Le lendemain, Sirius Black pénétra dans le dortoir d'Harry avec un long couteau et faillit tuer Ron, bouleversant Lucifer au delà de ce qu'il avait vécu jusqu'à présent. Il resta prostré dans son lit, incapable de se rendre en cours, les yeux rivés sur la carte pour vérifier que Black avait quitté le Château et que son jumeau était en sécurité. Le professeur Chourave le convoqua dans son bureau dès le lendemain.
-Nous faisons notre possible pour vous protéger, votre frère et vous, Lucifer.
-Je n'ai pas peur ! se récria le garçon, les larmes aux yeux. Je n'arrive simplement pas à comprendre ! Il nous a connus tout petits, et il était le meilleur ami de James. Comment peut-il désirer nous tuer et surtout, pouvoir le faire de ses propres mains ?
Sa directrice de maison lui accorda un sourire triste et bienveillant.
-La nature humaine est parfois retorse. Il est difficile d'en comprendre les motivations. Néanmoins, si Sirius Black est capable d'accomplir de tels actes, nous pouvons imaginer plusieurs raisons. L'appel du pouvoir, la corruption par la magie noire, ou simplement les douze années à Azkaban l'ayant rendu fou. Lui seul pourrait nous répondre, encore faudrait-il qu'il possède la réponse. Quoi qu'il arrive, il ne faut pas que vous vous laissiez submerger par vos émotions, Lucifer, sans quoi vous aurez des difficultés à vivre.
Elle lui donna la même baie que l'année précédente, se comportant d'une façon aussi douce que maternelle, un sourire s'étirant toujours sur ses lèvres.
-Je veux vous voir en Botanique cet après-midi. Il n'est pas bon que vous restiez seul avec vos idées noires, quand bien même Mr Weber vous tient compagnie.
Il hocha la tête et la remercia elle inspecta ses poignets immaculés avant de le laisser repartir. Les jours s'enchaînèrent, et puisque Ron paraissait ravi de pouvoir conter son histoire plutôt que traumatisé, il fut aisé au rouquin de se détendre et de reléguer l'incident au plan secondaire.
Noah paraissait heureux que le professeur Chourave ait pris les choses en main dès que son meilleur ami s'était senti mal, et Lucifer dut admettre qu'il appréciait que sa directrice de maison se soit ainsi souciée de lui.
-Lucifer, je ne peux te promettre de ne jamais te trahir, car nous ne savons jamais ce que nous réserve le futur, mais je tiens à toi plus que tout, lui souffla-t-il un matin.
Le garçon pressa ses doigts, reconnaissant et apaisé, et ils se comprirent d'un regard comme si souvent. Ils descendirent prendre le petit déjeuner, et le jeune Potter vit des Serdaigles se retourner sur sa couleur de cheveux qui tenait particulièrement bien. Il sourit. Cette année l'éprouvait émotionnellement, mais il se sentait plus heureux que jamais, entre ses amis et son jumeau, ainsi que les cours de plus en plus passionnants. Sally-Ann et Susan étaient déjà attablées, comme souvent lorsque Noah était enfin parvenu à sortir du cocon moelleux des couvertures. Elles dissertaient joyeusement sur les sortilèges d'Allégresse que leur enseignait Flitwick et qui s'avéraient réellement agréables. Les garçons se servirent en bacon et jus d'orange et les chouettes et hiboux envahirent la Grande Salle. Cygne vint se poser dignement sur l'épaule de son propriétaire qui grimaça quand les serres entaillèrent sa peau, et un Nyctal Boréal inconnu se planta au milieu des troisièmes années. Il cligna des yeux et tendit une serre vers Sally-Ann, qui mit quelques instants avant de la remarquer, et se recula instantanément, les pupilles dilatées. Elle prit la lettre d'un geste brusque, et le volatile hulula, outragé.
-Tiens, bois donc un peu dans mon verre, dit doucement Susan en caressant ses plumes, prenant soin de l'oiseau.
Lucifer savait d'instinct ce que contenait la lettre. Les parents de son amie ne lui écrivaient que rarement, et il exécuta un rapide calcul. L'adolescente ouvrit sèchement l'enveloppe, en sortit une lettre et une photographie, qu'elle mit sur le côté sans même y jeter un œil. Noah amorça un geste pour s'en saisir, mais elle lui jeta un tel regard qu'il soupira et retourna à son assiette.
-Comment s'appelle le bébé ? s'enquit le jeune Potter.
L'expression de Sally-Ann se durcit un peu plus, et elle plia la lettre en deux.
-Il s'appelle Andrew, c'est un garçon, il pèse 2,9 kilos et il mesure 45 centimètres, et je ne veux pas en parler ! Heureux ?
-Tu sais, répliqua vivement Noah, d'ici quelques mois, tu vas passer toutes tes journées en sa compagnie, et il est ton frère. Il va falloir que tu surmontes ta rancoeur, et te murer dans un silence furieux ne t'aide pas.
-Tu ne peux pas comprendre, donc tu me laisses faire ce que je désire, d'accord ?
D'ordinaire si douce, sa voix contenait tant de fiel quand ils abordaient ce sujet que Lucifer peinait à la reconnaître.
-Non. Je pense que tu as tort, et nous n'allons pas te laisser tranquille avec cela juste parce que tu nous l'ordonne. Tu peux me jeter toute une citrouille au visage, je t'en voudrais mais je n'arrêterais pas d'aborder le sujet. Il ne s'agit pas de ma définition de l'amitié.
Et soudain, les émotions de Lucifer débordèrent et il reprit d'une voix plus puissante quoi que basse pour que la conversation demeure privée.
-Andrew n'était pas né que tu le condamnais déjà ! A quel point cela peut-il être juste ? Il n'a que quelques jours, et tu refuses jusqu'à son existence ! Tu es sa sœur, et rien, RIEN ne pourra jamais, jamais changer ce fait ! Il n'a pas demandé à naître, mais il est là, et il est précieux ! Qu'il soit un sorcier ou non ! Si tu cherches un exutoire pour ta colère, prend tes parents, dis leur, mais pas Andrew, parce qu'il ne t'a rien fait et que tu es violente avec lui !
Noah posa une main sur sa cuisse, autant pour l'apaiser que pour le calmer. Il se tut aussitôt, et les larmes coulèrent sur les joues de son amie.
-Je te déteste ! s'exclama-t-elle. Je ne voulais pas pleurer pour ça !
Susan se leva et l'emmena hors de la pièce. La gorge nouée, le rouquin se tourna vers son meilleur ami, qui paraissait soulagé.
-Enfin. Elle doit laisser sa colère sortir. Ne te sens pas coupable, Lucifer, tu n'y es pour rien. La situation est pénible pour toute sa famille, je le crains.
Il secoua la tête et replaça sa mèche derrière son oreille.
-J'aimerais retourner dans l'Ancienne Salle Commune, murmura le rouquin.
-Je n'arrêtes pas d'y penser... Nos conversations avec Cygnus furent éprouvantes mais nous ne pouvons pas abandonner. Peut-être devrions nous essayer d'accéder aux dortoirs féminins.
Il paraissait très mal à l'aise et ses joues rosirent légèrement, miroir de Lucifer qui sentit ses pommettes s'échauffer. Néanmoins, ils stagnaient, et la décision demeurait leur, mais s'ils désiraient mettre à jour tous les aspect, alors peut-être devaient-ils aller plus loin encore.
Le Magiceomètre bougeait sans vraiment parvenir à se stabiliser. Les deux garçons se tinrent debout l'un contre l'autre, hésitants. Mû par le désir de relire les phrases laissées par les Poufsouffles de 1574, à présent qu'ils connaissaient le contexte, Lucifer se déplaça derrière les escaliers en colimaçon.
Jamais puissance ne doit signifier abjuration des libertés.
Tous les sangs sont rouges.
Que vos langues inventent quelques moyens d'accroître notre peine, pour en laisser les siècles stupéfaits.
Quoi qu'écrive l'histoire elle sera romancée.
Oublier est dangereusement impardonnable lâcheté.
La mémoire du garçon eut un soudain flash.
« Des traces ont été laissées, qui seront plus impartiales que le témoignage que vous désirez. »
Le Magiceomètre oscillait entre Forte Présence et Dissimulation. L'Ancienne Salle Commune renfermait un puissant secret.
-Noah...
« Brisez nos chaînes. Brisez les vôtres. Laissez Shakespeare vous guider. Je ne désire pas plus que Weber ou Davis que nos mémoires soient entravées. Thomas Janus. »
La Source s'arrêta enfin sur « Souvenir ».
-Que nos langues inventent quelques moyens d'accroître notre peine pour en laisser les siècles stupéfaits.
Les vers roulèrent sur sa langue.
-William Shakespeare, Titus Andronicus.
Il peina à reconnaître sa propre voix, devenue si rauque. Son meilleur ami le rejoignit, soudain fébrile. Il approcha sa main des lettres, fronçant les sourcils en constatant qu'il était trop petit pour les atteindre.
-Wingardium Leviosa, souffla Lucifer.
Le poids de Noah fit vibrer sa baguette, mais il parvint à soulever le garçon qui effleura les mots gravés.
-Comment faire ?
-Briser les chaînes, répondit le rouquin.
-Il y a un loquet, juste derrière l'escalier, et une chaîne mais... Je rechigne à le toucher, Lucifer. Et si nous trahissions la mémoire du lieu en l'endommageant ?
-Nous devons savoir, Noah. Nous sommes si prêts du but... Nous réparerons quoi qu'il arrive.
Avec une grimace, son meilleur ami tendit la main, et Lucifer déplaça sa baguette, ruisselant de sueur sous l'effort. Noah attrapa le loquet et tira.
Une lumière vive les aveugla aussitôt, et Lucifer relâcha son attention, causant la chute de son meilleur ami sur la pierre. Sa cheville gauche craqua mais ils n'eurent pas le temps de s'en préoccuper.
Des rires et des murmures les entouraient, et lorsque la lumière se dissipa du loquet et qu'ils recouvrirent la vue, la pièce était pleine d'élèves et les murs paraissaient plus vifs qu'avant. Les fauteuils étaient réparés, toute poussière avait disparu, et les bougies éclairaient la Salle Commune avec vigueur, lui conférant une atmosphère chaleureuse. Lucifer se tourna vers Noah, et un adolescent au doux visage triste lui passa dedans. Il écarquilla les yeux, puis l'émerveillement le gagna. Ses yeux balayèrent frénétiquement la salle, sans qu'aucun trait familier ne lui apparaisse, toute ressemblance ayant été rendue impossible par les générations de différences. Ca et là, il remarqua quelques détails : un nez pointu, semblable à celui de Malefoy, deux yeux gris comme ceux de tant de tant de Serpentards, la même mâchoire carrée que celle d'un Gryffondor...
A une grande table, quatre étudiants travaillaient, les sourcils froncés sur leurs parchemins. Ils portaient tous une longue robe brodée de l'écusson Poufsouffle, mais leurs bottes à talons les rendaient plus grands, et lorsqu'une fille croisa les jambes, elle révéla d'épais collants immaculés. Les robes masculines étaient agrémentées de fraises et cintrées, celles de leurs camarades féminines avaient des manches qui se terminaient par du tissu gonflé d'air, tout aussi cintrées. La plupart des garçons portaient les cheveux longs, et toutes les coiffures paraissaient sophistiquées.
Juste derrière Lucifer, à demi-dissimulés par l'alcôve de l'escalier se tenaient quatre garçon, dont celui l'ayant traversé.
« N'aie crainte Duncan, tant que tu demeures à Poudlard, nul ne pourra t'atteindre. »
Noah se trouvait à quelques mètres de lui, mais ils se retournèrent d'un même mouvement en entendant le nom. Le garçon qui venait de parler possédait de longs cheveux bouclés et blonds, un maintien impeccable et une robe luxueuse. Adossé contre le mur, un pied relevé au niveau du genou, le garçon auquel il s'adressait ne pouvait être que Duncan Rey-Tudor et Lucifer en eut le souffle coupé. Des heures durant ils les avaient rêvés, imaginés, formés, reformés, et ils se tenaient devant eux, dans un souvenir qui paraissait incroyablement vivant. Duncan était beau, avec ses longs cheveux flamboyants, et ses tâches de rousseur clairsemées sur un visage pâle anguleux -et au moment où il le vit, Lucifer sut-. Les yeux rivés sur le sol, ses longs doigts appuyés sur son nez et sa bouche, il réfléchissait avec une inquiétude prononcée.
« Je ne sais pas. Les Vieilles Familles sont de plus en plus déterminées. La Reine se meurt, ils peuvent paraître à court de temps. »
« Ils la garderont en vie tant qu'ils ne sont pas certains de t'avoir sur le trône, répliqua le garçon au visage triste, acerbe. »
« Alexan, ce genre de remarque nous a déjà attiré des ennuis, le réprimanda l'adolescent blond. »
Avec ses cheveux bruns lisses coupés juste au dessus du menton et courts sur sa nuque, ses yeux de biche et sa petite silhouette mince, il était le plus quelconque des quatre. Il leva les yeux au ciel.
« La vérité devrait toujours pouvoir être énoncée à voix haute sans crainte. »
« Mais qu'est-ce que la vérité ? le provoqua l'autre. »
« Nul ne peut jamais savoir, murmura Duncan. Chacun est persuadé de savoir et n'acceptera que ce qui vient nourrir sa version et ses certitudes. Peut-on jamais connaître avec exactitude la vérité ? »
« La vérité, reprit fermement Alexan, peut-être démontrée par des faits. Elle est ce qui s'est exactement passé et la version objective. Et elle devrait toujours être connue de tous. »
« Des traces ont été laissées, qui seront plus impartiales que le témoignage que vous désirez. » Le souvenir leur offrait la vérité. La poitrine de Lucifer se compressa.
« J'apprécie vos tentatives d'alléger la conversation, déclara le jeune homme blond, mais nous ne devons jamais oublier le danger. »
Le dernier du groupe, jusqu'alors resté dans l'ombre, soupira et se tourna, de sorte que Lucifer put enfin le voir. De longs cheveux noirs noués en catogan encadraient un visage souriant au teint bronzé.
« Allons Cygnus, laisse nous un peu respirer. Duncan n'a pas envie que nous lui répétions jour après jour que les Vieilles Familles lui en veulent, il le sait. Nous devrions nous amuser... Ou aider les premières années, tant qu'à faire. Ils sont inquiets, et tu le sais. Ton devoir de préfet-en-chef n'est-il pas de les rassurer ? »
Le visage d'Alexan prit une expression taquine et il donna un léger coup de coude à Cygnus, que Noah et Lucifer dévisageaient, médusé. Il possédait une beauté angélique indéniable et même si son expression dure marquait son visage, il était méconnaissable.
« Je ne puis rien faire d'autre que leur répéter les principes de Loyauté de notre maison, soupira le préfet, et leur assurer que le monde des sorciers et le monde moldu ont été séparés pour de bonnes raisons que le Ministère et la Reine feront tout pour le garder ainsi et que nous parviendront à calmer la situation. »
« Entraîne les au combat, je suis certain qu'ils apprécieront ! »
La voix de William était chaude, agréable et rassurante, il se tenait d'une façon si décontractée qu'il tranchait avec ses camarades, et son sourire en coin, en plus de le rendre séduisant, apaisait les tensions. Cygnus le fusilla du regard et partit en direction d'une table où de jeunes élèves parlaient, une expression paniquée s'ancrant sur leurs visages.
« Je devrais aller voir Janet, murmura Alexan. Je sais qu'elle m'attend, et je ne tiens pas à ce qu'elle s'angoisse outre mesure. Toute cette situation me rend fou. Si seulement les Vieilles Familles pouvaient se contenter de leurs privilèges dans le monde sorcier... »
« La séparation entre moldus et sorciers est bien trop récente, et je suis une opportunité exceptionnelle, tu le sais, rétorqua sèchement Duncan. »
Le visage de son ami se décomposa et son corps s'agita, trahissant son malaise.
« Je ne te blâmais aucunement dans cette phrase... Ni jamais... »
« Va voir Potter, l'interrompit William. Je ne comprendrais jamais ce que tu lui trouve, mais elle risque de faire un scandale si tu ne te présente pas à votre rendez-vous. »
Lucifer ressentit un pic de douleur au niveau de la poitrine et s'efforça de respirer calmement. Inconscient de leurs spectateurs, Alexan fusilla son ami du regard.
« Tu ne peux comprendre, en effet. Je pourrais en dire autant. »
Il s'éloigna après que son expression se soit adoucie d'un sourire. Les deux autres demeurèrent dans l'alcôve, silencieux et et angoissés.
La scène se brouilla et les deux jeunes Poufsouffles furent pris de vertiges. Lorsque tout redevint clair, la Salle Commune était déserte à l'exception de Cygnus, William et Duncan, assis sur un canapé près de la cheminée. Lucifer et Noah se déplacèrent. Le visage du jeune noble roux ruisselait de larmes, les cernes creusaient les joues de Cygnus, et les traits du dernier étaient tirés par l'épuisement et la détresse.
« Duncan, écoute moi. »
La voix grave de Cygnus avait les mêmes intonations que celles de son fantôme, à présent qu'ils y prêtaient attention.
« Nous savons que le procès ne prouvera aucun lien entre Malrow, et les Vieilles Familles, et il est terrible que la partie sorcière de la Cour ait été décimée. Les sorciers grondent et vont d'autant plus désirer l'un des leurs sur le trône, ceci est réel. Néanmoins, tant que tu tiendras bon, jamais ce but ne sera atteint. Nous sommes là pour t'entourer. »
Duncan releva enfin les yeux, et Lucifer fut troublé par leur couleur claire indéfinissable. La rage et le chagrin déformaient ses traits.
« Je te prie de m'épargner tes préparations polies ! Terrible, Cygnus ? As-tu la moindre idée de la culpabilité qui est mienne, en cet instant ? La mixité de la Cour est connue depuis la révélation de mon existence, et je sais que Malrow frayait avec Fawcett pour les avoir surpris sans que nul ne m'ait vu, ni eux. Veux-tu la confirmation que Malrow était un pion ? Je te la donne. Mais les sorciers de la Cour ont été décimés pour que j'accède au trône, pour mettre sur moi la pression. »
Il se leva et leur tourna le dos pour aller inspecter les armoiries du dessus de la cheminée.
« Tu y réfléchis, Duncan, remarqua gravement Cygnus. »
« Qui n'y réfléchirait pas ? Es-tu dénué de cœur et d'âme ? »
Il se retourna, les joues striées de larmes, en proie au dilemme.
« Si d'autres meurent parce que je ne suis pas sur le trône, je suis prêt à consentir. Serait-ce une telle catastrophe, un Roi sorcier ? »
« Si tu abdiques sur ce point, ils le considéreront comme une victoire et te feront abdiquer sur le reste, commenta William. »
Il jonglait avec une pomme, et paraissait plus détendu que ses amis mais ne souriait pas, et étrangement, il sembla à Lucifer que cela le montrait tout aussi ébranlé.
« Céder parce qu'on te menace n'est pas avoir un cœur et une âme. Résister pour maintenir ses croyances et vivre intègre en demande bien plus. La question que je dois à présent te poser est 'Désires-tu devenir Roi ?' »
« Le veux-tu Duncan ? »
La voix de Cygnus était tranquille mais grave et il s'était redressé. Ses traits devinrent durs, son regard se fit perçant. Duncan s'appuya sur le rebord de la cheminée, les jambes tremblantes mais le corps tendu et droit.
« Ne doutez pas de moi, mes amis. Je ne suis ni un Prince ni un Noble, car je n'ai pas été élevé comme tel. Je ne suis rien d'autre que Duncan Rey-Tudors, élève de Poufsouffle parmi ses semblables, et vous savez quels sont mes projets d'avenir. Mais ce n'est pas ici la question, William. Je ne parviens pas à rester insensible à ces attaques incessantes, ces magouilles pour que les sorciers se mettent à mépriser les moldus, pour qu'ils prennent de plus en plus de pouvoir. Les privilèges ne m'intéressent guère, mais vous le savez déjà. »
L'escalier commença à tournoyer et ils se turent immédiatement, mais reprirent leur conversation en constatant que le nouveau venu s'avérait être Alexan.
« Devenir Roi signifie que les Vieilles Familles imaginent avoir plus de pouvoir, mais si j'acceptais en vous prenant comme conseillers ? Je connais les rouages de la cour je pourrais les détourner et assurer aux deux peuples sécurité. »
« Quelle utopie est-ce là, Duncan ! commenta Alexan, visiblement aussi épuisé que ses congénères. Tu sais à quel point elle est irréalisable. Ils magouilleront pour mieux te manipuler et tes enfants seraient des sorciers. Un Roi sorcier signerait la fin du secret magique, et la persécution des moldus, ainsi que le pouvoir des Vieilles Familles sur ceux qui n'ont pas un sang prétendument pur. »
« J'ai juré de ne pas avoir d'enfants. »
William se leva et vint poser sa main sur l'épaule du jeune homme roux, un faible sourire étirant ses lèvres.
« Je n'aurais jamais d'enfant, Duncan. Pour chacun d'entre vous, en revanche, le risque est possible malgré tout. Crois-tu qu'Hortense n'en veuille pas ? Ne t'interdit pas d'aimer. »
« Ne cède pas, maintint Cygnus en se levant à son tour. Nous sommes là, quoi qu'il arrive, nous te protégerons. »
Duncan secoua la tête, vérifia qu'ils étaient toujours seuls dans les lieux et raffermit sa prise sur la cheminée.
« Merci. Plus que ma personne et mon intégrité, jamais nul ne dois savoir que je suis le fils d'Elisabeth. Je n'ai aucune légitimité au trône tant que je n'ai pas de parenté royale. »
Noah hoqueta mais son meilleur ami ne broncha pas. Il savait depuis que ses yeux s'étaient posés sur Duncan Tudor.
La scène s'évanouit de nouveau. L'ambiance se modifia subrepticement et lorsque la vision des garçons se rétablit, la Salle Commune était de nouveau pleine. Sur le canapé, deux jeunes élèves parlaient, se courtisaient presque. A une table, deux jumeaux que Lucifer soupçonna être Thomas et Ewan Janus riaient allègrement, couvés du regard par les préfets. Les élèves travaillaient consciencieusement, mâchonnant le bout de leur plume, levant les yeux vers le plafond pour y chercher de l'inspiration. L'escalier en colimaçon était abaissé et les étudiants entraient par groupes. Lucifer se tendit. Il connaissait ce moment de la journée, juste après le dîner. Il chercha les quatre septième année et trouva Cyngus et Alexan à une table, se taquinant mais travaillant de concert, leurs têtes penchées près d'un parchemin. Duncan se trouvait derrière l'alcôve, des parchemins dans les mains, et William, adossé au mur près de l'entrée du dortoir des garçons, discutant avec une jeune homme à peine moins âgé que lui. La gorge du jeune Potter se noua et il passa une main nerveuse dans ses cheveux bleus. Il s'était imprégné de la vie des Poufsouffles de 1574 ils auraient pu être ses camarades d'aujourd'hui. Il devenait si aisé d'oublier qu'il ne s'agissait pas de sa Salle Commune, de ses amis, du présent. Tous ces événements s'étaient déjà produit, et rien ne pourrait les changer. Il se recula devant la cheminée, au milieu de la salle, sachant que nul ne le voyait et que le feu ne le brûlerait pas.
Ils surgirent comme un seul homme, derrière deux des Poufsouffles les plus âgés et sautèrent à bas des escaliers dans de larges mouvements. Ils portaient des robes colorées et riches, aucun masque ne dissimulait leurs visages, et l'un d'eux bloqua l'escalier, de sorte que nul ne pouvait sortir. Alexan et Cygnus bondirent, William qui se trouvait plus près de Duncan l'attrapa et le plaça derrière lui le plus discrètement possible. Les étudiants relevèrent la tête, alarmés, et tous sortirent leurs baguettes.
« Bonsoir. N'ayez crainte, nous ne sommes pas vos ennemis, ni désireux de causer le moindre trouble. »
L'homme qui prit la parole portait une tenue pourpre, des bottes aux éperons dorés et de longs cheveux blonds et lisses qui descendaient en cascade jusqu'au milieu de ses cuisses, bien qu'ils soient noués en leur milieu. La plupart de ceux présents se détendirent.
« Votre présence ici nous trouble, répliqua Cygnus en s'approchant lentement. Quel est le motif de votre visite ? »
« Nous souhaiterions nous entretenir avec Duncan Rey-Tudor. »
Alexan grimaça devant les formalités. Il se jouait autre chose, et beaucoup en demeuraient conscients. Cygnus secoua la tête.
« Avez vous demandé la permission au professeur Undercliffe ? Qui sait que vous vous trouvez ici ? »
Le meneur des représentants sourit, et les autres resserrèrent leurs rangs. Ils tenaient tous leurs baguettes entre leurs doigts.
« Les Gobelins causent des soucis et ont blessés plusieurs sorciers cet après-midi. Le Directeur a été appelé en renfort, sans quoi nous n'aurions pas manqué à la courtoisie de nous référer à lui. »
Il souriait toujours et paraissait aimable, et l'estomac de Lucifer se noua il était splendide. Néanmoins, il restait une étincelle glacée dans son regard et un tic agitait sa mâchoire. Il mentait avec une ironie palpable pour les plus avertis uniquement.
« Je ne sais que trop bien le sujet dont vous désirez m'entretenir. Je puis vous garantir que ma réponse ne changera jamais. Je suis un noble, apparentés à plusieurs hautes personnalités de la Cour, mais je ne dispose d'aucun liens avec le trône d'Angleterre et je ne désire pas en créer. »
Les visiteurs formaient plusieurs groupes en dehors de leur meneur : deux élèves de Gryffondor se tenaient auprès d'un jeune homme et de celui qui s'avérerait sans doute leur père, un vieux sorcier grisonnant et deux adultes se ressemblant traits pour traits, un enfant réparti à Serpentard, son aîné à Serdaigle, leur père et leurs grands-pères. Ce fut le plus âgé qui répondit sèchement.
« Ne soyez pas stupide. Les moldus méprisent les sorciers et les voient comme des menaces. Ils désirent les éliminer. »
« Tu en as encore eu la preuve la semaine dernière, Rey-Tudor, ajouta l'un des Gryffondors. »
Duncan les jaugea sans paraître anxieux ni impressionné. Son visage opposait un masque de froideur et de léger dédain contrastant tant avec sa détresse apparente du souvenir précédent que Lucifer en fut admiratif.
« J'ai dit. »
Simple, sans appel, il leur adressa un hochement de tête codifié puis se dirigea vers les dortoirs.
« L'Angleterre a besoin de vous, Duncan Rey-Tudors, le rappela le meneur. Imaginez que d'autres soient blessés. Nous avons tous des proches. »
Si son ton était parfaitement ajusté, égal, un brin compatissant, les mots firent frissonner Lucifer pour la menace qu'ils contenaient.
« C'en est assez, répliqua Alexan. Susanna, à présent qu'ils ont obtenu leur réponse, va t'enquérir de Mr Parselife afin qu'il reçoive officiellement les visiteurs et les raccompagne ensuite. »
Un homme transforma rapidement une table en mur entre les escaliers et les Vieilles Familles. Sans un cri, les Poufsouffles présents firent face à la dizaine d'hommes présents et formèrent un mur entre les garçons de septième année et les représentants des Vieilles Familles.
« Il me semble, remarqua Cygnus, que vous avez obtenu un 'non' clair, et que la décence vous demande de vous retirer. »
« Nous voulons un entretien avec Duncan Rey-Tudor seul. »
Le meneur se faisait menaçant, les hommes braquaient leurs baguettes sur la Maison entière.
« Et vous en obtiendrez un en Juillet, où je tiendrais le même discours, sachez le. »
Le père du Serdaigle commença à avancer de nombreux arguments, et William et Alexan levèrent les yeux au ciel, tandis que Cygnus vérifiait la sécurité de tous les élèves. Duncan traversa la Salle Commune pour se placer devant le leader, ignorant superbement son interlocuteur.
« Je ne serais jamais Roi. Je n'accomplirais pas votre souhait d'asseoir votre pouvoir sur les moldus et sur les sorciers, et ne tomberais pas dans les pièges que vous me tendez. Vos complots ne fonctionnent pas, et Malrow n'a agi que sur l'ordre d'un sorcier dans l'ombre, je le sais autant que vous. Un sorcier sur le trône vous donnerait une marionnette à manipuler, vous assurerais vos privilèges, vous permettrais de persécuter ceux que vous jugez comme inférieurs et d'installer une suprématie du rang et du sang : vous ne l'aurez pas. Je sais ce que vous voulez faire de moi. Non. »
Sa voix forte résonna dans la pièce, mettant à jour les machinations, et plusieurs Poufsouffles hoquetèrent. Devant la décision de Duncan de révéler et d'arrêter les faux semblants, Lucifer ne put que s'incliner. Il savait au plus profond de lui qu'il aurait agi exactement de la même manière, et il s'en sentit autant glorifié que terrifié.
« Comment oses-tu... »
« Je refuse de jouer avec vous plus longtemps. Je connais vos intentions et vos démarches. Les voir révélées vous pose problème, votre tort se trouve ici. »
William se faufila discrètement entre les élèves et attrapa son ami pour le mettre hors de portée des représentants tandis que Cygnus fendait la foule.
« Sortez, à présent, ordonna-t-il. »
Il y eut un éclair de lumière, puis la salle commune fut plongée dans le noir. Quelques secondes plus tard à peine, des Lumos formaient des points lumineux.
« Stupefix »
« Protego »
« Expelliarmus »
« Impedimenta »
« Impero ! »
« Incarcerem »
« Accio Duncan Rey-Tudor ! »
« Duro ! »
Les sorts fusèrent de toute part, véritable déluge s'abattant sur des élèves encore en formation. L'un d'entre eux se mit à hurler si fort que Lucifer sentit son estomac se retourner, un autre brandit sa baguette vers Duncan avant d'être désarmé, un éclair écarlate mêlé de fumée noire fonça sur Cygnus, mais Alexan se jeta sur son ami et ils roulèrent à terre alors que le sort explosait sur une dalle qui se mit à suinter. Sans prendre le temps de vérifier que le préfet en chef allait bien, Alexan se releva et attrapa trois premières années.
« Dès que la voie est libre, foncez chez le sous-directeur, compris ? »
Nul ordre ne fut donné pour que les plus jeunes se réfugient dans les dortoirs, parce qu'ils n'auraient pas écouté. Ils se battaient pour leur camarade, pour leur maison, avec la loyauté la plus honorable. D'autres tourbillons écarlates enrobés de noir fusèrent, et l'un des élèves fut envoyé dans la cheminée. Sa robe prit feu et le cri de souffrance qui en résultat atterra chacun d'entre eux. Lucifer voulait se précipiter vers les Vieilles Familles et trouver un moyen de prévenir le sous-directeur mais il devait se contenter d'assister à l'horreur de ce qui se produisait. Duncan se battait contre l'un des plus âgés, mais tous les sorts de ligotage ou de stupefixion le ciblaient, et Alexan, Cygnus et William peinaient à le protéger tout en se défendant. Une boule de feu explosa sur le bras du jeune noble qui étouffa un grognement avant de briser la métamorphose de la table, dégageant enfin le passage vers l'escalier. Un éclair vert, jaillit de la baguette d'un homme et Lucifer se sentit vertigineux. Quelque chose dans ce ton lui rappelait les Détraqueurs sans qu'il fut capable de déterminer pourquoi. Deux sorts se fondirent, et la salle entière se mit à trembler. Une fêlure apparut dans les murs. Puis le garçon qui parlait avec William avant que tout ne dégénère se retourna contre l'un de ses congénères, et le septième année en fut déconcerté. Il cessa de soutenir Duncan pour se ruer près de lui, et l'autre le menaça de sa baguette.
« Taran ! Regarde moi ! Essaie de revenir. Lutte, Taran, lutte. »
« Enflure ! cracha Cygnus quelque part derrière Lucifer. »
Taran lança un sort, puis de sa main libre, flanqua un coup de poing dans le ventre de William, qui s'effondra douloureusement sur le sol. Un sort violet explosa à la figure d'une fille et elle s'effondra également.
« Je devrais dire 'Oui' pour que vous cessiez de tourmenter mes camarades et ma maison, n'est-ce pas ? »
« Vous nous avez déshonorés le premier, Duncan. »
Le noble roux baissa sa baguette et durant deux terribles secondes, le doute passa sur son visage. Cygnus le bouscula et lui murmura à l'oreille les arguments dont ils avaient déjà conversé.
« Rien ne me fera accepter. »
Taran se releva, et braqua sa baguette sur William, qui avait pris deux autres sorts entre temps et se trouvait incapable de se lever.
« Lutte, siffla le garçon. »
« Diffindo ».
Le sort de découpe trancha les vêtements du garçon et entama sa chair depuis son menton jusqu'à son ventre. Il s'effondra dans un grognement de douleur, mais ses yeux demeurèrent braqués. Lucifer transpirait, l'estomac retourné. Comment, comment, comment ? Pourquoi se retournait-il contre son ami ? Que se passait-il ? Etait-il envoûté ?
« Taran, je t'en prie. »
Le jeune homme cilla. Autour, la Salle Commune paraissait s'effondrer. Un fauteuil prit feu, et une jeune fille tenta aussitôt de l'éteindre, mais l'odeur et la fumée emplirent les lieux.
« Jamais. »
La voix de Duncan résonna, plus puissante encore qu'auparavant, et une boule de feu s'explosa de nouveau sur lui sans qu'il ne paraisse faillir.
« Peu importe le prix, Duncan Tudor, vous êtes l'héritier du trône, murmura le meneur. »
« Mon nom est Rey-Tudor, et rien ne vaut le massacre de centaines d'humains. »
« Je regrette ce qui est en train de se produire. Croyez-le, tel n'était pas mon intention. Ralliez vous à nous pour mieux contrôler... »
Cygnus passa devant eux, se battant ardemment contre l'un des pères. A quelques pas de lui, Alexan protégeait des jeunes, mais ses yeux étaient devenus noir d'encre et sa peau gangrenait. Il se trouvait près d'une énorme fissure, que deux fillettes essayaient de colmater.
« Aidez nous, siffla Cygnus, plutôt que d'utiliser de bas stratagèmes politiques. »
« Je regrette. »
Duncan se détourna de lui, plein de dédain et de fureur, et avisa l'un des plus vieux dans l'alcôve. Il lui arracha sa baguette. Un bruit affreux retentit et le mur fissuré s'effondra. Taran cilla et vacilla.
« Non ! » gémit-il.
Le meneur des Vieilles Familles fit un pas vers l'escalier, et d'un signe de tête, indiqua aux autres de le suivre. Alexan, Cygnus, Duncan et William se jetèrent sur eux et ils roulèrent sur le sol dans d'affreux craquements. Plusieurs maléfices arrivèrent en riposte, et malgré d'autres grognements et cris étouffés, aucun ne lâcha prise, tandis que d'autres élèves faisaient barrage devant l'escalier pour les empêcher de sortir. Un sortilège écarlate entourée de fumée fusa, suivi de deux autres, et Taran les prit de plein fouet, trop secoué pour les éviter. Sa robe s'assombrit sous l'effet de la sueur, son visage pâlit, et il fut prit de convulsions. Le meneur attrapa Duncan et murmura à son oreille.
« Laissez-nous sortir, où il mourra ! Je ne puis les en empêcher. »
« Enflure. »
Cygnus recula, mais William ne lâcha pas l'homme qu'il tenait.
« Meurtre ? Est-ce Azkaban que vous désirez ? »
« William, Taran va mourir. »
Le jeune homme fut pris d'un haut le cœur et vomit, livide, éclaboussant camarades et adversaire.
« On ne peut pas les laisser fuir, souffla une jeune fille. »
Ils ne parvenaient pas à choisir. Choisir, entre la justice, et la vie de leur camarade. Tous, ils paraissaient livides, et d'autres se tournèrent pour rendre le contenu de leurs estomac, incapables de supporter le dilemme. Lucifer était allongé sur le sol sans en avoir conscience, ruisselant de sueur et de larmes.
Deux bottes apparurent sur l'escalier en colimaçon, rapides, effrénées, et les élèves se resserrèrent pour le laisser passer. L'homme portait une robe de velours émeraude, possédait un visage anguleux et de longs cheveux bouclés châtains.
« Au nom de Fetherley Undercliffe et du mien, de Poudlard et du Royaume, je vous demande de vous reculez contre le mur de droite. »
Sa voix avait un timbre glacé. Le meneur des Vieilles Familles l'observa et la résignation se peignit sur son visage. Duncan le lâcha, et tous les intrus obtempérèrent. Sur le sol, Taran cessa de convulser.
« Je vais en référer à la Tour autant qu'au Ministère, déclara Parselife. Undercliffe va nous rejoindre accompagné des Aurors. Je connais tous vos noms et vos visages bougez et vous serez en fuite et considérés comme criminels. »
Ses yeux se posèrent sur les Poufsouffles épuisés et mal en points. Il serra la mâchoire et les jointures de ses mains devinrent livides. Il s'agenouilla auprès de Taran, et William se rua à ses côtés. Une seconde plus tard, il ferma les yeux et une larme coula sur sa joue. Son corps se mit à trembler et ses yeux roulèrent dans ses orbites. En un instant, Lucifer le vit se briser. Parselife le contempla.
« Relevez vous, ordonna-t-il, et allez dans votre dortoir. Weber, suivez le. »
« Non. Je dois témoigner. »
« J'irai. »
L'expression de l'homme lorsque ses prunelles se posèrent sur la peau gangrenée et les yeux noirs d'Alexan fit tressaillir chaque personne présente.
« Vous n'irez nul part hormis l'infirmerie, Lupin. »
Sans un mot, le jeune homme se dirigea vers son ami, le releva et l'emmena loin des regards. Parselife s'approcha des Vieilles Familles et Duncan vint se placer à ses côtés, droits malgré ses brûlures et hématomes.
« J'ignore ce qu'il vient de se produire, mais vous paierez. »
Dans le chaos qui suivit, une brume blanche se dispersa et la scène s'évanouit. Lucifer ne parvenait pas à respirer.
Il restait de la Magie Noire. Infiltrée dans les murs, le sol, les tapis, elle suintait. La Salle Commune paraissait intacte, mais la Magie Noire suintait. Elle était déserte, à l'exception d'Alexan qui sortait du dortoir, les yeux noirs mais en bonne santé. Il en fit le tour, lentement, gravant chaque détail dans sa mémoire. L'escalier en colimaçon tournoya, laissant entrer Cygnus et William. Duncan apparut, depuis les dortoirs également. Le silence régnait, un silence pesant et rempli de pensées qu'ils partageaient sans devoir les expliciter. Derrière les escaliers, le long des murs, les adieux étaient déjà gravés. Ils se saisirent des mains, et d'un hochement de tête adressé à Alexan, Cygnus fit passer un signal muet. Le jeune homme sortit sa baguette et la porta à sa tempe. William attrapa le loquet, puis se leva et inscrivit sur le mur ces quelques mots :
« Que vos langues inventent quelque moyen d'accroître notre peine, pour en laisser les siècles stupéfaits. »
Cygnus enchanta la chaîne liée au loquet, et Duncan se leva, et braqua ses prunelles dans celles de Noah, qui glapit, puis celles de Lucifer.
« Que vos langues inventent quelque moyen d'accroître notre peine, pour en laisser les siècles stupéfaits. Que vous puissiez malgré les obstacles lever le voile sur la Nuit. Le procès s'est tenu dans le plus grand secret le 26 Juin 1574. »
Un filet argenté se noua entre la tempe d'Alexan et sa baguette, et la scène commença à s'évaporer, à tourbillonner, puis disparut.
Lucifer pleurait.
Silencieusement.
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Allongé sur le sol, la gorge nouée.
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Incapable de parler.
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Incapable de se mouvoir.
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Une minute.
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Dix.
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Une heure.
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Une heure environ, allongé sur le sol, à ressasser et graver tout ce dont il venait d'être le témoin privilégié. Il ne sentait plus son corps, simplement les larmes qui coulaient depuis ses yeux jusqu'au sol, trempant sa robe et son cou. Ce fut une étrange sensation que de remuer de nouveau ses muscles pour se redresser. Noah lui rendit son regard, adossé contre le mur près de l'escalier, et Lucifer alla lui tendre la main. Lorsqu'ils furent debout, ils s'enlacèrent, partageant souffrance et souvenir, savoir et douleur, conscience. Ils ne pouvaient parler. Briser le silence paraissait impensable.
