Oui je sais je suis un peu à la bourre ! Mais... J'ai été occupée avec d'autres textes et des voyages en train qui ne sont pas l'idéal pour écrire !
Enfin, voici la suite. Dans l'ensemble, la révélation de la Nuit vous a plu et j'en suis heureuse !
J'espère que ce chapitre vous plaira !
Retourner à leur Salle Commune ne fut pas aisé. Ils marchaient en silence, leurs mains se frôlant tant ils étaient proches, voyant à peine les contours qui se dessinaient autour d'eux. Incapables de frapper le rythme si caractéristique et tant entendu, ils patientèrent en fixant les tonneaux, jusqu'à ce que Cedric Diggory, allant manger, leur ouvre le passage.
-Tout va bien ? s'enquit-il.
Lucifer éprouvait l'impression de ne plus jamais pouvoir parler, ses lèvres s'asséchaient, sa gorge se nouait. Néanmoins il ne pouvait passer sa vie dans un mutisme stupide il ouvrit la bouche et répondit.
-Oui. A Poudlard... Il existe de nombreux secrets, et histoires, et les percer est parfois laborieux.
Le préfet s'immobilisa et les jaugea, croisant les bras.
-Tu sais, Potter, je suis là pour vous, si vous voulez parler. Est-ce que quelque chose s'est produit ?
Lucifer braqua ses yeux dans les siens, et inspira profondément.
-Pas dernièrement. Il s'agit d'une Histoire vieille d'il y a quatre siècles, qui doit être déterrée.
Le regard de Diggory se fit perçant, et il s'assit sur l'un des tonneaux.
-L'année dernière, Hagrid a été innocenté pour la Chambre des Secrets. L'Histoire n'est pas toujours telle qu'on la voit, telle qu'elle nous est montrée. Vous savez où chercher ?
« 26 Juin 1574 ». La date tournoyait dans l'esprit du rouquin il savait qu'il ne pourrait l'oublier. Noah hocha la tête.
-Nous sommes en train de trouver et de vérifier les sources.
-C'est le mieux à faire, sourit le préfet avec un hochement de tête appréciateur. Ne te mets pas en danger, Potter, et faites attention à vos études tout de même. Mais si vous avez besoin de quoi que ce soit, demandez moi.
Ils le remercièrent et il s'éloigna vers la Grande Salle. Les deux garçons entrèrent dans la Salle Commune et s'effondrèrent dans un fauteuil, où ils se blottirent l'un contre l'autre.
Ils étaient secoués. Les autres troisièmes années paniquèrent quelque peu en revenant de déjeuner quand ils refusèrent d'y aller à leur tour, puis restèrent immobile à fixer les flammes, les mains liées, durant une bonne heure supplémentaire. S'ils paraissaient apathiques, leurs esprits tourbillonnaient en réalité plus vite que jamais.
« Ils ne pouvaient plus y retourner parce que les lieux suintent toujours la Magie Noire, et parce que tout ce qui s'est produit durant la Nuit enfreint les valeurs d'Helga Poufsouffle. Je ne sais ce qui s'est produit, sans doute un sort d'envoûtement, mais Taran... il s'est retourné contre son ami... Et d'autres également... Et quand il s'est retrouvé par terre... Le choix entre la Justice et la Loyauté... Comment pouvaient-ils le faire ? Quant au procès et à l'oubli, je crains que cela n'aille à l'encontre de l'Honnêteté. Et la Patience... Les Vieilles Familles l'ont réduit à néant. »
La voix de Lucifer résonna entre eux. Noah serra ses doigts.
-C'est un sortilège de magie noire qui force quelqu'un à suivre la volonté d'un autre, répondit son meilleur ami. Lucifer... Nous savons. Nous savons, et nous devons décider quoi faire de ce savoir.
Devaient-ils courir voir Albus Dumbledore afin qu'il réhabilite l'Histoire ? Envoyer des messages au Ministère de la Magie ? Commencer à en parler à leurs camarades ? Et si d'autres décidaient d'aller voir ? Comment pouvaient-ils garder le contrôle de l'Histoire, ne pas la laisser se déformer au fil des rumeurs, et se montrer loyaux vis à vis de ceux dont ils venaient de partager les souvenirs ?
-Nous terminons, décréta doucement le rouquin. Nous écrivons ce à quoi nous venons d'assister dans les notes, chaque détail. Ensuite, nous cherchons le procès et les journaux du 26 Juin 1574. Nous ne laissons rien au hasard. Une fois que ce sera fait...
Ils évoluaient dans un flou total. Ils n'avaient rien d'historiens, aucune valeur aux yeux des autorités.
-Nous nous renseignerons auprès de Cygnus, et de Dumbledore, acheva Noah. Nous rappellerons l'Histoire à nos camarades. Nous l'avons réveillée, nous devrons la présenter et la représenter.
Tant de poids sur leurs épaules, tant d'heures partagées à travailler sur l'Ancienne Salle Commune... Pas un instant ils ne regrettaient, mais ils avaient la sensation que le chemin restait long jusqu'à ce que l'Histoire puisse être représentée.
Sally-Ann s'était fendue d'une lettre de félicitations pour la naissance de son petit frère, et avait ramené de chez une boutique de vêtements à Pré-Au-Lard une adorable tenue pour nouveau-né. Mais si Lucifer se réjouit pour son ami, il se trouva pour la première fois de sa vie en colère véritable contre son jumeau. Désirant retourner au village sorcier en compagnie de Ron, Harry avait emprunté la Carte du Maraudeur à son frère, mais Rogue, puis Lupin, la lui avait confisquée. Il paraissait évident que leur professeur savait s'en servir, et ses arguments résonnaient de façon très juste dans l'esprit du jeune Poufsouffle -Si Black, en effet, tombait sur cette carte et s'arrangeait pour leur tendre un piège, ils risquaient de s'y laisser prendre-, il regrettait amèrement cet héritage.
Harry était furieux contre Lupin, et Lucifer s'en sentait aussi impressionné qu'irrité. Chaque fois qu'il rencontrait le regard de l'homme, le Survivant paraissait bouillir de haine, sa rancoeur initiale ravivée par son refus de leur rendre la Carte. Le Gryffondor se fichait que Sirius Black puisse venir le trouver et une partie de lui désirait l'affronter en duel et rendre justice de lui-même. Le sujet mettait souvent Ron mal à l'aise, de ce que Lucifer pouvait en voir, mais ses inquiétudes se portaient plutôt sur Hermione. Tandis que Noah et lui travaillaient à la bibliothèque et continuaient leurs recherches sur la Nuit, ils la rencontraient trop souvent seule à une table, des cernes immenses sous les yeux, et voyaient ses amis se détourner d'elle.
-Viens t'asseoir, lui proposa le jeune Weber alors qu'elle passait devant eux, trois énormes ouvrages dans les mains.
-Oh... Non, merci, mais je vais sans doute rester tard et prendre de la place.
Mais le garçon s'était déjà levé, et tirait une chaise tandis que son ami rassemblait leurs plumes et parchemins. Hermione abdiqua et ses bras parurent souffrir le martyr lorsqu'elle lâcha enfin les bouquins qu'elle portaient. Lucifer déchiffra rapidement le titre en Runes qui leur avait été conseillé la veille, puis un manuel d'arithmancie que son meilleur ami utilisait fréquemment.
-Tu as beaucoup de matières, observa doucement Noah. Est-ce que tu as besoin d'aide ?
-Elles sont toutes intéressantes... Oh zut !
Ses mains tremblantes venaient de laisser tomber un encrier qui roula sans s'ouvrir ni se briser. Lucifer le rattrapa avec agilité, et lui tendit.
-Tu es épuisée. Dis-moi, pourquoi est-ce que tu es en froid avec Harry et Ron ?
Les yeux de la jeune fille se remplirent de larmes et il se tança pour sa question trop brute.
-Pattenrond a sans doute dévoré Croûtard, et...
Elle fondit en larmes, et son corps se retrouva secoué de sanglot. Les deux garçons échangèrent un regard naufragé, puis Noah se leva et passa derrière Hermione pour l'entourer de ses bras.
-Je suis désolée ! C'est tellement compliqué, et il faut en plus que j'aide Hagrid à préparer son procès...
-Quel procès ? Buck a été jugé ? Que s'est-il produit ? Est-ce que quelqu'un a recueilli d'autres versions que celles de Drago Malefoy ?
Les questions pressantes du rouquin la déstabilisèrent et elle secoua la tête, incapable de répondre, sans pouvoir non plus se calmer. Noah tira un mouchoir de sa robe et lui tendit, et Lucifer caressa maladroitement son bras.
-Merci, renifla-t-elle. Buck va probablement être condamné à mort... Il restera l'appel. Ils ne peuvent pas le tuer ! Il a réagi comme n'importe quel hippogriffe blessé dans son orgueil !
-S'ils sont impartiaux, Buck s'en sortira, déclara fermement Noah.
Lucifer sentit, pour la énième fois, son estomac se retourner et une nausée trop familière faire monter une bile amère dans sa gorge. Impartial... Il avait la sensation de déjà savoir ce qui arriverait à Buck et ce qu'avait été le verdict à l'issue du procès de ces représentants des Vieilles Familles.
Les vacances de Pâques arrivèrent à toute allure. Chaque moment qu'ils ne passaient pas en cours où à remplir les montagnes de devoir que les professeurs leurs donnaient à faire, Lucifer et Noah sortaient un parchemin, sur lequel ils versaient du Philtre de Houx de sorte que nul ne pourrait le dérober, et écrivaient chaque détail dont ils se souvenaient, la description physique des lieux, des étudiants, leurs paroles, le son de leur voix,... Ils se refusaient à oublier quoi que ce soit. La mémoire phénoménale fonctionnant par flash du jeune Potter s'avérait très utile, quoi qu'occasionnant de nombreuses ratures et flèches.
Lorsque les beaux jours commencèrent à s'installer, les troisièmes années commençaient à venir à bout de leurs devoirs, et les notes sur l'Ancienne Salle Commune avaient été rassemblées en un dossier qui s'étalait sur des centaines de centimètres de parchemins. Gryffondor venait de gagner la Coupe de Quidditch, un exploit bien mérité depuis les trois années où l'équipe d'Harry se battait pour y parvenir. Le jeune attrapeur extatique avait serré son jumeau dans ses bras, dans une étreinte puissante et virile qui l'avait complètement déboussolé. Susan se moquait encore de son expression ébahie alors que les Gryffondors euphoriques le félicitaient pour les exploits de son frère. Hermione bénéficia d'un cours moment de répit, de nouveau en excellents termes avec ses amis, ce que Lucifer observait avec ravissement. La détresse de la jeune fille à la bibliothèque l'avait bouleversé.
-Je crois que nous devrions demander la Gazette du 26, 27 et 28 Juin 1574 précis à Mrs Pince, avança Noah alors qu'ils étaient étendus au bord du lac, des parchemins concernant les premiers cours de potion de l'année dans leurs mains.
Lucifer relut les propriétés de la Mandragore et tourna la tête vers son meilleur ami.
-Ce serait le plus simple, acquiesça-t-il. Noah...
Il se décala de sorte que leurs épaules se touche, puis glissa une main sous la nuque du garçon.
-Sais-tu que l'Histoire a eu besoin de circonstances spéciales pour être ainsi oubliée ? Je crains que leur condamnation ait été légère.
Il sentit son meilleur ami se raidir, et du bout des doigts, commença à le masser.
-Ils ont entaché l'honneur de leur famille, brisé des vies et une salle sacrée. Je ne suis que trop conscient de la véracité de tes propos, Lucifer, mais je ne peux pas le supporter.
-Nous exposerons la vérité, promit-il. Nous rendrons les valeurs à l'Ancienne Salle Commune, nous honorerons leur mémoire. Mais nous devrons nous montrer patient.
Il sentit le corps de son ami être secoué de soubresauts sous l'effet du rire.
-Une patience qui te fait cruellement défaut.
Noah riait, entre joie et chagrin, s'abandonnant complètement dans leur amitié si précieuse, si mutuelle, confiante et pure.
Et Lucifer se tortura une nouvelle fois sur l'amitié brisée entre les Maraudeurs et la trahison de Sirius Black. Il se resserra contre Noah.
La semaine des examens débuta et Lucifer et Noah durent laisser l'Ancienne Salle Commune de côté pour un moment. Ils remplirent correctement leurs copies, et le jeune Potter fut heureux en constatant que sa potion paraissait moins légère qu'à l'accoutumée. Lorsqu'ils eurent terminé l'Etudes des Runes, Hermione l'attendait dans le couloir, les yeux brillant de larmes.
-J'ai pensé que vous voudriez savoir... Hagrid a perdu l'appel. Ils vont mettre Buck à mort.
Lucifer vacilla et Noah serra les poings.
-C'est d'une telle injustice ! s'exclama le jeune Weber. Parce que Lucius Malefoy est un membre éminent du Magenmagot, ils accèdent à toutes ses requêtes. Hagrid doit être effondré.
-Nous devons allez le voir, murmura Lucifer. Il n'est sans doute pas bien.
Ils avaient quelques fois pris le thé chez Hagrid les deux premiers trimestres, mais dernièrement, pris par leur rédaction d'un témoignage historique, leur seule rencontre s'était produite après qu'Hermione leur ait fit part du procès de Buck. La jeune fille se mordit la lèvre.
-Au coucher du soleil nous n'aurons pas le droit de sortir, et Harry et toi encore moins.
Lucifer sentit son estomac se contracter puis secoua la tête. Être présent à la mise à mort ne faisait pas partie de ses plans il doutait de pouvoir supporter une telle scène.
-Nous l'assurerons simplement de notre soutien.
-Allons-y maintenant, murmura son meilleur ami. Merci, Hermione. Est-ce que ça va aller ?
Elle hocha la tête, refrénant de toute évidence ses sanglots.
-J'ai passé des heures avec Ron à construire des arguments, mais c'est comme si ça important peu puisque Buck n'est pas humain et qu'il a blessé le fils de Lucius Malefoy.
Noah broyait la main de Lucifer, qui le sentait trembler contre lui. La même sensation d'injustice bouillonnait dans leurs veines.
Ils frappèrent chez Hagrid plusieurs fois avant qu'il ne consentisse à ouvrir. En soupirant, le professeur de Soins aux Créatures Magique soupira.
-'Aurais du me douter que vous viendriez. J'ai dit à Harry et Ron et Hermione de pas le faire, mais rien vous arrête hein ? 'M'étonne de ne pas encore les avoir vu débarquer.
Il grommelait, mais leur servit un thé, les mains tremblantes.
-Hagrid... Sachez que nous sommes vraiment désolé, commença Noah. La situation me révolte. J'aurais aimé pouvoir faire quelque chose, mais je crains que Lucius Malefoy veuille à tous prix la tête de Buck. Et parce qu'il a du pouvoir sur les Vieilles Familles...
Ses poings se serrèrent, et Lucifer fut interpellé par l'emploi des mots. Il jeta un coup d'oeil à son meilleur ami, dont la mâchoire crispée trahissait toute sa fureur. Hagrid renifla.
-C'est adorable d'être passés, vous deux. On ne s'est pas beaucoup vus en dehors des cours, mais c'était chouette de vous enseigner.
-Merci, marmonna Lucifer, touché. Nous avons été tenus occupés par une histoire ancienne.
Dans le jardin, Buck piailla pour protester contre ses chaînes. Le voir ainsi peina profondément le jeune Potter.
-J'ai pas eu l'occasion de te voir avec cette couleur encore, Lucifer. Ca te va bien.
Ne sachant comment prendre le compliment étant donné les goûts vestimentaires étranges de Hagrid, le garçon se contenta de hocher la tête en guise de remerciement, gêné et ne savant trop quoi dire. Ordinairement, ils conversaient sur les cours, les parents de Noah, éventuellement Lily, James et Harry mais tout paraissait déplacé.
-Je n'ai jamais eu l'occasion de voir vraiment Buck, déclara-t-il. Puis-je ?
Il désigna la porte donnant sur le jardin, et l'homme sursauta tandis que Noah se levait déjà.
-Oh, je ne sais pas trop... Le Ministère refuse que quiconque l'approche... Mais enfin, je suppose que ça n'a plus trop d'importance, maintenant.
Hagrid contint ses sanglots et l'autorisa à entrer dans l'enclos. Buck tendit le cou et laissa échapper un cri, et le professeur lui jeta un furet, qu'il attrapa au vol.
-Il s'ennuie. Je... Je n'ai pas eu le courage de lui dire... Vas-y. Incline toi et ne cligne surtout pas des yeux. Si jamais il fait le moindre geste, recule, sinon, s'il s'incline à son tour, tu peux y aller.
Lucifer sentit un frisson d'excitation le parcourir et, lentement, il s'avança, fixant Buck dans les yeux mais restant sur ses gardes. Il cilla une fois, puis s'inclina profondément en tant de ne pas battre des paupières. Après ce qui sembla une éternité, Buck eut un nouveau cri puis s'inclina comme il le put.
-Tu vas pouvoir le caresser, mais pas trop, sinon il va vouloir que tu montes sur son dos et...
Harry lui avait parlé, lorsqu'ils se trouvaient coincés au château pendant que les autres se promenaient à Pré-Au-Lard, son vol à dos d'hippogriffe et le regret brûla la gorge du Poufsouffle qui s'agenouilla pour lisser les plumes du splendide animal. Les larmes aux yeux, Lucifer fut obligé de sortir de l'enclos et laissa la place à son meilleur ami qui revint tout aussi bouleversé que lui. Ils se tinrent la main en le regardant de loin, jusqu'à ce que des coups frappés retentissent dans la cabane.
Lucifer et Noah se raidirent, et le rouquin se rendit compte lorsque son estomac gargouilla qu'ils avaient manqué le dîner. Quelques instants plus tard, il reconnut avec soulagement la voix de son jumeau.
-Vous formez une belle équipe, à vous cinq, commenta Hagrid.
Mais il ne subsistait plus aucune trace d'ironie dans sa voix. Il était empli d'un désarroi désemparant il ne pleurait pas, et en un sens, son chagrin ressortait plus intensément.
-Je me doutais que tu serais ici, déclara Harry. Merci d'être là... pour Hagrid.
Son frère eut un faible sourire qui ressemblait à un rictus. Il lança une nouvelle oeillade vers l'hippogriffe et s'apprêta à parler mais Hermione le prit de cours.
-Ron, c'est incroyable... Croûtard !
-Quoi ?
Le jeune Weasley bondit et attrapa le rat qui se débattait. Son pelage pelé était couvert de crasse et il lui manquait une griffe.
-Calme toi ordonna-t-il. Il n'y a pas de chat...
-Ils arrivent, déclara Hagrid. Il ne faut pas qu'ils vous trouvent ici... Je vais vous faire sortir par derrière.
-Hors de question ! s'exclama Harry. On reste. On sera sous la cape d'invisibilité.
-Harry, nous n'y tiendrons jamais à cinq, répondit Hermione d'une voix tremblante.
-Dumbledore le saurait, renchérit Hagrid. Je ne veux pas que vous ayez des ennuis... Allez, venez.
Ils se stoppèrent tous en voyant Buck attaché dans son enclos. L'hippogriffe paraissait deviner ce qui se préparait. Ses serres grattaient la terre et ses sabots la martelaient.
-Hagrid... On peut leur dire... tenta Harry, visiblement bouleversé.
Lucifer et Noah ne bronchèrent pas leurs mains serrées à s'en faire mal, ils pleuraient silencieusement, trop conscients que l'histoire était déjà écrite. Le Ministère avait décidé, et les événements s'enchaîneraient avant d'être rapidement oubliés.
-Ils ne peuvent pas le tuer... murmura Ron.
-FILEZ ! cria Hagrid d'une voix féroce.
Ils durent se résoudre, et Hermione jeta la cape sur la tête de Harry et Lucifer.
-Vous deux, restez là-dessous. Si on nous trouve dehors, ce sera moins grave si vous n'êtes pas là.
A regret, le Poufsouffle lâcha les doigts blanchis de son meilleur ami et colla son épaule contre celle de son frère. Ils grimpèrent la pente douce menant au château mais Ron ne parvenait pas à calmer son rat affolé qui tentait par tous les moyens de fuir. Le sifflement d'une hache s'abattit et tous s'immobilisèrent sous le choc. Noah eut un hoquet étranglé et chercha à l'aveugle la main de son ami Lucifer laissa échapper un cri étranglé mêlé de sanglots.
-Comment ont-ils pu ? gémit Hermione.
-Ils faut qu'on y aille, souffla Ron. S'ils se retournent, on est cuits. Aïe ! Croûtard ! Bon sang !
Il les entraîna en amont, luttant pour garder son rat dans ses mains.
-Il m'a mordu !
-Ron, reviens, le ministre peut arriver à tout moment avec Dumbledore... Oh, non !
Devant eux se dressait un imposant matou orange que Lucifer reconnut comme Pattenrond. Le rat parvint à s'échapper des mains de son propriétaire et le félin fila aussitôt à sa poursuite, ses deux grands yeux jaunes rivés sur sa proie.
Ron cherchait Croûtard dans la semi-obscurité malgré les appels d'Hermione. Soudain se dressa devant eux un énorme chien noir aux yeux délavés.
-Un Sinistros ? s'étrangla Noah. Lucifer !
Son prénom fut prononcé avec tant de force et de désespoir qu'il n'hésita pas un instant avant de surgir de dessous la cape pour attraper son meilleur ami par le cou.
-Ne t'éloigne pas de moi, supplia le garçon.
Il paraissait plus bouleversé que le jeune Potter l'avait jamais vu, des larmes coulaient sur ses joues mais il carrait les épaules avec un déterminisme surprenant, et il plantait ses ongles dans la paume de son ami qui se mordit la lèvre sous l'effet de la douleur.
-Je t'ai eu ! s'exclama Ron. File d'ici, sale chat !
Au même moment, le Sinistros bondit juste sur Harry, et le Survivant tomba au sol avec un grognement de douleur. Lucifer se rua à ses côtés, Noah sur ses talons. Pourtant, le chien se détourna d'eux pour se jeter sur Ron et lui attraper la jambe.
-Lumos, marmonna Harry.
Devant eux se dressait le saule cogneur qui avait détruit l'Eclair de Feu. Ses lourdes branches s'abattirent sur le sol, et ils furent envoyés à deux endroits distincts, le visage lacéré. Le chien tirait Ron vers le tronc de l'arbre.
Ils disparurent, et Harry et Hermione hurlèrent.
Il paraissait impossible de suivre Ron. Les branches les traquaient, les menaçaient.
Ce fut Pattenrond qui parvint à immobiliser l'arbre, et tandis que son jumeau déclara sombrement qu'il s'était lié d'amitié avec le chien, l'esprit de Lucifer commença à faire fonctionner de nouveaux rouages. Pourquoi Pattenrond en voulait-il autant à Croûtard ? Et s'il était ami avec le Sinistros, Ron n'avait-il pas été embarqué que parce qu'il refusait de lâcher son rat ? Pourquoi cet être si frêle, si pathétique possédait-il tant d'importance ?
-Tu as déjà vu le Sinistros ? demanda Noah d'une voix blanche.
-C'est juste une légende, le rabroua Hermione.
-Il se passe autre chose, déclara le rouquin.
Ils profitèrent de l'immobilité de l'arbre pour se glisser dans le passage secret. Le tunnel était bas, et paraissait très, très long.
-Il est indiqué sur la carte du Maraudeur. Ce passage. Pourquoi ? Et si le Saule Cogneur le protégeait... Dans ce cas, où va-t-il nous mener ?
Il sentait un liquide poisseux couler sur son cou et sa paume lui faisait mal à l'endroit où Noah s'était agrippé.
-Il se passe autre chose. Une histoire que l'on ne connaît pas.
Malgré la situation en apparence catastrophique, une excitation familière se mit à réchauffer son corps. Sa curiosité maladive demandait à connaître les enjeux.
-Le professeur Trelawney a fait une prophétie.
Tous se retournèrent vers Harry, qui continuait à avancer dans le tunnel, les yeux rivés sur ses chaussures.
-Elle prétend que... Voldemort va retrouver un de ses disciples, ce soir. Qu'il brisera ses chaînes.
Lucifer s'immobilisa.
-Sirius Black. Le passage va nous mener à Sirius Black.
Mais le rat ? Etait-ce... Le rat pouvait-il être un animagus ? Sirius Black, camouflé, qui aurait utilisé cette forme pour s'évader ?
Impossible. Croûtard était dans la famille de Ron depuis douze ans... Douze ans. Ils en avaient treize...
Les rouages tournaient dans un engrenage précis, une énigme qu'il ne parvenait pas à résoudre. Il savait qu'il était sur le point de comprendre un point primordial.
-Tant mieux, cracha Harry. Trouvons cet enfoiré. Je le tuerais de mes mains.
-Tu n'y parviendras pas. Il est inutile de jouer ou de déjouer les prophéties, Harry, déclara fermement Noah. Vous risquez de mourir.
-Je suivrai Black jusqu'à Voldemort et je l'affronterai, répliqua violemment le Survivant. Allons-y.
Troublé par la fureur de son jumeau, le Poufsouffle observa son meilleur ami ouvrir une trappe. Sa gorge se noua alors qu'il songea qu'il pourrait enfin savoir. Pourquoi ? Pourquoi avoir trahi son meilleur ami, son filleul ? Pourquoi, après ces années de proximité ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?
Ils entrèrent dans ce qui paraissait être une cabane de bois poussiéreuse. Un piano endommagé était appuyé contre un mur, des chaises cassées jonchaient le sol et un tapis ensanglanté recouvrait une partie de la pièce principale. Lucifer frissonna.
-Il s'agit de l'endroit le plus glauque dans lequel j'ai pénétré, soupira son meilleur ami.
Les couches de poussières rappelaient l'Ancienne Salle Commune mais le lieu ne possédait pas cette atmosphère étrange qui indiquait que de terribles choses s'étaient produites.
-Nous sommes dans la Cabane Hurlante, indiqua Hermione dans un murmure.
-Les fantômes ne cassent pas les chaises, répliqua Harry.
Sans réfléchir, son jumeau s'approcha du piano, effleura les touches et s'accroupit devant les morceaux de bois. Il nota des traces de crocs et des tâches sombres, qui pouvaient être la marque de bave séchée.
-Qu'est-ce que tu fabriques ? siffla le Survivant.
-Ce ne sont pas des fantômes. Nous sommes dans la Cabane Hurlante, mais elle abritait un animal... Il y a longtemps. Le sang est très vieux, et le papier peint décoloré.
Une autre histoire à décomposer, à découvrir. Le garçon observa très calmement les traces, jusqu'à ce qu'Hermione lui rappelle que Ron était probablement en danger. Ils suivirent les traces jusqu'au premier étage. Un ronronnement sonore se fit entendre, puis ils découvrirent une vieille chambre.
-Quelqu'un habitait ici, n'est-ce pas ? souffla Noah à son oreille, alors qu'ils apercevaient un vieux et splendide lit à baldaquin.
Le jeune Weasley apparut dans leur champ de vision quelques secondes plus tard, sa jambe formant un angle étrange et sans doute très douloureux. Hermione et Harry se ruèrent vers lui, mais Lucifer et Noah restèrent en alerte, baguette brandie, prêts à protéger et à se défendre.
-Harry, c'est un piège ! Le chien, c'est lui, c'est un Animagus !
Harry comprit aussitôt il fit volte face, dégaina sa baguette, écumant de rage. Instinctivement, Lucifer se déplaça à ses côtés et il le vit. Sirius Black. Une masse de cheveux sales et emmêlés lui tombant sur les épaules, il n'avait que la peau cireuse sur les os, et une lueur étrange dans un regard gris éteint.
-Je pensais bien que tu viendrais aider ton ami, commenta-t-il d'une voix rauque. Et... Lucifer. Je suis heureux de te voir à ses côtés. Votre père aurait fait pareil, pour moi.
La gorge du rouquin se noua. Dans sa vision périphérique, il vit -de façon floue- Noah poser une main ferme sur l'épaule de son jumeau et attraper son bras pour l'empêcher de bondir sur le traître qui avait décimé leur famille.
-Si vous voulez les tuer, il faudra nous tuer aussi, cracha Ron, qui s'était relevé avec l'aide d'Hermione.
Lucifer admira qu'il eût la force de se lever, malgré son teint verdâtre. Le traître tourna la tête vers le blessé.
-Allonge toi, déclara-t-il doucement. Tu vas te faire encore plus mal.
Le jeune Poufsouffle fronça les sourcils devant la mentalité de l'homme. Quelque chose clochait. Ron insista, courageusement et le rouquin admira la force de leur amitié.
-Il n'y aura qu'un seul meurtre ce soir, déclara Black de sa voix rauque.
Ils se figèrent tous les cinq. Alors que Noah ceinturait Harry, Lucifer retrouva enfin la parole. Il se dégagea du groupe et vint se planter devant l'homme.
-JE T'INTERDIS DE TE FAIRE TUER A MA PLACE ! rugit son jumeau. TOUCHEZ LE, ET JE VOUS JURE QUE LE BAISER DU DETRAQUEUR VOUS SEMBLERA SOUHAITABLE APRES CE QUE JE VOUS AURAIS FAIT.
-Pourquoi ?
La voix du garçon ne trembla pas. Il ancra son regard dans celui du meurtrier, le cœur au bord des lèvres.
-Comment avez-vous pu ? Pourquoi ?
Et soudain, sa rage brûlante prit vit. Le sang s'embrasa dans ses veines et il explosa en sanglots de fureur, de désespoir, de frustration.
-Comment vous avez pu les vendre ? En sachant que votre filleul y passerait, et moi avec ! Vous m'avez privé de mon parrain, et James aurait pu mourir et ma mère, ma mère est morte ! Mon enfer, c'est votre faute !
Il hurlait, hurlait, et Harry en profita pour se libérer de l'étreinte de ses amis pour le pousser sur le côté et bondir sur Black.
-Attends, déclara le traître, attends.
Il tenta d'éviter la poigne du Survivant, et Pattenrond vint entraver les mouvements du plus jeune. Un clou dépassant sur sol avait déchiré la robe de sorcier de Lucifer et éraflé son bras sur toute la longueur. Noah l'aida à se relever et le serra dans ses bras.
-Je ne le nie pas, mais si vous connaissiez toute l'histoire...
-Je vous tuerai.
Les mots de Sirius Black firent se suspendre les deux Poufsouffle. Ils se redressèrent d'un même mouvement, et l'esprit de Lucifer commença à tourbillonner. Il avait vu, l'espace d'une seconde, l'animagus à Privet Drive, sans que rien ne lui arrive. Engourdi et perdu, il tenta de s'éclaircir l'esprit, d'oublier ses questions. Il se traîna jusqu'à son jumeau et posa une main sur son poignet.
-Attend.
Harry se retourna, un éclat de pure haine déformant son visage.
-Attendre quoi ? Il a tué Maman, Lucifer, il nous a vendu. Je le tuerai, je t'ai prévenu, comme un jour je vaincrais Voldemort. Et peu importe la prophétie de Trelawney.
Son frère posa ses yeux bruns sur l'homme étendu sur le sol, protégé par Pattenrond au niveau du cœur.
-Tout ne concorde pas. Cet endroit, qu'est-ce ? Pourquoi cette douceur ? Pourquoi en veut-il tant au rat de Ron ? C'est lui que Pattenrond pourchassait cette année. Il ne nous veut pas nous.
-Ce sont des détails ! s'exclama son jumeau, exaspéré. Rien n'importe pour lui, hormis notre mort et Voldemort !
Des détails, comme les mots gravés derrière les escaliers de l'Ancienen Salle Commune. Comme le parchemin laissé par des premières années dans le dortoir. Comme les extraits de journal d'Alexan Lupin, si précieux pour connaître le contexte de l'époque.
-Non, s'opposa fermement Lucifer. Les détails forment les rouages et les mécanismes de l'Histoire. « N'oubliez jamais que, quelque soit l'histoire, elle peut être modifiée, modelée, et que ce sont les vainqueurs qui l'écrivent. N'oubliez jamais qu'il existe plusieurs versions, et que seuls les faits sont objectifs et les détails facilement oubliés. ».
Sirius sourit largement.
-Une excellente philosophie.
Lucifer raffermit sa prise, forçant son frère à abaisser sa baguette.
-Nous devons savoir, Harry. C'est la donnée la plus précieuse que nous pourrons obtenir.
Au même moment, la porte s'ouvrit avec fracas sur le professeur Lupin, qui balaya rapidement la scène du regard. D'un geste leste, il désarma les cinq adolescents. Lentement, il se tourna vers l'homme à terre, avec une expression indéchiffrable.
-Où est-il, Sirius ?
Hermione et Noah attrapèrent les deux frères et les forcèrent à reculer. La jeune fille fixait leur professeur avec effarement. La main de Sirius se leva pour désigner le rat que Ron tenait.
-Qui est-ce ? s'enquit Lucifer.
Mais les deux hommes paraissaient dans leur monde.
-Pourquoi ? demanda Lupin, en écho à ses pensées. James aurait su.
Le visage de l'ancien prisonnier se tordit en un rictus amer.
-Il y a beaucoup de choses que James a foiré, jeta-t-il.
-Connard, cracha Harry.
Il voulu s'approcher de nouveau, mais Lupin les en empêcha d'un geste du bras.
-Non, murmura Hermione. Non... Vous ne devriez pas être aussi calme... Je vous faisais confiance, malgré tout, mais en fait... Vous étiez son ami...
-Vous avez aussi trahi mon père ? gronda le Survivant.
Lupin eut un autre geste destiné à les tenir à l'écart, sans qu'il ne lâche Sirius du regard.
-Harry... Ne t'approche pas. C'est lui qui a aidé Black à s'introduire dans le château... C'est un Loup-garou !
Le temps parut se figer. Noah se raidit.
-Bien sûr, se fustigea Lucifer.
Les pièces se mirent en place en même temps et il se trouva furieux contre lui-même de n'avoir pas trouvé la réponse à cette énigme. Tous les éléments paraissaient pourtant en place.
-Vous êtes celui qu'abritait la Cabane Hurlante. Je veux savoir. Il y a trop de données incomplètes.
Remus Lupin le dévisagea longuement, puis leur rendit leurs baguettes.
-Vous êtes armés à présent, et pas Sirius. Pouvons nous tenter de... décrypter ?
Les adolescents se consultèrent du regard. Noah tenait la main de Lucifer, qui grimaçait alors que le sang perlait de son bras. Ron fit un effort méritoire pour se lever, mais Hermione décida de s'asseoir à ses côtés, suivi du troisième Gryffondor.
Remus tendit la main à Sirius dans un geste hésitant et l'homme s'en saisit aussitôt. Ils s'étreignirent violemment.
-A présent, Sirius, je veux que tu m'expliques pourquoi Peter Pettigrow se trouvait sur cette carte en compagnie de cinq de mes élèves.
Et les pièces se mirent en place, de nouveau. La sensation était indescriptible. Une satisfaction intense enveloppait le rouquin il buvait les paroles et les indices, les yeux écarquillés.
-Quoi ? s'exclama Harry. Lucifer, est-ce que tu as jamais vu Pettigrow sur la carte ?
Il possédait ce ton féroce, qui indiquait que son frère avait intérêt à ne pas lui avoir caché un indice aussi important.
-Non. Mais je sais, à présent. Quand a disparu Croûtard, Ron ? Quand exactement s'est-il réfugié chez Hagrid ?
-Quel rapport ? répliqua Ron.
-Puis-je le voir ? s'enquit Lupin.
Le jeune Weasley hésita puis plongea une main dans sa poche et tendit le rat terrifié au professeur.
-Eh bien, Peter...
-Il ne s'appelle pas Peter, mais Croûtard !
-Il suffit.
La voix de Noah, profonde, claire, les réduisit tous au silence. Le garçon lâcha la main de son meilleur ami pour s'approcher de l'animal.
-La vérité est complexe, commenta-t-il. Une histoire possède toujours plusieurs versions. Il ne sert à rien de continuer ces débats stériles. Que s'est-il produit, ce 31 octobre 1981 ?
Sirius avait les yeux rivés sur le rat : il paraissait sur le point de bondir pour lui tordre le cou, mais Remus le tint fermement hors de portée. L'animal couinait et se débattait désespérément.
-Rien que vous ne sachiez déjà, répliqua l'évadé. Voldemort est rentré dans le Manoir Potter, à Godric's Hollow, a envoyé James valser sur le mur et... a assassiné Lily. Il s'est ensuite tourné vers Harry et Lucifer, et a visiblement choisi de tuer Harry en premier, mais le sort s'est retourné contre lui. Tout ce qui s'est joué s'est produit avant.
Il inspira profondément.
-Lorsque vos parents se sont cachés, il fallait un Gardien du Secret. J'ai vécu chez James, tout le monde nous savait proches. Le choix était si évident... J'ai vécu trop longtemps parmi des Serpentard. J'ai eu l'idée d'un coup de bluff, pour tromper Voldemort. Me choisir comme Gardien du Secret officiel, mais enfermer le réel sortilège à l'intérieur de Peter.
En un instant, Lucifer décida qu'il le croyait. Sa poitrine parut soudain libérée d'un poids et il prit une profonde inspiration alors que l'air s'accrochait à sa gorge. Le meilleur ami de son père ne les avait pas trahis.
-Nous faisions partie de l'Ordre du Phénix, une résistance sous la direction de Dumbledore. Depuis quelques temps, des informations filtraient. Nos missions échouaient, certaines opérations mineures et sans danger devenaient des combats à mort. Nous avons du nous résoudre à l'évidence, un espion sévissait. J'ai voulu renverser les choses. Profiter de l'espion pour glisser de fausses informations à Voldemort. James a été séduit par l'idée, il en a même beaucoup rit. Lily... Lily a adhéré aussitôt... J'ai eu droit à quelques piques sur mon intelligences. Mais nous ne connaissions pas l'identité de l'espion nous ne pouvions rien dire à personne. Parmi nous quatre, nos doutes affreux se sont dirigés vers Remus, parce qu'il était un loup-garou.
Sirius se tut un instant.
-Je suis sincèrement désolé. Je ne vaux pas mieux que les Mangemorts.
-Tu es pardonné... Me pardonneras-tu à ton tour, d'avoir pu croire que tu étais l'espion ?
-La solution la plus évidente, Remus. Nous avons choisi Peter. Qui l'aurais soupçonné ? Il était discret et timide, paraissait bien moins puissant que nous. Et une semaine après...
La voix de Sirius mourut pour laisser place à un grondement qui tenait plus de l'animal que de l'humain.
-Je suis parti le tuer, dès que j'ai vu que vous alliez bien. Mais il s'est mis à couiner. « Comment as-tu pu faire une chose pareille, Sirius ? James... Lily... ». Oh, il avait bien préparé sa couverture ! Et il s'est transformé, en tuant tous les passants sur cinq ou six mètres avant de fuir dans les égouts comme le sale rat qu'il est. J'ai éclaté de rire.
Il avait la même voix que Cygnus Weber plongé dans ses souvenirs. Le regard rivé sur le lointain, il paraissait ailleurs ses prunelles suivaient des souvenirs invisibles.
-Le ministère m'a embarqué, bien sûr, et enfermé sans procès, puisque Dumbledore les a informé de ma traîtrise. Je ne pouvais pas lui en vouloir, et je me suis résigné à attendre. Quand James se réveillerait, je serais libre... Mais rien de tout cela ne s'est jamais produit. Mon meilleur ami m'a laissé pourrir à Azkaban jusqu'à ce que je trouve la force de m'en échapper.
-Attendez, le coupa Hermione. Lucifer, tu parlais de manque de concordance, mais cette histoire à des trous. Peter ne peut pas être un animagus : j'ai vérifié le registre pour la métamorphose, en début d'année et il n'est pas dedans.
Lupin eut un sourire triste.
-Le ministère n'a jamais su, pas plus que Dumbledore, qu'il existait à Poudlard trois animagus non-déclarés.
Il se mit à parler, à raconter plus de souvenirs de sa jeunesse et de celle de James à Poudlard que Lucifer n'en avait jamais entendus.
-Mon père était un Animagus ? les coupa brusquement Harry.
Il serra les poings. Son visage fut soudainement transformé par la fureur.
-Pourquoi ne me l'aurait-il jamais dit ? Il n'aurait pas laissé un innocent en prison !
-Harry... intervint leur professeur.
-TAISEZ VOUS !
-Voilà enfin une remarque pertinente, les coupa une voix grinçante.
Du dessous de la cape d'invisibilité laissée devant le saule Cogneur sortit le professeur Rogue.
Tout se passa très rapidement.
-James Potter est un petit crétin arrogant, mais il adore jouer au chevalier blanc. Il n'aurait pas permis une telle injustice.
-James a fait de nombreuses erreurs, siffla Black.
-Quelle douce vengeance, quelle douce ironie... Vous, qui étiez autrefois si proches, ligués contre moi...
Le récit du harcèlement auquel Rogue avait du faire face avait soulevé le cœur de Lucifer, et tendu Noah. Mais l'adulte qui se trouvait dans la pièce avait dans les yeux une lueur démente, et menaça l'évadé du baiser du Détraqueur. Lucifer brandit sa baguette, prêt à lancer un Protego, et Harry, Ron et Hermione envoyèrent le maître des potions s'écraser contre le lit. Effaré, Lucifer vérifia l'état de l'homme puis se tourna vers Black.
-Que voulez-vous dire ?
Il se souvint au moment où Harry ouvrit la bouche. James ne se rappelait plus des jours qui avaient précédé l'attaque de Voldemort.
-Il n'a jamais retrouvé la mémoire. Il regrette tant d'avoir perdu ses derniers souvenirs avec Maman...
-James ne se souvient plus, Sirius, acquiesça Lupin. Ne sois pas trop prompt...
-Nous avons partagé une amitié fusionnelle, Lunard, et tu le sais, grinça l'homme. Peu importe ce qui lui a été dit. Pas un instant il n'a pensé à remettre ma trahison en question. A venir me voir pour obtenir des explications, à m'écrire. Douze ans durant, j'ai vécu l'enfer parce que l'homme en qui j'avais le plus confiance n'a pas cherché à savoir, a placé les dires d'autres personnes avant notre amitié. Mais il suffit. Maintenant, je vais enfin commettre le crime pour lequel j'ai passé douze ans en prison. Donne moi Peter.
-Vous n'allez pas tuer mon rat ! s'écria Ron en tentant de se remettre debout. C'est Croûtard !
-Vérifions avant, proposa Lupin. Si c'est un rat ordinaire, il ne sentira rien.
Du bout de sa baguette, il tapota le poil pelé du rat, qui lui échappa des mains. Et sous leurs yeux las d'une situation si absurde, les cinq adolescents virent se transformer l'animal en un homme à la calvitie précoce, sale et les yeux humides. Ses mains dotées ongles noirs trop longs essuyaient de petits yeux humides.
-Bonsoir Peter.
L'estomac de Lucifer se noua, et il attrapa de nouveau la main de son meilleur ami, la serra à s'en faire blanchir les jointures, à lui en faire mal.
-Mon parrain, déglutit-il.
Vivant.
-Sirius... Remus... Lucifer... Lucifer... Comme je suis heureux de te rencontrer.
-Ne t'approche pas de lui, gronda Sirius.
-Remus, il va me tuer... Tu ne vas pas le croire, n'est-ce pas ? J'étais terrifié, si terrifié... Si j'avais voulu tuer Harry, j'aurais eu trois ans... Et Lucifer... Je n'allais pas blesser mon filleul !
-Tu n'aurais pas tué Harry sans être sûr que Voldemort était là pour voir tes exploits. Tu es un opportuniste, Peter. Tu te caches derrière les plus grands... Remus ?
Lupin avait considérablement blêmi. Quelques éclaircissements supplémentaires furent nécessaires, puis l'ancien prisonnier demanda :
-Ensemble ?
-Oui.
Le sang de Lucifer se figea. Un regard avec Noah suffit, contenant toute leur maigre expérience des secrets de l'Histoire.
-NON !
Il se plaça devant Pettigrow, en même temps que son jumeau.
-D'accord ! hurla Harry. D'accord, tu es innocent, mais Papa ne te le pardonnera jamais si tu le tues ! Il ne veut pas d'un ami assassin ! Et moi...
Sa voix s'étrangla, et Lucifer lui pressa le bras, renchérissant.
-Vous ne pouvez pas détruire l'unique témoignage de la vérité.
Sirius les observa, longuement, son regard passant de l'un à l'autre, puis un sourire naquit sur son visage émacié, sincère, touché.
Remus ligota Peter et fit apparaître des bandages sur la jambe de Ron. Harry fixait son parrain, l'air vidé de toute émotion. Lucifer contemplait le sien, les mains de Noah entourant ses épaules. Il sentait vaguement les larmes couler le long de ses joues.
-Je n'ai rien, murmura-t-il. Mon parrain est celui qui a détruit ma famille. Pourquoi...
-Tu n'y es pour rien, Lucifer, le berça Noah. Je suis là.
-Je sais. J'aurais pu avoir un adulte qui tenait à moi, qui veillerait sur moi, même lâche, même caché, mais il a préféré me voir mort.
Il eut un violent spasme et sa vue se brouilla entièrement. Bouleversé, son meilleur ami le serrait contre lui, présence inconditionnelle et rassurante. Il avait ses réponses. Un ami de James l'avait trahi par peur, par amour du pouvoir en place, par lâcheté. Et savoir pourquoi lui paraissait plus douloureux encore que l'incertitude, finalement. Un adulte qui aurait du tenir à lui l'avait destiné à mourir, avait décidé que sa vie valait moins que sa sécurité. Valait-il si peu que cela ?
La voix blanche d'Harry brisa le silence troublant qui s'était installé dans la cabane.
-Pourquoi est-ce que toi, Remus, tu as cessé de venir nous voir alors qu'on avait besoin de toi ? Il s'est retrouvé seul... Peut-être aurait-il remis la culpabilité de Sirius en question s'il n'avait pas eu l'impression que ses amis l'avaient tous abandonné.
Remus vérifia que la jambe de Ron était bien positionné dans son remède de fortune et passa une main sur son visage fatigué.
-Je veux que tu saches que Lucifer et toi n'êtes en rien responsable de cela, Harry. James et moi avons pris des chemins différents. J'ai peut-être été trop dur avec lui, et il ne s'est pas passé un jour sans que je pense à vous, mais je n'ai jamais pu accepter qu'il ait confié Lucifer à la sœur de Lily. Je n'ai pas pu lui proposer de le prendre, à cause de ma condition. J'étais horrifié lorsque j'ai appris. Votre mère l'aurait giflé pour ne serait-ce qu'y avoir pensé. Les arguments qu'il m'a donné se tenaient : il ne pouvait, en deuil, vous élever tous deux et concilier avec son travail d'Auror Lucifer aurait besoin de la protection fournie par le sang de sa tante il devait entraîner Harry et ne pouvait se permettre de négliger un enfant, de le faire grandir dans l'ombre... J'ai suivi, mais au fil des années je l'ai vu se détacher entièrement de Lucifer. Il avait pour projet d'aller lui rendre visite chaque année, passée la troisième, il n'en a plus parlé. Mes parents sont toujours restés près de moi, toujours. J'ai été mordu et ils auraient pu me rejeter mais leur amour est resté intact et ils ont tout fait pour que je puisse être heureux. Je suis sincèrement désolé, Harry, ainsi que je l'ai dit à James, mais je ne peux pas accepter qu'il délaisse un enfant au profit d'un autre, sous prétexte que cet enfant n'accomplit pas les mêmes choses que son frère.
Lucifer laissa échapper un son étranglé. Noah resserra son emprise, et lorsque le garçon vérifia que son jumeau tenait le choc, il le vit livide et la mâchoire crispée. L'expression de Sirius s'était modifiée en de la colère pure.
-Nous verrons cela plus tard, déclara enfin Lupin. L'important est de ramener Peter au château.
-Par mesure de précaution, il faudrait que l'un de nous s'enchaîne à cette chose, grogna Sirius en touchant l'animagus rat du bout du pied.
-Moi, déclara férocement Ron.
-Je vais le faire aussi, murmura Lucifer avec abattement. Il est mon parrain, après tout.
Leur professeur de Défense ouvrit la bouche puis la referma, se contentant de hocher gravement la tête.
-Ne te préoccupe pas de lui, répliqua férocement Sirius. Je prendrais soin de toi. Et Remus aussi.
-Sirius... commença le loup-garou, mais son ami ne lui prêta aucune attention.
Ils firent se soulever Rogue, toujours inconscient, et Pattenrond ouvrit la voie de leur étrange cortège.
Marcher enchaîné à Peter Pettigrow se révéla encore plus compliqué que suivre Harry sous la cape d'invisibilité. L'homme refusait d'avancer, et continuait de supplier et son ancien maître et son filleul.
-Je n'ai pas eu le choix, Lucifer. Il nous menaçait, tu comprends ? Je ne pouvais rien faire d'autre.
Ecoeuré, le garçon ne put que secouer la tête, se mordant la lèvre pour endiguer larmes et nausées.
-Mais tu as survécu... Je suis désigné pour m'occuper de toi...
Ses dents appuyèrent un peu plus sur sa langue, au point que le goût métallique du sang se fit percevoir.
-Taisez-vous, ordonna Ron. Mr Potter révoquera sans doute votre statut dès qu'il saura... Vous ne méritez aucun titre.
Un tel mépris perçait de sa voix que le Poufsouffle peina à la reconnaître. Derrière eux, Harry, Hermione et Noah parlaient avec Sirius. Lupin ouvrait la voie, juste après Pattenrond. Enfin, la luminosité du parc les éblouit tous. Les yeux de Lucifer se posèrent sur l'astre rond et blanc, qui sublimait le parc et ses yeux se tournèrent instantanément vers Remus Lupin.
L'homme s'était immobilisé, tendu et horrifié, et déjà ses épaules se voûtaient et son corps se couvrait de poils.
-Oh, non... murmura Hermione. Je crois... Il n'a pas du prendre la potion neutralisante ce soir...
-Fuyez ! ordonna Sirius d'une voix rauque.
Noah se précipita vers Lucifer, qui se trouvait incapable de bouger. La preuve de l'innocence de l'un d'entre eux était attachée à lui. Ils ne pouvaient la laisser s'enfuir. Baguette brandie, il se retourna contre celui que ses parents lui avaient choisi comme parrain.
-Ne bougez pas, intima-t-il.
Peter leva les mains en l'air, et les tripes du rouquin se tordirent.
-Lucifer... Si le professeur Lupin nous attrape, nous serons transformés, murmura Noah.
Son ami tourna vers lui un visage baigné de larmes.
-Je sais. Mais on ne peut pas le laisser, Noah. La justice a un prix.
Les yeux d'acier du jeune Weber se brouillèrent à leur tour. Au loin, Sirius s'était transformé et avait forcé le loup-garou à reculer loin des élèves. Ils entendaient les cris du combat résonner.
-Et je suis prêt à le payer avec toi. Tu es si loyal, Lucifer, trop, bien trop loyal et assoiffé de justice. Tu es comme Duncan Tudor, comme William Travis.
-Pas au prix de ta vie, réfuta-t-il aussitôt, secoué de sanglots. Mais au prix de ma santé.
Ron et lui tenaient Peter en sandwich, l'homme ne pouvait esquisser le moindre geste sans risquer aussitôt des représailles. Ils se tenaient debout dans le noir, prêts à garder leur prisonnier quoi qu'il en coûte. Ils virent confusément Sirius revenir sous forme de chien, dégoulinant de sang. Une énorme forme sombre se jeta sur lui, manqua sa cible et atterrit près du petit groupe lié par les chaînes. Lucifer se tendit.
-Où est Harry ? s'enquit-il.
-Près de Rogue, à quelques mètres de nous, répondit Ron. Et si on reculait un peu ?
-Ne bougeons pas, répliqua fermement Noah. Reste face au loup. Surtout, refrènes ta peur. Il ne doit pas la sentir.
Peter tremblait. Le loup-garou garou possédait un long pelage noir ébouriffé, deux yeux aux pupilles allongées qui les fixaient, et un museau très pointue. Lucifer le fixait avec fascination. Que pensait Remus Lupin, sous cette forme ? Pouvait-il au moins les reconnaître, ne serait-ce qu'un peu ? Ses sentiments, sa rancoeur à l'égard de son ancien ami, jouerait-elle dans ses prochains mouvements ? S'il bondissait, devaient ils plonger à droite où à gauche ? Un coup de pied suffirait-il à le déstabiliser ? Derrière eux, Sirius arrivait le plus rapidement possible mais il boitait et gémissait chaque fois qu'il atterrissait sur sa patte douloureuse. Peter flanqua un coup de poing à Lucifer qui s'agrippa à son meilleur ami, sonné, mais l'homme avait déjà plongé pour se transformer. Le loup-garou bondit sa patte arrière érafla la hanche de l'adolescent sur toute la longueur. Le rat avait filé vers la robe de Lupin et s'empara de sa baguette. Ron tentait de se débarrasser de ses menottes il reçut un sortilège en pleine figure.
-Expelliarmus !
Harry réagit aussitôt, mais Peter se transforma de nouveau. Le Survivant se rua vers lui, attirant l'attention du loup-garou, et Lucifer se retourna malgré le vif élancement que lui procurait la griffure pour retenir l'animal. Il lui arracha quelques poils et vit avec horreur l'animal se retourner sur lui... Sirius les renversa tous deux, et Noah l'attira hors du chemin des deux canidés. Les mains tremblantes, son meilleur ami tenta de dénouer les liens.
-C-ca ne sert à rien, bredouilla-t-il. Pettigrow va s'enfuir, la prophétie l'a statué. Bon sang ! Je suis d-désolé Lucifer. D-diffindo.
Il parvint à l'extraire des chaînes, puis répéta l'opération avec Ron.
-Lumos, haleta le jeune Potter.
Le sortilège lui permit de localiser son jumeau, qui rampait sur le sol pour tenter d'attraper l'animagus, jetant au passage des sortilèges d'entrave et de protection. Le loup-garou avait disparu, et Sirius léchait ses plaies, allongé sur le sol, l'air pathétique.
-Il faut qu'on retourne au château, déclara la voix d'Hermione derrière lui.
Son visage était recouvert de terre, à l'instar du reste de son corps : elle aussi avait tenté de stopper le réel traître.
-On doit obtenir du secours...
Une sensation glacée s'infiltra soudain en chacun d'eux, que Lucifer reconnut immédiatement.
-HARRY ! hurla-t-il.
Son jumeau se retourna avec horreur. Au dessus d'eux, des dizaines de Détraqueurs commençaient à apparaître et à tournoyer, tous se dirigeant vers Sirius. Le Survivant cessa aussitôt ses recherches pour le rat et courut protéger son parrain.
-IL EST INNOCENT ! rugit-il. Spero... Spero Patronum !
Soutenu par Noah, Lucifer le rejoignit et saisit sa main dans un réflexe. Harry la serra.
-Spero Patronum ! Hermione, Noah, aidez nous ! ordonna le Gryffondor.
-Spero... Spero...
Une brume blanche envahissait déjà l'esprit du rouquin, qui se força à songer à des souvenirs joyeux. Il regardait Noah s'endormir sur le fauteuil après une journée entière de recherches sur l'Ancienne Salle Commune.
-Spero Patronum...
Une fine brume blanche sortit de sa baguette, pas assez puissante pour faire fuir les atroces créatures.
-Lucifer, nous sommes ensemble, menaça son frère. Nous pouvons y arriver. Spero Patronum !
Harry le défendait, face à James. Harry tenait sa main. Il se tenait serré contre lui sous la cape d'invisibilité et ce contact ne paraissait pas gêner son jumeau. Ils étaient ensemble...
-Spero Patronum !
A côté de lui, Noah s'évanouit, et tout espoir quitta le garçon.
Leur âme allait être aspirée.
