Voilà voilà. Bonne Lecture.
Je marche. Encore et encore. Je marche dans l'immensité des couloirs de New Marineford. Le quartier général tout neuf que s'est offert Sakasuki dès le début de son mandat. Je traîne. C'est que le bureau de l'amiral en chef se trouve trop loin ! Non seulement il a osé placer ses quartiers à l'autre bout du monde mais le pire c'est qu'il se plaint quand on est en retard. Ah, ce n'est pas la modestie qui l'étouffe.
Je baisse la tête au passage des autres matelots. J'ai toujours eu honte de me rendre chez un supérieur. Comme si c'était mal. Autrefois je n'y mettais les pieds que pour me faire mettre aux arrêts ou au nettoyage des latrines. Un syndrome post-traumatique respectable bien que totalement idiot. C'est vrai quoi ! Imaginez, vous vous rendez aux toilettes et voilà que Bastille est là, brosse en main entrain de récurer derrière les éviers. Improbable.
Bien que cette image me fasse rire de bon cœur, je n'ai pas envie de la voir se réaliser. J'essuie donc une petite larme amusée en accélérant le pas. Dehors il y a un soleil radieux. Hier la tempête empêchait toute activités extérieures. Après tout nous sommes dans le nouveau monde... Le temps y est plus qu'étrange.
Depuis le combat entre les deux amiraux pour la tête de la marine, l'organisation s'est vue légèrement ébranlée. Deux camps, si l'on ne compte pas les passifs, affirmaient tour à tour leur positionnement vis-à-vis de la Justice. Oh on a connu des mois mouvementés c'est sûr mais finalement la monotonie d'avant s'est immiscée discrètement et a rattrapée tout le monde.
Je n'ai pas réellement pris part à la bataille au sommet, dans l'ancien QG. Je venais à peine de me remettre d'un combat violent. Un combat que j'ai par ailleurs perdu. Mon corps m'a complètement lâché au début des hostilités. Je n'ai réussi qu'à me faire honte. De nouveau sur mes petits pieds je me suis remise durement à l'entraînement jusqu'à en arriver là. Au titre de vice-amiral.
Vous connaissez la suite. Sengoku démissionne. Le titre vacant d'amiral en chef réveille les vice-amiraux. Punk Hazard. La justice absolue.
Le fait que Sakasuki soit aux commandes de la marine me dérange. Ce n'est pas que ma vision de la vie diverge de la sienne. Nous avons probablement pleins de points en commun. Mais, je suis une élève de Kuzan et évidemment, supporter un maître pareil laisse des traces. Durant les combats sur Punk Hazard j'étais constamment éveillée, sur mes gardes à l'idée d'un coup d'état ou qu'importe. Lorsque l'homme magma a gagné j'ai juste pris sur moi. Kuzan m'a appris la patience. Je suis une marine, je dois obéir dans les limites de ma moralité.
Ah Kuzan...
Il me manque.
C'est vrai, il aurait été le chef idéal. Un dirigeant zélé mais raisonnable pour une marine qui renaît d'une guerre sanglante.
Je tourne dans le dernier couloir, je sens déjà les ondes négatives de mon supérieur qui s'abattront dans peu de temps sur moi. Je bouscule un jeune matelot. Il se tord en deux pour s'excuser en débitant mille et une phrases de politesse. Wow. Il a dû se prendre le savon de sa vie. D'un signe de main je lui indique que je m'en fiche. Le respect des médailles et du titre militaire ne fait pas parti de mes priorités de vie. Trop paresseuse pour réfléchir à toutes ces conneries administratives. Je baille un grand coup comme pour valider cette dernière pensée et continue ma marche.
Shell est mon diminutif, mon surnom, mais je ne me reconnais que sous ce dernier. Que voulez-vous ? Je suis en pleine crise de la quarantaine, ce petit nom m'offre une jeunesse nouvelle. En parlant de ma jeunesse. Mon passé ne cache rien, j'ai vécu avec des parents toujours en vie au moment où je vous parle, un abruti de petit frère gothique et une panoplie d'innombrable chats. Je suis rentrée dans la marine très jeune, tout juste la quinzaine, et y est restée matelote très très longtemps. Pour être tout à fait honnête j'étais en centre de jeunes délinquants. Glorieux.
Un jour je me suis battue contre un camarade de chambre. Un espion pas vraiment discret de la milice du coin. Je ne l'ai pas dénoncé tout de suite, je suis partie démonter toute l'organisation. On a prôné mon sens de l'honneur et ma perspicacité à travers tout Grand Line. L'histoire ne raconte cependant pas que je sortais alors avec ce jeune traître. Après cela Momonga m'a pris sous son aile et mon niveau s'est vite fait remarquer. Non seulement mon maître était réputé mais j'étais aussi un processeur de fruit du démon. J'ai mangé le Baru Baru no mi, simplifié c'est le fruit des bulles. Je suis une femme bulle.
Momonga m'a légué sa vision de l'entraînement intensif et de la puissance avant toutes choses. Cela m'a permis de construire moi-même ma vision de la justice et du monde qui m'entoure. Il n'a pas essayé de m'endoctriner et ça c'est beau putain.
Je croise une ribambelle de vitres teinté et m'arrête deux secondes pour me recoiffer un peu, je sors de la sieste. Enfin... Une de mes nombreuses siestes. Je me regarde quelques secondes le temps d'évaluer les dégâts de ma tenue. Mes cheveux ne sont pas attachés, j'ai de grosses cernes dues à la rédaction de tous mes dossiers en retard, une chemise non repassée, un piercing nasal tout de travers et des oreilles stretchées sans bijoux. Pas catastrophique mais pas classe non plus.
Je remets le col de ma chemise blanche en place. Je défais ma cravate, fait le nœud plus proprement et le remonte d'un geste perfectionné au fil du temps. Je frotte mon pantalons noir plein de poussière et me regarde une dernière fois. Mes cheveux longs sont rasés sur les bords, encore un héritage de mon premier sensei, ma tenue semble correcte et après deux trois baffes mon air ahuri a disparu. Bien. Je secoue une dernière fois vigoureusement la tête avant de repartir toute pimpante aller embêter le grand dirigeant de la marine.
Dans ma tête se déroule déjà une engueulade possible avec l'amiral en chef. Il va me parler d'une prochaine mission puis je commencerais à m'endormir ou hocher la tête aléatoirement comme d'habitude. Il assènera un coup de poing sur mon crâne ou sur la table et je resterais les bras ballants. Il lancera son regard noir, je me ferais dessus. Il me menacera de me faire redescendre d'un million de grades, je lui dirais que je préférerais être pirate que retourner matelot. Il utilisera son Logia et moi aussi avant que quelqu'un ne toque jusqu'à faire un trou dans la porte et nous stoppera dans notre montée de colère respective. Cette scène s'est déroulée un nombre incalculable de fois, c'est devenu presque un rituel pour moi. Jamais rien de bien méchant. Chacun d'entre nous a l'habitude, les énergumènes ne manquent pas au sein du gouvernement mondial.
Arrivée dans la salle d'attente du grand bureau je me laisse expirer. Je suis à côté de plusieurs soldats dans la petite pièce lilas. Mon dieu qui est le peintre fou de cet endroit ? Je salue les hommes d'un signe de la main en souriant. Je ne vois pas pourquoi je suis convoquée aujourd'hui. Vraiment. Je n'ai pas raté de missions depuis perpète, je n'ai pas utilisé toute l'eau chaude du nouveau monde pour prendre mon bain ou même tué mille ans d'histoire en détruisant un quelconque musée... Je ne vois vraiment pas, je le jure ! En plus je viens juste de débarquer dans cette partie de GrandLine. Le nouveau monde n'est pas mon terrain de tous les jours. Je réfléchis au pourquoi du comment. Pourquoi je viens de me faire réveiller, mais mon cerveau surchauffe et je me vois dans l'obligation d'attendre la tête vide. Je chantonne un peu. Personne que je connais n'est là. J'aimerais bien croiser au moins un être humain avec qui je pourrais parler mais il n'y a personne. Je souffle bruyamment. Je suis en retard de bien un quart d'heure et personne n'est encore venu m'appeler. Je sors la tête dans l'entrebâillement de la porte. J'entends du raffut dans l'angle du couloir. Je m'avance d'un pas de loup vers l'origine du bruit où je reconnais quelques voix. La plupart des vice-amiraux sont entrain de rentrer dans l'une des salles de réunion. J'attrape rapidement ma convocation dans la poche de mon manteau. Salle de réunion 115. Je tourne sur moi-même pour lire l'écriteau d'où je viens. Bureau 115. Je me suis trompée.
L'air léger je m'approche du groupe et tapote sur l'épaule de Stainless entrain de finir sa cigarette.
- Oie qu'est-ce qu'il se passe ?
- On est convoqués. Évidemment. On ne te l'a encore pas dit je pari.
Je lui dis non de la tête avant de me retourner. Vaut mieux qu'il s'imagine ça. Il me dit de rentrer mais j'hésite. Moi aussi j'ai envie de fumer. Un peu. Il rentre en haussant les épaules et s'installe. Mon paquet de clopes vient de s'enfuir. Je penche la tête pour voir qui est présent et une main me pousse à l'intérieur avec puissance. Je trébuche en restant heureusement sur mes deux pieds et pars m'asseoir sous les regards épuisés des autres vices-amiraux. C'est notre dirigeant qui m'a poussé de la sorte en esquissant un rictus énervé traduisant un sourire. C'est une description particulière d'un sourire mais ce n'est pas ma faute, il ne sourit quasiment jamais.
Je me mets entre Vergo et Brannew qui paraît mal à l'aise, il me salut d'un mouvement de tête entendu et je me tourne vers Sakasuki qui s'assoit à son fauteuil. Il croise les mains devant lui et nous regardent en plissant des yeux. Aïe aïe aïe ça ne sent pas la petite réunion de base sur le budget papeterie. Il inspire un grand coup avant de commencer à parler.
- Bon, je ne vais pas déblatérer pendant des heures, ce serais une perte de temps. Et on manque cruellement. J'ai choisi l'élite disponible de la marine pour vous parler d'un fait. À nous douze nous pouvons faire beaucoup pour fixer tout ça. Je parle de la nouvelle vague de pirates depuis la fin de la guerre, il y a maintenant presque un an.
L'élite '' disponible '' je t'en foutrais moi de la disponibilité. Je regarde autour de moi et compte, oui nous sommes bien que douze dans la salle. Je ne pourrais pas vous citer tous les noms mais je peux assurer que nous sommes l'élite dis-po-ni-ble comme il le dit si bien. La table, qui est en forme de U, nous classe en fonction de notre puissance. Bizarre, mais notre supérieur a des manières étranges. À la limite de la psychorigidité. Il est très porté sur le niveau des gens et l'organisation. Je suis l'avant dernière avant l'homme aux cheveux vert, il est contre-amiral, chef du renseignement armé et civil. C'est à dire qu'il s'occupe de la liaison avec Marie Joie mais aussi des avis de recherches et du passé de tous les pirates et autres criminels. Bref je suis la plus faible de l'élite. Je souris avant de ré-étudier la contenance de la pièce. Grossomodo il y a Sakasuki, le trio d'amiraux, moi, le G-5 donc Vergo et Smoker, je vois aussi Dalmatien devant moi caché sous son chapeau. Je souris à cette vue ridicule et regarde enfin Tsuru, la première femme devenue vice-amirale depuis la création de l'organisation. Moi j'ai envie de vous dire qu'elle est tout simplement une grand-mère de l'extrême. Stainless, Momonga qui d'ailleurs me fusille du regard pour mon égarement. Pardon mon maître adoré. Puis Brannew qui semble angoissé à en suer à grosse gouttes.
Je me tourne vers mon supérieur direct en croisant les bras devant moi, le regard toujours caché en dessous de sa casquette il marmonne dans sa barbe bien que je l'entende distinctement.
- Les rookies font de plus en plus de dégâts sur les premières îles du nouveau monde. Il faut les exterminer. J'ai décidé de prendre dès le départ les plus grandes forces de la marine, nous sommes douze mais vous le savez Brannew ne se bat pas sur le champ de bataille et je suis attendue autre part. J'ai donc décidé de former cinq équipes. De deux. Vous saisissez ? Cinq rookies, cinq équipes.
Nous nous regardons comme pour former mutuellement ces dites équipes mais Sakasuki coupe nos complots en dictant des noms. J'écoute. Malheureusement, je ne suis pas avec mon professeur, ni avec l'autre femme. Gion étant en vagabondage. Il ne reste plus que quatre personnes : moi, Vergo, Kizaru et Fujitora, je comprends que les deux amiraux ne vont pas se retrouver ensemble et je peste. Je n'ai pas envie de me coltiner, que dis-je ? Je voulais dire que n'aimerais pas, à leur place, me coltiner une « débutante » comme moi. Et c'est comme cela que je me retrouve avec l'amiral tout de jaune vêtu, et merde …
La réunion se termine sans problème, nous devons attaquer quelqu'un du nom de Jores. 'connaît pas. Ce ne doit pas être une grosse pointure si son nom ne m'est pas parvenu. Nous avons reçu l'ordre de rappliquer sur les îles du nouveau monde dès ce soir pour retrouver nos cibles. Je sors de la salle, pour une fois sans compagnon à mes trousses, et prend la direction de ma chambre.
Pour être tout à fait honnête c'est plutôt que je tente de me rappeler où elle se trouve. Tout le monde est déjà sorti lorsque Tsuru me rappelle où je dois aller. Je la remercie amicalement. Grave erreur ! Cette seconde d'attention est fatale. Sakasuki sort et m'attrape par l'épaule.
Je le savais, je ne pouvais pas tenir autant de temps sans avoir d'ennuis. Je lui fais un grand sourire bête et machinal qu'il me rend comme d'habitude, par une bonne grosse tape énervée sur le crâne. Je peste et fuis à petites foulées. Je ne sais pas où est la faute que j'ai apparemment commise mais je cours quand même sans réfléchir comme à travers les bâtiments. Sur la porte de mon appartement de caserne je trouve un mot de Kizaru.
_Tu as dix minutes, le bateau est prêt. B._
Bon et bien il perd pas le nord le Borsalino. Aussi rapide que la lumière.
Que la lumière...
...
Je prends des affaires à la va-vite au cas où je devrais rester longtemps là-bas et ma jutte. Ma petite arme fétiche.
J'arrive en retard, c'est normal, sur le bateau. Les matelots m'annoncent que l'amiral avait prévu dix minutes d'avance sachant que je ne saurais pas être à l'heure. J'apprécie. Je pars poser mes affaires dans une cabine et remonte sur le pont, les soldats s'activent pour faire bouger le bateau. Je fais ma part bien sûr, je ne suis pas comme ces soldats de haut grade qui regardent leurs hommes tout faire. Certes ils sont efficaces sur le terrain mais bon... Je n'aime pas être inactive et surtout regarder les autres travailler. Borsalino, lui, ne suit pas du tout ma manière de penser. Il est en pleine contemplation du journal, de temps à autre je l'entends s'exclamer d'un petit « Ooh » ou « Ah ». Il est tellement enfantin comme type que ça pourrait tuer des gens. Il relève le nez dès que le bateau s'ébranle un peu et s'étire. J'vous jure il y a des moments j'ai envie de mettre une bonne paire de baffes à certains.
Je m'appuie contre la rambarde et regarde le quartier général s'éloigner au fur et à mesure que nous quittons le port. Nous allons mettre une semaine avant d'arriver vers notre cible. Comptant qu'elle va bouger en se rapprochant de nous, nous l'attraperons d'ici cinq jours. Quatre avec de la chance. Lorsque mon compagnon de combat et supérieur abandonne son journal et pars dans sa cabine je souris. Danger publique numéro 2 est parti. Je suis le premier mais moi au moins on sait les conneries que je peux faire, Kizaru lui on en a strictement aucune idée. Il y a deux ans il a bien détruit une mangrouve dans Shabondy en un seul coup. Il s'en vante encore. Mais le pire avec ce monstre de puissance c'est qu'il te le raconte avec le sourire aux lèvres… Je me redresse et attrape son journal posé sur une petite table. Je le mets entre mes dents et grimpe au plus haut mat, à la vigie le matelot me regarde, intrigué.
- Je vais m'occuper de faire la vigie. Tu peux disposer.
- D'accord commandant...e?
Il me salut et je l'aide à descendre, ce qui se traduit dans mon langage par je le jette par-dessus le mat avec un grand sourire au visage. Il hurle les yeux exorbités mais, encore heureux, je créé une bulle pour amortir sa chute démente. Il est complètement terrorisé. Peur transformée bien rapidement en colère. Les autres soldats me crient dessus, des nouveaux, ils ne sont pas habitués à moi. Ni à Kizaru je pense. Je leur ris au nez avant de m'asseoir pour lire mon journal sous leurs regards blasés. J'entends un des soldats demander qui leur a refiler un boulet pareil, je souris en attendant la réponse d'un camarade.
- Boulet, boulet… Vous savez les équipes n'ont pas été faites par hasard.
Je relève les yeux de mon journal et arque un sourcil qu'ils ne peuvent pas voir d'en bas. Ce qu'il dit n'est pas faux, les groupes ont tout l'air d'avoir été minutieusement réfléchis. Je ne sais pas pourquoi je suis tombée avec l'amiral jaune par contre. Je hausse les épaules face à cette énigme trop difficile à résoudre et repose les yeux sur mon journal où est affiché en grosses lettres. « L'ancien amiral de la marine dans le business cachés aux autorités ? » suivit d'une photo de Kuzan. Ce titre... Je peste devant l'image peu glorieuse, c'est bien son genre tiens, manquerait plus que sa tête soit mise à prix ! J'explose de rire à cette image d'un ancien amiral clodo de la pègre et souffle en fermant les yeux, il me manque tellement. Je lui ai toujours trouvé quelque chose de génial. Non seulement j'ai toujours admiré son sens de la justice et sa moralité mais sa puissance brute a fini de me conquérir.
Je sens une présence au-dessus de moi et lève les yeux. Lentement. En position squat sur le rebord de la vigie Kizaru me regarde du derrière ses immondes lunettes. Je sursaute en hurlant. C'est qu'il est pas beau garçon le bougre. Mon cri bien trop aigu en fait rire plus d'un sur le ponton. Kizaru penche la tête à gauche et me dévisage.
- Moooh. L'ancien camarade te manque.
Du coup je ne poste là que le premier, les prochains (jusqu'au 7 je crois) arriverons bientôt :) N'hésitez pas à me laisser un message ou commentaire pour toute faute qui aurait survécu.
