La réécriture est à la fois un plaisir et un calvaire.


La provocation a fait son petit effet. L'insolent marin se tend et serre les dents, prêt à me sauter à la gorge. Ses jambes s'écartent et ses appuis se marquent. Position de mêlée. Les mains sur les hanches je le regarde se préparer, un sourire narquois restant figé sur mon visage. Frustré, le soldat compresse son manche à tel point que ses phalanges changent de couleur. Je force mon amusement, il va craquer avant d'avoir pu essayer de me toucher. Ah les jeunes d'aujourd'hui sont pleins de testostérone mais dès qu'on calme d'un chouïa leurs ardeurs ils s'écrasent comme des enfants. La tension monte d'un cran.

Non mais il pense réellement pouvoir m'expliquer mon métier ? Si je porte le manteau blanc et lui non c'est bien que nous ne sommes pas du même niveau. De plus on pourrait me punir pour abus de pouvoir ! Je m'arrête dans ma réflexion, le sentant prêt à bondir et me dissous dans l'air. Mon arme étant... Quelque part, je dois renforcer mes poings. Bien que ma jutte soit un bonus indiscutable je n'ai pas réussi à me spécialiser dans une forme de combat. En même temps on ne peut pas dire que j'étais bonne élève. Loin de là.

La confiance du marin me déstabilise une seconde. Il est totalement à l'aise mais connais sa défaite. Je continue à me dissoudre dans l'air sous les cris d'encouragements de mes hommes. Cette seconde d'inattention lui permet d'attaquer. Il manque son coup assez lamentablement et glisse à l'autre bout de la cantine dans un fracas assourdissant.

Le garçon en face de moi se relève et sourit à pleine dents. Son corps change. Je reste ébahi devant l'homme-bronze (ou cuivre, je ne sais pas trop) qui se trouve devant moi. Jamais je n'avais entendu parler de ce fruit du démon. Un homme de bronze ? Sur le coup je deviens beaucoup plus sérieuse, ce combat entre deux logia ne seras pas un petit et basique entraînement. Je ne doute pas une seconde de ma victoire. Cependant je reste perplexe quant aux dégâts que nos deux fruits réunis peuvent causer.

Je me courbe en avant et lui saute dessus sous ma forme humanoïde. Dans un mouvement ralenti il fait de même, beaucoup plus lentement mais entraîné par son poids. Je le fusille du regard en l'air avant de voir une grosse main baguée devant mon visage. J'écarquille les yeux reconnaissant la manche de costard jaune de Kizaru.

- Dégage !

Avec son habituel sourire enfantin il nous expulse tous les deux à l'aide de rayons de chaque côté du navire.

- Kizaruuuuuuu... !

Mon cri de rage et de détresse se perd dans un « Plouf » phénoménal. Je sens rapidement mon corps ne plus répondre, l'eau que je parviens à peine à empêcher d'entrer dans mes poumons est glacée. L'odeur de l'iode semble emplir tous mes sens dans une morbide synesthésie. Je tombe en arrière plus profondément dans la mer avant de perdre connaissance.

Je me lève dans un mouvement super rapide. C'est ainsi que je percute le front d'un des médecins. Celui-ci s'évanouit sur le coup, complètement sonné. Je m'excuse avec sincérité avant d'arracher les quelques fils de mes bras. Je ne supporte pas que l'on me plante ces choses dans le corp. Et puis je peux tout à fait me soigner toute seule, je suis un logia merde à la fin ! C'est en pensant à cela que je fronce les sourcils, attendez si je n'ai pas pu me régénérer moi-même c'est que mon amiral a utilisé le Haki à sa puissance maximale.

- Non...

Il n'aurait tout de même pas osé utiliser cette force à fond pour nous stopper. Je vous jure il y a des jours où j'ai envie de tuer un certain cinquantenaire psychopathe. Je tourne la tête sur l'homme assommé au sol, le prend dans mes bras et le pose sur le lit bien trop grand pour lui. Ah oui, je ne pense pas vous l'avoir dit mais depuis que je m'entraîne avec des exercices dignes d'un vice-amiral j'ai pris quelques kilos... Non je rigole j'ai facilement pris un tiers de mon poids de forme. Puis tout ça c'est sans compter ma taille, je ne fais pas encore celle de mes supérieurs mais les marines basiques m'arrivent difficilement au-dessus de la poitrine. À leur plus grand bonheur d'ailleurs. Je souris en pensant aux scènes répétitives représentatives de ce phénomène et sors de la cabine en trébuchant. Je suis vraiment mal en point-là...

Je décide de retourner à mon lit d'hôpital pour me reposer après une courte promenade mais une fois devant celui-ci je retrouve l'infirmier assommé. Je souffle un peu et m'assois contre le mur, les mains derrière la tête pour m'assoupir. Je repense à hier, enfin si c'était bien hier et pas il y a une semaine... L'autre contre-amiral m'a provoqué, donc risque de baisser en grade ou d'être punis d'une façon quelle qu'elle soit. Je souris en repensant à cet imbécile heureux et commence à me rendormir. Je reste à demi-éveillée pendant une bonne heure avant de me décider à monter sur le pont.

Il va bientôt falloir faire le point sur notre mission. Peut-être aussi envoyer un compte rendu au quartier général de ma rencontre avec Doma. Je profite du fait que je passe devant ma cabine pour y récupérer quelques affaires et me changer.

Me voilà de nouveau dans ma tenue habituelle, un pantalon de tailleur en cuir et une chemise trop grande le tout sous mon grand manteau de vice-amiral. Je sors enfin, changée et plutôt calme... Non je déconne ! En réalité je me prépare. Oh je vais bien pousser la geulante, je me retiens à chaque fois mais mon stupide supérieur en remet toujours une couche !

Je le retrouve sur le pont, assis sur une chaise longue en train de regarder ses hommes s'activer pour accoster sur une île estivale avec un regard émerveillé. Un papillon s'est posé sur son front, ça lui donne un air encore plus idiot puisqu'il ne semble pas l'avoir remarqué. Je me mets devant lui, les bras croisés lui faisant ainsi de l'ombre. Il me dévisage en se plaignant un peu. Je fronce encore plus les sourcils, appuyant mon mécontentement, avant de me pencher en avant le regard noir. Je perçois derrière ses verres un amusement et une insouciance extrême qui me met encore plus en colère.

- Ça ne se fait pas amiral !

Un gloussement.

- Je veux bien ne pas râler sur certaines choses, détruisez des villes si vous voulez, réduisez en cendre toutes les mangroves de Shabondy, mais plus jamais vous ne m'attaquez à bout portant. Jamais !

Je le vois lâcher un petit rire amusé qui me met encore plus en colère. Je sens mes poings me démanger, il m'énerve. Alors que j'allais lui tourner le dos je vois le garçon d'hier lui aussi salement amoché. Nous nous regardons ainsi quelques secondes sous le regard plissé de Kizaru. Je le fusille du regard mais pas assez sérieusement. En fait je l'imagine tomber à l'eau comme je l'ai fait et commencer à se noyer... Je retiens l'hilarité montante dans ma gorge. Lui aussi. Ses joues gonflent et ses yeux s'humidifient. Je vais exploser de rire. Finalement je relâche ma tension et pouffe en postillonant. Le marin en fait de même, il doit lui aussi se représenter la scène. Il explose. Reprend son sérieux une seconde en contractant la mâchoire. J'arque un sourcil et c'est reparti.

- Crois pas je vais quand même te faire ta fête. Contre-amiral.

- Soit.

Nous nous retournons vers notre supérieur commun les yeux voilés de noir, celui-ci glousse encore.

- Je crois que je ferais mieux de partir, heeeein ?

Ensemble nous lui crions dessus. Notre synchronisation est impressionnante.

- - Non mais n'importe quoi, vous voulez tuer vos hommes ou quoi ?! Et ça vous fait rire en plus non mais vous savez ce que ça fait de se prendre vos rayons en pleine figure ? Ah bah nan vous savez pas ! Vous êtes amiral mais tout de même ! Merde allez-y doucement...

Je me retourne vers le blond qui parle en même temps que moi plus énervée que jamais, nos fronts se collent et nous hurlons encore à l'unisson.

- Arrête de répéter ce que je dis !

Nous commençons un combat où se mêlent coups de pied, de bulles et de masses de bronze. Je lui saute dessus courbée vers l'avant et lui assène un énorme coup de pied dans la mâchoire, cela ne l'atteint même pas. C'est moi qui hurle en ayant percuté une surface dure comme du bronze car on peut bien en être sur maintenant, ce garçon à manger un fruit du démon logia type metal. C'est à lui de me bondir dessus comme un animal, je lève les yeux sur la masse sombre avant de disparaître dans l'air en un cri. Mon adversaire pulvérise le bois du pont à mon grand regret et part tout droit dans la cale, je saute par le trou où je le vois se relever péniblement des flammes dans les yeux. Je disparais, usant de l'incitions, technique apprise au CP1 et l'agrippe par le cou. Apeuré il met les mains devant son visage en signe de soumission.

- Ok ok t'as gagné.

Je lui affiche un grand sourire et le regarde se relever, il se frotte le jean pour en enlever la poussière et me tend une main en souriant à pleine dents.

- Je m'excuse pour hier, je suis Burn.

J'attends, méfiante. Il insiste et s'avance d'un pas. Je lui tends finalement la main gauche.

- Shell. Je passerais pour cette fois. T'as une spontanéité rare.

- Merc...

- Même si ce n'est pas une raison !

Je lui assène une baffe monumentale qu'il accepte. Bizarre. En tout cas je sens bien que Burn et moi seront de grand amis-ennemis. J'ai encore la main fumante et le poing fermé lorsque je sens le bateau se stopper. Nous sommes arrivés sur l'île où était censé se trouver le rookie recherché. Je vais pouvoir me détendre un peu sans devoir surveiller Kizaru pour l'empêcher de faire des bêtises. Je souffle, un peu de détente me ferrait le plus grand bien.

Ce soir je sors ! Marine en mission ou pas j'ai envie de profiter de ma venue sur cette île pour faire la fête. Puis bon, nous avons chargé vivres, bois et munition aux cales jusqu'à la fin de la journée. J'ai bien le droit de faire l'happy hour. Je troque mon manteau de marine contre un short en jean et un haut à fleurs. Je n'ai quand même pas oublié de prendre quelques berries.

Lorsque je sors, Kizaru sur le pont me dévisage sans aucun sourire. Étrange. Désagréable même. Il est pire lorsqu'il ne sourit pas. Je passe devant lui, bourse à la main et saute sur la surface de pierre du port. Je fais quelques étirements et pars seule me balader.

C'est une île pleine de charme je dois avouer. Pour une île du nouveau monde je trouve le port particulièrement calme. La prospérité que je ressens est même étrange. Je fais une grimace, ennuyée. Pour une fois j'aimerais bien pouvoir me détendre sans avoir à déjouer les plans de psychopathes attardés. C'est en me rappelant de mauvais souvenirs que je pousse la porte d'un magasin ressemblant plutôt à une grande braderie. Je marchande pendant un bon bout de temps avec un vendeur rusé et ressort toute contente, un grand sac jeté sur l'épaule. Je prends appui contre un banc en soufflant. Des dizaines de sac reposent maintenant dans des bulles suspendues en l'air. À cause d'eux les gens me dévisagent sans cesse. Il n'y a qu'à Shabondy que des sacs de la sorte existent. Je craque mes doigts en regardant le soleil disparaître et me lève à la recherche d'un bar animé où je pourrais regarder quelques combats, ou draguer par la même occasion... Je ris intérieurement et me lève en traînant derrière moi tous les sacs flottants.

Je ne mets pas beaucoup de temps à trouver le bar le plus animé de la ville. Il est vraiment très remarquable. Une grande bâtisse de bois d'où sortent des rires et de grandes exclamations. Je cherche un endroit où poser mes achats de tout à l'heure. Je n'ai pas vraiment envie de me faire voler maintenant, franchement j'ai dépensé une fortune. Je passe donc vers le bateau où un silence troublant règne, je passe devant ma cabine et balance avec négligence mes achats au sol. J'en profite pour porter quelques habits tout neufs.

C'est ainsi que je me retrouve à me maquiller devant le miroir de ma petite salle de bain. Quelques choses de vous verrez rarement, croyez-moi. J'ai recouvert mes yeux couleur d'ocre et mes lèvres d'un marron neutre. Mes cheveux, qui bon dieu sont quasiment identiques à ceux de Momonga, sont noués. J'ai mis une jupe me tombant aux chevilles et remontant un peu en dessous de ma poitrine. En dessous j'ai enfilé un haut un peu grand tombant de mes épaules blanches, ce tee-shirt noir atténue légèrement ma masse musculaire. En sortant je croise Burn qui rougit en me voyant. Bah tiens ! Je lui affiche un grand sourire et saute sur le ponton du port. Même si j'ai sauté avec le plus de grâce que j'ai pu les vieux pêcheurs me dévisagent bouche bée devant le paradoxe naturel que je représente à moi toute seule.

Je marche vers le bar en souriant, je vais enfin pouvoir prendre du bon temps. Après des mois de chasse au pirates et d'entraînements, vous ne vous imaginez pas comment ça a pu me manquer les bar et l'ambiance sauvage qui y règne. Puis c'est sans compter mon rétablissement post-guerre. Quelle horreur. Je pousse les battants en bois et pénètre à l'intérieur en souriant. En un regard j'arrive à voir que la moitié des hommes présents sont des hors-la-loi. Pas étonnant quand on y pense, il n'y a pas de base de la marine sur cette île.

Il n'y a pas beaucoup de tables libres mais j'arrive cependant à trouver un morceau délaissé de bar d'où je peux voir la totalité de la salle. Une jeune serveuse viens me voir et je commande une bouteille de saké en portant mon regard sur l'entrée. Je suis plutôt déçue, il n'y a personne d'intéressant dans cette salle. J'entame ma boisson avec lenteur savourant l'alcool, je ne sais pas ce qu'ils ont rajouté dedans mais le sucré en plus est excellent. Je commence à m'assoupir lorsqu'une explosion se fait entendre. Je relève vivement la tête et dans la seconde qui suit un pirate se retrouve paralysé par la poigne d'un autre, sur ma table. Je fixe les deux hommes les yeux ronds en souriant nerveusement puis m'écarte de là. Le patron arrive en courant vers les deux hommes, il est affolé sûrement pas habitué aux batailles.

- Pas de ça dans mon bar !

Le meneur s'apprête à le frapper mais avant que je puisse intervenir une main le stoppe dans son élan. Il peste en regardant son acolyte et tourne le regard vers le barman. Il sourit d'un mauvais rictus laissant apparaître des dents en moins, je déglutis devant sa laideur et pars me mettre au bar. Les deux pirates sont partis dehors, on entend des bruits de combats qui ne cessent. Heureusement ou pas, ce n'est pas mon rôle de juger, après un coup de canon le silence se ré-installe. La musique reprend, une danseuse mène la salle avec des gestes gracieux. Tous les hommes lèvent leurs choppes en l'air en riant. Je m'appuie nonchalamment sur mes poings en la regardant.

Que serais-je devenue si je ne m'étais pas lancée dans la marine ? Je me serais probablement tournée vers une activité illégale, d'ailleurs je suis bien rentrée dans la marine pour apprendre à calmer mes pulsions combatives à la base. En fait je pense que c'est depuis que j'ai rencontré ceux qui sont aujourd'hui mes amis que j'ai décidé de rester dans la marine. Même s'il m'est arrivé de vouloir démissionner plus d'une fois.

Je suis encore plongée dans mes pensées lorsqu'une personne possédant une puissance démesurée entre dans la salle. Je relève vivement la tête sentant le changement de l'atmosphère. Mon Haki est de plus en plus reactif. Je croise du regard un jeune homme qui fronce les sourcils en me voyant. Seuls les gens ayant entraîné jusqu'à un certain niveau leur fluide de l'observation peuvent sentir l'aura des gens. Il doit se demander comment la vieille femme que je suis à bien pu s'exercer à cette pratique. Je lui souris à pleine dents, il me rend mon geste mais plus tendu en cherchant des yeux qui peut bien dégager une telle force. Je me fais de plus en plus inquiète en sentant cette force se rapprocher de moi, mes yeux parcourent la foule trop rapidement avec négligence. Je reprends une gorgée de ma boisson. Merde mais qui ça peut bien être, cette force ne m'est pas inconnue en plus. M'enfin, avec la quantité d'alcool que je viens d'ingurgiter je ne risque pas de me rappeler de suite d'où j'ai déjà senti ça.

Je peste tout bas et décide de me lever. Je prends ma choppe et trouve une table vide où je me dirige pour vérifier que ladite personne puissante ne me suit pas. En m'asseyant je remarque que, dans ma nuque, perlent des gouttes de sueurs froides. Je tape des ongles sur la table, prête à bondir sur qui que ce soit. Le détenteur de cette force me suit bien, malgré le chemin improbable que j'ai suivis la force est autant proche. Au mètre près. Personne de normalement constitué n'aurais fait le tour du bar pour aller à une table voisine d'où vous étiez. J'ai un rire nerveux, du haut de ma quarantaine je n'ai pas encore eu affaire à quelqu'un possédant une aura semblable.

Merde quoi c'est une aura que je connais en plus ! Ce n'est pas Kizaru, je l'ai tellement côtoyé avec toutes les humeurs possibles que je reconnais direct sa présence. Idem pour Momonga, Smoker, Bastille, Tsuru et Sakasuki. Je ferme les yeux sentant cette force de plus en plus proche. Lorsque je les ouvre après quelques longues secondes je sursaute. Quelqu'un s'est assis en face de moi sans que je le remarque. Ce quelqu'un me dévisage derrière des lunettes rondes.

Mon dieu...