Désolée pour le retard, j'ai eu un petit contretemps qui m'a empêché de poster hier. Ce chapitre est plus un chapitre de transition avant le mois de décembre qui s'annonce chargé. Il a malgré tout son importance et j'espère qu'il vous plaira !
Novembre
Izuku lâcha le rebord de la patinoire et se lança sur la glace, les jambes flageolantes. Même s'il avait bien travaillé son équilibre au cours de ces trois dernières années, il n'était pas des plus à l'aise sur des patins à glace. Il croisa plusieurs élèves de sa classe qui semblaient nettement plus doués que lui. Un peu plus loin, Katsuki lui lançait même un sourire moqueur en voyant qu'il avait du mal à se déplacer correctement. Ce qui fit également sourire Deku, parce que c'était vrai qu'il était un peu ridicule en ce moment même.
La classe héroïque avait décidé de venir passer un moment de détente à la patinoire tous ensemble. La fin de l'année approchait à grand pas et par là même la fin de leur études. Dans quelques mois, ils allaient tous se séparer. Alors, ils voulaient en profiter. Et le mois de novembre était le dernier où ils pouvaient réellement le faire. Après, les examens et les derniers stages allaient s'enchainer à une telle vitesse qu'ils n'auraient plus aucun moment de libre...
Du coin de l'oeil, Izuku aperçut alors Shoto qui n'avait toujours pas quitté le bord de la patinoire. Avec des gestes hésitants, il alla le rejoindre, s'arrêtant maladroitement à ses côtés.
« Eh Shoto, tu ne viens pas avec nous ?
— Je ne sais pas, répondit ce dernier d'un ton plat. Je ne suis jamais allé à une patinoire.
— Eh bien, ce n'est pas comme si tu n'avais jamais glissé sur de la glace, sourit Izuku. Ce n'est pas très différent. Je suis sûr que tu seras celui qui s'en sortira le mieux. »
Mais Shoto semblait toujours aussi pensif. Izuku eut l'impression qu'il y avait autre chose qui retenait son esprit malgré tout.
« Tout va bien ? demanda-t-il alors.
— ... Ma mère emmenait souvent mes frères et soeur à la patinoire quand elle allait encore bien. Je n'avais pas droit d'y aller. J'imagine qu'ils devaient bien s'amuser. »
Il fixa ses doigts, plongé dans ses pensées, alors qu'Izuku continua de le regarder, essayant de trouver la meilleure réaction à adopter.
« Tu pourrais revenir avec elle quand on aura fini nos examens. Ça lui ferait surement plaisir. »
Shoto tourna son regard vers lui. Il pencha la tête sur le côté, comme s'il réfléchissait à sa phrase.
« C'est vrai, je pourrais.
— D'ailleurs, ma maman m'a dit qu'elle s'amusait bien avec elle et Mitsuki, sourit grandement Izuku. Elles ont l'air de bien s'entendre. »
Izuku était sincèrement content de cette nouvelle, même si ça lui faisait bizarre que sa maman ait rencontré avant lui la mère de Shoto. Lui aussi souhaitait faire sa connaissance après tout. En toute honnêteté, il avait bien plus hâte de la rencontrer elle plutôt qu'Endeavor. Même si Izuku ne céderait rien, il devait bien reconnaitre que l'homme était intimidant quand même.
« Elle va mieux, confirma Shoto. Elle se plait bien dans son nouvel appartement. C'est plutôt étrange, elle a l'air de mieux vivre la situation que mon père.
— Il se démène peut-être encore avec ses regrets, commenta Izuku avec sagesse.
— Peut-être bien... Je n'ai d'ailleurs pas encore répondu à son offre d'emploi.
— Tu y as réfléchi ?
— Oui, mais je ne sais toujours pas quoi choisir. Qu'est-ce que tu en penses, toi ? »
Izuku l'observa un moment, avant de répondre.
« Tu devrais accepter. C'est une belle offre et ça te permettrait de te rapprocher de ton père. »
Même si leur situation était compliquée, Izuku avait toujours espéré que Shoto et son père puissent un jour se réconcilier. Surtout qu'ils le voulaient tous les deux.
« J'imagine... »
En entendant le ton monocorde de Shoto, Izuku baissa le bras pour lui frôler les doigts, avant de lui prendre plus franchement la main.
« Et si tu me montrais comment patiner ? » demanda Deku avec un doux sourire.
Shoto lui rendit alors son sourire avant de serrer ses doigts et de s'élancer avec lui. Même s'il n'était jamais allé à une patinoire, les gestes lui venaient, en effet, de manière très naturelle. Ce n'était pas très différent des moments où il glissait avec son alter. Il guida alors Izuku, en gardant bien sa main dans la sienne.
Tandis qu'il glissait sur la glace, il s'efforça de se détendre et de profiter du moment. Sa vie familiale s'arrangeait, il ne devait plus y penser de manière négative. Même s'il n'avait jamais partagé ce genre de moment avec sa mère, rien ne l'empêchait de le faire désormais. Comme toujours, Izuku arrivait à lui montrer le bon côté de choses avec de simples mots.
Sa mère allait bien. Son frère et sa soeur allaient bien. Il ne restait que son père finalement et lui... Comment se sentait-il au juste ? Il jeta un coup d'oeil sur le côté et croisa le regard d'Izuku. Ce dernier souriait tout en essayant de suivre ses pas. Il avait l'air si doux... C'était ce côté-là qui avait attiré en premier Shoto, avant sa gentillesse naturelle. Sans parler de sa tendance à se mêler de ne ce qui ne le regardait pas. C'était grâce à lui qu'il avait oublié pour la première fois son père et toute la pression que ce dernier lui avait fait subir sur les épaules.
Izuku le comprenait comme personne. Même si Shoto n'était pas du genre à s'épancher sur ces états-d'âme, il savait qu'il pouvait le faire avec Izuku s'il en éprouvait le besoin. Et ça lui suffisait. Les mains de son petit-ami lui semblaient même plus chaudes que son alter. C'était une sensation qu'il avait encore du mal à appréhender. C'était nouveau pour lui. Mais ce n'était pas déplaisant. Encore moins avec Izuku. Alors oui, il pouvait dire qu'il allait bien, lui aussi.
Quand il avait commencé son parcours héroïque, il n'aurait jamais cru qu'il en serait là lors de sa toute dernière année. En paix avec lui-même et son alter. En paix avec son passé également. Il était prêt à être le héros qu'il avait toujours voulu être. Celui qui avait été influencé par All Might, mais également par Endeavor, mine de rien. Il ne pouvait renier l'héritage de son père.
Il lui avait mis longtemps pour réussir à passer au-dessus de tous ses ressentiments. Mais il avait fini par le faire. Il fallait bien qu'il lâche prise un jour ou l'autre. Il ne tenait pas à en vouloir à son père toute sa vie. Ce dernier avait fait tant d'efforts. En tant que héros, bien sûr, mais surtout en tant que père. Il respectait le choix de Natsuo, mais pour autant, il ne tenait pas en à faire de même. Parce qu'il n'avait pas la même relation avec leur père et parce que cette colère lui pesait plus qu'autre chose. Il voulait s'en débarrasser, pour lui avant tout.
Le fait de voir que sa mère allait désormais bien avait été la dernière pierre à l'édifice. Leur passé était définitivement derrière eux. Et s'il allait s'installer chez elle après la fin de ses études, c'était pour rattraper le temps perdu et non pas pour se venger de son père. Chacun faisait sa route désormais. A son père de continuer à faire la sienne...
Shoto effectua alors un tournant un peu trop rapide et sentit qu'Izuku perdit l'équilibre. Shoto le rattrapa de justesse avant qu'il ne les entraine tous deux au sol. Izuku s'accrocha fortement à sa veste, avant de rigoler.
« Désolé Shoto, sourit-il. Je ne suis vraiment pas doué.
— Ce n'est rien. Tu apprends vite.
— On continue alors ? »
Shoto acquiesça et le sourire d'Izuku se fit plus grand alors qu'il reprit sa main. Ils se remirent à patiner et Shoto décida de cesser de penser à sa famille. Parce qu'il était en train de construire une relation tout aussi importante et qu'il voulait juste se concentrer là-dessus. Il afficha un doux sourire, avant de corriger la position de son petit-ami pour qu'il puisse plus facilement glisser sur la glace. Oui, il se sentait bien. Et c'était tout ce qui comptait...
Alors que jeudi arriva, Rei se rendit chez Inko pour la deuxième fois. Elle avait décliné la toute première invitation, étant donné qu'elle était trop proche du vingt-six octobre. Même si elle avait beaucoup travaillé sur son deuil à l'hôpital, c'était encore une période où elle préférait être seule pour se recueillir. Et il lui fallait toujours quelques jours pour s'en remettre. Même si, en soi, elle ne s'en remettait jamais totalement.
Jeudi dernier, elle avait donc rencontré pour la première fois Mitsuki Bakugo. Et, effectivement, Rei avait remarqué que cette dernière avait un fort caractère. Elle s'était emballée plusieurs fois, mais comme Inko le lui avait dit, elle avait bon fond. Rei n'avait pas eu de mal à trouver sa place, étrangement. Inko et Mitsuki l'avaient intégrée sans peine à leur après-midi jeux et discussions. Même si Rei ne les connaissait pas encore très bien, elle se dirigeait d'un pas tranquille vers l'appartement d'Inko. Elle se sentait plutôt bien avec elles et avait même hâte de les retrouver.
Lorsqu'elle arriva sur place, Mitsuki était déjà là. Elles ne perdirent donc pas de temps et s'installèrent autour de la table du salon où les cartes étaient déjà posées. Inko servit le thé, alors que Mitsuki prit la parole.
« Vous connaissez la dernière ? s'exclama-t-elle d'une façon toujours aussi énergique. Mon ingrat de fils m'a dit qu'il allait déménager dès la fin de ses études. Comme s'il était assez mature pour vivre seul. Il devrait avoir plus de plombs dans la tête pour ça ! »
Inko rigola doucement, avant de leur tendre leur tasse.
« Tu sais bien que Katsuki est indépendant, sourit-elle avec bienveillance. Dans le fond, je suis sûre que ça te fait plaisir qu'il se prenne en mains.
— C'est vrai. Je n'ai jamais douté de lui à ce niveau-là. Et puis, il a beau dire, mais je suis persuadée qu'il ne va pas emménager seul. Je ne vois juste pas pourquoi il s'obstine à me le cacher !
— Ça fait combien de temps qu'il est en couple encore ?
— Plus d'un an. Et elle est adorable. »
Pour une fois, Mitsuki sembla se radoucir. Son sourire gagnait ses yeux, alors qu'elle paraissait se perdre dans de bons souvenirs.
« Tu l'as déjà rencontrée ? demanda alors Rei.
— Oui, j'ai obligé Katsuki à la ramener aux dernières vacances. Elle s'appelle Ochaco. Elle est vraiment gentille, mais elle arrive à bien tenir mon fils aussi. C'est ça le secret avec les hommes, tout le monde le sait !
— Tu as de la chance, commenta Rei. Natsuo est beaucoup plus discret. Ça fait deux ans qu'il sort avec une fille, mais il ne veut jamais en parler.
— Faut pas lui laisser le choix, trancha net Mitsuki. C'est comme ça qu'on fait plier les hommes !
— Ça ne marche pas avec tout le monde, répliqua sagement Inko. Il vaut parfois mieux privilégier le dialogue. »
Mitsuki rigola longuement. Cette solution, elle n'y croyait pas du tout. Ça se voyait qu'Inko n'avait pas eu à élever une teigne comme Katsuki ! Et puis, elle n'avait pas eu un mari aussi malléable sans raison ! Elle allait sortir cet argument lorsqu'elle croisa le regard de Rei. Elle décida alors de rester silencieuse, pour une fois. Même si elle ne connaissait pas toute l'histoire, elle savait que Rei avait été mariée à Endeavor. Et vu l'homme, ça devait être une autre paire de manche que son cher Masaru. Dans certains cas, il valait mieux éviter de donner de conseils qui ne pouvaient qu'être mal placés.
« C'est ce que j'ai fait avec mon mari, reprit Inko d'une petite voix.
— Oh... Alors, tu t'es enfin décidée ? enchérit tout de suite Mitsuki.
— Oui, il était temps. »
Inko baissa les yeux sur sa tasse, alors que Rei essayait de suivre la conversation. Jusqu'ici, Inko n'avait jamais fait mention de son mariage devant elle.
« Mon mari travaille à l'étranger depuis de longues années, expliqua alors Inko pour ne pas la laisser à l'écart. Je l'aimais beaucoup, mais... j'avais besoin de lui lorsque Izuku a eu des problèmes avec son alter. Sauf qu'il avait toujours une bonne raison pour ne pas revenir. »
Inko soupira et but une gorgée de sa tasse.
« Je faisais avec, parce que c'est le rôle d'une épouse après tout. Enfin, c'est comme ça que je voyais les choses à cette époque. »
Rei resta silencieuse, mais elle ne pouvait que compatir. Elle avait longtemps eu la même vision. En dehors des excès de colère d'Enji, son travail avait également été un problème. Il n'était jamais là. Rei avait failli perdre pied à force de s'occuper seule de ses enfants. Elle s'était sentie tellement stupide et ridicule d'avoir besoin d'aide pour une tâche qui était censée aller de soi pour une femme. Du moins, c'était ce qu'on lui avait toujours appris. Maintenant, elle se défaisait de toutes ces injonctions, même si ça restait encore compliqué par moment...
« Mais j'ai rencontré quelqu'un d'autre, avoua Inko un peu honteuse.
— Tu n'as pas à te sentir mal, la soutint immédiatement Mitsuki. Tu as le droit d'avoir une vie amoureuse toi aussi. Surtout que Toshinori est vraiment quelqu'un de bien.
— Toshinori... ? demanda Rei, un peu confuse.
— All Might, répondit Inko tout en rougissant. Je l'ai rencontré grâce à Izuku et... bon... on a commencé à se fréquenter l'an passé. Au début, ce n'était que des visites amicales, mais... disons que j'ai commencé à l'apprécier de manière... plus intime. Sauf que je ne voulais pas tromper mon mari. »
Inko joua nerveusement avec ses doigts, comme si elle avait peur qu'on la juge. Mais Rei ne la jugerait jamais pour ça. Même si c'était une situation qu'elle n'avait pas vécue, elle pouvait totalement la comprendre.
« Alors je l'ai appelé dimanche dernier. Et je lui ai fait part de mon envie de mettre fin à notre mariage.
— Qu'est-ce qu'il a dit ? demanda aussitôt Mitsuki.
— On a beaucoup discuté, éluda Inko. Ce n'était pas évident. Mais il a compris. Il est d'accord pour divorcer.
— C'est super ! Tu vas pouvoir te mettre réellement avec Toshinori alors ! » s'exclama Mitsuki.
Alors qu'Inko acquiesça, gênée, Rei la regarda, songeuse. Cette femme était avec All Might alors... C'était étrange. Entendre à nouveau ce nom ramenait tout un tas de souvenir à Rei. Même si elle savait qu'il n'y était pour rien, Rei avait longtemps ressenti, au fond d'elle, un peu de rancoeur envers cet homme. C'était ridicule, mais ça avait été plus fort qu'elle. S'il n'avait pas existé, jamais Enji ne serait devenu aussi monstrueux envers elle et ses enfants. Mais grâce à son travail à l'hôpital, elle avait réussi à faire la part des choses. C'est vrai, Enji n'aurait sans doute pas eu tous ces problèmes de frustration. Mais dans ce cas, il ne l'aurait pas épousé et aucun de ses merveilleux enfants ne serait né. Rei se serait épargné bien des souffrances, mais une vie sans ses enfants... elle savait maintenant que ça aurait été encore pire que tout.
« Ha ha, c'est génial ! Il était temps quand même ! la taquina Mitsuki. Alors quand est-ce qu'il vient emménager ici ?
— On a le temps, rougit Inko. On verra bien... Mais il m'a invité à passer Noël et Nouvel An ensemble.
— En amoureux, c'est trop mignon. Et toi, Rei, que vas-tu faire pour les fêtes ? »
Rei resta un moment silencieuse. La conversation allait souvent trop vite pour elle qui était plus du genre à rester un peu retrait. Mais ça n'avait pas d'importance comme les deux autres femmes faisaient toujours attention à ce qu'elle reste dans la discussion.
« Je n'ai pas grand-chose de prévu, finit-elle par répondre. Fuyumi et Shoto fêtent Noël avec leurs amis, et Natsuo avec sa petite-amie. Mais ils viendront pour le Nouvel An.
— Ça ne te dérange pas d'être seule à ce moment-là ? demanda Mitsuki.
— Non, sourit Rei. J'ai l'habitude de ne pas fêter Noël. Ce n'est rien.
— Tu peux venir avec moi si tu veux, lui proposa alors Inko avec bienveillance.
— Non. Enfin, c'est une sortie entre couple, je ne veux pas vous importuner.
— Ce ne sera pas le cas, ne t'en fais pas. Et puis, on ne sera pas juste à deux à Noël, il y aura également le meilleur ami de Toshinori. On a l'habitude de faire des sorties à trois. Rejoins-nous, ce sera même surement plus confortable pour Naomasa maintenant que... que notre relation va changer entre Toshinori et moi. »
Rei l'observa un instant. Sincèrement, ça ne la dérangeait pas de passer Noël seule. Ce n'était pas une fête qui avait une grande importance pour elle. On la fêtait souvent en couple ou avec ses amis. Rei ne se serait jamais vu passer Noël avec Enji et elle n'avait jamais eu beaucoup d'amis. Mais... Mais maintenant qu'elle avait cette proposition, elle ne pouvait s'empêcher d'y penser. Peut-être que ce serait agréable de faire quelque chose de différent pour une fois.
« ... D'accord... Je veux bien. »
Elle sourit doucement, sous le regard soulagé d'Inko. Mitsuki déclara alors qu'il était plus que temps de commencer à jouer. Elle battit les cartes et les distribua. Et alors qu'elles débutaient une nouvelle partie, elles repartirent de plus belle dans leur discussion. Rei se sentait de plus en plus détendue avec elles. C'était agréable... Et ça faisait bien longtemps qu'elle ne s'était plus sentie aussi vivante...
Un grand froid s'était abattu depuis plusieurs jours sur la ville. Cette dernière commençait à être illuminée par les décorations de fin d'année pour le plus grand plaisir des enfants, mais pas pour celui d'Endeavor. Il détestait les fêtes de fin d'année. Noël passait encore – ce n'était de toute façon qu'un évènement commercial qui ne venait même pas de leur culture. Il n'avait donc aucun mal à ne pas le fêter – mais le Nouvel An était toujours un moment plus compliqué. Pour lui, ce n'était, malgré tout, que des conventions inutiles. Ce n'était pas pour rien qu'il était souvent de garde ces deux soirs-là. Quand ses enfants étaient petits, c'était Rei qui se chargeait de fêter Noël avec eux et ils passaient le Nouvel An dans sa famille. Enji avait toujours préféré rester loin de tout ça... Et le temps n'avait rien arrangé.
Dire qu'on était que mi-novembre. Etait-ce lui ou les décorations étaient mises de plus en plus tôt ? C'était pénible. Vivement janvier, au moins tout ça serait terminé et les voeux de bonnes années auraient fini d'être envoyés. Oui, il n'avait qu'une seule hâte, que cette mascarade soit terminée.
« Tu ne devrais pas autant froncer les sourcils, ça te vieillit terriblement. »
Endeavor lança un regard furieux à Hawks qui se tenait à ses côtés. Ce dernier éclata alors de rire sous ses yeux.
« Qu'est-ce qui te dérange encore ? se moqua le plus jeune. Tu n'aimes pas patrouiller avec moi ?
— Ce n'est qu'une excuse que tu as trouvée pour trainer dans le coin, grogna Endeavor. Tu devrais rentrer chez toi.
— Les rumeurs sur Shigaraki sont plus importantes que le reste.
— Les rumeurs ont bon dos. »
Hawks sourit, moqueur, tout en continuant à marcher. Il irait plus vite en volant, mais il aimait rester auprès d'Endeavor. D'ailleurs, plus le temps passait, plus il se rapprochait de lui. Son bras frôlait presque le sien désormais, l'air de rien. Si Endeavor le questionnait à ce sujet, il prétendrait que c'était uniquement pour profiter de sa chaleur. Après tout, il faisait tellement froid. Il avait beau avoir son duvet d'hiver, il souffrait malgré tout des basses températures. Une écharpe bien autour de son cou, ses mains recouvertes de gants, il avait quand même du mal à garder son corps au chaud.
« Tu n'as pas répondu à ma question, remarqua-t-il d'une voix taquine.
— ... Rien ne me dérange. Je n'aime juste pas cette période de l'année. Les fêtes de fin d'années... c'est tellement ridicule de perdre son temps avec ça!
— Vraiment ? s'étonna Hawks. Pourquoi tu penses ça ? »
Endeavor resta dans son mutisme. Il n'avait pas besoin de s'expliquer, c'était comme ça et pas autrement. Les fêtes de famille, ce n'était pas son truc. Et la raison était plutôt évidente. Cette année encore, ça allait être un véritable calvaire. Ses enfants fêteraient le Nouvel An avec leur mère. Et lui serait de garde. C'était mieux comme ça de toute manière. C'était une bonne période pour attaquer, les vilains s'en donneraient surement à cœur joie...
Mais même s'il ne dit rien, Hawks sembla le comprendre, puisqu'il n'insista pas. Il se contenta de regarder devant lui, tout en continuant à marcher.
« Nouvel an est ma fête préférée, finit par avouer Hawks. Quand j'étais petit, c'était le seul moment où mes parents... »
La fin de sa phrase mourut dans sa gorge... C'était le seul moment où ses parents essayaient de ne pas trop boire... Les meilleurs souvenirs que Hawks avait avec eux étaient tous situés à cette période. Il se souvenait encore du moment où sa mère lui avait offert cette peluche d'Endeavor... Son plus beau cadeau qu'il chérissait tant...
Enji l'observa alors un moment. Il ne savait jamais comment il devait réagir dans ce genre de situation... Surtout que c'était la première fois que Hawks lui parlait de ses parents...
« ... Tu ne le fêtes plus avec eux ? se força-t-il à demander.
— Je ne fête plus Nouvel An, mais c'est sans doute normal. Ce n'est pas une fête pour les héros, après tout. On a mieux à faire à cette période. »
Hawks lui sourit, l'air désinvolte, avant de poursuivre sa marche comme si de rien n'était. Endeavor suivit alors le mouvement, sans rien ajouter. Malgré tout, il avait remarqué que Hawks avait habilement contourné la question. Enji se demanda si Hawks voyait toujours ses parents. Peut-être leur était-il arrivé quelque chose...
Lorsque la patrouille se termina, Hawks rentra avec lui dans son agence, officiellement pour faire leur rapport ensemble, officieusement juste pour profiter encore un peu de sa présence. Il devait rentrer à Kyoto le soir même, mais il n'en avait pas envie. Rien ne lui ferait plus plaisir que de rester ici le plus longtemps possible. Alors, lorsque leur rapport fut terminé, Hawks resta encore un moment debout, face à Endeavor, un léger sourire sur les lèvres.
« On a encore le temps, mais puisqu'on en a parlé... on ne se verra pas alors pendant les fêtes de fin d'année,... ? murmura Hawks.
— Non. J'aurai pas mal de travail pendant cette période vu le manque d'effectif.
— ... D'accord... »
Hawks essaya de ne pas montrer que ça le touchait. Après tout, il avait accepté cette situation. Il avait dit à Endeavor que ça lui allait, qu'il pouvait attendre, qu'il pouvait se contenter de ça. Il fallait donc qu'il le fasse. Il ne pouvait pas risquer le peu qu'il avait avec lui.
Enji l'observa un moment. Même si Hawks souriait, il pouvait aisément voir qu'il n'était pas si heureux que ça de sa réponse. Evidemment. Enji ne s'attendait pas à autre chose. Hawks était jeune, il pouvait bien dire que la situation lui convenait, dans les faits il avait besoin de plus. De bien plus. Et ça touchait Enji malgré lui. Il avait beau avoir une tonne de résolutions concernant Hawks, Enji voulait juste essayer... Essayer de ramener un sourire sincère sur son visage. Peut-être qu'il pouvait le faire, après tout...
« On pourrait sans doute se voir le vingt-huit décembre. »
Il lâcha cette phrase d'un ton bourru, comme si ça n'avait pas de réelle importance. Hawks le regarda alors avec de grands yeux. Il sembla hésiter, avant de lui répondre.
« Tu dis cette date au hasard ?
— A ton avis ?! s'énerva Endeavor. Tu crois que ça m'amuse de balancer des dates comme ça ?! »
Hawks rigola doucement.
« Toujours autant sur les nerfs... Je dois voir si je sais venir facilement ce jour-là. »
Bien sûr, c'était un mensonge. Jusqu'ici, il n'avait rien de prévu pour son anniversaire. Il comptait juste faire comme chaque année : ouvrir les paquets que ses fans lui avaient envoyés et manger du poulet bien grillé dans le petit restaurant qui était au coin de sa rue. Mais parfois – pour ne pas dire toujours, il aimait faire mariner Endeavor. C'était tellement amusant.
« Ce n'est pas nécessaire, répliqua Enji toujours sur un ton énervé. C'est moi qui viendrai. »
Pour une fois, il pouvait bien faire le déplacement. Le sourire qu'afficha Hawks en entendant ses mots renforça son choix, même s'il ne dit rien.
« J'ai hâte d'y être alors. » murmura Hawks.
Il s'approcha ensuite d'Enji et frôla ses doigts. Les battements de son coeur s'accélèrent, comme à chaque fois qu'il était aussi proche de l'autre homme. Il n'y avait aucune règle entre eux. Après leur discussion sur le pont, ils n'avaient plus abordé le sujet. Ils étaient plus proches, d'une certaines manière, mais il n'y avait toujours rien de concret. Hawks savait être patient. Mais il ne savait pas ce qu'il était en droit d'attendre au juste.
Endeavor lui avait pourtant dit qu'il ne pourrait peut-être pas lui en donner plus. Mais Hawks n'était pas trop demandeur. Il voulait juste... un peu d'attention... et certains gestes... Pouvait-il tenter une approche ? Il ne voulait pas faire fuir Enji. Il voulait juste... ressentir sa chaleur...
Hawks posa alors sa tête sur son torse, dans un geste lent pour ne pas forcer Enji. Ce dernier l'observa un moment sans rien dire. Son corps se raidit lorsqu'il sentit les cheveux de Hawks lui frôler le menton, mais il ne le repoussa pas pour autant. Malgré lui, il aimait cette proximité, même s'il se sentait terriblement maladroit. Parfois – bon, très souvent en réalité – il ne savait pas comment réagir avec Hawks. Sa relation avec Rei n'avait clairement pas été la même... Hawks semblait aussi avoir des attentes différentes qu'Enji ne comprenait pas toujours...
Peu sûr de lui, il passa malgré tout ses bras autour de lui, évitant du mieux possible de froisser ses plumes. Hawks tressaillit alors. C'était la première fois qu'Enji faisait un geste envers lui... Sentant la tension le quitter entièrement, Hawks se laissa aller dans son étreinte. C'était tellement plaisant... Il dut lutter pour ne pas redresser la tête et l'embrasser. Il en mourait d'envie, mais il sentait bien... il savait bien que c'était trop tôt. Il pouvait se contenter de ce qu'Endeavor voulait bien lui donner. Et sentir ses bras chauds et réconfortants autour de lui, c'était largement suffisant...
De son côté, Enji se détendait lentement. Tenir Hawks dans ses bras lui semblait bien plus naturel qu'il ne l'aurait cru. Et il se sentait bien... Seulement, avait-il le droit de l'être ? Fuyumi lui avait donné des nouvelles de Rei. Son ex-femme allait bien. Elle se plaisait bien dans son nouvel appartement et s'était même fait de nouvelles connaissances. Sa fille allait bien également. De ce qu'en voyait Enji, elle semblait s'épanouir dans son métier. Natsuo allait bien aussi. Même s'ils ne se parlaient plus, Enji savait – grâce à Fuyumi à nouveau – que son fils ainé était heureux. Quant à Shoto... Ce dernier lui avait envoyé un message la veille, pour lui dire qu'il acceptait finalement son offre d'emploi. Il faisait un pas vers lui. Tout allait bien, alors avait-il le droit de l'être à son tour ? Toujours l'éternelle question qui ne cessait de lui revenir en tête depuis qu'il fréquentait Hawks.
Hawks qui ne l'avait jamais jugé. Hawks qui l'aidait à aller mieux. Hawks qui était toujours là, malgré les circonstances. Enji voulait céder. Après tout, Hawks savait dans quoi il s'engageait. Enji ne lui avait rien promis. Mais il avait tellement peur de lui faire du mal. Il ne pouvait pas blesser Hawks. Jamais. Pas de cette manière-là. Parfois, il s'en voulait de ne pas avoir su le repousser à nouveau sur le pont. Ça aurait été douloureux pour Hawks, mais ça aurait sans doute été mieux au final. Mais Hawks avait raison, c'était à lui de faire ses propres choix... Enji ne savait pas comment il s'y prenait, mais il arrivait à faire baisser de plus en plus ses barrières... Ce n'était pas bon, mais comment lui résister alors que c'était ce qu'il voulait tous les deux... ?
De mauvaise grâce, Enji finit par s'éloigner de Hawks. Ce dernier cacha sa frustration derrière un léger sourire.
« Bien, il est temps pour moi de rentrer, chantonna-t-il presque. Tiens-moi au courant si tu entends à nouveau parler de Shigaraki.
— Tu en entendras parler avant moi, avec ta manie de laisser trainer tes oreilles partout, grommela Enji.
— Mais tu es un meilleur détective que moi, monsieur le numéro un. »
Enji serra les poings sous la moquerie, faisant rire Hawks. Décidément, il n'avait jamais l'impression d'être crédible face à ce sale gamin qui ne voulait jamais le prendre au sérieux !
« A plus tard alors ! »
Hawks lui fit un clin d'oeil et sortit du bureau. Enji se dirigea alors vers la fenêtre et attendit. Il attendit de voir ressortir Hawks pour pouvoir l'observer au moment de son envol. La première fois qu'il était venu ici, Hawks avait voulu partir en ouvrant directement sa fenêtre. Enji s'était passablement énervé et lui avait bien fait comprendre qu'il devait entrer et sortir par la porte principale. Ce souvenir lui arracha malgré tout un léger sourire. Hawks était tellement indiscipliné...
Lorsque la silhouette de ce dernier ne fut plus qu'un point noir dans l'horizon, Enji retourna à son bureau. Il avait quelques coups de fil à passer. Il n'avait pas voulu se montrer alarmiste devant Hawks, mais il n'aimait pas savoir que Shigaraki trainait potentiellement dans le coin. Il allait falloir qu'il rencontre à nouveau les autres vilains à Tartarus pour essayer de leur soutirer des informations. Endeavor détestait aller là-bas. Il détestait voir ces dégénérés qui ne voulaient jamais lui répondre. Mais c'était mieux qu'il s'en charge lui-même. Hors de question que Hawks s'en approche à nouveau.
Même si Enji ne pouvait lui donner ce qu'il méritait, il était malgré tout sûr d'une chose : il ferait de son mieux pour protéger Hawks. Ce dernier avait assez souffert. Endeavor passa alors la soirée à arranger des entrevues avec les dirigeants de Tartarus. Le soir venu, il fut donc bien content de retrouver son lit, tant il était épuisé.
Mais alors que ses yeux commençaient à se fermer, il ne pouvait s'empêcher de repenser à l'étreinte qu'il avait partagée avec Hawks. Une part de lui voulait recommencer, même s'il n'était pas tout à fait sûr que cela soit une bonne idée. Pourtant, lui aussi avait hâte de pouvoir le retrouver le vingt-huit décembre. Ils se verraient sans doute avant. Ils se parleraient surement. Mais ce ne serait pas pareil. Ce jour-là, ils seraient seuls chez Hawks pour un évènement important. Enji n'était pas fan des anniversaires, mais pour Hawks, il ferait bien une exception. S'il parvenait à mettre son égo de côté, peut-être pourrait-il même demander à Fuyumi des conseils pour qu'il puisse rendre Hawks heureux, au moins ce jour-là. C'était tout ce qu'il pouvait lui offrir pour l'instant, mais il y tenait. Il y tenait réellement après tout ce que Hawks avait fait pour lui.
Pour la première fois depuis bien longtemps, Enji s'endormit sans mal et passa une nuit complète sans faire aucun rêve. De son côté, Hawks eut plus de mal à trouver le sommeil. Mais c'était parce qu'il ne voulait pas perdre la délicieuse sensation des bras d'Endeavor autour de son corps...
Merci de m'avoir lue ! Le dernier chapitre sera posté demain si tout va bien, sinon le premier au plus tard !
