Bonjour à toutes et à tous. Je vous souhaite déjà une excellente année 2019 !

Ensuite, pour tout vous avouer, j'ai sous-estimé le travail qu'il me restait encore à faire sur ce chapitre, d'où mon retard. Il se passe beaucoup de chose en ce mois de décembre. Après hésitation, j'ai décidé de le couper en deux. A la base, le chapitre faisait pile le double des autres. Je me suis donc dit que ça donnerait mieux comme ça. J'espère de tout coeur que ça vous plaira !


Décembre

Assis devant le bureau de sa maison, Enji relisait des rapports, d'un air sombre. Ses entrevues avec les vilains à Tartarus n'avaient rien donné. Shigaraki semblait à nouveau avoir disparu. Enji sentait que ce problème n'était malheureusement pas prêt d'être réglé, à moins d'un coup de chance. Il faisait de son mieux, mais ce n'était pas assez. Dieu qu'il détestait cette sensation ! Agacé, il soupira fortement en essayant de se calmer. Au moins, il avait évité à Hawks de revoir La Ligue...

Hawks... En toute honnêteté, Enji était encore dubitatif par rapport à sa relation avec le jeune homme. Après ce qu'ils s'étaient dit sur le pont, il avait été content de voir que tout était redevenu comme avant. Ils se voyaient, Hawks le taquinait, ils passaient un moment ensemble et c'était tout. C'était une routine qui lui allait bien. Mais évidemment, il avait fallu que Hawks tente sa chance. Qu'il tente une approche. Et depuis, Enji ne pouvait plus qu'y penser. Il se rendait compte que cette routine n'était peut-être pas si agréable que ça, qu'il pouvait avoir mieux... Son regard se tourna alors vers la photo de ses enfants. Malgré lui, il s'attarda plus longuement sur Touya... Qu'est-ce que Touya penserait de lui s'il pouvait le voir en ce moment même ? Enji n'avait pas eu de temps pour son fils malade, mais il en trouvait pour Hawks... Touya n'aimerait surement pas ça... mais Touya n'était plus là... il ne pouvait pas le juger... C'était tellement stupide de penser de cette manière...

N'en pouvant plus de ses réflexions ridicules, il finit par reposer ses dossiers et décida de quitter son bureau. Alors qu'il arpentait le hall, il vit de la lumière en provenance du salon. Il était pourtant tard. Il se dirigea alors vers la pièce et y retrouva sa fille.

Cette dernière ne remarqua pas directement sa présence, trop absorbée par le tas de feuille qui était étalé devant elle. Quand elle finit par apercevoir son père, elle commença à les ramasser dans un geste précipité.

« Ah, désolée papa ! Je ne pensais pas que tu reviendrais par ici. Je remonte dans ma chambre.

— Non, c'est bon. Qu'est-ce que tu fais ?

— Je prépare de nouvelles idées pour la rentrée.

— Déjà ? s'étonna Endeavor.

— J'aime bien m'y mettre à l'avance. »

Fuyumi sourit nerveusement. Elle avait un petit côté perfectionniste qu'elle n'avait jamais réellement montré à sa famille. Elle vit alors son père s'assoir en face d'elle. Elle haussa les sourcils. Bien qu'ils se parlaient plus régulièrement ces derniers temps, ce genre d'attitude restait rare.

« Est-ce que tout va bien ? se risqua-t-elle à demander.

— Pourquoi ça n'irait pas ? grogna Endeavor.

— Non, je... c'est juste une impression. »

Elle fut un peu mal à l'aise. Son père ne disait toujours rien. Elle pensait à reprendre son travail, mais travailler devant son père la rendait particulièrement nerveuse.

« Tu as passé un bon anniversaire chez ta mère ? finit par demander Enji, la prenant au dépourvu.

— Oh... Oui, c'était très sympa. »

Fuyumi sourit doucement. La veille, elle avait fêté son anniversaire avec sa maman, Natsuo et Shoto. Ce dernier avait pu quitter l'internat pour l'occasion. Elle s'était bien amusée, même si elle aurait aimé pouvoir avoir son père avec elle également. Mais vu la situation... elle avait bien dû se résoudre à ne pas avoir toute sa famille avec elle. De toute manière, elle avait anticipé en dinant avec son père le jour d'avant. Ça avait été un petit diner, mais ça lui avait fait plaisir que son père puisse libérer du temps pour elle. Il lui avait également offert un beau collier qu'elle abordait fièrement autour du cou.

Malgré tout, elle avait du mal à comprendre le changement de sujet. Elle trouvait que son père avait une attitude étrange en ce moment même. Elle pressentait qu'il n'allait pas très bien. Ce n'était que du feeling, mais elle s'était rarement trompé au sujet de son père.

« Est-ce qu'il s'est passé quelque chose avec Hawks ?

— Pourquoi est-ce que ça aurait un lien avec lui ? s'énerva Enji.

— Je ne sais pas... Mais vu notre dernière conversation à son sujet... Je me demandais d'ailleurs si tu y avais réfléchi... »

Elle poussait un peu sa chance, là, mais son père était tellement taiseux sur sa vie personnelle... Elle avait beau l'observer, elle n'avait pas réussi à voir ce qui s'était passé entre eux. Elle avait bien remarqué qu'ils avaient recommencé à se fréquenter, mais, pour autant, elle ne savait pas si son père avait enfin accepté cette relation. Cependant, le silence de ce dernier fut plus qu'éloquent pour elle. Elle dut alors se retenir pour ne pas afficher un large sourire.

De son côté, Enji n'aimait pas la tournure que prenait la conversation. Mal à l'aise et peu désireux de le montrer, il décida de changer à nouveau de sujet de façon abrupte.

« Que fais-tu pour Noël ?

— Oh, je... je pensais passer la soirée avec des amis... »

Elle le regarda, étonnée. Elle voyait pas où il voulait en venir. La question semblait sortir de nulle part. Sans parler du fait que son père n'avait jamais manifesté d'intérêt pour Noël. C'était pour ça qu'elle prévoyait toujours ses soirées sans lui en parler. Mais... et s'il avait changé d'avis ? Et si c'était sa manière de voir si elle voulait fêter Noël avec lui, puisqu'il savait qu'elle passait le Nouvel An avec sa mère ? Elle commença à culpabiliser, lorsque son père reprit la parole d'une voix basse et autoritaire.

« Il y aura des garçons ?

— ... Papa, je t'en prie... »

Oh non, elle ne voulait certainement pas avoir ce genre de conversation avec lui.

« J'ai le droit de savoir, se défendit Enji.

— Tu poserais la même question à Natsuo ? » soupira-t-elle.

Enji ne répondit pas. Non, il ne le ferait pas. De toute manière, Natsuo ne lui répondrait jamais. Sa relation avec son fils était loin de s'améliorer malgré tous les changements d'Endeavor. Ce dernier avait pourtant secrètement nourri l'espoir qu'un dialogue serait à nouveau possible lorsque Rei était sortie de l'hôpital, mais non, Natsuo n'avait absolument pas changé d'avis. Et il ne pouvait lui en vouloir pour ça quand il repensait à la tonne de regret qu'il trainait derrière lui...

« Et toi, que fais-tu pour les fêtes au fait ? reprit Fuyumi en voyant qu'il n'allait pas répondre à sa dernière question.

— ... Je vais travailler.

— Tu travailles à chaque fois. Tu n'as pas mieux à faire pour une fois ? »

Endeavor soupira. Il détestait les sous-entendus dans la question de sa fille. Mais peut-être qu'elle avait raison... Et le sujet était idéal pour qu'il en parle avec elle... Il avait besoin de son avis après tout. Il allait bien falloir qu'il se lance.

« ... Hawks m'a dit que le Nouvel An était sa fête préférée.

— Oh, c'est trop mignon !

— Ce n'est pas mignon ! s'emporta aussitôt Endeavor. C'est juste enfantin ! »

Mais en repensant aux paroles de Hawks, il se sentit un peu mal. Ce n'était pas juste enfantin dans son cas... Il ne voyait plus ses parents. Du coup... il ne fêtait plus Nouvel An et restait seul chez lui. Au Japon, c'était une fête familiale importante. Même si Enji n'y accordait aucun intérêt, il avait bien senti que ce n'était pas le cas de Hawks. Et rien que de le savoir, ça l'énervait déjà, alors qu'il ne lui avait pourtant rien promis ! C'était quand même déjà bien ce qu'il lui offrait, non ?! Il ne lui devait rien de plus !

« Pour moi, ce n'est qu'une perte de temps, grommela Enji. Je ne sais même pas pourquoi il avait l'air aussi déçu de savoir que je travaillerais pendant les fêtes.

— Papa... Ah là là, soupira Fuyumi tout en le vexant. C'est évident pourtant, il espérait que tu l'invites.

— Et pourquoi je ferais ça ?

— C'est ce que font les couples. »

Fuyumi lui sourit, alors qu'Enji faillit s'étouffer en entendant cette phrase. Hawks et lui n'étaient certainement pas un couple. Ils se fréquentaient, ils partageaient certains sentiments, mais ils n'étaient pas un couple !

« Ecoute, reprit-elle, je ne serai pas à la maison et je dormirai chez maman pour ne pas faire la route de nuit. Natsuo ne reviendra pas ici et Shoto non plus. Tu auras la maison pour toi tout seul, profites-en. »

Dire que c'était sa propre fille qui lui parlait comme ça... C'était juste ridicule ! Il n'avait pas besoin de ses conseils pour mener à bien sa relation avec Hawks... En fait, si, totalement, mais hors de question de l'avouer à haute voix. De toute manière, il n'était pas sur la même longueur d'ondes qu'elle. Fuyumi allait beaucoup trop vite en besogne là.

« Je le vois déjà pour son anniversaire, le vingt-huit. C'est suffisant.

— C'est vrai ? C'est super ! Mais tu devrais peut-être lui offrir quelque chose. Qu'est-ce qui lui ferait plaisir ? demanda alors Fuyumi qui s'était complètement prise au jeu.

— ... Je n'en sais rien, répondit Enji buté.

— Qu'est-ce qu'il aime ?

— Manger et me mettre hors de moi. »

Fuyumi rigola en entendant sa réponse. Puis, son regard s'illumina. Enji n'avait aucune idée de ce qui lui passait par la tête, mais visiblement, ça la comblait de joie.

« Je sais ! Je comptais cuisiner des biscuits pour mes collègues pour les fêtes de fin d'années, on pourrait en prévoir pour lui.

— Pardon ?!

— Oui, ce serait une super idée et je suis sûre qu'il serait content.

— C'est ridicule.

— Mais pas du tout, c'est romantique !

— Raison de plus. »

Enji n'arrivait pas à croire qu'elle lui propose ce genre de choses ! Des biscuits et puis quoi encore ?

« Tu sais, c'est normal d'offrir un cadeau à son compagnon dans ce genre de moment, expliqua calmement Fuyumi.

— Ce n'est pas mon compagnon.

— C'est du pareil au même. »

Non, pas vraiment. Bon, peut-être un peu. A vrai dire, Enji n'en savait rien et il ne se sentait pas prêt de poser un mot sur leur relation. Il y avait quelque chose entre eux, quelque chose qu'il avait fini par accepter, mais ce n'était pas pour autant qu'il trouvait que c'était une bonne idée... Pourtant, le moment sur le pont lui restait en mémoire... suivi de leur courte étreinte et de son envie d'en avoir bien plus... Peut-être que c'était, en effet, normal d'offrir un cadeau. Néanmoins, Enji s'apprêta à répondre qu'il ne l'avait jamais fait avec Rei, avant de se retenir juste à temps. Ce n'était pas vraiment une phrase qu'il pouvait sortir devant sa fille. Mais oui, il n'avait jamais rien fait pour Rei. Il ne rentrait pas pour les fêtes, il ne faisait pas de cadeau d'anniversaire. Il n'avait même jamais demandé ce qu'elle comptait acheter aux enfants. Il n'en avait jamais eu rien à faire. Il ne pouvait pas changer ça, mais... il ne voulait pas commettre les mêmes erreurs avec Hawks... peu importe à quel stade en était leur relation...

Alors... peut-être qu'il pourrait lui acheter un beau cadeau, cher, qui le comblerait. Ce serait quand même mieux que de cuisiner...

« Je passerai au magasin plutôt, trancha-t-il.

— Mais ça lui fera plus plaisir si ça vient du cœur. Le plus important, ce n'est pas le prix du cadeau, mais l'implication qu'on met dedans. »

Enji observa un moment sa fille. Sa phrase avait du sens, mais non... Il ne fallait pas exagérer quand même.

« Je vais me sentir ridicule, soupira-t-il.

— Pas du tout, il va adorer.

— Il va se moquer de moi, surtout.

— Et bien, comme ça, il pourra faire ce qu'il préfère en même temps : manger et te mettre hors de toi. »

Fuyumi ne put s'empêcher de rire devant le regard médusé de son père. Ce dernier fut vraiment surpris par la répartie de sa fille. Même si c'était avec elle qu'il s'entendait le mieux, ils n'avaient jamais été aussi proches... Mais petit à petit, Fuyumi semblait se détendre complètement et osait même le taquiner. Ce n'était pas désagréable, une fois la surprise passée. Ce n'était pas ce qu'il préférait, mais voir le sourire, non surtout entendre le rire de sa fille, c'était plus fort que tout.

« ... Je ne sais pas cuisiner, avoua Enji.

— Ce n'est pas grave, je vais t'aider !

— Non, tu as assez de boulot comme ça.

— Mais ça ne me dérange pas ! J'adore faire la cuisine en plus ! Tu verras, ce sera amusant... »

Voyant que son père restait buté, Fuyumi sentit ses épaules s'affaisser quelque peu. Elle sentait bien qu'elle s'était beaucoup trop emballée à cette idée... Malgré le malaise qu'elle ressentait, elle décida d'être honnête avec lui...

« Je sais que tu n'aimes pas ce genre d'activité, mais... ça nous permettrait d'être à deux... Ecoute, tu n'es pas obligé d'en offrir à Hawks, mais... ça me ferait plaisir qu'on cuisine quand même ensemble. Pour être sincère, ce serait plus un cadeau pour moi que pour lui... »

Son sourire se fit plus timide. Enji sentit qu'il aurait dû mal à dire non. Pour toutes les fois où il l'avait fait pleurer... Il lui devait bien ça...

« Bien, soupira-t-il. Et comment on s'y prend ? »

Fuyumi laissa éclater sa joie, surprenant à nouveau Enji. Il n'aurait jamais cru que cela lui ferait autant plaisir de partager un moment avec lui. Une chaleur se répandit alors dans son torse et il sut que, pour une fois, cela n'avait rien à voir avec son alter.

« Ça devrait aller vite, jugea Fuyumi. Il faut juste acheter tous les ingrédients. Si tu veux, on fera ça le vingt-huit au matin. »

Enji se contenta d'hocher la tête. Ça ferait plaisir à sa fille, c'était déjà ça, mais il comptait quand même acheter autre chose pour Hawks. Il n'allait certainement pas lui offrir des biscuits...


Plusieurs semaines plus tard...

A l'autre bout de la ville, Rei était en train de regarder distraitement par la fenêtre, tout en buvant son thé. C'était devenu un rituel pour elle. Et c'était plutôt plaisant. Le mois de décembre avait filé à toute vitesse. Entre ses après-midi avec Inko et Mitsuki, ses sorties pour découvrir les environs, l'anniversaire de Fuyumi et les visites de ses enfants, elle n'avait pas vu le temps passer. Sa nouvelle vie était tellement différente de l'hôpital. Tout allait plus vite ici. Du coup, elle se sentait parfois un peu perdue sans toute la routine hospitalière qu'elle avait suivie pendant des années...

Elle devait encore s'y faire, mais elle faisait beaucoup de progrès. Et, en ça, elle était bien aidée par son entourage. Elle restait, malgré tout, étonnée par la bienveillance d'Inko. Cette femme avait vraiment le cœur sur la main. Mais maintenant que Noël approchait, Rei n'était plus tout à fait aussi sûre d'elle. Elle avait dit oui pour se prouver qu'elle pouvait sortir de sa solitude quand elle le voulait. Cependant, si elle avait hâte de passer la nouvelle année avec ses enfants, elle n'avait jamais été fan des sorties entre amis. Elle appréhendait donc de plus en plus... Bon, ceci dit, elle ne pouvait pas trop se plaindre. C'était la première fois qu'on lui faisait une telle proposition. Inko était tellement gentille de bien vouloir l'intégrer dans sa sortie, alors qu'elles ne se connaissaient pas depuis longtemps...

Rei en avait quand même parlé à Natsuo, pour connaître son avis, et ce dernier avait été catégorique. Rei devait y aller. Il fallait qu'elle s'amuse, qu'elle profite elle aussi. Eh bien... elle pouvait toujours essayer. De toute manière, elle n'allait pas se désister si près de la date, même si ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Elle aurait dû plus y réfléchir avant d'accepter... C'était son tort parfois. Elle voulait tellement bien faire, s'intégrer, aller de l'avant qu'elle avait tendance à dire oui, sans être sûre que c'était bien ce qu'elle voulait... Mais elle imaginait que cette sortie serait surement amusante... Inko était gentille, après tout. Et même si Rei n'était pas très à l'aise à l'idée de rencontrer All Might, elle se doutait que ce n'était pas un homme méchant, loin de là. Quant au meilleur ami dont elle n'avait pas retenu le nom... Eh bien, Inko semblait l'apprécier. C'était surement quelqu'un de bien lui aussi alors, surtout s'il était l'ami d'All Might...

Ça allait bien se passer... Elle ne devait pas être nerveuse comme ça... Elle termina alors son thé sur cette bonne résolution. Il fallait juste qu'elle se détente et qu'elle n'y pense pas trop. Au pire, elle ne passait pas un bon moment. Bien et alors ? Ça arrivait, ce n'était pas un drame. Allez... Elle pouvait le faire...

Pourtant, le soir venu, Rei n'était pas plus rassurée. La tension montait dans son ventre tandis qu'elle enfilait une longue robe bleue. Elle n'était pas des plus à l'aise dans cette tenue, mais elle l'avait achetée lors de sa dernière sortie avec Fuyumi. Sa fille avait poussé pour qu'elle la prenne et Natsuo, quant à lui, avait insisté pour qu'elle la porte aujourd'hui. Mais ça faisait tellement longtemps... tellement longtemps qu'elle n'avait pas pris un peu soin de son apparence. Elle n'avait pas eu à s'en soucier ces dernières années. Mais elle devait bien reconnaître que... dans le fond, c'était agréable de se faire belle, surtout qu'elle le faisait uniquement pour elle-même et non pour plaire. De temps en temps changer ses habitudes, ça avait du bon...

Ça avait du bon, mais c'était stressant. Ah... pourquoi fallait-il qu'elle ait encore tant de mal avec les interactions sociales ? Quelque part, elle aurait préféré passer la soirée uniquement avec Inko. Mais c'était une pensée tellement égoïste qu'elle la chassa rapidement de son esprit...

Elle se dirigea alors vers l'appartement d'Inko, qui était le point de rendez-vous, en essayant de se vider entièrement la tête. Elle avait vécu bien pire jusqu'ici. Ce n'était qu'une soirée après tout... Lorsqu'elle arriva, il n'y avait encore qu'elles deux. Après lui avoir ouvert, Inko finit de se préparer, tout en regardant la tenue de Rei.

« Tu es magnifique, souffla Inko alors qu'elle ajustait sa robe rose pâle.

— Toi aussi, lui sourit Rei qui trouvait que cette couleur lui allait bien.

— Oh non... Ne te sens pas obligée de dire ça... »

Inko rougit, mal à l'aise. Elle ne pouvait certainement pas se sentir belle avec le corps qu'elle avait. Avant, quand Izuku était petit, peut-être avait-elle été jolie, mais maintenant...

« J'ai trop de poids, murmura-t-elle. Je ne comprends même pas comment je peux plaire à Toshinori. Je devrais me changer, il va me trouver ridicule dans cette robe.

— Tu n'es pas ridicule. Je t'assure que je te trouve vraiment belle. Et puis, ce n'est pas le tour de taille qui fait la beauté. Tu es rayonnante, alors ne t'arrête pas à ça. »

Inko sourit, les joues toujours bien rouges. Rei commençait alors tout juste à se sentir un peu mieux lorsqu'on sonna à la porte. Sans attendre, Inko alla ouvrir, suivie de Rei. Elles retrouvèrent donc Toshinori et son ami Naomasa sur le seuil de l'appartement. Les deux hommes étaient tous les deux très élégants dans leur costume. Toshinori s'approcha alors d'Inko, maladroit. On pouvait sentir toute leur pudeur lorsqu'ils s'embrassèrent et Rei... Rei trouva ça plutôt... adorable en fait. Lorsque Toshinori se tourna vers elle, Rei ne put s'empêcher de l'observer longuement. Quelle sensation étrange de rencontrer l'obsession de son ex-mari après tout ce temps...

« Bonsoir, commença Toshinori avec presque autant de gentillesse dans la voix qu'Inko. Enchanté de vous rencontrer.

— Moi de même... »

Toshinori l'observait, lui aussi. Il avait tellement entendu parler d'elle. De son couple avec Enji, de son histoire avec Shoto. Une part de lui voulait lui en parler pour lui montrer qu'il la soutenait, mais il savait qu'il était plus sage de rester silencieux sur cette histoire.

« Comment allez-vous ? demanda-t-il alors à la place.

— Je vais bien... »

Rei sourit en se rendant compte que c'était l'exacte vérité pour une fois. Son stress semblait même se dissiper en voyant que l'ambiance restait toujours aussi calme et bienveillante.

« Et vous?

— Je vais bien aussi. Oh... Je vous présente mon meilleur ami, Naomasa Tsukauchi. »

Rei se tourna alors vers l'homme qui se trouvait à la gauche d'All Might et lui sourit, avant de le saluer respectueusement. C'était un homme simple, comparé à son ami, mais l'air doux de son visage le rendit tout de suite sympathique aux yeux de Rei...

Lorsqu'ils furent tous les quatre prêts, ils partirent au restaurant. Toshinori avait réservé une table un peu à l'écart. Ce soir, le lieu était complètement rempli. Rei était donc bien contente de cette initiative. Elle n'avait pas l'habitude de ce genre de sortie. Même quand elle vivait encore avec Enji, ils ne sortaient jamais. La dernière fois qu'elle avait réellement fait quelque chose en extérieur, c'était quand elle avait emmené ses trois plus grands enfants à la foire annuelle...

Chassant ses souvenirs, Rei s'assit à la place qui longeait le mur. Elle se retrouva à côté d'Inko et en face de Naomasa. Le repas débuta alors dans la bonne humeur. Cependant, même s'ils faisaient attention, Toshinori et Inko ne pouvaient s'empêcher de parler à deux plus longuement. Après tout, leur relation était toute récente. C'était touchant à voir, surtout qu'ils avaient l'air tellement timide. Ce fut donc tout naturellement que Rei commença à discuter avec Naomasa.

« Oui, je travaille à la police. Ce n'est pas facile tous les jours, mais c'est un métier fascinant.

— J'imagine bien. Quelle est l'affaire qui a été la plus difficile pour vous ? »

Rei avait toujours été fascinée par le monde de la justice. A l'époque où sa relation avec Enji n'était pas encore un désastre complet, elle aimait lui poser des questions sur ses journées de travail. Mais Enji ne lui avait jamais répondu que par des réponses courtes et vagues, quand il ne l'envoyait pas tout simplement balader. Il n'aimait pas parler de son travail. Naomasa, au contraire, lui souriait gentiment et semblait tout disposer à en discuter avec elle, sans entrer trop dans les détails, secret professionnel oblige.

« Celle avec La Ligue des Vilains, je dirais. Ça a été une période vraiment difficile. J'ai effectué les interrogatoires après leur arrestation et c'était loin d'être une partie de plaisir. »

A comparé, il avait même préféré parler avec Stain qui, malgré ses pratiques extrémistes, était resté quelqu'un de censé dans ses discussions avec lui.

« Oui, j'ai entendu parler de cette affaire. Heureusement que vous avez réussi à mettre un terme à leurs activités.

— C'est vrai, Hawks a fait un travail remarquable. »

Rei ne put qu'acquiescer. Cet héros avait fait beaucoup parler de lui. Et de ce qu'en savait Rei, il n'était pas le numéro deux des héros pour rien. Rei avait également appris qu'il faisait de plus en plus souvent équipe avec Enji. Ça l'avait surprise. Son ex-mari n'était pas du genre à s'encombrer d'un partenaire. Mais il avait changé. Il avait beaucoup changé, elle ne pouvait que le constater de jour en jour. En tout cas, si ce Hawks parvenait à lui faire voir le travail d'équipe d'une autre manière, ce n'était pas une mauvaise chose.

« Que va-t-il leur arriver ? demanda-t-elle alors. Aux membres de La Ligue, je veux dire.

— Ils vont rester enfermer à Tartarus pour une très longue période. C'est probablement ce qu'ils méritent. »

Rei tiqua sur le mot probablement.

« Vous n'y croyez pas ?

— Ah..., soupira Naomasa, disons que je ne suis pas un partisan de notre système actuel. Je ne pense pas que c'est comme ça qu'on va changer la mentalité de ceux qu'on appelle les vilains. Mais il vaut mieux que je ne m'attarde pas trop sur ce sujet... Je pourrais en parler pendant des heures et je ne veux surtout pas vous embêter... »

A vrai dire, il ne l'embêtait nullement. Bien au contraire, Rei trouvait ça fascinant. Mais avant qu'elle n'ait eu le temps de lui poser d'autres questions, Toshinori et Inko revinrent dans la conversation et ils se mirent, tous les quatre, à parler de tout à fait autre chose...

L'ambiance était vraiment légère. Rei se surprit plusieurs fois à rire. Ça faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas passé une telle soirée. Agréable. Sans aucune tension... Lorsque le diner se termina, ils quittèrent le restaurant et, d'un commun accord, décidèrent de marcher un peu dans les rues. Les décorations de Noël étaient tellement belles. Il fallait en profiter en cette douce soirée. Toshinori et Inko marchèrent l'un à côté de l'autre. Inko avait pris timidement le bras de Toshinori et ne cessait de sourire. Elle était si rayonnante. Rei se demanda si un jour, elle retrouverait cet éclat elle aussi. Elle s'était fanée avec les années et avec ce qui lui était arrivé...

« Vous avez passé une bonne soirée ?

— Oui, sourit Rei à Naomasa qui se trouvait à sa droite. Et vous ?

— Pour être honnête, je suis content que vous soyez venue, je pense que j'aurais annulé sinon. Même s'ils font attention, ce n'est pas très agréable d'être seul avec un couple. Et puis... Je suis heureux de vous avoir rencontrée... Alors oui, j'ai passé une très bonne soirée... »

Naomasa lui sourit avec beaucoup de douceur. Rei eut alors un moment d'hésitation. Elle se rendit compte que c'était la première fois depuis bien longtemps qu'un homme la regardait de cette façon. Enji n'avait jamais été très avenant. Et avant lui, Rei n'avait connu personne... Ce n'était pas désagréable dans le fond.

Ils continuèrent à discuter, alors que la nuit devenait de plus en plus noire. Quand Rei rentra chez elle, une heure plus tard, elle ne put s'empêcher de sourire tout en retirant sa robe. Elle avait été nerveuse pour rien. Cette soirée s'était très bien passé... Elle espérait même pouvoir revoir Naomasa un de ces jours. Elle avait vraiment bien apprécié discuté avec lui. Un homme simple, mais très intéressant...


Le matin du vingt-huit décembre, Enji avait beau savoir que c'était sans doute une bonne idée pour sa relation avec Fuyumi, il n'avait, malgré tout, pas du tout envie de faire de la pâtisserie... D'ailleurs, une chose était sûre, il ne comptait pas faire de biscuits pour Hawks. Il lui avait acheté un cadeau, c'était largement suffisant. Enji était convaincu que Hawks allait s'imaginer n'importe quoi s'il lui offrait des biscuits faits maison. Ce dernier recommençait d'ailleurs à prendre ses aises. Il lui avait envoyé une tonne de messages pour Noël. La plupart du temps, c'était juste des sortes de blagues. Enfin, c'était comme ça qu'Enji les comprenait. De toute façon, il s'en fichait pas mal. Et il l'ignorait. Mais Hawks était tenace... Trop tenace... Enji se demandait déjà comment la soirée allait se passer...

En arrivant dans la cuisine, il marmonna un bonjour à sa fille, peu désireux de se lancer. Fuyumi dut le sentir, puisqu'elle le rassura immédiatement.

« Tu verras, c'est facile, lui sourit-elle tout en attachant ses longs cheveux en une queue de cheval. Je t'ai noté la recette. »

Enji regarda la feuille d'un air sceptique. Puis, il fixa sa fille qui préparait déjà les ingrédients sur le plan de travail. Elle affichait un grand sourire et il ne pouvait nier que ça lui faisait plaisir de la voir comme ça.

« Je préchauffe déjà le four, lui expliqua-t-elle tout en tournant les boutons. Tu veux bien peser la farine et le sucre ? »

Enji hocha la tête d'un geste raide. Il se sentait tellement gauche. Cela faisait près de vingt ans qu'il vivait dans cette maison et jamais il ne s'était approché de la cuisine. C'était Rei qui s'était occupée des repas au début de leur vie commune. Et quand elle avait commencé à aller de plus en plus mal, il avait engagé une aide à domicile. Petit à petit, c'était Fuyumi qui avait repris le flambeau, sans qu'il ne l'ait cherché. C'était juste venu naturellement. Mais maintenant, il était à ses côtés, tout en regardant les objets qui lui faisaient face. Bon, ce n'était quand même pas compliqué de peser des aliments. Il pouvait bien se servir d'une balance. Il suivit donc la recette et prépara le nombre de gramme nécessaire pour la farine et le sucre.

« Tu veux bien mélanger ? lui demanda Fuyumi avec un léger sourire alors qu'elle préparait le reste. Et après tu fais un trou au milieu. »

Enji fit ce qu'elle lui avait demandé. Mais le silence le dérangeait. Il se sentait stupide. Suivre juste les commandements de sa fille le mettait également mal à l'aise, comme s'il était un empoté. Il décida alors de profiter de ce moment pour pouvoir la questionner. Après tout, il n'avait pas pu s'empêcher de remarquer que sa fille avait passé la nuit ailleurs après Noël.

« Fuyumi, grommela-t-il, tu as le droit d'avoir tes secrets. Mais le jour où tu as un petit-ami, j'aimerais le savoir. »

Il put voir les joues de sa fille rougir.

« Bien sûr..., répondit-elle timidement. Je t'en parlerai.

— Et je m'assurerai que c'est quelqu'un de bien.

— Papa... Tu lui ferais peur plus qu'autre chose. » rigola Fuyumi.

Enji ne répondit pas. Il espérait bien qu'il lui ferait peur ! Il voulait que sa fille soit heureuse en couple. Et pour ça, il valait mieux que son compagnon sache qu'il n'hésiterait pas à s'en prendre à lui s'il faisait du mal à sa fille.

« Mais je n'ai personne pour l'instant, reprit Fuyumi. Ça ne m'intéresse pas. »

Enji lui jeta alors un regard en biais. A son âge, il était déjà marié. Touya était même déjà né. Il ne voulait pas mettre de pression à sa fille, mais une part de lui ne pouvait s'empêcher de se poser des questions. La société avait changé, mais tout de même... Enji n'avait rien contre le fait qu'elle reste à la maison, cependant il ne voulait pas que cela soit pour de mauvaises raisons. Avec l'exemple qu'il lui avait donné, il était en droit de se questionner...

« Voilà, le trou est très bien comme ça. Je vais rajouter la levure, la cannelle, le sel et le beurre. Tu veux faire la suite ? » lui demanda Fuyumi, avec un doux sourire.

Si Enji devait être honnête, il aurait clairement répondu non. Mais sa fille était tellement enthousiaste qu'il finit par vaguement hausser les épaules. Fuyumi lui expliqua ce qu'il devait rien. Ce n'était rien de compliqué, en soi, il devait continuer à pétrir la pâte, puis rajouter des jaunes d'oeufs. Ce n'était pas la mer à boire. Mais plusieurs fois, Fuyumi rectifia ses gestes tout en le conseillant. Elle restait patiente, malgré la facilité enfantine des mouvements qu'il devait faire. Pour la première fois, Enji se dit que sa fille devait vraiment être une bonne institutrice. Ce n'était pas vraiment qu'il en doutait auparavant, mais plus que... que ça ne l'avait jamais intéressé... Même s'il avait changé, il restait plus attentif à la future profession de Shoto qu'à celles de ces autres enfants. Il essayait pourtant de ne plus faire de différence, mais ça restait plus fort que lui...

Fuyumi lui expliqua la suite, qui constituait à former une boule avec la pâte et à la recouvrir d'un film alimentaire.

« Maintenant, il faut la laisser reposer au réfrigérateur. En attendant, on peut déjà ranger ce dont on a plus besoin. »

Alors qu'elle commençait à nettoyer la cuisine, Enji se dit qu'elle était vraiment bien organisée. Comment avait-il pu passer à côté de ça tout ce temps ?

« Au fait, que vas-tu faire comme repas ce soir ? demanda Fuyumi tout en continuant le ménage.

— On va commander. »

Il n'allait certainement pas faire la cuisine chez Hawks. Aider Fuyumi pour ses biscuits, c'était déjà largement suffisant pour lui !

« Vous allez commander quoi ?

— ... Du poulet, probablement. »

Si ça ne tenait qu'à lui, ils auraient mangé tout autre chose. Mais il savait que ce serait ce que Hawks préfèrerait. Ah... Mais dans quoi il s'était lancé au juste ? Tout cela était juste n'importe quoi. Ce n'était pas son genre. Il n'était pas affectueux. Il ne devrait pas donner de faux espoirs à Hawks.

« Je suis sûre qu'il appréciera la soirée, sourit Fuyumi en voyant son air maussade. Et toi aussi.

— J'aurais préféré m'en passer grommela Enji.

— Ne dis pas ça... Même si tu n'es pas à l'aise, au moins c'est une occasion de passer du temps ensemble, comme vous ne vous voyez pas beaucoup. »

Fuyumi lui sourit avec optimisme. Elle apprenait de plus en plus à connaitre son père et elle était persuadée que, dans le fond, ça lui ferait du bien de passer du temps avec Hawks. Il travaillait tellement. Encore plus depuis qu'il était devenu numéro un. Ce qui n'était pas peu dire vu le nombreux d'heures qu'il passait déjà en temps normal au travail. Elle s'inquiétait pour lui, c'était plus fort qu'elle. Elle ne voulait pas qu'il se noie dans son boulot. Il avait fait tellement d'effort envers sa famille. Mais la communication restait compliquée, surtout avec Natsuo. Fuyumi avait l'impression qu'il n'y avait que Hawks qui parvenait réellement à l'éloigner de ses obligations de héros, tant physiquement que mentalement. Enfin, son père passait de plus en plus de temps avec elle, mais elle n'était pas aveugle. Ce n'était pas pareil. Elle voyait bien que Hawks était le seul à arriver à le détendre... à sa manière...

Enji, quant à lui, n'était pas vraiment persuadé par ses paroles. Pour sa part, il n'avait pas besoin de voir souvent Hawks. Peut-être était-ce dû à son âge ou à son manque d'intérêt pour les relations amoureuses en général, mais voir de temps en temps Hawks lui suffisait. Cependant, en parlant avec Fuyumi, il se rendait compte que ce n'était sans doute pas le cas de ce dernier. Cette soirée serait donc une bonne occasion pour lui faire plaisir... Et c'était ce qui comptait, dans le fond...

Enji observa alors sa fille. Elle lui semblait tellement mature et adulte. C'est dingue, il ne l'avait vraiment pas vue grandir. Et pourtant, elle avait tout d'une femme accomplie. Elle était indépendante, responsable et raisonnable. Malgré le fait qu'il ne se soit pas occupé d'elle... qu'il l'ait tant négligée... elle avait réussi à s'épanouir. En tant que père, il ne pouvait qu'être fier d'elle... même s'il ne lui disait jamais. Alors qu'elle faisait tout pour avoir son attention. C'était le moment idéal pour le lui dire... Mais toujours ce foutu égo...

Voyant que son père restait silencieux, Fuyumi le fixa un moment, se sentant gênée.

« Je suis désolée, ça ne me regarde pas... »

C'était vrai, dans un sens. Mais, étrangement, ça ne le dérange pas autant qu'il ne l'aurait cru. Parce qu'il sentait que sa fille voulait sincèrement qu'il aille bien. Les paroles de Fuyumi à propos du mérite qu'il avait ou non à être heureux lui resteraient longuement en mémoire après tout... Enji s'avança alors vers elle.

« ... Je suis fier de toi, Fuyumi. Fier de la femme que tu es devenue. »

C'était la première fois qu'il le lui disait et, pourtant, c'était tellement important. Fuyumi ouvrit de grands yeux, surprise. Elle sentit les larmes menacer de couler sur ses joues. Jamais... Jamais il n'avait eu de tels mots envers elle. Elle le regarda un moment, hésitante. Avait-elle bien entendu ? Lorsqu'elle comprit qu'il avait bel et bien prononcé ces paroles, elle se sentit rougir alors que ses yeux se remplissaient de plus en plus de larmes.

« Je suis fier de toi aussi, murmura-t-elle émue. Fier de ton rôle en tant qu'Endeavor, bien sûr, mais surtout fier de tous les efforts que tu fais avec nous... Je t'aime, papa... »

Enji ne sut quoi lui dire. Ces mots... il n'aurait jamais cru les entendre à nouveau. La dernière fois... la dernière fois remontait à tant d'années... Enji pouvait revoir, sans peine, Touya face à lui et prononcer cette phrase d'une petite voix peu assurée... Enji ne la lui avait jamais retournée. Trop fier pour ça. Trop encré dans son objectifs, dans ses erreurs... Aujourd'hui encore, les mots avaient du mal à sortir, mais il devait le faire. C'était tellement précieux ce qu'il vivait en cet instant. Il n'agirait plus de la même façon...

« ... Je t'aime aussi, Fuyumi. »

Sa fille serra sa prise sur ses vêtements, avant de se mettre à sangloter malgré elle. Toujours aussi mal à l'aise, Enji passa maladroitement une main dans ses cheveux, essayant de la réconforter. Il n'était vraiment pas bon dans ce rôle-là, mais il fit de son mieux.

Fuyumi se sentit tressaillir. Elle ne le dirait pas, mais décidément... décidément, Hawks avait une bonne influence sur son père...

Au bout d'un moment, ils finirent par s'éloigner l'un de l'autre. Fuyumi sécha ses larmes avant lui sourire doucement. Ils avaient encore de la pâtisserie à faire...

Lorsque les biscuits furent prêts, Fuyumi mit la majorité de côté pour les offrir le lendemain à ses collègues et en donna trois-quatre à Enji.

« Tu n'auras qu'à dire qu'ils viennent de moi, déclara-t-elle alors. Dis-lui que c'est mon cadeau d'anniversaire. »

Parce que, même si elle n'avait jamais rencontré Hawks, elle lui devait tant qu'elle pouvait bien lui offrir ça. Enji ne put lui dire non. Et quand il partit en fin d'après-midi pour rejoindre Hawks à Kyoto, il embarqua donc son cadeau et les quelques biscuits offerts par Fuyumi... Il n'est pas vraiment sûr de son coup... Et pourtant, un partie de lui – qui prenait de plus en plus de place – avait secrètement hâte d'arriver à destination...


Et voilà pour cette première partie. La suite et fin (réelle cette fois-ci) sera postée très prochainement puisqu'elle ne nécessite plus qu'une relecture. A bientôt !