Source : Exonerated By Thecouchcarrot
Chapitre 4 les guys ! Sorry pour le retard, j'avais zappé qu'on était jeudi
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Une semaine plus tard, Castiel est relâché de l'hôpital et emménage chez Dean. Il n'a pas beaucoup d'affaires – seulement quelques boîtes, un sac de vêtement et des tableaux dont il a fait l'acquisition. Des tableaux jaunes vifs de fleurs impressionnistes, aux traits de pinceaux condensés et aux couches de peintures épaisses.
« Tu apprécies vraisemblablement Van Gogh, hein, » commente Dean alors qu'il tient l'un des tableaux.
« Tout le monde apprécie Van Gogh, » dit Castiel, en plaçant un clou dans le mur.
Dean hausse les épaules. « Bof. Moi je le trouve pompeux. »
Castiel baisse lentement le clou et le regarde fixement. Puis il reprend le tableau des mains de Dean. « Tu n'es pas habilité à toucher mes œuvres. »
Dean rigole.
[...]
Ce soir-là, Dean organise un petit repas de bienvenu non officiel. Parce qu'il suppose que c'est ce qu'on fait lorsqu'on invite un homme suicidaire qu'on a injustement envoyé en prison à venir vivre chez soi. En fait, il n'a aucune idée de ce qu'il est en train faire. Mais bon, ça résume à peu près la spirale dans laquelle il se trouve depuis quelques mois, donc, comme le disent les militaires "Situation normale : c'est le bordel."
Au dîner, Sam lui tire la gueule comme il sait si bien le faire.
Oh, vous savez, cette tronche typique contenue que Sam a perfectionnée au fil des années pour un usage en société. Elle est réservée uniquement à Dean et son but est extrêmement précis. Avec Amélia, Cas et Bobby, il est tout sourire, charmeur et rieur, puis Dean va lui jeter un coup d'œil hasardeux à un moment donné et être assaillis d'une tonne de regards remplis de violence à l'état pur.
Vous savez quoi ? Que Sam aille se faire voir, lui et ses grands chevaux.
« Alors, comment connaissez-vous Dean ? » Demande Castiel à Bobby.
« Son père bossait à la casse avant de rejoindre les forces, » dit Bobby. « John est en fait celui qui m'a présenté à ma femme, Jody. Elle est policière. »
« Ah, et où est-elle ? » Demande Amélia.
« Au boulot, » répond Bobby. « Elle a reçu un appel et devait aller jeter un œil. » Il lance un regard à Dean. « Elle est vraiment très occupée depuis que cet imbécile de shérif a démissionné et qu'elle a dû intervenir. »
Dean roule des yeux.
« Vous parlez de Dean, » fait sérieusement remarquer Cas.
Sam cache son sourire en mordant dans son petit pain.
« Puisqu'on parle de Dean, y a-t-il quelque chose que je dois savoir à son propos, maintenant que je compte vivre chez lui ? » Demande Castiel.
Dean s'étouffe dans sa bière.
« Tu vois, Castiel, je suis tellement content que tu poses la question, » répond un Sam radieux en se frottant les mains.
« Doucement, Sam, » souffle Amélia sur un ton d'avertissement.
« Voyons voir : il boit trop, il ne passe jamais l'aspirateur, il ne répond pas au téléphone parce que – » Sam mime des guillemets avec ses doigts – « "ce n'est jamais pour lui." »
« Il couche avec pas mal de femmes, alors ne sois pas surpris s'il s'absente certains week-ends, » intervient Bobby. « Et, indéniablement, il mange des quantités monstrueuses de pizza. »
« Hey ! » L'interrompt Dean. « Tu ne vis même pas avec moi ! »
« J'ai vécu avec toi pendant trois mois quand je me suis cassé la jambe en 2009, » réplique Bobby. « Ça m'a suffit. »
« Il boit tout le lait mais ne va jamais en racheter, » continue Sam. « Il laisse sa vaisselle sale dans l'évier même si le lave-vaisselle est vide – »
« Au moins, je m'enfile pas des tonnes d'olives ! » Aboie Dean. « Des boîtes d'olive partout ! Comment est-ce tu peux en bouffer autant, Sam? Tu t'en sers pour un projet d'art plastique ? »
« OH, je suis désolé pour mes boîtes d'olive, » rétorque Sam. « Tu les as sûrement trouvé sur le comptoir parce que le bac de recyclage était rempli de tes bouteilles de bière – »
« Comme si t'en buvais pas ! Et pourquoi on se contente pas seulement de les balancer ? Pourquoi faut qu'on recycle TOUS les maudits TRUCS de cette maison – »
« Pardon de me soucier de la planète – »
« Tout ce dont tu devrais te soucier, c'est de tes putains de TOC – »
« Au moins je pousse pas des cris de jouissance quand je mange – »
« Au moins je m'achète de la vraie bouffe, espèce de foutu – »
« OKAY ! » Sam se lève et serre la mâchoire. « Dean, je peux te dire un mot dans la cuisine ? »
Dean se lève et désigne la cuisine d'un geste nonchalant. « Après toi, princesse ! »
Ils sortent, les épaules raides et le regard furieux, laissant Bobby, Amélia et Cas assis à table, en silence.
« Est-ce que ça arrive souvent ? » Demande Castiel.
Bobby se masse les tempes. « Malheureusement. »
[...]
« Toi et moi, on peut même pas tenir une conversation civilisée le temps d'un repas après avoir vécu ensemble. Et on est frère, » siffle Sam. « Comment tu penses que ça va marcher avec un parfait étranger ? »
« On ne peut pas tenir de conversation civilisée parce qu'on est frère, » se défend Dean. « Et pour une fois, Sammy, j'apprécierais que tu me fasses un minimum confiance ! »
« Pour une fois ? » Demande Sam, complètement incrédule. « Dean, je t'ai toujours "fait confiance". Je t'ai soutenu quand personne, personne dans le comté tout entier pensait que t'y arriverais. Je t'ai soutenu depuis le premier jour. »
Dean secoue la tête. « Ouais, pour attraper la vermine, » dit-il. « Tu me fais confiance pour botter le cul des criminels. Tu ne me fais pas confiance en ce qui concerne ma vie privée, Sam. Tu ne me fais pas confiance pour ce qui est de prendre les bonnes décisions, pour faire preuve de jugement – tu ne me fais pas confiance quand je te dis que je sais ce que je fais pour le moment. »
Sam hausse les sourcils de façon septique. « C'est le cas, Dean ? »
Dean s'interrompt, se lèche les lèvres, et envisage un court instant de mentir. Il penche la tête sur le côté et avoue, « Bon, okay, pas vraiment. »
Sam agite les mains en l'air d'exaspération.
« Mais, » ajoute Dean, « Ce que je sais, c'est que ça me semble être la bonne chose à faire. Dans mes tripes, Sam, ça me semble être la bonne chose. Je sais que tu peux le sentir aussi. »
Sam fixe l'évier pour fuir le regard de Dean. Il croise les bras, pose une main sur son menton, et frotte son pouce le long de sa lèvre inférieure.
« Tout ce que je veux c'est que tu me soutiennes là-dessus. » Dean adosse sa hanche contre le comptoir. « Je sais que je…que je t'en ai beaucoup demandé cette année, mais j'ai seulement…j'ai besoin de t'avoir de mon côté, Sam. »
Sam soupire. « Dean, je suis toujours de ton côté. Tu le sais. Je m'inquiète seulement des retombées s'il s'avère que tu fais fausse route. »
« Ce n'est pas le cas. » Dean se mord l'intérieur des joues et plisse les yeux. « J'en suis, genre, sûr à 58 pour cent. »
Sam lui donne un coup d'épaule et passe à côté de lui pour retourner au salon. « Trouduc. »
« Ouais, toi t'es bien un troufion, » rétorque Dean avant de le suivre jusqu'au salon.
[...]
Une fois la table débarrassée, les bières terminées et les autres rentrés chez eux, il ne reste plus que Dean et Cas dans la maison.
Le crépuscule de la saison est brûlant, suffocant, avec son ciel noir et ses grillons. La maison est vieille et bien bâti, avec un immense jardin aux reflets d'agents dans la pénombre, et c'est pour ça qu'il semble tout naturel de tirer une chaise sur le porche, de s'asseoir dans la chaleur tombante et de profiter de l'été. Dean ignore s'il doit s'ouvrir une autre bière, alors il choisit de s'en passer. Les deux se contentent de s'asseoir et d'observer la lune derrière ses nuages transparents.
« C'est la maison où j'ai grandi, » dit Dean. « La maison de mon père. »
« C'est joli, » déclare Cas.
« Merci. Ce qui est bien c'est qu'elle soit entièrement payée. »
Cas penche légèrement la tête. « Depuis quand ton père est-il décédé ? »
Dean déglutit et se frictionne les épaules. « Ça va faire…wow, environ huit ans à présent ? »
« Mes condoléances. »
« Merci, » dit Dean. « Il a été tué dans l'exercice de ses fonctions. Il était policier. »
« Donc tu es devenu policier à cause de lui ? » demande Cas.
Dean acquiesce. « C'était plus ou moins tout ce que j'avais toujours voulu faire. Je voulais seulement lui ressembler…Devenir Shérif était juste la cerise sur le gâteau. »
Cas acquiesce silencieusement et tourne à nouveau son regard vers la lune.
Dean se racle la gorge. « A propos, je suis sans emploi pour l'instant, donc je vais traîner à la maison demain. »
Cas le toise du regard. « Tu n'as pas trouvé de travail ? »
Dean soupire. « Il se trouve que j'ai des compétences assez particulières. »
« Je ne travaille pas non plus, » commente Cas.
Avant la prison, il était professeur de musique, se souvient Dean. Il enseignait le piano aux enfants. Il jouait du piano pour l'église.
Dean acquiesce. « Le marché est terrible, hein ? »
Castiel baisse le regard vers ses mains, faiblement jointes au-dessus de ses genoux. « En partie, oui. »
Les grillons chantent dans la pelouse, et une ombre grise traverse la lune.
« L'autre partie c'est…la musique, » admet doucement Castiel. « J'ai longtemps cru… j'ai toujours eu la sensation absolue, au fond de moi, que ma musique était un don de Dieu. Quand j'écoute de la musique, quand je joue, quand je prends part à une symphonie en créant quelque chose de glorieux – c'est là que je me sens le plus spirituellement complet. »
Dean l'écoute attentivement, fixant la pelouse argentée, redoutant ce qu'il peut d'avance deviner que Cas va dire.
« Après ma condamnation…j'ai perdu la foi. » Castiel expire bruyamment. « Et depuis lors…La musique n'est plus la même. »
Dean ferme les yeux.
Il prend une profonde inspiration. « Cas, je – »
« Ne t'excuse pas, » l'interrompt Cas. « Je t'en prie. »
Dean serre fortement les mains. « Comment je pourrai ne pas le faire ? »
« Parce que je ne te tiens pas pour responsable. » La voix de Castiel est ferme. « Je n'ai pas envie que tu te sentes accablé par le remord à chaque fois que je parle de mes expériences. Je les ai acceptées. J'ai besoin que tu en fasses autant. »
« Mais t'as pas envie que je souffre un petit peu ? » demande Dean.
« Non, » répond Cas. « Je veux qu'on devienne amis. »
Quelque chose se contracte fortement dans les poumons de Dean, lui enserrant le sternum. Il examine Cas, et dans la lumière du porche il peut constater la posture détendue de l'autre homme, l'inclinaison indolente de ses bras, la confiance que dégage son langage corporel.
Il est vraiment sérieux.
« J'aimerai être ton ami. » Les yeux de Cas papillonnent vers Dean. « J'en ai trop peu. »
Le nœud dans la poitrine de Dean se tord.
« Ouais, » souffle-t-il. « Moi aussi. »
Ils restent assis à se fixer l'un l'autre, figé dans l'ambre de l'instant.
Avec du recul, Dean arrivera à identifier cet instant comme l'instant où son avenir s'est définitivement lié à celui de Castiel, comme l'instant où il a croisé le regard de Castiel et réalisé que cet homme était quelqu'un d'unique au monde, dont il ne pourrait jamais se défaire et qu'il souhaitait apprendre à connaître pour le restant de sa vie. Dean sut à partir de cet instant qu'à la seconde où Cas quitterait sa vie, il serait seul, vide et éteint. Ce qu'il fut lorsque Cas le fit.
Mais tout cela est loin devant eux. Ce soir, la lune est douce et brillante, et les crickets chantent.
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A suivre...
