Source : Exonerated By Thecouchcarrot

En avant pour le chapitre 5,

Enjoyez !

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Les lueurs grisâtres du petit matin brillent au travers des stores de la cuisine. D'épais nuages se sont formés durant la nuit. Dean peut déjà prédire que la journée sera chaude sous un délicat ciel blanc. Il s'assoit sur la table en érable de la cuisine et sirote son café, affublé de son boxer à l'effigie du diable de Tasmani ainsi que son peignoir en polaire bordeaux que Sam lui a offert à noël, il y a de ça quelques années. Il n'est pas le genre de type à porter un peignoir, mais bon, nouveau colocataire oblige. Il faut bien faire preuve de convenance.

Castiel arrive en chancelant quinze minutes plus tard, en parfait exemple du gars aux cheveux en batailles et aux yeux plissés. Il n'a pas de peignoir, mais il porte un large T-shirt bleu et un boxer noir, ainsi que des marques d'oreiller en travers de la joue gauche. Il lève ses yeux groggy vers Dean. « Café ? »

Dean désigne de la tête le plan de travail où se trouve la cafetière. « Il reste la moitié de la carafe. »

Castiel grogne un merci et se perd un peu dans les placards avant de se rappeler où se trouvent les tasses. Il remplit son mug et le vide debout contre le comptoir, émettant de petits bruits satisfaits entre chaque gorgée.

Dean rit dans son coin. « T'es un accro ? »

Cas trébuche jusqu'à la table et s'assoit lourdement aux côtés de Dean. « Oui. Dans tous les sens du terme. »

Dean ne lui demande pas de détails, mais hausse un sourcil.

« Mon docteur a modifié mon traitement contre les insomnies. Vu que j'ai… » Cas soupire dans sa tasse et évite le regard de Dean. « Bref, j'en ressens les effets. »

« Oh. » Dean avale un peu plus de café. « J'en prends seulement pour l'ambiance. »

Ils demeurent silencieux en buvant leur café.

« Tu veux passer ta journée à jouer aux jeux vidéos ? » Demande Dean.

Cas réfléchit. « Je vais aller courir. J'aimerai également aller à la bibliothèque, si ça ne t'embête pas de m'y conduire. »

Dean plisse le nez. « On dirait Sam. Mais d'accord. Hé, si t'aimes la bibliothèque, peut-être qu'ils ont un poste qui se libère là-bas. »

Cas ne répond pas à la suggestion de Dean. Au lieu de ça, il demande, « A quel genre de jeux vidéos tu joues ? »

« Les jeux de tir en vue subjective sont ceux que je préfère, » répond Dean. « Mais je joue un peu de tout. Il y a un domaine dans lequel t'es bon ? J'ai une ancienne Nintendo 64, si jamais. »

« Eh bien, » s'aventure Cas avec hésitation, « Je suis assez doué au bowling sur la Wii… »

Dean se lève de table. « Okay, dans ce cas c'est décidé. Finis ton café et va prendre une douche. On va jouer à Call Of Duty. »

[...]

Août, trois semaines plus tard.

« Steeeee-RIKE ! » Exulte Dean, en levant sa manette en l'air. « Prends-toi ça ! »

Cas prend un morceau de sa pizza et fronce les sourcils en même temps. « Cricheur, » marmonne-t-il dans sa bouchée.

« Ce n'est pas de la tricherie, c'est une habileté du poignet, » dit Dean en fléchissant le poignet pour la frime. « J'ai un lancé d'enfer, petit, et tu ne peux rien faire contre ça. »

Quelqu'un sonne à la porte.

Dean soupire et repose sa Wiimote. « Je reviens, » prévient-il, s'élançant vers l'entrée.

Lorsqu'il ouvre la porte, pendant un instant, Dean plisse les yeux face à la lumière aveuglante du jour. Une fois ses yeux habitués, ils tombent sur une femme à l'uniforme kaki du comté se tenant sous le porche, cheveux noirs retenus en un chignon serré, main droite posée sur son étui, et le fixant d'un air sceptique absolument spectaculaire.

« Jody, » dit-il faiblement. « Hé. » Il désigne le badge à six branches sur sa poitrine. « L'étoile te va bien. »

Jody sourit brièvement avant de plisser les yeux. « Tu n'as pas répondu à mes appels. »

Dean se frotte la nuque. « Ouais, désolé, j'ai été…vraiment débordé. Submergé, en fait. »

Jody toise du regard son T-shirt AC/DC ainsi que son vieux jogging, et revient à lui. Elle pointe son T-shirt du doigt. « T'as un petit quelque chose là. »

Dean baisse les yeux, allongeant le cou en tirant son T-shirt vers l'avant pour l'examiner. « Oh, c'est seulement de, euh, de la pizza. »

Le regard de Jody se rétrécit encore plus.

Dean sourit piteusement, d'un air de dire "s'il te plait, pas le taser."

« Prend une douche Winchester, » ordonne-t-elle. « Ensuite habille-toi et ramène tes fesses au poste. J'ai du travail pour toi. » Elle commence à tourner les talons.

« Jody, attends – » Dean la retient par le bras. « De quoi est-ce que tu parles ? »

Jody dévisage la main sur son bras, et il la retire aussitôt. Ses yeux refont ensuite face à Dean, et elle sourit d'un air satisfait. « Amène ton ami, » lui dit-elle. « Il est temps qu'il prenne l'air lui aussi. »

[...]

« Pourquoi y allons-nous ? » demande Castiel, en nouant distraitement sa cravate sur le côté.

« J'en sais rien, mais il faut être paré à tout, » répond Dean en boutonnant sa chemise à rayures vertes. Il jette un œil à Cas et marque un temps d'arrêt avant d'aller lui arranger sa cravate. « Tout ce que je sais c'est que si on n'y va pas, elle nous flinguera. Ou plutôt moi. Elle me flinguera. Toi, elle te fera probablement des tonnes de câlin en te gavant de sucettes. »

Cas fronce les sourcils. « Pourquoi elle me ferait des câlins ? »

« Oh, tu sais ! » Dean fait des mouvements approximatifs en direction de Cas. « Tu as ce truc avec tes yeux que les femmes adorent. » Il tire d'un coup sec sur sa propre cravate. « Elles en sont gaga, Cas. Tu pourrais jouer avec elles comme on joue du violon si tu le voulais. Mais moi… » Dean jette un œil au miroir et tente un sourire espiègle. « Eh bien, elles savent que j'ai le diable au corps. »

Cas le dévisage sérieusement dans le miroir, l'air sombre dans sa veste en velours. « Tu devrais aller voir un prêtre pour régler ça. »

Dean s'esclaffe et lui claque l'épaule. « Bien sûr. Je vais me programmer un exorcisme pour la semaine prochaine. »

[...]

Dean traverse prudemment le poste, passant entre les divers box et les bureaux en désordre, saluant les personnes qu'il connait d'un signe de tête. Il est surpris du nombre de visage qu'il ne reconnaît pas du tout. Ils le scrutent tous attentivement, l'air légèrement stupéfait. Ils ne s'y attendaient pas. La sueur imprègne son col. Il dodeline des épaules, mal à l'aise.

Castiel a l'air tout aussi angoissé. Il pense probablement qu'ils le regardent à lui, et peut-être est-ce le cas. Mais Dean est également certain qu'ils lorgnent sur l'ancien Shérif discrédité, la moralité ambulante démystifiée, le sujet des potins et des rumeurs animés de la machine à café aujourd'hui se dérobant face à eux avec la queue entre les jambes, sans badge, sans arme, dépouillé.

Satané Jody et son taser.

Lorsqu'ils atteignent finalement la porte vitrée du bureau, Dean ne peut s'empêcher d'hésiter avant de l'ouvrir. Il y a encore quelques mois, c'était son bureau. Il n'est pas sûr d'être prêt à assumer le contrecoup.

« Dean ? » demande Cas.

Dean prend une profonde inspiration, et ouvre la porte.

Jody est assise sur le fauteuil, patientant, souriant gentiment comme si elle n'était pas un horrible monstre. « Tu t'es douché ! »

« Ouais, ouais, ouais, content de te voir aussi, » grommelle Dean. « Cas, voici le Shérif Jody Singer. Shérif, voici Castiel Goodwin. »

Elle se redresse et serre la main de Cas. « Shérif intérimaire, » corrige-t-elle. « Et c'est un plaisir de faire enfin votre connaissance, Castiel. »

Castiel hoche la tête. « De même. Votre mari m'a dit que vous étiez un agent de police très compétent. »

Jody sourit et penche la tête. « Comme c'est…légitime de sa part. Vous savez, il est lui-même presque aussi compétent. » Elle sort ensuite un dossier de son tiroir et l'ouvre en parcourant le fichier. « D'accord. Voici la raison pour laquelle je vous ai appelé. » Elle tend le dossier à Dean.

Dean feuillette les documents, scannant l'information.

« Ce n'est pas grand-chose – juste une série de petits cambriolages de voitures à Cloverdale, » explique Jody, « mais il y en a beaucoup et dans une zone tellement restreinte qu'il est évident qu'on a affaire à un rôdeur multirécidiviste. Il ne pique même pas l'autoradio, seulement les objets de valeurs laissés sur le siège, et la plupart de ces voitures ne sont pas verrouillées de prime abord, alors…ce n'est pas exactement un ennemi public. »

« Qu'est-ce que tu veux que je fasse au juste, Singer ? » Demande Dean, les sourcils froncés.

Elle croise les bras sur sa poitrine et s'appuie contre son siège. « Je n'ai pas l'effectif nécessaire pour me consacrer à ce genre de connerie. Je veux que vous le pistiez. »

Castiel regarde par-dessus l'épaule de Dean, examinant les photos attachées aux rapports. « Cela ne regarde-t-il pas la police municipale ? »

« Cloverdale n'a pas de personnalité juridique, » explique Dean. « C'est pas une vraie ville, seulement une région. Ils ne disposent même pas de leur propre armée ou caserne. » Il referme le dossier et recentre son attention sur le Shérif. « Je ne fais plus partie de la police, Singer. Tu veux que je le piste et après quoi, que je procède à une arrestation civile ? »

Elle secoue la tête. « Je vous engage en tant que détectives privés – vous agissez comme tels. Pas de confrontations. Vous ne faites que prendre les photos, rassembler les preuves, et l'identifier. Remettez-moi tout ça, et je vous ferais un petit chèque. »

« Tu veux me payer ? » Demande Dean, incrédule. « Pourquoi tu te contentes pas d'engager, je sais pas, un véritable détective ? »

« Tu es un détective, » rétorque-t-elle, « le meilleur que je connaisse, le plus expérimenté et le plus en demande d'emploi. »

La mâchoire de Dean se serre, et il laisse tomber le dossier sur son bureau. « Je ne suis pas une putain d'œuvre de charité, Jody, » claque-t-il. « Ne t'avise pas de faire comme si c'était le cas. »

Elle se redresse, furibonde, et pose les mains sur son bureau. « Ce n'est pas ce que je fais ! » riposte-t-elle. « Je sais seulement que tu prendras moins cher que tous les autres trouducs de mon répertoire ! »

« Je peux le faire, » intervient Cas.

Dean et Jody tournent tout deux leur regard vers lui.

Ses yeux naviguent entre eux. « C'est simple…se cacher et prendre des photos, c'est ça ? Est-ce que j'interprète bien la mission ? »

« Non, » répond Dean. « Cas, tu vas pas aller te mettre en danger pour quelques – »

Jody récupère le dossier le tend à Cas. « Félicitation, Castiel, » dit-elle. « L'affaire est à vous. »

« Non ! » répète Dean, complètement ahuri. « Certainement pas ! Il n'y connait pas la moindre chose en filature, Jody ! Il n'a probablement même pas d'appareil photo – »

« Je peux en acheter un, » propose Cas.

« – et il va se faire tirer dessus ou poignarder, » continue Dean en pointant Cas pour appuyer ses dires. « Probablement se faire dépouiller aussi. »

Jody a un petit sourire en coin. « J'imagine qu'il va falloir que t'ailles avec lui dans ce cas, hum ? »

« Je suis de cet avis, » affirme Cas. « Tu as une voiture. »

Dean plisse les yeux vers Jody. « Tu es une horrible personne. Tu le sais ça ? »

Elle se contente de sourire et de se rasseoir sur sa chaise. « Il est temps pour vous d'y aller les garçons. J'ai une réunion à quatre heures. »

Dean et Cas quittent le poste en se disputant à propos de qui utilisera l'appareil photo, inconscients des œillades curieuses des spectateurs les épiant jusqu'à la sortie.

[...]

C'est une mission assez facile. Dean pourrait l'accomplir dans son sommeil. C'est pratiquement ce qu'il fait. Aux alentours de minuits, il est réveillé en sursaut par le murmure excité de Castiel.

« Dean ! » Siffle Cas. « Dean, j'aperçois quelqu'un ! »

Au lieu de camper dans la voiture et prendre le risque d'exposer l'impala à proximité d'un hypothétique pillard de voiture, Dean et Cas ont choisi de se cacher dans le salon d'une maison avoisinante – avec la permission des propriétaires, évidemment. Ils sont installés sur un horrible sofa en velours jaune et guettent à travers les stores, Cas agrippant son tout nouvel appareil photo longue portée. La pièce sent les petits pois et le chien mouillé, et à présent que Dean se retrouve proche de Cas, il prend conscience que son ami a une odeur particulière également, une senteur qui lui est devenue familière après ces quelques semaines. Il peut en analyser chaque composant : Laine et coton – ses vêtements. Copeaux de bois et alcool – son après-rasage. Un effluve persistant de menthe – son gel douche "fraîcheur d'hiver". Et quelque chose d'autre, une chose sur laquelle il ne peut pas mettre le doigt mais qui appartient sans conteste à Cas…

Dean cligne des yeux et se secoue mentalement. Concentre-toi ! Il jette un œil dehors avec ses jumelles.

Un homme à l'air le plus suspect de l'univers est en train de descendre la rue, regardant derrière lui à intervalles réguliers. Il porte de larges vêtements noirs et un bonnet, mais rien pour se cacher le visage. Il ressemble à un voyou débutant avec ses mains crispées sur son sac à dos gris.

« Prends quelques photos, » ordonne Dean. « Essaies d'en avoir de bonnes de son visage. Ça pourrait bien être notre homme. »

Cas prend aussitôt les photos.

L'homme s'arrête dans l'allée et observe longuement le mini van qui y est garé. Il regarde autour de lui, constate que la rue est déserte, puis…

Il s'éloigne, plus loin dans la rue, hors du champ de vision et dans l'obscurité.

Cas commence à se relever.

« Hé, hé, hé, » intervient Dean en posant une main sur son bras. « Où tu vas ? »

Cas le dévisage, les sourcils déformés par le doute. « On le suit. Non ? »

« Assieds-toi, » soupire Dean. « On ne le suit pas, Cas. Il nous verrait dans la seconde. On surveille encore pendant quelques nuits, voir s'il se montre. On prend des photos, on corrobore les preuves, et plus tard, si quelque chose est dérobée cette nuit, et les autres nuits où il se montre, la police l'embarque pour l'interroger. Et si il n'a pas une bonne explication ou qu'il a la marchandise ou que ses empreintes correspondent, ils pourront engager des poursuites. »

Cas se rassoit lentement. « Et si rien n'est dérobé ? »

Dean hausse les épaules. « Alors on continue de surveiller. »

Cas réfléchit silencieusement à la question en regardant par les stores. Les lumières de l'extérieures brillent en sillons dorés sur son visage, et Dean se rappelle subitement de ce matin au restaurant lorsqu'il ne le connaissait seulement que comme l'homme dont il avait chambardé la vie.

« Tu sais, je suis surpris que tu sois d'accord avec tout ça, » dit Dean.

Les yeux de Cas se tournent vers lui.

« On ne l'a pas vraiment vu faire quoique ce soit, » lui rappelle Dean. « Et ces photos peuvent conduire à son arrestation. »

La bouche de Cas se tourne vers l'intérieure, et pendant un bon moment il se contente de fixer Dean. Il finit par déclarer calmement, « Il est hors de question que je livre des informations à moins d'être sûr de moi. Même si…ça pourrait aider. J'espère que tu respectes ça. »

Dean se penche en avant et pose une main sur l'épaule de Cas, la pressant légèrement, le désir viscéral de se rapprocher lui tiraillant les os. « Hé. Je ressens la même chose. On est ensemble sur ce coup, Cas, n'en doute pas une seule seconde. Je ne ferais rien qui pourrait te miner, d'accord ? »

Cas sourit doucement.

Le sourire de Dean y fait instinctivement écho, doux et rassurant.

Il reprend ensuite les jumelles. « Okay alors, concentrons-nous sur l'objectif, Cas. Va falloir rester debout jusqu'aux aurores si on veut faire ça bien… »

[...]

Septembre

« Et…voici votre chèque, » conclut Jody, en signant. « A quel nom je dois le mettre ? »

Dean et Cas échangent un regard.

« Euuh…je crois que techniquement c'est à Cas que tu as refilé l'affaire, » dit Dean.

« Je te donnerai quand même la moitié, » déclare Cas.

Dean lâche un petit rire. « Merci, Cas. J'étais vraiment inquiet. »

Jody écrit le nom de Cas sur le chèque et le déchire. Elle le lui tend avec un sourire. « Félicitations, les garçons. C'est une affaire qui roule. Et pendant que je vous tiens… » Elle se baisse et ouvre un des tiroirs de son bureau, en sortant un épais dossier. « J'ai une nouvelle affaire. »

Dean porte une main à son visage. « Oh, seigneur, est-ce que ça va être un truc régulier ? J'ai besoin de sommeil moi, madame. »

« Oh détends-toi, » se moque-t-elle. « Celle-ci est bien plus facile. Juste une banale affaire d'exhibition dans le parc. »

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A suivre...