Shot 5


Du côté de Yuya

Yuya Shiina soupira. Il y a dix jours, elle l'a repoussé. Dix jours plus tard, elle ne l'a toujours pas revu. Elle qui pensait qu'il comprendrait, était forcée de constater que depuis cette soirée, Kyo passait ses journées dehors, ne rentrant que tard le soir alors qu'elle dormait déjà, repartant le matin avant même son réveil. La blonde en cria presque de dépit, blessée par le comportement de cet homme aux yeux rouges, avec lequel elle avait tant vécu. Mais avant tout forcée de se rendre compte que c'était peut-être son attitude qui le poussait à agir ainsi. Avait-elle été trop brusque dans son refus d'aller plus loin avec lui ? Après tout... Il avait été génial, et elle avait pu sentir à quel point il la désirait... Et elle l'avait purement et simplement arrêté. Et en payait les frais visiblement.

La blonde due s'asseoir rapidement alors qu'elle se sentait soudainement prise de vertige. Car oui, la situation actuelle n'était pas assez compliquée, il fallait encore qu'elle soit tombée malade. A croire que tout lui indiquait qu'elle était seule responsable de la situation actuelle. Et peut-être était-elle vraiment à l'origine du problème. Après plusieurs jours passés seule dans leur maison, elle avait largement eu le temps de réfléchir à son comportement, ayant compris qu'elle aurait dû lui expliquer pourquoi elle l'arrêtait, au lieu de simplement le repousser.

Allongée sur le côté, la demoiselle pleura de désespoir, s'étouffant à moitié du fait de son nez bouché, toussant du fait des reniflements qui accentuaient son mal de gorge. Elle ne s'endormit que bien plus tard, se promettant que quel que soit son état, elle irait chercher des médicaments dès le lendemain.

...

Il était là, sur le rebord de la fenêtre, regardant l'extérieur. Il ne bougeait pas, ne la regardait pas, mais elle savait pertinemment qu'il la savait réveillée. Cette simple constatation coupa court à son sommeil. Enfin, il ne la fuyait pas. Enfin, ils allaient pouvoir s'expliquer.

« Kyo. »

Sa voix était rauque et la moindre parole réveillait son mal de gorge. Mais il était là et elle ne savait pas si une autre occasion se représenterait avant plusieurs jours.

« Kyo. »

Il ne tourna pas le visage vers elle. Elle baissa le sien sur son oreiller. Elle aurait dû s'en douter. Elle accusa le coup et serra les dents. Ce n'était pas le moment de lui reprocher son sale caractère, au risque de la placer dans une situation bien pire que celle qu'elle pouvait déjà connaitre à l'heure actuelle.

« Je... Suis désolée si tu as mal pris mon... Comportement... »

C'était tellement difficile de lui avouer sa faiblesse, l'une de ses plus grandes peurs. De lui parler de ça tout court. Comme une mise à nu intérieure. Mais elle tenait tellement à lui... Il lui était impossible de le laisser croire quelque chose de faux sur son compte.

« Ce n'est pas que je n'ai pas envie de... de... t... »

Elle inspira.

« C'est juste que je ne veux pas te... Décevoir... »

Elle rougit avant même de terminer.

« Je veux dire... Tu dois bien te douter que je suis v... »

Elle se mordit la lèvre, se tournant pour être sur le dos, une main derrière sa tête, l'autre sur son ventre, sous le futon, incapable de terminer sa phrase. Comme si c'était son genre de pouvoir parler de ce genre de choses à voix haute ! Et ce blanc qui s'éternisait...

« Je t'aime tellement que j'ai peur d'être dépassée par ce qui pourrait se passer... A... Alors même que je le souhaite aussi... »

Son cœur battait la chamade, elle continuait de regarder obstinément le plafond, sa main cramponnant son kimono. Plus jamais elle n'aurait ce genre de conversation avec lui. C'était bien trop... Gênant !

Trop perdue dans son embarras, elle n'entendit pas le bruit caractéristique du tissu que l'on bouge. Avant même qu'elle ne s'en rende compte, une bouche se trouvait sur la sienne, et un liquide lui passa dans la gorge. Un sirop. Un médicament. Elle écarquilla les yeux, répondant à son baiser, le fait qu'elle soit malade étant passé bien au-dessus de sa tête. Il était allé lui chercher des médicaments... Un sourire apparut sur son visage.

« Merc... »

Sa respiration se coupa d'instinct, tant la profondeur du regard qu'il lui lançait la chamboula. Il n'avait même pas besoin de parler. Elle avait compris. S'il y avait une chance que tu me déçoives un jour, je ne serai jamais revenu. Sa respiration s'apaisa. Elle se rendormit le sourire aux lèvres, bercée par son regard sans même s'en rendre compte. Elle aimait décidément bien trop cet homme.

*...*...*

Du côté de Tokito

Si elle avait su qu'une simple blague bien orchestrée aurait des conséquences sur un si long terme, elle s'en serait abstenue. Voilà où en était le raisonnement de Tokito trois jours après la malencontreuse chute d'Akira dans l'eau de l'étang au bord duquel ils s'étaient arrêtés. Depuis lors, le roux n'avait pas ouvert la bouche une seule fois, maintenant une distance certaine entre eux deux, que Tokito ne parvenait pas à réduire, peu importe comment elle s'y prenait. Et si parfois elle se demandait même s'il n'avait pas oublié sa présence, le simple regard glacial qu'il lui adressait le soir, lorsqu'ils se retrouvaient tous les deux allongés non loin de l'autre et qu'elle tentait de faire un semblant de commentaire sur la journée, suffisait à lui faire comprendre l'étendue de sa vexation.

C'est ainsi que l'ex quatre sages passa deux autres journées supplémentaires, en proie à des sentiments contradictoires, trop longtemps contenus et qui menaçaient de la faire exploser d'une heure à l'autre. Elle lui en voulait de se comporter comme si toutes les fautes reposaient sur elle. Certes la blague était malvenue, mais il avait dégainé ses sabres jumeaux contre elle, désarmée. Allongée à même le sol, ses deux mains derrière la tête, la demoiselle eut pitié d'elle-même. Elle lui en voulait qu'il ait dégainé son katana... Quelle ironie quand on savait qu'elle n'était censée le suivre que pour cette seule et unique raison.

Mais il l'avait blessée. Sans lui laisser même la possibilité de pouvoir se défendre, son arme étant emprisonnée dans un étau de glace. C'était sa manière à elle d'alimenter sa haine. De ne pas oublier pourquoi elle ne devait pas se sentir trop responsable de cette ambiance. Comment aurait-elle pu autrement ? Car elle n'avait même pas cherchée à la récupérer. Trop étonnée par son comportement, elle n'avait même pas essayé de voir si la dite arme était facile à libérer ou non. Et elle lui en voulait encore plus pour cette raison. Elle aurait aimé rencontrer un ou deux adversaires potables pour s'en servir comme exutoires. Mais la probabilité que cela arrive au cœur de la forêt où ils se trouvaient était quasiment nulle. Et la conséquence était là : la seule chose sur laquelle elle aurait pu se défouler... Il en était hors de question. Comme si c'était à elle de réengager le dialogue !

Vraiment... Pourquoi n'avait-elle même pas pensé à essayer de libérer son arme ? Elle n'avait même pas essayé, persuadé qu'il faisait semblant, qu'il allait s'arrêter à un moment ou un autre. Mais il ne l'avait pas fait. Pas jusqu'à ce qu'elle s'excuse. Et encore, cela n'avait pas suffi à lui faire digérer la petite blague. Grand bien lui en fasse, elle n'était pas prête à lui pardonner ce comportement injuste. Il se la jouait gamin ? Pas de soucis, elle était très douée pour ça aussi.

Les journées de marche à répétition, sans n'avoir pour autre vision que les arbres et autres herbes hautes, lui laissait largement le temps de réfléchir, de ruminer, de repenser à cette journée. Elle avait dû se bander l'épaule seule, de même que s'occuper de toutes ses autres blessures une par une. Pas une seule fois il ne lui avait proposé son aide pour les soins, pas une seule fois il ne s'était enquis de son état, pas une seule fois il n'avait semblé regretter son attitude.

Comme si elle n'était rien. Comme si elle ne représentait rien. Comme si elle ne valait rien.

La demoiselle se leva brusquement du coin où ils s'étaient installés le sixième soir, décidée à s'éloigner le plus loin possible. Elle n'en pouvait plus de le voir. Et au vu de l'ambiance des quatre derniers jours, elle était certaine que cela ne risquait pas de le déranger. Il était hors de question qu'elle soit la première à faire un pas vers lui. Tout était de sa faute à lui, pas elle. Elle s'était excusée de sa mauvaise blague, il l'avait soigneusement évitée pour s'excuser de l'avoir blessée. Il n'y avait rien de plus éclatant que cette vérité.

« Tu aurais largement pu l'éviter

- Et moi je pense que tu voulais me tuer. »

La réponse avait fusé en une demi-seconde. Elle n'avait même pas réfléchi. S'arrêtant, de dos à sa position, une dizaine de mettre plus loin, elle ferma les yeux et pris une grande inspiration. Il y a quelques secondes, elle était en colère contre lui au point de vouloir s'en éloigner. Attendait-elle à ce point qu'il reparle pour ne même pas réfléchir et lui retourner cette remarque cinglante ? Elle continua à s'éloigner, il ne gagnerait pas si facilement.

« Où tu vas ?

- Loin de toi. »

Elle se sentit lamentable de lui donner une telle réponse au moment même où elle parla. On aurait dit l'une de ses situations pitoyables où la femme s'enfuit pour qu'enfin elle s'attire les faveurs de l'homme qui l'intéresse. Mais tout sortait tout seul. Elle lui en voulait tellement. Elle s'en voulait de lui accorder cette importance, qu'il ne méritait pas. Elle s'éloigna aussi vite que possible, n'écoutant plus ce qu'il avait à lui dire, se fermant totalement à toute présence extérieure. Ce ne fut qu'une fois sûre qu'il ne la verrait plus, qu'un très mince sourire étira ses lèvres.

Il avait parlé le premier.

...

Un jour plus tard.

« C'est toi qui a ralenti le rythme, Tokito. »

Tokito releva les yeux vers le roux alors qu'elle venait tout juste de revenir de son changement de bandage. Moyen très efficace de lui rappeler pourquoi elle ne devait pas se laisser amadouer par sa volonté de rétablir le dialogue.

« C'est toi qui a bloqué mon arme dans la glace.

- Tu n'as pas essayé de la récupérer.

- Ca ne t'a pas empêché de m'attaquer. »

Dialogue de sourd. Ou comment se reprocher les fautes sans avancer d'un pas.

« Tu aurais largement pu éviter mes coups.

- La preuve que non, dit-elle en pointant son épaule, tu t'es amélioré, félicitations.

- C'est toi qui a faibli.

- Facile à dire étant donné que j'étais privée d'arme.

- Je ne t'ai jamais mis dans une position où tu avais besoin de ton arme pour t'en sortir. »

La demoiselle butta sur la réponse. Durant leur combat, il y a des moments où pris par sa vitesse, elle était obligée de riposter avec ses sabres. Une telle situation il y a six jours lui aurait coûté la vie. Mais il disait vrai, elle n'avait eu besoin que d'esquiver. Jamais il ne l'avait mis dans une position où il la dominait tellement qu'elle était complètement bloquée sans son arme. Elle le regarda droit dans les yeux. Pouvait-elle sincèrement imaginer qu'il n'avait pas voulu la blesser ?

« Je te le répète, c'est toi qui a ralenti le rythme Tokito. »

Elle se leva soudainement, l'impression trop présente qu'il pouvait lire en elle de plus en plus facilement, faisant pourtant celle qui n'en avait rien à faire de ce qu'il disait, s'éloignant à nouveau suffisamment loin pour qu'elle n'ait plus à le voir. Comment pouvait-elle assumer sa propre faiblesse face au seul homme qu'elle voulait battre ?

Le lendemain pourtant, et alors qu'elle s'était endormie seule, plus loin, de sorte à ne pas avoir à assumer l'aboutissement de ses réflexions devant le roux, elle avait été prise d'une peur sans nom à l'idée qu'il ne soit parti sans elle. Elle avait couru à l'endroit où il était supposé être, aussi vite qu'elle le pouvait dans cette végétation abondante, la peur qu'il ne l'ait abandonné réveillant en elle des émotions bien trop douloureuses.

Et lorsqu'elle l'avait vu, simplement assis en tailleur, elle avait ralenti le pas, heureuse qu'il ne soit pas parti sans elle, trop heureuse pour quelqu'un censé lui en vouloir.

« On peut y aller maintenant ?

- Evidemment »

Il n'y avait rien à dire de plus. Elle avait perdu.


Fin du Shot 5.

Coucou tout le monde ! J'espère que vous allez bien, et profitant d'une publication en cette fin décembre, je vous souhaite de passer de BONNES FETES DE FIN D'ANNEE ! :D

J'espère, par ce shot, redynamiser un peu le fandom SDK qui manque cruellement de fictions françaises depuis un certain temps ! En espérant que vous, lecteurs et reviewers, n'aurez pas changés de fandom également... :).

Ce shot marque aussi la moitié de ma fiction, qui s'achèvera donc au shot 10.

J'espère dans tous les cas que cette nouvelle partie vous a plu, n'hésitez pas à me faire part de toutes vos remarques !