Shot 6
Du côté de Yuya
Yuya était frustrée. Inutile de cacher la vérité ou de se voiler la face, la vérité était là, aussi éclatante que le soleil qui illuminait leurs journées depuis plusieurs jours maintenant. Elle s'était d'abord dit que c'était son imagination. Après tout, Kyo l'effleurant au moment de débarrasser la table ou de s'asseoir, la regardant d'une telle façon qu'elle aurait pu se liquéfier sur place n'avait rien de nouveau. Elle s'y était même presque "habituée" avec le temps, même si à chaque fois ce genre de comportement la mettait dans un état pas possible. Et puis les effleurements s'étaient intensifiés, elle avait commencé à sentir son regard dans son dos, son souffle dans sa nuque lorsqu'elle ne s'y attendait pas, son toucher de plus en plus précis. Ses baisers se révélaient parfois tellement brûlants que lorsqu'il la relâchait pour vaquer tranquillement à ses occupations, elle reprenait seulement conscience de l'endroit où elle se trouvait, parfois même du fait qu'elle devait respirer... Et surtout se calmer. Et si elle avait pensé à la technique de la douche froide pour y parvenir, elle y avait vite renoncé : Cela aurait été clamer haut et fort que Kyo avait gagné. Et il lui restait tout de même une once de fierté qui l'empêchait d'instinct d'agir de manière aussi évidente.
Mais cela ne changeait rien à son principal problème. Et au cas où elle l'aurait oublié l'espace de quelques minutes, son corps, ou une action tout à fait accidentelle de Kyo le lui rappelait. Elle était frustrée. De cette frustration qui se mue en obsession au fur et à mesure du temps qui passe. De cette frustration qui se transforme en attente de plus. Beaucoup plus. Elle avait même arrêté de protester lorsque, rentrant d'une journée passée elle ne savait jamais trop où, il la plaquait contre le mur de leur entrée et l'embrassait ardemment, avant même de lui dire bonjour. Elle n'attendait que ça.
Autant dire qu'il avait parfaitement réussi à inverser une situation qui, il y a quelques jours encore, la rendait malade de gêne. Oh oui, bien sûr, elle restait malade. Mais cette maladie n'avait rien à voir avec ce qu'elle avait pu ressentir jusqu'à présent à la pensée qu'elle et Kyo puissent... S'unir.
La blonde rougit rien qu'à penser à ce qu'il pourrait se passer si Kyo... Devenait réellement entreprenant... Ou du moins la remettait dans la situation où elle avait été... Juste avant de l'arrêter. Et pourquoi l'avait-elle arrêté déjà ? Ah oui, pas crainte de son manque d'expérience. Elle s'en mordait presque les doigts maintenant !
Presque. Il ne fallait pas exagérer non plus : l'idée qu'il soit allé lui chercher ses médicaments continuait de la faire sourire béatement.
Une bouche se retrouva soudainement sur la sienne, sans même qu'elle n'ait vu son possesseur s'approcher d'elle, trop dans ses pensées. Elle répondit aussitôt au baiser, jusqu'à manquer de souffle. Elle aimait ses moments où il lui appartenait à elle seule, où ils se montraient sans parole qu'ils tenaient toujours l'un à l'autre. Des dents pincèrent légèrement la peau de son cou, elle gémit faiblement sous la surprise, ses mains se resserrant sur le kimono du brun, la tête penchée en arrière, lui laissant pleinement accès à cette zone au combien érogène. Elle le désirait, tellement qu'il suffisait d'un geste de sa part pour la mettre dans tous ses états. Et il le savait, elle en était certaine. Il en jouait même, à son grand désespoir. Il continua de la taquiner, descendant de son cou à sa clavicule droite, remontant à son cou avant de faire le même trajet vers la clavicule gauche.
Il l'effleurait, l'embrassait doucement puis plus ardemment, la touchait sans toutefois approcher des zones 'sensibles'. Il se vengeait des craintes qu'elle avait pu avoir sur son compte tout simplement. Et au vu de la vengeance en question, elle n'était pas femme à la lui refuser. Elle aurait même adoré qu'il l'approfondisse. Mais il ne le faisait pas. Encore une fois, elle s'était totalement laissée embarquer par les sensations. Encore une fois, il venait de s'arrêter, lui arrachant des frissons, autant par ses actes que par le fait qu'il ait abandonné ce qu'il avait si bien commencé, Yuya ayant froid là où sa bouche était passée et n'était désormais plus.
Encore une fois, Yuya était frustrée.
Le jeu n'avait plus duré très longtemps. Un soir, elle était naturellement allée vers lui. Sans gêne, sans crainte. Après tout, pourquoi aurait-il eu à faire toute la démarche ? Elle s'en souviendrait toute sa vie. Le soleil commençait à peine à décliner, il buvait son saké sur le rebord de la fenêtre de la cuisine alors qu'elle s'apprêtait à entamer la préparation du repas. Elle s'était placée dans son dos, sans réfléchir à ce qu'elle faisait, et ses mains avaient lentement dévalées ses épaules, ses bras, avant de remonter lentement et de s'arrêter à ses pectoraux. Elle avait fait ce qu'il lui avait fait si souvent. Dos à lui, une main était venue écarter ses cheveux et sa bouche s'était posée dans son cou. Kyo avait tourné sa tête dans sa direction. Pour une fois, elle n'avait même pas relevé le sourire de vainqueur qu'il affichait. Elle l'avait simplement regardé dans les yeux, et était allée d'elle-même l'embrasser.
Cette nuit-là, il n'y avait eu aucun besoin de mots. Elle était prête. Elle le voulait. Et lui désirait la chasseuse de primes depuis si longtemps qu'il n'allait pas se retenir d'accéder à sa demande.
Cette nuit-là, ils avaient fait l'amour pour la première fois.
Le repas lui, pouvait bien attendre le lendemain.
*...*...*
Du côté de Tokito
Le chemin était très irrégulier, la poussière volait au rythme du vent, fort, qui s'était levé depuis une heure, les feuilles valsaient dans tous les sens : en bref, une tempête approchait. Evidemment, n'ayant pas failli à sa réputation, l'ex quatre sages ne cessait de se plaindre depuis qu'elle avait vu le temps se dégrader. Et pour cause, s'ils n'étaient plus en pleine forêt profonde, elle et Akira étaient toujours dehors, visiblement loin de toute civilisation, et devraient donc faire face à une énième nuit à l'extérieur malgré le temps. Alors la demoiselle estimait avoir de quoi bouillir !
« Tu pourrais pas nous créer un abri avec de la glace ? Tu te rendrais utile en plus ! »
Elle ne vit aucun signe chez le roux qui aurait pu laisser penser qu'il avait seulement entendu ce qu'elle venait de dire. Evidemment, elle savait qu'il n'en était rien, et comme à son habitude, ce genre d'attitude l'insupportait.
« Donc tu n'en es pas capable ? »
Alors forcément, elle était obligée de renchérir, jusqu'à provoquer une réaction.
« Rentre chez toi si tu es en manque de confort.
- Tu rigoles ? Tu t'ennuierais trop sans moi !
- Je serais curieux de savoir lequel se languirait le plus de l'autre, Tokito. »
Elle masqua complètement l'impact de sa dernière phrase lorsqu'il se retourna pour l'observer, ne trouvant cependant rien d'assez acerbe pour renchérir. Son sourire en coin lui donna envie d'enfoncer sa tête dans un tronc d'arbre. Il allait falloir qu'elle apprenne à répondre à ce genre d'attaque sur ses... ce... Sur elle ! Qu'il n'est plus jamais la possibilité de clore ainsi la conversation qu'elle parvenait comme elle pouvait à maintenir.
Deux heures passèrent encore, la nuit était quasiment tombée et le vent soufflait encore plus fort. Deux heures où Akira avait dû mourir un bon millier de fois par le regard de la blonde, son aura assassine parlant pour elle.
« On se trouve un abri et on s'arrête, c'est pas la peine de continuer par ce temps-là.
- Sans blague ? Renchérit la blonde, se protégeant les yeux comme elle le pouvait. Et tu crois qu'il fait quel temps depuis... Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah, y a un truc qui est rentré dans ma bouche !
- T'as plus qu'à la fermer, comme ça y en aura pas d'autres.
- Et t'as que ça à me dire d'intelligent ? Répondit-elle en toussant, je rigole pas, je crois que j'ai avalé un truc. Mon dieu, fait que ce soit pas un insecte vivant ! »
La blonde se racla la gorge comme elle put, se doutant bien que quoi qu'elle ait avalée, la chance que cette chose finisse par ressortir était proche de - 10. Il fallait qu'elle se reprenne. A coup sûr, Akira se servirait de sa réaction contre elle ultérieurement si elle continuait comme ça et il en était hors de question !
« Met ça. »
Tokito relava soudainement la tête sous le coup de la surprise. Elle fut incapable de dire quoi que ce soit, tout le temps où le roux lui tendait son écharpe. Elle le vit soupirer. Elle le vit s'approcher encore pour la passer autour de son cou. Elle sentit son odeur, ses cheveux frôler son visage, ses mains effleurer sa nuque. Elle le vit reculer, sa bouche s'entrouvrant légèrement :
« Fait aussi attention à tes yeux. »
Elle le vit s'éloigner.
« Oui... »
Elle avait senti son cœur bondir dans sa poitrine, troublé par ce geste soudain du roux. Elle remercia tous les dieux qu'il se soit retourné, sentant la brûlure de ses joues sans même avoir besoin d'y poser sa main. Elle mordit ses lèvres instinctivement. Elle ne pouvait pas aimer un homme tel que lui... Elle avait essayé de le tuer, il avait failli la vaincre, elle l'avait suivi dans l'unique but de le battre, de prendre sa revanche, de ne pas rester sur un échec. Et elle serait tombée amoureuse de cet homme ? Elle n'eut même pas besoin de formuler la réponse à sa question dans la tête, son corps parlant pour elle.
« Après tout, faudrait pas non plus qu'un insecte vienne te cacher la vue... »
Elle ne comprit pas immédiatement que le roux s'adressait à elle. Elle releva la tête d'abord, l'observa incliner la sienne et jeter un regard par-dessus son épaule. Puis elle fronça les sourcils, le temps que les mots fassent lentement leur chemin en elle. Et il ne lui fallut pas très longtemps.
« Akiraaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa, je vais te tuer ! »
Fin du Shot 6.
Hey Hey Hey ! Profitant de mes vacances prolongées pour écrire autant que possible, j'ai l'honneur de vous présenter mon nouveau shot moins d'une semaine après la publication du précédent. Je suis fière de moi *-*. Et vive SDK :D.
Merci à Nana, Loupiote54 et Neliia pour les reviews. Merci aux lecteurs également d'avoir répondu présents !
En vous souhaitant une très bonne lecture et une Bonne Année 2015 !
