Source : Exonerated By Thecouchcarrot
Bonne nouvelle les gens !
Mon disque dur a survécu au drame, j'ai donc pu récupérer toute ma vie (c'est assez navrant de savoir qu'elle tient dans un truc rectangulaire ^^) et du coup, je peux vous publier le chapitre 9 comme prévu !
Néanmoins, l'assurance de ma colocataire ne prenant pas en charge les dégâts de ses colocataires (les joies de l'assurance!) il se peut que je n'aie pas d'ordinateur avant un moment, faute de moyens. J'ai encore deux chapitres en réserve, et après je ne sais pas trop comment je vais me débrouiller, j'espère que vous pourrez attendre ^^
En tout cas, je tenais à remercier celles qui ont su faire preuve de compréhension et de compassion. Merci également pour tout vos encouragements, vous méritez bien ce chapitre !
Enjoyez !
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Il leur fallut encore une semaine de filature à faire des nuits blanches dans le froid avant qu'ils n'obtiennent enfin un cliché net de Yuri pris en flagrant délit. Dean et Cas sont perchés sur le toit d'un appartement dans Cloverdale à 4 heures du matin, camouflés de la tête aux pieds, scrutant une ruelle sombre et humide depuis le bord.
Yuri fait les cents bas dans l'allée en se frottant les mains et en marmonnant pour lui-même. C'est un homme noir à la carrure imposante, toujours bien apprêté, et en aucun cas adapté aux situations dans lesquelles il semble prendre part. Il est soupçonné d'être un sous-traitant, un receleur. Il achète les biens dérobés et les revend aux clients qui ne posent pas trop de question. Et ce soir, il patiente dans une allée sombre en manteau de laine avec une voiture qui est, Dean est prêt à le parier, pleine à craquer de chaîne hi-fi volées et de bijoux dépareillés.
« Aller, » murmure Dean, son souffle se mélangeant à la clarté de la nuit. « T'attends qui, bordel ? » Il est debout depuis tellement longtemps qu'il est passé du stade de fatigué à celui d'indolent et d'infect.
Une Mercedes grise métallisée se parque dans la ruelle, déversant sa fumée sur le trottoir derrière elle.
Cas redresse frénétiquement son appareil photo, ajustant l'objectif et se focalisant sur les plaques d'immatriculation. Dean ne peut s'empêcher de lui agripper le bras en chuchotant, « Putain putain putain, oui cette fois, c'est la bonne, bordel ! »
Un homme sort de la voiture avec nonchalance, tout en élégance et en grâce. Il n'a rien à voir avec les autres crapules qu'ils ont vu jusqu'ici. Il est blond à la barbe bien taillée et s'approche de Yuri comme s'il était le chef.
Le clic de l'appareil photo de Cas retentit.
Yuri lui dit quelque chose à voix basse. L'autre homme soupire et sort un paquet de sa poche, enroulé dans une espèce de plastique brillant et dont la taille avoisine grossièrement celle d'un bouquin. Il l'agite, l'air de dire "Satisfait ?".
Dean et Cas retiennent leur respiration. Dean resserre sa prise sur Cas. Celui-ci prend autant de photo que son doigt sur le bouton le lui permet.
Yuri sort un couteau de poche, fait une entaille dans le paquet, y trempe le doigt et goûte.
Bordel, c'est tellement plus gros que ce à quoi ils s'attendaient.
Yuri semble accepter la marchandise de l'autre homme, et extirpe une liasse de billet enroulée autour d'un élastique. L'homme empoche l'argent, joint ses deux mains ensemble et s'incline narquoisement en guise de merci. Ils échangent encore quelques mots avant que l'homme blond ne remonte dans sa Mercedes et ne s'éloigne. Yuri glisse son nouvel achat dans le liseré de sa veste et monte dans sa berline passe-partout, quittant la ruelle pour s'engouffrer dans la fraîcheur de la nuit.
« Oh la – oh la vache ! » bafouille Dean. « Cas, est-ce que t'as tout eu ? »
« Oui. » Le visage de Cas est rosi par le froid et la hâte tandis qu'il remet l'appareil photo dans sa sacoche d'une main tremblante. « Je savais que la vision nocturne était un bon investissement. »
Dean dévisse son thermos de café désormais tiède et en prend une gorgée. Il s'essuie la bouche du revers de la main et se redresse en titubant. « On a du lourd ! On a du sacrément lourd là, Cas ! Jody ferait mieux de nous donner une putain d'augmentation ! C'était – il devait bien y avoir un kilo ! Ça doit être la saisie de drogue la plus facile de toute l'histoire du comté. »
Cas tente de se lever avant de pousser un petit gémissement en s'agrippant le mollet. « J'ai la jambe engourdie… »
« Attends… » Dean lui empoigne le bras et le tire vers le haut. Il lui administre une tape sur l'épaule et sourit fortement. « Bon boulot, Cas. Très bon boulot. »
Cas s'accroche à Dean pour garder l'équilibre et se penche vers lui, les yeux brillants d'une lueur vive et son souffle se projetant par saccade. Il sourit en retour à Dean, et puis il… il oscille quelque peu vers l'avant…
Dean se fige, la main enserrée sur l'épaule de Cas, les muscles engourdis et le cœur au bord des lèvres.
Cas relève le menton, puis tout le reste de son corps marque une pause, interrompu en pleine réflexion, les lèvres légèrement entrouvertes et les yeux braqués sur celles de Dean.
Leurs souffles se mêlent dans l'air, blancs et opaques.
« Merci, » dit Cas, de sa voix grave et profonde.
Dean sent que le moment, la minute, l'heure est venue de prendre une décision, et à cet instant, cette minute, cette heure tardive, il se fiche un peu de ce qu'il veut ou pourquoi il le veut. Il réalise soudainement et avec une étonnante lucidité qu'il en a tout simplement envie.
« Cas, » dit-il. Il se penche brièvement vers l'avant, baisse lentement les yeux. Il incline légèrement la tête sur le côté…
Brusquement, Cas détourne le visage, se racle la gorge, et se met à contempler le sol alors qu'il titube en s'écartant de Dean. Et peut-être n'est-ce finalement pas le moment ni la minute, ou encore l'heure.
« J'suis crevé, » souffle Dean. « Rentrons à la maison. »
[…]
Ils dorment une bonne partie de la journée du lendemain. Ce n'est que deux matins plus tard qu'ils réussissent à fêter ça autour d'un petit-déjeuner chez Denny. Dean et Cas s'installent sur un banc près de la fenêtre, là où les rayons de soleil matinal réchauffent le dessus de la table en formica et projettent l'ombre de leurs menus le long de la surface immaculée. Cas étudie le menu d'un air sérieux malgré le fait qu'il commande toujours la même chose à chaque fois : des pancakes et du bacon. Mais non, monsieur ne peut pas se contenter de commander son plat habituel – il faut qu'il détaille chaque descriptions minutieusement, qu'il suppute sa décision, qu'il inspecte chaque photos appétissantes, qu'il calcule mentalement la valeur du prix de chaque entrées et de chaque plats.
Dean l'observe et ne peut s'empêcher de sourire.
« Qu'est-ce que j'vous sers les garçons ? » La serveuse est une jeune femme, jolie et élancée, un peu trop même. Elle semble éreintée et a des cernes plein les yeux. Son ossature ressort au niveau de ses bras, de ses hanches et de son visage ; ses cheveux teints en roux accentuent la pâleur de sa peau. Néanmoins, elle est souriante, et son sourire est authentique et bienveillant. Son badge indique qu'elle s'appelle "Elizabeth".
Elle a quelque chose de familier, quelque chose sur laquelle Dean n'arrive pas à mettre le doigt. Son regard se perd sur l'ensemble de sa silhouette, de ses épaules saillantes à la courbure de son oreille, lorsqu'il bredouille, « Je, euh, je vais prendre l'assiette du bûcheron et un café, merci. »
Elle note la commande sur son petit carnet blanc et se tourne vers Cas. « Et pour vous ? »
Cas jette un dernier regard obstiné à son menu puis le replie avec un sérieux alarmant. Il marque une pause avant de se décider. « Je vais prendre des pancakes avec une tranche de bacon. »
Elle griffonne sa commande. « Souhaitez-vous boire quelque chose ? »
Il l'a déjà vu quelque part, il est en certain. Dean sait qu'il la connaît mais il ne sait pas d'où, et le nom d'Elizabeth ne lui dit rien.
« Un café, merci, » dit Cas.
Elle hoche la tête et lance un rapide sourire à Dean. « Super. J'vous apporte ça de suite. » Elle s'éloigne d'un pas vif, et ce n'est que lorsqu'elle rejoint la cuisine à toute allure, la jupe fendue jusqu'aux genoux qu'il réalise –
Candide
« Cas, » lâche Dean, la voix étranglée. « Cas, tu reconnais notre serveuse ? »
Cas déplie sa serviette et la place sur ses cuisses. « Non. »
« C'est une des – » Dean pose une main sur la table et se penche en baissant d'un ton. « Tu te souviens de la soirée quand on s'est rencontré, la première soirée où on est sorti ? Quand on a ramené ces filles ? »
Cas le regarde fixement. « Tu veux dire, les prostitués. »
« Evidemment que je – » Dean s'interrompt et se met à chuchoter. « C'est l'une d'entre elles. C'est Candide. »
Cas fronce les sourcils pendant un instant, puis semble reconstituer le puzzle. « Candy. Oui, je vois la ressemblance. Elle a changé de couleur de cheveux. »
La serveuse revient alors de la cuisine avec deux mugs accompagnée d'une cafetière, et Dean mime le mouvement de fermeture éclair au-dessus de sa bouche en espérant tout simplement que Cas comprendra.
« Voilà pour vous, » dit Elizabeth, en versant le café fumant, l'odeur envoûtante s'en échappant. « Je vous apporte vos plats d'ici quelques minutes. » Une mèche de cheveux se détache de son oreille et elle l'a remet en place d'un geste précipité, le mouvement froissant la manche de son pull et dévoilant une partie de son bras où trône un hématome datant de plusieurs jours, la teinte marron tirant vers le jaune.
Elle a l'air épuisé.
Peut-être est-ce pour cette raison que Dean se sent dans l'obligation de lui demander, « Comment se passe votre journée, Elizabeth ? »
Elle se fige momentanément, puis cligne des yeux avant de se reprendre. Un petit rire étouffé lui échappe et elle répond, « Vous savez, ça fait longtemps qu'on ne m'avait plus demandé ça. »
Dean lui offre un demi-sourire compatissant. « A ce point-là ? »
« La matinée a été longue, » soupire-t-elle. Elle secoue la tête. « L'année a été longue. » Elle cligne des yeux aussi sec, se saisit de la cafetière et ravale sa salive. « Je suis désolée ! Je sais pas ce qui m'a – pardon. »
Dean a la gorge nouée rien que de la regarder.
Cas l'observe attentivement aussi à présent. Sauf qu'il manque cruellement de pratique en matière de "regards discrets et subtils". Le sien s'apparente plus à un rayon laser qui vous mitraille, vous ouvre, vous découpe jusqu'à que votre cœur soit mis à nu, puis qui s'excuse pour le bain sang.
Elle commence d'ailleurs à s'en rendre compte.
« Ne vous en faite pas, » lance Dean à la hâte. « C'est moi qui ai posé la question. Depuis combien de temps vous travaillez ici ? »
Elizabeth se mord la lèvre, songeuse. « Environ un mois, à peu près. Pourquoi ça ? »
« Mon ami et moi – » Il fait un geste vers Cas, qui est toujours en train de la fixer comme si elle était un mystère doublé d'une énigme doublée d'une allégorie biblique, nom d'un – « nous sommes des habitués, et on ne vous a jamais vu. »
« En général je travaille pas le matin. Là je remplace une collègue, » explique-t-elle. « Ma fille est tombée malade et j'ai dû changer mon emploi du temps. »
Dean déglutit et penche la tête. « Vous avez une fille ? »
Elle sourit à nouveau. « Ouais. Onze ans et plus maligne que ses profs. »
Onze ans. Cette fille semble en avoir vingt-cinq.
« Si vous avez besoin d'autre chose, je viendrai vous resservir. » Elle les laisse avec leur café.
Ils boivent en silence. Une fois leurs assiettes devant eux, ils mangent à toute vitesse, le tintement assourdissant de leur couvert annihilant toute forme de conversation. Il règne entre eux un accord tacite leur intimant de partir le plus vite possible, et Dean apprécie le fait qu'il n'ait pas besoin d'en faire mention à voix haute. Lorsque Elizabeth revient avec l'addition, elle leur apporte des bonbons à la menthe "parce que vous êtes adorables".
Dean lui laisse un pourboire supérieur au montant de la facture.
Ils marchent vivement jusqu'à la voiture, et Dean dodeline des épaules, essayant de chasser cette sensation scabreuse de sa peau. Tout en le suivant, Cas jette un coup d'œil perturbé au restaurant.
« Pourquoi t'as fait ça ? » demande-t-il.
« De quoi ? » s'enquit Dean. « Lui laisser un pourboire ? » Il ouvre la portière et s'installe à l'avant en lâchant un grognement. « Simple courtoisie, Cas. »
Cas s'installe à ses côtés et le regarde en biais. « Tu penses qu'elle le voulait ? »
Dean empoigne le levier de vitesse. « Qu'est-ce que tu veux dire ? Evidemment qu'elle veut d'un pourboire. Les serveurs vivent grâce à ça. »
« C'était plus que la normale, » contre Cas. « Beaucoup plus. »
« J'sais pas, j'imagine que – je me sentais – » Dean se débat avec les mots, se débat avec l'évidence. « Je me sentais mal, en lui parlant, savoir qu'elle est sur les rotules, qu'elle a une fille… c'était comme si, peut-être j'ai, peut-être que quand je l'ai, je l'ai engagée…peut-être que je lui ai causé du tort. » Il déglutit. « J'veux dire, merde quoi, elle était touchée que je lui demande comment se passait sa journée, et je n'ai même pas – je ne lui ai même pas demandé quand je – »
La suite de sa réflexion s'étiole faute de mots qu'il retient en se pinçant les lèvres.
Cas incline légèrement la tête dans une infime approbation.
« Bref, » conclut Dean, « j'imagine que je me sens redevable. »
« Tu l'as déjà payée une fois. Tu penses qu'elle veut de ton argent ? » La voix de Cas est ferme, neutre et pondérée. « Ou est-ce tu te sens tout simplement mieux de l'avoir laissé ? »
Dean ferme fortement les yeux et laisse sa main s'abattre sur le volant.
« Merde, Cas ! » explose-t-il. « Qu'est-ce que tu veux que j'te dise ? J'essayais simplement de faire ce qui me parait juste ! »
Cas ne rajoute rien.
Dean fait vrombir le moteur, enclenche une vitesse et déguerpit du parking avec plus d'agressivité qu'il n'en faut. Le voyage se déroule sans qu'aucun des deux ne prennent la parole, Dean gardant les yeux résolument fixés sur la route.
Après un bon moment, il se décide à lâcher, « Je sens ton regard d'ici, tu sais. »
Cas continue de le dévisager.
« Les gens se ramènent tous sans crier gare, ces temps-ci, » ronchonne Dean. « Meg, Candide. Bientôt, je vais me griller un feu et m'emplafonner Yuri. »
La ville défile sous leurs yeux et s'enfonce dans sa campagne délabrée, aux pelouses négligées et aux hectares non cultivés. Quelques chevaux par-ci par-là, leurs crinières curieuses s'estompant dans le rétroviseur.
« Je sais ce que tu essaies de faire, » dit Dean. « T'essaies de faire le parallèle. Bah, ça marchera pas. Parce que ça n'a aucun rapport, aucun, pas le moindre. »
Cas demande alors, « En quoi c'est différent ? »
Les maisons cèdent la place aux sapins, frêles, grands et verts. Leurs vastes silhouettes se détachent sur la deux voies et se reflètent le long du pare-brise telles le flash d'un appareil photo, transperçant les lueurs dorées de l'aube et réduisant le monde à une valse ombragée.
« C'est différent sur tous les points, » insiste Dean. « Toi et moi – les choses qu'on a faites, les personnes que nous sommes, c'est même pas comparable. »
« Tu penses m'être redevable. »
« Je le pense pas. Je le sais. »
La forêt se resserre autour de la route, sombre, froide et mystérieuse, biaisant les rayons du soleil en les caressant d'une paisible lueur argenté. Le moteur vibre sous le plancher et le vent fouette le capot de la voiture.
« Tu m'as sauvé la vie, » déclare calmement Cas. « Pourquoi cela n'est-il pas suffisant ? »
Dean lui jette un bref regard.
Cas a désormais les yeux rivés sur la fenêtre, le visage crispé et fermé.
« Parce que je suis la raison pour laquelle elle avait besoin d'être sauvée, » répond Dean. « Rien ne sera jamais suffisant. Rien de ce que je pourrai faire ne sera jamais suffisant. Mais… »
Cas le transperce à nouveau de son regard vif et tranchant.
« …si t'as envie que j'arrête d'essayer, j'arrêterai. » Dean sent ses tripes se tordre en prononçant ces mots. « Je te dois également ça. »
Il attend fébrilement la réponse, craignant presque d'en avoir une, mais beaucoup trop inquiet à l'idée du contraire.
Cas pose sa main sur l'accoudoir de la porte, et Dean s'aperçoit que celle-ci est quelque peu tremblante. « Je ne sais pas ce dont j'ai envie, » chuchote-t-il. « Je te veux juste…toi. »
C'est à cet instant que Dean prend une décision.
Ils roulent sans bruits pendant encore une dizaine de minutes jusqu'à ce que les pneus de l'Impala crissent sur le gravier, et que Dean s'approche lentement de l'espace public du Lac Madeleine.
Il gare la voiture.
« Ok, » lâche-t-il. « C'est le moment de vérité. »
Cas tourne le visage vers Dean, les yeux écarquillés et confus.
Le sang de Dean se rue sur son visage, lui chatouillant les doigts, et déferlant dans ses veines. « Voici tes options. Option numéro un, tu restes dans la voiture. Si tu fais ça, alors dans 30 secondes je vais tenter quelque chose de vraiment stupide. J'te parle en termes de mauvais timing, mauvais lieu, mauvaises décisions en veux-tu en voilà. Ou alors, option numéro deux. » Il se force à rester neutre pour éviter de s'empêtrer dans son dialogue. « Tu sors de la voiture. On se balade un peu au bord du lac. On rentre et on fait comme si cette conversation n'avait jamais eue lieu. »
Cas reste pétrifié, bloqué, une main sur la portière et l'autre sur le siège.
Dean sent l'intégralité de son corps s'électriser, sa peau se recouvrant de chair de poule jusque dans sa nuque. « C'est tu restes ou tu pars, Cas. Pas d'intermédiaire. »
« Qu'est-ce que tu vas faire ? » demande Cas. Sa pomme d'Adam s'agite et ses narines frémissent.
« T'embrasser, » lâche Dean, alors même que ses lèvres commencent à s'engourdir. Il se demande brièvement s'il n'est pas en proie à un arrêt cardiaque.
Les doigts de Cas se resserrent sur le siège, s'enfonçant dans le cuir défraîchi.
Dean se rapproche, avec l'impression d'avoir la tête qui tourne, d'être pris de vertige. Il n'y a plus assez d'air dans ses poumons. Il fait un arrêt cardiaque, c'est clair. « Il te reste cinq secondes. Tu as quelque chose à dire ? »
Cas déglutit à nouveau, puis ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais au lieu de ça, il aspire une goulée d'air et dévisage Dean de ses yeux perçant, paniqués, et morts de trouille.
« Ouais, » dit Dean. « Moi aussi. »
Puis il se penche en avant, assez près pour sentir Cas retenir son souffle, assez près pour sentir le parfum mentholé de son gel douche ainsi que l'odeur boisée de son après-rasage, et il commence à fermer les yeux –
Avant de sentir une main sur sa nuque, glissant le long de son col. « Dean, » souffle Cas, « attends. »
Dean rouvre les yeux.
Cas le regarde de nouveau avec cette lueur écrasante, plus déchirante que jamais.
« Quoi ? » chuchote Dean.
« Non, » lâche Cas. Les coins de sa bouche se courbent vers le bas, et l'expression de son visage donne à chaque parcelle de Dean l'envie de clamser. « Pas de pourboire. »
Clic clic résonne la poignée de la portière, puis criiiii, boum. Cas est sorti de la voiture, tournant le dos à Dean et marchant jusqu'à l'espace public, s'asseyant sur le même banc qu'il a emprunté quelques mois plus tôt.
Dean reste dans l'Impala pendant une longue et insoutenable minute, ramassant ce qu'il reste de lui. Il s'engouffre dans l'air froid et glacial, puis s'avance jusqu'au banc, dégageant le gravier sur son chemin en fourrant ses mains dans ses poches.
Il se tient droit près de Cas, observant le lac gelé.
« Ça n'a aucun rapport, » déclare Dean.
Cas garde les yeux rivés sur les flots dormants, le dos voûté, les coudes sur ses genoux. « Comment je peux en être sûr ? »
« Parce que je te le dis, » répond Dean. « Et que tu me crois. »
Cas lâche un rire plein d'amertume. « Je ne suis même pas sûr que tu y crois toi-même. »
Un oiseau siffle près du lac, le son se répercutant sur l'eau comme une pierre.
« Bon voilà alors. On est d'accord. » Dean enfonce ses mains plus profondément dans ses poches et se balance sur ses pieds. Son souffle se condense face à lui. « On fait seulement comme si rien ne s'était passé. »
Cas se redresse et resserre plus fortement sa veste autour de lui. « Assied-toi, » lance-t-il. « J'ai froid. »
Dean s'assoit.
Cas se rapproche de lui, les bras enroulés autour de son corps, jusqu'à ce que leurs bras et leurs jambes se touchent, appuyé l'un contre l'autre, la chaleur se déversant dans le corps de l'autre.
« C'est tout ce dont j'ai envie pour le moment. » Cas frissonne, et tourne le regard vers Dean. « Est-ce suffisant ? »
Dean sent sa jambe se presser contre celle, solide et réelle, de Cas,
Et il acquiesce silencieusement.
« Ouais, » répond-t-il. « C'est suffisant. »
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A suivre...
