Shot 8


Du côté de Yuya

Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis la dernière visite d'Akira et Tokito et autant dire que Yuya et Kyo n'avaient pas eu le temps de s'ennuyer. En même temps, avec la bande d'amis qu'ils avaient, qui aurait eu le temps de s'ennuyer ? Les journées passaient à une vitesse folle et les instants où le couple se retrouvait seul était généralement mis à profit par un démon en quête du corps de sa belle et par une chasseuse de primes loin, très loin d'être réfractaire.

Yuya aimait faire l'amour avec Kyo. Et autant dire que si la demoiselle n'avait pas d'expérience en la matière, elle avait un très bon professeur pour la guider et toute l'envie nécessaire pour apprendre vite. D'ailleurs, force était de constater que leur relation avait évolué depuis la première fois où ils s'étaient unis.

Certains de leurs regards étaient différents.

Leurs effleurements étaient différents.

Leur proximité était différente.

Ils étaient plus… intimes. Certains auraient pu dire qu'ils se comprenaient mieux.

Ou peut-être était-ce elle qui, en s'offrant à l'homme qu'elle aime, avait changé ?

En tout cas, elle se souviendrait longtemps de la dernière visite d'anthologie d'Akari, qui avait tout de suite sentie que quelque chose avait changé et s'était empressée de faire des allers-retours dans toute la maison en divaguant sur des « Kyo a donné son cœur et son corps à une autre femme », « que vais-je devenir ? », et autres « moi aussi je veux voir ses fesses ».

La demoiselle, rougissante jusqu'aux oreilles n'avaient su que dire pendant plusieurs minutes, face à un Kyo mort de rire qui avait rappelé à Akari qu'elle avait toujours une chance de l'épouser si elle parvenait à le blesser au visage.

Yuya se souvient encore des yeux illuminés d'Akari à ce moment-là et sourit de la complicité de ce duo en se tournant vers l'objet de ses pensées.

Ils venaient de faire l'amour et comme à chaque fois, ce moment leur appartenant avait été exceptionnel. La demoiselle sentait encore son cœur battre à un rythme rapide, en observant leurs vêtements éparpillés dans les quatre coins de la chambre. Il faut dire que plutôt que « faire l'amour », « se sauter dessus » correspondait davantage à ce qui venait de se passer. Le démon s'était relevé et était adossé à la fenêtre de leur chambre, fumant tranquillement sa pipe, un kimono mis à la va-vite, laissant à la blonde le loisir d'admirer son torse sculpté dans la pierre et ses jambes musclées.

Cet homme était à elle. Elle n'était pas une femme très jalouse. D'ailleurs, grand mal lui en aurait pris, en devant continuellement observer des femmes reluquer son homme de haut en bas. Elle avait une confiance aveugle en Kyo et il le savait. Mais son instinct de possession avait décuplé suite à leur premier rapport, et elle l'exprimait lors de leurs moments intimes.

La chasseuse de primes se mit à sourire. Elle savait que le démon aux yeux rouges ne s'en plaignait pas, bien au contraire. Elle se redressa, prenant soin de masquer sa nudité. Certes Kyo l'avait vu plus d'une fois sous toutes les coutures, mais de là à se balader à poil dans leur maison en sachant le nombre de visites surprises qu'ils avaient, il y avait un pas trop important qu'elle n'était pas prête à franchir.

Ce soir, ils passeraient leur première soirée à deux depuis plusieurs jours. Le couple n'avait en effet pas chômé ces derniers temps, ayant reçu la visite d'Akari, Luciole et Bonten et tout dernièrement Sakuya et Kyoshiro qui étaient restés plusieurs jours.

La demoiselle rougit. Cela expliquait certainement en partie pourquoi elle lui avait sauté dessus tout à l'heure. Il faut dire que si Yuya était très réceptive au charme du brun (et qui ne l'aurait pas été ?), il y avait un aspect sur lequel elle refuserait toujours de céder.

« Pas de sexe quand nous avons des invités dans la chambre d'amis. »

Autant vous dire que Kyo s'était étouffé avec son saké ce jour-là. Mais Yuya était catégorique : hors de question que qui que ce soit l'entende gémir. Et il y avait 100 % de chance que cela se produise, au regard de l'isolation des murs de la bâtisse.

Croix de bois croix de fer, elle s'était jurée de résister aux avances du démon. Démon qui avait été prit d'un fou rire et avait finit par lâcher un « j'accepte le défi ». Défi que Yuya n'avait bien sûr jamais lancé… Et il faut dire qu'elle n'était pas peu fière d'avoir résisté aux avances indécentes de Kyo pendant les quelques jours de présence de Sakuya et Kyoshiro.

La jeune femme n'assumera jamais être rentrée dans le jeu du démon et avoir fini par le provoquer plus subtilement à la moindre occasion. A ce jeu-là, il était bien trop fort. C'est elle qui lui avait littéralement sauté dessus de frustration sexuelle suite au départ de leurs amis. L'homme aux yeux rouges avait bien sûr répondu à l'ardeur de la jeune femme avec une fougue qui la fit rougir à nouveau.

Enfilant un kimono simple, elle rejoignit Kyo au bord de la fenêtre, repensant aux derniers jours écoulés. Sakuya entamait aujourd'hui son 7ème mois de grossesse, couvée par un Kyoshiro s'étant donné pour mission de s'assurer que sa belle ne manque de rien. Et cela aurait été mentir que de dire que Yuya n'était pas envieuse de la situation.

« La grossesse va tellement bien à Sakuya. Les deux respiraient le bonheur.

- Hum. »

La blonde leva les yeux au ciel à la réponse de Kyo.

« J'ai tellement hâte de savoir s'ils vont avoir une petite fille ou un petit garçon ! »

Le démon ricana, posant enfin son regard sur la blonde.

« Ils auront une chieuse c'est sûr. J'ai hâte de voir Kyoshiro devenir fou à s'inquiéter pour elle. »

Et le démon partit dans un fou rire grandiose, divaguant sur des « je vais lui en faire voir de toutes les couleurs » et autres « je sens qu'on va bien se marrer » qui auraient pu faire paniquer Kyoshiro s'il avait été là mais qui firent sourire la jeune femme béatement. Oui, peut savait lire entre les lignes. Mais elle y arrivait parfaitement.

Cet homme était heureux pour son ami et il ne faisait aucun doute que Kyoshiro serait un très bon père. Yuya était persuadée qu'il en serait de même pour Kyo, même s'il n'en avait pas conscience. Il faut dire que la grossesse de Sakuya donnait des idées à la jeune femme et lui rappelait qu'elle aussi voulait être maman un jour.

« Kyo, ça te ferait quoi si je tombais enceinte ? »

La question était sortie toute seule et se voulait anodine. Bien sûr, Yuya était réellement curieuse de la réaction de l'homme aux yeux rouges. Réaction qui ne tarda pas à venir lorsque pour la seconde fois de sa vie, le démon, pris d'une violente quinte de toux, était en train de s'étouffer avec son saké.

La jeune femme se releva, ne souhaitant pas rendre la scène plus embarrassante qu'elle ne l'était déjà. Il n'était pas encore prêt à en entendre parler, cela semblait évident.

Elle partit de la chambre en rigolant. Après tout, elle aurait dû s'y attendre. Si elle désirait des enfants, elle savait bien que le père désigné serait beaucoup plus réticent.

Elle ne se retourna pas même lorsqu'elle sentit le regard brûlant de l'homme aux yeux rouges dans son dos. Et pourtant, ce n'était pas que Kyo doute que Yuya ne soit pas une bonne mère. Mais pour le tact, elle venait de battre un record.

*…*…*

Du côté de Tokito

Tokito avait mal.

« Tu pensais sérieusement que Kyo et Yuya n'auraient qu'un futon ? »

Elle se souvenait encore très bien de son sentiment d'il y a quelques heures. C'était stupide qu'il ait accepté de dormir avec elle. La jeune femme en aurait rigolé si la douleur n'était pas plus forte. C'était surtout stupide d'y avoir cru.

Tokito se sentait honteuse. Honteuse d'avoir attendu le moment de se coucher toute la soirée. Honteuse d'avoir manifesté son étonnement lorsque Yuya a sorti deux futons dans la chambre d'amis. Evidemment qu'ils avaient plusieurs futons, pourquoi avait-elle été si aveugle ?

Tokito était blessée. Blessée par l'attitude d'Akira qui, à l'instant où elle avait manifesté son étonnement naïvement, était parti dans un fou rire moqueur de plusieurs minutes en public. Blessée par des « tu as peur de dormir toute seule ? », « ne fais pas l'enfant Tokito » ou encore des « il fallait me le dire que tu rêvais de dormir avec moi. »

Tokito se sentait humiliée. Sentiment à ajouter à la honte qu'elle a ressentie lorsqu'elle a croisé le regard de Yuya un peu plus tôt. Sentiment à ajouter à la douleur qu'elle ressent suite au rejet brutal et mesquin de l'homme dont elle est amoureuse.

Car oui, il ne pouvait s'agir que d'un rejet.

Comme une réponse, les larmes se mirent à couler et le rythme de son cœur s'accéléra. Hors de question qu'elle fasse le moindre bruit manifestant son état. Elle était lamentable. Son état était lamentable. Ses sentiments étaient lamentables. Cet homme était lamentable.

Alors aimer c'est ça ? Comment peut-on avoir envie d'aimer alors que ça fait si mal ?

« Tokito. »

Elle ne répondit pas à son nom et plusieurs minutes défilèrent sans que personne ne prenne la parole. Elle entendit du mouvement dans son dos puis des pas venant dans sa direction.

« Ne t'approche pas, cracha-t-elle en libérant une aura démesurée de sorte à lui passer l'envie de ne pas répondre à sa demande. »

Heureusement, il n'avait rien dit et avait fait demi-tour sans un mot. Heureusement, ses paroles n'avaient pas trahi ses pleurs.

Tokito avait mal. Et cette douleur qui lui opprimait la poitrine lui donnait l'impression d'étouffer. Pire, cette douleur ne l'empêchait pas d'être lucide sur la situation. Akira avait deviné. Ses yeux du cœur lui permettaient de tout ressentir, bien mieux que toute personne disposant de la vue.

Tokito était lucide. C'est pour ça qu'il avait tenté de venir à sa rencontre. Il voulait admirer son œuvre. Il voulait constater qu'il avait gagné.

Elle espérait que la douleur s'en aille rapidement, comme un vent violent qui aurait poursuivi sa route. Mais cela dura des heures et des heures pendant lesquelles elle continua de pleurer, sans que cela ne diminue l'étau qui entourait son cœur. Elle avait donné son cœur à un homme qui l'avait détruit en retour.

Elle ne s'endormit qu'au petit matin, les yeux rougis, le visage blafard sillonné de larmes avec une conclusion qui reflétait bien l'ironie de sa situation.

J'aime un homme qui ne m'aimera jamais.

Le sommeil n'avait pas rendu la douleur de la jeune femme plus supportable. Le lendemain, elle s'était levée comme un automate aux alentours de midi et s'était rendue dans la pièce principale, soulagée de constater qu'Akira n'était pas là.

« Ils sont partis tôt ce matin pour se battre à nouveau, lui avait dit Yuya. »

Mais le sourire contrit qu'elle lui avait adressé valait toutes les paroles du monde. Elle lui avait confié ses sentiments pour Akira. Elle était là hier soir lorsqu'il avait réduit à néant tout espoir qu'il puisse s'intéresser à elle. Alors elle savait.

Tokito avait fondu en larmes devant Yuya. Cet homme avait réussi à la faire pleurer pour la seconde fois de sa vie, deux fois en deux jours. Elle avait hurlé sa douleur pendant ce qui lui avait semblé être des heures et Yuya l'avait accueilli dans ses bras. Il n'y avait pas eu de paroles superflues, il n'y avait de toute façon rien à dire. Alors Yuya l'avait simplement écouté murmurer la conclusion de tous ses mois au côté d'Akira.

« J'aime un homme qui ne m'aimera jamais. »

« Je ne pourrai jamais lui avouer mes sentiments Yuya. Je ne suis pas assez forte. »

Pas après tout ce qu'il lui avait fait, pas après ce qui s'était passé hier soir.

« Il m'a clairement rejeté. »

Lorsque Tokito s'était calmée, Yuya l'avait habillée de force et traînée dans la « meilleure pâtisserie du coin, tu verras ». Tokito devait avouer que cette sortie lui avait fait du bien : les deux femmes avaient dévoré plusieurs gâteaux délicieux jusqu'à ne plus rien pouvoir rien ingurgiter avant de se décider à rentrer.

L'appréhension de Tokito tout le long du trajet retour se calma dès qu'elle se rendit compte qu'Akira et Kyo n'étaient pas revenus. Elle espérait d'ailleurs qu'ils ne reviendraient pas avant plusieurs jours, qu'elle ait le temps de mettre de l'ordre dans ses idées et décider de ce qu'elle allait faire.

En revanche, elles purent distinctement reconnaître Akari faisant les 100 pas devant la maison lorsqu'elles s'en approchèrent. Yuya la héla dès qu'elles furent à porter de voix.

« Ah vous voilà ! Répondit Akari en se ruant vers elles. Il n'y a jamais personne lorsque l'on a une grande nouvelle à annoncer !

- Une grande nouvelle ? Rétorquèrent Yuya et Tokito en même temps. »

Akari les regarda une par une, les yeux pétillants, un grand sourire aux lèvres, avant de prendre Tokito par les épaules dans une accolade qui se voulait chaleureuse et qui prit par surprise la jeune femme.

« J'ai trouvé un remède à la maladie de la mort. »


Fin du Shot 8.

Bon... Je pense qu'il ne sert à rien que je m'excuse pour le temps d'attente. A ce stade ce n'est plus de l'attente mais de l'abandon.

En tout cas, je suis tellement contente de revenir finir ce que j'ai commencé ! Comme je l'avais annoncé il y a plusieurs années (…), cette fiction aura 10 shots. Le 9 est en cours de réalisation et le 10 sera rédigé dans la foulée. Cette fiction aura donc bien un fin, je vous le confirme ! :D

Je suis assez fière de ce Shot 8 car j'ai dû prendre le temps de relire plusieurs fois cette fiction afin que vous ne sentiez pas de « cassure » entre le shot 7 et le shot 8.

J'espère que les lectrices du premier jour sont toujours là et que vous prendrez autant de plaisir à lire ce shot 8 que j'en ai pris pour l'écrire.

Bonne lecture à tous !